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les arts du cirque

Henri de Toulouse-Lautrec, Entrée en piste
Henri de Toulouse-Lautrec, Entrée en piste

Petite histoire du cirque moderne

Depuis le xviiie s., le mot cirque désigne une forme de spectacle composé d'exercices d'adresse et de force, de numéros de clowns, d'équitation et de dressage d'animaux, donné exclusivement dans une enceinte circulaire, stable ou amovible.

Le type du cirque antique, fondé sur la force et l'adresse, n'avait pas complètement disparu d'Europe après la chute de l'Empire romain. Sa survie fut assurée par les générations de jongleurs, d'athlètes, de mimes et de funambules, rassemblés en troupes errantes, qui parcoururent l'Europe du Moyen Âge au xviiie s. Ces familles de saltimbanques (de l'italien saltimbanco, « saute-en-banc ») ou banquistes (de banque, « estrade »), qui se produisaient dans les foires, les petits théâtres ou sur les parvis des cathédrales, étaient généralement de souche italienne. Associés aux cavaliers anglais et espagnols, ils formèrent, vers 1750, les premières troupes de cirque ambulant.

Cependant, le cirque en tant que genre particulier ne fit son apparition qu’à la fin du xviiie s., lorsque toutes ces attractions, exécutées sur une piste, près de Londres, furent réunies dans un même spectacle.

C'est en effet, en Angleterre qu'a pris naissance le cirque moderne. L'écuyer anglais Philip Astley (1742-1814) a l'idée de rendre spectaculaires des exercices classiques de manège en les enjolivant de prouesses fantaisistes. Il se fixe à Londres (1770), sur un terrain qu'il cerne de gradins et de barrières pour en faire le « Royal Amphitheatre of Arts ». Astley ajoute à l'équitation des numéros d'acrobates, de dresseurs et de pitres. Il est invité à Versailles quatre ans plus tard et entreprend une tournée en France. En 1783, Astley ouvre à Paris une succursale de son établissement londonien : l'Amphithéâtre anglais.

Des programmes équestres…

Dans les premiers cirques, le programme comprenait donc surtout des numéros équestres. C'est pourquoi on utilisait une scène circulaire, appelée piste, où le cheval pouvait galoper à vitesse constante ; l'écuyer, debout sur l'animal, légèrement penché vers l'intérieur du cercle, était maintenu en équilibre par la force centrifuge. Cet espace particulier, dans lequel se produisaient les premiers écuyers, continue d'être utilisé de nos jours par le cirque moderne. Monter deux chevaux à la fois, un pied posé sur la selle et l'autre sur la tête du cheval, ou se tenir en équilibre sur une bouteille posée sur la selle et tirer au pistolet sur une cible éloignée, voilà quelques-uns des numéros spectaculaires dans lesquels se produisaient Astley et ses concurrents durant la seconde moitié du xviiie s.

Ce genre de numéro va se perfectionner au xixe s. Les écuyers costumés, comme Andrew Ducrow, exécutent des pantomimes à cheval ou de gracieux pas de deux avec leurs jolies partenaires. D'autres écuyers, dont les numéros sont plus acrobatiques, exécutent des sauts périlleux en passant d'un cheval à l'autre. D'autres encore forment à plusieurs des pyramides en se tenant en équilibre sur plusieurs chevaux. C'est à l'ère romantique que les écuyères vont atteindre le sommet de leur art. En sautant par-dessus de larges bandes de toile (bannières) et en passant au travers de cerceaux tendus de papier (ballons), elles enflamment l'imagination du public. Un autre numéro d'acrobatie équestre, connu sous le nom de voltige, et qui consiste à monter et à descendre tour à tour d'un cheval au galop, était déjà très populaire au tout début du cirque. Pendant ces numéros, le clown jouait un rôle important. Il interrompait le spectacle avec ses pitreries acrobatiques ou ses blagues avec le chef de piste, et permettait ainsi aux écuyers et à leurs montures de se reposer. Au cours de la seconde moitié du xixe s., les numéros équestres furent remplacés par des figures d'équitation classique (où le cheval et son écuyer élégamment vêtu et se faisant obéir au doigt et à l'œil étaient en parfaite harmonie) ou par des enchaînements d'exercices exécutés par des chevaux sans cavaliers obéissant simplement aux injonctions du dresseur.

… à la diversification des numéros

À cette époque, un certain nombre de nouveaux numéros firent leur apparition au cirque. Entre autres, le trapèze volant, inventé par un Français, le gymnaste Jules Léotard (qui donna son nom au maillot de corps des acrobates et des danseurs) ; il se produisit pour la première fois dans ce numéro en 1859, au Cirque d'Hiver. Le personnage d'auguste, partenaire du traditionnel clown blanc, entre ensuite au programme du cirque avec des numéros comiques. Les numéros de domptage se répandent à cette époque, en particulier après la création de la « grande cage aux fauves » par les Hagenbeck, en 1888. Auparavant, un certain nombre de dompteurs, surnommés les « rois de l'arène », et quelques «reines» s'étaient déjà produits dans la cage aux fauves de ménageries ou de cirques, mais ces numéros souffraient du manque d'espace et de visibilité.

Une des attractions les plus populaires des cirques itinérants de la seconde moitié du xixe s. et du début du xxe était le défilé dans la rue, qui comprenait des wagons richement sculptés et dorés, une ou plusieurs fanfares, un troupeau d'éléphants, des artistes costumés montés sur des chevaux ou sur des chars et un instrument de musique à vapeur, aux sonorités rauques, le calliope, qui fermait la marche.

