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Pologne : histoire

Les États de la maison des Jagellons
Les États de la maison des Jagellons

1. Des origines (IIIe millénaire avant J.-C.) aux grandes migrations (ve-vie siècles après J.-C.)

1.1. Les Slaves : développement des civilisations lusacienne et poméranienne

Presque tout le territoire de la Pologne actuelle est peuplé dès le IIIe millénaire avant J.-C. par les Proto-Slaves. Mille ans avant J.-C., les Slaves se séparent en deux groupes linguistiques, occidental et oriental. Les Slaves occidentaux rencontrent et absorbent des populations anciennes, indo-européennes (→  Vénètes), dont la culture spécifique, la civilisation lusacienne, déborde le territoire de la Pologne actuelle.

De 1000 à 400 avant J.-C., grâce à l'absence d'invasion étrangère, les caractéristiques sont uniformes (architecture en bois, agriculture archaïque), mais à celles-ci s'ajoutent, entre 600 et 200 avant J.-C., les traits de la civilisation poméranienne (urnes funéraires à visage) qui naît du contact avec les peuples voisins ou les envahisseurs (Baltes, Celtes, Germains, Scytho-Sarmates). Le haut Moyen Âge polonais en reste marqué (fouilles de Biskupin et de Michelin, près de Włocławek).

1.2. iiie-ive siècles : les fédérations tribales

La vie socio-économique des Slaves s'organise : l'ambre est exporté dès le iie siècle, le premier nom de lieu apparaît (Kalisz), la sidérurgie se développe, la productivité agricole s'améliore. À côté d'une main-d'œuvre d'esclaves vivent des agriculteurs libres dans un cadre territorial communautaire (375 000 habitants) ; des tribus se groupent en unités politiques (Wrocław, Cracovie, Poznań). Les iiie et ive siècles voient l'apogée des fédérations tribales.

1.3. ve-vie siècles : les grandes migrations

Les chefs militaires des tribus slaves entraînent une partie de leur peuple dans de grandes migrations (ve-vie siècles), permettant à ces groupes de slaviser les peuples et les terres. Les Vélètes, les Sorabes, les Obodrites et les Croates s'établissent entre l'Odra et l'Elbe. En 562 et 567, les Avars et les Slaves attaquent l'État mérovingien à partir de la Pologne méridionale, mais un regroupement se produit et les contacts avec l'Empire s'interrompent au viie siècle. Il s'ensuit une certaine décadence de la culture matérielle chez les peuples des territoires polonais. Après l'arrêt des migrations slaves, la croissance économique reprend.

2. viie-xe siècle : naissance d'une nation

Les Slaves de Pologne ont dès le viie siècle un territoire défini. Des assemblées communes délèguent leur pouvoir à un chef éligible. Les grands essaient de rassembler en leurs mains le pouvoir politique et d'élargir les unités territoriales. C'est entre le viie et le xe siècle que l'ethnie polonaise se particularise au sein de la communauté slave, dans les bassins de l'Odra et de la Vistule. Les tribus polanes, vislanes, poméraniennes vont former la nation polonaise.

L'organisation de la société permet d'exploiter les richesses naturelles. Le dynamisme économique reprend grâce à l'agriculture (araire à soc de fer) et à l'artisanat (poterie, métallurgie), et incite au commerce avec l'Occident (exportations de fourrures, d'esclaves, etc.). Des organisations politiques régionales se développent à partir de castra ou grody (enceintes fortifiées qui permettent aux familles dirigeantes d'exercer le pouvoir). Des groupes dominants apparaissent : les Slézanes en Silésie (Wrocław, Opole), les Polanes en Grande Pologne ou Pologne centrale (Gniezno, Poznań), les Vislanes en Petite Pologne (Cracovie). Le milieu du ixe siècle voit s'instaurer l'hégémonie polane.

3. La Pologne des Piast

3.1. ixe-xie siècle : formation de l'État polonais et christianisation

Le castrum de Gniezno est la capitale du duc de Pologne. Vers 850, existe un embryon d'État dont les princes seraient Siemowit, Leszek, Ziemomysł et enfin Mieszko Ier (vers 960-992), fondateur de la dynastie des Piast, qui transforme l'État polane en État polonais. La cohésion ethnique et économique, la fixation d'États à sa périphérie (Saint Empire romain germanique, Bohême, Kiev, Vélètes) favorisent la naissance d'un sentiment national polonais. Mieszko, baptisé en 966, en tire parti et, avec l'appui de l'Église, étend son autorité sur de vastes territoires, dotant la Pologne de ses frontières de 1945. Il sauvegarde l'indépendance du pays face au Saint Empire romain germanique.

Son fils, Boleslas Ier le Vaillant (992-1025), rend l'Église de Pologne indépendante de celle de l'Empire en créant l'archevêché métropolitain de Gniezno (1000). La paix de Bautzen (Budziszyn) [1018] confirme l'annexion des bouches de l'Odra, de la Lusace, de la Moravie, du pays des Tchèques et de la Slovaquie.

Dispensé d'hommage par l'empereur Henri II, Boleslas Ier devient le premier roi de Pologne. Mais son fils Mieszko II se heurte aux attaques des princes russiens, des Danois, des Tchèques, de la Franconie, et aux prétentions de ses frères. L'État est réduit et doit fidélité à l'empereur (1034).

3.2. De l'unité au morcellement

À la suite d'un interrègne (1034-1040), Casimir Ier le Rénovateur restaure l'unité de l'État et de l'Église et fait de Cracovie sa capitale, mais il est de plus en plus contrôlé par l'aristocratie et dépend de l'empereur Henri III, grâce auquel il a repris la Silésie et la Mazovie.

Son fils Boleslas II le Hardi (1058-1079) élimine cette double tutelle et obtient la couronne royale du pape Grégoire VII (1076). Mais l'exécution de l'évêque de Cracovie, saint Stanislas, adversaire du souverain, provoque la révolte des seigneurs, qui mettent sur le trône son frère Ladislas Herman. Le pays paie un tribut à la Bohême et est en fait administré par la noblesse.

Boleslas III Bouche-Torse (1102-1138) redonne au pays son unité, rejette la tutelle germanique et conquiert la Poméranie, ouverte sur la Baltique. Allié des Ruthènes et des Hongrois, il repousse une expédition de l'empereur en 1109, puis christianise ses conquêtes. Mais le partage de ses États en quatre duchés pour ses fils est à l'origine du morcellement et de l'affaiblissement polonais. La même loi successorale est à son tour appliquée dans chaque duché (une vingtaine de duchés au début du xiiie siècle).

Il devient impossible aux successeurs de Ladislas II (1138-1146) de maintenir leur primauté, et la guerre civile qui en résulte donne à l'aristocratie l'occasion de mettre la monarchie en tutelle ; les nobles prennent l'habitude de désigner le souverain. L'introduction du principe de la monarchie élective est illustrée par le remplacement de Mieszko III le Vieux (1173-1177) par son frère Casimir II le Juste (1177-1194). Cette élection fait l'objet de concessions politiques ou fiscales (assemblée de Łęczyca, 1180). L'Église, qui s'implante dans la société, est le seul ferment d'unité aux xie et xiiie siècles.

Les premiers écrivains, formés en Italie, en France et en Bohême, rattachent le pays à la civilisation de l'Occident chrétien (Chronique de Wincenty Kadłubek). Les monastères animent la vie économique ; les ordres mendiants s'épanouissent avec l'essor des villes (seconde moitié du xiiie siècle). La noblesse (szlachta) est une classe ouverte caractérisée par une absence de hiérarchie féodale : c'est une masse de chevaliers établis sur leurs terres et de vieilles familles seigneuriales qui participent au gouvernement ; la noblesse est à l'origine des « magnats », terme qui n'apparaît qu'au xvie siècle.

La pénétration germanique

L'anarchie politique et sociale incite les Germains à reprendre leur poussée vers le nord et l'est ; Albert l'Ours occupe la côte de la Baltique entre l'Elbe et l'Odra (1138-1181). La Pologne perd en outre les terres à l'ouest de l'Odra et la basse Warta.

Pour contenir la pression des païens de la Prusse orientale, le Piast Conrad de Mazovie fait appel aux chevaliers Teutoniques (1226). Mais ceux-ci, établis à Toruń, conquièrent la Poméranie orientale en 1308-1309 après s'être emparés des pays prussiens en 1283.

D'autre part, la Pologne est ravagée par une invasion mongole, contrée par le duc de Silésie Henri le Pieux (1238-1241) à Legnica en 1241, qui y trouve la mort.

La pénétration germanique amène le défrichement des forêts et la constitution de communautés rurales nouvelles, intensifiant l'agriculture. Les colons allemands, flamands, wallons et juifs stimulent le progrès technique, accélèrent la croissance des villes, développent l'artisanat et le commerce. Le jus teutonicum est instauré, des chartes de franchise sont accordées à des villes (Wrocław, 1242 ; Poznań, 1253 ; Cracovie, 1257). Le servage disparaît progressivement.

La basse Silésie et la Poméranie sont germanisées ; ailleurs, le patriciat allemand prévaut dans les villes, où il constitue un embryon de bourgeoisie et impose le choix du roi de Pologne, le Piast Henri IV Probus (1288-1290), puis le roi de Bohême Venceslas(1291), roi de Pologne de 1300 à 1305. Ce roi étranger, qui doit pallier l'anarchie des Piast, soulève le mécontentement national. Le Piast Ladislas Ier Łokietek en profite. Ayant maté la révolte des bourgeois des villes, il se fait couronner roi de Pologne en 1320. L'unité du pays est restaurée avec la monarchie, mais son territoire n'englobe ni la Silésie ni la Poméranie.

