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Portugal : vie politique depuis 1974

António Dos Santos Ramalho Eanes
António Dos Santos Ramalho Eanes

1. La « révolution des œillets » et la transition démocratique (1974-1986)

Le 25 avril 1974, Caetano est renversé par un coup d'État militaire. Une « junte de salut national » s'engage alors à restaurer les droits civiques et démocratiques, à organiser des élections libres au suffrage universel direct, afin qu'un Parlement représentatif élabore une nouvelle Constitution, et à rétablir la paix dans les colonies. Le parti de l'Action nationale populaire et la police politique (depuis 1969, la Direcção geral de seguranza [DGS]) sont dissous, les gouverneurs civils destitués, les prisonniers politiques libérés et la censure abolie. C'est la « révolution des œillets », par allusion aux fleurs que la population offre alors spontanément aux militaires révoltés.

1.1. L'intermède Spínola

Le général Ribeiro de Spínola devient président de la République le 15 mai et, le lendemain, un gouvernement provisoire ayant à sa tête Adelino Palma Carlos est constitué. Le pouvoir est alors réparti entre la junte, qui s'est transformée en Conseil d'État, la présidence de la République, le gouvernement et le « mouvement des forces armées (MFA) », qui entreprend « un travail d'explication politique dans les casernes ». Cependant, le rétablissement d'un contrôle militaire de la presse, les attaques contre les animateurs de grèves et la rupture provisoire des pourparlers avec les représentants des colonies révèlent l'hétérogénéité du nouveau bloc au pouvoir.

Le conseil d'État ayant refusé d'accroître les pouvoirs du gouvernement Palma Carlos, ce dernier démissionne le 9 juillet. La tension qui oppose les modérés, discrètement soutenus par Spínola, aux officiers du MFA, dont beaucoup penchent à gauche, se durcit encore quand sont élaborées les mesures sur les libertés (notamment celle de la presse) et sur la décolonisation. Le 14 juillet, le colonel Vasco Gonçalves devient Premier ministre et quatre membres du MFA entrent au gouvernement. Le 10 septembre, s'efforçant de limiter l'influence des partis de gauche, Spínola lance un appel à la majorité silencieuse ; les forces de droite et d'extrême droite demandent alors à manifester publiquement le 28 septembre. La gauche et l'extrême gauche dressent des barricades dans Lisbonne. Le 28, Spínola démissionne. Le général Costa Gomes le remplace et Vasco Gonçalves demeure Premier ministre. Mais l'unité de façade, héritée du 25 avril, est déjà bien lézardée, même si la nouvelle coalition regroupe encore des représentants du MFA et des principales formations politiques, parti populaire démocratique (PPD), parti socialiste (PS) et parti communiste (PC).

1.2. La décolonisation en toile de fond

L'une des priorités de ces premiers gouvernements provisoires est de régler la question coloniale. La loi constitutionnelle du 19 juillet 1974 avait déjà enclenché le processus en reconnaissant le principe de l'autodétermination et le droit à l'indépendance des anciens territoires d'outre-mer, orgueil du régime salazariste pour lequel le Portugal, « un et indivisible », s'étendait du Minho à Timor.

Le 10 septembre 1974, la Guinée-Bissau est le premier de ces territoires à accéder à l'indépendance. Les négociations aboutissent rapidement, dès l'automne 1974, avec le Mozambique, le Cap-Vert, São Tomé et Príncipe qui accèdent à l'indépendance respectivement le 25 juin, le 5 juillet et le 12 juillet 1975. Fin décembre 1974, les autorités portugaises reconnaissent la souveraineté de l'Inde sur les enclaves de Goa, Damão et Diu, que celle-ci occupait depuis décembre 1961.

Les principales difficultés concernent l'Angola, où les négociations s'enlisent à plusieurs reprises du fait des dissensions entre les trois mouvements indépendantistes et de leur faible représentativité. Les accords quadripartites d'Alvor (janvier 1975), bien que dénoncés au mois d'août, aboutissent à l'indépendance de l'Angola (11 novembre 1975), prononcée dans un contexte de guerre civile. Plus d'un demi-million de retornados doivent alors quitter les anciennes colonies et retourner au Portugal.

