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Théâtre épique

Genre de théâtre élaboré et illustré par Erwin Piscator et par Bertolt Brecht, qui en a formulé les principes dans son Petit Organon pour le théâtre (1948).

Il s'agit d'un théâtre de critique sociale et politique, qui fait appel à la raison plus qu'au sentiment. Par opposition au théâtre dramatique reposant sur les conceptions d'Aristote, Brecht propose un théâtre narratif, qui situe l'homme dans l'histoire et refuse la participation émotionnelle du spectateur à un destin individuel. Niant la nature immuable de l'homme, il invite à considérer les événements avec l'attitude curieuse et étonnée du savant, et à s'interroger sur leurs causes, leurs contradictions et leurs possibilités de changement.

À la suite de Erwin Piscator, Bertolt Brecht rénove le vieux théâtre, en remplaçant l'adhésion sentimentale au drame par une critique rationnelle. Toutes ses tentatives tendent à montrer que l'illusion dramatique n'est que supercherie, qu'elle ne sert qu'à endormir le sens critique du spectateur, sa conscience de classe. Brecht veut provoquer le réveil de l'esprit critique et de la raison au service de la conscience de classe et de la révolution prolétarienne. Pour empêcher le public de se laisser prendre aux pièges de l'action et de se métamorphoser lui-même en personnage, Brecht utilise la « distanciation » (qu'avant lui on trouvait dans certaines aspects du théâtre baroque) : ruptures propres à réveiller, adaptation de légendes et d'épisodes connus de tous, dépaysement, transposition presque algébrique des lieux et des temps : c'est la parabole, narration à double sens, l'un purement immédiat (l'action), l'autre qu'il appartient au spectateur de déchiffrer. Il s'agit dès lors de rendre à la scène l'intelligence, par opposition au sentiment : Brecht dépouille les ornements, demande à l'acteur de ne plus « incarner » mais de parler « comme une citation », de donner à l'événement son caractère provisoire et évolutif, son sens social ; le geste, comme la parole, est le fruit d'une série de possibilités supposées et qui sont exclues par l'adoption de l'une d'elles : le personnage et l'action sont ainsi attachés à un temps et à une époque donnés, en même temps que se crée une dialectique entre ces diverses temporalités périssables : dialogue entre le passé historique et le présent du jugement et de la critique.

Cette technique et ces inventions ont pris le nom de théâtre épique, c'est-à-dire de narration réaliste où la chronique remplace la concentration rigoureuse d'un état de crise, où l'homme-objet, pétri par la société et le déterminisme, remplace le héros-sujet pourchassé par le destin, et où, enfin, la liberté du spectateur remplace l'adhésion béate à la fatalité. L'éthique brechtienne ne rend possible une nouvelle définition de l'homme que si le spectateur retire autre chose qu'une pure impression esthétique de la représentation théâtrale. L'évolution dramatique de Brecht essaie de montrer, après avoir critiqué et exposé les contradictions capitalistes au travers de la dualité et presque de la duplicité de ses personnages, ce que pourrait être une société où l'homme serait pour l'homme un ami. Il s'agit donc de faire prendre conscience aux pauvres comme aux riches de leur déchéance à la fois politique et morale, et de leur donner la possibilité de se refaire eux-mêmes au travers de la lutte communiste pour bâtir une société d'où profit et aliénation sont bannis.