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province de Québec  : histoire

Québec
Québec

1. Avant la colonisation

Originellement peuplée de multiples nations autochtones, cette vaste région du Bouclier canadien, entaillée par l’embouchure du Saint-Laurent, voit l'arrivée successive de petits contingents européens dès le Moyen Âge (→ Vikings), puis pêcheurs, notamment basques, bretons et normands, et enfin, après les grandes découvertes de la Renaissance, navigateurs).

2. La Nouvelle France

À partir des années 1600, sous la houlette de Samuel de Champlain, pour le compte de la couronne de France, un projet de colonisation s’organise et une « Nouvelle-France » se développe le long du grand fleuve et de son estuaire. Cette entreprise ne survit toutefois pas à la rivalité qui oppose, depuis la fin du xviiesiècle en Europe et jusque dans le Nouveau monde, la France et la Grande-Bretagne, dont les établissements nord-américains voisins enregistrent une croissance autrement plus rapide.

3. Au sein de la Confédération canadienne (de 1867 à aujourd'hui)

Après la défaite de la France et le traité de Paris (1763), la Grande-Bretagne s'assure en effet le contrôle des possessions françaises au Canada et crée la province de Québec. En 1791, l'arrivée des « loyalistes » fuyant les États-Unis indépendants aboutit à la séparation du Bas-Canada, francophone (avec Québec pour capitale), et du Haut-Canada, anglophone (actuel Ontario). En 1837, les parlementaires des deux Canadas réclament de réels pouvoirs. La rébellion éclate et est durement réprimée (1840). Les deux Canadas (aujourd'hui Ontario et Québec) sont réunis en une même province, le Canada-Uni. La province de Québec est restaurée dans le cadre de la Confédération canadienne, créée en 1867, mais la dépendance politique et l’infériorité socio-économique de facto des francophones par rapport aux anglophones se poursuit.

La vie politique locale est alors marquée par la division entre libéraux et conservateurs cléricaux, qui se succèdent au pouvoir, les uns et les autres pouvant se réclamer d’un nationalisme de plus en plus prononcé.

3.1. De Maurice Duplessis à la « révolution tranquille » de Jean Lesage

De 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959, l’Union nationale de Maurice Duplessis dirige d’une main de fer et sous le contrôle de l’Église la vie d’une province encore extrêmement rurale et même agricole. À l’inverse, à partir de 1960, les libéraux de Jean Lesage entreprennent d’en moderniser profondément les cadres économiques, sociaux et culturels dans le cadre d’une « révolution tranquille » destinée à faire entrer les Québécois dans le xxe siècle.

Depuis des décennies, et notamment pendant ces années 1960 de grandes transformations, le courant indépendantiste se développe, en particulier autour de la défense de la langue française et de la culture propre à la province, mais aussi de considérations économiques, sociales et politiques liées au statut des francophones dans la Fédération.

3.2. Clivages gauche-droite et fédéralisme-souveraineté

Porté par cette contestation, le parti québécois (PQ) de René Lévesque, indépendantiste, gagne les élections provinciales de 1976. Mais, en 1980, les Québécois se prononcent par référendum contre le projet de « souveraineté-association » avec le reste du Canada. René Lévesque démissionne en 1985. Les libéraux, dirigés par Robert Bourassa (déjà Premier ministre de 1970 à 1976), reviennent au pouvoir. À partir de 1988, ils doivent faire face à une nouvelle crise linguistique doublée d'une crise constitutionnelle. En 1990, l'échec du projet d'accord (dit « du lac Meech ») destiné à satisfaire les demandes minimales du Québec ouvre une crise politique sans précédent, aggravée par des revendications amérindiennes. En 1992, un nouveau projet de réforme constitutionnelle (élaboré à Charlottetown), soumis à référendum, est rejeté. En 1994, Robert Bourassa démissionne et le libéral Daniel Johnson devient Premier ministre. Après la victoire des indépendantistes aux élections législatives de septembre, Jacques Parizeau, chef du parti québécois, lui succède à la tête du gouvernement.

