En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

l'Occident chrétien

Sorti de la clandestinité au ive s., le christianisme s'organise, et l'Église de Rome cherche à imposer son autorité.

Elle y parvient en Europe occidentale, malgré les conflits avec les évêques. À travers les actions des moines comme par son influence sur les pouvoirs laïcs, elle imprègne d'une morale et d'une culture spécifiques la société dont elle constitue l'un des trois ordres. Elle est au cœur de toutes les tensions qui transforment le monde antique en monde féodal, et marque durablement le paysage, l'organisation du travail et les mentalités.

Les premiers siècles

Le christianisme survit durant les trois premiers siècles de son histoire dans les difficiles conditions de clandestinité que lui imposent l'intolérance et les persécutions qui en découlent. Toutefois, les communautés se dotent progressivement d'évêques, autrement dit de conseillers, de gardiens de la foi (évêque vient du grec episkopos, episcopus en latin, qui veut dire « surveillant »). Sous le règne de Constantin, la tolérance s'installe et les persécutions prennent fin. En 381, l'Empire romain reconnaît le christianisme comme religion officielle. Les Églises remplacent alors les communautés clandestines. Peu à peu émergent des évêchés influents : quatre en Orient, les patriarcats d'Alexandrie (Alexandria sur la carte), de Jérusalem, d'Antioche et de Constantinople ; un en Occident, à Rome (Roma). L'évêque de Rome, à titre de successeur de l'apôtre Pierre, prend en charge la difficile mission de convertir et d'encadrer les peuples d'Occident. En 400, saint Jérôme traduit la Bible en latin ; cette traduction, la Vulgate, devient la version officielle de l'Église latine. Peu à peu, du ve au ixe s., le pouvoir des évêques de Rome s'impose dans la partie occidentale de l'ancien Empire, malgré les difficultés dues à la poussée et à l'installation des peuples germaniques. Le pape Gélase Ier (492-496) affirme la primauté de l'Église de Rome. Ce fait marque le début de longs conflits avec l'Empire byzantin. L'Église est maintenant une structure hiérarchisée que Rome entend gouverner. Au cours des grands conciles des ive et ve s., elle élabore les règles dogmatiques et juridiques qui définissent les formes orthodoxes de la croyance chrétienne et condamne celles qui ne sont pas en conformité avec le dogme (hérésies).

L'Église d'Occident après le ve s.

Des personnages que l'Église canonisera assurent la conversion dans des zones rurales – le mot latin paganus signifie à la fois païen et paysan –, indépendamment de toute intervention de Rome. Ainsi Martin à Tours (Turones), Patrick en Irlande, un autre Martin à Braga (Bracara), Remi à Reims (Remi) sont considérés comme les apôtres des peuples qu'ils convertissent.

Naissance de la théologie

Les évêques exercent leurs fonctions dans des villes romaines dominantes. Dans ce contexte urbain, ils maintiennent un encadrement que les pouvoirs administratifs romains, qui s'effondrent, ne peuvent plus assurer. Les évêques sont non seulement les protecteurs des villes, enfermées dans leurs enceintes, mais aussi les interlocuteurs des pouvoirs germaniques, lorsqu'ils ont pu en obtenir la conversion et lorsque, comme en Gaule ou en Espagne, ils sont à même de se réunir en concile pour compléter la législation qui organise la vie quotidienne du clergé séculier, le « clergé dans le siècle », et dans une large mesure la vie morale des laïcs. En Occident, leurs tâches quotidiennes sont plus simples et d'ordre plus pratique qu'en Orient, où ils débattent, à Athènes, à Antioche comme à Alexandrie, les questions issues des traditions philosophiques. La naissance de la théologie a lieu en Orient. Elle est l'œuvre de saint Augustin, évêque d'Hippone (Hippo Regius), dont la pensée influencera la chrétienté occidentale pendant des siècles.

