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Suède : histoire

Gustave Ier Vasa
Gustave Ier Vasa

1. Des origines à la fondation du premier royaume

Les premières traces d’occupation humaine en Suède remontent à environ 9000-8000 ans avant J.-C. et les populations se sédentarisent au néolithique (4000 avant J.-C.). Le commerce de l'ambre avec les pays méditerranéens introduit l'usage du cuivre (vers 1800 avant J.-C.). Au ive siècle après J.-C., certaines tribus germaniques émigrent vers le continent, mais d'autres demeurent ; au sud, on trouve des Goths, divisés en petits royaumes, commandés par des chefs militaires (hövdingar). La tribu des Svears (région du Mälaren), unie en un royaume (Svearike) essentiellement maritime, écrase les Goths à Bråvalla au milieu du vie siècle et leur impose sa suzeraineté.

Le royaume de Suède est fondé, mais il n'est encore qu'une fédération de provinces autonomes, où les hommes libres se réunissent en assemblées publiques (thing) pour discuter, sous la direction du lagman, de la paix et de la guerre, des lois et des impôts. Grand prêtre, protecteur de la paix et chef des armées, le roi est élu parmi les seuls membres de la famille royale. Uppsala est le centre politique et religieux du royaume, Birka le grand centre commercial.

2. Les Vikings (800-1060)

2.1. Les Varègues

Au ixe siècle, les Suédois participent aux expéditions normandes en Europe occidentale, mais c'est surtout vers l'est qu'ils se dirigent. Sous la direction de Riourik, les guerriers du Roslag (ou Varègues) fondent les principautés de Novgorod et de Kiev, et participent au grand commerce unissant la Baltique à Constantinople et aux pays musulmans, fondant même une base varègue à l'embouchure de la Volga.

2.2. Début du christianisme

Aux xe et xie siècles, des conflits dynastiques avec la Norvège et le Danemark alternent avec des périodes d'alliance et d'union politique. Prêché à Birka par le moineAnschaire (830), le christianisme ne progresse qu'après le baptême du roi Olof Skötkonung (1008).

Son fils Anund (1022-1050) contribue à la conversion du pays et s'allie au Norvégien Olav II Haraldsson pour limiter les ambitions de Knud Ier de Danemark. L'extinction de la dynastie à la mort de son frère Edmond le Vieux (1050-1060) correspond à la fin des expéditions des Vikings.

Pour en savoir plus, voir l'article Vikings.

3. Le triomphe de l'Église (1060-1250)

Dès lors éclatent des guerres qui opposent les familles de Stenkil (Västergötland), de Sverker (Östergötland) et d'Erik (Svealand) dans la conquête du trône. La première qui règne sur la Suède de 1060 environ au début du xiie siècle, est remplacée par celle de Sverker Ier (1130-1156), qui appuie l'Église de Suède. Celle-ci, secondée par les cisterciens, engage une lutte décisive contre le paganisme. Rival et successeur de Sverker, Erik IX le Saint (1156-1160) entreprend une croisade contre les Finnois païens, prélude à la conquête de la Finlande (1157).

Autonome depuis la création de l'archevêché d'Uppsala (1164), l'Église suédoise se fait accorder d'importants privilèges (1248). Les luttes dynastiques, qui favorisent l'émancipation de l'Église, se poursuivent, marquées par de nombreux assassinats et l'alternance des descendants d'Erik le Saint et de Sverker, de 1167 à 1222. Elles n'entravent pas le développement économique : dès le xiie siècle, Knut Eriksson (1167-1196) fait appel à des Allemands pour l'exploitation des mines du Bergslag et signe des accords commerciaux avec Lübeck.

4. De l'ère des Folkung (1250-1363) à l'union scandinave

4.1. Les vicissitudes de la dynastie des Folkung

À la mort d'Erik Eriksson (1250), son beau-frère, Birger Jarl, sorte de maire de palais, fonde la dynastie des Folkung (Folkungar), caractérisée par de sanglantes querelles familiales. Simple régent, il fait élire à la royauté son fils Valdemar ; celui-ci occupe le sud-est de la Finlande (1249-1250), établit sa capitale à Stockholm, unifie la législation et développe le commerce en favorisant l'exploitation du cuivre et l'établissement des Allemands dans les villes hanséatiques (Visby, Stockholm, etc.) ; l'allemand devient la langue commerciale du royaume.

