Il consiste d'abord, sous le nom de « républicain-démocrate » (1792), en un groupement de soutien à Thomas Jefferson, secrétaire d'État de George Washington, partisan d'une politique en faveur des agriculteurs et d'un gouvernement décentralisé, face aux « fédéralistes » d'Alexander Hamilton, plus centralistes. Après Thomas Jefferson, président en 1800, d'autres « républicains-démocrates » sont élus, le parti devenant une machine électorale mais ne se différenciant guère, par les idées, de son adversaire. Sous la présidence d'Andrew Jackson (1828-1836), le parti prend le nom de « démocrate » ; les conventions nationales sont instituées, destinées à désigner les candidats du parti. Le programme, mieux défini, est résolument hostile au centralisme et à l'intervention de l'État dans la vie économique et favorable aux intérêts des planteurs du Sud (maintien du libre-échange et de l'esclavage). Avec la naissance du parti républicain (1854), anti-esclavagiste, et l'élection du républicain Abraham Lincoln à la présidence (1860), le parti démocrate devient le parti des « sudistes » et sort déconsidéré de la guerre de Sécession.
Jusqu'en 1932, les États-Unis n'auront que deux présidents démocrates (Stephen Grover Cleveland, 1885-1889 et 1893-1897, et Thomas Woodrow Wilson, 1913-1921). La grande crise de 1929 renouvelle le parti. Avec l'élection de son candidat Franklin D. Roosevelt (1932) et le New Deal, il prend l'aspect d'une formation progressiste, prônant le renforcement du gouvernement fédéral et l'intervention des pouvoirs publics dans la vie économique et sociale, attentive aux déshérités et aux droits des Noirs, tout en restant un rassemblement hétéroclite où les conservateurs sudistes, électeurs démocrates par tradition, s'accrochent à la spécificité de leurs orientations.
Depuis Franklin D. Roosevelt (1933-1945), le parti démocrate domine la vie politique américaine (Harry S. Truman [1945-1953], John F. Kennedy [1961-1963], Lyndon Johnson [1963-1969]), et contribue largement à étendre le rôle et les missions du gouvernement central, notamment dans les questions de société, mais la présidence de Jimmy Carter (1977-1981) marque un tournant pour le parti, impuissant face à la poussée de conservatisme qui amène les victoires successives des républicains Ronald Reagan (1980 et 1984) et George Herbert Walker Bush (1988). En 1992, c'est à nouveau un démocrate, Bill Clinton (associé à Al Gore), qui est élu à la présidence. Mais en 1994, aux élections de midterm, les démocrates subissent une grave défaite en perdant la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. Dès lors, ils demeurent minoritaires au sein du Congrès. En 1996, Bill Clinton (de nouveau associé à Al Gore) est réélu à la présidence. Battus en novembre 2000 lors de l'élection à la présidence du républicain George Walker Bush, les démocrates comptent 50 sièges au Sénat mais demeurent minoritaires à la Chambre des représentants. Les élections de midterm de novembre 2002, à l'issue desquelles les démocrates perdent un siège au Sénat et n'en comptent que 203 à la Chambre des représentants, confirment leur défaite.
Un temps orientés vers la gauche du parti (candidature d'Howard Dean et groupes d'action politique tels que Move On), les militants démocrates font un choix de raison en sélectionnant le sénateur du Massachusetts John F. Kerry lors des primaires de 2004. Au coude-à-coude avec le ticket Bush-Cheney 2004, le duo Kerry-Edwards ne parvient pas à réellement convaincre l'opinion publique et à faire la différence. Le 2 novembre 2004, il est battu, avec 48 % des voix et 252 grands électeurs contre 51 % et 286 mandats pour le président sortant. Paradoxe qui ne manque pas de grever l'avenir du parti et de brouiller la clarté de son positionnement politique : alors que John F. Kerry a obtenu les suffrages de quelque 59 millions d'Américains, soit plus que n'importe lequel de ses prédécesseurs, B. Clinton compris, le parti recule au Congrès comme aux élections locales. En novembre 2005, il ne doit son succès aux élections locales qu'à la déroute du président et de son parti. Malgré leurs divisions internes sur les grands sujets du moment (Iraq, finances publiques, sécurité intérieure, valeurs morales), les démocrates reprennent le contrôle du Congrès aux élections de midterm 2006. Mais, là encore, il s'agit d'une victoire par défaut : leur succès électoral résulte avant tout du discrédit des républicains, éclaboussés par une série de scandales et plombés par l'aggravation de la situation en Iraq. Il n'en reste pas moins que, tablant sur l'impopularité de l'administration sortante, se dessinent, à côté du retour de vieux briscards comme Al Gore, remis en selle par son combat contre l'effet de serre (et son documentaire Une vérité qui dérange, primé aux Oscars 2007), les candidatures de personnalités atypiques dans l'histoire des présidentielles américaines : la sénatrice de l'État de New York, Hillary Clinton, le sénateur afro-américain de l'Illinois, Barack Obama, et le gouverneur hispanique du Nouveau-Mexique, Bill Richardson.
