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Irlande du Nord : histoire

Résumé

1921-1960

Issue du « règlement » de la question irlandaise et de la partition de l'île (→ histoire de l'Irlande) en 1921, la province, qui comprend six des neuf comtés de l'Ulster, demeure dans le giron du Royaume-Uni. Et sous la houlette des protestants, notamment du parti unioniste d'Ulster (UUP), qui mène, à l'égard de la minorité catholique, généralement nationaliste, une politique de discrimination contre laquelle celle-ci finit par protester à la fin des années 1960.

La guerre civile (1960-1985)

S'ensuit une guerre civile d'autant plus meutrière qu'une faction de l'IRA (bras armé du mouvement nationaliste) multiplie les attentats. Devant l'impuissance du gouvernement de Belfast, les Britanniques prennent en main l'administration de la province à partir de 1972.

Un long chemin vers la paix

Entamé par les accords de Hillsborough de 1985 et engageant les différentes parties sous la houlette de Londres et de Dublin, le processus de paix conduit aux accords du Vendredi saint de 1998 : ceux-ci ouvrent la voie à une cogestion pacifique de la province, dans le cadre de la dévolution des pouvoirs entreprise par Tony Blair.

Malgré de nouveaux blocages et de multiples tensions, un gouvernement semi-autonome biconfessionnel est mis en place, dirigé par le protestant David Trimble. Mais les tensions restent vives, tant sur le terrain qu'au niveau des institutions politiques qui sont périodiquement suspendues par les autorités britanniques.

De 2006 à nos jours

Un nouveau compromis, trouvé en octobre 2006 à Saint Andrews (Écosse) entre les éléments radicaux des deux camps, protestants du Democratic Unionist Party et républicains catholiques du Sinn Féin, permet à ces deux formations rivales de codiriger la province, restaurant de fait la paix et la stabilité.

1. Une province protestante pour les protestants

Le « règlement » de la question irlandaise, en 1921, a laissé dans le Royaume-Uni 6 des 9 comtés qui formaient la province d'Ulster (→ histoire de l'Irlande). La nouvelle entité politique bénéficie de l'autonomie interne, avec un Parlement, qui se réunit au château de Stormont, à Belfast, et un Premier ministre à la tête d'un gouvernement aux pouvoirs locaux étendus.

Pendant près de cinquante ans, l'Irlande du Nord connaît une domination protestante sans partage : des artifices électoraux réduisent la représentation de la minorité catholique (un tiers de la population), contre laquelle le parti unioniste d'Ulster (UUP), à la tête du pays de 1921 à 1972, pratique une politique de discrimination (politique, mais aussi économique et sociale), voire exerce une véritable dictature policière. D'où l'émigration massive des catholiques, qui, malgré une croissance démographique plus forte que celle des protestants, ne représentent toujours que 35 % de la population au début des années 1960.

À cette date, le Premier ministre Terence O'Neill entreprend des réformes économiques et sociales et esquisse une politique de rapprochement avec la République d'Irlande (rencontre avec son homologue Sean Lemass en 1965). Ces timides ouvertures encouragent les catholiques à former un Mouvement pour les droits civiques, non pour remettre en cause le statut de la province, mais pour obtenir une plus grande équité de traitement (1967).

Les catholiques organisent des marches pacifiques, dont celle de Derry (Londonderry pour les unionistes) en octobre 1968, qui est brutalement réprimée. C'est le point de départ d'affrontements sanglants, qui vont désormais opposer les extrémistes des deux camps, catholiques « républicains » ou « nationalistes » d'un côté, protestants « unionistes » ou « loyalistes » de l'autre.

2. La guerre civile (1969-1985)

Terence O'Neill annonce de nouvelles réformes mais il est lâché par les protestants et remplacé par le modéré James Chichester-Clark (avril 1969). Les traditionnels défilés « orangistes » des extrémistes protestants (qui célèbrent les victoires de Guillaume d'Orange sur les Irlandais catholiques partisans des Stuart, à la fin du xviie siècle) ravivent les tensions durant l'été. Le soulèvement des quartiers catholiques de Belfast et de Derry/Londonderry est violemment réprimé. Londres intervient en dépêchant l'armée comme force d'interposition et propose des réformes, à la grande indignation des loyalistes.

