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Occident germanique

Fuyant la menace d'envahisseurs venant d'Asie, des peuples germaniques bousculent, dès le ive s., l'Empire romain déclinant et hâtent sa chute.

Concurrençant l'expansion du christianisme romain, les Germains, dont les communautés conservent leurs coutumes, leurs langues et ne reconnaissent que leurs lois, morcellent l'Occident en royaumes, embryons de futurs pays, et y imposent, en alliance avec la papauté qui a su les convertir ou en dépit de leurs conflits avec elle, des valeurs et des règles qui annoncent le monde féodal.

Les invasions barbares

Les invasions barbares (ou grandes invasions) désignent la grande migration des peuples barbares qui, aux ive et ve s., déferlèrent sur l'Empire romain, provoquant son effondrement.

Le maintien de la « paix romaine »

Parmi tous les Barbares qui encerclent l'Empire, les plus nombreux et les plus dangereux sont les Germains. Pourtant, jusqu'au milieu du iiie s., chacune de leurs tentatives en direction de la Méditerranée se heurte à une riposte énergique de Rome, qui, sous Tibère, a fixé sa frontière sur le Rhin, le Neckar et le Danube. Le limes, solidement gardé par les légions, assure la « paix romaine » en confinant les Germains sur les marches septentrionales de l'Europe antique. Profitant de l'anarchie militaire qui succède au règne des Sévères, les Goths envahissent la Dacie et la Macédoine (251-269), tandis que les Francs et les Alamans ravagent la Gaule, l'Espagne et l'Italie du Nord (276-278). L'énergique gouvernement des empereurs « gaulois » et « illyriens » permet à Rome de se ressaisir et à l'Empire de survivre deux siècles encore.

Le déferlement sur l'Empire

En 370 intervient un fait nouveau : les Huns, venus des steppes asiatiques, franchissent la Volga et se ruent sur l'Occident. Le choc, irrésistible, déclenche de proche en proche une série d'ondes migratoires chez les tribus germaniques, fixées en Europe orientale et centrale, qui déferlent sur l'Empire romain. Celui-ci, très affaibli, n'est plus en mesure d'organiser une résistance sur tous les fronts à la fois. Après avoir franchi le Danube (376), les Wisigoths écrasent les légoins de Valens à Andrinople (378), puis ravagent la Grèce (399), l'Illyrie, l'Italie (410), pour s'installer finalement en Aquitaine (418). Entre-temps, la frontière du Rhin a cédé : le 31 décembre 406, la poussée hunnique déclenche l'invasion des Vandales, des Suèves et des Alains qui, après avoir pillé la Gaule, occupent l'Espagne, puis gagnent l'Afrique (429). Dans la brèche qu'ils ont ouverte s'engouffrent Alamans, Burgondes et Francs, tandis qu'en Grande-Bretagne débutent les raids des Angles et des Saxons. Certes, en 451, une coalition de Barbares et de Romains inflige aux Huns d'Attila une sévère défaite à la bataille des champs Catalauniques, mais l'effondrement de l'Empire est inéluctable. L'Occident n'est plus désormais qu'une mosaïque de royaumes instables.

Les royaumes barbares

Le pouvoir romain est éliminé par étapes : dans toute l'ancienne partie occidentale de l'Empire, avec la disparition définitive des empereurs romains (476) ; en France, avec la défaite du Romain Syagrius (486) ; en Italie, avec l'installation de l'Ostrogoth Théodoric (493).

Les Francs

On a retenu souvent, surtout en France, parce qu'il marque les origines d'un État dont l'histoire est continue jusqu'à nos jours, le cas des Francs. Ceux-ci progressent lentement, en tache d'huile, après 406. Ils ne franchissent la Somme qu'après 480. Leur expansion est plus rapide à la fin du ve s., sans que soit très aisée l'unification des différentes chefferies ; un de leurs atouts fut la conversion de Clovis, mais aussi son mariage, qui a facilité l'absorption par les Francs du royaume burgonde. Dès le début du vie s., le clergé offre pleinement son appui aux Francs. S'aidant mutuellement, la royauté franque et l'Église romaine commencent à obtenir des résultats spectaculaires : la bataille de Vouillé fait disparaître toute la partie aquitaine du royaume wisigoth et l'arianisme en Gaule. L'histoire des Francs est laborieuse, jalonnée de partages, marquée par la difficulté à unir sous une seule royauté les différents groupes, au ve s., puis les différentes branches de la famille qui descend de Clovis, aux vie et viie s., ainsi que par l'unification malaisée de régions culturellement et humainement aussi différentes que la vallée du Rhin, très germanisée, la vallée de la Seine, la Bourgogne et l'Aquitaine. Mais jamais n'a manqué aux Francs l'appui du clergé et des monastères.