3.3. Le renforcement de la royauté

Le roi Ladislas Ier Łokietek (le Bref), par un jeu d'alliances matrimoniales, arrête l'expansion brandebourgeoise et bat les chevaliers Teutoniques à Płowce en 1331. Son fils, Casimir III le Grand (1333-1370), écarte les prétentions de la Bohême et de l'ordre Teutonique, qui obtient la Poméranie en 1343 ; la menace hongroise est éliminée par la reconnaissance de Louis d'Anjou comme l'héritier de Casimir pour la Pologne (1339) ; le territoire polonais est agrandi de la Ruthénie rouge. Le principe d'unité de législation et de justice est codifié par le statut de Wiślica en 1347. L'université de Cracovie est fondée en 1364, signe de l'autonomie intellectuelle de la Pologne. Le roi restaure l'autorité en brisant la résistance de la szlachta.

4. La Pologne des premiers Jagellons

4.1. L'avènement des Jagellons

À partir de 1370, la transition s'opère en deux étapes entre la dynastie des Piast, qui s'achève avec Casimir III, et celle des Jagellons.

La haute noblesse accepte le roi Louis de Hongrie (1370-1382) en échange de l'abolition de tous les impôts pesant sur elle (privilège de Koszyce, 1374) et de la transmission du trône aux filles du roi Louis. En 1384, Hedwige est élue reine de Pologne (à l'âge de dix ans) et contrainte d'épouser le grand-duc de Lituanie, Jagellon (1386). Celui-ci prend le nom de Ladislas II (1386-1434) et unit ses possessions personnelles à la Pologne.

Le lien entre la Lituanie et la Pologne permet renforcement du royaume : la victoire de Ladislas II associé à Vytautas le Grand et de sur les chevaliers Teutoniques à la bataille de Grunwald (15 juillet 1410). Ladislas II obtient les hommages des souverains de Moldavie, Valachie, et la Pologne s'étend de la Baltique à la mer Noire ; la cohésion est assurée par la noblesse des deux pays (Union d'Horodło, 1413).

4.2. La structure de la monarchie

Un État bicéphal

La monarchie élective polonaise se recrute parmi les grands-ducs de Lituanie et devient ainsi le centre politique d'un État bicéphal. Cracovie est à la tête d'un immense État catholique en butte aux progrès de l'orthodoxie et de l'islam (rôle de l'évêque de Cracovie, Oleśnicki). En 1444, Ladislas III (1434-1444) tente de repousser la menace turque. Après sa défaite et sa mort à Varna, le règne de Casimir IV (1445-1492) est marqué par la victoire de la Pologne sur l'ordre des chevaliers Teutoniques à l'issue de la guerre de Treize ans (1454-1466). Le retour de la Poméranie et de Gdańsk à la Pologne, à la suite de la signature de la paix perpétuelle de Toruń (1466), assure ainsi un débouché aux blés produits par les Polonais.

Mais, en échange de son appui contre les chevaliers Teutoniques, le roi a dû accorder à la noblesse polonaise de nouveaux privilèges par l'octroi des statuts de Nieszawa en 1454. Après ceux de Czerwinsk (1422, protection contre la confiscation de ses biens) et de Jedlnia-Cracovie (1430-1466, inviolabilité personnelle), ces nouveaux privilèges politiques lui garantissent notamment une autonomie en matière judiciaire et imposent le consentement des diétines (assemblées locales des nobles) avant la promulgation d'une loi, une levée en masse ou la création de nouveaux impôts.

Une monarchie « constitutionnelle » et nobiliaire

À partir de 1493 (réunion de la Diète de Piotrków), le régime politique polonais connaît un changement déterminant, avec la mise en place d’un nouveau régime « parlementaire » où les décisions sont adoptées d’un commun accord entre les trois « états parlementaires » composant la Diète (Sejm) : roi, Sénat (issu de l’ancien Conseil du Roi et composé des évêques, des chevaliers et autres dignitaires) et députés représentant la noblesse « envoyés » par les diétines.

Le pouvoir royal s’affaiblit au profit d’un parlementarisme où la noblesse (szlachta), qui s’est diversifiée et renforcée économiquement et politiquement par l’obtention de privilèges, supplantant progressivement l’ancienne chevalerie, tient désormais le rôle dominant. Une monarchie « constitutionnelle » et nobiliaire est ainsi officiellement reconnue avec l’adoption de la « Constitution » (édit) signée par le roi Alexandre Ier Jagellon lors de la session de la diète tenue à Radom le 3 mai 1505 : le texte, intitulé Nihil Novi nisi commune consensu (rien de nouveau sans l’accord de tous) interdit au roi d’édicter une loi, dans les domaines fiscal et militaire notamment, sans le consentement du Sénat et de la chambre des députés.

Son pouvoir ainsi raffermi, la szlachta profite alors du développement économique (hausse des prix agricoles) pour agrandir ses métairies et protéger ses privilèges : devant l'exportation massive du blé, elle accroît la rentabilité des exploitations en exigeant l'attachement du paysan à la terre (1496 et 1532) et en le soumettant aux corvées (1520). Le servage est rétabli en même temps que les citadins se voient refuser la propriété terrienne.

Parallèlement, se développe au sein de l'Église un humanisme précurseur de la Renaissance avec Grzegorz de Sanok, archevêque de Lwów, ou le chanoine Jan Długosz, auteur d'une Historia Polonica libri XII (1455-1480), empreinte de beauté et d'esprit critique. L'université de Cracovie, restaurée en 1400, participe aux grands débats religieux (Paulus Vladimiri, Jan Ostroróg). Copernic y étudie.

5. Le siècle d'or de la « république nobiliaire » (xvie siècle)

5.1. Les derniers Jagellons et l’Union de Lublin

La république nobiliaire, élaborée au xve siècle, connaît son apogée au xvie siècle. Sigismond Ier, troisième fils de Casimir IV, après son règne de 1506 à 1548, fait élire son fils Sigismond II Auguste (1548-1572) roi de Pologne.

Au début du xvie siècle, le grand-duché de Moscovie apparaît aux confins polonais et prend Smolensk (1514). Après avoir sécularisé l'ordre Teutonique dont il était le grand maître, le nouveau duc de Prusse, Albert de Brandebourg, qui s'est converti au luthéranisme, reconnaît la suzeraineté de la Pologne sur la Prusse (1525). Sigismond Ier incorpore le duché de Mazovie avec sa capitale, Varsovie, à la Couronne de Pologne, profitant de l'extinction des Piast de Mazovie (1526). Sigismond II accorde l'égalité des privilèges à la noblesse lituanienne (nouveau statut de 1566).

L'Union de Lublin

Le 4 juillet 1569, par l’Union de Lublin, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie forment une « république des Deux Nations, polonaise et lituanienne », une et indivisible, gouvernée par une diète unique et un souverain élu en commun. Chaque État garde ses lois, son administration, son armée. Les terres ukrainiennes du grand-duché sont rattachées à la Couronne de Pologne, ce qui oriente vers l'est et le sud-est les ambitions polonaises.

Sigismond II amorce une politique maritime grâce à la construction d'une flotte et s'empare de la Livonie méridionale par suite de la décomposition de l'ordre des chevaliers Porte-Glaive.

Prospérité de la noblesse et de la bourgeoisie

Le développement économique se poursuit jusqu'au début du xviie siècle en faveur de la noblesse et de la bourgeoisie. Le chevalier s'est mué en propriétaire terrien ; la szlachta dirige elle-même ses exploitations, défriche les forêts et profite du prix élevé du blé par rapport aux biens manufacturés. Gdańsk concentre le commerce des céréales, du bois, de la poix, du lin, du chanvre et de produits manufacturés ; le volume du commerce maritime, grâce à la Vistule, croît jusqu'en 1618.

Les cités rassemblent plus du cinquième de la population totale, leur patriciat rivalise avec les magnats sur les plans culturel et matériel. La Constitution de 1565, qui leur interdit le commerce du blé, ne sera jamais appliquée. Des compagnies mixtes de nobles et de bourgeois prospèrent et la bourgeoisie investit dans les entreprises. La prépondérance de Cracovie est menacée par l'essor économique de Varsovie, capitale en 1596.

Craignant de perdre ses positions acquises et la tentation absolutiste, la szlachta cherche à limiter le pouvoir du roi ainsi que celui de la haute aristocratie (les magnats) et du clergé, qui perdent leurs immunités fiscales en 1557. Conduite par Jan Zamoyski et rassemblée avec le Sénat au sein de la « Confédération de Varsovie », la szlachta parvient, après l'extinction des Jagellons (1572), à faire participer tous les nobles directement à l'élection royale par acclamation. Elle va chercher en France Henri de Valois, qui est ainsi élu en 1573 sous condition (pacta conventa) d'un contrôle rigoureux du pouvoir royal, lors de la diète tenue à Kamien. L’adoption de ces articles dits « henriciens » est la prolongation de la Constitution Nihil Novi, confirmant le pouvoir de contrôle conféré à la noblesse. Mais le roi s'enfuit dès 1574.

Son successeur, le Hongrois Étienne Ier Báthory (1576-1586) renforce le prestige royal, écrase la révolte de Gdańsk et reprend la Livonie aux Moscovites.

5.2. L'émergence d'une culture nationale et la diffusion du calvinisme

L'éclat de la Renaissance

L'épanouissement artistique sous Sigismond Ier le Vieux coïncide avec le triomphe de l'humanisme (diffusion de la pensée d'Érasme) et l'exode vers des universités étrangères. En Pologne, des universités surgissent (Wilno, 1578) ; Zamość, 1595) et le nombre des écoles paroissiales double : le quart de la population masculine sait lire et écrire. Le développement de l'imprimerie accroît la diffusion de la culture. Alors que la szlachta s'adonne au latin, des dissidents introduisent la langue polonaise dans leurs écoles (académie de Pińczów) ; depuis 1543, les Constitutions (édits) de la diète sont rédigées en polonais.

Une littérature nationale s'affirme dans la seconde moitié du siècle avec Mikołaj Rej considéré comme le père de la littérature polonaise, et Jan Kochanowski, le fondateur de la poésie lyrique en Pologne. L'œuvre du théologien et juriste Andrzej Modrzewski-Frycz domine la critique religieuse, politique et sociale.

