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Japon : religions du Japon

Prêtre shintoïste
Prêtre shintoïste

1. Les religions du Japon

Le rétablissement de la liberté religieuse en décembre 1945 a eu pour effet l'émergence de nombreuses « nouvelles religions » jusque dans les années 1980. Ensuite des mouvements religieux qualifiés par les japonais de « néo-nouvelles religions » se sont créés, où rituels et pratiques magiques se mêlent pour favoriser le progrès spirituel en même temps que la réussite personnelle. Avec parfois des dérives mortifères, comme les attentats au gaz sarin, perpétrés en mars 1995 dans le métro de Tokyo par les adeptes de la secte Aum Shinrikyô.

D'autres mouvements religieux, en partie liés au mouvement New Âge, sont peu institutionnalisés. Cependant les sanctuaires shinto restent très fréquentés, dans le cadre des quartiers, tandis que les rites bouddhistes concernent majoritairement les rites funéraires.

2. Les pratiques religieuses

2.1. La religiosité

Plus qu'une religion, la religiosité japonaise est une recherche de l'harmonie avec le cosmos et les forces naturelles qui l'incarnent. À l'inverse de l'exclusivisme des religions révélées, l'attitude japonaise se caractérise par un syncrétisme qui permet à un même individu d'assumer simultanément des traditions shintoïstes, bouddhistes, taoïstes et confucianistes.

Les rites relatifs à la vie – naissance, mariage – relèvent plutôt du shinto, et ceux relatifs à la mort du bouddhisme. En outre, nombre de jeunes Japonais, même sans être chrétiens, ne dédaignent pas de se marier devant un prêtre, ce qui réintègre, en termes rituels, la composante occidentale dans la tradition japonaise. Toutefois, il ne faut pas en conclure que les Japonais sont indifférents à la religion. L'observance des pratiques traditionnelles témoigne du contraire, comme la vitalité des nouvelles religions, notamment le foisonnement des sectes depuis les années 1970, qu'il s'agisse de la plus importante, la Soka Gakkai, d'origine bouddhiste (fondée en 1951), ou de communautés religieuses locales.

Au-delà des statistiques, qui montrent que le Japonais moyen a au moins deux religions, ce syncrétisme révèle un primat donné à l'immanence (par contraste avec la transcendance des religions du Livre), qui en dernier ressort renvoie à l'animisme du shinto. Celui-ci, plutôt qu'une religion au sens strict, est une expression de l'ethnicité et de l'autochtonie des Japonais, c'est-à-dire de l'enracinement de leur société dans son milieu naturel. C'est à ce titre que le shinto a pu être rattaché à la mythologie de la maison impériale et, avant la guerre, être proclamé religion nationale au détriment du bouddhisme. Celui-ci est au contraire une religion au sens plein, avec des écrits sacrés, un clergé et une vocation universaliste. Cependant, au cours de l'histoire, de multiples influences ont peu à peu infiltré le bouddhisme d'éléments shintoïstes, et réciproquement ; il en fut de même du taoïsme.

Le panthéon, les rites, les croyances populaires tiennent largement des trois religions. Par ailleurs, le confucianisme, qui dans son principe est une idéologie organisatrice de l'ordre social plutôt qu'une religion, fut l'une des composantes du bushido (« voie du guerrier ») avec le bouddhisme zen. Le confucianisme est devenu la base de la discipline collective régissant les rapports à l'intérieur du groupe (famille, clan, entreprise), alors que le zen sert de support à la discipline individuelle. Le principe de la piété filiale, qui dans le confucianisme chinois avait même valeur que celui de la loyauté envers le suzerain, lui a été, au Japon, subordonné : le suzerain – l'entreprise à l'époque contemporaine – prime la famille, ce qui a permis sous Meiji d'en faire un élément contribuant au culte shintoïste de l'empereur.

Ce syncrétisme fait qu'il est difficile, malgré la Constitution de 1946, de parler d'une véritable séparation du religieux et du politique au Japon, comme l'ont montré les rites des funérailles de l'empereur Hirohito en 1989.

2.2. Les fêtes traditionnelles

Les fêtes et les traditions témoignent du même syncrétisme qui a imprégné les croyances populaires d'éléments de provenances diverses. Le calendrier agricole traditionnel, centré sur la riziculture, a pour moments forts le temps des labours et des semailles (printemps) et le temps des récoltes (automne). À ces repères se sont combinés ceux du calendrier luni-solaire, d'origine chinoise, lequel divise l'année en douze mois et en 24 souffles (ki), dont les repères initiaux sont ceux du climat de la Chine du Nord ; ils ne correspondent qu'imparfaitement à celui du Japon.