Les deux camps se radicalisent. L'Irish Republican Army (IRA) renaît : sa faction dure, dite « provisoire », assure durant l'été 1970 la défense des quartiers catholiques et mène une guérilla urbaine. Les unionistes regroupent la plupart de leurs milices dans une puissante organisation, l'Ulster Defence Association (UDA), et reçoivent bientôt l'appui de l'armée britannique.

2.1. Bloody Sunday et Direct Rule

Le 30 janvier 1972, l'armée britannique tire sur une foule pacifique de manifestants catholiques à Derry/Londonderry, faisant 13 victimes : c'est le Bloody Sunday (« dimanche sanglant »). Londres suspend le gouvernement nord-irlandais et prend directement en charge l'administration de la province, le 24 mars 1972 : c'est le Direct Rule, les pouvoirs du Stormont sont transférés à Westminster. Un secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord est nommé, qui organise un référendum sur l'avenir de la province (boycotté par les catholiques), fait élire un nouveau Parlement à la proportionnelle et institue un exécutif interconfessionnel.

2.2. L'accord de Sunningdale (décembre 1973)

L'accord historique tripartite de Sunningdale entre la République d'Irlande, l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne reconnaît la « dimension irlandaise » du conflit, prenant en compte l'implication de la République dans le règlement de la question de l'Ulster.

Cet accord envisage la création d'un Conseil de l'Irlande, organisme paritaire réunissant des représentants du nord et du sud de l'île, et chargé de statuer sur l'Ulster. Mais, devant le déchaînement unioniste, Londres enterre l'accord et reprend directement l'administration de la province (mai 1974). Les actions terroristes redoublent et l'Irlande du Nord s'enfonce un peu plus dans la guerre civile.

2.3. Terrorisme et grève de la faim

Une grande partie de la population ne suit cependant pas les extrémistes, comme en témoigne la fondation, en 1976, du Mouvement des femmes pour la paix, dirigé par la protestante Betty Williams et la catholique Mairead Corrigan (qui obtiennent le prix Nobel de la paix la même année).

L'initiative reste cependant sans suite, alors que le terrorisme, qui s'est étendu à la Grande-Bretagne ainsi qu'à la République d'Irlande, culmine lors de l'attentat qui coûte la vie à lord Mountbatten, oncle de la reine (août 1979).

Consciente de son impopularité, l'IRA cherche à mettre le Royaume-Uni en difficulté devant l'opinion internationale, en déclenchant la grève de la faim de plusieurs de ses militants afin de leur faire reconnaître le statut de prisonniers politiques. Mais cette action se heurte à l'inflexibilité du Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, et se solde par la mort de 10 d'entre eux en mai 1981.

L'IRA bénéficie néanmoins de l'émotion suscitée par l'événement : par le biais de sa branche politique, le Sinn Féin, elle présente désormais des candidats à toutes les élections. Gerry Adams, président du parti, devient ainsi député de la Chambre des communes, à Westminster, en 1983.

2.4. Forum pour une nouvelle Irlande

Après plusieurs projets britanniques de « dévolution progressive » des pouvoirs à la province, visant à mettre fin à son administration directe par Londres, et qui restent sans lendemain, l'initiative revient à Dublin. Là, le Forum pour une nouvelle Irlande réunit pendant près d'un an les représentants des partis nationalistes modérés du nord et du sud de l'île. En 1984, il publie ses conclusions, qui attestent la prise en compte, par la République d'Irlande et par les nationalistes modérés d'Irlande du Nord, de l'existence de la communauté protestante d'Ulster, et qui vont servir de base aux négociations entre Britanniques et Irlandais.

3. Un long chemin vers la paix

3.1. Entre premières concessions et poursuite des hostilités (1985-1996)

Résultat de laborieuses tractations, l'accord anglo-irlandais, signé le 15 novembre 1985 à Hillsborough par Margaret Thatcher et son homologue irlandais, Garret Michael Fitzgerald, confère à Dublin un droit de regard dans les affaires du Nord et réaffirme que le statut de l'île ne pourra être modifié sans le consentement de la majorité de la population. Cette concession réciproque des deux camps modérés se heurte à la violente hostilité des extrémistes loyalistes et républicains. Les pourparlers s'enlisent tout en maintenant un contact entre les parties.

