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armée

(de armer)

Pompéi, « mosaïque d'Alexandre »
Pompéi, « mosaïque d'Alexandre »

Ensemble des forces militaires d'un État ; ensemble des moyens militaires affectés à une expédition, à un théâtre d'opérations ou à une mission, ou placés sous le commandement d'un grand capitaine.

Appelée à assurer la protection du territoire et la défense des valeurs d'une communauté humaine, l'armée est également le principal outil dont dispose le pouvoir politique pour faire des conquêtes et imposer son autorité en dehors des frontières. Les combattants se distinguent des simples bandes armées : qu'ils se servent d'un arc, d'une épée ou d'un fusil d'assaut, ils doivent se soumettre à l'instruction et à la discipline. S'engager dans l'armée a toujours signifié le renoncement à une partie des libertés individuelles, le port de l'uniforme symbolisant l'appartenance du soldat à un corps social fortement hiérarchisé.

Les armées de l'Antiquité

Dans les civilisations du Moyen-Orient et du Bassin méditerranéen, les conflits primitifs entre hordes désorganisées se transforment progressivement, durant les trois millénaires qui précèdent notre ère, en guerres, au cours desquelles s'affrontent des soldats encadrés dans une véritable organisation.

L'armée assyrienne

Au Moyen-Orient, dans le bassin de l'Euphrate, Téglath-Phalasar III (roi de 745 à 727 avant J.-C.) bouleverse les institutions du second Empire assyrien pour créer un véritable État doté d'une administration et d'une armée au service d'une politique de conquêtes territoriales. C'est ainsi que les Assyriens réussissent à annexer successivement la Syrie, Babylone et la Mésopotamie, la Judée et enfin l'Égypte. Si l'armée assyrienne est sans nul doute la meilleure de l'époque, c'est qu'elle a atteint un haut niveau d'organisation et qu'elle utilise à plein le potentiel militaire que représente le cheval domestiqué.

L'armée grecque

Les cités grecques confient leur défense aux citoyens en excluant du domaine militaire les esclaves et les membres des peuples soumis. Seuls les citoyens ont le droit de participer activement à la vie de la société et d'en assurer la défense. Pour eux, le service militaire se présente à la fois comme une obligation et comme un privilège lié à leur condition sociale. Ainsi, c'est dans la Grèce antique que les premières armées nationales voient le jour.

Les citoyens les plus défavorisés servent dans la marine en tant que rameurs sur une sorte de galère, la trière. La majorité des citoyens, ceux qui constituent la classe moyenne, sert dans le corps des hoplites. Ces fantassins sont lourdement protégés par un casque, une cuirasse en bronze, un bouclier et des cnémides (protection des jambes, en métal). Tous les citoyens-soldats doivent s'équiper à leurs frais, ce qui engendre des différences dans les tenues. Armés de la lance, de l'épée et du poignard, ils considèrent l'arc indigne de leur rang et le laissent aux psilètes, les combattants des couches inférieures. Quant aux hommes des classes les plus élevées, ils sont engagés dans la cavalerie. Pendant très longtemps, celle-ci ne constitue qu’un corps embryonnaire, car les Grecs ne maîtrisent qu'imparfaitement l'élevage du cheval, que Philippe II de Macédoine et son fils Alexandre le Grand vont développer considérablement. Ainsi, en 333 avant J.-C., lors de la bataille d'Issos, la cavalerie grecque contribue pour une grande part à la victoire d'Alexandre contre Darios, le roi de Perse. Les éléphants de guerre sont également utilisés par Alexandre, après la bataille d'Arbèles, en 331 avant J.-C.

L'armée romaine

Du viiie au ve s., l'armée romaine primitive révèle le faible niveau d'organisation sociale de la cité. Les habitants de Rome, les Latins, les Étrusques et les Sabins, sont alors organisés en gentes – groupes à la fois familiaux, politiques et religieux –, dont chacune est représentée dans l'armée.

Au fur et à mesure que Rome devient un véritable État, son armée apparaît de plus en plus organisée et puissante. Lorsque Marius, un officier, se fait élire consul en 107 avant J.-C., il entreprend la réforme de l'armée. L'ancien mode de recrutement, fondé sur le cens, qui avait entraîné un sous-effectif chronique, est abandonné. Auparavant exclus, les prolétaires entrent dans l'armée ; le manipule, jusqu’alors l’unité tactique de base de la légion romaine, devient trop petit et est remplacé par la cohorte (dont la taille correspond à trois manipules et comprenant environ 600 hommes). Cette réforme entraîne un changement de nature de l'armée. Les pauvres s'engageant volontairement et renouvelant leur contrat, l'armée se professionnalise et devient réellement permanente.