Les progrès de la Réforme

Intégrée au renouveau culturel de l'Europe du xvie siècle, la Pologne connaît de grands débats théologiques : hérésie hussite adoptée par certains nobles et bourgeois polonais, proclamation par des théologiens de la supériorité des conciles sur les papes. Elle est prête à accueillir la Réforme, qui s'établit en Prusse, en Courlande, en Livonie. Le luthéranisme, prêché en Poméranie et en Grande Pologne dès 1518, n'a guère d'audience à cause de son origine germanique et de la subordination au prince. Après 1540, le calvinisme gagne les membres les plus instruits et les plus engagés de la szlachta qui fondent, avec l'autorisation tacite du roi, une Église luthérienne en Grande Pologne, deux Églises calvinistes en Petite Pologne et en Lituanie (1552).

Par un exceptionnel esprit de tolérance, la Pologne reste à l’abri des guerres de Religion : en 1573, la « Confédération de Varsovie » proclame la paix religieuse et la liberté de conscience absolue. Les « frères polonais » propagent la doctrine antitrinitaire venue d'Italie, prêchée par Socin (catéchisme de Raków) ; avec la Transylvanie, la Pologne est le seul refuge des sociniens.

Étienne Báthory et le triomphe de la Contre-Réforme

Toutefois, face aux succès de la Réforme, les catholiques réagissent : Étienne Báthory accorde à l'Église le moyen de la combattre efficacement, grâce notamment à l'éloquence de Piotr Skarga (1536-1612) qui lui permet de reprendre en main la jeunesse noble. Le calvinisme décline et le luthéranisme ne persiste que dans les villes de Prusse royale. Dès la fin du siècle, le catholicisme, soutenu par le nouveau roi Sigismond III Vasa (1587-1632) reconquiert son influence. L'union de Brest (Brześć) [1596], entre catholiques et orthodoxes, reconnaît l'autorité du pape.

6. Du premier Vasa (1587-1632) à Stanislas Auguste Poniatowski (1764-1795)

6.1. Défaites militaires et déclin politique

Sigismond III (1587-1632)

Sigismond III, Jagellon par sa mère, est issu de la dynastie suédoise des Vasa. Une fois élu roi de Pologne, il lutte contre la Réforme en écartant les dissidents des affaires publiques (les « frères polonais » seront persécutés à partir de 1638) et tente d’introduire une monarchie héréditaire en limitant les prérogatives de la Diète au détriment de la noblesse qui se rebelle en 1606-1608, l’accusant de trahir les principes « henriciens » adoptés en 1573.

Cette confédération de nobles conduite par Mikołaj Zebrzydowski, voïvode de Cracovie, est défaite mais parvient quand même à mettre fin aux ambitions du monarque qui se lance par la suite dans de désastreuses expéditions militaires contre la Moscovie (reprise de Moscou par Żółkiewski en 1610-1612), la Suède (1621-1629) – dont il revendique la couronne et qui s’empare de la Livonie maritime (trêve d’Altmark, 1629) et contre les Turcs (1620-1621) en Moldavie.

Parallèlement, les magnats étendent leur influence, dépossédant l’État d’une partie de ses fonctions ou les transférant aux diétines territoriales (décentralisation fiscale).

Ladislas IV Vasa (1632-1648)

Ladislas IV Vasa reste neutre pendant la guerre de Trente Ans malgré la demande de la France et des Habsbourg. Il ramène une paix honorable (Polanowo, 1634) à l'issue de la guerre contre Moscou. Il termine le conflit avec la Suède (trêve de Sztumska Wieś, près de Gdańsk, 1635), mais ne peut restaurer l'autorité royale.

L'extension systématique du servage en Ukraine au profit d'une nouvelle aristocratie polonisée (Wiśniowiecki, Ostrogski) provoque la révolte des cosaques Zaporogues conduits par Bogdan Khmelnitski (1648).

Jean II Casimir V (1648-1668) et la période du « Déluge »

Jean II Casimir V ne peut conjurer les périls face aux cosaques avides de liberté et de terres faciles à cultiver. Alliés d'abord aux Turco-Tatars (1648-1651), les cosaques se placent sous l'autorité du tsar (1654), qui s'empare de Smolensk et de Wilno. À cette invasion de la Biélorussie et de la Lituanie s'ajoute la conquête suédoise de la presque totalité du pays grâce à la trahison des nobles.

Un sursaut populaire, national et religieux (résistance victorieuse du monastère Jasna Góra de Częstochowa) et l'intervention d'autres puissances libèrent le pays. Jean II Casimir V doit renoncer à la suzeraineté sur le duché de Prusse (1657). La Suède garde la Livonie intérieure (paix d'Oliwa, 1660), la Russie obtient Smolensk et la rive gauche du Dniepr (→ paix d'Androussovo, 1667).

À la fin de cette période dite (Potop), la Pologne est ruinée : toutes les villes, sauf Lwów, ont été pillées, la population a diminué de 30 %, les champs sont en friche, le commerce arrêté (200 000 tonnes en 1618, 1 980 tonnes en 1659). Incapable de reconstruire ses domaines, la moyenne noblesse entre au service des magnats.

Par le liberum veto, sorte de droit de veto, institué en 1652, tout opposant peut rompre la diète, annulant toutes les décisions d'une session, provoquant ainsi une paralysie des institutions et ouvrant la voie à une complète anarchie. Le pouvoir monarchique est menacé par la violente opposition des nobles (fronde de Lubomirski, 1665-1666). Jean II Casimir V tente en vain d'obtenir l'abolition du liberum veto, l'établissement d'un impôt permanent et le droit pour le souverain de désigner son successeur.

6.2. Une souveraineté menacée

La Pologne sur le déclin

Après l'abdication de Jean II Casimir V (1668), la noblesse choisit dans ses rangs le Polonais Wiśniowiecki (1669-1673), qui se montre incapable de faire face aux Ottomans entrés en guerre contre la Pologne en 1672 après avoir envahi la Podolie (en Ukraine polonaise).

Jean III Sobieski prend la tête de l'armée et bat les Turcs à Chocim (1673), puis est élu roi de Pologne (1674-1696). Il se couvre de gloire en contraignant les Turcs à lever le siège de Vienne (1683). Mais les succès du roi ne relèvent pas le pays de ses ruines. Malgré l'adjonction de la Podolie et de la majeure partie de l'Ukraine (→  traité de Karlowitz, 1699), le déclin de la Pologne s'accélère.

L'ingérence des puissances étrangères

De puissants États absolutistes se sont formés à ses frontières et interviennent dans les affaires intérieures du pays : aux ambitions de l’Autriche, s’ajoutent désormais celles de la Russie et de la Prusse. Imposé par le tsar Pierre le Grand, l'Électeur de Saxe Auguste II (1697-1733), est chassé par Charles XII de Suède au profit de Stanislas Ier Leszczyński (1704-1709) mais l'emporte grâce à l'appui des troupes russes de Pierre le Grand (→  victoire de Poltava, 1709).

Le pays est divisé entre partisans d'Auguste II (Confédération de Sandomierz, 1702) et partisans de Stanislas Ier (Confédération de Tarnogród, 1715). Le tsar dissout ces confédérations et impose à la « Diète muette » la réduction de l’armée à moins de 20 000 hommes (1717).

La guerre de la Succession de Pologne

Les deux prétendants au trône, Auguste III, fils d'Auguste II, et Stanislas Ier, ne sont que des pions au service de la rivalité entre puissances étrangères. L'Autriche, la Prusse et la Russie signent le pacte de Berlin (garantie du statu quo) en vue d'empêcher l'élection d'un prince qui sauverait la Pologne de l'anarchie (1732). L'élection de Stanislas Ier avec l'appui du roi de France Louis XV (son gendre) provoque la guerre de la Succession de Pologne et l'intervention de la Russie en faveur d'Auguste III. La paix de Vienne fait de Stanislas Ier un roi nominal de Pologne, mais sa défaite face à Auguste III, appuyé par l'armée russe, l'écarte du trône en 1736. L'anarchie polonaise est érigée en système d'État, entretenu par ses voisins.

Régression économique, sociale…

L’écrivain et pédagogue Konarski essaie de lutter contre la régression économique, sociale et culturelle (Collège des nobles fondé en 1740 à Varsovie). Une élite intellectuelle médite sur les moyens de relever le pays en s'inspirant de l'Occident. La société a subi des mutations : la population paysanne s'est accrue ; la mainmise de la noblesse terrienne sur le commerce extérieur a contribué au déclin des villes, le trafic de Gdańsk reste très inférieur à son passé ; l'artisanat et l'extraction minière sont à l'abandon ; les paysans sont asservis par de lourdes corvées et la paupérisation des masses entretient famines et épidémies. Le redressement économique s'amorcera cependant vers 1740.

… et culturelle : le sarmatisme

Les notions de noble, de catholique, de Polonais se fondent. N'ayant que mépris pour la culture et pour les roturiers, la noblesse se retranche dans le « sarmatisme » (en référence au mythe de sa supposée origine commune chez les conquérants sarmates), cachant derrière ce sursaut d’orgueil et l’apparat (l’habit traditionnel d’inspiration orientale), un chauvinisme réactionnaire et archaïque : l'obscurantisme et l'intolérance règnent au nom de la supériorité de la nation « la plus ancienne d'Europe » et de la « liberté dorée » de la szlachta.

Les idées réformistes gagnent cependant certains magnats, dont l'ambitieux Czartoryski qui fait appel à la Russie pour mettre sur le trône son neveu Stanislas Auguste Poniatowski (1764-1795).

