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Israël : histoire

Israël et les territoires occupés
Israël et les territoires occupés

1. L'évolution de la vie politique

1.1. Les fondements de l'État d'Israël

Le 14 mai 1948, conformément à la résolution de l'assemblée générale de l'ONU en date du 29 novembre 1947, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'État d'Israël (« Medinat Israel ») et devient Premier ministre. Le nouvel État doit immédiatement faire face à l'offensive de cinq armées arabes (Égypte, Transjordanie, Iraq, Syrie, Liban) qui viennent prêter main-forte aux Arabes de Palestine, militairement défaits. La guerre s'achève par la victoire d'Israël, mais engendre un nouveau problème humanitaire et politique, celui des réfugiés palestiniens.

Si l'année 1948 marque l'accession à la souveraineté d'un nouvel État, elle constitue à bien des égards la consécration d'une réalité sociopolitique qui a pris progressivement corps dans la première moitié du siècle. Les pionniers juifs qui arrivent de Russie dès 1904 jettent en effet les premières bases d'une société juive indépendante (villages coopératifs, partis politiques, union agricole, organisation paramilitaire d'autodéfense). Ces débuts modestes connaissent d'importants développements après l'instauration du mandat britannique sur la Palestine en 1920.

Pour en savoir plus, voir l'article Palestine.

Le rôle de la Histadrout

La Histadrout (Fédération générale des travailleurs d'Eretz Israel) est, dès le départ, bien plus qu'un simple syndicat : elle agit aussi comme entrepreneur (coopératives, entreprises, kibboutzim, mochavim), pourvoyeur de soins (par l'intermédiaire de la Koupat Holim, Caisse d'assurance maladie) et « agence culturelle » (gestion jusqu'en 1951 des écoles du courant ouvrier, d'associations sportives et culturelles, de maisons d'édition, de journaux…). Elle contrôle également à l'origine la Haganah, l'embryon d'armée juive, qui s'étoffera progressivement jusqu'à rassembler 45 000 hommes en 1947.

L'Agence juive

Si la Histadrout est le véritable instrument de consolidation du sionisme, la communauté juive de Palestine (yichouv) dispose également de véritables organismes « paragouvernementaux ». Le plus important est l'Agence juive qui, dirigée par Ben Gourion à partir de 1935, fonctionne comme le gouvernement officieux des Juifs de Palestine et de la diaspora qui se reconnaissent dans le projet sioniste.

L'Assemblée des élus et le Conseil national

Deux autres instances spécialisées représentent les seuls Juifs de Palestine : l'Assemblée des élus (Asefat ha-Nivharim) et le Conseil national (Vaad Leoumi). La première est un « Parlement des Juifs de Palestine », qui préfigure la Knesset, et permet d'organiser la vie politique naissante autour de quatre courants : le bloc socialiste, qui voit régulièrement croître son audience, les sionistes généraux (libéraux centristes), les révisionnistes (droite conservatrice), les sionistes religieux. Quant au Conseil national, émanant de l'Assemblée des élus, il constitue un organe essentiellement administratif s'occupant de l'acquisition des terres, de l'éducation, de la santé, des affaires sociales…

La prééminence du sionisme socialiste

Toute cette infrastructure institutionnelle encadre une communauté juive qui s'est renforcée démographiquement durant l'entre-deux-guerres du fait de l'immigration, passant de 56 000 en 1918 à 550 000 en 1945 (durant la même période, la population arabe passe de 600 000 à 1,2 million).

La déclaration d'indépendance en 1948 marque un tournant, mais, à bien des égards, elle constitue aussi l'aboutissement de l'entreprise de consolidation nationale menée depuis un demi-siècle. Les représentants du sionisme socialiste, qui dominent l'appareil du mouvement sioniste et les institutions du yichouv depuis les années 1930, vont conserver cette suprématie jusqu'aux élections de mai 1977 – où, pour la première fois, l'opposition de droite accède au pouvoir.

1.2. La domination de la gauche travailliste (1948-1977)

L'ère Ben Gourion (1948-1963)

Cette longue période est d'abord marquée, de 1948 à 1963, par l'« ère de Ben Gourion », dont le parti Mapai (travailliste) rassemble en moyenne 35 % des voix. Toutefois, bien que dominant, le « parti des travailleurs d'Eretz Israel » est obligé de s'allier à d'autres formations pour constituer une majorité gouvernementale. Ce recours aux coalitions est lié au mode de scrutin. Les 120 députés de la Knesset sont en effet élus tous les quatre ans, par listes, à la proportionnelle intégrale (pour être représenté, il suffit d'obtenir 1,5 % des suffrages exprimés). Aucun parti n'est donc en mesure de bénéficier à lui seul de la majorité des sièges et, pour former le gouvernement – auquel appartient le véritable pouvoir exécutif –, les alliances politiques s'avèrent indispensables.

Jusqu'en 1955, le Mapai s'est appuyé sur les sionistes généraux et les partis religieux (dont les exigences seront à l'origine de nombreuses crises gouvernementales). Par la suite, il entrera dans une alliance de plus en plus étroite avec les autres formations de gauche, Ahdout ha-Avodah (centré autour de la fédération de kibboutzim ha-Kibboutz ha-Mehouhad) et Mapam (formation marxisante centrée autour d'une autre fédération de kibboutzim, ha-Kibboutz ha-Artzi).

À l'intérieur de son parti, Ben Gourion, qui n'accepte pas facilement d'être contesté, doit faire face à des divergences d'opinion avec son ministre des Affaires étrangères, Moshe Sharett, favorable à une attitude plus modérée vis-à-vis des pays arabes. Cela le conduit à une première retraite politique (décembre 1953-février 1955) au cours de laquelle il ne cesse de réclamer une politique plus offensive envers l'Égypte nassérienne qui se fait le héraut du nationalisme arabe. La détérioration du climat politique en Israël, consécutive à « l'affaire Lavon » (du nom du ministre de la Défense israélien compromis dans une série d'attentats anti-américains commis en Égypte dans le but de provoquer une crise entre Washington et Le Caire), favorise son retour au pouvoir et lui permet de lancer, en coopération avec la France et la Grande-Bretagne, la campagne de Suez contre l'Égypte (→ canal de Suez, octobre 1956).

De nouveaux rebondissements dans l'affaire Lavon, à partir de 1960, conduisent finalement Ben Gourion à la démission (juin 1963). Sa tentative pour se doter d'une nouvelle base politique – il constitue en 1965 un nouveau groupement, le Rafi, avec de jeunes partisans comme Moshe Dayan et Shimon Peres – sera un échec. En 1968, le Rafi rejoint Ahdout ha-Avodah et le Mapai pour constituer le parti travailliste israélien (PTI).

Levi Eshkol (1963-1969) et Golda Meir (1969-1974)

Le successeur de Ben Gourion, Levi Eshkol, n'infléchit guère la ligne politique générale. La montée de la tension régionale en mai 1967 le pousse à nommer le général M. Dayan ministre de la Défense et à former un gouvernement d'union nationale où siège, pour la première fois, Menahem Begin, le leader du Gahal, un bloc de droite regroupant la droite conservatrice (Herout) et le parti libéral.

Ce gouvernement bipartisan continuera à fonctionner jusqu'à l'été 1970 sous la direction de Golda Meir, nommée Premier ministre à la mort de L. Eshkol (février 1969). Celle-ci maintient difficilement l'unité du parti travailliste, traversé par des luttes sévères entre Yigal Allon et Abba Ebban d'un côté, Shimon Peres et Moshe Dayan de l'autre. De plus, elle doit faire face à un mécontentement grandissant des Séfarades, qui dénoncent les discriminations sociales dont ils sont l'objet.