Création des monastères

À l'opposé de chrétiens qui, dès le ive s., choisissent de vivre en ermites en s'isolant dans le désert, d'autres chrétiens, en Occident, vont se grouper dans des collectivités : les monastères. Au vie s., un Italien, Benoît de Nursie, élabore une règle destinée aux moines, qui régit jusqu'au moindre détail leur vie quotidienne. Un principe nouveau y apparaît, l'interdiction de toute propriété personnelle : « Si quelqu'un était surpris s'adonnant à ce vice détestable [la propriété], on l'avertirait une première et une seconde fois ; s'il ne s'amendait pas, il serait soumis à la correction. »

C'est dans un monastère du Mont-Cassin (Italie), régi par cette règle, que naît l'ordre des Bénédictins, fondé par Benoît de Nursie et bientôt représenté dans tous les pays d'Occident. Les monastères bénédictins – où les moines sont dits « réguliers » – seront jusqu'au xe s. des centres importants de conversion. Une autre contribution au développement de l'institution monastique est due à l'action du moine irlandais Colomban, au vie s., qui fondera de nombreux monastères en Europe, jusqu'en Italie du Nord.

De nouvelles conversions

La papauté a maintenu le principe de son droit à diriger l'Église universelle, mais, en Orient, elle a échoué devant l'opposition coordonnée des empereurs byzantins et des patriarches de Constantinople. À la fin du vie s., un évêque de Rome, Grégoire Ier, donne un nouvel élan à la politique de conversion et obtient du roi anglo-saxon du Kent qu'il adhère au christianisme. Un premier évêché dépendant de Rome, celui de Cantorbéry, est fondé en Angleterre.

Au viiie s., le développement des relations commerciales entre l'Angleterre et l'Italie, par la vallée du Rhin, crée des conditions favorables à de nouvelles conversions, notamment chez les Francs et d'autres peuples germaniques. Les clercs formés dans les monastères anglais jouent un grand rôle dans la reprise en main de la Gaule par les Carolingiens.

L'époque carolingienne

L'autorité de Rome se renforce aux viiie et ixe s., les Lombards ayant été vaincus par les Carolingiens. Mais le pouvoir pontifical commence alors à se monarchiser, à s'éloigner des réalités locales auxquelles sont confrontés les évêques, les prêtres et les moines. Sans soutien suffisant, ceux-ci ne peuvent réellement faire obstacle aux aristocrates qui convoitent les terres dont sont dotées les paroisses rurales. Pourtant clergé séculier et clergé régulier locaux jouent un rôle irremplaçable : l'appui qu'ils apportent aux Carolingiens est le plus puissant facteur d'unification de l'Occident.

L'Occident chrétien s'épanouit à l'époque carolingienne. La dynastie, soumise inconditionnellement à l'Église, construit des monastères : Corbie, Saint-Riquier, Tours, en France ; Lorsch, Fulda, Corvey, en Allemagne. Dans les cathédrales, les évêques rassemblent, à Pâques, tous ceux qui, adultes, veulent recevoir le baptême. Peintures sur manuscrits, beaux monuments de pierre, peintures murales constituent progressivement un art original, totalement chrétien, rompant avec l'ancien art romain.

Le latin, langue unificatrice

L'un des aspects remarquables du processus d'unification de l'Occident est la généralisation de l'emploi du latin. L'effort pour retrouver un latin grammaticalement correct est poursuivi du viie au ixe s. Cet effort se traduit par la création d'une école dans chaque évêché et, dans les monastères, de centres de copie de manuscrits anciens. Au ixe s., le travail de copie est servi par une écriture superbe, utilisée dans tout l'Occident : la minuscule caroline. Le clergé, les nobles et les rois s'expriment en latin, tandis que dans le peuple naissent, parlées mais non écrites, des langues qui amalgament plus ou moins l'héritage latin et les expressions germaniques, et dont sont issues les langues de l'Europe moderne, non sans conflits ni difficultés.