Les armées médiévales

Durant le Moyen Âge, la guerre constitue le principal moyen de résolution des différends entre toutes les entités politiques : seigneuries, duchés, villes et royaumes. Chaque seigneur dispose de sa propre armée, composée des vassaux et de leurs hommes, et des chevaliers lourdement armés, accompagnés de leurs écuyers et pages. La chevalerie est l'élément essentiel des forces militaires, et les combats se résument souvent en duels multiples. L'armée n'est pas permanente, elle est rassemblée pour la durée du service à accomplir (service d'ost, service de chevauchée). Des armées royales commencent cependant à se constituer pour répondre aux besoins nés des croisades.

Pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), l'armée française, fondée sur la cavalerie, subit trois défaites par la première armée d'État : l'armée anglaise. Les raisons des succès de l'Angleterre sont simples. Alors que les forces françaises en sont restées à la chevalerie et à l'affrontement singulier, les Anglais privilégient l'infanterie (troupes combattantes à pied) et les archers. Massés en phalange et armés de longues piques, les fantassins britanniques peuvent soutenir le choc d'une cavalerie déjà réduite par les flèches des arcs gallois.

Charles VII a bien créé la première armée permanente et soldée d'Europe, mais son corps des francs-archers, institué en 1448, ne peut en aucun cas être assimilé à une véritable infanterie. En réalité, ce n'est qu'en 1480 que cette arme prend véritablement naissance en France avec les bandes de Picardie, des formations comprenant de 300 à 400 hommes placés sous le commandement d'un capitaine.

L’apparition des armes à feu (poudre de canon) en Europe, dès le xive s., change l’art de la guerre et favorise les empires puissants en raison du coût élevé des canons et de munitions. Cependant les corps de mercenaires professionnels se développent (Suisses, Italiens, Espagnols, Allemands) pour se mettre au service des souverains, formant des effectifs supérieurs aux armées nationales.

Les premières armées permanentes européennes (xviie-xviiie s.)

À partir du xviie s. commence la rationalisation des armées européennes. Ainsi, Cromwell crée en 1645 la New Model Army avec des soldats soumis à une discipline très sévère. Les progrès technologiques vont avoir une réelle influence sur l'organisation des forces et sur la tactique d'emploi, en premier lieu chez les Suédois et les Français.

Le roi de Suède Gustave II Adolphe (1611-1632) réorganise son armée afin d'optimiser la puissance de feu et la mobilité, notamment en augmentant les effectifs et en introduisant la conscription. Un rôle prépondérant est confié à l'infanterie : équipée d'armes à feu comme la cavalerie, elle constitue les cinq sixièmes de l'armée. C'est à l'artillerie que revient la tâche de commencer la bataille et d'affaiblir l'adversaire par des tirs puissants. Durant la guerre de Trente Ans (1618-1648), dans les combats contre les Allemands, le modèle suédois démontre son efficacité avec un tel éclat que Richelieu va s'en inspirer.

Mais c'est sous Louis XIV (1643-1715) que l'armée française connaît des changements radicaux. Le secrétaire d'État à la guerre Le Tellier et son fils Louvois instituent un corps d'inspecteurs et régularisent le paiement de la solde, qui est effectué par des fonctionnaires civils. Les engagements sont d'au moins trois ans, mais, compte tenu du nombre insuffisant des volontaires, il faut recourir aux enrôlements forcés.

La France vivant dans un état de guerre quasi permanent, l'armée souffre d'un manque d'effectifs. L'enrôlement et la création de régiments étrangers connaissent rapidement leurs limites. Louvois décide donc, en 1688, de lever des régiments de miliciens (un célibataire âgé de 16 à 40 ans par paroisse).

C'est Frédéric II de Prusse (1740-1786) qui, perfectionnant l'armée héritée de son père Frédéric-Guillaume Ier, va créer l'armée modèle du siècle des Lumières. Tous les royaumes s'efforceront d'appliquer les principes prussiens. En réalité, les qualités essentielles des forces militaires de Frédéric II résident dans la discipline et dans leur capacité à manœuvrer.

À l'issue des défaites de la guerre de Sept Ans (1756-1763), le roi de France Louis XV ordonne la réforme de son outil militaire d'après le modèle prussien : un nouveau règlement, très sévère, est adopté ; le corps des sous-officiers est développé ; la cavalerie ne joue désormais plus qu'un rôle secondaire. C'est l'infanterie qui constitue l'élément majeur du corps de bataille. Le système Gribeauval (quatre pièces pour 1 000 hommes) donne à l'artillerie française une puissance et une mobilité sans équivalent dans toute l’Europe.

