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Grande-Bretagne : histoire

Les invasions germaniques et scandinaves dans les îles Britanniques
Les invasions germaniques et scandinaves dans les îles Britanniques

Résumé

Celtes, Romains, Saxons…

Peuplées dès la préhistoire, les îles Britanniques sont occupées par les Celtes à partir du viiies. avant J.-C., puis conquises par les Romains au ier s. avant J.-C. Après le départ de ces derniers, cinq siècles plus tard, elles voient les Saxons et les Angles, puis les Scandinaves s’établir sur leurs terres.

xie-xiiie siècle : Après la conquête par les Normands

À l’issue de la bataille d’Hastings (1066), les Normands s’emparent d’une Angleterre morcelée en petits royaumes et lui imposent une structure féodale hiérarchique qui s’étend jusqu’au pays de Galles et à des provinces françaises sur le continent. Face à la contestation des barons en 1215, le roi Jean sans Terre accepte une Grande Charte qui institue un Parlement.

xive-xvie siècle : L'essor d'une nation et d'un pouvoir central

La guerre de Cent Ans qui s’engage au xiv esiècle contre le roi de France voit finalement les Anglais chassés de leurs possessions continentales et est suivie d’un conflit interne, dite guerre des Deux-Roses, pour la succession au trône, qui décime la noblesse du pays. Restaurée par l’avènement des Tudor (fin du xvesiècle), la monarchie anglaise rompt le lien qui l’unissait à Rome lorsque Henri VIII prend les rênes de l’Église du pays (1534), instituant un compromis entre le catholicisme et le protestantisme, l’anglicanisme.

xviie siècle : Une monarchie contestée mais puissante

Le règne d’Élisabeth Iere (1558-1603) jette un peu plus les bases d’une puissance émergente, économiquement et militairement. À sa mort, puisqu'elle n'a pas d'enfant, c'est le roi d'Écosse Jacques VI, qui lui succède sur le trône d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier. La Grande-Bretagne naît de l'union des deux couronnes.

Mais la contestation religieuse et la résistance de nombreux protestants stricts au virage absolutiste pris par la monarchie aboutit à la première révolution (1642), suivie de la décapitation du roi Charles Ier (1649) et de l’instauration d’une république dirigée par Oliver Cromwell.

La restauration des rois Stuart à partir de 1660 n’éteint cependant pas les sources du conflit, et une seconde révolution éclate en 1688, évinçant du pouvoir Jacques II, pour le remplacer par la famille protestante d’Orange, ce qui fonde les bases d’une monarchie constitutionnelle.

xviiie-xixe siècles : L'hégémonie anglaise

Désormais politiquement stable, la Grande-Bretagne s’engage un peu plus sur la voie du développement colonial, agricole et économique. Par ailleurs, l'union de l'Angleterre et de l'Écosse, d'abord personnelle, est devenue celle des deux royaumes en 1707. Un siècle plus tard, c'est l'Irlande qui est officiellement unie à la Grande-Bretagne (→ Acte de 1800).

Malgré la perte de ses colonies américaines en 1783, elle connaît une prospérité sans précédent. L'industrialisation accélérée du pays contribue à accentuer les divisions sociales mais aussi à étendre sa domination à toute la planète au xix esiècle.

Du début du xxe siècle à nos jours

De fait, après cette ère de puissance quasi incontestée, le Royaume-Uni doit faire face à de nouveaux concurrents, notamment à l’essor spectaculaire des anciens sujets américains avec lesquels il s’enorgueillit désormais de nouer une « relation spéciale ». Il voit sa prééminence s'affaiblir : il est privé de la plus grande partie de son extension irlandaise dès 1921, affecté par la grande dépression des années 1930, saigné par son engagement contre les Empires centraux et les pays fascistes dans les guerres mondiales. Perdant par la suite l’ensemble de son Empire colonial, celui qui fait longtemps figure d’« homme malade » de l’Europe, rejoint néanmoins la Communauté économique européenne en 1973.

