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Jugement dernier

À l'instar de la tradition égyptienne du tribunal divin où siège Osiris, comme de toutes les religions anciennes, le Jugement dernier représente dans la symbolique chrétienne le tribunal de Dieu devant lequel les hommes doivent être convoqués à la fin des temps pour répondre de leur existence.

Selon les conceptions les plus anciennes, le jugement revient à celui qui a le pouvoir de légiférer et de commander.

Les religions monothéistes

Dans l'univers biblique, les juges terrestres, rois ou prêtres, ne sont que les représentants plus ou moins fidèles de Yahvé, l'unique et souverain juge. Mais la confrontation de la loi biblique et de l'histoire met en évidence les avatars de « l'Alliance ».

Le judaïsme

Les multiples péripéties de l'histoire du peuple « élu » peuvent être comprises comme autant de sanctions de sa fidélité ou de ses trahisons. Bien que ses infidélités soient châtiées, s'affirme la conviction que Yahvé ne veut pas la mort de son peuple « à la nuque raide » mais que, « tendre et compatissant », il désire au contraire la vie de ses fidèles. D'un autre côté, la tournure des événements qui frappent le peuple d'Israël, à la veille de notre ère, favorise le développement de courants apocalyptiques, annonçant l'imminente venue du « dernier jour ». Les événements passés et présents de l'histoire sont autant de phases du gigantesque combat qui oppose, depuis la chute originelle, Dieu et ses fidèles aux forces des ténèbres. Parallèlement à cette attente de la fin de l'histoire qui doit faire apparaître le triomphe de Dieu et de ses fils de lumière, naît une autre conception du jugement qui fait une plus grande place à la dimension personnelle de la fidélité au Dieu vivant.

Le christianisme

Le Nouveau Testament a exprimé ces deux courants, temporel et atemporel. Les paraboles du Jugement dernier, cependant, ne favorisent pas tant l'imagerie apocalyptique du dernier jour que l'urgence de la conversion à la Parole de vie annoncée par Jésus. Cette accentuation de la personnalisation des rapports entre les hommes et Dieu conduit même l'apôtre Jean à affirmer que la venue de Jésus inaugure l'ère du jugement des derniers temps. À côté de l'opinion traditionnelle concernant le jugement prononcé par le « Fils de l'homme » au dernier jour, lors de la résurrection des morts, Jean affirme que le jugement a déjà lieu : celui qui ne croit pas se condamne. Le Christ n'est pas venu pour juger le monde, mais pour inaugurer l'ère du présent et donner la vie à ceux qui marchaient jusqu'alors dans les ténèbres. C'est pourquoi celui qui se détourne de la voie que Jésus a ouverte se ferme lui-même le chemin de la vie. En ce sens, la grande fresque du Jugement dernier présentée par Matthieu l'Évangéliste fait écho à cette vérité évangélique selon laquelle celui qui refuse d'observer l'unique commandement de Jésus, celui de l'amour réel pour les autres, s'écarte du Christ, qui, en donnant sa vie pour l'amour de ses frères, a pu s'annoncer comme étant le Sauveur.

Le Jugement dernier dans l'histoire de l'art

Le thème du Jugement dernier, qui inspire dès le viie s. les artistes byzantins (mosaïques de Ravenne), a constitué l'un des sujets favoris traités par les sculpteurs de l'époque romane (églises de Vézelay, Beaulieu, Autun, Moissac, etc.). Il se prête, en effet, remarquablement à l'équilibre ornemental du tympan des églises : le personnage central, le Christ en majesté siégeant dans une gloire (la mandorle), est entouré des évangélistes ou de leurs attributs symboliques ; à gauche, un ange pèse les âmes et précipite les réprouvés en enfer ; à droite, les élus s'acheminent vers le paradis. L'échelle de représentation des personnages respecte une hiérarchie selon laquelle le Christ domine les apôtres et les anges, qui dominent eux-mêmes les hommes. Le thème du Jugement dernier orne également le tympan des grandes cathédrales gothiques (Paris, Chartres, Bourges, etc.).

En Italie, le thème est illustré par les grands peintres des xiiie et xive s., Giotto (revers du portail de la chapelle de l'Arena à Padoue), Nicola Pisano (vers 1220-1287 [chaire du baptistère de Pise]) et Fra Angelico (couvent San Marco à Florence). Le Jugement dernier a également inspiré les maîtres flamands, Van Eyck, Lucas de Leyde (vers 1489-1533), Memling ou Van der Weyden (retable de l'hospice de Beaune). Ceux de Signorelli (fresques de la cathédrale d'Orvieto) et du Tintoret (Madonna dell'Orto à Venise) demeurent célèbres, mais c'est Michel-Ange qui, dans le chœur de la chapelle Sixtine, interprétera le plus magistralement le thème du Jugement dernier, introduisant ce mouvement de tourbillon, de télescopage vertigineux, qui servira de modèle aux peintres baroques et que l'on retrouve notamment dans le Jugement dernier de Rubens.