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chômage

A.N.P.E.
A.N.P.E.

Situation d'un demandeur d'emploi ; nombre de demandeurs d'emploi sur le marché du travail.

Un déséquilibre économique

Le terme chômage vient du latin caumare, qui signifie « se reposer pendant la chaleur » (du grec kauma, « chaleur brûlante »). Le chômage se définit comme un état de déséquilibre du marché du travail, caractérisé par un excès d'offre de travail (celle des travailleurs) par rapport à la demande de travail des entreprises. En tant que phénomène économique, le chômage apparaît comme caractéristique des économies modernes. En effet, l'industrialisation, allant de pair avec l'apparition de la grande entreprise et du salariat, entraîne, lors des moments de crise, le licenciement d'une fraction des effectifs salariés, c'est-à-dire le chômage pour les travailleurs. Ainsi, après la crise de 1929, 13 millions de chômeurs sont recensés aux États-Unis en 1932. Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale et qui correspondent aux Trente Glorieuses (1945-1975), selon l'expression de Jean Fourastié, seront marquées par le plein-emploi. Cependant, la récession amorcée après le premier choc pétrolier (1973) aura pour conséquence une montée du chômage dans les pays de l'O.C.D.E. Le chômage retient alors l'attention des décideurs gouvernementaux, qui, par diverses mesures de politique économique, chercheront à endiguer sa croissance.

La grave crise financière et économique de 2007-2008 a eu pour conséquence une décélération de la croissance économique et une augmentation du chômage. L’O.C.D.E. prévoit un taux de chômage de l’ordre de 10 % en moyenne dans la zone que couvre l'organisation pour l‘année 2010. Les États-Unis ont déjà atteint ce seuil ; la France les suit de très près avec un taux de 9,5 % à la fin de 2009.

La mesure du chômage

Le Bureau international du travail (B.I.T.), secrétariat de l'Organisation internationale du travail, a adopté en 1982 une définition du chômage reprise par l'ensemble des instituts statistiques des pays développés. Un chômeur est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) répondant simultanément à trois conditions : être sans emploi – c'est-à-dire ne pas avoir travaillé ne serait-ce qu'une heure durant une semaine de référence – ; être disponible pour occuper un emploi dans les 15 jours ; chercher activement un emploi (salarié ou non salarié) ou en avoir trouvé un qui commence ultérieurement – la recherche « active » d’emploi supposant de prendre des dispositions spécifiques (inscription auprès d'un service de placement, envoi de curriculum vitae, réponses à des petites annonces).

En France, l'Institut national de la statistique et des études économiques (I.N.S.E.E.) entérine la définition du B.I.T. pour le dénombrement des chômeurs et procède au calcul du niveau de la population sans emploi à la recherche d'un emploi (P.S.E.R.E.). Parallèlement, le Pôle emploi, institution nationale publique rattachée au ministère de l’Économie, rend compte d’un autre indicateur : les demandeurs d’emploi en fin de mois (D.E.F.M.). Ce dernier recense les personnes à la recherche d’un emploi, qui sont inscrites comme demandeurs d’emploi et dont la demande est toujours effective en fin de mois.

L'évolution du chômage est calculée à partir des fluctuations du taux de chômage, lequel met en relation le nombre de chômeurs au sens du B.I.T. et l'ensemble des actifs :

Taux de chômage = chômeurs au sens du B.I.T. / population active.

TAUX DE CHÔMAGE DANS l'U.E., LA ZONE EURO, AUX ÉTATS-UNIS ET AU JAPON (en 2006 [*2005])

Union européenne

7,9 %

Allemagne

8,4 %

Autriche

4,8 %

Belgique

8,3 %

Bulgarie

8,9 %

Chypre

4,9 %

Danemark

3,9 %

Espagne

8,6 %

Estonie

5,6 %

Finlande

7,7 %

France

9 %

Grèce

*9,8 %

Hongrie

7,5 %

Irlande

4,4 %

Italie

*7,7 %

Lettonie

6,8 %

Lituanie

5,9 %

Luxembourg

4,8 %

Malte

7,4 %

Pays-Bas

3,9 %

Pologne

14 %

Portugal

7,7 %

République tchèque

7,2 %

Roumanie

7,4 %

Royaume-Uni

5,3 %

Slovaquie

13,4 %

Slovénie

6 %

Suède

7,1 %

Zone euro

7,8 %

États-Unis

4,6 %

Japon

4,1 %

 