Avec l’arrivée de Margaret Thatcher à sa tête (1979) et la révolution conservatrice qu’elle engage jusqu’en 1990, démantelant une partie de l’édifice de l’État providence mis en place à partir de 1945, la Grande-Bretagne fait office, avec les États-Unis de Ronald Reagan, de laboratoire d’un néo-libéralisme triomphant. Une option que ne semblent pas renier complètement les Premiers ministres qui se sont succédé depuis. Et ce, malgré la grande récession qui, à partir de 2008, paraît pourtant mettre en cause ses excès et conduire durablement le royaume et ses sujets vers des années difficiles.

1. Le peuplement de la Grande-Bretagne

IIIe millénaire avant J.-C. : les peuples qui occupent les îles Britanniques à l'époque préhistorique s'individualisent. L'un, venu de la péninsule Ibérique, a laissé sur les côtes sud et ouest des mégalithes.

2400 avant J.-C. : d'autres peuples, les Campaniformes (Beaker Folk), arrivent en deux vagues principales ; ils se distinguent par des coupes qui ornent leurs sépultures (→ campaniforme).

À partir du viiie siècle avant J.-C. : invasions celtes, avec des temps forts vers 400 avant J.-C. (culture caractéristique du La Tène moyen), et, au ier siècle avant J.-C., l'installation de populations gauloises et belges ; la langue celtique s'impose sous ses deux formes différentes : le brittonique et le gaélique. Les Pictes de Calédonie (Écosse) sont, quant à eux, plus proches des populations protoceltes.

ier siècle avant J.-C. : la conquête et l'occupation romaines transforment la structure du pays par l'établissement de villes et de routes, mais elles ne modifient guère la composition ethnique de la population.

407 après J.-C. : départ des dernières troupes romaines (ni l'Irlande ni l'Écosse n'ont été occupées), laissant les populations celtiques à elles-mêmes. Mais les régions les mieux romanisées sont déjà chrétiennes et participent à la vie de la chrétienté (Pélage, l'adversaire de saint Augustin, est un Breton) ; de jeunes Bretons, formés en Gaule ou à Rome, évangélisent l'Irlande (→ saint Patrick), l'Écosse (saint Ninian) et le pays de Galles (saint Illtud).

ve siècle : l'absence d'autorité politique provoque le désordre ; c'est l'âge d'or de la piraterie irlandaise, et, à l'intérieur même de l'île de Bretagne, les luttes des chefs favorisent la venue de mercenaires germaniques dès le milieu du ve siècle Saxons, Jutes et Angles s'installent d'abord sur les côtes, mais peu à peu repoussent les Celtes vers l'intérieur.

vie-viie siècles : les Saxons ont pris l'habitude de mener sur les côtes anglaises des raids de pillage ; mais l'abandon des troupes romaines et la montée persistante du niveau des eaux sur les côtes frisonnes où ils vivaient les poussent à s'installer dans l'île de Bretagne. Malgré une résistance, dont la légende arthurienne peut être l'écho (→ Arthur), les Celtes sont rejetés dans des réduits défensifs : les Cornouailles, le pays de Galles, le Cumberland et le Galloway ; certains colonisent l'Armorique (dès lors devenue Bretagne) ; d'autres passent en Irlande. Les Pictes, de leur côté, sont attaqués à la fois par les Angles, qui s'installent dans les Lowlands, et par des Irlandais, les Scots, qui occupent la côte ouest et vont donner leur nom à l'Écosse.

vie siècle : germaniques, les nouveaux occupants sont aussi païens ; leur conversion, longue et difficile, est menée à la fois par des Irlandais et des missionnaires envoyés de Rome (saint Augustin, installé à Canterbury en 597), qui se livrent une âpre concurrence : la tendance romaine l'emporte alors, et l'Angleterre anglo-saxonne devient ainsi un grand centre de civilisation et de christianisme (Bède, Alcuin, saint Boniface), mais, au lieu d'être un ferment d'unité, cette évangélisation accentue encore la coupure entre les peuples britanniques, les Celtes d'un côté, les Germaniques de l'autre.

ixe siècle : les Scandinaves s'installent dans les îles, sur les côtes de l'Irlande et de l'Écosse du Nord, et surtout dans le Danelaw, au nord d'une ligne allant de l'embouchure de la Tamise à celle de la Dee. Le roi danois Sven et son fils Knud finissent même par conquérir l'Angleterre, sur laquelle leur dynastie règne jusqu'en 1042. Car, malgré une brillante civilisation, les Anglo-Saxons n'ont pas réussi à édifier une structure politique solide et ont créé des royaumes jaloux de leurs particularismes. Si les souverains de Wessex ont, avec Alfred (871-899), établi une hégémonie que les Danois seuls remettront en cause, l'Angleterre reste diverse : ce manque de cohérence est à l'origine de la défaite infligée au dernier roi anglo-saxon, Harold, par son compétiteur normand.