Quant à la partie orientale de l'île de Timor, en voie d'accéder à l'indépendance, elle est envahie militairement par l'Indonésie en décembre 1975 et annexée de fait par celle-ci en juillet 1976, malgré le désaveu des Nations unies. Pour la première fois depuis la fin du xve siècle, le Portugal se trouve ainsi réduit à sa partie continentale, à ses archipels de Madère et des Açores ainsi qu'à son enclave chinoise de Macao, qui ne sera rétrocédée à la Chine qu'en décembre 1999.

1.3. Au bord de la guerre civile

Cette décolonisation tardive s'opère dans un contexte politique intérieur confus. Dès le mois de janvier 1975, la rupture est consommée entre le PS et le PC, qui s'opposent sur la question de l'unité syndicale et sur le rôle des militaires. Le 11 mars, une tentative de coup d'État, dans laquelle se trouve impliqué le général de Spínola, échoue mais provoque une radicalisation de la révolution, marquée notamment par un renforcement des pouvoirs du MFA et une campagne de nationalisations.

À la dualité des pouvoirs entre civils et militaires répond l'hostilité croissante entre les partisans de l'instauration d'une « démocratie populaire » (une partie du MFA, autour de Vasco Gonçalves, et le PC), l'extrême gauche (avec comme figure de proue un officier, Otelo de Carvalho), autoproclamée défenseur du « pouvoir populaire », et les « modérés » (PS, PPD, quelques officiers du MFA), favorables à la mise en place d'une démocratie pluraliste.

Le 25 avril 1975, les élections à l'Assemblée constituante – les premières au Portugal à se dérouler au suffrage universel – semblent consacrer la victoire des « modérés », le PS et le PPD distançant largement le PC et les multiples formations d'extrême gauche. Refusant le verdict des urnes, ces dernières tentent de donner un tour plus radical à la révolution. Au cours de l'« été chaud » de 1975, marqué par la réforme agraire, le Portugal se trouve au bord de la guerre civile. Privé du soutien du PS et du PPD, le gouvernement perd le contrôle de la situation. Isolé dans sa dérive pro-communiste, Vasco Gonçalves doit démissionner (29 août). La plus extrême confusion règne alors. Le nouveau gouvernement, formé de « modérés », se retrouve impuissant. La crise se dénoue le 25 novembre 1975 avec l'échec d'un coup d'État fomenté par des militaires d'extrême gauche.

1.4. Le choix du pluralisme démocratique

Avec la mise au pas des militaires et le rétablissement de l'autorité de l'exécutif s'ouvre une nouvelle période qui consacre le succès de la démocratie pluraliste. Les principales formations politiques – le PS, le PPD, transformé alors en PSD (parti social-démocrate), le CDS (Centre démocratique et social), démocrate-chrétien, ainsi que l'aile modérée du MFA – unissent leurs efforts pour contribuer à ce succès. Le choix en faveur du pluralisme s'incarne dans la promulgation, le 2 avril 1976, d'une Constitution qui pose les bases d'un socialisme démocratique, instaure un régime semi-présidentiel et consacre le rôle du Conseil de la révolution. Toujours en vigueur, cette Constitution de 1976 a révélé toute sa souplesse, évoluant ainsi dans le sens d'un effacement de la tutelle militaire et d'un affaiblissement de la fonction présidentielle (révision de 1982), d'une libéralisation de l'économie (révision de 1989), de l'adaptation à l'intégration européenne (révision de 1992), enfin d'un renforcement de l'État de droit et de la démocratie participative (révision de 1997). Ce choix du pluralisme se traduit également par le succès de ses partisans (PS, PSD et CDS) lors des élections législatives du 25 avril 1976 et par l'élection (le 27 juin) d'un militaire modéré comme président de la République, le général António Ramalho Eanes, qui sera réélu pour un second mandat de cinq ans en décembre 1980. Cet enracinement de la démocratie s'opère dans un contexte de grandes difficultés économiques qui, jusqu'au milieu des années 1980, ne cessent de peser sur la vie politique. Une forte instabilité en résulte avec une succession de gouvernements et de majorités composites.

1.5. L'instabilité politique

Premier ministre des deux premiers gouvernements constitutionnels (juillet 1976-juillet 1978), Mário Soares ne parvient pas, malgré sa notoriété sur la scène internationale, à donner corps au « socialisme du possible » qu'il souhaite édifier. Victime de la défection de son allié de circonstance, le CDS, dirigé par Freitas do Amaral, et de l'hostilité croissante du chef de l'État, M. Soares est démis de ses fonctions par ce dernier fin juillet 1978.