Enfin, la guerre d'usure entre l'Égypte et Israël, le long du canal de Suez, entretient une tension régionale persistante qui conduit d'ailleurs à l'éclatement de la quatrième guerre israélo-arabe, en octobre 1973 (guerre du Kippour). La victoire à l'arraché obtenue par Israël engendre une grave crise de confiance qui pousse Golda Meir à démissionner en avril 1974, après des élections législatives au cours desquelles le crédit des travaillistes a été largement entamé, alors que le bloc de droite, appelé désormais Likoud, gagne du terrain.

Yitzhak Rabin (1974-1977)

Les années 1974-1977, où le Premier ministre, Yitzhak Rabin, doit faire face à une opposition de droite de plus en plus virulente (y compris dans les colonies juives de Cisjordanie), sont également marquées par une rivalité grandissante entre celui-ci et son ministre de la Défense, S. Peres, pour le leadership du parti. Cette décomposition interne contribue à la victoire du Likoud, en mai 1977. En obtenant 43 sièges contre 32 à l'Alignement travailliste (PTI et Mapam), le Likoud de M. Begin met fin à l'hégémonie du sionisme socialiste et intègre définitivement le camp nationaliste de droite dans le jeu politique israélien.

1.3. Alternances politiques (1977-2000)

Menahem Begin (1977-1983)

Le Likoud doit avant tout son succès au « second Israël », ces couches populaires séfarades qui se considèrent comme des laissés-pour-compte de l'État travailliste. Le changement de gouvernement entraîne une série de conséquences : multiplication des implantations juives en Cisjordanie et à Gaza au nom de l'édification du « Grand Israël » (de la Méditerranée au Jourdain), libéralisation de l'économie, qui accroît la liberté de mouvement des capitaux mais produit aussi un emballement de l'inflation (160 % en 1983)… Le grand succès de l'ère Begin reste la paix avec l'Égypte (mars 1979), conclue grâce à l'entremise américaine (→ accords de Camp David) ; son échec le plus sérieux est la guerre du Liban, déclenchée en juin 1982, qui n'atteint aucun de ses objectifs (reconstruction d'un État libanais fort, marginalisation de la Syrie, élimination de l'Organisation de libération de la Palestine [OLP] comme acteur politique).

Yitzhak Shamir (1983-1992)

Lorsque M. Begin passe la main à Y. Shamir (août 1983), le pays est dans une situation assez médiocre. Isolé sur le plan diplomatique pour son engagement au Liban et son refus de dialoguer avec l'OLP, en proie à des difficultés économiques (inflation, grèves…), le gouvernement finit par tomber, mais les élections de juillet 1984, loin de dégager une majorité cohérente, donnent un poids parlementaire quasiment équivalent à la gauche et à la droite et contraignent le PTI et le Likoud à constituer un gouvernement d'union nationale. Ce dernier procède en 1985 au retrait de l'armée israélienne du Liban (à l'exception d'une zone dite de sécurité, au sud du pays) et stabilise l'économie nationale.

L'élection, en novembre 1988, d'une nouvelle chambre ingouvernable (droite : 47 députés ; gauche sioniste : 49 ; partis religieux : 18) entraîne de nouveau la formation d'un gouvernement d'union nationale, dirigé par Y. Shamir. Miné par des rivalités internes, le gouvernement se trouve rapidement paralysé, alors même qu'Israël est confronté à un soulèvement populaire de grande ampleur (Intifada) dans les territoires occupés depuis 1967 en Cisjordanie et à Gaza. Après une ultime crise, l'union nationale se brise en mars 1990, permettant à Y. Shamir de constituer une coalition de droite qui va diriger les affaires du pays jusqu'en juin 1992, date à laquelle le parti travailliste reprendra le pouvoir.

Pour en savoir plus, voir l'article Question palestinienne.

Yitzhak Rabin (1992-1995), Shimon Peres (1995-1996)

La victoire du PTI sous la conduite de Yitzhak Rabin n'est pas la réédition – inversée – du triomphe électoral du Likoud en 1977. Il s'agit en effet davantage d'un vote sanction contre le Likoud pour ses échecs internes (mauvais résultats économiques, absorption imparfaite des immigrants russes) que d'un vote d'adhésion au PTI, même si le nouveau Premier ministre, leader respecté et pragmatique, paraît plus convaincant que son adversaire. Rabin place la question de la paix au premier rang de ses priorités.

En étroite collaboration avec son ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, il imprime à la diplomatie israélienne un tournant radical en concluant avec l'ennemi d'hier, l'OLP, lors de négociations secrètes menées à Oslo, une déclaration de principes (13 septembre 1993) qui dresse les contours d'un règlement définitif du conflit israélo-palestinien (→ accords de Washington.) Cette décision courageuse suscite des critiques véhémentes de la droite et des oppositions de plus en plus vives de certains secteurs de la société israélienne (en particulier parmi les sionistes religieux). L'hostilité au gouvernement croît d'autant plus que le processus de négociations avec les Palestiniens s'accompagne d'une montée de la violence (massacre de musulmans à Hébron par un colon juif ultranationaliste, attentats suicides du mouvement islamiste Hamas).

Dans ce climat de plus en plus tendu, l'irréparable se produit : le 4 novembre 1995, Y. Rabin est assassiné à Tel-Aviv par un ultranationaliste juif. Ce meurtre, qui traumatise les Israéliens, souligne combien la fracture est profonde entre partisans et adversaires du processus de paix. L'héritier politique de Y. Rabin, S. Peres, qui le remplace comme Premier ministre, bénéficie d'un crédit politique de courte durée. En février-mars 1996, cinq attentats islamistes extrêmement meurtriers permettent à la droite, d'abord discréditée par ses outrances verbales, de retrouver une audience plus large.

Benyamin Netanyahou (1996-1999)

Après une lutte très serrée, le candidat de la droite, Benyamin Netanyahou, remporte les premières élections directes au suffrage universel en mai et devient Premier ministre. Il parvient sans mal à constituer un gouvernement avec l'appui des formations religieuses et des partis de centre droit. Tout en ne rejetant pas explicitement les accords de Washington, le nouveau Premier ministre en donne toutefois une interprétation rigide qui ralentit considérablement le rythme des négociations, alors qu'il relance parallèlement la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem.

Soumis à une forte pression américaine, il finit cependant par signer, en octobre 1998, avec Yasser Arafat un mémorandum destiné à relancer le processus de paix (accord de Wye River [ou Wye Plantation]). Abandonné progressivement par ses amis politiques, opposés aux accords, et condamné par la gauche qui lui reproche d'avoir bloqué l'application de ces derniers, B. Netanyahou ne parvient pas à s'opposer au vote du Parlement en faveur d'élections générales anticipées (fin décembre). Victime de ses contradictions, il est ainsi contraint d'écourter le terme de son mandat, prévu initialement en 2001.

Ehoud Barak (1999-2001)

Ce scrutin, organisé en mai 1999, permet le retour des travaillistes au pouvoir : Ehoud Barak est élu Premier ministre (56,1 % des suffrages), succédant à B. Netanyahou (43,9 %). Cette large victoire tend à démontrer le renforcement des idées centristes, mais le résultat des élections législatives relativise cette première impression : d'abord, la fragmentation de la Knesset, qui compte désormais quinze formations politiques ; ensuite, le renforcement des tendances centrifuges qui fissurent la société israélienne (poussée des partis religieux et de ceux qui revendiquent ouvertement la laïcité).

