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cannibalisme

(de cannibale)

Action ou habitude pour les hommes ou les animaux de manger des êtres de leur propre espèce. (Chez les insectes, les araignées et les scorpions, le cannibalisme de la femelle dévorant le mâle à la suite de l'accouplement est fréquent.)

ANTHROPOLOGIE

Par différence avec l'anthropophagie, qui désigne seulement le fait de consommer de la chair humaine, le cannibalisme est toujours partie intégrante d'un rituel. Il ne peut être expliqué par un problème de carence alimentaire ni par un quelconque goût : les premiers chroniqueurs des sociétés brésiliennes racontent que beaucoup vomissaient cette chair mal supportée.

Le cannibalisme doit être analysé dans ses rapports avec la guerre et les relations de parenté établies entre groupes cannibales (Tupinambas du Brésil, Iroquois d'Amérique du Nord) ou bien avec la pensée religieuse locale (rituels funéraires mélanésiens). On distingue l'endocannibalisme, où le groupe consomme ses propres morts, visant à maintenir l'unité du groupe, et l'exocannibalisme, où les victimes appartiennent nécessairement à un groupe extérieur à celui qui les consomme, visant à venger les morts et à s'approprier des substances non possédées. Ces deux formes ne coexistent jamais au sein d'une même société.

PSYCHANALYSE

Freud, partant des récits de Frazer sur le comportement de peuplades primitives à l'égard de leur animal totem, reconstruit dans Totem et Tabou (1912) le mythe du repas totémique. Selon lui, les frères de la horde primitive se réunirent pour commettre le meurtre du père et dévorer son corps, s'appropriant ainsi une partie de sa puissance et, tout spécialement, la place qu'il occupait auprès des femmes. L'anthropologie a permis de comprendre que l'incorporation des corps humains correspondrait, suivant la culture considérée, soit à un mode de sépulture, soit à un rite visant à exorciser la puissance maléfique d'un ennemi ou d'un proche décédé. Le désir cannibalique tel que le pose Freud, comme désir de morcellement du corps paternel et la culpabilité qui s'ensuit, n'apparaît pas vraiment dans les observations anthropologiques, où le cannibalisme semble entretenir des liens spécifiques avec la parenté : la prohibition ne porte pas sur la chair humaine comme telle, mais sur le rang et la position sociale de celui qui peut être mangé.

C'est en référence avec la parenté que Freud réintroduit la notion de cannibalisme dans Deuil et Mélancolie (1917) : les tendances agressives qui se manifestent à travers l'oralité provoquent des fantasmes de dévoration, dont le désir de s'incorporer l'objet aimé. Ce dernier point a été étudié par K. Abraham, qui distingue, dans le stade oral chez l'enfant, une première phase : la succion, et une seconde phase : la morsure, caractérisant le stade sadique-oral – encore nommé « stade cannibalique ». Ce second temps, où la bouche en tant que zone érogène apparaît comme trait d'union de la satisfaction libidinale et de la décharge d'agressivité, inaugure, chez l'enfant, les premiers processus d'identification primaire à la mère.