Des frontières menacées

L'Occident n'est ni stable ni sûr de son avenir. Les guerres intérieures ne disparaissent pas, ni les désordres créés par certains aristocrates. Jusqu'à la mort de Charlemagne cependant, la violence est détournée au-delà des frontières : Saxons, Frisons, Lombards, Slaves contiennent mal cette poussée vers le nord, l'est et le sud ; les troupes franques conquièrent également le nord-est de l'Espagne jusqu'à l'Èbre. Mais, au nord, les Scandinaves, encore non chrétiens, commencent une expansion vers le sud dont la chrétienté subira le choc. Au sud, les navires musulmans sont redoutés en Méditerranée occidentale. À l'est, les Slaves, qui ont fléchi un moment, entre l'Elbe et l'Oder (Odra), résistent de mieux en mieux aux offensives impériales. Et à l'est encore, à la fin du ixe s., réapparaît une menace grave qui concerne aussi les Slaves : celle des Hongrois venus d'Asie.

La christianisation de la société (xe-xiie s.)

Des nombreuses terres qu'elle possède, l'Église tire les revenus nécessaires à la vie des clercs séculiers et des clercs réguliers, et, avec les produits des cultures, elle constitue des réserves de nourriture qui aident, en cas de disette ou de famine, les plus pauvres des ruraux à ne pas tomber en servitude en échange de pain. En effet, la société est en train de changer. L'esclavage dans de grandes propriétés, à la romaine, cède peu à peu la place à des liens de dépendance moins humiliants, mais où la servitude est de règle. Comme les disettes ne sont pas rares, aggravées souvent par les pillages des guerriers ou les agressions d'envahisseurs, la tentation, pour les paysans, d'entrer en servage pour être à la fois nourri et protégé devient forte.

Une source de revenus : l'agriculture

Afin de mieux tirer profit de ces circonstances nouvelles, de grands propriétaires terriens s'emploient à accaparer de plus en plus de terres. Évêchés, monastères, pouvoir royal luttent également dans l'espoir de préserver et d'augmenter leurs biens. L'expansion franque, de Charles Martel à Charlemagne, accentue l'écart entre ceux qui peuvent garder assez de terres pour se nourrir, même en période de famine – une sorte de classe moyenne soutenue par l'Église –, et ceux qui rivalisent de violence pour réunir de plus en plus de terres – les aristocrates et les rois. Au fur et à mesure que diminue, en Espagne wisigothique, au viiie s., ou en Gaule carolingienne, au ixe s., la capacité du roi à imposer son autorité, la compétition pour les biens se fait plus vive. En Occident, durant les xe et xie s., malgré le maintien des relations commerciales avec l'Orient et la Méditerranée, la seule source d'enrichissement possible est l'agriculture. Bon nombre de clercs sont pris dans cet engrenage, et défendent aussi mal leurs fonctions que les biens dont ils vivent. Le clergé subit la pression féodale, s'appauvrit et se laisse entraîner dans des conflits locaux, de sorte que la situation des monastères se dégrade.

Fondation de Cluny (909)

En 909, Guillaume d'Aquitaine fonde à Cluny – non loin de la Saône – un monastère où les moines pourraient être à l'abri de tous ces dangers. Les biens du nouveau monastère sont placés directement sous la protection de la papauté. L'abbé de Cluny est élu librement par les moines et non plus nommé par des laïcs. L'abbaye de Cluny connaît bientôt un sort exceptionnel. Les ruines de son immense abbatiale, détruite pendant la Révolution, témoignent encore de l'audace architecturale et sculpturale des artistes qui ont créé et agrandi à plusieurs reprises Cluny et son monastère. Les moines affluent, et, dans presque toute l'Europe, au xie s., des monastères demandent à être affiliés au nouvel ordre de Cluny. Il est une puissance temporelle et spirituelle avec laquelle papes, rois et empereurs doivent compter. Au début du xiie s., inquiet de l'enrichissement des abbés clunisiens et de leur tendance à ne plus se consacrer qu'à une vie intellectuelle et musicale, saint Bernard, moine de Cîteaux, puis premier abbé de Clairvaux, fixe la nouvelle règle des Cisterciens. Agriculteurs avant tout, diffuseurs de techniques agricoles nouvelles, les Cisterciens, à leur tour, fondent des monastères dans toute l'Europe.