Au terme de longues tractations, E. Barak parvient à former un gouvernement, qui lui donne une large majorité à la Knesset ; il se caractérise notamment par la participation du Shas, le parti orthodoxe séfarade, qui obtient quatre postes ministériels. Investi officiellement le 7 juillet, E. Barak réaffirme sa détermination à mettre fin au conflit israélo-arabe. Trois principaux dossiers sont à l'ordre du jour : la reprise des négociations de paix avec les Palestiniens, la normalisation des relations israélo-syriennes et le départ des troupes israéliennes du Liban.

Les négociations avec les Palestiniens reprennent en juillet 1999 et une version révisée de l'accord de Wye River est signée à Charm el-Cheikh (Égypte), par E. Barak et Y. Arafat, le 4 septembre. Mais les hésitations des négociateurs à s'engager de façon irrévocable retardent le processus qui devrait conduire à un accord de paix définitif, accord qui se prononcera, entre autres, sur le statut des territoires palestiniens.

La normalisation des relations israélo-syriennes s'avère beaucoup plus difficile que prévu, puisque les différentes rencontres initiées en décembre 1999 se soldent par un premier constat d'échec (mars 2000). Pourtant, dans la foulée, Israël annonce unilatéralement le retrait en juillet de ses troupes du Liban-Sud, finalement exécuté en mai avec plus d'un mois d'avance sur la date préalablement fixée. En arrière-plan à ces difficiles négociations, E. Barak lutte sans relâche pour conserver une coalition gouvernementale particulièrement hétéroclite. En juin 2000, les ministres du Meretz (gauche laïque) démissionnent ; ils sont suivis en juillet par les ministres de trois autres formations.

1.4. L'échec du sommet de Camp David (2000) et le retour de la violence

Les États-Unis convoquent alors en urgence un sommet israélo-palestinien, qui a pour but d'arracher un compromis historique aux deux parties. Ehoud Barak, en grande difficulté (gouvernement désormais minoritaire, motions de censure à répétition), n'a qu'une très faible marge de manœuvre et compte sur le soutien de son peuple, tandis que Y. Arafat reste étroitement dépendant d'une direction palestinienne très divisée.

Ouverte le 11 juillet 2000 à Camp David, cette rencontre s'achève deux semaines plus tard sans l'accord escompté. Pourtant les négociations ont permis de lever certains tabous.

Pour en savoir plus, voir l'article accords de Camp David.

Jérusalem

Le plus important concerne Jérusalem. Rompant avec la ligne officielle soutenue jusqu'alors par tous les gouvernements israéliens pour lesquels Jérusalem « réunifiée » est la capitale du seul État d'Israël, E. Barak propose de concéder aux Palestiniens des espaces de souveraineté dans les quartiers arabes du secteur oriental de la ville, rattaché unilatéralement à Jérusalem-Ouest dans la foulée de la victoire militaire en juin 1967. La souveraineté israélienne serait en revanche préservée dans la dizaine de quartiers juifs (180 000 habitants) édifiés depuis 1967.

Sur le kilomètre carré de la Vieille Ville, là où se trouvent la plupart des Lieux saints (→ Haram al-charif ou esplanade des Mosquées [mont du Temple, pour les Juifs], Mur occidental ou Mur des lamentations, Saint-Sépulcre), Israël est disposé à admettre une souveraineté palestinienne dans les quartiers chrétien et musulman.

Enfin, Israël souhaite se voir reconnaître la souveraineté ultime sur le mont du Temple, même si les autorités musulmanes conservaient la gestion de fait de ce site sur lequel se dressent le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa qui font de Jérusalem la troisième ville sainte de l'islam. Ce dernier point, à forte dimension religieuse, est un élément majeur du blocage avec les Palestiniens.

Pour en savoir plus, voir l'article Jérusalem.

Les frontières

Si Jérusalem apparaît comme la pierre d'achoppement principale, les autres dossiers sont loin d'être réglés. Celui sur les frontières enregistre des avancées significatives mais la proposition de restituer aux Palestiniens 91 % de la Cisjordanie, les 9 % restants – où résident 80 % des colons juifs – étant annexés par Israël, aurait pratiquement coupé en trois leur futur État.

Les réfugiés

Finalement, la question des réfugiés (soit 3,6 millions de personnes) n'est qu'effleurée. Israël rejette toute responsabilité dans l'exode des 750 000 Palestiniens en 1948 et refuse de prendre en considération la résolution 194 de 1948, prévoyant soit le retour des réfugiés dans leurs foyers, soit le versement de compensations financières. Pour l'Organisation de la Palestine (OLP), qui a été pendant des décennies le porte-parole des réfugiés palestiniens, il est évident qu'accepter un compromis – pourtant nécessaire – sur ce dossier s'est avéré, pour l'heure, prématuré.

Bilan

Le bilan du sommet de Camp David est donc mitigé. D'un côté, E. Barak a incontestablement transformé les termes du débat intérieur en Israël. Sur Jérusalem comme sur les colonies, il a posé de nouveaux paramètres qui ne pourront être ignorés par ses successeurs. D'un autre côté, malgré ces avancées, le sommet n'a pas abouti à un accord concret et cet échec a pesé lourd par la suite pour les Palestiniens qui y ont vu l'illustration de l'impasse persistante du processus de Washington au cours duquel la colonisation juive s'est poursuivie sans relâche, rendant un compromis territorial de plus en plus difficile à mettre en œuvre.

Reprise de la violence

À l'évidence, cette réalité sur le terrain a nourri un profond ressentiment qu'un geste a suffi à faire éclater. La visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les Juifs), fin septembre 2000, est l'étincelle qui met le feu aux poudres, ouvrant une phase de confrontation violente entre Israéliens et Palestiniens. Celle-ci se traduit par une militarisation croissante : liquidations d'activistes du Hamas et du Fatah, incursions prolongées de chars, raids d'hélicoptères de combat et d'avions de la part d'Israël ; mitraillages de colonies juives, tirs de mortier et attentats-suicides du côté palestinien. Le prix humain est considérable : plus de 5 800 morts (à la fin août 2007), dont les quatre cinquièmes sont palestiniens, des milliers de blessés, deux sociétés traumatisées. Dnas l'État hébreu, cette violence généralisée a alimenté un mouvement de « défense patriotique » assez large, qui a conduit à une « droitisation » de l’opinion publique.

Pour en savoir plus, voir l'article seconde Intifada.

1.5. Les droites au pouvoir (2001-2015)

En Israël, le sentiment que le pays est en danger a amené une majorité d'électeurs à se rassembler autour d'Ariel Sharon, élu Premier ministre en février 2001 avec 62 % des suffrages, et à soutenir l'établissement d'un gouvernement d'unité nationale, Shimon Peres devenant ministre des Affaires étrangères.

Toutefois, une crise gouvernementale finit par mettre un terme à l'union nationale en Israël, conduisant à des élections législatives anticipées en janvier 2003. A. Sharon voit sa position consolidée : avec 40 mandats, le Likoud double sa représentation à la Knesset, tandis qu'avec 19 sièges, le parti travailliste enregistre une défaite historique. Le bloc de droite est largement dominant avec 69 sièges (sur 120), tandis que celui de gauche obtient difficilement 36 mandats, 15 sièges revenant à la formation centriste Shinouï (Changement). Fort de ces résultats, A. Sharon constitue un gouvernement rassemblant le Likoud, l'extrême droite et le Shinouï, à l'exclusion des ultraorthodoxes qui se retrouvent pour la première fois depuis bien longtemps sur les bancs de l'opposition.