Ce sont ces derniers, et notamment les deux premiers, qui s'affrontent lors des primaires pour l'investiture du parti à l'élection présidentielle de 2008. Pendant six mois, la lutte acharnée entre celle qui fait tout d'abord figure de « candidate naturelle » du parti et son jeune et charismatique rival mobilise les militants. En juin, H. Clinton décide de jeter le gant et la convention de Denver de la fin août officialise la candidature de B. Obama, qui prend pour colistier un vieux routier de la politique nationale et des affaires internationales en la personne du sénateur du Delaware Joseph Biden. Profitant du rejet dominant de l'administration sortante et de l'aggravation spectaculaire de la situation financière et économique du pays, les candidats démocrates remportent une très large victoire aux élections du 4 novembre : non seulement, avec le succès de B. Obama (53 % des suffrages, 365 grands électeurs), le parti détient les clés de la Maison-Blanche, mais encore, en consolidant nettement sa majorité dans les deux assemblées du Congrès (gain in fine de 23 représentants et de 7 sénateurs), il donne au premier président afro-américain les moyens politiques de réaliser le changement promis, et par là sans doute de tirer un trait sur un cycle de 30 ans de domination idéologique républicaine
Dopés par le soutien de l'Amérique émergente, en particulier les minorités et la jeunesse, et confortés par l'impuissance contrainte du Grand Old Party, les démocrates s'emploient à surmonter leurs divisions internes (entre progressistes, centristes, et conservateurs, notamment fiscaux), pour promouvoir les réformes promises pendant la campagne et parer à l'aggravation de la crise. D'où le vote rapide d'un vaste plan de relance de 787 milliards de dollars en février, puis l'approbation de la restructuration de Citigroup, d'AIG et du secteur automobile, et enfin l'aval donné à la Chambre au projet de loi de la Maison-Blanche sur le climat à la fin juin. Au terme des « cent jours » de la nouvelle présidence, le parti reçoit au Sénat un soutien supplémentaire, en la personne d'Arlen Specter, républicain modéré qui tourne définitivement le dos à sa famille politique, à quoi s'ajoute, au début de juillet, la validation de l'élection d'Al Franken dans le Minnesota, ce qui permet au groupe démocrate dans la chambre haute d'atteindre la majorité de 60, nécessaire au blocage de toute tentative d'obstruction parlementaire – un atout précieux dans la perspective de l'adoption de l'ambitieuse réforme de la politique de santé alors en débat.
Mais la contre-offensive des républicains, aidés des lobbies du secteur, suscite un mouvement de mécontentement dans la population, d'autant que la situation économique est loin de se rétablir aussi vite qu'escompté, malgré les centaines de milliards de dollars injectés par le gouvernement. Le rejet de l'intervention de Washington et la révolte fiscale sous-jacente expliquent les mauvais résultats enregistrés par les démocrates lors des élections de novembre 2009 (ils perdent les postes de gouverneur du New Jersey et de Virginie notamment), cependant que l'échec de leur candidate lors de la sénatoriale partielle dans le fief progressiste du Massachussetts laissé vacant par Ted Kennedy décédé pendant l'été, fait office de coup de tonnerre et les tétanise (janvier 2010), de même qu'il les prive de la supermajorité de 60 sièges dans la chambre haute. Face à l'écho grandissant rencontré par la fronde menée par les groupes des Tea Party, les collègues de parti de B. Obama ont tendance à freiner ou à édulcorer les programmes qu'il leur présente au Congrès : d'où l'adoption d'un plan de réforme d'assurance-santé fortement amendé en mars 2010, le vote d'une réforme bancaire importante mais en définitive plus limitée que prévu en juin, et le report sine die du projet de loi sur le climat. Les midterms de novembre 2010 sanctionnent dès lors une administration et une majorité qui ont déçu les plus radicaux de leurs soutiens tout en irritant par ses initiatives nombre d'indépendants : les démocrates subissent de fait une lourde défaite à la Chambre, avec un recul record (depuis 1948) de 60 sièges, et l'abandon de son contrôle aux républicains, tandis que leur majorité au Sénat est nettement rognée (de 6 à 52), et que de nombreux États (7, au total, dont les importants Ohio, Michigan et Pennsylvanie) ainsi qu'une vingtaine de législatures locales passent aux mains de leurs adversaires. Leurs dernières semaines de mandature n'en sont pas moins très actives, pour le plus grand bénéfice du président, puisqu'ils votent la fin du tabou pesant sur l'homosexualité des membres des forces armées (un engagement pris lors de la campagne de 2008), ratifient le traité START conclu par B. Obama avec ses partenaires russes à la fin mars et jusque-là bloqué dans la chambre haute, et acceptent d'indemniser les dépenses de santé des employés publics travaillant sur le chantier des décombres de Ground Zero.
Une fois le nouveau Congrès largement républicain installé à partir de janvier 2011, les sénateurs démocrates, encore en majorité, s'emploient à contrer les initiatives de la chambre républicaine, et notamment à bloquer en février toute remise en cause de la réforme de l'assurance-santé difficilement adoptée un an plus tôt. Sa contestation passera donc par la voie judiciaire, beaucoup plus lente et incertaine. Ils font également pression pour réduire significativement les coupes budgétaires proposées par les membres du Grand Old Party et notamment les plus conservateurs d'entre eux, les faisant passer de 100 milliards de dollars initiaux à 38,5 en avril, favorisant ainsi un compromis entre les deux principales branches du gouvernement (législatif et exécutif), et évitant aux établissements fédéraux de devoir fermer temporairement pour manque de fonds. De la sorte, ils préparent la campagne pour la réélection de leur leader naturel, Barack Obama, officiellement sur les rangs depuis le 4 avril 2011.
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