Le référendum sur la souveraineté du Québec organisé en octobre 1995 se solde par une très courte victoire des partisans du maintien de la province dans la Confédération canadienne. Jacques Parizeau, démissionnaire, est remplacé à la tête du parti québécois et du gouvernement par Lucien Bouchard (1996). Le parti québécois remporte à nouveau les élections de 1998, mais, en janvier 2001, Lucien Bouchard, reconnaissant son échec à faire avancer le Québec sur la voie de la souveraineté, annonce sa démission et son retrait de la vie politique. Il est remplacé par Bernard Landry, son vice-Premier ministre.

Jean Charest (2003-2012)

La montée du conservatisme

À l'issue des élections générales d'avril 2003, les libéraux (PLQ) obtiennent la majorité absolue des sièges à l'Assemblée de la province avec 76 députés, contre 45 pour le parti québécois et 4 pour l'Action démocratique du Québec (ADQ). Cette dernière, une formation populiste de droite fondée en 1994 par des dissidents du parti libéral – Jean Allaire et Mario Dumont, son dirigeant – fait figure, depuis sa fondation, d'outsider d'un duel entre le PLQ et le parti québécois. Jean Charest, chef du PLQ, remplace B. Landry au poste de Premier ministre et met en œuvre un plan de réduction des services et des dépenses publics rapidement impopulaire.

En novembre 2006, le vote à Ottawa d'une résolution faisant du Québec « une nation au sein d'un Canada uni » se lit comme un geste en direction des Québécois mais aussi comme un coup de pouce donné par le gouvernement fédéral aux conservateurs à la tête de la province.

Aux élections générales de 2007, le mécontentement des électeurs, conjugué au besoin de sortir des clivages politiques traditionnels gauche-droite et fédéralistes-souverainistes, prive les libéraux de majorité absolue. Avec 43 % des voix pour le PLQ (48 sièges), 31 % pour l'ADQ (41 sièges) et 28 % pour le parti québécois (36 sièges, son plus mauvais score), le Premier ministre libéral sortant, Jean Charest, ne peut former qu'un gouvernement minoritaire (le premier depuis 1878). Ces élections marquent, à l'image de celles qui ont porté Stephan Harper au pouvoir à Ottawa en 2006, une montée du conservatisme dans la société québécoise. Leur vainqueur véritable, l'ADQ, désormais opposant officiel, semble mettre fin au bipartisme politique. Très critiqué pour le piètre résultat du parti québécois, André Boisclair en abandonne la direction qui revient à Pauline Marois.

Jean Charest à l'épreuve de la crise

Aux élections provinciales du 8 décembre 2008, cette formation, qui bénéficie de l'effondrement de l'ADQ (16 % des voix, 17 sièges, et retrait consécutif de M. Dumont), réalise son meilleur score (35 %, 51 députés) de la décennie et redevient la principale force d'opposition aux libéraux de Jean Charest.

Fort de la majorité absolue (66 sièges sur 125) qu'il escomptait obtenir en déclenchant cette consultation anticipée (motivée officiellement par la nécessité en temps de crise de donner à l'exécutif une assise législative stable, mais davantage due à l'état des forces politiques dans la province et à l'éclatement de l'opposition à son gouvernement), Jean Charest est reconduit une troisième fois à la tête de l'exécutif québécois – une situation inédite depuis les années 1950.

Comme le Premier ministre Harper à l’échelle fédérale, Jean Charest s’emploie à combattre les effets de la crise internationale qui assombrit les perspectives de croissance d’une province en proie en outre à une accumulation dangereuse de déficits. En mai 2009, il inaugure un projet hydroélectrique colossal, dit de la Romaine, nom d'une rivière qui se jette dans le Saint-Laurent et sur laquelle 4 centrales géantes doivent être construites d’ici 2020. Deux ans plus tard, il dévoile le « Plan Nord », ou programme de développement économique des régions septentrionales, basé sur l’exploitation de leurs abondantes ressources énergétiques et minières, la création de dizaines de milliers d’emplois, et l’accent porté sur l’environnement durable, avec une enveloppe de plus 80 milliards de dollars canadiens pour les vingt-cinq prochaines années, mais la nécessité, problématique, de trouver une accord avec les populations autochtones.