1066 : conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie.

Pour en savoir plus, voir les articles Celtes, Grandes invasions.

2. La formation de la Grande-Bretagne

2.1. Les conséquences de la conquête

L'hétérogénéité ethnique de l'Angleterre est renforcée par la conquête normande, car avec le duc normand arrive une aristocratie francophone qui va s'assurer le gouvernement du pays. Inconnu des élites, l'anglo-saxon cesse d'être écrit. Les structures féodales, fondées sur les liens d'homme à homme, sont imposées d'en haut par le souverain avec une rigueur et une régularité inconnues sur le continent.

Ces structures féodales permettent aux rois normands et angevins de constituer de véritables empires personnels, qui comprennent, outre l'Angleterre, d'énormes domaines continentaux (Normandie, Maine, auxquels Henri II ajoute la Touraine et l'Anjou, puis, après son mariage avec Aliénor, l'Aquitaine et le Poitou) et des principautés clientes (Bretagne, Écosse).

Les bastions celtiques résistent mal au dynamisme de cette féodalité conquérante : les barons normands s'implantent dans les Marches de Galles, grignotant les principautés galloises, et s'installent dans l'est de l'Irlande autour de Dublin. Paradoxalement, cette hétérogénéité de l'empire va donner à l'Angleterre son homogénéité. Conquise, elle a reçu de la monarchie des institutions uniformes qui réduisent les diversités régionales : partout a cours le droit des tribunaux royaux, la Common Law. Ensuite, l'exploitation forcenée des ressources du pays à laquelle les entreprises continentales des rois conduisent a le double effet de doter l'Angleterre de structures politiques et administratives très avancées, et de susciter une résistance qui donne vie et cohésion à la société politique.

Pour en savoir plus, voir l'article féodalité.

2.2. Les xiiie et xive siècles

Les révoltes des barons (→ Magna Carta ou Grande Charte, 1215) préludent à l'essor du Parlement. L'échec final des Plantagenêts en France laisse apparaître une Angleterre bien individualisée.

La guerre de Cent Ans, malgré des succès passagers, se termine par la défaite du roi d'Angleterre, qui perd ses dernières possessions en France (Calais excepté) et doit renoncer à la couronne de France ; mais le cordon ombilical avec la France est coupé : l'anglais devient de nouveau la langue de l'élite.

En Écosse, la féodalisation a permis l'unification du pays sous l'égide de la monarchie, et la nation écossaise se forge dans l'épreuve que lui imposent les prétentions du roi d'Angleterre Édouard Ier de 1292 à 1307. La nouvelle monarchie qu'édifie Robert Bruce à partir de 1306 est nationale, et la déclaration d'Arbroath de 1320 est sans doute la première affirmation moderne du principe national en Europe.

2.3. Du xve au xviie siècle

L'anglais devient la langue du gouvernement et de l'Administration, tandis que les Anglais prennent conscience du fait qu'ils sont une nation (xve siècle). L'absence de féodalisation interdit aux principautés d'Irlande et du pays de Galles de surmonter leurs divisions : le pays de Galles a été conquis à la fin du xiiie siècle par Édouard Ier ; l'Irlande est un peu protégée par l'engagement anglais pendant la guerre de Cent ans et les luttes internes de la guerre des Deux-Roses (1450-1485), mais, dès le xvie siècle, son sort est scellé.

Henri VIII se proclame roi d'Irlande en 1541 et restaure l'autorité anglaise, tandis que Marie Tudor et Élisabeth, organisant les « plantations », ouvrent l'ère de la colonisation de l'île.