7. Modernisation et dépècement du royaume (1764-1795)

7.1. Stanislas II Auguste Poniatowski et la Confédération de Bar (1768-1772)

Le nouveau roi, patriote sincère, entreprend une modernisation du pays contre l'avis de sa protectrice Catherine II : une commission de l'Armée et une commission du Trésor sont créées dans chacun des deux États de Lituanie et de Pologne, une École de cadets est fondée, les impôts sont augmentés. Le liberum veto est suspendu provisoirement, mais d'accord avec la Prusse, la Russie intervient pour le rétablir (1766) et assure le maintien de l'anarchie voulu par l'opposition conservatrice formant la Confédération de Radom.

Une diète extraordinaire (diète de Repnine, dirigée en fait par l'ambassadeur russe) déclare « lois cardinales » l'éligibilité du souverain, le liberum veto, les privilèges nobiliaires. La brutalité de l'intervention armée rejette les patriotes dans la Confédération de Bar (1768-1772), qui, dirigée contre la Russie et le roi, est soutenue par la France. La Confédération entre en lutte avec les troupes russes.

7.2. Le dépècement de la Pologne

Premier partage (1772)

Ne pouvant pacifier le pays, Catherine II décide un premier partage de la Pologne. La Russie obtient des territoires lituaniens au nord de la Dvina et à l'est du Dniepr supérieur, la Prusse annexant la Prusse royale moins Gdańsk et Toruń, l'Autriche s'emparant de la Galicie avec Lwów (1772) : le pays est amputé de 210 000 km2 et de 4,5 millions d'habitants. La Russie impose une nouvelle Constitution à la Pologne, réduite à un protectorat (1775).

Le roi et les patriotes espèrent en une révolution de l'instruction et de l'éducation. Stanislas II assure une administration bienfaisante (création des bibliothèques, des journaux [le Monitor, 1765], d'un théâtre à Varsovie), et organise l'enseignement. On assiste à une renaissance littéraire issue de la philosophie des Lumières.

La population passe de 7,5 à 9 millions d'habitants en vingt ans. L'économie renaît sous l'impulsion de magnats menés par Czartoryski ; ces magnats répandent les idées physiocrates, substituent le cens à la corvée, fondent des manufactures et s'associent à la bourgeoisie. Les villes renaissent. Le parti patriotique réussit à promouvoir la réforme des impôts et de l'armée (Grande Diète, 1788-1792). La bourgeoisie, soutenue par l'intelligentsia radicale (Jacobins de la Forge Kołłątaj), obtient la réforme des villes. D'accord avec le roi, les patriotes imposent la Constitution du 3 mai 1791, inspirée des principes français : monarchie constitutionnelle héréditaire au profit de la maison de Saxe, droits politiques au tiers état, deux chambres (nonces et sénateurs), responsabilité ministérielle, protection (mais non affranchissement) promise aux paysans.

Deuxième partage (1793) et insurrection de Kościuszko (1794)

La Russie intervient militairement, suscite la Confédération de Targowica (mai 1792) et impose l'abandon des réformes. La Russie et la Prusse procèdent au deuxième partage de la Pologne (1793), qui réduit le pays à 212 000 km2 et à 4 millions d'habitants. La première obtient Mińsk, la Volhynie, la Podolie ; la seconde, Gdańsk, Toruń, la Grande Pologne.

L'exaspération patriotique éclate avec la révolte de Tadeusz Kościuszko (24 mars 1794), soutenue par la noblesse et les grandes villes jacobines. Après l'entrée à Cracovie, Kościuszko entraîne Varsovie (Jan Kiliński), Wilno (Jakub Jasiński), les 17 et 23 avril 1794. Mais les Prussiens prennent Cracovie, assiègent Varsovie (été 1794), qui se rend au général russe Souvorov le 5 novembre. Il s'ensuit un massacre de 20 000 personnes au faubourg Praga.

Troisième partage (1795)

Le troisième partage de la Pologne (1795) supprime le pays même dans sa dénomination et donne Varsovie à la Prusse, Cracovie à l'Autriche, Wilno et Brześć (Brest) à la Russie (traité du 24 octobre 1795).

8. Du troisième partage de la Pologne à la fin de la Première Guerre mondiale

8.1. La domination étrangère

Le pays est désormais colonisé et germanisé. L'Autriche oppose la noblesse à la paysannerie, la Prusse confisque les terres du clergé et de la noblesse au profit du roi et les redistribue à des colons allemands, la Russie oblige les fidèles à accepter la religion orthodoxe. Mais le sentiment national reste vif et les patriotes reportent leurs espoirs dans deux directions.

Les émigrés en France se rallient à Bonaparte (Jan Dąbrowski, 1797) et forment la légion du Danube en 1800. Leur contingent ayant été dissous après la paix de Lunéville (1801), ils se tournent vers la Russie, dont le tsar Paul Ier a déjà libéré des Polonais révoltés.

Alexandre Ier cherche ensuite à reconstituer le royaume de Pologne à son profit en faisant de vagues promesses à son ami Adam Czartoryski, qu'il nomme ministre des Affaires étrangères de Russie (1804). Le tsar gagne l'adhésion des conservateurs, mais les Polonais lui reprochent son appui à la Prusse ; après Iéna, le prince Czartoryski démissionne (1806). Dès lors, les Polonais se rallient à la proposition française de reconstituer un État polonais.

8.2. Le grand-duché de Varsovie

Napoléon impose la création d'un grand-duché de Varsovie avec les provinces prises à la Prusse vaincue (→ traités de Tilsit, 7 juillet 1807). La superficie du duché sera agrandie en 1809 d'une grande partie de la Galicie, reprise à l'Autriche. Frédéric-Auguste de Saxe devient souverain constitutionnel. L'abolition du servage (1807) n'a pas d'effet immédiat, car la corvée est maintenue et la paysannerie reste soumise à la noblesse terrienne.

Cependant, l'introduction du Code civil, la promotion politique de la bourgeoisie, la création d'une administration moderne et d'une armée nationale sous les ordres de Józef Poniatowski, introduisent les ferments d'une société à naître dans une nation reconstituée. Mais Józef Poniatowski, après s'être illustré au cours de la retraite napoléonienne, meurt à Leipzig (1813).

8.3. La république libre de Cracovie et le royaume de Pologne

La Russie reprend alors le contrôle de la Pologne dont les conditions de partage sont redéfinies à son profit lors du congrès de Vienne (1815). Le tsar Alexandre Ier cède la Posnanie à la Prusse, et Cracovie est érigée en république libre. Avec le reste, il reconstitue un royaume de Pologne, ou « royaume du Congrès », définitivement uni à l'Empire de Russie, qui lui garantit l'autonomie par une Constitution. Les institutions nationales sont conservées, mais les hautes fonctions reviennent aux Russes.

8.4. Le temps des insurrections (1830-1864)

Redressement économique et culturel

La marge de liberté laissée au royaume favorise un développement rapide de son économie et la défense du patrimoine culturel. La protection douanière, l'ouverture du marché russe, l'assainissement financier (1820-1830), la création d'une banque de Pologne engagent le pays dans la révolution industrielle (charbonnages de Dąbrowa, métallurgie de Varsovie, textiles à Łódź et Żyrardów). Les cultures nouvelles (betterave à sucre, pomme de terre) et l'élevage lainier sont favorisées.

La vie culturelle est intense dans les universités (celle de Varsovie est fondée par Potocki en 1816), foyers du libéralisme. L'histoire nationale est exaltée par les « chants historiques » du poète Julian Ursyn Niemcewicz. La culture polonaise passe les frontières jusqu'à Wilno, où le poète Adam Mickiewicz est formé par l'historien Joachim Lelewel.

Le soulèvement de 1830 et la répression

Mais les autorités russes, malgré les promesses d'Alexandre Ier, traquent des étudiants membres de sociétés secrètes qui ont fêté l'anniversaire de la Constitution du 3 mai 1791. Nicolas Ier durcit la répression politique.

À la nouvelle que l’armée polonaise sera envoyée contre les révolutionnaires de France et de Belgique, l'École des enseignes, conduite par le lieutenant Piotr Wysocki, se révolte (29 novembre 1830) et soulève Varsovie. Le grand-duc Constantin échappe à un assassinat et quitte Varsovie. Le général Chłopicki se proclame dictateur (5 décembre). La diète réunie (18 décembre) proclame la déchéance de Nicolas Ier (25 janvier 1831) et la formation d'un gouvernement national présidé par Adam Czartoryski. Lelewel y représente le républicanisme radical. Mais l'ajournement de la question paysanne prive les insurgés du soutien des masses. Les volontaires venus de Posnanie, de Galicie et de Cracovie – malgré le refus de Louis-Philippe de les aider – battent les Russes (Grochów, 25 février ; Ostrołęka), qui, menés par le maréchal Paskevitch, occupent Varsovie (8 septembre). Après une répression impitoyable orchestrée par le généralMikhaïl Mouraviev, qui décime la noblesse polonaise, Nicolas Ier accorde au royaume un statut organique (1832). L'armée et la diète sont supprimées, l'administration ouverte aux Russes et soumise au Sénat de l'Empire. La fermeture d'écoles et d'universités (Wilno, Varsovie) inaugure la russification brutale, marquée aussi par la suppression de l'Église uniate. La langue russe devient obligatoire.

La « grande émigration »

L'élite émigrée (environ 10 000 membres de l'intelligentsia s'exilent principalement en France au cours de la « grande émigration ») entretient la résistance, dont Paris est le centre politique et intellectuel. Les modérés (parti du 3 mai) autour de Czartoryski, qui réside à l'hôtel Lambert sur l'île Saint-Louis, espèrent en un conflit entre l'Occident et la Russie. Les radicaux autour de Lelewel, établi à Bruxelles, et de la Société démocratique polonaise, dont le siège est à Versailles, propagent le principe d'une insurrection appuyée sur une réforme agraire (tentative de soulèvement en 1833).

Les poètes Krasiński, Słowacki, Adam Mickiewicz exaltent le sentiment national.