L'effort de pacification

Le nouvel essor du monachisme témoigne d'un désir de paix tout autant que d'une forte poussée de religiosité. L'Église, régulière et séculière, prend en charge cette préoccupation de la société et obtient peu à peu, dès le xe et surtout au xie s., que soient respectées des périodes – dans la semaine et dans l'année – pendant lesquelles il est interdit de se battre, de piller, de prendre les faibles en otages. Un véritable pacte de paix est proposé là où le clergé en a les moyens et lorsque les grands laïcs l'appuient. L'Église cherche aussi à moraliser le métier de guerrier en donnant à l'adoubement du chevalier l'allure d'une cérémonie religieuse très solennelle. Cluny et Cîteaux font triompher, de l'Espagne à la Pologne, le latin comme langue véhiculaire. Dans ce dernier pays, la papauté crée, aux xe et xie s., des évêchés qui relèvent directement de l'autorité de Rome. Les Hongrois, si turbulents au xe s., acceptent une conversion massive que symbolise leur saint protecteur : Étienne. Le Danemark au Xe, la Norvège au xie et la Suède au xiie s. sont aussi gagnés au catholicisme romain.

L'art roman

L'espace chrétien se couvre de monuments nouveaux. L'art roman se caractérise, à l'image d'une société européenne morcelée en petites principautés, où les pouvoirs royal, impérial et pontifical n'ont que l'apparence de la puissance, par des réalisations somptueuses, mais locales. La déconcertante diversité de l'art tout autant que son unité stylistique profonde caractérisent bien cette période de la vie de l'Occident chrétien. Cette forme d'art religieux va survivre parfois, dans des régions périphériques, jusqu'au xiiie, voire jusqu'au xive s.

L'Occident dans la tourmente

L'Occident, qui retrouve paix et vie après les difficiles moments du xe s., est cependant encore menacé. Il réussit à pacifier le Nord et l'Est, mais ses relations sont rompues avec Constantinople, définitivement, par le schisme de 1054. Rome considère désormais la partie orientale de l'Église comme un adversaire à vaincre pour le ramener à l'obéissance ; le « péril musulman » s'aggrave en raison de l'arrivée des Turcs en Orient et des Almoravides en Afrique. La chrétienté connaît d'autres poussées de violence : les juifs, largement installés encore dans la vallée du Rhin, en souffrent, mais aussi les paysans pauvres et les plus faibles des féodaux. L'Occident, redécoupé en principautés territoriales dont beaucoup de nos régions sont héritières, n'est pas réellement calme.

Affrontements et crises

Le détournement de la violence devient, après 1050, une préoccupation constante de la politique des clercs. Les lieux et les occasions ne manquent pas.

Une volonté de conversion

Vers l'est, il reste des Slaves non convertis. Les empereurs, sous le drapeau de saint Maurice, se lancent dans une politique de pénétration vers l'est (Drang nach Osten), sous prétexte de conversion ; des terres nouvelles sont offertes à la colonisation. En Espagne, la coexistence entre chrétiens, juifs et musulmans a abouti, au xie s., à une culture extrêmement raffinée. Rome reproche au clergé chrétien d'Espagne d'avoir ses propres lois et surtout une liturgie en arabe. Les moines clunisiens et les chevaliers français vont transformer en une véritable guerre frontale la lente récupération des terres musulmanes, entreprise par les rois castillans et le comté de Barcelone : la Reconquista est l'un des hauts faits qui marqueront la mémoire chrétienne. Cette « reconquête » implique une hostilité sans faille envers les musulmans et les juifs. L'autre grande opération, l'« action de Dieu par l'intermédiaire des Francs », est évidemment la croisade. Constantinople en 1204 la subira, autant que les musulmans.