Les Ostrogoths

En 489, l'empereur Zénon, installé en Illyrie, neutralise les Ostrogoths en couvrant d'honneurs leur chef Théodoric et en assignant à celui-ci une mission très précise de « reconquête » de l'Italie.

Stratégies diplomatiques

Théodoric, qui a connu à Constantinople une éducation de cour et une vie de prince, n'a rien d'un « Barbare ». Il s'installe à Ravenne en 493, laissant Rome au pape, et aux souvenirs de l'Empire. Une habile politique matrimoniale fait de lui l'arbitre entre quatre royaumes : il épouse une sœur de Clovis, une de ses filles épouse le frère du roi des Burgondes, une autre le roi des Wisigoths, tandis qu'une de ses sœurs épouse le roi des Vandales, et une nièce le roi de Thuringe. Cette présence diplomatique lui permet, par exemple, de protéger en 510 les Wisigoths de nouvelles attaques des Francs après la bataille de Vouillé, mais il fait payer cher les services rendus : le royaume wisigoth est placé sous tutelle et doit verser chaque année un tribut en grains.

Succès culturels et politiques

Théodoric valorise le pouvoir royal et le souvenir romain dans une cour brillante où se trouvent quelques-uns des grands auteurs latins du moment – Boèce, Symmaque, Ennodius, Cassiodore –, et manifeste la volonté, qu'encourage Constantinople, de maintenir une continuité impériale. L'art ravennate est alors d'une qualité exceptionnelle : Ravenne est une ville modèle pour les Occidentaux.

Théodoric assure plus de trente ans de paix à l'Italie (493-526). Ses guerriers, peu nombreux, ne s'installent que dans la vallée du Pô et au nord du fleuve. Leur insertion dans le milieu rural est facilitée par l'autorisation des mariages mixtes (530), et par le début d'un retour à la territorialité de la loi. Mais la politique de l'empereur d'Orient Justinien abat l'œuvre de Théodoric comme la puissance vandale, elle remet en cause la domination wisigothique en Espagne et laisse la place libre pour l'expansion des autres royaumes.

Les Wisigoths

Le royaume wisigoth eut, sur tout l'Occident, une influence que les historiens français tardent à reconnaître.

L'installation en Aquitaine

Les Wisigoths s'installent d'abord en Aquitaine, où de nombreuses traces de leur séjour d'un siècle ont été retrouvées dans l'architecture, les sépultures, la bijouterie, notamment dans les régions de Toulouse, de Narbonne et dans les Pyrénées. Toulouse devient leur capitale en 418 et ils reçoivent, par contrat de fédération, le droit de s'installer sur les grandes propriétés romaines et de garder les deux tiers des esclaves qui y travaillent. Les Wisigoths sont alors probablement entre 50 000 et 100 000, soit un pourcentage très faible de la population de cette zone densément occupée par de grandes propriétés gallo-romaines.

Les relations extérieures

Le contrat avec l'Empire est, une fois encore, respecté : les Wisigoths participent à la défense contre les Huns ; dès 442, ils cherchent à s'installer au sud des Pyrénées en soumettant les Suèves. Peu à peu, ils colonisent le centre-nord de l'Espagne – la région qui formera l'ancienne Castille – et le nord de l'actuel Portugal, où ils occupent, là encore, les grandes propriétés (latifundia) à l'écart des villes.

En 475, leur roi Euric rompt le pacte avec les Romains et organise en toute indépendance les territoires qu'il conquiert : en 476, la domination wisigothique s'étend jusqu'à la Provence, mais rencontre l'hostilité croissante des Francs ; la Loire devient une véritable frontière entre Francs et Wisigoths. La défaite face aux Francs en 507 – et sa mise en tutelle par Théodoric l'Ostrogoth – retarde le plein épanouissement d'un État wisigothique.