En 1993, Dublin ouvre un nouveau Forum pour la paix. En décembre, les Premiers ministres britannique et irlandais publient une déclaration (dite « de Downing Street »). La Grande-Bretagne propose – sous réserve de l'observation d'une trêve par l'IRA – d'associer le Sinn Féin aux négociations et, pour la première fois depuis 1921, évoque la possibilité de renoncer à sa souveraineté sur l'Irlande du Nord au cas où une majorité se dégagerait en faveur de la réunification.

En 1994, la proclamation d'un cessez-le-feu par l'IRA (août) suivie par les milices protestantes (octobre) donne une impulsion nouvelle au processus de paix. Le Sinn Féin rejoint le Forum, avant d'être convié par le gouvernement britannique à des premiers pourparlers directs. Mais les négociations s'enlisent en 1995. L'IRA renoue avec sa politique d'attentats dès février 1996, suivie par les forces unionistes en décembre.

3.2. Les accords de Stormont ou du Vendredi saint (avril 1998)

Des dispositions politiques et institutionnelles importantes

En mai 1997, le nouveau Premier ministre anglais, Tony Blair, annonce la reprise des entretiens exploratoires avec le Sinn Féin. Après l'annonce par l'IRA d'un cessez-le-feu, en juillet, les pourparlers réunissent, dès septembre, le Social Democratic and Labour Party (SDLP), qui regroupe les représentants modérés de la communauté catholique, le Sinn Féin, les gouvernements irlandais et britannique, puis le principal parti unioniste, l'Ulster Unionist Party (UUP). Le 14 octobre a lieu une réunion entre Tony Blair et Gerry Adams, la première depuis 1920 entre un Premier ministre anglais et un dirigeant du Sinn Féin.

Les accords sont conclus au Stormont le 10 avril 1998 et signés par les Anglais, les Irlandais, ainsi que par les représentants des principaux partis d'Irlande du Nord (UUP, SDLP, Sinn Féin), à l'exception du Democratic Unionist Party (DUP) du révérend ultra Ian Paisley, qui a boycotté les négociations.

Les accords réaffirment le refus de tout changement constitutionnel sans consentement de la majorité de la population ; Dublin accepte de renoncer à ses revendications sur le Nord et d'amender de ce fait sa Constitution ; Londres, en contrepartie, propose d'abroger le Government of Ireland Act de 1920, qui faisait définitivement de l'Ulster une province britannique.

Ils prévoient la mise en place d'un Parlement, d'un système de majorité qualifiée et d'un gouvernement interconfessionnel, qui garantissent le partage des pouvoirs législatif et exécutif entre protestants et catholiques. Un Conseil Nord-Sud, chargé d'harmoniser les politiques touristique, agricole et des transports, aura pour contrepoint un Conseil irlando-britannique. Des commissions seront organisées (droits de l'homme, égalité des chances, réforme de la police, prisonniers, désarmement).

Une forte approbation par référendum

Soumis, le 23 mai, à un référendum qui a lieu simultanément en République d'Irlande et en Irlande du Nord, ce compromis est approuvé par près de 95 % de la population du sud de l'île et par plus de 71 % des électeurs du Nord, dont une majorité de protestants (55 %), désireux de mettre fin à une guerre civile qui a fait près de 3 300 morts et 37 000 blessés.

Le 25 juin, les élections de l'assemblée semi-autonome qui ont lieu au Stormont sont remportées par les partis modérés signataires des accords (UUP, SDLP et Sinn Féin), les opposants du DUP ne parvenant pas à constituer de minorité de blocage. Avec l'accession de David Trimble, chef de l'UUP, au poste de Premier ministre et celle de Seamus Malone, numéro 2 du SDLP, à celui de vice-Premier ministre, une nouvelle ère semble s'ouvrir, celle de la cogestion pacifique.

3.3. La difficile mise en place des accords de paix

En dépit de l'attentat d'Omagh (29 morts, environ 220 blessés), le 15 août 1998, revendiqué par un groupuscule extrémiste, le processus se met en place (ouverture solennelle de l'assemblée semi-autonome d'Ulster au château de Stormont, en septembre).