Quasi-réoccupation de la Cisjordanie, élimination de cadres palestiniens et construction d'un mur de séparation

La tâche de cette nouvelle équipe est double : redresser une situation économique dégradée (hausse du chômage, reprise de l'inflation, baisse des investissements…) et sortir de la confrontation avec les Palestiniens dans un environnement régional transformé. Pour répondre au premier défi, le gouvernement a adopté un budget d'austérité qui comporte en particulier une réduction draconienne des aides sociales.

Face à la seconde Intifada, qui a conduit à la suspension des relations diplomatiques entre Israël et le monde arabe, le gouvernement a choisi l'option militaire. Elle s'est traduite par la quasi-réoccupation de la Cisjordanie (accompagnée de mesures de bouclages très sévères, d'arrestations et de destructions de maisons) ainsi que par une politique d'« assassinats ciblés » visant les cadres des groupes paramilitaires palestiniens. Au printemps 2004, Israël liquidait tour à tour le cheikh Ahmad Yassine, fondateur et chef spirituel du Hamas, et son successeur Abdel Aziz al-Rantissi. Parallèlement, la construction d'un mur de séparation, édifié depuis 2002 de manière unilatérale entre Israël et la Cisjordanie, s'est accélérée malgré sa condamnation par la Cour internationale de justice (CIJ) en juillet 2004.

L'impasse diplomatique du « Quartet »

Sur le front diplomatique, en revanche, les choses n'ont guère avancé. L'adoption, au printemps 2003, par le « Quartet » (États-Unis, Union européenne, Russie, Nations unies) d'une « feuille de route » visant à parvenir, en trois étapes, à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien sur la base de la coexistence entre deux États, marquait une volonté renouvelée d'implication de la communauté internationale. Néanmoins, en l'absence de gestes significatifs d'Israël (sur la question des implantations et les opérations de l'armée dans les territoires palestiniens) comme de trêve inter-palestinienne durable, cette initiative a tourné court.

L'accord Nusseibeh-Ayalon et l'initiative de paix de Genève

Face à cette impasse diplomatique, les raisons d'espérer sont venues de l'intérieur des sociétés palestinienne et israélienne avec le lancement, à l'automne 2003, de deux initiatives. La première consiste en une pétition à l'origine de laquelle se trouvent Ami Ayalon, ancien chef des services de renseignements intérieurs de l'État hébreu, et Sari Nusseibeh, président de l'université palestinienne al-Quds, pétition qui précise que la solution au conflit passe par la constitution, dans les frontières du 4 juin 1967, d'un État palestinien, aux côtés d'Israël, et par le respect de certains principes (évacuation des colonies juives, souveraineté divisée à Jérusalem-Est, strict cadrage de l'application du « droit au retour » des réfugiés palestiniens).

La seconde, plus politique et dite « initiative de Genève », lancée par Yossi Beilin, au nom d'une large partie de la gauche israélienne, et par Yasser Abed Rabbo, soutenu par d'importants secteurs du Fatah, consiste en un véritable plan de paix alternatif contenant des dispositions très précises pour régler l'ensemble du contentieux israélo-palestinien.

Retrait unilatéral de la bande de Gaza et gel des négociations israélo-palestiniennes

Du côté israélien, ces propositions de paix ont suscité un vaste débat interne et contraint A. Sharon à reprendre l'initiative en annonçant son intention de procéder à un retrait unilatéral de la bande de Gaza et du Nord de la Cisjordanie. Cette initiative devrait conduire au retrait de l'armée et, surtout, pour la première fois, au démantèlement de 25 implantations juives et à l'évacuation de leurs habitants (environ 8 000 personnes). Ce projet a suscité l'opposition des partis d'extrême droite, qui ont quitté la coalition, contraignant A. Sharon à s'allier, à nouveau, au parti travailliste en janvier 2005. La constitution de ce gouvernement d'unité nationale a facilité la mise en œuvre fructueuse du plan de désengagement au cours de l'été 2005.

Concentré sur cette politique unilatérale, le gouvernement Sharon n'a guère cherché à relancer les négociations bilatérales avec les Palestiniens, malgré l'élection de Mahmud Abbas à la présidence de l'Autorité nationale palestinienne en janvier 2005. Le triomphe du Hamas aux législatives palestiniennes de janvier 2006, qui refuse de reconnaître l'État hébreu, a conduit à sa mise en quarantaine et au gel des négociations.

Contraint d'organiser des élections législatives anticipées, A. Sharon choisit de créer une formation politique plus centriste, Kadima (En avant), afin d’accroître sa marge de manœuvre politique, mais, victime d'une attaque cérébrale au tout début de l'année 2006, il disparaît brusquement de la scène politique.

Ehoud Olmert (2006-2008)

Désormais emmené par Ehoud Olmert, Kadima gagne les élections de mars 2006 (29 sièges) et constitue un nouveau gouvernement d'union avec le parti travailliste. La voie de l'unilatéralisme dans laquelle Kadima entendait persister après le triomphe du Hamas aux législatives palestiniennes de janvier 2006, est suspendue après le semi-échec de la guerre menée contre le Hezbollah au Liban au cours de l'été, qui fragilise considérablement le gouvernement.

La prise du pouvoir par la force du Hamas à Gaza, en juin 2007, contribue aussi à détériorer la situation sur le terrain avec la multiplication des tirs de roquette sur le sud d'Israël d'un côté, la poursuite des opérations militaires israéliennes de l'autre. Les conclusions de la commission d'enquête chargée de se pencher sur la conduite de la seconde guerre du Liban soulignent de graves défaillances politiques et militaires.

Bien que E. Olmert ait vu sa popularité entamée, l'absence d'alternative politique crédible contribue un temps à son maintien au pouvoir. Prenant acte de l'impasse de l'unilatéralisme, il reprend, dans le sillage de la conférence internationale d'Annapolis (États-Unis, novembre 2007), des négociations de fond avec le président M. Abbas, mais celles-ci échouent à mettre en place un accord-cadre sur le règlement final avant la fin 2008. Rattrapé par une nouvelle affaire de corruption, E. Olmert annonce fin juillet qu'il ne participera pas aux primaires de son parti et qu'il démissionnera dans la foulée.

Le retour de Benyamin Netanyahou (depuis 2009)

Tzipi Livni remporte ces primaires, en septembre, mais la nouvelle dirigeante de Kadima ne parvient pas à constituer un gouvernement autour d'elle, rendant de nouvelles élections inévitables. Tenu en février 2009, après une campagne militaire de plus de trois semaines menées contre le Hamas à Gaza, ce scrutin donne la majorité au bloc de droite, permettant à B. Netanyahou de constituer, fin mars, un gouvernement qui regroupe, autour du Likoud, formations religieuses et nationalistes (Shas, « Foyer juif », Israel Beitenou, Judaïsme unifié de la Torah) mais aussi, de façon plus inattendue, le parti travailliste (jusqu'en janvier 2011).

Ce gouvernement, très marqué à droite, doit faire face à des tensions inédites avec la nouvelle administration américaine, soucieuse de relancer le processus de paix en obtenant d’Israël un arrêt complet de la colonisation. Face à la pression américaine, B. Netanyahou finit par accepter un gel limité dans le temps (novembre 2009-septembre 2010) et à la seule Cisjordanie ; toutes choses qui ne suffisent ni à rétablir la confiance avec Washington ni à redémarrer les négociations avec les Palestiniens.