Les différentes formes de chômage

Certaines formes de chômage sont déterminées en fonction de l'intensité qui le caractérise. Le chômage peut être total (dans le cas de la cessation pure et simple de l'activité professionnelle), partiel (le plus souvent dans le cas d'une baisse conjoncturelle d'activité) ou saisonnier (en particulier dans la branche hôtellerie-restauration).

D'autres formes de chômage sont définies à partir de certains dysfonctionnements du système économique.
– Le chômage technique peut être consécutif à une catastrophe (incendie, explosion, inondation, tempête…). Il peut aussi découler du manque d'approvisionnement de l'entreprise en matières premières ou produits semi-finis nécessaires à l'activité industrielle, ou encore de délais d'installation de nouveaux biens d'équipement trop longs.
– Le chômage technologique, dû au développement du progrès technique, qui réduit l'utilisation du travail humain au profit du capital technique (informatisation, robotisation), conduit à la disparition de certains postes de travail, voire à la disparition de certains métiers.
– Le chômage structurel a pour origine les mutations qui affectent en profondeur les structures d'un système économique. Il peut s'agir d'évolutions démographiques (croissance de la population active, augmentation du taux d'activité féminin), de transformations du processus productif (par l'informatisation des entreprises notamment) ou de la délocalisation de certaines activités dans les pays à bas salaires.
– Le chômage paradoxal apparaît quand on constate l'existence de chômeurs, alors que les entreprises proposent des emplois qui demeurent vacants. Cette situation « paradoxale » peut s'expliquer par un décalage entre l'offre et la demande de travail. Ainsi, les entreprises peuvent être amenées à proposer des emplois requérant une certaine qualification et se retrouver face à des demandeurs d'emplois sans réelle qualification. Les firmes peuvent aussi rechercher du personnel pour un taux de salaire jugé insuffisant par les demandeurs d'emploi.

Vulnérabilité de l'emploi et dualisme du marché du travail

Une vulnérabilité différenciée

Le chômage ne frappe pas de la même manière toutes les catégories d'actifs. On peut remarquer que certaines populations se caractérisent par une forte vulnérabilité au chômage. Si une première opposition apparaît entre le secteur public (où l'emploi ne peut, en principe, être remis en question) et le secteur privé, il existe aussi de fortes inégalités en matière d'accès au marché du travail et face à la durabilité de l'emploi. Ainsi, le taux de chômage des femmes est supérieur à celui des hommes ; les travailleurs nationaux sont moins vulnérables que les travailleurs d'origine étrangère (hors Union européenne) ; les diplômés de l'enseignement supérieur et les cadres supérieurs sont privilégiés en matière d'emploi en comparaison des actifs non diplômés, des ouvriers non qualifiés ou des manœuvres.

LE CHÔMAGE EN FRANCE MÉTROPOLITAINE
(au sens du B.I.T.)
Catégories socioprofessionnellesFemmes Hommes

Artisans, commerçants, chefs d'entreprise

4,9 %

3,8 %

Cadres

4 %

4,1 %

Professions intermédiaires

5,1 %

4,5 %

Employés

9,4 %

8,6 %

Ouvriers

17,3 %

10,2 %

Ensemble

9,6 %

8,1 %

Source : I.N.S.E.E., Enquête-emploi 2006.

Les marchés du travail

Pour rendre compte de ces différentes situations d'accès au marché du travail, certains économistes, notamment l'Américain Michael Piore (né en 1940), ont souligné l'existence d'un dualisme du marché du travail dans les pays développés. Le marché du travail se diviserait entre un marché primaire, qui recouvre des emplois de type traditionnel (sécurité de l'emploi, salaires évoluant avec l'ancienneté), et un marché secondaire (emplois précaires, assortis de rémunérations inférieures à celles du marché primaire). Pour caractériser les deux secteurs, on fait aussi référence à l'opposition entre emplois typiques (contrat à durée indéterminée, ou C.D.I.) et emplois atypiques (contrat à durée déterminée, ou C.D.D., travail à domicile, intérim, sous-traitance). Le positionnement des salariés occupant des emplois de type atypique les entraîne à connaître des périodes fréquentes de chômage (fin de C.D.D. ou de mission).