Luttes contre les hérésies

Pourtant, dans cet Occident si expansif, menaçant pour ses voisins, la situation n'est pas stabilisée. Les évêques surveillent mal les écoles dont ils ont la charge ; ils utilisent mal leur pouvoir d'enquête (inquisitio) pour ramener les pécheurs à l'obéissance. L'excommunication, la peur de mourir en état de péché ne suffisent pas à tempérer le bouillonnement d'une société en expansion démographique. L'insécurité, l'injustice, le désarroi que font naître les désordres de la société incitent à relire la Bible pour y trouver les principes capables de réconcilier la vie et l'idéal chrétien. Au xie s. commencent ainsi à se manifester les signes annonciateurs de la Réforme protestante : comme aux premiers moments du monachisme apparaît un idéal de vie pauvre, mais cette fois « dans le siècle ». La papauté ne tarde pas à condamner ce qu'elle estime être des hérésies et ordonne au clergé de les détruire.

La lutte contre les hérésies entraîne notamment la destruction du catharisme, en Aquitaine, où toute une culture est saccagée par les armées du Nord de la France ; elle va s'intensifier au xiiie s.

Rayonnement et contradictions (xiiie s.)

La chrétienté est apparemment en ordre, fermement contrôlée par la papauté qu'aident les conciles qu'elle convoque : celui du Latran, en 1215, est un des plus importants. Elle est contrôlée aussi par des rois tout imprégnés de morale chrétienne et respectueux du droit ecclésiastique. À aucun autre moment de son histoire le christianisme n'a été aussi triomphant.

Le dialogue avec les musulmans

Cependant l'obstacle musulman n'a pu être éradiqué. Il vaut donc mieux apprendre la langue et la culture de ces hommes apparemment décidés à ne pas changer de religion, établir chez eux des missionnaires, initiés à l'arabe et capables de discuter de problèmes théologiques, que poursuivre la politique de l'affrontement. L'esprit de croisade va disparaître. Louis IX, mort en 1270 devant Tunis, est l'un des derniers princes d'Occident à s'être réellement consacré à la croisade. Dans ce même siècle, un autre souverain, l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, filleul du pape Innocent III, qui l'a couronné de sa propre initiative, ose montrer l'intérêt qu'il porte à l'islam, voire son amitié pour les musulmans. Il négocie avec eux et obtient leur autorisation pour rétablir le pèlerinage à Jérusalem. Cette attitude est jugée intolérable par Rome : Frédéric II est excommunié et déposé. Après les rois normands de Sicile au xiie s., avant Charles IV de Bohême au xive s., Frédéric II est cependant le souverain occidental qui a le plus fait pour la compréhension mutuelle des sociétés méditerranéennes. Les commerçants italiens, du reste, n'ont pas attendu le xiie ou le xiiie s. pour entretenir des relations régulières avec l'Afrique du Nord et l'Orient musulman.

Les Mongols et les Éthiopiens

Puisqu'il est impossible de vaincre les musulmans, on projette de les contourner pour gagner l'Orient fabuleux. Or l'horizon semble s'ouvrir avec l'expansion foudroyante des Mongols : ils ne pratiquent officiellement aucune des grandes religions. Le rêve prend forme de les convertir au christianisme romain. On leur envoie missionnaires après missionnaires. Les Mongols, en majorité, choisissent l'islam. La percée espérée n'est pas accomplie. L'expansion ottomane, aux xive et xve s., referme la lucarne occidentale ouverte sur l'Asie.

Dès le xiiie s., mais surtout au xive s., la papauté et bon nombre de clercs occidentaux ont commencé à entrevoir l'espoir de réaliser avec des peuples africains, notamment avec les Éthiopiens, longtemps ignorés, voire méprisés, l'idéale alliance de revers contre les musulmans. La papauté, au concile de Florence, au début du xve s., a même cru que les Éthiopiens rejoindraient l'Église romaine.