En janvier 2013, suite à de nouvelles élections législatives, B. Netanyahou est reconduit comme Premier ministre à la tête d’une coalition différente. À l’alliance entre le Likoud et Israël Beitenou s’adjoignent les partis centristes Yesh Atid et Ha-Tnouah Tnouah (créé par T. Livni en 2012), mais aussi avec le parti sioniste-religieux « Foyer juif ». L’agenda prioritaire du gouvernement est centré sur les questions intérieures : enrôlement des ultra-orthodoxes dans l’armée, budget de rigueur, question du logement.

De nouvelles élections anticipées doivent cependant être convoquées en mars 2015 après la destitution, en décembre 2014, des ministres des Finances (Yaïr Lapid, leader de Yesh Atid) et de la justice (T. Livni), tous deux opposés au projet de budget prévoyant une hausse des dépenses consacrées à la défense ainsi qu'à un projet de loi déclarant Israël « État-nation du peuple juif ».

Ce scrutin (précédé par une augmentation du seuil électoral à 3,25 % des voix), s’annonce serré, mais malgré leur alliance au sein de l’Union sioniste, Ha-Tnouah et le parti travailliste de Yitzhak Herzog, axant leur campagne sur des réformes sociales et sociétales (davantage que sur la relance des discussions avec les Palestiniens), n’obtiennent que 18,67 % des suffrages et 24 sièges. Avec un discours privilégiant les enjeux sécuritaires, déjouant les pronostics malgré un bilan plutôt médiocre, B. Netanyahou et son parti parviennent à s’imposer en remportant 30 sièges avec 23,4 % des suffrages.

Ce quatrième mandat repose toutefois sur une majorité d’une seule voix (61 sur 120), Israël Beitenou d'A. Liberman (6 sièges contre 15 en 2009) ayant décidé de rejoindre l’opposition. Au Likoud acceptent ainsi de s’allier le nouveau parti de centre droit Koulanou (fondé en décembre 2014 par Moshe Kahlon, issu du Likoud, 10 sièges), les ultra-orthodoxes ashkénazes (« Judaïsme unifié de la Torah ») et sépharades (Shas) ainsi que « Foyer juif ». Ce dernier est l’un des principaux perdants de ce scrutin avec le Shas, Israël Beitenou et Yesh Atid, tandis que la liste réunissant quatre partis arabes en vue de surmonter le nouveau seuil électoral, arrive en troisième position avec 10,6 % des voix et 13 députés. Ne se présentant pas à ces élections, le parti Kadima (2 députés en 2013) disparaît de la Knesset.

Ce gouvernement à l’assise étroite doit bientôt faire face à un regain inquiétant de la violence. À partir du mois de septembre, des affrontements renaissent à Jérusalem à la suite de heurts entre forces de l’ordre israéliennes et jeunes Palestiniens sur l’esplanade des Mosquées (ou mont du Temple). Le statu quo régissant ce lieu saint depuis 1967 cristallise les oppositions dans un contexte où les nationalismes israélien et palestinien s’imprègnent de plus en plus de tensions d’ordre religieux que les extrémistes des deux bords n’hésitent pas à attiser.

Largement spontanées et individuelles, des attaques à l’arme blanche se multiplient contre des civils et des militaires israéliens et les affrontements s’étendent en Cisjordanie, notamment à Hébron. L’engrenage de la violence et de la répression fait alors craindre la résurgence d’une nouvelle « intifada », que B. Netanyahou et M. Abbas doivent désamorcer.

2. Une société plurielle en devenir

2.1. Un pays d'immigration

Parce qu'il est défini comme l'État du peuple juif, l'État d'Israël est ouvert à tous les Juifs de la diaspora qui bénéficient d'un droit naturel et inaliénable à y immigrer (réglementé par la loi du retour de 1950). La réalisation du sionisme passe avant tout par l'immigration (aliyah), qui a essentiellement touché deux zones géographiques : la Russie et l'Europe orientale, d'où vinrent les gros bataillons d'immigrants (jusqu'en 1950, puis dans les années 1970 et les années 1990), et les pays d'islam, qui se vidèrent quasiment de tous leurs Juifs en trois vagues successives entre 1948 et 1964.

Durant les quinze premières années qui suivirent sa création, alors qu'Israël accueillait plus d'un million d'immigrants, l'État défendit une intégration nationale par fusion qui supposait que les nouveaux arrivants abandonnent leurs identités d'origine et se laissent absorber dans leur nouvelle société d'accueil.

Cette idéologie du melting-pot réclamait l'assimilation des nouveaux immigrants au modèle socioculturel en place, forgé par les pionniers russo-polonais ayant immigré entre 1904 et 1923. Cette intégration, menée par l'État, passait par la mobilisation de deux instruments de socialisation, l'école et l'armée. Celles-ci ont contribué de façon déterminante à faire naître une conscience collective partagée. Elles ont nourri un patriotisme israélien, qui s'est également renforcé avec l'usage de l'hébreu comme langue parlée, abondamment diffusée par les mass media, et avec l'attachement à une territorialité spécifique (nourri par l'étude de la Bible, l'archéologie, les excursions à travers le pays). Si un sentiment d'appartenance nationale a vu le jour, la société israélienne reste toutefois fortement divisée selon trois lignes de fracture.

2.2. Les Arabes en Israël

Comme tous les États du Proche-Orient, l'État d'Israël est fondé sur la reconnaissance des appartenances communautaires. Par conséquent, Juifs, Arabes et Druzes (secte hétérodoxe de l'islam) sont officiellement considérés comme des groupes ethniques différents.

1,2 million d'Arabes et de Druzes possèdent de plein droit la citoyenneté israélienne, mais leur statut de minoritaires dans un État juif les place souvent dans une situation très délicate. Soumis jusqu'en 1966 à une administration militaire qui restreignait sévèrement leurs libertés civiles, les Arabes d'Israël virent leurs terres expropriées et remises à des localités juives et à des kibboutzim. Quant aux ressources qui leur étaient allouées, elles étaient notoirement plus réduites que celles destinées aux Juifs (subventions publiques, dotations budgétaires aux conseils locaux et municipaux…).

Bien que la situation objective des Arabes d'Israël se soit améliorée depuis les années 1970, leur intégration dans un État juif dont ils ne peuvent partager les valeurs et les symboles demeure nécessairement problématique, et leur participation à la vie de la cité, imparfaite : il faudra attendre 2001 pour voir un Arabe accéder à un poste de ministre et 2007 pour qu'un musulman devienne ministre.

Situés à la périphérie de la société israélienne, les Arabes apportent majoritairement leurs suffrages à des partis non sionistes (parti communiste, parti démocratique arabe, Alliance nationale démocratique, Liste arabe commune) et poursuivent une stratégie de consolidation communautaire qui passe de façon croissante par l'islam. De plus, tout en exigeant l'égalité de traitement avec leurs concitoyens juifs, ils ont réaffirmé, au contact des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, leur identité palestinienne. La reprise de l'Intifada n'a fait que resserrer ces liens, 13 Arabes israéliens ayant été tués par la police lors de manifestations en octobre 2000.

2.3. Ashkénazes et Séfarades

Autant les différences entre Juifs et Arabes sont officiellement reconnues, autant celles entre Juifs sont récusées par un État fondé sur le postulat de l'unité du peuple juif. Pourtant, les conditions mêmes dans lesquelles la société israélienne s'est constituée progressivement (par immigrations successives) ont perpétué un clivage entre Ashkénazes et Séfarades.