Du cirque ambulant…

L'épanouissement du cirque au cours des trois premières décennies du xixe s. est lié aux noms des Franconi et de Dejean (1786-1879) en France, de Christophe de Bach (1768-1834) en Allemagne, d'Andrew Ducrow (1792-1842) en Angleterre, de John Robinson (1802-1888) en Amérique. D'abord bâti sur des prouesses équestres, le cirque s'ouvre à la pantomime, qui, à partir de 1820, y tient une place de plus en plus importante, pour devenir, vers 1840, la base de grandes reconstitutions historiques, souvent militaires, animées par sept cents à huit cents comédiens.

Vers 1835, le cirque ambulant prend son essor. Excepté en Amérique, où le cirque fut presque exclusivement itinérant, le cirque ambulant, qui fonctionne pendant six mois, est le complément du cirque stable, ouvert pendant les mois d'hiver. De 1835 à 1880, la période glorieuse du cirque voit l'apparition de nouvelles attractions : équilibre sur perche et sur échelle (1835) ; exercices aux trapèzes fixes et aux anneaux (vers 1850) ; trapèze volant (1859) ; présentation de femmes à barbe ou de frères siamois. La figure du clown, cavalier grotesque puis cascadeur comique, évolue à partir de 1840 avec le « clown grimaçant », qui donnera, vers 1870, le personnage d'auguste. La ménagerie, qui va devenir un élément majeur du cirque moderne, prend une importance croissante à partir de 1840.

… au cirque couvert…

Comme aujourd'hui dans de nombreuses villes européennes, on trouvait autrefois des cirques permanents construits en dur et couverts, tels le cirque Astley de Londres, le Cirque olympique de Paris ou l'amphithéâtre de John Bill Ricketts aux États-Unis. Au xixe s., beaucoup de ces salles comprenaient, en plus de la piste, une grande scène où l'on donnait des représentations théâtrales à grand spectacle, dans lesquelles figuraient les chevaux et les autres animaux de la ménagerie.

Si le cirque Astley conserva sa scène jusqu'à la destruction du théâtre, en 1893, les autres cirques abandonnèrent peu à peu les représentations théâtrales et éliminèrent la scène pour adopter une architecture semblable à celle du Cirque d'Hiver (ouvert en 1852), que l'on peut voir encore de nos jours à Paris, ou celle du célèbre cirque Krone de Munich.

… et aux chapiteaux

Les chapiteaux voient le jour aux alentours de 1830 pour atteindre leur apogée avec le cirque Barnum and Bailey aux États-Unis et avec le cirque de « Lord » George Sanger en Grande-Bretagne. Le premier des deux, à l'époque où Phineas Taylor Barnum (1810-1891) acheta l'éléphant Jumbo (1882), pouvait accueillir jusqu'à 20 000 spectateurs. Il comprenait, comme c'est la tradition aux États-Unis, trois pistes sur lesquelles on exécutait simultanément trois spectacles différents. Des plates-formes installées entre les pistes ainsi que sur les côtés permettaient d'exécuter d'autres numéros, et une grande piste équestre où avaient lieu parades, courses et défilés courait tout autour des trois pistes. Alors que cette disposition se maintient aujourd'hui dans un certain nombre de cirques aux États-Unis, elle ne fut jamais vraiment appréciée par le public européen, qui lui préfère la piste unique.

Le cirque contemporain

On peut dater la naissance du cirque contemporain à 1871, année où l'Américain Barnum fonda la World's Fair, gigantesque cirque ambulant que son associé William C. Coup (1837-1895) transformera quelques années plus tard en Greatest Show on Earth. Avec son chapiteau géant, ses cavalcades de centaines d'animaux, son rayonnement international soutenu par la presse et l'affichage, ses vedettes plus (Buffalo Bill) ou moins (la nourrice noire de Washington) authentiques, le Greatest Show (disparu en 1956) marquait l'avènement d'un nouveau type de cirque, rationalisé et appuyé sur d'énormes moyens financiers.

À partir de 1900, le cirque traditionnel, dont la décadence est déjà sensible en France et en Angleterre, lutte péniblement contre la concurrence du music-hall, qui lui enlève public et artistes. Depuis 1920, la formule des grands chapiteaux ambulants s'est particulièrement développée, comme celui de l'Allemand Sarrasani (1873-1934), les cirques Amar, Bouglione et Pinder. Au cours du xxe s., le cirque est devenu une grande entreprise industrielle et les petits cirques artisanaux ont aujourd'hui presque tous disparu.

Dans le cirque actuel, les arts équestres, qui sont pourtant à l'origine de cette activité, tiennent une moindre part (même si certains cirques, comme celui animé, en France, par la troupe Zingaro [Bartabas], ne se consacrent qu'aux arts équestres). Bien des cirques donnent des spectacles qui ressemblent à des revues de music-hall. Cependant, à aucun moment de son histoire le cirque n'a offert une telle profusion et une telle diversité de numéros, comme en témoigne le Festival mondial de Monte-Carlo, grand rendez-vous annuel de la profession. Les artistes y accomplissent fréquemment des exploits que leurs prédécesseurs n'auraient jamais crus possibles : le trapéziste américain Don Martinez, par exemple, exécutait couramment un triple saut périlleux et demi avec son partenaire ; le célèbre cirque Knie, en Suisse, présentait un tigre dressé à chevaucher un rhinocéros, et une girafe et un hippopotame se sont produits dans des numéros. Les années 1980 sont marquées par des expériences de renouvellement multiples, comme celles d'Archaos et du cirque Plume en France, ou le cirque du Soleil au Canada. En 1990 s'est créé à Montréal, au Canada, la Fédération mondiale des écoles de cirque. Depuis le cirque n’a eu de cesse de se diversifier et, dans un vent de liberté, s’est ouvert aux autres arts.