Les évolutions relatives aux marchés du travail (entendus au pluriel) amènent à reconsidérer l'opposition entre actifs occupés et demandeurs d'emploi. Durant les Trente Glorieuses, la partition entre les actifs ayant un travail et les chômeurs était relativement nette. En revanche, les années qui suivirent la récession de 1974 ont accentué le « flou » quant au dénombrement statistique des chômeurs. Un salarié qui obtient un travail à temps partiel, alors qu'il recherchait un emploi à temps complet, n'est pas considéré comme chômeur au sens du B.I.T. Il en est de même pour les préretraités. L'évolution des marchés du travail et des structures de l'emploi semblent invalider l'existence d'un chômeur générique qui aurait pour caractéristique de rassembler tous les cas possibles de marginalisation par rapport à l'emploi. L'économiste français Jacques Freyssinet (né en 1937), ancien président du conseil d'administration de l'A.N.P.E., évoque l'idée d'un « halo » du chômage pour souligner les différents types de situations qui peuvent exister concrètement face à l'emploi.

Les explications théoriques du chômage

Deux types d'explication du chômage coexistent au sein de la théorie économique : la vision libérale du chômage et la vision keynésienne.

La vision libérale du chômage

L'analyse économique libérale est fondée sur le rôle du marché comme mode de régulation de l'activité économique fondé sur la rencontre de l'offre et de la demande de biens et de services. Pour les libéraux, le travail humain est considéré comme n'importe quelle marchandise, et le marché du travail est un marché comme un autre. Deux situations différentes peuvent alors caractériser le marché du travail.
– L'offre de travail est inférieure à la demande : il y a pénurie de facteur travail. Le rapport de force est donc en faveur des travailleurs. Le prix d'équilibre du marché du travail, c'est-à-dire le prix du travail – le salaire –, doit augmenter, car on assiste à une compétition entre les dirigeants d'entreprise pour recruter les travailleurs encore disponibles sur le marché.
– L'offre de travail est supérieure à la demande : on constate une abondance d'offre de force de travail par rapport à une demande qui n'a pas évolué dans les mêmes proportions. Le prix du travail – donc le salaire – doit normalement baisser.

À partir du moment où un bien apparaît sur un marché en trop grande quantité, face à une demande constante, la valeur ou l'utilité du bien considéré diminuent. Pour les économistes libéraux, le salaire en tant que prix du travail permet la régulation de l'offre et de la demande de travail.

L'économiste néoclassique britannique Arthur Cecil Pigou (1877-1959) développe, dans The Theory of Unemployment (1905), l'idée que le plein-emploi n'existe pas systématiquement, mais qu'en revanche il tend toujours à s'instaurer. En effet, si on « laisse faire » les mécanismes du marché, et notamment la flexibilité des salaires, on assiste à une baisse des salaires en période de chômage.
– La diminution des salaires se traduit par une diminution des coûts de production pour les employeurs. En situation de concurrence, les entreprises sont incitées à baisser les prix à la consommation.
– La baisse des prix à la consommation incite les épargnants à consommer davantage, dans la mesure où le niveau de leur épargne apparaît trop élevé en raison de la baisse des prix.
– La hausse de la demande de biens de consommation se traduit par une augmentation de l'embauche, qui vient résorber le chômage.

Il convient donc de « laisser faire » le marché ; les salaires doivent être flexibles et, dans ce cas, le chômage disparaît. A contrario, si les travailleurs (ou leurs syndicats) n'acceptent pas les baisses de salaire nécessaires au réajustement des quantités de travail demandées par les chefs d'entreprise, on assiste à l'apparition d'un chômage volontaire.