Jusqu'à la récente vague migratoire venant de l'ex-URSS, la population juive était à peu près également distribuée entre les deux groupes ethniques. Bien que les Séfarades aient connu une ascension sociale certaine depuis les années 1970 (forte pour les Irakiens, normale pour les Yéménites, faible pour les Marocains) et que les phénomènes de convergence (dans les modes de vie, les pratiques familiales) soient réels, la constitution d'une nation israélienne homogène par amalgame des immigrants est loin d'être réalisée.

La persistance d'un écart ethnique important dans les domaines éducatif et professionnel au détriment des Séfarades montre que la stratégie de fusion dans un creuset commun n'est pas parvenue à ses fins. Ainsi, les élèves d'origine orientale sont concentrés dans les écoles professionnelles alors que leurs condisciples ashkénazes sont plus nombreux dans l'enseignement général. À l'université, les Séfarades ont cinq fois moins de chance d'obtenir un diplôme que les Ashkénazes.

Au niveau économique, les Juifs des pays d'islam sont concentrés parmi les cols bleus (ouvriers) alors que les Juifs d'Occident forment les gros bataillons des classes moyennes et dominent l'élite économique, universitaire et médiatique. Le mécontentement du « second Israël » par rapport au parti travailliste, accusé d'avoir conduit la politique d'intégration de façon autoritaire, s'est traduit par le soutien massif accordé au Likoud en 1977, ce qui a permis la première alternance politique du pays. Cette adhésion au Likoud demeure importante, mais l'État d'Israël a affaire aujourd'hui à une mobilisation inédite de la « séfaradité » à travers le parti Shas (« Séfarades gardiens de la Torah »), qui appelle à une pratique rigoriste du judaïsme et valorise la spécificité culturelle des Juifs des pays d'islam. En offrant un ensemble de services (jardins d'enfants, écoles primaires…), le Shas est parvenu à renforcer sa base politique et à s'imposer comme le porte-parole de l'« Israël séfarade », économiquement défavorisé et culturellement marginalisé. Son audience électorale reste forte. Si le résultat obtenu lors des élections législatives de mai 1999, avec 17 sièges, demeure exceptionnel, les 11 mandats décrochés en 2009 et 2013 montrent que le Shas est bien installé dans le paysage politique israélien, même si avec 5,7 % des voix et 7 députés, il est l’un des perdants du scrutin de 2015.

Le processus de communautarisation n'est pas limité au monde séfarade puisqu'il a touché les nouveaux immigrants de l'ex-URSS, mais il a, dans ce cas, évolué différemment. Un certain nombre de facteurs ont entretenu la tendance à la mobilisation communautaire : le poids démographique (1 million d'immigrants), le profil identitaire (forte déjudaïsation allant de pair avec la valorisation d'une identité culturelle russe), l'organisation interne très efficace (associations, presse et télévision en russe).

La communautarisation est demeurée une réalité sociale mais elle a connu des traductions politiques variables. Présentes à la Knesset à partir de 1996, les formations « russes » s'étaient fondues dans la droite israélienne en 2003 avant de renaître en 2006 avec le parti Israel Beitenou (Israël, notre maison) dirigé par Avigdor Liberman, qui est devenu en 2009 le troisième parti avec 15 sièges avant de s’allier au Likoud en 2013-2015. Cette formation revendique un nationalisme sans concession qui réclame, à terme, l'homogénéisation ethnique d'Israël par rattachement des zones peuplées d'Arabes israéliens à toute future entité palestinienne.

Qu'elle soit séfarade ou « russe », l'ethnicité est une ressource disponible pour être mobilisée politiquement dans une société israélienne plurielle mais traversée par une forte opposition entre religieux et laïcs.

2.4. Religieux et laïcs

Dès le départ, Israël s'est défini comme un État juif, devant donc assurer, à travers ses institutions, un projet de vie collective juive. Même si le contenu précis de cette identité nationale n'a jamais été clairement déterminé, le caractère juif de l'État impliquait que le droit de la famille et l'espace public étaient partiellement régis par une législation d'origine religieuse. D'où l'adoption d'une série de lois réglementant le respect du shabbat, la distribution de nourriture kasher dans les cantines publiques, l'élevage et la commercialisation de porc…, et attribuant la gestion des mariages et des divorces aux seules autorités religieuses.

Ce statu quo dans lequel l'État concède certains droits à la sphère religieuse s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui, malgré de nombreuses crises. Il est toutefois malmené par un phénomène contradictoire qui voit la réaffirmation religieuse aller de pair avec l'approfondissement de la sécularisation de la société.

Le pôle religieux, qui regroupe environ un quart de la population juive, est composé de deux courants : l'un ultraorthodoxe et l'autre sioniste religieux. Bien que séparés par d'importantes controverses théologiques quant à la signification religieuse à accorder à l'État d'Israël, ces deux courants défendent une même interprétation rigoriste du judaïsme, et sont favorables à une présence plus grande de la religion dans la vie publique. Le rôle pivot que les partis religieux remplissent dans les différentes coalitions gouvernementales leur donne un moyen de pression idéal pour faire avancer leurs revendications.

Toutefois, l'activisme des groupes religieux se heurte à l'opposition d'autres secteurs de la société israélienne, qui défendent une laïcité inconditionnelle (passant, entre autres, par la séparation de la synagogue et de l'État). Cette laïcité militante a été parfois défendue par des formations politiques comme le parti Shinouï (Changement), qui obtint 15 mandats à la Knesset en 2003 au nom de la lutte contre la coercition religieuse, mais ne parvint pas à perdurer sur le plan électoral.

Le clivage religieux / laïcs se cristallise beaucoup sur la question de la conscription. En effet, alors que les Juifs laïcs et nationalistes-religieux passent, pour les hommes, trois ans sous les drapeaux puis effectuent des périodes de réserve jusque dans leur quarantaine, 60 000 étudiants des instituts d’études talmudiques sont dispensés d’obligations militaires en vertu d’un ancien accord datant de 1948 (à peine 400 jeunes gens étaient alors concernés). Cette situation nourrit un profond sentiment d’injustice chez les laïcs, poussant nombre d’électeurs laïcs à voter pour Yair Lapid, et sa formation Yesh Atid (« Il y a un avenir », 19 mandats en 2013, ramenés à 11 en 2015), qui s’est engagée à mettre fin aux exemptions systématiques dont bénéficient les Juifs ultra-orthodoxes.

En mars 2014, la loi prévoyant la conscription des ultra-orthodoxes est adoptée par 67 voix (une contre). Saluée par ses promoteurs comme une avancée significative sur la voie de l’universalisation du service militaire, la loi a été critiquée tant par les ultra-orthodoxes – qui la dénoncent par principe –, que par des laïcs qui la jugent trop timorée. Sa mise en œuvre, nécessairement graduelle, risque d'être retardée par nombre d'obstacles.

Deux mouvements contradictoires traversent la société israélienne, amenant les uns à prôner un État selon la Torah, et les autres à se faire les avocats d'un Israël post-sioniste. Entre les deux pôles, il existe toutefois un vaste conglomérat « centriste » de personnes attachées à la nature hybride de l'État d'Israël comme État juif et démocratique. La bipartition politique de la société israélienne (en particulier autour de la question déterminante du processus de paix) entretient une polarisation croissante entre un courant « normalisateur » (regroupant les laïcs de toute obédience) et un courant « identitariste » (allant des ultra-orthodoxes aux traditionalistes).