Le général Eanes tente alors d'orienter le régime vers le présidentialisme, désignant trois gouvernements « d'initiative présidentielle », privés du soutien des principales formations politiques (août 1978-décembre 1979). Les dysfonctionnements de cette dérive présidentialiste conduisent dans l'impasse le gouvernement dirigé par Maria de Lourdes Pintasilgo, première femme à exercer de telles fonctions au Portugal (août 1979-janvier 1980). Les élections législatives anticipées du 2 décembre 1979, puis celles du 5 octobre 1980, dégagent une nette majorité en faveur de l'Alliance démocratique (AD), coalition électorale de centre droit regroupant notamment le PSD et le CDS Jusqu'au printemps 1983, cette Alliance conduite par le PSD.exerce le pouvoir.

Après la disparition dans un accident d'avion du Premier ministre – et leader charismatique du PSD – Francisco Sá Carneiro (4 décembre 1980), le gouvernement est dirigé par Francisco Pinto Balsemão à la tête d'une Alliance démocratique de plus en plus désunie (janvier 1981-juin 1983). La morosité de la situation économique, les querelles qui divisent le PSD et le CDS, les résultats décevants de l'Alliance aux municipales de décembre 1982 finissent par déstabiliser le gouvernement. Les élections législatives anticipées du 25 avril 1983 enregistrent une forte progression du PS (36 % des suffrages) qui, faute d'une majorité suffisante, ne peut gouverner seul.

Une nouvelle alliance de gouvernement (le « Bloc central »), insolite, est alors conclue entre le PS et un PSD en quête d'identité depuis la disparition tragique de Sá Carneiro. Malgré sa fragilité et une cure d'austérité, impopulaire, justifiée par la mauvaise santé de l'économie, le gouvernement de centre gauche formé alors par M. Soares a pour principal mérite de faire aboutir les complexes négociations entamées en 1977 en vue de l'adhésion du Portugal à la Communauté européenne. Lâché par son allié PSD et en conflit ouvert avec le président Eanes, M. Soares doit se démettre de ses fonctions, non sans avoir eu la légitime satisfaction de signer à Lisbonne, la veille de sa démission, le traité d'adhésion du Portugal à la CEE (12 juin 1985).

2. Le défi européen et la stabilisation politique (1986-2000)

2.1. « Le bon élève de l'Europe »

« Choix d'un avenir moderne, d'un avenir de progrès, choix qui exigera beaucoup de la part des Portugais » (M. Soares), l'Europe domine la période qui s'ouvre le 1er janvier 1986, date de l'entrée officielle du Portugal dans la Communauté européenne. En l'espace d'une décennie, cette adhésion, grâce aux fonds structurels et aux diverses aides communautaires, permet à l'économie portugaise de rattraper une partie de ses retards, non sans provoquer des tensions sociales dans certains secteurs traditionnels comme l'agriculture ou le textile. L'image vieillie, héritée du salazarisme, d'un Portugal pauvre, rural, archaïque, terre d'émigration, s'efface au profit de celle du « bon élève de l'Europe » (Jacques Delors), celle d'un pays à l'économie dynamique, à forte croissance. Depuis 1986, quelle que soit la tonalité politique des gouvernements, les principaux choix de politique économique (libéralisation, rigueur budgétaire, lutte contre l'inflation, stabilité de la monnaie dans le cadre du SME, dont fait partie l'escudo depuis avril 1992) sont dictés par l'impératif communautaire. En s'assignant comme principal objectif le respect des critères de convergence, les autorités portugaises réussissent finalement à placer leur pays dans le premier train de l'euro (2 mai 1998).

Ce solide ancrage européen n'est pas antinomique d'une ouverture sur les espaces lusophones, qui sont marqués par une longue histoire commune – celle de la colonisation – et par l'usage de la langue portugaise, soit comme langue maternelle (Brésil), soit comme langue officielle en Afrique (Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau, São Tomé). Ces espaces de quelque 200 millions de locuteurs constituent un axe de développement privilégié par la diplomatie portugaise. Aux traditionnelles relations bilatérales s'est greffée une approche multilatérale rapprochant ces sept pays avec l'institutionnalisation de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), le 17 juillet 1996, à Lisbonne.