D'abord fournisseurs privilégiés de la draperie flamande, les Anglais se mettent à produire eux-mêmes les draps à partir du xive siècle, grâce aux avantages que leur confèrent les tarifs douaniers d'Édouard III. Aussi l'élevage du mouton se développe-t-il, poussant la gentry (ensemble des nobles ayant droit à des armoiries) à enclore les communaux (→ mouvement des enclosures). Sous Henri VIII et Élisabeth Ire, les profits considérables ainsi accumulés vont permettre, une fois que la marine a brisé le monopole hispano-portugais sur les océans, l'essor de la colonisation anglaise.

L'essor économique de l'Angleterre, la puissance de sa monarchie restaurée après la guerre des Deux-Roses par Henri VII et Henri VIII assurent l'hégémonie anglaise dans les îles Britanniques. En fondant l'Église anglicane et en adoptant la voie d'un protestantisme modéré, Henri VIII a, de plus, permis aux protestants écossais de regarder vers l'Angleterre d'un œil nouveau. Aussi l'Écosse ne s'oppose-t-elle guère à l'union lorsque son souverain, Jacques VI, devient en1603 roi d'Angleterre (sous le nom de Jacques Ier), Élisabeth Ire n'ayant pas d'enfant : la Grande-Bretagne naît de cette union des deux Couronnes, union qui n'est encore que personnelle et qui ne sera achevée qu'en 1707 (→ Actes d'union).

Pour en savoir plus, voir les articles Angleterre, colonisation, Compagnie anglaise des Indes orientales.

3. Les puritains contre la monarchie

3.1. Le règne de Jacques Ier Stuart (1603-1625)

1604 : à l'assemblée de Hampton Court, Jacques Ier Stuart, dont l'origine écossaise a éveillé l'espoir du clergé presbytérien, prend nettement parti pour la Haute Église, s'alignant ainsi sur la politique d'Élisabeth. La même année, le traité de Londres met la Grande-Bretagne en paix avec l'Espagne tout en lui permettant d'aider les Provinces-Unies.

1605 : découverte d'un complot catholique mené par Guy Fawkes et Robert Catesby, qui avaient projeté de faire sauter le roi et le Parlement le 5 novembre (→ Conspiration des poudres).

1612 : le gouvernement du roi et de ses favoris. Le favori en titre est alors Robert Carr (Ker), nommé vicomte de Rochester en 1611 et comte de Somerset en 1613.

1614 : convocation d'un Parlement, immédiatement dissous (comme le sera celui de 1621). Les difficultés financières du roi amènent celui-ci à concéder des monopoles commerciaux, dont certains se révèlent très nuisibles à l'économie.

1616 : le scandale du meurtre d'Overbury par la comtesse de Somerset fait beaucoup de tort au roi lui-même. George Villiers (1592-1628), bientôt duc de Buckingham, remplace Somerset et devient alors le personnage le plus puissant, assisté de sir Francis Bacon et de Lionel Cranfield (1575-1645).

1616-1623 : les Angais, à partir de l'Inde, où Thomas Roe a obtenu la permission de s'établir, sont très actifs dans l'océan Pacifique. Mais leurs commerçants ayant été massacrés par les Hollandais, ils concentrent leurs efforts sur l'Inde.

1618-1624 : début de la guerre de Trente Ans. Au grand mécontentement de l'opinion publique, Jacques Ier ne rompt pas avec l'Espagne. Buckingham impose une optique anti-espagnole à la diplomatie anglaise. C'est à lui que revient à partir de 1624 la réalité du pouvoir.

Pour en savoir plus, voir l'article Stuart.

3.2. Le règne de Charles Ier (1625-1649)

1625 : mariage du roi avec Henriette-Marie, fille du roi de France Henri IV. Dissolution du Parlement. Expédition de Cadix, lamentable échec de la flotte anglaise.

1626 : le deuxième Parlement marque sa méfiance envers Buckingham. Le roi doit le dissoudre et se trouve dans une difficile situation financière.

1626-1627 : rupture avec la France. Charles a renvoyé l'entourage de son épouse, Henriette-Marie, parce que catholique. Les Français ayant manifesté leur mécontentement, il décide alors de voler au secours des protestants français, retranchés à La Rochelle. L'expédition de l'île de Ré, menée par Buckingham, est un fiasco.

1628 : assassinat de Buckingham.