Les armées révolutionnaires puis napoléoniennes

Avec l’avènement de la république, l'armée du roi devient l'armée de la nation. Afin de sauver la patrie, le Comité de salut public décrète en août 1793 la levée en masse : un an plus tard, l'armée révolutionnaire est forte de un million d'hommes, soit trois fois plus que l'ensemble des armées des coalitions européennes. L'armée prend l'offensive et triomphe. Ces succès ne trouvent pas seulement leur explication dans la supériorité numérique. Tout d'abord, les Français ont instauré des divisions interarmes regroupant l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, des sapeurs du génie et des services d'intendance (soutien logistique). Ces grandes unités sont cohérentes et autonomes, et le commandant en chef n'est plus obligé de prendre toutes les décisions. La Révolution française est à l'origine d'une armée nationale, qui préfigure les armées modernes.

Par la loi du 5 septembre 1798, le Directoire établit la conscription pour tous les Français de 20 à 25 ans. En 1800, Bonaparte assouplit le régime en permettant aux personnes aisées d'échapper au service militaire en payant des jeunes gens pour les envoyer à leur place sous les drapeaux. En 1804, après l’avènement de l’Empire, il instaure une nouvelle modalité : le tirage au sort. Le besoin en hommes se fait cependant ressentir en raison de la politique expansionniste : la conscription se transforme alors en réquisition permanente de tous les Français valides. Mais face au nombre croissant des réfractaires, l'Empereur est obligé de recourir aux contingents alliés (italiens, polonais, westphaliens).

L'armée des guerres coloniales

La conquête de l'Algérie (1830) annonce le début d'une politique coloniale et l'émergence d'une armée spécifique, ayant vocation à intervenir outre-mer. La Légion étrangère, instituée en 1831, est basée en Algérie et se bat en Italie, en Crimée et au Mexique. Encadrés par des officiers d'origine européenne, tels que Lyautey et Gallieni, les zouaves, les tirailleurs et les hommes recrutés dans les colonies vont servir dans les corps expéditionnaires d'Afrique et d'Indochine.

L'armée prussienne de Guillaume Ier et de Bismarck va une fois de plus servir de modèle à toutes les forces européennes. Elle repose sur la conscription et les réservistes, si bien qu'elle peut facilement être forte de un million d'hommes. De plus, elle peut réquisitionner tout ce qui lui est utile (par exemple les trains). Enfin, elle dispose du canon Krupp, dont la cadence de tir est sans équivalent. La défaite des Autrichiens lors de la bataille de Sadowa (3 juillet 1866) révèle en effet la puissance de l'armement des Prussiens. Quatre ans plus tard, c'est au tour de la France de connaître la défaite qui entraîne, à Sedan, la chute du Second Empire.

Humiliée, la France de la IIIe République décide de restaurer sa capacité militaire en rétablissant le service militaire, notamment par les lois de 1872 et de 1889. Celui-ci s'impose réellement à tous, il est « obligatoire, universel et égalitaire » et donne naissance à l'armée de la nation.

Les forces armées au cours des deux conflits mondiaux

Au cours de la Grande Guerre, la rapide stabilisation des fronts renforce la primauté de l'infanterie : formé de trois compagnies de voltigeurs et d'une compagnie de mitrailleurs, le bataillon d'infanterie devient ainsi l'unité tactique de base. C'est à son niveau que l'équilibre entre la puissance de feu et la mobilité est réalisé. Le régiment, à l'échelon supérieur, comprend trois bataillons, une compagnie de commandement et un peloton de véhicules d'accompagnement (soit 2 400 hommes). Les brigades ayant été supprimées, un général de division a désormais directement sous ses ordres quatre régiments d'infanterie et deux régiments d'artillerie. Le corps d'armée regroupe au départ deux divisions, mais ce nombre variera par la suite. Les éléments organiques de corps d'armée (unités non intégrées dans une division) constitueront une réserve de forces à l'intérieur de laquelle prend place la cavalerie, dont l'utilisation devient problématique sous le feu de l'artillerie.

Ce conflit doit être considéré comme la première guerre industrielle. En effet, pour la première fois l'ensemble du potentiel économique des États a été entièrement mobilisé à des fins militaires. Outre l'apparition massive des armes automatiques (mitrailleuses et fusils-mitrailleurs) sur les champs de bataille, deux innovations vont bouleverser les doctrines de combat : l'avion et le char.