2.2. L'équilibre des forces politiques

La cohérence de la politique européenne s'inscrit dans un contexte de stabilité politique et de large consensus sur la construction communautaire entre les deux formations politiques qui se partagent le pouvoir depuis 1986. La stabilité s'incarne dans les deux mandats successifs de M. Soares comme président de la République (1986-1996). Premier civil à occuper de telles fonctions depuis la Ire République, il exerce, malgré la réduction des prérogatives présidentielles, une véritable « magistrature d'influence », notamment au cours de son second mandat, dans le cadre d'une cohabitation de plus en plus houleuse (1991-1996).

La stabilité prend également les traits du « cavaquisme », du nom donné à la décennie pendant laquelle Aníbal Cavaco Silva, élu président du PSD en mai 1985, dirige le gouvernement (octobre 1985-octobre 1995). Fort de la majorité absolue obtenue aux législatives de juillet 1987 et d'octobre 1991, le PSD et son président imposent leur hégémonie, reléguant à l'arrière-plan l'Assemblée de la République et l'opposition. Les orientations libérales et européennes caractérisent la politique de Cavaco Silva, qui, victime de l'usure du pouvoir et de son style jugé cassant par une part croissante de l'opinion publique, voit son parti battu par le PS (44 % des suffrages) aux élections législatives du 1er octobre 1995. Quant à sa candidature à l'élection présidentielle, elle est rejetée par l'électorat au profit de celle de son adversaire, le socialiste Jorge Sampaio, élu chef de l'État avec plus de 53 % des suffrages (14 janvier 1996) ; ce dernier sera réélu au premier tour de la présidentielle de janvier 2001 (55,8 % des voix) face au candidat du PSD, Joaquim Ferreira do Amaral.

Après les élections d'octobre 1995, le PSD, en proie à une nouvelle crise d'identité, cède sa place de premier parti national au parti socialiste, dirigé à partir de février 1992 par António Guterres. Vainqueur de ces législatives avec près de 44 % des suffrages, le PS ne dispose pourtant pas de la majorité absolue des sièges à l'Assemblée de la République (112 députés sur 230) ; il doit gouverner en maniant l'art du compromis et en sachant se ménager des alliés de circonstance. Après ses succès à la présidentielle de janvier 1996 et aux municipales de décembre 1997 (41 % des suffrages), le PS dispose de solides atouts pour inscrire son action dans la durée. A. Guterres peut se prévaloir de bons résultats économiques et de l'entrée du Portugal dans l'euro. La bipolarisation de la scène politique autour de deux partis phares, le PS et le PSD, les difficultés que traverse ce dernier (crise identitaire, problèmes de leadership de son président, Marcelo Rebelo de Sousa), le déclin du PC, qui ne représente plus que 8 % de l'électorat (contre 18 % en 1983), les divisions de l'ex-CDS, rebaptisé parti populaire depuis 1991 (CDS-PP) concourent à renforcer la position du PS. Enfin, A. Guterres profite de l'image de modernité dont se pare son pays. Une image qu'a contribué à façonner l'Exposition mondiale de Lisbonne, consacrée aux océans, « patrimoine de l'humanité » (mai-septembre 1998), imposante vitrine d'un Portugal dynamique et tourné vers l'avenir.

En 1999, la rétrocession de Macao à la Chine (décembre), en scellant la fin d'une époque, connaît un fort retentissement au Portugal.

3. L'heure des doutes (2000-)

À l'issue des législatives d'octobre 1999, le parti socialiste est conforté dans sa place de premier parti du pays en obtenant 115 sièges au Parlement mais passe à côté de la majorité absolue. A. Guterres ne tarde pas à connaître ses premières difficultés et assiste, au cours de son deuxième mandat, à l'érosion de sa popularité. Sa volonté de mener à bien les réformes promises est mise en doute par les Portugais, qui lui reprochent un manque de clarté, un recours excessif à l'improvisation dans le traitement de dossiers importants comme la réforme fiscale, et trop de temps consacré à l'exercice de la présidence de l'Union européenne. Désapprouvant également la conduite générale des affaires, plusieurs membres du PS quittent le parti en juin-juillet 2000. Le PSD.remporte les élections municipales de décembre 2001 et gagne, notamment, les trois grandes villes du pays, Lisbonne, Porto et Coimbra. Tirant les conséquences de cet échec, A. Guterres démissionne de la tête du gouvernement et de celle du PS, ouvrant une crise politique.