À l'automne, John Hume et David Trimble reçoivent le prix Nobel pour leur effort en faveur de la paix.

Mais les difficultés pour former le gouvernement – la participation du Sinn Féin, dont la branche armée, l'IRA, n'est pas encore désarmée, posant problème – retardent le transfert des pouvoirs entre Londres et les nouvelles autorités élues d'Irlande du Nord, prévu initialement en mars 1999. Le processus reste gelé pendant de longs mois et ce n'est qu'en novembre 1999, grâce à l'intervention d'un médiateur américain, George Mitchell, qu'un compromis accepté par les deux parties débloque la situation. David Trimble forme alors un gouvernement qui comprend deux ministres du Sinn Féin.

La question du désarmement de l'IRA

En février 2000, David Trimble, constatant que l'IRA – contrairement à ses engagements – n'a toujours pas commencé son désarmement, menace de démissionner. Pour éviter que les choses ne s'enveniment, les Britanniques suspendent le gouvernement semi-autonome. En signe de protestation, l'IRA quitte la table des discussions engagées avec la commission internationale de désarmement des milices. En mai 2000, au terme de longues négociations, elle s'engage à initier la mise hors d'usage de ses armes.

Mais, une fois de plus, cette promesse reste lettre morte et, en mai 2001, David Trimble lance un nouvel ultimatum, annonçant sa démission pour le 1er juillet suivant si la situation n'évolue pas de manière significative.

Progression des éléments radicaux des deux côtés

David Trimble quitte son poste, voyant aussi sa position fragilisée par le résultat des élections britanniques de juin 2001, qui marquent une progression des éléments radicaux dans les deux communautés : les ultras protestants du DUP font pratiquement jeu égal avec l'UUP principal parti unioniste et, pour la première fois, le Sinn Féin devient le premier parti catholique de la province, devant le SDLP, représentant les modérés catholiques.

Tandis que l'été connaît un regain de violence sur le terrain et que l'IRA poursuit ses manœuvres d'atermoiement, le gouvernement britannique, voulant donner un délai supplémentaire aux négociations, prononce à nouveau en août puis en septembre la suspension des institutions semi-autonomes. Alors que le processus de paix semble au bord de la rupture, l'IRA accepte en octobre 2001 d'entamer son désarmement sous le contrôle d'inspecteurs internationaux. David Trimble reprend en novembre sa place à la tête de l'exécutif, non sans être contesté dans son propre camp.

3.4. Blocages politiques

En octobre 2002 survient une nouvelle crise, suivie par une quatrième suspension du gouvernement semi-autonome. De fait, les élections au Stormont prévues pour mars 2003 sont repoussées par Londres en mai puis en novembre. Or, la consultation qui se tient alors voit une poussée des extrêmes : les ultras de Ian Paisley arrivent en tête, avec 30 élus sur 108, devant l'UUP (27 élus), le Sinn Féin (24) et le SDLP (18).

Gouvernement autonome et institutions toujours suspendues

Si la paix n'est pas remise en question, le processus, lui, est mal en point, victime notamment des ambiguïtés des accords de 1998, des manœuvres dilatoires de l'IRA, des atermoiements du Sinn Féin, et enfin, de l'inquiétude croissante et radicalisée de protestants qui pensent avoir multiplié les concessions sans obtenir de contrepartie valable. Les principales formations des deux camps refusent de participer à un gouvernement commun : Ian Paisley escompte pouvoir réécrire les termes des accords de Stormont, et notamment gouverner sans le Sinn Féin qui, pour sa part, semble cautionner les hésitations de l'IRA à s'auto-dissoudre.

Les négociations indirectes entre parties achoppent, en particulier sur la composition de l'organe de contrôle de la police locale – la Police Service of Northern Ireland – qui, sur la base théorique, mais non concrète, de la parité confessionnelle, a pris le relais de l'ancienne Royal Ulster Constabulary en novembre 2001, ainsi que sur les preuves tangibles que l'IRA doit fournir de son désarmement. Aussi, malgré des efforts diplomatiques intenses et renouvelés de la part de Londres et de Dublin dans la seconde moitié de 2004, la province, toujours privée de gouvernement autonome, reste administrée par Westminster.

