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IVe République

Paul Ramadier
Paul Ramadier

Régime de la France du 3 juin 1944 (formation du Gouvernement provisoire de la République française) au 5 octobre 1958 (promulgation de la Constitution de la Ve République).

1. L'installation d'un nouveau régime : une difficile période de transition (1944-1947)

1.1. Le Gouvernement provisoire (1944-1945)

Le Gouvernement provisoire de la République (GPRF), qui s'installe à Paris en août 1944, rétablit la légalité républicaine, niant au gouvernement de Vichy, toute légitimité. Il doit, entre autres tâches, mettre en place de nouvelles institutions. Le retour à celles de la IIIe République est écarté à une très forte majorité par le référendum du 21 octobre 1945.

La première Assemblée constituante (octobre 1945-juin 1946)

Le même jour est élue une Assemblée constituante dominée par les socialistes de la SFIO et les communistes, qui détiennent la majorité absolue, ainsi que par le Mouvement républicain populaire (MRP), fondé en novembre 1944 à Paris par des résistants démocrates-chrétiens. Radicaux et modérés n'y sont pratiquement pas représentés. Cette Assemblée désigne à l'unanimité le général de Gaulle comme chef de gouvernement (13 novembre 1945). Mais les malentendus apparaissent vite, entre ce dernier et les partis de l'Assemblée, sur la conception même du pouvoir. Hostile au projet constitutionnel de la majorité qui envivage de mettre en place un régime d'Assemblée unique aux pouvoirs très étendus, le général de Gaulle démissionne le 20 janvier 1946.

1.2. L'ère du tripartisme

Le gouvernement du socialiste Félix Gouin qui lui succède (janvier-juin 1946), inaugure l'ère du tripartisme, associant communistes, socialistes et MRP. Le projet de Constitution adopté par l'Assemblée (sans le concours du MRP) est rejeté par le référendum du 5 mai 1946.

La seconde Assemblée constituante

Une deuxième Assemblée constituante est alors élue (2 juin), dans laquelle le MRP prend la première place, ce qui permet à Georges Bidault de former le gouvernement (juin-novembre 1946). Cette Assemblée vote un nouveau projet qui, approuvé par référendum le 13 octobre 1946, devient la Constitution de la IVe République.

La Constitution d'octobre 1946

Solution de compromis entre les partisans de la prépondérance de l'Assemblée et d'un pouvoir exécutif fort, cette Constitution n'est approuvée qu'à une très faible majorité (il y a beaucoup d'abstentions). Peu différente du premier projet, la Constitution d'octobre 1946 institue un Conseil de la République purement consultatif, à côté d'une Assemblée nationale élue pour cinq ans, qui ne peut déléguer ses pouvoirs au gouvernment ; à la tête de celui-ci se trouve un président du Conseil, choisi par le président de la République ; mais il doit obtenir l'investiture par un vote favorable de la majorité absolue de l'Assemblée.

La Constitution de 1946 crée l'Union française, comprenant outre la métropole, l'Algérie, les départements d'outre-mer (Guyane, Guadeloupe, Martinique, Réunion), les territoires d'outre-mer (ex-Afrique-Équatoriale française, une partie de l'Afrique-Occidentale française, îles d'Océanie…), les territoires associés (Indochine, Maroc, Tunisie).

Les élections de 1946

La première Assemblée de la IVe République est élue le 10 novembre 1946 au suffrage universel, désormais étendu aux femmes, selon le système de la représentation proportionnelle. Si le parti communiste y progresse (il devient le premier parti de France), les socialistes SFIO et le MRP reculent.

Léon Blum forme un dernier gouvernement provisoire (16 décembre 1946-16 janvier 1947), jusqu'à la désignation par le Parlement du président de la République : Vincent Auriol, élu le 16 janvier 1947, désigne Paul Ramadier comme premier président du Conseil de la IVe République.

2. La fin du tripartisme : le gouvernement de la « troisième force » (1947-1952)

2.1. L'exclusion des communistes

La coalition entre socialistes, communistes et MRP, qui soutiennent le gouvernement Ramadier, ne dure pas. Dès mai 1947, le président du Conseil exclut du gouvernement les ministres communistes, qui ont désapprouvé ouvertement sa politique. Le rejet du PCF dans l'opposition entraîne des conséquences sur le plan social (grandes grèves de juin 1947-novembre 1948, qui aboutissent à la rupture de l'unité syndicale et à la création de Force ouvrière, en décembre 1947). Sur le plan parlementaire, le départ des communistes met fin au tripartisme et amène la constitution d'une coalition du centre, la « troisième force ». Celle-ci regroupe, jusqu'en 1952, les socialistes de la SFIO, le MRP, des radicaux et des modérés ; elle doit faire face tant à l'opposition des communistes qu'à celle des gaullistes, rassemblées au sein du Rassemblement du peuple français (RPF), créé en avril 1947.