3.1. L’intermède Barroso

Les élections législatives anticipées de mars 2002 sont remportées par le PSD (plus de 40 %, son meilleur résultat depuis 1991), devant le PS (plus de 37 %) et le parti populaire (nationaliste et conservateur, près de 9 %). Le parti communiste, allié aux Verts, n'enregistre qu’environ 7 % des suffrages. Privé de majorité absolue au Parlement (102 députés sur 230), José Manuel Durão Barroso (PSD), le nouveau Premier ministre, forme un gouvernement de coalition avec le parti populaire. Confronté à un déficit public excessif (4,1 % du PIB en 2001) et au risque de voir le pays, bénéficiaire au cours de ces dernières années des aides importantes du Fonds de cohésion européen, manquer à ses obligations au sein de l'Union européenne, le gouvernement doit différer ses promesses faites pendant la campagne électorale et adopter des mesures impopulaires (hausse de la TVA, blocage des salaires, etc.) pour relancer l'économie. Les réformes à plus long terme – durcissement de la politique d'immigration, assouplissement du Code du travail hérité de la « révolution des œillets » de 1974, réforme du système éducatif, augmentation des droits de scolarité – provoquent la colère de la gauche, des syndicats et des étudiants. Enfin, l'atlantisme du Premier ministre, qui accueille le 16 mars 2003 le Sommet des Açores réunissant George Walker Bush, Tony Blair et José María Aznar à la veille du déclenchement des hostilités en Iraq, suscite le mécontentement d'une partie de l'opinion.

Aussi, les élections européennes de juin 2004 se transforment-elles en vote sanction pour la majorité gouvernementale (Força Portugal), qui n'obtient que 33,2 % des suffrages, soit 9 sièges. Les socialistes établissent leur meilleur score à une élection européenne (44,5 %, 12 sièges) ; la coalition Communistes-Verts (CDU) conserve 2 sièges ; quant au Bloc de gauche, il parvient à faire élire son premier député européen. Une nouvelle crise politique éclate en juillet 2004, lors de l'annonce de la démission du Premier ministre, J. M. Durão Barroso, appelé à la présidence de la Commission européenne. Forts de leur victoire aux élections européennes de juin, les socialistes réclament la dissolution du Parlement et des élections législatives anticipées. Le président J. Sampaio, tranchant en faveur de la stabilité, invite cependant la majorité parlementaire en place à former un nouveau gouvernement, avant de nommer Premier ministre Pedro Santana Lopes, ex-maire de Lisbonne et nouveau président du P.S.D. Cette décision provoque la démission du secrétaire général du PS, Eduardo Ferro Rodrigues. Voulant mettre un terme à la grave crise de crédibilité qui, depuis quatre mois, mine le gouvernement, le chef de l'État annonce, le 30 novembre, la dissolution du Parlement et l'organisation d'élections législatives anticipées le 20 février 2005.