4.2. Naissance de la monarchie féodale

Institution du Conseil de royaume (Riksråd)

Vaincu par ses frères, Valdemar laisse la place à l’un d’eux, Magnus Ladulås (1275-1290) qui introduit des institutions féodales et crée un ordre équestre, base de l'armée suédoise (ordonnance d'Alsnö, 1279). Le Conseil de royaume (Riksråd) devient l'organe essentiel du gouvernement ; enfin, en généralisant l'usage des ordonnances et des décrets, le roi n'a plus à consulter les things.

Mais la monarchie s'affaiblit en constituant des apanages ducaux en faveur des cadets de Magnus Ladulås ; éprouvée, en outre, par les longues minorités de Birger Magnusson (1290-1318) et de Magnus VII Eriksson (1319-1363), elle laisse la noblesse gouverner d'abord pour son intérêt particulier (maintien des paysans sur leurs terres, 1303), mais aussi pour celui du bien commun (introduction du droit public occidental par le chancelier Philippus Ragvaldisson). Cette évolution n'empêche pas l'annexion de la Finlande du Sud lorsque Novgorod menace le pays (grande guerre de Carélie [1293-1323] et paix de Pähkinäsaari [1323]).

Union des couronnes de Norvège et de Suède

En même temps, le prestige de la royauté est en partie rétabli par Ingeborg, belle-sœur de Birger Magnusson, qui, en 1319, réussit à assurer à son fils Magnus VII Eriksson les deux couronnes de Suède et de Norvège. Devenue régente, Ingeborg se fait céder la Scanie (1332) : ainsi son fils, déjà maître de la Finlande, devient roi de Suède, de Norvège et de Scanie. La noblesse et le clergé se font cependant confirmer leurs privilèges et se prémunissent contre l’arbitraire du roi en renforçant les prérogatives du Conseil.

4.3. Dissensions familiales et affaiblissement de la couronne

La révolte du prince Erik

En 1343, l'union suédo-norvégienne semble définitivement rompue quand la Norvège obtient pour souverain Haakon VI Magnusson, qui entre en conflit avec son père Magnus VII. La Suède est, en outre, affaiblie par la peste de 1346 et par la révolte du fils aîné de Magnus, le prince Erik (1355), qui, soutenu par Albert de Mecklembourg et une partie de la noblesse, se fait céder la moitié du royaume (1356-1359). Après la mort d'Erik (1359), dont l'héritier est son frère Haakon VI, les perspectives d'union semblent néanmoins sauvées.

Les ambitions danoises

Mais la Suède est alors victime de l'ambitieux roi du Danemark Valdemar IV, qui, appelé en soutien par Magnus VII pour mater la rébellion d'Erik, saisit cette occasion pour occuper la Scanie, le Halland, le Blekinge, Öland et Gotland, et ruine Visby (1360-1361). Attribuant ces désatres à Magnus VII, la noblesse le dépose (1362) au profit de son fils Haakon VI, restaurant par contrecoup l'union suédo-norvégienne ; mais, celui-ci s'étant réconcilié avec son père, maintenu comme co-régent, et ayant épousé en 1363, Marguerite, fille aînée et héritière du roi de Danemark, les nobles font appel à Albert de Mecklembourg, qui est élu roi de Suède en 1364 et parvient à se débarrasser des derniers Folkung.

Marguerite

Cependant, malgré la mort de Haakon VI (en 1380 après celle de son père en 1374) et l'appui de la Hanse, le nouveau souverain ne peut imposer son autorité dans une Suède où Lübeck accapare le commerce extérieur et où l'aristocratie s'arroge la réalité du pouvoir. Cette dernière, incitée par les tendances absolutistes du roi, se tourne finalement vers Marguerite, régente de Danemark et de Norvège, dont l'intervention entraîne alors la défaite et la capture d'Albert de Mecklembourg (1389) ; Marguerite, devenue régente de Suède, assure donc pour la première fois l'union sous une même autorité des quatre peuples scandinaves.