La papauté contre l'Empire

Cette papauté a pris des dimensions nouvelles. En 1059, un décret réserve aux seuls clercs l'élection pontificale. La papauté se lance dans une politique de réforme de l'Église, largement soutenue par les moines et certains laïcs. Mais elle rencontre l'hostilité des empereurs, peu soucieux d'abandonner les prérogatives que leur assure le contrôle des nominations épiscopales. Le conflit avec l'Empire prend par moments un tour très violent ; c'est une véritable guerre où s'affrontent, en Italie, partisans de l'empereur et partisans du pape. À la fin du xiie s., l'élection d'un pape très actif, Innocent III (1198-1216), apaise pour un temps ce conflit. Innocent III donne au pouvoir pontifical un droit de regard sur le clergé dans tous les royaumes occidentaux. Ses successeurs tentent de suivre son exemple. La papauté est sereine : jusqu'en 1293, il n'y a plus d'empereur. Mais un nouveau danger surgit devant les prétentions pontificales : le roi de France, Philippe IV le Bel, n'hésite pas, avec l'aide de ses légistes, à s'en prendre aux excès de pouvoir pontificaux et à faire insulter le pape Boniface VIII par ses envoyés. Lorsque s'ouvre le xive s., la situation pontificale est beaucoup moins brillante.

L'art gothique

Dans ce climat s'épanouit en Europe un art dont le style rompt avec la sobriété de l'art roman : le gothique. Loin des techniques romanes savamment improvisées, le gothique est avant tout un art de la prouesse architecturale. La richesse de l'Italie et celle de la Flandre favorisent la naissance d'un art également religieux, et cependant plus largement sculptural et pictural qu'architectural : le gothique y est déjà dépassé par des formes artistiques superbes, inspirées de principes esthétiques que le reste de l'Europe ne découvrira que plus tard.

L'enseignement théologique

Le foisonnement des richesses, la mobilité des jeunes Européens, la multiplication des hérésies, le désir de mieux contrôler le clergé et la chrétienté conduisent à supprimer les échelons les plus élevés de la formation intellectuelle, donc religieuse, dans les écoles épiscopales. Les universités sont créées aux xiie et xiiie s.. Les étudiants disposent d'une certaine liberté pour choisir leurs maîtres et se déplacer d'un pays à un autre, mais l'observance de l'orthodoxie est mieux assurée dans les universités qu'ailleurs. La théologie demeure la science supérieure à toute autre. À Paris, des textes d'Aristote, inconnus auparavant et rendus accessibles grâce à des traductions de l'arabe au latin effectuées en Espagne, suscitent des discussions théologiques approfondies. L'audace de certains théologiens inquiète Rome, qui décide de sanctionner leur enseignement ; cependant, ces discussions sont à l'origine d'un corpus théologique que l'Église catholique reconnaîtra comme fondement de la théologie : la Somme contre les gentils et la Somme théologique, de saint Thomas d'Aquin.

Franciscains et Dominicains

Le débat sur la richesse a atteint presque toutes les couches de la société. La monétisation croissante fait que les pouvoirs laïcs ou religieux ne peuvent plus se contenter des revenus de leurs domaines ruraux pour faire face à de fortes dépenses annuelles. L'Église ne peut rester en dehors de ce courant général, qui remplace l'ancienne richesse foncière par celle des monnaies et du capital. Après la floraison des hérésies, condamnées mais qui ont reflété la persistance d'un idéal de vie pauvre, la papauté cherche un compromis. Deux nouveaux ordres naissent, urbains et non plus ruraux, voués à mendier pour vivre, à qui la possession de terres à titre individuel demeure interdite. Saint François d'Assise restera fidèle à cette ligne de conduite, et ses disciples, les Franciscains, font vu de se consacrer à la prière et à la prédication. Saint Dominique, un Espagnol, oriente très tôt son ordre vers la mission, l'étude et l'observance de l'orthodoxie. Les Dominicains jouent un rôle majeur dans les universités, mais aussi dans l'Inquisition réorganisée. L'idéal de pauvreté va disparaître, comme l'esprit de croisade, au xive s., enseveli par l'évolution rapide de l'Occident vers le capitalisme.

Le déchirement des xive et xve s.