Mise en cause des dérives de l'IRA

En outre, une série de crimes et délits commis à Belfast (cambriolage d'une banque en octobre 2004, meurtre gratuit d'un ouvrier catholique à la fin de janvier 2005, enfin assassinat en avril 2006 d'un ancien responsable du Sinn Féin travaillant pour le compte de Londres) et imputés à l'IRA, confirme les craintes d'une dérive mafieuse de la branche armée du Sinn Féin. De multiples enquêtes financières menées par ailleurs en République d'Irlande pointent des structures de blanchiment d'argent qui travailleraient pour le compte de cette dernière, cependant qu'un peu plus tard dans l'année, la police britannique procède à des perquisitions allant dans le même sens dans la région de Manchester. Le doute s'installe plus encore dans la province, accompagné, au sein de la communauté protestante, d'un sentiment de suspicion doublée d'hostilité.

3.5. Démantèlement de l'IRA et relance du processus de paix

La remise en route du processus de paix est l'unique enjeu des élections britanniques de mai 2005. Elles sont remportées, côté protestant, par les ultras du DUP de Ian Paisley – désormais à la tête de la plus importante formation avec 9 députés (soit 3 de plus qu'en 2001) –, aux dépens des modérés de l'UUP, qui ne conserve qu'un seul député et dont le leader, David Trimble, battu dans sa circonscription, démissionne. Côté catholique, le Sinn Féin consolide sa nouvelle place de premier parti avec 5 députés (gain d'un siège), le SDLP gardant ses 3 élus.

Tony Blair fait de la relance du processus de paix en Ulster l'une des priorités de son nouveau mandat. Or, le 28 juillet 2005, l'IRA fait à nouveau connaître publiquement son intention de démanteler son arsenal. Le 25 septembre, la commision internationale, emmenée par le général canadien John de Chastelain qui préside à l'inspection, officialise le désarmement.

En contrepartie de ce geste historique, Londres s'engage à libérer un prisonnier et à amnistier une quarantaine de suspects en fuite ; le gouvernement irlandais, à réformer sa Constitution afin de permettre à des élus au Stormont de devenir automatiquement membres du Sénat de la république. Mais les loyalistes, doutant que l'IRA abandonne réellement la lutte armée, dénoncent comme illusoires et dangereuses les concessions faites par le pouvoir central. Aussi freinent-ils les efforts menés conjointement par Londres et Dublin depuis la fin de l'année 2005 pour renouer le dialogue entre les différentes parties en présence et les partis qui les représentent.

Il n'empêche : en mars 2006, Tony Blair et Bertie Ahern annoncent de concert l'élaboration d'une feuille de route pour relancer le processus de paix en Irlande du Nord. Au début d'octobre 2006, un nouveau rapport d'experts indépendants confirme la renonciation de l'IRA à ses activités terroristes, et la reine assiste, à Belfast, au démantèlement du régiment nord-irlandais de l'armée britannique.

4. Vers le règlement de la question nord-irlandaise

4.1. Un nouveau gouvernement autonome

Le 11 octobre 2006, sous la houlette de Tony Blair et de Bertie Ahern, s'ouvrent à Saint Andrews, en Écosse, des négociations entre les différentes parties qui aboutissent, le 13, à la définition d'un programme de restauration, à terme, des institutions semi-autonomes d'Ulster et de formation d'un gouvernement biconfessionnel qui associe DUP et Sinn Féin, jusque-là ennemis politiques.

Les conditions en sont précisées dans les semaines qui suivent.
– Il est demandé d'une part que se tienne une première réunion du Stormont, le Parlement de l'Irlande du Nord (ajournée le 24 novembre en raison d'une tentative – avortée – d'attentat, et du fait de réticences et de manœuvres dilatoires du DUP) ;
– d'autre part que les républicains reconnaissent publiquement la légitimité de la police d'Irlande du Nord, ce qu'ils font lors d'un congrès extraordinaire à Dublin le 28 janvier 2007 ;
– enfin qu'aient lieu, le 7 mars, des élections parlementaires d'où pourrait naître un gouvernement dirigé par Ian Paisley, avec Martin McGuinness, numéro 2 du Sinn Féin, comme vice-Premier ministre.