L'économiste libéral américain Milton Friedman (1912-2006) démontre l'existence d'un chômage naturel proche de la notion classique de chômage volontaire. Il s'agit d'une forme de chômage incompressible, qui ne peut être réduit par les moyens traditionnels de la politique économique (politique de grands travaux, relance de l'activité économique par un déficit budgétaire). Le taux de chômage naturel n'est pas rigide : il peut augmenter ou diminuer. Pour Friedman, les systèmes d'indemnisation des chômeurs dissuadent ces derniers de rechercher de nouveaux emplois. L'existence de salaires minimaux, tel le S.M.I.C. en France, renchérit le coût du travail non qualifié pour les entreprises, qui réduisent alors le niveau d'embauche. Les associations syndicales, dans leur opposition à la flexibilité des salaires, sont indirectement à l'origine de la croissance du taux de chômage naturel. Des progrès dans la mobilité de la main-d'œuvre, la diffusion d'informations concernant les emplois vacants ou l'évolution à court et à moyen terme de la demande de travail des entreprises peuvent réduire le chômage naturel.

La vision keynésienne du chômage

John Maynard Keynes (1883-1946) conteste la vision néoclassique du chômage dans son œuvre maîtresse, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936). Pour Keynes, la demande de travail des chefs d'entreprise ne dépend pas du prix du travail, mais plutôt du niveau de production que désirent réaliser les entrepreneurs. Or celui-ci est déterminé par la demande effective, c'est-à-dire par les anticipations que font les chefs d'entreprise quant à l'évolution à court terme de la demande de biens de consommation et de la demande de biens de production (biens d'équipement).

L'entreprise embauche un certain nombre de travailleurs en fonction du niveau de production qu'elle cherche à réaliser. La vision néoclassique du chômage, notamment celle de Pigou, laisse supposer qu'une baisse des salaires peut générer des créations d'emplois. Selon Keynes, il n'en est rien. La baisse des salaires ne peut qu'entraîner une baisse de la demande de biens de consommation et, à terme, de biens de production, puisque ces derniers ont essentiellement pour utilité de permettre la fabrication de biens de consommation. Les entrepreneurs n'embaucheront pas de nouveaux salariés en période de contraction de la demande. Il existe alors, bel et bien, un chômage involontaire. Beaucoup de travailleurs seraient prêts à accepter un travail, même faiblement rémunéré, mais ne trouvent pas d'emploi dans la mesure où les conditions macroéconomiques (niveau de la demande effective) n'incitent pas les chefs d'entreprise à recruter davantage de main-d'œuvre.

L'assurance-chômage

La convention d'assurance-chômage réglant les procédures d’indemnisation pour les années 2009 et 2010 fait passer de six mois (au cours d’une période de 22 mois) à quatre mois (au cours d’une période de 28 mois) la durée pendant laquelle les demandeurs d'emploi qui s’inscrivent pour la première fois doivent avoir cotisé pour toucher des indemnités. Si le chômeur retrouve un emploi puis se réinscrit dans les douze mois, il devra cumuler six mois de travail sur cette période pour être à nouveau indemnisé.

Le montant de l'indemnisation demeure égal à 57,4 % du dernier salaire brut, mais la durée de versement sera désormais calquée sur la durée d’activité salariée. La durée maximale d'indemnisation sera de 24 mois, sauf pour les plus de 50 ans, qui continueront d’y avoir droit pendant 36 mois (s’ils justifient de 36 mois d’activité salariée).

En cas de licenciement économique, un demandeur d’emploi pourra bénéficier de la convention dite « de reclassement personnalisé » (C.R.P.) pendant une durée qui sera au maximum de douze mois (au lieu de huit précédemment). Il percevra des indemnités de chômage égales à 80 % de son précédent salaire brut pendant les huit premiers mois, puis égales à 70 % pendant les quatre mois suivants.

Le nouveau texte prévoit aussi que les cotisations des employeurs et des salariés dépendent du résultat d’exploitation du régime d’assurance-chômage. Leur taux baissera si ce résultat, évalué au début de chaque semestre, dépasse les 500 millions d’euros.