5. L'Union de Kalmar (1397-1523) et les rébellions suédoises

S'étant d'abord choisi un héritier, son petit-neveu, Erik de Poméranie, Marguerite le fait proclamer roi en Norvège (1389), puis en Suède et au Danemark (1396) ; enfin, elle obtient que cette union personnelle des trois royaumes soit juridiquement renforcée par leurs représentants (→ Union de Kalmar, 1397) et qu'elle soit maintenue au profit des descendants d'Erik, ou tout au moins d'un souverain choisi en commun.

5.1. Du premier Riksdag (1435) au « bain de sang de Stockholm » (1520)

À la mort de Marguerite (1412), Erik de Poméranie mécontente les Suédois en entamant la désastreuse guerre du Holstein, en alourdissant l'impôt et en accordant des pouvoirs exorbitants aux baillis danois ; aussi les propriétaires de mines en Dalécarlie, qui ne peuvent plus exporter leur fer, s'insurgent-ils sous la direction d'Engelbrekt (1434). Celui-ci convoque à Arboga (1435) une assemblée de la noblesse, du clergé, de la bourgeoisie et des paysans ; ce premier Riksdag le proclame régent du royaume, Erik restant le souverain nominal.

Engelbrekt, assassiné par un noble (1436), est remplacé comme régent par un aristocrate, Karl Knutsson (1438) ; Erik, réfugié à Gotland (1436), est remplacé par son neveu, Christophe de Bavière, au profit duquel l'union est maintenue (1441-1448). Celui-ci étant mort sans enfants, les Suédois élisent roi Karl Knutsson (Charles VIII) à plusieurs reprises (1448-1457 ; 1464-1465 ; 1467-1470), tandis que les Danois désignent comme souverain Christian Ier d'Oldenbourg (1448).

Les Sture

L'opposition nationale suédoise est ensuite dirigée par les Sture. Sten Sture l'Ancien bat Christian Ier à Brunkeberg (1471) ; régent, il s'assure l'appui des paysans, mais il se heurte au clergé, partisan de l'union, et doit reconnaître comme roi de Suède le souverain de Danemark, Jean (1483), sans lui céder la réalité du pouvoir. Les Russes menaçant alors la Suède d'invasion, Sten Sture les repousse (1495), tandis que Jean lui reprend le pouvoir (1497) et le rejette en Finlande ; succès temporaire, car, en difficulté dans le Holstein (1500), il doit abandonner la Suède à Svante Sture (1503-1512) puis à Sten Sture le Jeune (1512-1520).

Ce dernier se heurte à l'opposition de l'archevêque d'Uppsala, Gustav Trolle, qu'il fait déposer (1517). Le prélat fait alors appel à Christian II de Danemark. D'abord vainqueur (1518), Sten Sture est finalement vaincu par Christian II au lac Åsunden, près de Bogesund (février 1520). Sa mort entraîne l'effondrement de la Suède et le rétablissement, pour la dernière fois, de l’union scandinave : Gustav Trolle est libéré et Christian II est reconnu comme roi.

Christian II et le « bain de sang de Stockholm »

Le nouveau souverain commet alors l'erreur de donner satisfaction aux griefs de Gustav Trolle en faisant décapiter 82 personnes, dont plusieurs membres du Conseil et deux évêques, ayant pris part à la lutte et jugées coupables d’hérésie.

Cet événement, baptisé le « bain de sang de Stockholm » (8 novembre 1520) favorise l’affirmation nationale de la Suède et précipite la fin de l’union sous l’autorité danoise. En 1521, des soulèvements éclatent en Småland, et surtout en Dalécarlie, sous la direction de Gustave Vasa, fils d'Erik Johansson Vasa, l'une des victimes du « bain de sang ». Aux mineurs de Dalécarlie se joignent les nobles du Småland et du Västergötland, et l’insurrection s’étendant à tout le pays ; les Suédois prennent l’avantage et reçoivent le soutien de la ville de Lübeck. En 1523, Gustave Vasa est élu roi de Suède tandis qu’au même moment Christian II est destitué dans son pays. L’union de Kalmar prend définitivement fin.