4.2. Les élections parlementaires de mars 2007

Elles renforcent l'emprise des deux partis radicaux, donnant 36 sièges (30,1 % des voix) au DUP et 27 (26,2 %) au Sinn Féin (et par ailleurs 18 à l'UUP et 16 au SDLP). Tony Blair et Bertie Ahern tablent en outre sur des promesses conjointes de manne financière pour amener les deux parties encore irréconciliables à travailler ensemble. Le 26 mars 2007, ces deux formations et leurs leaders parviennent à s'entendre sur un partage du pouvoir. Le 8 mai, Ian Paisley devient Premier ministre de la province, Martin McGuinness étant nommé vice-Premier ministre au sein d'un gouvernement multipartite et biconfessionnel.

4.3. La transition vers la paix

La transition vers la paix se poursuit dès lors sans grand incident : le 1er août, après 38 ans de service, l'armée britannique met officiellement fin à sa « mission » et confie le maintien de l'ordre à la police locale.

En mars 2008, éclaboussé par des scandales affectant ses proches, dont l'un de ses fils, Ian Paisley, par ailleurs fatigué et malade, annonce son départ de l'exécutif et de la tête du DUP. Il passe la main, au tournant de juin, à son second, Peter Robinson. Enfin, le 3 septembre 2008, une commission indépendante confirme la « non-fonctionnalité » de l'IRA.

Les deux attentats de mars 2009 organisés près de Belfast par des groupuscules dissidents décidés à saboter le processus de paix et visant presque coup sur coup des forces de l'ordre (3 victimes au total) ne suscitent que l'indignation générale et une condamnation politique et populaire unanime. La stratégie de la tension menée par l'IRA Véritable, qui menace de mort les traîtres que sont à ses yeux Martin McGuinness et tous les catholiques susceptibles de s'enrôler dans la police nord-irlandaise, ainsi que la multiplication des alertes à la bombe dans la capitale provinciale au début d’avril, ne remettent pas en cause le processus de pacification.

Au contraire, l’annonce, le 27 juin, du dépôt des armes des principales milices loyalistes (Ulster Volunteer Force, Red Hand Commando et Ulster Defense Association) puis, le 8 septembre, la notification de l’intention des derniers groupes paramilitaires de faire de même dans les six mois, suivie le 11 octobre par l'officialisation de la renonciation de l'Irish National Liberation Army républicaine à la violence attestent la profondeur de l’ancrage de la paix.

Néanmoins, le scandale des aventures extra-conjugales de l'épouse de Peter Robinson, Iris, et des transactions politico-financières qu'elle aurait faites en faveur de son amant, contraint le Premier ministre en janvier 2010 à quitter temporairement la tête du gouvernement, ce qui fait vaciller la coalition au pouvoir, dans un contexte marqué par l’épineuse question du transfert des compétences de la police au Parlement. Les deux principales formations, le DUP et le Sinn Féin, font monter les enchères. Mais, la menace de provoquer une crise institutionnelle et de nouvelles élections, au même titre que les pressions de Londres et de Dublin, conduisent les deux parties à accélérer les négociations et à trouver au début de février un terrain d’accord, alors même que Peter Robinson retrouve son siège.

5. Les élections de 2010 et 2011

5.1. Poursuite et ancrage de la normalisation

Dès lors, le statu quo semble devoir durablement prévaloir. Les élections générales du 6 mai 2010 au Royaume-Uni ne changent en effet guère la carte politique de la province. Le DUP perd un siège, celui de Peter Robinson dans son fief de Belfast-Est ; avec 25 % des voix, il n’arrive que second en termes de suffrages, mais il reste, avec 8 députés eux solidement installés, le principal parti régional en nombre de sièges. Le Sinn Féin (25,5 % des suffrages) conserve ses 5 membres du Parlement, le SDLP (16,5 %) ses trois circonscriptions. L’Alliance Party, non confessionnel et de tendance libérale, ainsi que les Indépendants (ex-UUP), entrent à Westminster, chacun avec un représentant.