Pour en savoir plus, voir l'article radicalisme.

2.2. Une instabilité ministérielle chronique

Mais la troisième force subit les contradictions internes qui opposent les socialistes et les libéraux (sur les problèmes scolaires et religieux, sur le plan économique et social), ce qui explique la grande instabilité ministériellle de cette période. À Paul Ramadier succède Robert Schuman (novembre 1947-juillet 1948), André Marie (juillet-août 1948), Henri Queuille (septembre 1948-octobre 1949) et G. Bidault (octobre 1949-juin 1950). Les partis de la troisième force s'associent, une dernière fois, aux élections législatives de 17 juin 1951 pour combattre, grâce à la réforme électorale des apparentements, les communistes et le RPF. Mais, si la troisième force conserve la majorité des sièges, malgré le grave échec du MRP (qui perd la moitié de ses électeurs), le RPF entre en force à l'Assemblée, où il devient le premier parti.

Le retrait des socialistes, en désaccord avec la loi Marie-Barangé d'aide à l'enseignement privé (votée le 21 septembre 1951), entraîne la dislocation progressive de la coalition sous les gouvernements René Pleven (août 1951-janvier 1952), puis Edgar Faure (janvier-février 1952).

Pendant cette période, le pays achève sa reconstruction et amorce son développement économique, mais ne résout pas le problème de l'inflation monétaire et de la hausse des prix, aggravé par la hausse des matières premières consécutive à la guerre de Corée (à partir de juin 1950). Le développement économique entrepris par le Commissariat au plan dirigé par Jean Monnet, est mené grâce à l'aide américaine et au plan Marshall.

2.3. Construction de l'Europe, pacte Atlantique et insurrections outre-mer

Après le « coup de Prague » (février 1948), qui marque le début de la guerre froide entre l'Est et l'Ouest, la France signe le pacte de l'Atlantique Nord (→ OTAN, avril 1949).

Parallèlement, elle se lance, sous l'impulsion de Robert Schuman, dans la construction de l'Europe (création de la CECA, avril 1951).

Outre-mer, les gouvernements se heurtent au développement des mouvements insurrectionnels en Afrique du Nord et surtout en Indochine, où le conflit contre le Viêt-minh, commencé en 1946, se tranforme en une véritable guerre à partir de 1949 (→ campagnes d'Indochine).

3. Les gouvernements de centre droit et la parenthèse Mendès France (1952-1956)

3.1. La valse des ministères

Après la rupture de la troisième force, le pouvoir est assuré par des ministères de centre droit. Antoine Pinay, président du Conseil en 1952, réussit à freiner l'inflation et rétablit la trésorerie (emprunt Pinay). Mais l'instabilité ministérielle demeure grande. René Mayer (janvier-mai 1953), puis Joseph Laniel (juin 1953-juin 1954) succèdent à Pinay. Le modéré René Coty accède à la présidence de la République le 23 décembre 1953.

L'aggravation des conflits outre-mer

Cette période est dominée par l'aggravation des conflits outre-mer. L'agitation politique se développe en Tunisie (arrestation de Bourguiba en février 1952), au Maroc (déposition du sultan Muhammad V en août 1953). Le désastre de Diên Biên Phu (7 mai 1954) en Indochine provoque la chute du gouvernement Laniel.

3.2. L'homme miracle : Mendès France

Joseph Laniel est remplacé par Pierre Mendès France, dont le cabinet (19 juin 1954-6 février 1955), qui s'appuie sur les radicaux, les gaullistes et une partie des modérés, tout en bénificiant du soutien des socialistes et de la neutralité des communistes, constitue une sorte de parenthèse dans l'évolution du régime vers le centre droit.

Mendès France met fin à la guerre d'Indochine en signant les accords de Genève, 21 juillet) et promet l'autonomie interne à la Tunisie (discours de Carthage, 31 juillet).

Le rejet du projet d'armée européenne (→ Communauté européenne de défense [CED]) par l'Assemblée nationale (30 août 1954) n'interrompt cependant pas l'engagement du pays dans la construction de l'Europe.

Mais le déclenchement de l'insurrection en Algérie (1er novembre 1954) sera à l'origine de la chute de Mendès France (→ guerre d'Algérie).