D'autres repères ont été introduits par le bouddhisme: la fête des morts, par exemple, qui a lieu aux environs du 15e jour du 7e mois lunaire (vers la mi-août du calendrier grégorien, aujourd'hui en vigueur), porte un nom d'origine bouddhique: bon ; et des éléments chinois (culte des ancêtres) et autochtones s'y sont mêlés. L'esprit ancestral a été assimilé au dieu de la Rizière et à celui du Nouvel An (shogatsu), ce qui a fait de la période du bon une césure fondamentale de l'année agraire.

Ces multiples influences font que l'année japonaise est riche en fêtes (matsuri), dont beaucoup sont spectaculaires. Ainsi, la fête de Tanabata (7e jour du 7e mois, soit mi-août) à Sendai, où les rues marchandes sont décorées de guirlandes de papier, et qui est devenue l'une des attractions du tourisme estival (à l'origine, on trouve une légende contant la rencontre d'Altaïr et de Véga). À la fête des petits garçons, en mai, l'on hisse au vent des bannières en forme de carpes (koinobori). La cérémonie du passage à l'âge adulte (seijin shiki), le 15 janvier, est l'occasion pour les jeunes filles de revêtir de superbes kimonos, qu'autrement elles ne porteraient jamais. Beaucoup de fêtes, qui, sous l'effet des transformations sociales de l'après-guerre, tombaient en désuétude, ont été ranimées à partir des années 1970, dans un esprit certes ludique et mercantile, mais aussi dans une volonté de retrouver l'identité japonaise après le choc de la défaite de 1945 et l'américanisation forcée qui s'ensuivit.

3. Aperçu historique

3.1. Le shintoisme

Le terme de shintô ne servit à désigner la vieille religion animiste japonaise que du jour où elle se vit concurrencée par le bouddhisme, introduit vers le milieu du vie s. de notre ère. Dans le shintô, les dieux sont la personnification des forces naturelles : le Soleil (Amaterasu), la Tempête (Susanoo), la Lune (Tsukiyomi), etc. Les esprits des ancêtres sont également considérés comme des dieux (kami).

Les cérémonies shintoïques primitives ont consisté surtout en ablutions et en purifications. À partir du vie s., les contacts entre le shintoïsme et le bouddhisme modifient profondément les deux religions : les bouddhistes annexent à leur panthéon les divinités shintoïstes et considèrent les pratiques rituelles du shintô comme des moyens possibles d'atteindre l'illumination. Certains philosophes ont soutenu que les deux religions n'étaient que des façons différentes d'exprimer une même vérité : ce syncrétisme est connu sous le nom de tyôbu-shintô. Ce n'est qu'au xviie s. que de nouvelles sectes shintoïstes déclarent refuser toute compromission avec une religion étrangère.

En 1868, le gouvernement de Meiji, désirant renforcer les liens de l'empereur avec son peuple, sépare officiellement le shintô des autres cultes, faisant de celui-ci une sorte de religion d'État : le kokka shintô, ou shintô impérial, caractérisé par l'adoration de l'empereur-dieu et par l'affirmation de la grandeur de la race japonaise. Après le désastre de 1945, la doctrine du shintô national est abandonnée et le peuple retourne à ses croyances traditionnelles au sein des sectes. C'est cet ensemble de sectes qui constitue actuellement l'essentiel du shintô.

3.2. Le bouddhisme japonais

3.2.1. Originalité du bouddhisme japonais

Le bouddhisme japonais diffère assez fortement des formes de bouddhisme élaborées sur le continent asiatique, tant dans ses conceptions de la philosophie que dans la représentation qu'il donne des divinités et des « forces »vénérées par ses nombreuses sectes et écoles. Elles attribuent aux images traditionnelles venues de l'Inde par le truchement de l'Asie centrale, de la Chine et de la Corée des valeurs différentes de celles qu'elles avaient à l'origine. Confronté à un autre peuple et à un autre folklore le bouddhisme prend au Japon des formes tout à fait particulières. La plupart des formes des diverses divinités du bouddhisme japonais se trouvent représentées sur des mandala (en japonais mandara).

3.2.2. Développement du bouddhisme japonais

Introduit vers le milieu du vie s. depuis la Corée, le bouddhisme a d'abord suscité d'âpres luttes avec les adeptes des cultes shintô, avant de se développer en 6 sectes, au viiie s., dont les doctrines n'étaient connues que dans un cercle restreint de moines et d'aristocrates.

Entre le ixe s. et le xiie s. des efforts sont faits pour rendre le bouddhisme accessible et praticable par tous. Cependant de nouvelles sectes continuèrent à se créer jusqu'à la fin du xive s., privilégiant soit l'étude des textes soit la méditation soit l'adoration et la répétition du nom de Bouddha.

Les siècles suivants n'ont pas connu de développements intellectuels comparables et le bouddhisme a alors surtout joué un rôle social : tenue des registres de population, oeuvres pieuses et vie monastique dans les temples.

La séparation opérée à l'ère Meiji entre le shinto d'État et le bouddhisme poussa ce dernier à prendre ses distances à l'égard des cultes populaires.