Discipline connexe de la linguistique qui étudie la structure d'un énoncé supérieur à la phrase (discours) en le rapportant à ses conditions de production.

Pour le langage commun, le discours désigne un développement oratoire sur un sujet déterminé : en ce sens son étude relève des conventions et des techniques de l'éloquence.
Dans son acception linguistique, le terme de discours ne semble pas attesté dans le Cours de linguistique générale de F. de Saussure (où ses deux occurrences seraient dues, selon R. Godel, à une substitution opérée par les éditeurs de discours à parole). C'est Gustave Guillaume qui paraît avoir opposé le premier discours à langue. É. Benveniste a posé le problème du discours à travers la réflexion sur la phrase, qui ne constitue pas une unité formelle du même type que les phonèmes, les morphèmes ou les lexèmes : avec la phrase on quitte le domaine de la langue comme système de signes pour entrer dans le domaine du discours comme instrument de communication. Benveniste a d'autre part établi un autre système d'opposition entre le récit – « degré zéro de l'énonciation » où « les événements semblent se raconter d'eux-mêmes » – et le discours, qui suppose un locuteur et un auditeur et qui s'organise selon la « corrélation de personnalité ».
Dans l'analyse du discours, le linguiste prend en considération un texte plus étendu que la phrase, son terrain traditionnel. Il aborde ce domaine dans une perspective plus syntaxique (Z. Harris, Discourse Analysis, 1952), dans laquelle la phrase reste encore la référence formelle, ou plus sémantique (A. J. Greimas, Différents Niveaux d'analyse sémantique, 1966 ; Du sens, essais sémiotiques, 1970), qui fait du discours un parcours qui va « d'un état initial à un état final » par une « suite de transformations » calculable par un algorithme. En réalité, les premiers « modèles » d'analyse du discours sont venus non des linguistes mais des folkloristes et des mythologues (Propp, Dumézil, Lévi-Strauss) : les structures narratives de la littérature orale sont ainsi apparues comme moins complexes que celles de la littérature écrite, où les premières recherches en ce domaine (Greimas en 1976 sur Deux Amis de Maupassant) ne concernent que des textes brefs.
Les méthodes mises en œuvre par l'analyse de discours ont suscité un certain nombre de remarques, notamment quant à la rigueur « scientifique » dont elles se réclament. En effet, si les analystes de textes explicitent volontiers la procédure qu'ils mettent en œuvre, ils ne s'attardent guère sur les produits de leur analyse, et l'on a souvent l'impression que « l'objectif des études de textes n'est autre que cet exercice même ».
Or la démarche scientifique ne consiste pas à construire une théorie capable de « rendre compte de certains faits » mais à acquérir un moyen de prédictions justiciables d'une vérification dans le même univers de référence : la valeur et la réussite d'une méthode d'analyse scientifique se mesure essentiellement au succès ou à l'échec de cette vérification (J.-Cl. Gardin, les Analyses de discours, 1974). Les analyses de discours ont cherché des fondements scientifiques dans les théories linguistiques d'abord, dans la sémiologie et la sémiotique, voire dans la réactivation de la vieille rhétorique. Mais, lorsqu'une démarche d'analyse se recommande d'une méthode qui aboutit à une certaine caractérisation d'une œuvre, elle se doit d'entreprendre une double procédure de validation : de la méthode d'abord, de la caractérisation ensuite, c'est-à-dire du modèle qu'elle propose.
La validation de la méthode s'obtient à l'aide de tests de pertinence (mesure du pouvoir discriminant des catégories employées pour « décrire » le texte et qui permettent d'établir sa singularité par rapport à d'autres ensembles de textes) et de tests de compatibilité (mesure de la parenté relative des textes que l'on peut engendrer au moyen de ces catégories par rapport au texte original analysé). La validation du modèle se fait au moyen de tests de diagnostic (qui mesurent la faculté de reconnaître le texte que le modèle est censé caractériser) et de tests de simulation (qui mesurent la possibilité donnée par le modèle de produire de bonnes contrefaçons du texte original). Les systèmes sémiotiques des sciences « dures » ou naturelles permettent de reconnaître une variété animale ou végétale, un composé chimique que l'on n'a jamais vu et que l'on saisit d'abord à travers le modèle élaboré par le système symbolique : cette simple constatation suffit à mesurer la distance qui sépare l'analyse scientifique de l'analyse de discours, et de l'analyse littéraire en général.