Dans le royaume, Paskevitch maintient le calme par la terreur. Après 1839, Edward Dembowski et Ludwik Mierosławski appuient la conspiration en Posnanie et en Galicie, mais l'insurrection de Cracovie (1846) donne à l'Autriche le prétexte pour annexer cette dernière.

L'insurrection de Berlin (1848)

L'insurrection de Berlin (1848) contraint provisoirement Frédéric-Guillaume IV à des promesses d'autonomie pour le grand-duché de Poznań, dont Mierosławski devient le chef d'armée, mais le retour à la normale annule celles-ci. En Galicie, la corvée est supprimée, mais l'opposition persiste entre paysans ruthènes et nobles polonais. À cause de l'aide polonaise aux révoltés hongrois et viennois (octobre 1848), l'état de siège est établi en Galicie à la suite de la défaite de Józef Bem et de Henryk Dembiński.

Derniers sursauts révolutionnaires : l'insurrection de janvier 1863

Les troubles reprennent dans les années 1860 après les espoirs placés dans la politique d’ouverture du nouveau tsar Alexandre II (1855-1881). Les patriotes restent partisans de l'indépendance au lieu du loyalisme proposé par Aleksander Wielopolski, chargé par le gouvernement russe de réformer l'administration et le régime scolaire. Les Polonais réclament l'unité lors d'une manifestation à Varsovie (17 août 1861). La ville est mise en état de siège, les révoltés arrêtés, les pouvoirs du gouvernement élargis.

Dans la société polonaise s'affrontent les nobles modérés (« Blancs ») et les révolutionnaires (« Rouges »). Des sociétés secrètes inspirées du nihilisme russe naissent et couvrent tout le royaume d'un réseau de propagande à partir de l'école centrale de Varsovie, jusqu'aux ouvriers et artisans. Des manifestations patriotiques et des attentats terroristes sont réprimés par l'enrôlement de force de jeunes gens suspects, qui déclenche prématurément l'insurrection de janvier 1863, laquelle s'étend aux provinces annexées. La noblesse et le clergé apportent leur concours aux partisans. Le gouvernement national clandestin décrète l'attribution des terres aux paysans, mais la lutte entre Blancs et Rouges empêche le mouvement de se développer davantage.

Wielopolski démissionne et Alexandre II lance contre l'insurrection plus de 300 000 soldats. Bismarck acquiesce, tandis que Paris, Londres et Vienne proposent une conférence que le tsar refuse. Mouraviev « pacifie » la Lituanie avec une telle violence qu'il est surnommé le Pendeur, et le comte Berg la Pologne (pendaison de Traugutt, 1864). Le tsar accorde une réforme agraire (2 mars 1864) pour se rallier le peuple, alors que la noblesse rebelle est déportée ou émigre. 7 000 jeunes émigrés (Jarosław Dąbrowski, Wróblewski) gagnent l'Occident, où certains se battent pour la Commune de Paris.

La répression et la politique de compromis (ou de collaboration) anéantissent temporairement les idéaux romantiques, l’accent étant désormais mis sur « le travail organique » visant à renforcer l’identité nationale polonaise à la racine, à travers l’éducation et le développement économique.

8.5. La résistance polonaise face à la domination extérieure

Résistance à la russification et à la germanisation

Alors que Russes et Prussiens accélèrent l'assimilation, l'Autriche étend l'autonomie. Alexandre II fait disparaître toute trace de particularisme. L'Église se voit interdire toute relation avec le Vatican (1870). L'école centrale de Varsovie est fermée et les écoles secondaires sont russifiées, la langue polonaise est interdite dans les collèges privés. La culture recule (64 % d'illettrés en 1862, 82 % en 1910). Mais la russification reste de surface, car la jeunesse aisée reçoit une éducation polonaise.

Bien que l'usage de l'allemand soit obligatoire dans l'enseignement et l'administration, la Posnanie oppose la même résistance à la politique de germanisation menée par Bismarck (→ Kulturkampf). Hostile à cette dernière, l'archevêque Ledóchowski est emprisonné et une commission de colonisation (1886) est chargée d'aider les Allemands à acheter des terres aux Polonais afin de les exproprier. Ceux-ci se défendent par le même procédé (banque foncière de Poznań en 1888), le cours des ventes leur devient favorable. Grâce à la bienveillance du chancelier Caprivi (1890-1894), ils consolident ces résultats.

Le statut de 1861, promulgué pour la Galicie, respecte le particularisme polonais. La langue polonaise remplace l'allemand, les fonctionnaires sont galiciens à partir de 1869. L'autonomie est assurée par la diète de Galicie, et des représentants sont désignés pour le Conseil d'Empire ; le cabinet autrichien compte toujours un Polonais au moins. La diète encourage le développement économique et l'instruction publique. La Galicie forme les futurs cadres de la Pologne restaurée. Cracovie et Lwów accueillent des étudiants et des savants polonais venus de Prusse et de Russie.

Sursaut idéologique et partis politiques

Dès lors, l'insurrection se transforme en résistance légale dirigée de Varsovie par Jan Popławski, fondateur de la Ligue nationale (1886). Roman Dmowski crée le parti national-démocrate (1897), qui recherche l'unité et l'organisation d'une lutte contre le pangermanisme et le panslavisme. L'élargissement de la représentation au Parlement autrichien est suivi d'une mesure similaire à la diète de Galicie à la demande des nationaux-démocrates (1902).

Si le paysan galicien misérable émigre, la bourgeoisie et le prolétariat croissent du fait du développement industriel (triplement du nombre d'ouvriers du « royaume » entre 1875 et 1905). L'élite intellectuelle contribue à développer la conscience nationale dans les masses et plaide pour une société moderne et plus juste. Le mouvement ouvrier grandit (grèves et organisations clandestines). Les Rouges passent au marxisme et à l'internationalisme socialiste avec le parti social-démocrate du royaume de Pologne et de Lituanie, animé par Rosa Luxemburg. Bolesław Limanowski fonde à Paris le parti socialiste polonais de tendance patriotique (1892). Józef Piłsudski, qui est membre du comité central, publie un journal clandestin, Robotnik (l'Ouvrier). La formation des partis politiques, souvent clandestins, et la diffusion du socialisme profitent de la tolérance autrichienne.

Un parti ouvrier est fondé en Galicie (1879). Le parti social-démocrate polonais (1892) d'Ignacy Daszyński a plusieurs élus au parlement de Vienne en 1897. De même, les paysans galiciens se donnent leur propre parti, inspiré par la Revue sociale de Bolesław Wysłouch (1895) ; des représentants entrent au Parlement en 1897.

Dans le royaume, Piłsudski tente une insurrection à Varsovie pendant la guerre russo-japonaise (1904), puis entretient l'agitation avec des formations de combat, tandis que les nationaux-démocrates constituent les leurs pour rétablir l'ordre. La révolution russe de 1905 est socialiste et nationale. Son échec disperse les socialistes, qui boycottent la Douma, où ne sont présents que les nationaux-démocrates, dont l'audience grandit et qui deviennent loyalistes, conservateurs, antisémites, tandis que l'Union paysanne agit clandestinement dans les campagnes.

La « question polonaise »

Les Lituaniens, les Biélorusses, les Ukrainiens et les Juifs prennent conscience de leur originalité et commencent à se séparer des Polonais. Les forces politiques se regroupent sous l'égide de Piłsudski et de « sociétés de tir » (socialistes favorisés par l'Autriche) en une Commission provisoire des partis d'indépendance, fédérés pour organiser le pouvoir suprême en cas de guerre avec la Russie (1912). La « question polonaise » (titre de l'ouvrage publié par Dmowski en 1909) paraît insoluble : les conservateurs s'appuient sur les Habsbourg, les nationaux-démocrates sur la Russie.

8.6. La Pologne pendant la Première Guerre mondiale

Les Polonais divisés en deux camps

Pendant la Première Guerre mondiale, les Polonais sont mobilisés dans les deux camps. Les hommes politiques comptent sur une autonomie éventuelle accordée par le futur vainqueur. Le Comité national polonais de Varsovie croit en la Russie, le Conseil national suprême de Cracovie mise sur l'Autriche, mais les deux formulent des réserves à l'égard de l'action insurrectionnelle des légions de Piłsudski, qui combattent les Russes aux côtés de l'armée autrichienne, et des autres formations polonaises (groupe de Sikorski, etc.).

Au nom du tsar, le grand-duc Nicolas promet l'autonomie aux Polonais s'ils luttent au côté de la Russie. Les Autrichiens, après la prise de Lublin, les Allemands, après celles de Varsovie et de Wilno (août 1915), divisent le royaume en deux zones, puis les réunissent en promettant d'en faire un royaume de Pologne héréditaire, constitutionnel et indépendant (5 novembre 1916), dans le but de recruter une armée polonaise.

Piłsudski prend le pouvoir

Józef Piłsudski, qui refuse de coopérer avec l'Allemagne, est déporté à Magdebourg (22 juillet 1917). Alors que la révolution russe d’octobre marque un tournant dans le conflit, des légionnaires désertent, mais les troupes polonaises de Russie, qui ne reconnaissent pas les bolcheviks, sont désarmées.

Par ailleurs, le Comité national créé à Lausanne (15 août 1917) s'installe à Paris, reconnu par les Occidentaux comme organisation officielle polonaise. Présidé par Dmowski, aidé de Paderewski, il recrute une armée de volontaires commandée par Haller (4 octobre). La débâcle de l'Autriche permet la constitution, à Lublin (7 novembre 1918), d'un gouvernement provisoire populaire, présidé par Daszyński et auquel participent les partisans de Piłsudski. Ce dernier, relâché le 10 novembre par les Allemands, rentre le 11 à Varsovie et prend le pouvoir dans toute la Pologne.

