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correspondance littéraire

Émile Zola, lettre à Édouard Manet
Émile Zola, lettre à Édouard Manet

LITTÉRATURE

Le genre de la correspondance rassemble les lettres adressées souvent par des écrivains à des destinataires réels, recueillies soit par leurs auteurs ou destinataires, soit par un tiers après leur mort ; de même que certains journaux intimes et mémoires, certains de ces recueils de correspondances ont une réelle valeur littéraire et constituent un document précieux sur telle ou telle période de l'histoire.

La lettre a existé à toutes les époques de la littérature universelle. La correspondance diplomatique des pharaons Aménophis III et Aménophis IV (1408-1354 avant J.-C.) avec les princes de Palestine, de Syrie, de Babylone, retrouvée dans les ruines d'Ikhoutaton, a été réunie sous le titre de Lettres de Tell el-Amarna. Ces lettres, extrêmement précieuses, rédigées en babylonien (caractères cunéiformes), précisent les conditions politiques de l'Ancien Orient des ive et iiie siècles du second millénaire avant J.-C.

La correspondance dans l'Antiquité grecque et latine

En Grèce, la lettre joue un rôle secondaire dans la vie publique comme dans la littérature classique. Les rares lettres de Platon, d'Isocrate, de Démosthène sont d'une authenticité contestée. S'il reste peu de correspondance des Grecs, nous trouvons chez les Latins un grand nombre de recueils de lettres. En effet, l'échange épistolaire est remarquablement favorisé par l'extension coloniale, les opérations militaires, les grandes routes permettant les relations entre Rome et les provinces les plus reculées.

Cicéron est le plus grand des épistoliers latins. Ses lettres (Epistolae ad familiares), recueillies après sa mort par Tullius Tiron, son secrétaire particulier, comprennent 16 livres et 426 lettres, adressées à Pompée, à César et aux principaux personnages du temps. Les Lettres à Atticus forment aussi 16 livres de 396 lettres, réparties sur 26 années. On possède également 3 livres de lettres de Cicéron à son frère Quintus et 2 de lettres à Brutus. Les lettres de Pline le Jeune (ier siècle), choisies avec soin par leur auteur pour être publiées, sont adressées à ses amis et à ses contemporains, notamment à Tacite. Outre les Épîtres d'Horace, qui sont de vrais textes littéraires en vers, et les Épîtres du Nouveau Testament, en particulier celles de saint Paul, adressées aux premières Églises chrétiennes, il faut retenir encore les Lettres de Symmaque (340-410), préfet de Rome, Lettres de Sidoine Apollinaire (431-487), évêque de Clermont, précieuses pour la connaissance de l'Europe au ve siècle, et Lettres de saint Grégoire de Nazianze (vers 330-390), écrivain de langue grecque dont la correspondance a servi de base aux décisions prises par les conciles d'Éphèse et de Chalcédoine.

La correspondance du Moyen Âge au xvie siècle

La correspondance rédigée en latin que le théologien scolastique Pierre Abélard eut avec Héloïse, et qui fut recueillie sous le titre de Lettres d'Abélard et d'Héloïse, doit son attrait à la beauté du style médiéval et à tout un apparat de citations extraites des Écritures. Les Lettres de saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), publiées par Jean Mabillon, constituent une véritable mine de renseignements sur l'histoire de la théologie et de la philosophie, sur les mœurs et sur la politique au xiie siècle.

Plus tard, les Lettres de Dante Alighieri fixent admirablement la nouvelle langue italienne, tout autant que sa Divine Comédie (dont elles nous indiquent les lignes de force), tandis que les recueils de lettres de Pétrarque et de l'Arétin, les Lettres gréco-latines de Guillaume Budé, les Lettres latines d'Érasme, précieuses pour l'histoire de la Réforme, donnent une idée précise de la Renaissance et de ses préoccupations, et que celles de Machiavel constituent une véritable chronique florentine (et romaine).

L’épanouissement de la correspondance

C'est à partir du xviie siècle que les correspondances présentant un caractère littéraire deviennent de plus en plus nombreuses. Elles prolongent ainsi les causeries mondaines des salons, tout en tenant lieu de gazette. Remarquables documents, véritables chroniques, elles renseignent sur la vie de la cour et ses intrigues, sur le théâtre, la mode, les mouvements littéraires, les grandes affaires judiciaires du temps. Les Lettres de Madame de Sévigné, publiées en 1725, apparaissent comme la plus vivante des chroniques du règne de Louis XIV et une des grandes œuvres de la littérature française. Les Lettres de François de Malherbe, lourdes de pessimisme, les Lettres de René Descartes à la princesse Élisabeth, qui définissent remarquablement le rôle de l'auteur du Discours de la méthode dans la philosophie de son temps, les Lettres de direction morale ou spirituelle de Jacques Bénigne Bossuet et de Fénelon, ainsi que celles de toutes les grandes figures du siècle classique (Blaise Pascal, Pierre Corneille, Jean de La Bruyère), eurent une importance décisive dans la littérature.