Les limites de l'intégration

Dans tous les territoires qu'ils conservent, les Wisigoths restent fidèles à l'arianisme, et de ce fait il leur arrive de persécuter les chrétiens « romains ». Ils sont également attachés aux traditions germaniques de transmission du pouvoir d'une famille à une autre au cours d'épreuves de force très violentes, obligatoirement suivies de périodes de vengeance qui affaiblissent les familles royales ; l'assassinat du roi triomphant n'est pas exceptionnel.

Empiètements des Francs et des Byzantins

La défaite de Vouillé contraint les Wisigoths à abandonner l'Aquitaine. Ils ne conservent que la Septimanie, au nord et au sud de l'actuelle frontière franco-espagnole, mais les Francs peu à peu les en chassent, et cette terre restera dépeuplée jusqu'à une recolonisation carolingienne systématique au ixe s.

La fin de la tutelle de Théodoric ne fait pas disparaître les difficultés : les Francs, en 531, s'emparent de Narbonne, malgré les efforts de rapprochement par mariages avec les Mérovingiens. Bientôt, de 535 à 553, la reconquête tentée en Espagne par les troupes de l'empire d'Orient enlève aux Wisigoths tout le sud-est de la Péninsule, désormais nommée Spania ; il faudra des décennies pour qu'ils y réinstallent leur pouvoir. Bien loin de s'apaiser, du reste, les conflits pour le pouvoir sont plus violents, et les divers prétendants y associent l'empire d'Orient ou les Francs.

L'organisation du royaume

Le dernier quart du vie s. voit se produire des changements profonds et décisifs dans la vie du royaume. Le principe apparaît lentement selon lequel le territoire ne doit avoir qu'une foi, bien entendu le catholicisme romain, qu'une loi, celle qu'établissent les conciles annuels, qu'un roi, intouchable après l'onction. L'unité théorique du royaume repose sur ces principes.

Le catholicisme romain

La conversion, en 587, de Reccared au christianisme romain met fin à la longue alliance des rois avec l'arianisme. Triomphante, l'Église de Rome, déclarée en 589 détentrice de la seule foi reconnue dans le royaume, apporte un soutien total à son nouvel allié royal. Désormais, lorsque chaque année les évêques se réunissent en concile, souvent à Tolède, devenue capitale royale sous le prédécesseur de Reccared, ils prennent, en accord avec le roi, des décisions essentielles.

La territorialité de la loi

Dès 589 sont proclamés le retour à la territorialité de la loi, l'abandon des habitudes funéraires germaniques, l'acceptation des mariages mixtes et d'une culture où s'équilibrent influences germaniques et méditerranéennes : le IIIe concile de Tolède (589) réorganise l'ensemble des circonscriptions épiscopales (plus de soixante-quinze), cadre fidèle d'application de la politique royale pourvu que celle-ci respecte la morale chrétienne et l'influence des conciles.

L'onction royale

Le roi est désormais oint, et nul n'a plus le droit, sous peine de sanctions religieuses, de le démettre et encore moins de le tuer. Sans assurer une hérédité dynastique de longue durée – le principe de l'élection du roi à chaque nouveau règne est maintenu –, ces décisions donnent, sans comparaison possible avec ce qui se produit dans d'autres pays, une réelle stabilité au pouvoir royal. Encore faut-il contrôler réellement les territoires : les Suèves, au nord-ouest, résistent longtemps ; les Vascons, au nord, ne sont jamais réellement soumis.

L'empreinte wisigothique

Sur de telles bases, le pouvoir royal gagne en majesté et en culture ; il ouvre le royaume aux influences byzantines ; des monnaies d'or impériales frappées dans des ateliers surveillés par l'État sont imitées, de même que des bijoux importés d'Orient par les nombreux marchands orientaux installés sur la côte orientale, à Tarragone, aux Baléares mais aussi à Lisbonne et à Mérida ; les mêmes marchands introduisent des tissus byzantins de qualité superbe, dont le décor inspire peintres et sculpteurs locaux ; enfin, ils imposent le contrôle du poids des monnaies selon les normes de l'empire d'Orient. Les traces de cet État – presque national – sont nombreuses et importantes.