2.5. Riches et pauvres

Israël a longtemps été basé sur une économie sociale-démocrate, avec une forte présence du secteur public et parapublic, et un système d’aide à l’emploi, à la santé et à l’éducation qui assurait une distribution relativement égalitaire des ressources.

À compter des années 1980, le pays entra dans une phase de libéralisation économique, de privatisation et de dérégulation, qui eut pour effet de réduire l’ampleur de la protection sociale. Deux conséquences s’en suivirent : d'une part, la croissance régulière de l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, qui fait d’Israël un des pays les plus inégalitaires parmi les 34 membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ; d’autre part, le pourcentage des familles israéliennes vivant sous le seuil de pauvreté est important, puisqu'il représente 20 % des familles.

Cette situation d’inégalité a pourtant nourri une contestation sociale relativement limitée, sauf en 2011. L’augmentation continue du coût du logement a en effet conduit à l’apparition d’un « mouvement des tentes » qui, né à Tel-Aviv, a progressivement gagné des dizaines de villes d’Israël. D’abord sur la défensive, le gouvernement Netanyahou répondit à cette contestation sociale en mettant en œuvre certaines réformes : augmentation des impôts sur les entreprises et les hauts revenus, loi sur le logement…

2.6. Quelle identité nationale ?

Le jeu complexe des différents clivages – Juifs / Arabes, Séfarades / Ashkénazes, religieux / laïcs, riches / pauvres – définira les contours de l'État d'Israël de demain. En effet, les incertitudes sur l'évolution de l'identité nationale se multiplient, alors que le pays a gagné progressivement une légitimité internationale plus large, dont la consolidation dépendra, toutefois, d'un règlement global de l'ensemble du contentieux israélo-arabe.

3. Israël dans la communauté internationale

Paradoxe d'Israël : créé par une décision de la communauté internationale en 1947 (par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions), l'État juif est sans doute l'État au monde dont l'existence a été la plus contestée dans le concert des nations. Ses relations internationales s'en sont longtemps ressenties. Depuis sa création, Israël n'a établi des rapports stables et continus qu'avec l'Occident. Le monde arabo-musulman lui a été totalement hostile pendant des décennies, alors que les pays de l'Est et le tiers-monde ont entretenu avec lui, le plus clair du temps, des relations globalement assez distantes.

Pendant longtemps, l'isolement total de l'État juif dans la région rendait impérieux l'établissement de relations fortes avec des partenaires susceptibles de le soutenir, et ceux-ci se trouvaient essentiellement en Occident.

3.1. Israël, la France et l'Europe

Israël et la France

Durant les vingt premières années de son existence, Israël est surtout soutenu par la France. Dans les années 1950, grâce aux efforts de Shimon Peres alors directeur général du ministère des Affaires étrangères, plusieurs accords d'armement sont conclus entre les deux pays, prévoyant la livraison de tanks, d'avions et de pièces d'artillerie. Le début de la révolution algérienne, en novembre 1954, amène la constitution d'une alliance encore plus étroite, dans la mesure où le principal ennemi d'Israël, l'Égypte, est aussi le soutien majeur du Front de libération nationale (FLN).

Pour en savoir plus, voir l'article guerre d'Algérie.

L'expédition conjointe sur le canal de Suez, en octobre 1956, comme l'aide française à la construction du réacteur nucléaire de Dimona, dans le Néguev, constituent les manifestations les plus fortes de cette union franco-israélienne contre le nationalisme arabe. L'instauration en France de la Ve République ne conduit pas immédiatement à une modification des rapports bilatéraux, mais la fin du conflit en Afrique du Nord pousse le général de Gaulle à renouer avec les pays arabes et à adopter, ce faisant, une position plus équilibrée dans le conflit israélo-arabe.

La guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967) marquera un tournant de la politique française : de Gaulle déclare un embargo sur la livraison de toutes les armes à destination du Moyen-Orient, ce qui pénalise fortement Israël, tributaire de la France en matière d'armement. Cette mesure fera progressivement des États-Unis le fournisseur quasi exclusif de l'État juif, tout en refroidissant les relations franco-israéliennes.

Israël et l'Allemagne

Avec l'Allemagne, le rapprochement était à la fois extrêmement délicat et pourtant indispensable. En reconnaissant publiquement la responsabilité allemande dans le génocide des Juifs d'Europe, le chancelier Adenauer enclencha un processus qui permit la conclusion, en septembre 1952, de l'accord de Luxembourg au terme duquel l'Allemagne s'engageait à verser à Israël, à titre de réparation, pendant douze années 3,4 milliards de marks (plus les dédommagements individuels destinés aux victimes du nazisme). Cet accord facilitera l'établissement de relations diplomatiques en mai 1965, et ce, malgré l'opposition virulente de la droite nationaliste regroupée autour de Menahem Begin.

Israël et l'Europe

Pour Israël, l'Europe est aujourd'hui avant tout un partenaire commercial vital. L'État hébreu bénéficie depuis 1975 d'un accord d'association avec l'Union européenne, accord qui a été renouvelé en 1995 dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen. Si l'Europe est un enjeu surtout économique (30 % des exportations israéliennes se dirigent vers l’Europe des 28), les États-Unis constituent véritablement l'allié privilégié sur le plan politique.

3.2. L'alliance stratégique avec les États-Unis

Bien que l'appui diplomatique américain ait été décisif dans la naissance de l'État juif, c'est la réorientation de la position française après la guerre des Six-Jours qui conduira progressivement à l'intervention de plus en plus appuyée des États-Unis aux côtés d'Israël. L'entente avec Washington concerne trois domaines : militaire (coopération stratégique : don annuel de 1,8 milliard de dollars dans les années 1990 étant passé à 3 milliards en 2010), économique (accord de libre-échange, don annuel de 1,2 milliard de dollars dans les années 1990, désormais supprimé), diplomatique.

Les États-Unis n'ont jamais ménagé leur soutien politique à Israël, en particulier à l'ONU, considérant que l'État hébreu constituait un élément de stabilité régionale et un atout stratégique (hier contre l'Union soviétique et ses alliés arabes, aujourd'hui contre l'islamisme radical). La perception de valeurs démocratiques partagées et le dynamisme de la communauté juive américaine ont, par ailleurs, cimenté l'alliance stratégique israélo-américaine.

Cette forte proximité n'a pas empêché les États-Unis de promouvoir à plusieurs reprises des projets globaux de règlement du conflit israélo-arabe (plan Rogers de 1969-1970, processus de Camp David en 1978, plan Reagan de 1982), mais ceux-ci étaient difficiles à mettre en œuvre tant que l'Union soviétique se posait en puissance rivale des États-Unis.

La disparition de l'URSS en 1991 change radicalement la donne régionale et incite les États-Unis à lancer une initiative diplomatique majeure : la conférence de la paix de Madrid (octobre 1991), qui ouvre un cycle de négociations directes entre Israël et tous ses voisins arabes (y compris les Palestiniens).

Par la suite, les États-Unis accompagnent le processus de paix d'Oslo entre l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et Israël (déclaration de principes de 1993, accord intérimaire sur la Cisjordanie et Gaza de 1995, mémorandum de Wye River de 1998, accord de Charm el-Cheikh de 1999). Mais, après l'échec d'un nouveau sommet qui se tient à Camp David en juillet 2000 et la seconde Intifada qui a embrasé les territoires palestiniens, la perspective d'une reprise des négociations initiées à Madrid en 1991 s'est éloignée.