Du côté des Alliés, la cause de l'indépendance polonaise est formulée dans la déclaration du président T. W. Wilson, dont le 13e point précise la nécessité qu'il y a de rétablir une Pologne indépendante ayant accès à la Baltique. Le Comité polonais à Paris œuvre dans ce sens et, quelques semaines après le retour de Piłsudski, se subordonne au nouveau président du Conseil, Paderewski. Les puissances vaincues acceptent cet état de faits. Par peur du bolchevisme (un parti communiste polonais est créé en décembre 1918), la majorité de la diète constituante, élue le 26 janvier 1919, revient à la droite et au centre (nationaux-démocrates, paysans Piast de Wincenty Witos). Piłsudski, qui lui remet le pouvoir, est élu chef de l'État à l'unanimité.

9. La République indépendante de Pologne de 1918 à 1939

9.1. La Pologne restaurée

Le traité de Versailles restaure la frontière de l'Ouest à son état de 1772, mais Dantzig est érigée en « ville libre » à l'extrémité du corridor, large de 70 km, qui donne à la Pologne un accès à la mer.

En revanche, les plébiscites de Mazurie et de Warmie (11 juillet 1920) lui sont défavorables, tandis que le partage de la Silésie de Cieszyn (Teschen) entre la Pologne et la Tchécoslovaquie les mécontente toutes deux (juillet 1920). Le sud-est de la Haute-Silésie lui revient mais à l'est, refusant la ligne Curzon, Piłsudski lance l'offensive contre la Russie en mai 1920  ; soutenu par les Occidentaux, il réalise le « miracle de la Vistule » (août 1920) [→ guerre polono-soviétique].

Par ailleurs, en Lituanie, les Polonais s'emparent de Vilnius (octobre). Le traité de Riga (mars 1921) cède à la Pologne une bande de 200 km au-delà de la ligne Curzon. En 1923, les Alliés reconnaissent la frontière orientale (Conférence des ambassadeurs).

La Pologne restaurée s'étend sur 389 000 km2 et compte 27 millions d'habitants. Ses frontières sont difficiles à défendre et elles n'englobent pas tous les Polonais, alors que des minorités nationales représentent un tiers de la population (Ukrainiens, Biélorussiens, Allemands, Juifs). Dévastée, elle n'a qu'une activité économique réduite ; elle restera endettée jusqu'en 1939, malgré le recours à une politique initiale d'inflation qui accentue la misère des masses, aggrave la tension sociale et durcit la lutte politique.

9.2. Instabilité de la IIe République (1919-1939)

Démission puis retour de Piłsudski

La Constituante (qui a adopté la « petite » Constitution du 20 février 1919) entreprend une réforme agraire – 936 000 hectares sont redistribués de 1920 à 1925 –, puis la Constitution du 17 mars 1921, inspirée de la IIIe République française, établit deux chambres élues au suffrage universel, qui désignent le président de la République, lui-même pouvant dissoudre la Diète avec l'accord du Sénat.

La vie politique est animée de luttes violentes et marquée par l'instabilité gouvernementale. La droite, battue aux élections présidentielles (novembre 1922), mène la Diète, qui freine le partage des domaines. L'incurie du régime parlementaire est dénoncée par Piłsudski, qui démissionne en décembre. La monnaie est restaurée par Grabski (1924), mais la crise empire (1925) : l'industrie ne peut absorber la main-d'œuvre rurale surabondante.

La déception engendrée par la préservation des grands domaines offre à Piłsudski la chance d'un coup d'État militaire (12-14 mai 1926). Il fait renforcer le pouvoir exécutif et place Mościcki à la présidence. Muni de pleins pouvoirs, il épure l'administration et l'armée, ajourne la Diète. L'aide américaine et les exportations de charbon améliorent les finances, mais le pays ne sort pas du marasme consécutif à la crise mondiale de 1929. La Constitution du 23 avril 1935 établit un régime présidentiel de type autoritaire.

Pour en savoir plus, voir l'article campagnes de Pologne.

La Pologne à la veille de la signature du pacte germano-soviétique

À la mort de Piłsudski, le pouvoir est exercé par le président Mościcki, le vice-président du Conseil E. Kwiatkowski, les généraux Rydz-Śmigly et Składkowski, et le colonel Beck, ministre des Affaires étrangères. Cette équipe améliore la situation économique, mais elle se montre incapable de se concilier la nation. L'agitation politique et sociale gagne les villes et les campagnes, où les paysans, qui forment les deux tiers de la population, réclament une répartition des terres. La cohésion morale est sapée parle radicalisme nationaliste et la politique antisémite.

La sécurité extérieure est précaire ; elle est dépendante de l'Occident sans être assurée d'une protection suffisante (les accords de Locarno de 1925 passent sous silence la question des frontières polonaises). Le traité de non-agression avec l'URSS (1932) ne constitue pas pas une garantie pas contre le national-socialisme.

Craignant des accords entre puissances, la Pologne signe avec l'Allemagne un pacte de non-agression (1934), ce qui irrite Paris. Par ailleurs, le ministre Beck profite des accords de Munich pour obtenir des Tchécoslovaques la Silésie de Cieszyn (octobre 1938). La Pologne résiste aux pressions de Hitler concernant le couloir et la ville de Dantzig (Gdańsk) ; la Grande-Bretagne lui offre une garantie contre toute agression (mars 1939), qui servira de prétexte à l'invasion allemande.

En avril 1939, la Tchécoslovaquie à peine annexée, Hitler dénonce le pacte germano-polonais. Le 23 août, les Allemands et les Soviétiques signent un pacte de non-agression (→ pacte germano-soviétique). Les troupes allemandes envahissent la Pologne sans déclaration de guerre (1er septembre).

10. L'anéantissement de la nation et la Résistance (1939-1945)

10.1. L'accord Ribbentrop-Molotov

À la suite de l'invasion du pays par les troupes allemandes, les Soviétiques pénètrent dans les provinces orientales. Les autorités civiles et militaires s'exilent en Roumanie (17-18 septembre). Après la capitulation de Varsovie (28 septembre), Russes et Allemands se partagent la Pologne suivant une ligne établie par l'accord Ribbentrop-Molotov (23 août et 28 septembre 1939). L'URSS intègre les zones annexées pendant que les territoires anciennement allemands sont incorporés au Reich. Le reste du pays, dont Varsovie, forme un gouvernement général (capitale : Cracovie). Les Polonais reconstituent en France un gouvernement dirigé par Władysław Sikorski, et luttent auprès de l'armée française.

10.2. Le martyre du peuple polonais

Les cadres dirigeants de la nation sont éliminés, une germanisation radicale est ordonnée et la déportation systématisée. La Pologne se couvre de camps de concentration puis d'extermination : Bełżec, Chełmno, Majdanek, Sobibor, Auschwitz (Oświęcim), Treblinka.

Dès le début de l'occupation allemande, les Juifs sont regroupés dans des ghettos, dont la fermeture est décidée au milieu de l'année 1940. Leur extermination systématique commencée en décembre 1941 provoque l'insurrection et l'anéantissement de celui de Varsovie (avril-mai 1943). On prévoit le transfert des Polonais en Sibérie, une fois l'URSS vaincue.

Pour en savoir plus, voir l'article la Shoah.

10.3. Organisation de la Résistance

Après juin 1941, la Résistance se diversifie : Stanisław Mikołajczyk succède à Sikorski (juillet 1943). Une Armée nationale de l'intérieur, formée dès octobre 1939, subordonnée au gouvernement de Londres, prend sa forme définitive en février 1942. Moscou soutient des « gardes populaires » et permet la création d'un Conseil national populaire (31 décembre 1943), qui formera le Comité polonais de libération nationale (22 juillet 1944) après s'être installé à Lublin.

À l'intérieur, le parti ouvrier polonais, communiste, constitue l'Armia Ludowa (armée populaire) face à l'Armia Ludowa (armée populaire) qui s'ajoute à l'Armia Krajowa (AK, armée de l'intérieur), forte de 360 000 hommes. Après la découverte du massacre de Katyn (avril 1943) au cours duquel près de 4 500 officiers polonais sont tués par le NKVD, les relations entre ces deux courants de la Résistance se tendent, certains, sur la droite de l'AK, rassemblés dans les « Forces armées nationales », donnant la priorité au combat contre le bolchevisme. De son côté, l'armée populaire ne compte que 22 000 hommes, mais elle est vigoureusement soutenue par l'Armée rouge.

Le 1er août 1944, l'Armia Krajowa, dirigée par Bór-Komorowski, déclenche l'insurrection de Varsovie, à laquelle participent les trois forces de la Résistance. Après deux mois de combats, faute de soutien soviétique et d'un appui suffisant des Occidentaux, Varsovie capitule (2 octobre). La ville est détruite, la population déportée. Les troupes soviétiques, qui ne sont pas intervenues, aident à la libération de Varsovie (17 janvier 1945). Le Comité de Lublin s'y installe sous le nom de gouvernement provisoire.

11. La République populaire de Pologne (1945-1971)

11.1. Renaissance de l'État, alignement de la nation

La conférence de Yalta (11 février 1945) fixe les frontières de la Pologne : ligne Oder-Neisse à l'ouest, ligne Curzon à l'est, et propose une démocratisation du gouvernement ; un gouvernement d'union nationale réunira Osóbka-Morawski (socialiste), Premier ministre, Władysław Gomułka (secrétaire général du parti ouvrier polonais [communiste]) et Mikołajczyk (chef du parti paysan polonais). Les partis engagent une lutte fratricide pour ou contre le communisme ; l'Armée rouge est présente partout.

Le communiste Bierut devient président de la République. Il résout les problèmes de frontières par des transferts de population ; des Polonais arrivent des régions prises par l'URSS et sont dirigés vers les territoires recouvrés sur l'Allemagne ; des centaines de milliers d'Allemands quittent ces territoires ; à l'est, des Ukrainiens sont déportés en URSS ou rapatriés.