3.3. Le gouvernement Edgar Faure

Son successeur, Edgar Faure (février 1955-janvier 1956), reconstitue un gouvernement de centre droit et mène une politique d'expansion économique. Il rétablit le sultan du Maroc et conclut l'accord de la Celle-Saint-Cloud (novembre), qui prévoit l'indépendance du Maroc.

La violente opposition des radicaux, des socialistes et des communistes, notamment sur la politique algérienne, le conduit à dissoudre l'Assemblée nationale (1er décembre 1955). Les élections du 2 janvier 1956 sont marquées par le succès inattendu du poujadisme (→ Union de défense des commerçants et artisans [UDCA] de Pierre Poujade) et par la victoire du Front républicain, constitué par les radicaux fidèles à Mendès France, les socialistes SFIO, l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) de François Mitterrand.

4. L'échec du Front républicain, la crise du 13 mai 1958 et la fin du régime

4.1. Le gouvernement Guy Mollet

Le socialiste Guy Mollet forme un gouvernement (février 1956-mai 1957) soutenu par les communistes et le MRP. Mais la situation en Algérie se détériore rapidement. Conspué par les Européens d'Alger lors de la manifestation du 6 février 1956, Guy Mollet doit remplacer le ministre de l'Algérie, le général Catroux, par Robert Lacoste. Les difficultés s'aggravent à la suite de la capture des chefs de la révolution algérienne (dont Ben Bella) le 22 octobre 1956 et de l'échec de l'expédition de Suez (→ canal de Suez, octobre-décembre 1956), puis de la bataille engagée à Alger par le général Massu en janvier 1957.

En revanche, le gouvernement accorde l'indépendance au Maroc et à la Tunisie (mars 1956) et fait voter la loi-cadre Defferre (juin 1956) qui octroie une large autonomie à Madagascar et aux territoires français d'Afrique. Il signe le traité de Rome (25 mars 1957) instituant la Communauté économique européenne.

À l'intérieur, Guy Mollet réalise des réformes sociales (3e semaine de congés payés, création du Fonds national de solidarité), mais la situation économique et financière se dégrade. Contesté par la droite et l'extrême gauche, le gouvernement est renversé (mai 1957). Il est remplacé par des gouvernements de centre gauche présidés par des radicaux, qui ne peuvent trouver de majorité solide pour les soutenir et ne parviennent pas à résoudre le problème algérien, malgré le vote de la loi-cadre (janvier 1958). Le développement de l'inflation entraîne de nouveaux emprunts aux banques américaines, une nouvelle dévaluation et des avances de la Banque de France.

4.2. Le retour au pouvoir du général de Gaulle et la Constitution de 1958

Après une dernière et longue crise ministérielle (chute de Félix Gaillard, 15 avril 1958), la constitution du gouvernement Pierre Pflimlin (12 mai) provoque l'émeute d'Alger, où s'installe, avec l'accord de l'armée, un Comité de salut public (→ crise du 13 mai 1958) préside par le général Massu.

Ces événements favorisent le retour au pouvoir du général de Gaulle, qui apparaît alors comme seul capable de rétablir l'ordre. Après la démission de P. Pflimlin (28 mai), il devient président du Conseil, le 1er juin, constitue un gouvernement d'union nationale et obtient les pleins pouvoirs pour régler le problème algérien et préparer une nouvelle Constitution.

Celle-ci est approuvée par le référendum du 28 septembre 1958 (→ Constitution de 1958). La IVe République prend officiellement fin le jour de la promulgation de cette Constitution (4 octobre 1958). Le 8 janvier 1959, le président Coty transmet ses pouvoirs au général de Gaulle, élu le 21 décembre 1958 à la présidence de Ve République.

5. Un bilan contrasté

La crise algérienne est la cause directe de l'effondrement du régime, qui, plus généralement, n'a pas su résoudre l'ensemble des problèmes d'outre-mer. La IVe République a également été victime d'instabilité ministérielle chronique, liée à la pluralité et à la faiblesse des partis, minés par des divisions internes, ainsi qu'à l'obligation pour les partis du centre droit ou du centre gauche – en raison de l'opposition conjuguée de la droite et de l'extrême gauche – de gouverner ensemble malgré leurs divergences.

Mais, si les gouvernements successifs n'ont pas pu venir à bout d'une inflation presque continue, en revanche, la modernisation et l'expansion économique du pays constituent un bilan positif et la IVe République a résolument engagé la France dans la voie de la construction européenne.

Pour en savoir plus, voir l'article France : vie politique depuis 1958.