1628-1629 : le troisième Parlement convoqué par le roi manifeste une violente opposition à la politique royale. Mené par John Eliot, Edward Coke, John Pym et John Selden, il adopte la Pétition de droit (Petition of Right), que le roi, pressé par ses besoins d'argent, est forcé d'accepter. Mais il voulait aussi que le roi arrêtât de lever les taxes dites Tonnage and Poundage, ce qu'il faisait sans son autorisation. Le roi fait dissoudre le Parlement et essaie dès lors de gouverner seul, entouré de William Laud (archevêque de Canterbury en 1633), du lord trésorier Richard Weston (comte de Portland en 1634) et de Thomas Wentworth (comte de Strafford en 1640), à qui est confiée l'Irlande.

1629 : paix avec la France.

1630 : paix avec l'Espagne.

1634 : institution du ship money, que paient d'abord les comtés maritimes, puis les comtés de l'intérieur, pour permettre au roi d'équiper sa marine. La résistance est grande contre cet impôt impopulaire.

1637-1640 : le nouveau livre de prières (Prayer Book), préparé par Laud, entre en vigueur (1637). Très hostile aux puritains, Laud a renforcé délibérément les aspects proches du catholicisme qui pouvaient subsister dans l'anglicanisme. Une véritable atmosphère de persécution religieuse se développe. Chassés par l'épiscopalisme, les puritains s'installent, de 1628 à 1638, en de nombreux points de l'Amérique du Nord, rejoints en 1634 par quelques catholiques. Épiscopaliste zélé, Charles veut appliquer les mesures de Laud à l'Écosse, tout entière presbytérienne. Une armée de 20 000 hommes ne peut venir à bout des Écossais, menés par Argyll, Montrose et Leslie (première « guerre des évêques », à laquelle met fin le traité de Berwick en 1639). Ne voulant pas renoncer, Charles fait venir Strafford d'Irlande et engage immédiatement la seconde « guerre des évêques ». Cette fois-ci, son armée est battue à Newburn (août 1640) ; il faut décidément de l'argent au roi, et, pour cela, il n'y a qu'un moyen : convoquer le Parlement.

1640-1642 : le Long Parlement, réuni en novembre 1640, compte une grande majorité de membres hostiles au roi. Il commence par envoyer Laud à la Tour de Londres (où étaient emprisonnés les prisonniers politiques) et Strafford à l'échafaud (mai 1641). Le roi y consent. Le ship money, les tribunaux d'exception sont abolis. Les excès des parlementaires finissent par constituer un puissant parti autour du roi, surtout composé d'anglicans modérés. Mais le roi décourage ses partisans par de grosses fautes politiques, par exemple en négociant secrètement avec les catholiques irlandais révoltés.

juin 1642 : le Parlement soumet au roi les Dix-Neuf Propositions, véritable ultimatum qui lui ôte tout pouvoir réel. Il refuse : la guerre civile s'ouvre.

1643 : les forces royalistes ont l'avantage, mais ne peuvent opérer leur jonction, car elles sont retenues par le siège des trois villes de Gloucester, Hull et Plymouth. Les 20 et 21 septembre, la bataille de Newbury est une victoire des parlementaires, qui, après la bataille de Winceby, peuvent conquérir le Lincolnshire. Les chances des royalistes d'obtenir une victoire rapide s'estompent : tandis qu'ils resserrent leurs liens avec les Irlandais, les parlementaires concluent un covenant (une association) avec les Écossais, se rangeant ainsi sous l'égide du presbytérianisme.

1644 : les parlementaires remportent une victoire décisive dans le Nord, à Marston Moor (2 juillet), où Cromwell joue un rôle déterminant. Seule l'incurie du général parlementaire, le comte de Manchester, sauve Charles Ier d'une défaite définitive à la seconde bataille de Newbury.

1645 : Cromwell a réorganisé l'armée parlementaire, qui est victorieuse à la bataille de Naseby (14 juin). En septembre, Montrose, qui a pris le parti du roi en Écosse et qui semblait devoir l'emporter, est écrasé par Leslie (bataille de Philiphaugh).

mai 1646 : Charles se rend aux Écossais de Leslie, qui l'abandonnent aux Anglais.