Enfin, après la confirmation en 2008 de la présence d'immenses réserves de gaz de schiste le long du Saint-Laurent, le gouvernement prend des mesures favorisant la prospection et envisage un début d’exploitation pour 2010. C’est toutefois sans compter avec la mobilisation citoyenne contre ces décisions : protestations, pétitions et manifestations ponctuent l’année 2011 et accentuent l’impression de fossé qui existe au sein de l’opinion entre un gouvernement usé par les années de pouvoir et des scandales d’une part, et le gros de la population de l’autre. De fait, la popularité du Premier ministre tombe au seuil historique de 13 %.

Le « printemps érable »

Dans ce contexte, la décision que son gouvernement prend de relever de 75 % sur cinq ans les frais d’inscription universitaire déclenche, dès son officialisation en mars 2011, mais a fortiori à partir de l’automne, une puissante vague de contestation étudiante qui débouche sur une grève massive et illimitée à compter de février 2012, avec jusqu’à plus de 200 000 de participants sur les campus (près de 40 % de la population concernée).

Dès lors, le conflit social le plus long de l’histoire de la province enchaîne cortèges dans les rues de jeunes, y compris lycéens, et répression policière, dans ce qui devient, significativement, un « printemps érable » d’opposition non seulement à la politique éducative du pouvoir, mais aussi à son programme de libéralisation à tout va. Le Premier ministre J. Charest, qui mise sur une majorité silencieuse hostile aux formes que revêt la protestation et sur le pourrissement consécutif de la situation raidit son attitude en faisant voter, le 18 mai 2012, une loi spéciale, surnommée de « matraque », qui restreint le droit de manifester et aggrave la crise. Toutefois, le chef de l’exécutif qui convoque pendant l’été des élections anticipées ne bénéficie pas de la surenchère qu’il s’est employé à susciter : les étudiants contestataires, désireux de ne pas faire son jeu de la controverse, mettent alors temporairement fin à leur grève, dans l’attente du verdict des urnes…

Si J. Charest sort désavoué du scrutin du 4 septembre 2012 en perdant son siège de député, sa formation limite ses pertes en obtenant 30 % des voix et 50 sièges, et arrivant deuxième derrière les Péquistes, qui remportent 32 % des suffrages et 54 circonscriptions. Contrairement à ce que les derniers sondages prévoyaient, elle est loin de sortir laminée de la consultation et phagocytée par la toute nouvelle Coalition Avenir Québec de centre droit libéral. Créée à la fin 2011 par l’entrepreneur François Legault, en opposition aux indépendantistes, cette force politique arrive en troisième place, avec 27 % des bulletins et un total de 19 représentants sur les 125 que compte le Parlement.

Pauline Marois (2012-2014)

Il n’empêche : malgré une tentative d’attentat perpétrée par un forcené au soir de sa victoire, la chef du parti québécois, Pauline Marois, prend les rênes du pouvoir, à la tête d’un gouvernement minoritaire qui tout d’abord donne des gages à ses partisans et, conformément à ses engagements électoraux, revient sur les mesures les plus controversées du précédent cabinet : suppression immédiate de la hausse programmée des frais universitaires,abrogation de la loi limitant le droit de manifester, arrêt définitif de l’unique (et vétuste) centrale nucléaire de la province, annulation des prêts accordés à une mine d’amiante, prolongement du moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, demande de rapatriement à Québec de prérogatives fédérales, notamment en matière culturelles, et lutte contre la corruption (adjudication des contrats publics et financement des partis politiques). Dans le même temps, J. Charest quitte la direction d’un parti libéral toujours en ordre de marche et fait savoir qu’il se retire dans la foulée de la vie publique.