Aux élections à la Diète de janvier 1947, le bloc gouvernemental propose une liste unique, qui obtient 90 % des voix, mais se disloque peu après. Mikołajczyk émigre clandestinement. Cyrankiewicz fait voter la Constitution du 19 février 1947, qui renoue avec les idéaux de celle de mars 1921. Cette « petite Constitution » est le dernier acte d'un État soucieux de l'opinion internationale. La période stalinienne commence. Après l'exclusion de Gomułka (qui sera interné jusqu'en 1954), socialistes et communistes fusionnent en un parti ouvrier unifié polonais (POUP) ; le secrétaire général en est Bierut (22 décembre 1948). Cyrankiewicz (ancien socialiste) devient président du Conseil et le restera jusqu'en 1971. Le socialisme doit être édifié dans un plan triennal (1947-1949) ; désormais, la Pologne s'aligne sur le modèle soviétique sous la surveillance du maréchal Rokossowski, ministre polonais de la Défense nationale jusqu'en 1956.

11.2. L'État socialiste

Nationalisation, collectivisation, industrialisation

Le 22 juillet 1952, la Diète vote une nouvelle Constitution qui remplace le président par un Conseil d'État désigné par la Diète élue au suffrage universel. La collégialité des organes fondamentaux de l'administration est généralisée, cependant que la prédominance des institutions centrales du parti s'accentue.

Après la distribution de terres et la nationalisation de l'industrie en 1946, un plan prescrit la collectivisation de l'agriculture (1950-1955). La résistance paysanne affaiblit les résultats économiques des coopératives agricoles de production. Une société industrielle moderne dans le cadre de plans à long terme : création de centres métallurgiques, de villes nouvelles (Nowa Huta, 1950 ; Nowe Tychy, 1952), de puissants chantiers navals. Mais ces résultats sont atteints au prix d'une restriction sévère de la consommation, qui mécontente toutes les classes sociales.

L'« Octobre polonais »

Le pouvoir doit compter avec l'Église catholique, qui jouit d'un grand prestige national (2 901 ecclésiastiques, dont 5 évêques, soit 25 % du clergé, ont été tués par les nazis). L'Église et l'État parvient à établir un modus vivendi (1950) jusqu'à l'arrestation du cardinal Wyszyński (septembre 1953) à la suite d'une persécution religieuse. Des émeutes ouvrières éclatent à Poznań (27 juin 1956) et réclament la libération du primat de Pologne. Le gouvernement choisit de libéraliser le régime : Gomułka, réhabilité, revient au pouvoir (20 octobre 1956). C'est l'« Octobre polonais ».

11.3. Les particularités du régime polonais

Les relations avec l'Union soviétique sont revues, la marge de manœuvre politique polonaise s'améliore et l'État semble être plus conciliant à l'égard de l'Église. Un modus vivendi, signé en décembre 1956, témoigne d'une volonté de coexistence pacifique des deux côtés. Pourtant, des conflits éclatent à propos de lois sur le contrôle des naissances et de la suppression de fêtes chômées (1960). Par ailleurs, après les premières années de libéralisation, le dogmatisme autoritaire des dirigeants pèse sur la vie du pays. Vers la fin des années 1960, la pénurie des marchandises sur le marché et l'insuffisance des salaires.

Depuis l'Octobre polonais, Gomułka est réélu régulièrement (1959, 1964, 1968) premier secrétaire du POUP ; cette période, communément appelée « petite stabilisation », s'étale jusqu'en 1967. Le pouvoir, toutefois, doit tenir compte des exigences de l'Église, de la classe ouvrière, des paysans et des intellectuels. Les rapports entre l'Église et le pouvoir deviennent franchement hostiles en 1965, lorsque les trente-six évêques polonais présents au deuxième concile du Vatican (→ Vatican II) invitent l'épiscopat allemand aux festivités du Millénaire de la chrétienté polonaise, rappellent la coexistence religieuse et culturelle polono-allemande, à la fois pardonnent et demandent pardon au peuple allemand (18 novembre 1965). La réponse de l'épiscopat allemand (5 décembre) et l'acceptation de cette réponse par l'épiscopat polonais sont un pas vers la réconciliation définitive. Le 10 décembre, une campagne officielle contre l'attitude de l'Église polonaise est déclenchée : elle durera un an.

L'amitié, l'alliance et l'inviolabilité des frontières sont le fondement de la politique polonaise à l'égard de l'URSS (pacte d'assistance, 1965 ; accord de coopération technique et scientifique, 1966). Lié par des traités d'alliance bilatéraux avec la RDA, la Bulgarie (1967), la Tchécoslovaquie et la Hongrie, l'État polonais établit des accords de coopération avec l'Occident (Italie, 1965 ; France, 1966 ; etc.).

Le niveau de vie ne s'améliorant pas et les contraintes augmentant, des protestations se font entendre. En mars 1968, les manifestations des étudiants à Varsovie, soutenues par des intellectuels, sont réprimées. Des émeutes ont partout gagné les villes universitaires. Le gouvernement accuse le sionisme de fomenter ces troubles, et une campagne antisémite se développe. D'importants remaniements valorisent le « clan » Gomułka-maréchal Spychalski et les partisans du général Moczar (ministre de l'Intérieur), à l'origine des procès contre les manifestants. L'interpellation lancée par le groupe catholique ZNAK à la Diète (député Zawieyski) renforce le prestige de ce courant, qui s'oppose à l'antisémitisme et aux persécutions des étudiants.

De nombreux Juifs polonais quittent le pays, tandis que se déroulent des procès contre les « fauteurs de troubles », pour la plupart Juifs polonais, auxquels on reproche également de protester contre l'intervention des armées du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie (des unités militaires polonaises y ont participé). Le 13 décembre, Gomułka décide de hausses considérables des prix des produits de consommation courante, ce qui provoque des manifestations ouvrières à Gdańsk, Szczecin, puis dans tout le pays. L'armée et la police tirent sur les ouvriers (il y a plus d'une centaine de tués). Le pays est à la veille de la grève générale. Dans la nuit du 19 au 20 décembre, le comité central du POUP destitue Gomułka et donne le pouvoir à Edward Gierek, soutenu par la fraction « moczariste ». Le 23 décembre, Jaroszewicz (président du Conseil) invite le peuple à reprendre le travail. Gierek annonce l'augmentation des bas salaires et le maintien des décisions du 13 décembre. Mais l'agitation se poursuit et l'Église demande le respect de la liberté de conscience, la justice sociale et le droit à l'information véridique. Gomułka est exclu du Comité central du POUP, la hausse des prix annulée (février 1971).

12. La Pologne de 1971 à 1990

12.1. Les crises politique et économique du socialisme

Pour consolider sa position, Edward Gierek relâche des prisonniers politiques, accepte que l'Église détienne la propriété des biens situés sur les territoires recouvrés du Nord-Ouest, desserre le contrôle exercé sur les médias, mais surtout cherche à élever le niveau de vie grâce aux emprunts occidentaux. Il lance le mot d'ordre « construisons la Pologne nouvelle » ; le recours aux valeurs nationales s'accompagne d'un certain effort pour renouer le dialogue avec le pays réel. Enfin, la hausse des salaires et le souci de perfectionner la gestion donnent une image rassurante de la Pologne des années 1971-1975.

Lors d'importants remaniements au sommet en 1971-1972, Moczar est évincé, tandis que Henryk Jabłoński remplace Cyrankiewicz comme président du Conseil d'État. De nombreuses initiatives sont prises : échange d'ambassadeurs avec Bonn, traité d'amitié et de coopération avec la France ; accords avec l'Iran et les États-Unis (1974). En 1975, une réforme administrative est votée : la Pologne compte désormais 49 voïévodies (départements) au lieu de 22 ; un ministère de l'Administration et de l'Économie locale est créé. Mais ni le problème du chômage ni celui de la qualité du travail ne sont résolus. Malgré le développement de l'économie, l'inflation ronge le niveau de vie, qu'a cependant amélioré l'introduction de la semaine de cinq jours.

L'année 1975 est une année charnière : le commerce avec l'Ouest s'intensifie, mais la demande de consommation dépasse de loin les possibilités de l'économie. Le débat sur le projet de la nouvelle Constitution, votée finalement le 10 février 1976, montre la croissance du mécontentement. Les stipulations obligeant la Pologne à « l'amitié et à la coopération avec l'Union soviétique » […] et précisant que le parti « est la force politique dirigeante de la société » soulèvent de fortes oppositions et les protestations de l'Église. Le parti renonce à affirmer son rôle dirigeant dans l'État mais continue de l'exercer dans la société. Une autre tentative d'augmentation des prix cause de violentes manifestations ouvrières à Ursus et à Radom (juin 1976), brutalement réprimées. Le Comité de défense des ouvriers (KOR), en septembre 1976, comprend des intellectuels, d'anciens militants de gauche, mais aussi des non-marxistes et deux prêtres. Sa création annonce le rapprochement des ouvriers et de l'intelligentsia contestataires.

Face aux difficultés, le gouvernement demande de l'aide alimentaire à l'URSS, et le plan pour 1978 consacre 76 % du revenu national à la consommation. Mais l'administration, incompétente et souvent corrompue, est inefficace. La propagande soulève de violentes critiques. Le régime tente d'introduire plus d'austérité pour freiner l'inflation (1979). Jaroszewicz, président du Conseil impopulaire, est remplacé en février 1980 par Edward Babiuch.

12.2. Le renouveau national

L'élection à la papauté en octobre 1978 de Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie, encourage l'Église de Pologne, qui soutient les aspirations spirituelles, mais aussi socioculturelles de la société. Le KOR, devenu en septembre 1977 « Comité d'autodéfense sociale » (KSS-KOR), se préoccupe des travailleurs persécutés contrairement aux règlements et aux lois. L'année 1980 voit venir une vague de grèves qui commencent en février à Gdańsk puis se répandent à travers le pays tout entier ; les chantiers navals de Gdańsk, Gdynia et Szczecin sont à l'avant-garde du mouvement. À Gdańsk, le mot d'ordre « syndicats libres » prend de l'ampleur, et les grèves se propagent en juillet à la suite d'une forte augmentation du prix de la viande (les 1er et 2 à Ursus et à Tczew). La grève des chantiers navals de Gdańsk radicalise le mouvement (14 août).