6. L'époque de la Réforme (1523-1611) et l’avènement de la dynastie des Vasa

Gustave Vasa (1523-1560) rend l'indépendance à son pays. Prêchée à Stockholm dès 1524 par Olaus Petri, la Réforme gagne les bourgeoisies allemande puis suédoise. Lors du Riksdag de Västerås (1527), Gustave Vasa étatise l'Église suédoise, confisque ses biens au profit du trésor et de la noblesse, ainsi gagnée à la nouvelle foi. Mais la rupture avec Rome n'advient que lorsque Olaus Petri aura fait triompher la Réforme luthérienne (concile d'Örebro, 1529).

Gustave Vasa enlève aux Allemands leurs privilèges et leur monopole commercial ; en dépit de nombreux troubles entre 1524 et 1542, l'économie se développe. Le roi réorganise l'État et fait reconnaître l'hérédité de la couronne (Riksdag de 1544).

Désireux de faire de ses ports une étape du commerce entre la Moscovie et l'Occident, son fils aîné et successeur Erik XIV (1560-1568) s'empare de Tallin (1561) puis tente de contrôler les détroits danois et la région de Narva, débouché de la Moscovie (1562). Mais au cours d'une guerre de sept ans (1563-1570), Lübeck, le Danemark et la Pologne enlèvent Gotland et font reconnaître la liberté du trafic à Narva (paix de Stettin, 1570).

Mécontente, la haute noblesse suédoise détrône Erik XIV au profit de son frère Jean III (1568-1592), qui reprend la marche vers l'est (prise de Narva, 1581 ; acquisition définitive de l'Estonie, 1595), en direction de Pskov et de Novgorod, et vers le nord, en Laponie orientale, afin de contrôler la route d'Arkhangelsk.

Pendant ce temps, Jean III, procatholique, déclenche une crise politique et religieuse redoutable en fermant l'université protestante d'Uppsala. La crise s'envenime sous Sigismond Ier Vasa, qui, déjà roi de Pologne (1587), devient roi de Suède (1592) et tente d'y rétablir le catholicisme. En vain : le synode d’Uppsala adopte officiellement le luthéranisme en 1593. Le Riksdag de Söderköping (1595) confie alors la régence à son oncle, le luthérien Charles de Sudermanie, qui se fera proclamer roi sous le nom de Charles IX (1607-1611). Ce dernier entre en guerre contre la Pologne (lutte pour la Livonie), la Russie (prise de Moscou) et le Danemark, qui ne peut empêcher Gustave-Adolphe de consolider la situation au profit de son pays.

7. La formation de l'empire suédois (1611-1718)

7.1. Gustave II Adolphe

Disposant d'une flotte de commerce, Gustave II Adolphe (1611-1632) rêve de faire de la Baltique un lac suédois. Ayant signé une paix coûteuse avec le Danemark (1613), il enlève l'Ingrie et la Carélie orientale à la Russie, mais renonce à Novgorod et à toute expansion vers la mer Blanche (Stolbova, 1617). Il stabilise l'État en associant étroitement au gouvernement le Conseil, le chancelier (Axel Oxenstierna), le Riksdag et la noblesse. La création d'un Tribunal suprême (1624), la réorganisation de l'université d'Uppsala et surtout celle de l'armée et de l'économie (développement des mines de cuivre et de fer) donnent au souverain les moyens d'une grande expansion. Il occupe la Prusse polonaise (1626) et intervient victorieusement dans la guerre de Trente Ans (1630). Sa mort laisse le trône à une fillette de six ans, Christine de Suède (dernière représentante de la dynastie des Vasa, 1632-1654), sous la régence d'Oxenstierna ; la Suède, qui reçoit alors une Constitution aristocratique (1634), maintient ses troupes en Allemagne (1635-1642) et impose au Danemark la paix de Brömsebro (1645).

7.2. La naissance d'une grande puissance

La reine Christine, qui écarte le régent du pouvoir, et Charles X Gustave (premier souverain de la dynastie palatine, 1654-1660) recueillent les fruits de cette politique lors des traités de Westphalie (1648) et de Roskilde (1658), qui font de la Suède la maîtresse de la Baltique et des détroits au détriment du Danemark. La Suède devient une grande puissance, malgré la perte de Bornholm et de Trondheim (paix de Copenhague, 1660) ; par le traité d'Oliva (1660), la Pologne renonce à ses prétentions.