3.2. Le retour au pouvoir des socialistes

Emmené par José Sócrates (élu secrétaire général en septembre 2004 et dauphin de A. Guterres), le parti socialiste remporte une victoire historique en obtenant 45 % des suffrages (soit 121 sièges), contre 28,7 % des voix (75 sièges) au parti du gouvernement sortant, le PSD. Allié aux Verts depuis 1987 (2 députés), le parti communiste obtient 7,6 % des suffrages et 12 députés. Le Bloc de gauche est en progression avec 6,4 % des voix et 8 députés derrière la droite conduite par le parti populaire (7,2 % et 12 sièges). Les socialistes subissent toutefois leur premier revers aux élections municipales d'octobre 2005, remportées par l'opposition de centre droit (PSD) avec 147 des 308 municipalités. Cette défaite est confirmée à l'issue de l'élection présidentielle du 22 janvier 2006, remportée au premier tour avec 50,5 % des voix, par l'unique candidat de droite, Aníbal Cavaco Silva, ex-Premier ministre (1985-1995), face à une gauche divisée représentée par cinq candidats dont l'écrivain Manuel Alegre de Melo Duarte (socialiste indépendant, 20,7 % des voix) et l'ancien président de la République M. Soares, candidat officiel du PS (14,3 % des suffrages). Cette nouvelle cohabitation permet cependant l'obtention d'un assez large consensus sur les réformes nécessaires pour concilier les engagements européens du Portugal – qui prend en juillet 2007 la présidence du Conseil de l'UE – et la lutte contre le chômage et les inégalités. D'importantes mesures structurelles sont ainsi adoptées en vue de consolider les comptes publics, appuyer une relance de l'économie, réduire le chômage (passé de 5 % en 2002 à plus de 8 % en 2007) et la pauvreté. Un plan de restructuration de l'administration publique est lancé avec la contractualisation d'une partie des agents, la rationalisation et l'externalisation de certains services et missions, une réduction des effectifs de 15 à 25 % sur trois ans. En une seule année, la réduction des dépenses permet de diminuer le déficit budgétaire, l'objectif étant d'atteindre le critère de convergence européen de 3 %. Malgré la mauvaise conjoncture internationale, les prévisions de croissance sont révisées à la hausse grâce à la bonne tenue du commerce extérieur due à la compétitivité des secteurs à forte valeur ajoutée, ce qui laisse présager une rupture avec l'ancien modèle de développement fondé sur une main-d'œuvre abondante et peu qualifiée et sur les activités traditionnelles comme le textile et l'habillement. Cette modernisation du pays s'observe également dans la dépénalisation de l'avortement, approuvée par référendum puis adoptée par les députés (faute d'une participation suffisante) en 2007, une loi qui s'accompagne par ailleurs d'un important plan d'aide aux familles afin de freiner la dénatalité qui affecte le pays.

En 2009, le bilan provisoire reste toutefois en demi-teinte : alors que le gouvernement sortant veut mettre en avant la meilleure résistance du pays à la crise financière et économique internationale, le mécontentement diffus face à un chômage en hausse (autour de 9 %) et aux restrictions budgétaires se traduit surtout par une certaine désaffection des électeurs à l'égard des deux partis dominants. Après avoir reculé aux élections européennes de juin, derrière le PSD et au profit de la gauche non-socialiste, le PS.perd la majorité absolue des sièges aux législatives de septembre en recueillant 36,6 % des suffrages et 97 députés. Mais bien qu'obtenant 6 sièges de plus avec 81 députés, l'opposition de centre droit conduite par Manuela Ferreira Leite, stagne autour de 29 % des suffrages, ne parvenant pas non plus à convaincre les électeurs. La dispersion des voix profite au Bloc de gauche (9,9 % des suffrages et 16 députés) et à la droite représentée par le CDS-PP (10,5 % et 21 sièges) qui enregistrent tous deux les meilleurs scores de leur histoire tandis que le parti communiste rétrocède à la cinquième place. Alors que le président de la République assure le Premier ministre de sa coopération, les offres de dialogue sont écartées tant par le centre droit que par le Bloc de gauche et J. Sócrates forme un gouvernement minoritaire en octobre. Ce dernier est investi sans vote le 6 novembre après de vifs débats à l’Assemblée de la République sur son programme de relance, axé sur l'investissement public dans les grandes infrastructures, le soutien des PME, l'appui aux secteurs exportateurs, l'amélioration du marché du travail par un « pacte pour l'emploi » et le développement de l'économie sociale.

La politique extérieure du Portugal reste centrée sur l'approfondissement de l'intégration européenne : après le coup d'arrêt porté par les référendums français et néerlandais en 2005, la présidence portugaise de 2007 est marquée par l'adoption du nouveau traité constitutionnel (juin) et par la poursuite de la stratégie dite « de Lisbonne » pour la croissance et l'emploi, lancée lors de la précédente présidence portugaise, en mars 2000. D'autre part, le Portugal veut dynamiser la CPLP et renforcer ses relations bilatérales avec ses anciennes colonies : signature de quatre accords de coopération en 2008 avec l'Angola ; soutien apporté au processus de normalisation en Guinée-Bissau après le retour au pouvoir du président Vieira en 2005 ; accentuation de son aide au Timor oriental depuis son indépendance en 2002. Le Portugal porte également un intérêt croissant à la relance de la politique euro-méditerranéenne inaugurée à Barcelone en 1995, et à l'implication de l'UE dans le processus de paix au Proche-Orient.

3.3. Crise économique et austérité

Ayant sous-estimé la vulnérabilité économique du Portugal – avec une persistance de la récession, du chômage, de la dette publique et du déficit budgétaire – et écartant dans un premier temps l’appel à l’aide financière internationale, le Premier ministre J. Sócrates présente un nouveau plan de rigueur qui est cependant rejeté par le Parlement, ce qui l’incite à présenter sa démission en mars 2011 avant de se résoudre à solliciter l’assistance de l’UE et du FMI.