Arrivée au pouvoir par défaut et sans réel mandat populaire, la nouvelle équipe, emmenée par la première femme chef de gouvernement de la province, séduit tout d’abord les Québécois. Face aux scandales qui éclaboussent notamment les principaux édiles de Montréal et de Laval, elle peut se prévaloir de son action rapide en faveur de l’exemplarité des responsables politiques. Mais l’état des comptes publics met rapidement un terme à l’idylle : au nom de la rigueur budgétaire dont elle reprend l’impératif, elle est amenée non seulement à revenir sur certaines promesses de campagne mais encore à emprunter la voie de la rigueur et à tailler dans les dépenses et les services publics, au grand dam d’une grande partie de son électorat. Aussi doit-elle entériner ce qui s’apparente à de multiples reculs : malgré l’augmentation du salaire minimum ainsi qu’une série de mesures visant l’éducation des jeunes issus des familles défavorisées ou la protection de l’environnement et la promotion des technologies vertes, la taxe santé instaurée en 2010 n’est nullement abolie mais modulée pour être rendue progressive ; la hausse annoncée du prix de l’électricité n’est pas davantage supprimée, tout juste est-elle limitée et indexée au coût de la vie ; la remise à plat du régime minier s’annonce de même bien moins ambitieuse que prévu ; la grande réforme fiscale accouche en définitive d’une majoration du barême des foyers les plus riches (100 000 dollars et plus) ; la révision et l’actualisation de la loi de protection de la langue française ne semble devoir faire guère plus qu’accompagner le lancement de programmes de soutien de l’idée souverainiste… Ces soi-disant demi-mesures, tout comme l’objectif d’élimination du déficit budgétaire à l’horizon 2014, la reprise du grand plan de développement du Nord, aux accents quelque peu colonialistes, ou des nominations contestées, évoquent à beaucoup la poursuite de la politique des libéraux et un infléchissement marqué vers la droite des Pquistes. Au front des déçus s’ajoutent bien vite les contempteurs du caractère électoraliste de certaines des dispositions prises par le cabinet, ainsi qu’une inquiétude générale quant au ralentissement marqué de l’économie provinciale.

Accusé tour à tour ou conjointement d’hyperactivité brouillonne et d’immobilisme paralysant, et malgré le marasme ambiant, le gouvernement n’en rebondit pas moins à l’été 2013. L’implication personnelle de P. Marois à la suite de la catastrophe ferroviaire et du désastre écologique de Lac Mégantic en juillet, la promotion de programmes d’assurance autonomie pour les personnes âgées et les handicapés, et le lancement d’une charte des valeurs du Québec, destinée à asseoir la laïcité dans l’espace public, font davantage consensus et restaurent quelque peu son image et son crédit. La définition en octobre d’un grand plan de soutien à l’activité et d’encouragement à l’investissement dans les filières d’avenir pour créer à l’horizon 2017 près de 50 000 emplois supplémentaires met pour un temps fin aux rumeurs de dissolution de la Chambre et de déclenchement d’élections anticipées. Confortée par de bons sondages, P. Marois finit par décider de les provoquer pour avril 2014. D’abord centrée sur les questions économiques, sociales et institutionnelles (poursuite de la lutte anti-corruption et charte de la laïcité pour le secteur public et para-public), la campagne fait resurgir la question indépendantiste pourtant écartée du programme du PQ, au point d’effrayer des électeurs qui infligent à leur Première ministre et à sa formation une cinglante défaite. Battue dans sa circonscription, celle-ci laisse les rênes de la province aux libéraux de Philippe Couillard (41,5 % des voix, et 70 sièges sur les 125 du parlement) et se retire de la direction d’un parti revenu dans l’opposition (avec à peine 25,4 % des suffrages et 30 députés), talonné dans les urnes comme à l’assemblée par le CAQ de François Legault (23 % des voix et 22 représentants).

Le retour des libéraux (2014-)

Dotée d’une solide majorité, la nouvelle équipe exécutive provinciale s’attelle à ses priorités : le rétablissement des comptes publics et notamment la révision des politiques de santé et d’éducation tout en garantissant un haut niveau de services ; la stimulation de l’activité, bien moins dynamique que dans l’ensemble du pays (croissance de 1,5 % en 2014) ; la lutte contre le chômage, plus élevé que dans le reste de la fédération (7,7 % en 2014), et la création sur 5 ans de 250 000 nouveaux emplois ; le soutien aux entreprises, en particulier aux PME ; les programmes d’investissements dans les infrastructures, tels que la relance du grand Plan Nord – autant d’objectifs qui passent par la mise en œuvre d’initiatives potentiellement contradictoires et s’avèrent être sources de contestation populaire. Dès lors le gouvernement Couillard connaîtra-t-il le même sort que celui dirigé par J. Charest ?Pour en savoir plus, voir l'article histoire du Canada.