Par ailleurs, symboliquement, très tôt après son entrée en fonctions (le 15 juin 2010), le nouveau Premier ministre britannique David Cameron présente au nom du Royaume-Uni des excuses officielles aux victimes de la fusillade du Bloody Sunday de janvier 1972 à Londonderry.

L’été connaît, comme à l’accoutumée, un regain de tension entre les deux communautés religieuses, républicains et loyalistes s’affrontant sur plusieurs journées, ce qui contraint la police à s’interposer et fait des blessés, mais ces heurts entre sous-groupes, marginaux, ne sont pas de nature à remettre en cause une normalisation plus que jamais à l'œuvre.

Gerry Adams libère ses sièges de représentant au Stormont et à Westminster (où il a toujours refusé de se rendre) lorsqu’il emmène son mouvement, le Sinn Féin, dans la campagne pour les élections générales d'Irlande de février 2011. Élu, comme 13 autres de ses partisans, il fait rentrer au Dàil (Parlement) de Dublin 5 membres supplémentaires de sa formation et confirme, avec 10 % des voix, son ancrage dans la république voisine, ouvrant un nouveau chapitre et de futurs jalons pour son parti et la cause indépendantiste, mais selon un processus politique très légaliste. M. McGuinness, vice-Premier ministre de la province, lui emboîte d'ailleurs le pas six mois plus tard en octobre 2011, puisqu’il décide de s’affranchir des frontières nationales et électorales pour présenter sa candidature au poste honorifique de président et arriver très honorablement en troisième position, avec 13,7 % des suffrages.

Quant au Stormont, à Belfast, il est renouvelé entre-temps lors des élections locales de mai 2011 qui voient les grands équilibres entre formations se maintenir (DUP en tête avec 30 % des voix, suivi du Sinn Féin, à près de 27 %, 14 % pour le SDLP, 13 % pour l’UUP et pratiquement 8 % pour l’Alliance). L'accord fondamental DUP-Sinn Féin est prolongé, la large coalition des divers mouvements politiques représentés à l’Assemblée reconduite, tout comme est renouvelé le gouvernement multipartite (DUP, Sinn Féin, UUP et SDLP) qui s’ouvre désormais à l’Alliance. En juin, lors d’une législative partielle, le Sinn Féin conserve la circonscription de Gerry Adams.

5.2. Un processus de paix désormais solidement établi

À partir du 20 juin, Belfast s’embrase pour deux nuits d’émeutes, quand des membres radicaux de l’Ulster Voluntary Force – un groupe paramilitaire protestant – prennent pour cibles des habitations catholiques. Et la province de connaître de nouvelles émeutes pendant la saison des marches orangistes de l’été. Bien que révélateurs des tensions qui perdurent au sein des populations respectives, ces troubles interconfessionnels ne remettent nullement en cause la paix, comme en témoigne l’accueil fait à la reine Élisabeth II, lors de la tournée du pays qu’elle réalise dans le cadre de son jubilé de diamant : la poignée de main que la souveraine échange le 27 juin 2012 avec le numéro 2 du gouvernement d’Irlande du Nord, ancien membre de l’IRA et responsable du Sinn Féin, Martin McGuinness, s’ajoute en effet à la « sincère compassion » pour les victimes du conflit qu’elle avait publiquement exprimée en mai 2011 au cours de sa visite dans la république voisine, pour consacrer un peu plus encore dans l’ordre symbolique le processus de réconciliation à l’œuvre entre les différentes parties.

Les mois suivants et les conséquences sociales de la crise économique qui affecte tout particulièrement la province créent néanmoins de nouveaux heurts entre communautés : en juillet, au cours des traditionnelles processions unionistes ; au début de septembre, lors de trois journées d’affrontements entre loyalistes et forces de l’ordre dans la capitale provinciale ; au début de décembre, dans les incidents qui suivent la décision prise par une majorité de ses élus, catholiques et républicains, de limiter le nombre de jours au cours desquels le drapeau de l’Union Jack est amené à flotter sur la mairie ; puis au début de l'été 2013, dans le cadre des défilés orangistes et à nouveau en fin d’année, quand des troubles surviennent et qu’en particulier deux bombes explosent dans les rues animées de Belfast – sans faire de victimes mais en rompant un silence des armes pourtant a priori bien installé en quelque 15 années.