Les ouvriers s'organisent en comité de grèves interentreprises (MKS), élisent des délégués, dont Lech Wałęsa. Ils élaborent un cahier de revendications : droit de grève, syndicats libres, information véridique dans les médias. Plusieurs membres du KOR sont arrêtés et le mouvement s'amplifie. Babiuch démissionne (24 août), Pińkowski devient Premier ministre.

12.3. Le pluralisme syndical et politique

Les négociations entre le gouvernement et le MKS (30 août) aboutissent à un accord sur les revendications ouvrières ; il est signé à Gdańsk par Jagielski, vice-président du Conseil, et Wałęsa ; il sera repris par les comités de grève de Silésie et de Szczecin. Gierek est destitué et remplacé le 5 septembre par Stanisław Kania. En même temps, le syndicat indépendant et autogéré Solidarność (« Solidarité ») est créé à partir de 35 syndicats (22 septembre), et son statut est enregistré par le Tribunal administratif, puis par la Cour suprême le 10 novembre 1980.

Dès le début de l'année 1981, Solidarność engage un bras de fer avec le pouvoir, le rapport de force semblant évoluer en faveur du syndicat. L'Église soutient le courant syndicaliste chrétien à l'intérieur de Solidarność, mais s'efforce aussi d'empêcher un affrontement armé. En mai, Monseigneur Glemp succède au cardinal Wyszyński, dont il poursuivra l'action. La situation économique empire de grève en grève.

Kania déclare « la patrie en danger » et confie la présidence du Conseil au général Wojciech Jaruzelski, ministre de la Défense nationale (9 février). Une partie de la haute hiérarchie du pouvoir essaie de mobiliser aussi bien l'appareil du parti et de l'État que les alliés soviétiques, est-allemands et tchécoslovaques. Dans cette ambiance d'intransigeance réciproque, les éléments modérés des deux côtés ne peuvent se faire entendre. Le 19 mars, une provocation policière aboutit à de violents incidents à Bydgoszcz, qui mettent le pays au bord d'une grève générale, évitée d'extrême justesse grâce à la médiation de l'Église.

Les déclarations fermes des dirigeants soviétiques exigeant de « renverser le cours des événements » (4 mars 1981), les affrontements locaux, où Solidarność dénonce l'incompétence et la corruption de l'administration et des directions régionales du POUP, rendent la situation de plus en plus précaire. Entre le congrès de Solidarność, qui lance un appel aux travailleurs des pays socialistes frères pour la création des syndicats libres (Gdańsk, septembre-octobre), les manœuvres militaires aux frontières polonaises et les revendications syndicales pour des « élections libres », la tension monte.

Jaruzelski devient premier secrétaire du POUP en octobre 1981. Une demande de trêve sociale de trois mois est rejetée (3-4 novembre). Plus l'armée encadre le pouvoir, plus le pouvoir durcit son attitude. Solidarność, fort de ses dix millions d'adhérents et de son enthousiasme, mais politiquement inexpérimenté, influencé par certaines tendances activistes, infiltré par des provocateurs, pousse, inconsciemment à l'affrontement.

12. 4. La loi martiale : 13 décembre 1981-31 décembre 1982

Devant la menace d'une grève illimitée (contre l'avis de L. Wałęsa) et l'accentuation de la violence, le conflit se cristallise autour du projet de loi sur les syndicats (12 décembre). Une menace de grève générale pousse le gouvernement, désormais contrôlé par l'armée à agir. L'épreuve de force est déclenchée dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981 lorsque le général Jaruzelski annonce l'établissement de l'« état de guerre ». Jaruzelski crée une instance suprême, le Conseil militaire de salut national (WRON).

Les syndicats sont suspendus, les communications coupées, des chefs de Solidarność arrêtés ; Wałęsa, détenu, refuse de négocier avec le pouvoir ; plus de 5 000 personnes, principalement des militants de Solidarność, sont arrêtées, puis emprisonnées, la presse est muselée, les grèves interdites. Le 14 décembre, de nombreuses grèves éclatent, surtout sur la côte baltique et en Silésie. La police antiémeute (ZOMO), aidée de l'armée, écrase cette résistance. Une centaine de personnes trouve la mort.

Le début de l'année 1982 est marqué par les efforts du pouvoir pour rétablir l'ordre et le fonctionnement des entreprises et des institutions ; une grande partie de la société, soutenue par l'Église, s'y oppose. Un Solidarność clandestin se forme avec quelques leaders et militants qui ont échappé aux arrestations. Après des manifestations (13 février, 3 mai, 13 juin, 13 août, 31 août), celle du 10 novembre échoue et permet au général Jaruzelski d'entamer le processus de « normalisation » sans renoncer à la réforme socio-économique annoncée par le IXe Congrès du POUP (14 juillet 1981), mais en évitant l'intervention soviétique. Il est épaulé par une équipe composée de « centristes » au sein de la direction du POUP ; Rakowski, Barcikowski, Kiszczak, Kubiak et d'autres.

Wałęsa est libéré en novembre 1982, et l'état de guerre est « suspendu » par la Diète (loi du 18 décembre 1982). La grande majorité des internés est libérée, sauf les sept dirigeants de Solidarność et cinq autres leaders de l'ancien KOR (pourtant dissous dès septembre 1981). Depuis l'introduction de l'état de siège, le pouvoir appelle à la réconciliation et à l'entente nationale, avançant des arguments patriotiques et insistant sur le réalisme indispensable à la survie de l'État polonais, qui ne peut exister que sous sa forme socialiste intégrée à l'URSS. Le général Jaruzelski promet de maintenir la réforme socio-économique amorcée en 1980-1981 et de poursuivre les responsables de la crise des années 1970 (Gierek, l'ancien président du Conseil, et ses adjoints sont internés au début de 1982) mais la crédibilité de son discours est atteinte par des mesures répressives, des velléités néostaliniennes, la pénurie dramatique et l'immixtion croissante de l'URSS.

Le 8 octobre 1982, les leaders de l'organisation politique « KPN » (« Confédération de la Pologne indépendante ») sont condamnés à des peines allant jusqu'à sept ans de prison ferme, Solidarność est officiellement mis hors la loi. Des milliers de Polonais, jeunes pour la plupart, demandent le droit d'asile à l'Occident. L'encadrement militaire des campagnes et des chantiers, la loi contre le parasitisme social (26 octobre) étouffent toute possibilité de contestation générale. Si Wałęsa est libéré, son action est neutralisée ; la fin de la loi martiale prend effet le 31 décembre 1982.

12.5. Les premières réformes économiques et politiques

Devant l'obstination de Wałęsa à appeler au dialogue, le refus moral des Polonais se fortifie. Alors que les procès de syndicalistes se préparent, le pouvoir cherche un rapprochement avec l'Église. Dès février, les fidèles s'apprêtent à recevoir le pape ; l'épiscopat demande au pouvoir l'amnistie et une pleine justice sociale. Wałęsa reprend la direction de Solidarność clandestin, adoptant de nouvelles formes pacifiques et ponctuelles de protestation (mars-avril).

Lors de sa visite en Pologne (16-23 juin 1983), le pape Jean-Paul II demande l'application des accords de Gdańsk de 1980. À l'état de siège (qui a succédé en décembre 1982 à l'état de guerre), Jaruzelski substitue l'état de crise (22 juillet 1983), dont le seul bénéfice sera une amnistie partielle. Toutefois, les personnes libérées tombent sous le coup de la loi sur le parasitisme social. Wałęsa reçoit le prix Nobel de la paix le 5 octobre 1983.

Une loi d'amnistie concernant les prisonniers politiques est adoptée en juillet 1984. Mais, parallèlement, la lutte contre les opposants au régime, notamment dans l'Église, ne se relâche pas (assassinat du père Jerzy Popieluszko en octobre 1984). Le général Jaruzelski poursuit en 1985 sa politique de normalisation. Après les élections législatives (13 octobre), il abandonne à Zbigniew Messner le poste de Premier ministre, devient président du Conseil d'État et retrouve une certaine audience internationale (levée des sanctions économiques prises par les pays occidentaux). En juin 1986, la Pologne devient le 151e membre du Fonds monétaire international (FMI).

En dépit de la libération des prisonniers politiques (septembre), la répression, plus sélective, se poursuit. Les Polonais refusent en novembre 1987 de cautionner le programme de réformes soumis à référendum par le général Jaruzelski, mettant le pouvoir en minorité. Un mouvement de grèves, dur et déterminé, se développe à partir du printemps 1988 pour réclamer la relégalisation de Solidarność et la démocratisation du régime. La table ronde qui s'ouvre en février 1989 entre représentants du gouvernement et de l'opposition aboutit à l'accord du 5 avril, aux termes duquel le pluralisme syndical est rétabli et le Parlement réorganisé. Ce dernier est désormais composé d'un Sénat et d'une Diète dans laquelle 65 % des sièges sont réservés au POUP et à ses alliés.

Aux élections de juin 1989, Solidarność obtient la quasi-totalité des sièges du Sénat et les 35 % des sièges de la Diète non réservés aux partis de la coalition gouvernementale. En juillet, ce nouveau Parlement élit à la présidence de la République Jaruzelski, qui abandonne ses fonctions à la tête du POUP. Le parti paysan (PSL) et le parti démocrate (SD), traditionnels alliés du POUP, se rapprochent de Solidarność, dont un des dirigeants, Tadeusz Mazowiecki, devient Premier ministre en août. Premier chef de gouvernement non communiste de l'Europe de l'Est depuis quarante ans, celui-ci forme un gouvernement de coalition, dont le programme est de rétablir l'économie de marché (septembre). Des amendements constitutionnels abolissent le rôle dirigeant du POUP et redonnent au pays le nom de République de Pologne (décembre).

Pour en savoir plus, voir l'article Pologne : vie politique depuis 1990.