Vaincue à Fehrbellin (1675), la Suède bénéficie en fait du traité de Saint-Germain-en-Laye (1679), par lequel Louis XIV contraint le Brandebourg et le Danemark à renoncer à la majeure partie de leurs conquêtes, le premier ne gardant que la Poméranie orientale.

7.3. Le renforcement de la monarchie

Charles XI

À l’intérieur, la Couronne s’est progressivement appauvrie par donations et concessions à la noblesse. Pour remédier à la situation catastrophique des finances du royaume, Charles XI (1660-1697), qui règne effectivement à partir de 1672, entreprend alors de reprendre le contrôle de la situation en s’appuyant sur le clergé, la bourgeoisie et la noblesse de robe ainsi que sur les dissensions entre le Riksråd et les états (noblesse, clergé, bourgeoisie et paysannerie) représentés au Riksdag : la monarchie suédoise évolue dès lors vers l’absolutisme.

La première étape est la « réduction » (confiscation d'une partie des domaines aristocratiques) décidée en 1680 qui oblige les grands seigneurs à restituer la moitié de leurs biens et permet à la couronne d’engager une vaste réforme de l’armée au profit des soldats paysans. Parallèlement, le Riksdag libère le roi de la Constitution de 1634 et lui reconnaît le droit de légiférer (1682), ce qui lui permet de prendre l’ascendant sur le Conseil qu’il ne consulte désormais que s’il le souhaite. Par ailleurs, le clergé est soumis à la couronne (loi de 1686), le roi devenant le chef de l’Église luthérienne suédoise. À l’extérieur, Charles XI mène une politique étrangère pacifique et se libère de la tutelle de Louis XIV.

Charles XII : la ruine de l'empire baltique

En revanche, Charles XII (1697-1718), entraîné dans la « grande guerre du Nord », fait perdre à son pays la maîtrise de la Baltique à la suite du désastre de Poltava (1709). Le traité de Frederiksborg (1720) supprime l'exemption de droits sur le Sund, et celui de Nystad (Uusikaupunki) ampute la Suède de la Carélie et des provinces baltes (10 septembre 1721).

8. L'« Ère de la liberté » (1718-1772)

Après la mort de Charles XII (1718), sa sœur, Ulrique-Éléonore (1718-1720), puis l'époux de celle-ci, Frédéric Ier de Hesse (1720-1751), doivent accepter la Constitution de 1719, qui laisse le pouvoir au Riksdag, représentant les quatre états mais largement dominé par l’aristocratie, et désormais chargé de contrôler l’action du Conseil, d’adopter les lois et de voter les impôts. En 1720, le Riksråd perd même la compétence de conclure une alliance ou la paix. La fonction de chancelier ressemble alors de plus en plus à celle d’un Premier ministre.

8.1. Rayonnement culturel et prospérité économique

La Suède accueille les idées nouvelles : piétisme allemand, rationalisme français, dont l'influence se fait surtout sentir au xviiie siècle (→ Swedenborg passe du rationnalisme au mysticisme) ; la philosophie politique d’un John Locke influence l’évolution constitutionnelle de la monarchie. Mais c’est surtout dans le domaine des sciences exactes que les Suédois commencent à s’illustrer avec Celsius, Linné ou Scheele.

De nouvelles activités industrielles sont encouragées par des droits plus élevés, le commerce développé (→ Compagnie suédoise des Indes orientales, 1731), l'agriculture favorisée par la reconstitution de la propriété paysanne puis par un début de remembrement (milieu du xviiie siècle), ainsi que par la libération du commerce des grains.

8.2. Les luttes contre « Bonnets » et « Chapeaux »

L'économie, relancée par ce mercantilisme modéré bénéficie des idées nouvelles en matière agronomique et commerciale, même après le retrait du chancelier Arvid Horn, initiateur de ces réformes et soutenu par le parti pacifiste des Bonnets (lié à la Grande-Bretagne et à la Russie) qui s'oppose à celui des « Chapeaux », proche de la France, hostile au régime parlementaire et surtout partisan d’une intervention contre la Russie afin de reconquérir les provinces baltes perdues en 1721.