Au lendemain de leur défaite, ce sont les Allemands qui vont tirer le meilleur profit des leçons du premier conflit mondial. Des stratèges comme le général Guderian sont à l'origine d'une nouvelle forme de guerre, le Blitzkrieg (« guerre éclair »), où dominent les blindés et l'aviation. Avec l'appui de l'arme aérienne, les divisions blindées sont capables d'effectuer très rapidement dans le territoire ennemi des percées qui seront exploitées par les troupes de l'arrière.

De leur côté, les Alliés en sont restés à une conception de l'armée où l'élément clé demeure le fantassin. Ainsi, lorsque Hitler attaque en mai 1940 les Pays-Bas, la Belgique et la France, il dispose de 136 divisions et de 2 500 chars. Ses adversaires alignent 149 divisions, mais moins de 1 000 blindés. La Luftwaffe a trois fois plus d'avions que les forces aériennes alliées dans leur ensemble.

Mais lorsque les États-Unis entrent en guerre après l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, toutes les ressources américaines vont être utilisées à des fins militaires. De 190 000 hommes en 1939, l'armée des États-Unis passe à plus de 10 millions de combattants en 1945.

Les armées du monde contemporain

La guerre froide et la décolonisation fait apparaître trois grands types d'armées : les deux premiers – l'occidental et le soviétique – correspondent aux forces militaires des deux blocs, du moins jusqu'en 1991 ; le troisième – que l'on se contentera de mentionner ici –, à celui des pays du tiers-monde.

Les armées de type soviétique

Alors que les armées occidentales sont politiquement neutres et paraissent plus au service des États que d'une politique, les armées de type soviétique relèvent avant tout d'un objectif idéologique. Les Soviétiques ont une conception de la guerre qui est inspirée de l'un des meilleurs théoriciens militaires du xixe s., le général prussien Karl von Clausewitz, et de son célèbre ouvrage De la guerre. Ils considèrent en effet que la guerre n'est rien d'autre que la continuation de la politique par des moyens violents. Si en quarante ans ils n'ont pas eu recours, dans leurs affrontements avec l'Ouest, à cet outil particulier, ils ont cependant toujours fait comprendre aux pays de l'O.T.A.N. qu'un conflit, bien qu'improbable, demeurait possible.

Après l’effondrement de l'U.R.S.S., en 1991, la Russie doit faire face à la nécessité de réduire le budget de la défense, de réformer l'armée et de reconvertir un appareil militaro-industriel impressionnant mais souvent vétuste.

Les armées contemporaines de type occidental

Du point de vue de l'organisation et de l'équipement, les armées occidentales sont très proches. En fait, elles se découpent en trois ou quatre branches (avec ou sans la composante nucléaire) : une armée de terre, une marine, une armée de l'air et une composante nucléaire stratégique interarmées (sous-marins lanceurs de missiles balistiques, lanceurs terrestres de missiles, bombardiers).

Pour faire face aux crises se déroulant sur les théâtres extérieurs, notamment dans leurs anciennes colonies ou sur les territoires sous leur tutelle, nombre d'États occidentaux se sont dotés d'une force d'intervention rapide, beaucoup plus souple d'emploi que les armées classiques.

Alors que les armées des pays anglo-saxons sont composées de volontaires et de soldats de métier, les forces militaires de la majorité des pays occidentaux conservent pendant la guerre froide la conscription comme principal mode de recrutement, entretenant l'armée des « gros bataillons » des deux conflits mondiaux. L'armée de conscription implique tous les citoyens, appelés au titre du service obligatoire puis servant dans la réserve (par exemple la milice en Suisse, Tsahal en Israël). La conscription n’est cependant pas sans poser des problèmes ; les matériels devenant de plus en plus complexes, il apparait notamment de plus en plus difficile de les confier à des conscrits qui ne peuvent recevoir qu'une formation militaire sommaire. L'évolution des armements et des conflits ainsi que les contraintes liées à l'envoi d'appelés en opérations extérieures conduisent ainsi les États à abandonner ce modèle d'armée (en 2002, en France) pour revenir à une armée de métier composée de professionnels et de réservistes.

Pour des raisons budgétaires, mais aussi grâce au développement technologique des armements, les effectifs des armées modernes diminuent régulièrement. Ces armées sont de plus en plus engagées dans des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix, notamment sous l'égide de l'O.N.U. (Balkans, Haïti, Afrique subsaharienne, Proche-Orient, Afghanistan, etc.).