Mais les élections législatives anticipées de juin se soldent par une nette défaite des socialistes (28 % des voix, en recul de 23 sièges) au profit du PSD qui obtient 38,6 % des suffrages et 108 sièges, le Bloc de gauche reculant également fortement avec seulement 5,1 % des voix. Alors qu’un mouvement de jeunes (étudiants, diplômés au chômage et travailleurs précaires) baptisée Geração à rasca (génération « à la traîne » ou « fauchée ») s’est mobilisé dans le pays depuis le mois de mars, ces résultats, révèlent aussi, outre la volatilité électorale, une certaine résignation et la défiance des Portugais comme en témoignent l’abstention (près de 42 %, la plus forte depuis 1975) et le vote blanc (2,6 %), la cure d’austérité étant la seule voie proposée pour sortir le pays de la crise.

Prêt à respecter les conditions imposées dans le plan de sauvetage financier de 78 milliards d’euros autorisé par les ministres européens des Finances en mai, le PSD peut former avec le CDS-PP (11,7 % des voix et 24 sièges) un gouvernement de coalition majoritaire sous la direction de Pedro Passos Coelho, nouveau chef très libéral du PSD depuis 2010.

En novembre, un premier plan de rigueur allant au-delà des exigences de l’UE est voté : parmi les mesures adoptées figurent la suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires et retraités, l’allongement de la durée quotidienne du travail d’une demi-heure dans le secteur privé, la suppression de jours fériés ainsi que d’importantes coupes dans les prestations sociales. Placé sous l’étroite supervision de la « troïka », le pays est soumis à un examen trimestriel de ses comptes mené par la mission d'inspection de l’UE et du FMI.

À ces mesures d’austérité – qui ont pour effet de déprimer la demande intérieure mais sont jugées nécessaires – s’ajoute un important programme de privatisations dans le secteur de l’énergie ainsi que du transport aérien. En dépit de deux grèves générales, cette politique est poursuivie l’année suivante avec une forte hausse de la pression fiscale et une diminution des dépenses publiques, l’objectif étant de ramener le déficit budgétaire à 4,5 % du PIB en 2013. Le nouveau budget, adopté en novembre 2012, prévoit ainsi une hausse généralisée des impôts touchant toutes les tranches d’imposition qui sont réduites de 8 à 5, tandis qu’est décidée une nouvelle réduction des allocations chômage et une augmentation des cotisations sociales pesant sur les salaires.

Malgré la censure par la Cour constitutionnelle de deux mesures prévues par le gouvernement en 2013 et 2014, ce dernier s’engage à tenir ses engagements. Le pays s’affranchit de la tutelle de ses créanciers en mai 2014 mais ne parvient pas à atteindre l’objectif fixé pour cette année dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance de l’UE, qui l’invite à accélérer les réformes après examen de son nouveau « plan de stabilité » pour 2015-2019.

Si le système bancaire (dont l’un des principaux établissements, le Banco Espirito Santo, doit être sauvé de la faillite en août 2014) reste fragile et si le secteur public est en voie de restructuration, la reprise des exportations, de la consommation et de l’investissement contribue à un rebond de la croissance, estimée par le FMI à 1,5 % en 2015, tandis que le taux de chômage est ramené de plus de 16 % en 2013 à 13 % environ. L’augmentation de la précarité et l’émigration en constituent cependant le revers de la médaille même si les mesures d’austérité ont été moins brutales qu’en Grèce.

Mettant en avant ces premiers résultats, controversés lors de la campagne électorale, la coalition au pouvoir vient en tête des élections législatives du 4 octobre 2015 toujours marquées par une très forte abstention (43 %) : avec 36,8 % des suffrages, elle perd toutefois sa majorité. Surmontant ses divisions, la gauche (parti socialiste, bloc de gauche, parti communiste et Verts) parvient ainsi à faire chuter le gouvernement minoritaire de P. Passos Coelho.

S’engageant à respecter les engagements européens de son pays et à mettre en place une « alternative réaliste et prudente » à l’austérité, le socialiste António Costa prend la tête du nouveau gouvernement le 26 novembre.