Mais si l’œuvre de réconciliation entre parties demande à être approfondie, la paix fait consensus. C’est cette dernière que vient saluer et appuyer à Belfast le président américain B. Obama lors de sa première visite de la province en juin 2013, en marge du sommet du G8. Chargée de son organisation, Londres a symboliquement choisi de le faire se tenir en Ulster, près d’Enniskillen, ville frappée par l'une des attaques à la bombe les plus meurtrières de l’IRA en 1987, et au cœur de l’ancienne circonscription du républicain terroriste ou « martyre » Bobby Sands… De surcroît, et de manière tout aussi significative, la Grande-Bretagne reçoit en avril 2014 la visite officielle d’une délégation irlandaise et nord-irlandaise, ce qui donne l’occasion d’un nouvel échange public de poignée de main entre la reine et M. McGuinness – à Windsor, de surcroît.

La garde à vue pendant 4 jours au début mai 2014 de G. Adams pour sa possible implication dans le meurtre par l’IRA d’une soi-disant informatrice en 1972 menace toutefois un temps de briser le fragile équilibre : affichant son soutien au leader du Sinn Féin, M. McGuinness soulève à mots couverts la question de la légitimité de la nouvelle police locale, à ses yeux coupable de manœuvres politiques à quelques semaines du scrutin européen. L’affaire comme la tension retombe finalement, mais elle atteste la pérennité et la profondeur des contentieux et des suspicions réciproques. Elle ne semble cependant guère avoir eu d’incidence sur les électeurs, qui placent à nouveau la formation républicaine en tête (25,5 % des voix), devant le DUP (20,9 %) et l’UUP (13,3 %), attribuant à chacun de ces partis un eurodéputé. Le SDLP et la formation dissidente du DUP, la Voix unioniste traditionnelle (TUV) suivent, à 13 et 12,3 % respectivement, mais sans que ces scores leur permettent de pouvoir prétendre à être représentés à Strasbourg.

Les incertitudes qui planent jusqu’au jour du vote sur le résultat des élections générales britanniques de mai 2015 font longtemps caresser à P. Robinson l’ambition conjointe d’être en mesure d’apporter aux tories une partie des sièges manquants pour constituer une majorité aux Communes et d’accèder à la position stratégique de « faiseur de roi », mais la nette victoire surprise des conservateurs douche cet espoir. À l’échelle de la province, le DUP arrive à nouveau en tête, avec une légère progression à 25,7 % des voix et un effectif stable de 8 députés. Il est toujours suivi par le Sinn Féin, qui recule à la fois d’un point (à 24,5 % des suffrages) et d’un élu (4), mais reste loin devant un UUP qui, en hausse de 0,8 point, à 16 %, n’en récupère pas moins 2 postes de représentants en tant que tels à Westminster. Le SDLP, à la peine (13,9 %, - 2,6 points), conserve néanmoins les 3 sièges de députés qu’il détenait.

Le camp de la paix ajoute un geste symbolique supplémentaire à sa liste quand quelques jours plus tard, à Galway en Irlande, le prince Charles et G. Adams se serrent publiquement la main. Mais il enregistre un accroc additionnel en même temps qu’une très grave crise à la fin de l’été lorsque l’enquête sur les assassinats, en mai puis en août, de deux anciens soldats de l’IRA laisse entrevoir l’hypothèse d’un règlement de compte interne à l’organisation terroriste ou à l’une de ses possibles branches, pourtant officiellement démantelées en vertu des Accords de 1998. Redoutant le maintien de leur activité paramilitaire ou leur reconversion dans le crime organisé, les membres de l’UUP sont les premiers à claquer la porte de l’équipe de coalition provinciale. Ils sont rejoints dans leur protestation au début de septembre par l’ensemble des représentants du DUP, dont P. Robinson lui-même, à l’exception de la ministre des Finances, Arlene Foster, à qui il confie l’intérim de l’exécutif, avec pour mission de trouver un modus vivendi avec les républicains et d’éviter que Londres ne suspende le gouvernement.

Pour en savoir plus, voir l'article Irlande du Nord.