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les moulins de Kinderdijk-Elshout

Moulins en Hollande
Moulins en Hollande

Site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

LES MOULINS À VENT

Dans la province de Zuid-Holland, à proximité de Rotterdam et au confluent des rivières Leck et Noord, le site de Kinderdijk-Elshout rassemble dix-neuf moulins à vent de drainage.

Ce site est représentatif de la zone des tourbières de Hollande, progressivement transformées en polders par l'homme. Aujourd'hui, les plus anciennes terres drainées forment le « cœur vert » de la Hollande, à proximité immédiate de fortes concentrations urbaines. C'est aussi le lieu géographique de la naissance des « Pays-Bas » et d'une branche originale de la civilisation européenne.

Les tourbières de Hollande se sont développées sur les sables du pléistocène, grâce aux eaux douces apportées par les pluies, les différents bras du delta du Rhin, et sont retenues par le cordon des dunes littorales. Initialement, de nombreuses rivières et des ruisseaux assuraient naturellement le drainage des terrains qui, pour la plupart, émergeaient au-dessus du niveau moyen des eaux.

Les établissements humains de l'époque médiévale ont apporté les premiers travaux agricoles et les premiers drainages artificiels visant à améliorer l'évacuation des eaux vers les rivières. Ces éléments de l'activité humaine ont enclenché un processus de bio-oxydation des sols, responsable d'un lent affaissement du niveau d'ensemble des terres. Parallèlement, à partir du xiiie s., une tendance au relèvement du niveau des rivières s'est manifestée. Ces deux phénomènes multiséculaires constituent une donnée matérielle de long terme, toujours en vigueur, sur laquelle est fondée une gestion de l'eau à grande échelle propre au peuple néerlandais.

Dans la seconde partie du Moyen Âge, on éprouva le besoin d'entourer les terres les plus exposées de digues pour les protéger des hautes eaux. Cela nécessita un drainage systématique des surfaces intérieures, ainsi qu'une gestion des déversoirs, en fonction du niveau des rivières, variable suivant la marée.

Cette période s'accompagna d'une phase de peuplement et de développement agricole de la Hollande et d'Utrecht. Les différents éléments du paysage hollandais se mirent alors en place : implantation de l'habitat sur les berges principales, structuration de grands ensembles de terres agricoles en longues bandes étroites séparées par les fossés collecteurs d'eau, construction de grands canaux de drainage. Le paysage rural d'aujourd'hui garde toujours ces éléments caractéristiques.

La création de ces grands ensembles hydrauliques eut d'importantes conséquences sociales, par la mise en place d'une organisation originale de la gestion de l'eau : les « districts de l'eau ». Dès leur création médiévale, ils impliquèrent une responsabilité technique collective, des charges électives à l'échelle du polder, la collecte d'un impôt sur l'eau, des pouvoirs judiciaires. Contemporains des premières chartes municipales, ils étaient autorisés et souvent suscités par les grands princes. Ils forment l'une des racines les plus fortes des principes démocratiques aux Pays-Bas.

Les travaux de rectification de la rivière d'Alblas et la mise en place du district d'Alblasserwaard s'effectuèrent dans la moitié du xiiie s. Un siècle plus tard (1365-1369), sous l'impulsion du prince Albrecht de Bavière, deux grands canaux collecteurs furent réalisés, dont l'un de 17 km, afin d'augmenter capacités de drainage et pour conduire les eaux en direction du point le plus bas, à Kinderdijk. Ils entraînèrent une extension des polders et une réorganisation en deux districts : Nederwaard au sud et Overwaard au nord.

Les districts de l'eau s'inscrivent dans la longue durée de l'histoire sociale des Pays-Bas, comme dans celle de l'histoire des techniques hydrauliques. Juridiquement adaptés au cadre contemporain (Constitution de 1887, Acte sur la gestion des eaux de 1900), ils assurent toujours la maîtrise technique de l'hydraulique du pays. Ils ont été récemment regroupés en districts plus larges et coordonnés par le programme national de relèvement des grandes digues.

Le « Hoogheemraadschap van de Alblasserwaard en de Vijfheerenlanden » correspond à la réunion des deux districts précédents. Il poursuit les tâches ancestrales du drainage, des digues et de la surveillance du niveau des eaux. Il constitue en outre un acteur essentiel de la politique de préservation et de conservation du site.

Durant la période qui va de la seconde moitié du xive s. au début du xviiie s., le drainage fut renforcé par l'introduction moulins de polder, afin d'évacuer l'eau au moyen de canaux et de réservoirs surélevés. Toutefois, les inondations de 1716 montrèrent une détérioration générale de la situation, nécessitant une nouvelle conception hydraulique sur trois niveaux. Deux ensembles de huit moulins « de tête » furent alors construits, un par canal, en 1738 pour Nederwaard et en 1740 pour Overwaard. Ces groupes de moulins de drainage travaillent en étroite coordination pour déverser les eaux des grands canaux, devenus des « réservoirs bas » (Age boezem), dans les réservoirs terminaux surélevés (Hoge boezem). Cela permit de remonter le seuil des déversoirs de 1,40 m. Le groupe des huit moulins de tête d'Overwaard recevait au xviiie s. les eaux du drainage de 13 000 hectares de terres, déversées dans le « réservoir bas » du canal par 43 moulins de polder.

Les moulins à vent du site de Kinderdijk-Elshout sont restés en état d'activité jusqu'à une période récente (1950). Ils avaient toutefois été complétés, puis remplacés par des techniques de pompage nouvelles : station à vapeur de Wisboom (1868), puis stations diesel et électrique à partir de 1924. Durant cette période, l'ensemble des moulins à vent de drainage évolua un système vers un système de pompage auxiliaire, puis de dépannage de plus en plus exceptionnel, comme ce fut le cas durant la Seconde Guerre mondiale. Bien qu'aujourd'hui la conservation des moulins soit essentiellement à but patrimonial et touristique, les « moulins de tête » de Kinderdijk pourraient, si besoin était, assurer un service hydraulique réel.