Au xviiie siècle, les Lettres de Voltaire représentent la correspondance la plus volumineuse qui ait jamais existé : ses 18 000 lettres, adressées à toute l'Europe pendant plus de soixante ans, forment un document essentiel, sans lequel l'histoire du xviiie siècle serait imparfaitement connue. Désormais, tous les grands esprits du siècle de l'Encyclopédie, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau, Charles de Montesquieu, se chargent de renseigner les princes, les grands seigneurs, les rois et les ministres des grandes nations de l'Europe sur l'évolution du goût, les manifestations littéraires et les événements artistiques. Les Lettres à Sophie Volland (1759-1774) de Diderot permettent de comprendre son dévouement à l'égard de l'Encyclopédie, œuvre à laquelle il sacrifia le meilleur de lui-même. Celles de Mademoiselle de Lespinasse, publiées en 1809, constituent un des documents les plus vivants et les plus tumultueux sur l'amour féminin : elles rapportent, dans un style direct, ses terreurs, ses exaspérations, ses excès et ses manques.

Au xixe siècle, les accents lyriques de la correspondance des grands poètes et écrivains tels que Johann Wolfgang von Goethe, Friedrich von Schiller, John Keats, Honoré de Balzac (Lettres à l'Étrangère) expriment les confidences intimes ou les détails les plus quotidiens de l'existence, les étapes d'un travail ou les passions amoureuses. Ainsi, la Correspondance de Gustave Flaubert, publiée en quatre volumes de 1887 à 1893, permet de comprendre son œuvre romanesque : il y expose la nécessité de l'union intime entre la pensée et la forme et celle de l'objectivité de l'art. Tout autant que la Vie de Henri Brulard, les Lettres de Stendhal constituent l'histoire de sa vie, mais aussi la chronique de son époque.

Des hommes politiques comme Napoléon, des écrivains comme Charles Baudelaire, Prosper Mérimée, George Sand, François René de Chateaubriand, Benjamin Constant, Victor Hugo, des peintres tels que Eugène Delacroix, Vincent Van Gogh, Paul Cézanne, des musiciens comme Richard Wagner, Robert Schumann, Franz Liszt, des philosophes comme Joseph Ernest Renan, Hyppolite Taine apparaissent comme de remarquables et prodigieux épistoliers. La Correspondance de Stéphane Mallarmé, qui permet de suivre l'une des aventures poétiques les plus audacieuses, domine la fin du xixe siècle et annonce les grandes préoccupations du xxe siècle : elle révèle non seulement la configuration d'une époque, mais aussi celle d'une ascèse.

Parmi les correspondances célèbres du début du xxe siècle, il faut surtout retenir celle d’André Gide et de Paul Valéry, qui ne cessèrent de s'écrire de toute leur vie, celle de Paul Claudel, qui, tenu éloigné de France par ses fonctions diplomatiques, fut naturellement amené à entretenir un abondant commerce épistolaire, et celle de Marcel Proust, indispensable pour qui veut connaître intimement l'énigmatique personnage, le « Je » insaisissable de À la recherche du temps perdu. Romain Rolland correspondit quant à lui avec Hugo von Hofmannsthal, Hermann Hesse, Rabindranath Tagore. Dans les admirables Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke révèle ses plus hautes conceptions de l'art, alors que dans les Lettres à Lou Andreas-Salomé, où perce une passion brûlante, et les Lettres françaises à Merline, qui portent l'écho de ce qui fut le plus poignant roman d'amour, le poète des Élégies de Duino livre les secrètes intuitions de l'artiste. Des écrivains en exil comme James Joyce, Hermann Broch, Robert Musil se livrent entièrement dans leurs lettres. Franz Kafka décrit avec une précision incomparable, dans les Lettres à Milena, ses fantasmes et ses rêves. En Grande-Bretagne ont été publiées les Lettres de T. E. Lawrence et de D. H. Lawrence, aux États-Unis les nombreuses correspondances de Francis Scott Fitzgerald et d'Ezra Pound.