L'accession au pouvoir des Chapeaux entraîne ainsi la Suède dans une guerre contre la Russie (1741), qui lui coûte le sud-est de la Finlande (paix de Turku, 1743), puis dans la guerre de Sept Ans, où elle combat la Prusse sans succès (1756-1763). Ayant brisé en 1756 un coup d'État dirigé par le roi Adolphe-Frédéric de Holstein (1751-1771), qui a créé un parti de la Cour, les Chapeaux perdent le pouvoir de 1765 à 1769 et de nouveau en 1771 au profit des Bonnets. Le pays semble sombrer dans l'anarchie, lorsque survient Gustave III.

9. L'épopée gustavienne (1771-1814)

Résolu à mettre fin au désordre, Gustave III (1771-1792) recourt au coup d'État. Soutenu par le peuple et par l'armée, il fait arrêter les conseillers et réduit les prérogatives du Riksråd et du Riksdag (août 1772). Despote éclairé et roi-philosophe, il favorise le rétablissement financier (1776) et proclame la tolérance (1781). Toutefois, l'opposition de la noblesse, une guerre avec la Russie (1788) et l'offre de paix faite par des officiers finnois et suédois à Catherine II l'amènent à restaurer l'absolutisme par l'Acte d'union et de sécurité (janvier 1789), et à accorder l'égalité d'accès aux fonctions publiques aux nobles et aux non-nobles.

Après l'assassinat de Gustave III (1792), Gustave IV (1792-1809), qui combat d'abord Napoléon (1805-1807) puis la Russie (1808), perd la Finlande (1808). Le roi est alors renversé par le général Adlercreutz (mars 1809) au profit de son oncle Charles XIII (1809-1818), qui fait la paix avec la Russie, le Danemark et la France, et accepte une Constitution (1809) établissant la séparation des pouvoirs, loi fondamentale qui restera en vigueur jusqu'en 1975. Sans enfants, il fait élire comme successeur le prince Christian-Auguste d'Augustenborg (1809-1810), puis le maréchal français Bernadotte (1810), qui engage la Suède dans la lutte finale contre Napoléon.

10. L'union avec la Norvège (1814-1905)

Cette prise de position vaut à Bernadotte la cession de la Norvège par le Danemark (traité de Kiel, 14 janvier 1814), en compensation de la perte de la Finlande. Devenu roi (1818) sous le nom de Charles XIV, Bernadotte inaugure (1834) une politique de stabilité monétaire et surtout de neutralité. À l'intérieur, son absolutisme se heurte à une opposition libérale, mais il doit réformer finalement la Constitution (1840) en donnant au Riksråd la forme d'un ministère divisé en sept départements spécialisés.

L'évolution libérale se poursuit avec Oscar Ier (1844-1859), qui évite la révolution de 1848 (→ révolutions européennes de 1848) et se contente, malgré ses sympathies pour le scandinavisme, d'une prudente intervention en faveur du Danemark menacé par les Allemands (1848). Neutre pendant la guerre de Crimée, il obtient pourtant la démilitarisation des îles Åland par la Russie (congrès de Paris, 1856). Enfin, il accélère la modernisation du pays.

Charles XV (1859-1872) poursuit cette politique : tolérance religieuse envers les dissidents (1859) ; modification de l'administration locale et du Code pénal (1862) ; instauration du libre-échange (1864-1865) ; suppression des quatre ordres et institution de deux Chambres élues au suffrage censitaire et constituant le nouveau Riksdag (1866).

Celui-ci est bientôt dominé par les paysans du parti Lantmanna (parti des Agriculteurs, 1867), qui accroît son influence sous Oscar II (1872-1907). Son chef, A. Posse, devient même Premier ministre (1880-1883). Le développement économique très rapide provoque l'adoption définitive du libre-échange (Riksdag de 1888) et de réformes sociales importantes, ainsi que la constitution du parti social-démocrate (1889) et de la confédération syndicale LO (1898). Toutefois, la Norvège, plus libérale que la Suède, obtient la dissolution pacifique de l'union (1905).