La diplomatie finit pourtant par reprendre ses droits en 2003 avec l'adoption de la « feuille de route » du « Quartet » qui prévoyait la création d'un État palestinien permanent dans le contexte d'une paix israélo-arabe globale (d'ici à 2005). Officiellement accepté par les Palestiniens et les Israéliens au sommet d'Aqaba en juin 2003, ce document n'a pourtant pas été en mesure d'enclencher une dynamique vertueuse de négociations. Malgré l'élection à la présidence de l'Autorité nationale palestinienne (ANP) d'un partisan convaincu du dialogue, Mahmud Abbas, Israël s'engage dans une politique de désengagement unilatéral (à Gaza en 2005). Toutefois, tant le semi-échec israélien au Liban (→ histoire du Liban), que la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en juin 2007 poussent le président G. W. Bush à se réengager dans le dossier israélo-palestinien en réunissant fin novembre 2007 aux États-Unis une conférence internationale. Si celle-ci permet la relance des négociations entre Israël et l'ANP, ces dernières ne débouchent pas sur un accord de règlement définitif.

Face au Hamas, le gouvernement Ehoud Olmert décide, après la non-reconduction d'une trêve de six mois, de lancer à la mi-décembre 2008 une opération militaire de grande envergure afin de « changer l'équation stratégique » au sud d'Israël. Cette guerre, qui cause la mort de 1 400 Palestiniens (dont 70 % étaient des civils selon le centre palestinien des droits de l'homme) et de 13 Israéliens, ne modifie pourtant guère la situation sur le terrain ; le Hamas demeure au pouvoir à Gaza et les tirs de roquettes vers Israël, s'ils s'espacent, ne cessent. Un modus vivendi entre Israël et le Hamas, deux acteurs qui s'ignorent, reste à définir.

L’arrivée au pouvoir du président Barack Obama en 2009 conduit à un réengagement diplomatique vigoureux des États-Unis destiné à concrétiser la solution des deux États. La réaffirmation de cet objectif va de pair avec une insistance américaine inhabituelle sur la nécessité, pour Israël, de mettre un terme à toutes les activités de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Cette exigence crée de fortes tensions avec le gouvernement israélien, qui n'accepte qu'un moratoire temporaire et partiel (excluant en particulier Jérusalem-Est). Après deux années tendues, les relations se stabilisent, le président américain ayant renoncé à s’engager dans un bras de fer avec B. Nétanyahou. Réinvesti en 2012, Obama affiche des objectifs d’emblée plus modestes, modestes mais le dialogue entre les deux alliés ne s’améliore guère au cours des trois années suivantes.

En novembre 2012 puis en juillet-août 2014, après une dégradation de la situation sécuritaire autour de bande de Gaza, Israël lance une nouvelle campagne militaire pour réduire les capacités offensives d’un Hamas désormais en mesure de lancer des missiles jusque vers Tel-Aviv et Jérusalem. Après ces deux conflits, une trêve précaire permet d’instaurer un statu quo lourd d’incertitudes.

3.3. Des relations extérieures profondément transformées

Autant les relations d'Israël avec les États-Unis furent globalement positives, autant celles avec l'Union soviétique furent problématiques, voire franchement mauvaises. Bien que l'URSS ait été favorable à la création de l'État juif – dans le but essentiel de chasser les Britanniques de Palestine –, les relations se dégradèrent rapidement, l'autocratie stalinienne donnant une vigueur nouvelle à un antisionisme communiste parfois très proche de l'antisémitisme pur et simple (complot des blouses blanches en janvier 1953).

Les successeurs de Staline, désireux d'augmenter l'influence de l'URSS dans le tiers-monde, se rapprochèrent des tenants de l'arabisme radical (Égypte, Syrie) et prirent progressivement leurs distances à l'égard d'Israël. Après la guerre des Six-Jours, l'URSS rompra ses relations diplomatiques avec Israël, suivie par l'ensemble des pays de l'Est (à l'exception de la Roumanie, qui avait une politique d'indépendance nationale plus active) et n'aura dès lors de cesse de dénoncer avec virulence la politique israélienne.

L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, en 1985, conduit à une détente certaine entre les deux pays (visites de responsables politiques, liberté d'émigration des Juifs d'URSS) et, en 1991, l'Union soviétique agonisante rétablit ses relations diplomatiques avec l'État hébreu. Tous les États successeurs de l'Union soviétique (y compris les États musulmans comme le Kazakhstan et l'Ouzbékistan), de même que les anciennes démocraties populaires (Pologne, Hongrie…), ont aujourd'hui des liens avec Israël.

L'amélioration de la situation diplomatique d'Israël est incontestablement liée au démarrage du processus de paix et, surtout, à l'ouverture de négociations avec l'OLP. Depuis 1991, l'État hébreu a noué des relations avec près de 70 pays en Europe orientale, en Afrique et en Asie (y compris avec des géants comme l'Inde et la Chine). En décembre 1993, Israël a signé avec le Vatican un accord fondamental dont la portée symbolique dépasse de loin le simple établissement de relations diplomatiques.

Le contraste est particulièrement saisissant par rapport aux années 1970, au cours desquelles Israël était une sorte d'État paria, dont l'existence n'était pas reconnue par l'immense majorité des pays du monde. Sans doute Israël avait-il pris pied dans le continent noir au cours des années 1960 par le biais de l'assistance technique, particulièrement dans le domaine agricole. Mais cette coopération très étroite prit brusquement fin après la guerre du Kippour (octobre 1973), lorsque la quasi-totalité des nations africaines rompirent leurs relations avec Israël.

Aujourd'hui, Israël se trouve dans une position internationale confortée sur tous les continents, tandis que ses adversaires les plus irréductibles ont été diminués (Syrie de Bachar al-Asad) ou défaits (Iraq de Saddam Husayn).

Mais la vague de révoltes qui a touché le monde arabe à compter de janvier 2011 ouvre une période d’incertitudes pour Israël.

L'environnement régional demeure volatile avec la montée de l'islamisme politique (Égypte, Liban, Palestine, Syrie), l'instabilité en Iraq et la volonté de l'Iran de se doter d'une capacité nucléaire. L’accord international sur le contrôle de ce programme, signé à Vienne en juillet 2015, est ainsi considéré comme une dangereuse concession accordée à Téhéran et accueilli avec une franche hostilité par Israël.

La guerre en Syrie constitue tout autant un motif d’inquiétude, Israël craignant les débordements sur le plateau du Golan comme le renforcement du Hezbollah libanais, de plus en plus ouvertement impliqué avec l'Iran dans les combats en Syrie au côté des forces gouvernementales. Si Israël a vu avec suspicion l’arrivée d’un président issu des Frères musulmans à la tête de l’Égypte en juin 2012, sa déposition un an plus tard par l’armée est accueillie avec soulagement, ne serait-ce que parce que le Hamas se trouve à nouveau isolé, privé du soutien diplomatique du Caire.

Si l'obtention d'une large légitimité internationale est pour Israël un acquis considérable, sa consolidation dépendra sur le long terme de la résolution de l'ensemble du contentieux israélo-arabe. Cela suppose le règlement de la question palestinienne dans sa globalité (réfugiés, statut de Jérusalem, souveraineté politique) et la conclusion de traités de paix avec le Liban et la Syrie, qui compléteraient ceux signés avec l'Égypte (mars 1979) et la Jordanie (octobre 1994).

Pour en savoir plus, voir les articles Orient arabe, Question palestinienne.