L'art en Espagne wisigothique

Durant tout le viie s., la cour de Tolède donnant l'impulsion, le royaume wisigothique connaît en Espagne un grand épanouissement artistique. Barcelone, Tarragone, Cordoue, Séville, Mérida sont des centres actifs de production artistique. Les bijoux en orfèvrerie cloisonnée, les couronnes votives des rois montrent une association heureuse entre traditions germaniques venues de l'art du sud de la Russie et influence byzantine. Les fouilles archéologiques ont illustré, depuis une vingtaine d'années, la richesse de la production architecturale. De petites églises très belles, au décor remarquable, ornées d'arcs outrepassés, subsistent aujourd'hui dans le nord-ouest de l'Espagne et le nord du Portugal. Dans le Sud-Est, des églises de tradition plus orientale, pourvues de deux absides, ont été retrouvées ; leur décor n'est pas sans rapport avec celui que l'on trouve dans les églises d'Afrique du Nord au ve s. Les traditions artistiques de ce moment exceptionnel vont se conserver et se transformer après l'arrivée des Maures, en 711, aussi bien dans le refuge wisigoth du Nord-Ouest, autour d'Oviedo puis de León, que dans les zones passées sous contrôle musulman.

L'« Hispana »

Dans le domaine de la loi, une collection que les historiens appellent Hispana est tirée des textes romains et de ceux des conciles. Très original, l'Hispana va exercer une influence de longue durée en Occident, même après la disparition des Wisigoths, tout spécialement dans la définition du caractère sacré du roi, à condition qu'il respecte ses engagements à l'égard de l'Église.

La répression

Leur pouvoir et l'appui des conciles ont permis aux rois d'appliquer une très dure politique de centralisation et de réduction des oppositions : le serment de fidélité est imposé aux aristocrates en 642. Au milieu du viie s., le roi Receswinthe a pu mettre en vigueur une législation écrite applicable à tous les sujets. La violence de l'État wisigothique pèse tout spécialement sur les juifs, nombreux encore à vivre en Espagne. Dès le vie s., mais surtout au viie s., la législation des conciles entraîne des persécutions terribles : les juifs ont le choix entre la conversion et l'exil ; des enfants sont enlevés à leurs parents pour être convertis ; en 633, l'exercice de toute fonction publique leur est interdit.

La fin du royaume wisigothique

À la fin du viie s., la situation du royaume se dégrade : les rois n'ont plus la même autorité personnelle ; les aristocraties religieuse et laïque affaiblissent le pouvoir royal et le désordre social s'installe, sans que pour autant cessent les persécutions contre les juifs. Le royaume wisigoth connaît, au début du viiie s., une situation catastrophique : pestes, famines, invasions de sauterelles ajoutent aux malheurs du peuple. La conquête foudroyante par les musulmans venus du nord du Maroc en est facilitée.

Les Lombards

Plus tardivement que les Francs et les Wisigoths, les Lombards fondent également un royaume. Après la retraite des Huns, ils migrent (du Danemark méridional) vers le sud. En chemin, ils rencontrent un nouveau peuple asiatique en marche vers l'ouest, les Avars, qui ne seront vaincus que par les Carolingiens. Les Lombards, comme tous les autres peuples germaniques, cherchent refuge dans l'ancien Empire romain. Ils s'installent de force principalement en Italie septentrionale. Adeptes de l'arianisme et violents, ils sont un danger constant pour la papauté, qui n'a jamais perdu le contrôle de l'Italie centrale et méridionale, et qui finit par faire alliance contre eux avec les Francs : les Carolingiens abattent alors le royaume lombard.

Vers l'« Europe » carolingienne

Autour des peuples germaniques désormais installés, de nouveaux dangers se dessinent. Au nord, l'expansion par la mer des Scandinaves, ainsi que celle des Saxons et des Frisons, menace l'Occident. Au sud, l'installation des musulmans en Afrique du Nord crée aussi une nouvelle pression : en 846, Rome est pillée à nouveau, par des musulmans. La papauté abandonne alors l'ancienne capitale pour s'installer dans un quartier nouveau, fortifié, qui deviendra le Vatican. À l'est, les Slaves occupent lentement les terres abandonnées par d'autres. Dès le vie s., à leur tour, ils pénètrent dans l'empire d'Orient, en particulier en Illyrie.

Les cinq siècles de domination germanique en Occident ont provoqué parfois d'importantes régressions culturelles, en matière d'inhumation par exemple : les archéologues disent volontiers qu'on a alors vu réapparaître des habitudes funéraires remontant au néolithique. Le monde relativement unifié par les Romains est fractionné de nouveau. Cependant, les Barbares sont également porteurs d'une nouvelle culture, plus axée sur le Rhin que sur la Méditerranée. En 711, les Wisigoths ayant été vaincus, commence le temps de l'expansion carolingienne.