L'Europe entre, après 1315, dans une étape très périlleuse de son histoire. Elle sombre dans les crises, les contradictions, les drames. Un conflit domine les autres, le long affrontement franco-anglais, qui laisse peu de royaumes hors de cause, qui ruine l'économie rurale française, le commerce continental et détruit politiquement l'unité de l'Église. La papauté, les clercs et les moines sont étroitement impliqués dans le conflit qui oppose les familles régnantes.

La papauté à Avignon

En 1309, fuyant Rome et les pressions qu'exerçaient les grandes familles sur l'élection pontificale, la papauté s'était installée en Avignon, où elle va rester jusqu'en 1377. Des papes français succèdent aux papes italiens. La fiscalité avignonnaise est lourde : elle va fournir de nouvelles raisons de dénoncer l'avidité des financiers pontificaux. Comme, au même moment, la guerre coûte cher à chaque roi, donc au peuple qu'il gouverne, la lutte pour trouver de l'argent, rare dans un contexte où l'appauvrissement populaire s'aggrave vite, crée des tensions énormes.

Des papes rivaux

La mort frappe, aveuglément et très massivement, riches, puissants et pauvres : pendant la seconde moitié du xive s., les vagues de peste font perdre à l'Europe au moins un tiers de sa population. Les croyances chrétiennes sont remises en cause ; chacun recherche la protection contre la mort ; formules magiques et confréries placées sous la protection d'un saint réapparaissent comme dix siècles plus tôt.

Sur ce fond de catastrophe et de pessimisme, les rois et les empereurs accordent ou n'accordent pas leur reconnaissance au pape régnant. La « soustraction d'obédience » divise l'Europe. Le roi de France est en général fidèle aux papes avignonnais ; de ce fait, le roi d'Angleterre et l'empereur leur refusent leur confiance. Le retour à Rome de la papauté en 1377 ne change rien. Les critiques sont si fortes contre l'omnipotence pontificale qu'après 1378 s'ouvre une période de quarante ans durant laquelle l'incohérence est totale. Deux papes, parfois trois, élus par des factions rivales, ne parviennent pas à se faire reconnaître. Les juristes de chaque pays tentent de trouver des solutions à cette cassure entre chrétiens. Un accord se dégage au début du xve s. : confier à un concile général un pouvoir supérieur à celui du pape, mettre fin au schisme et réformer l'Église de fond en comble.

Une papauté sans influence

Un premier grand concile, à Constance en 1414, aboutit en 1417 à l'élection d'un pape unique : Martin V. Jusqu'en 1431, ce dernier ne fera qu'aggraver les défauts de la gestion pontificale. Le résultat le plus spectaculaire du concile est la mise à mort par le feu du Tchèque Jean Hus, accusé d'hérésie : un peuple entier s'est reconnu dans un religieux qui ose affronter Rome. En 1434, aucun des problèmes n'ayant été résolu, Bâle reçoit un autre concile, qui va s'effilocher de session en session, puis se déplacer en 1449 à Florence, où une illusoire union des Églises semble pendant un bref moment rendre à la papauté la direction de l'Occident. En fait, les problèmes subsistent : les rois continuent à favoriser la naissance de clergés « nationaux » qui leur obéissent, et Rome est aux mains de familles riches et avides de pouvoir et de richesses, à l'exception de quelques grandes figures pontificales comme l'érudit Pie II, intègre et mécène. L'Occident chrétien se transforme en une mosaïque de royaumes chrétiens rivaux qui n'accordent plus aucun pouvoir d'arbitrage au chef de l'Église.

Un avenir incertain

À l'extérieur, les espérances du xiiie s. ont disparu : ni les Mongols, ni les Turcs, ni les Éthiopiens, ni les musulmans, ni l'ensemble des Slaves ne sont entrés dans l'obédience romaine. Après 1453, un péril majeur surgit au cœur de l'Europe centrale, celui de l'expansion ottomane. Même contre ce péril, Rome n'arrivera pas à mobiliser l'Occident, qui est entré dans une nouvelle période de son histoire.