1647 : l'armée s'empare du roi, puis entre dans Londres (août) : fort de son succès, Cromwell peut alors épurer l'armée. Mais il ne réussit pas mieux que les presbytériens à s'entendre avec le roi, qui entame alors des négociations avec les Écossais.

juillet-août 1648 : l'armée de Cromwell et de Fairfax taille en pièces les troupes des presbytériens anglais et écossais (bataille de Preston).

septembre 1648 : Cromwell règle la situation en Écosse.

octobre 1648 : la majorité presbytérienne du Parlement penchant pour une reprise des négociations, Cromwell fait interdire l'entrée de la salle des réunions aux presbytériens ; seule subsiste la minorité parlementaire, le Parlement croupion (Rump Parliament).

décembre 1648 : un tribunal est constitué pour juger Charles Ier.

1649 : le 30 janvier, Charles Ier est exécuté.

Pour en savoir plus, voir les articles anglicanisme, presbytérianisme.

3.3. La période républicaine

1649-1651 : Cromwell commence par pacifier l'Irlande. Dès mai 1650, il juge suffisants les résultats qu'il a obtenus (par des méthodes sanglantes) et il rentre en Angleterre. Les Écossais se sont en effet ralliés à Charles II, le fils de Charles Ier, mais Cromwell écrase leurs troupes à la bataille de Worcester (septembre 1651). Charles II ne s'échappe que de justesse.

1653 : Cromwell dissout le Long Parlement. Il le remplace par le « Parlement nommé », que ses opinions religieuses l'obligent à dissoudre également. Le 16 décembre, l'Instrument of Government (la première Constitution écrite qu'ait eue l'Angleterre) établit le Protectorat (Régence), sous lequel l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande se trouvent unies et sont représentées par le même Parlement. Cromwell commence par réorganiser l'Église, l'ouvrant à plusieurs tendances (presbytériens, « indépendants », baptistes), n'en excluant que les anglicans épiscopaliens et les catholiques.

1654 : fin de la guerre contre les Provinces-Unies. Celles-ci reconnaissent la validité de l'Acte de navigation, qui, depuis 1651, interdit aux navires étrangers de commercer avec les colonies anglaises. La politique mercantiliste prévaut alors. Le Parlement voulant remettre en question l'Instrument of Government, Cromwell le dissout.

1655 : les Anglais s'emparent de la Jamaïque.

1656-1657 : le second Parlement réuni par Cromwell ne réussit pas mieux que le premier. Le Protecteur (Régent) devra le dissoudre en février 1658.

1657-1658 : la guerre contre l'Espagne est facilitée par l'alliance avec la France. Tandis que l'amiral Blake écrase la flotte espagnole à Santa Cruz de Tenerife (1657), les Français remportent la victoire des Dunes (1658). L'Angleterre y gagne Dunkerque.

1658-1659 : le 3 septembre, mort de Cromwell. Son fils Richard le remplace, mais il abandonne ses fonctions le 25 mai 1659. Les dissensions entre les chefs de l'armée créent un véritable vide du pouvoir, qui va faciliter la Restauration.

1659-1660 : le général George Monk, qui occupe l'Écosse, descend sur Londres, où il évince son plus dangereux rival, le général John Lambert. Il convoque un Parlement et entame aussitôt des négociations avec Charles II, réfugié en Hollande. Sur les conseils d'Edward Hyde (comte de Clarendon en 1661), Charles II publie la déclaration de Breda, qui promet une amnistie générale, le paiement des troupes de Monk, la liberté religieuse et la reconnaissance des prérogatives parlementaires ; le Parlement accepte la déclaration et, en mai 1660, Charles II est de retour à Londres.

4. Vers un nouvel équilibre (1660-1714)

4.1. Le règne de Charles II (1660-1685)

1661 : élection d'un Parlement dont la majorité épiscopalienne empêche le roi d'appliquer ses principes de tolérance.

1662 : l'Acte d'uniformité rend obligatoire le livre de prières de Laud, amendé. Les prêtres qui refusent de s'y conformer rejoignent les presbytériens en dehors de l'Église d'Angleterre. La Déclaration d'indulgence que propose le roi est refusée.

1663 : le Staple Act oblige tous les produits coloniaux à transiter par la Grande-Bretagne, ruinant ainsi le commerce intercolonial.

1665 : la grande peste.

1666 : l'incendie de Londres.

1665-1667 : la rivalité commerciale qui oppose l'Angleterre et les Provinces-Unies se transforme en guerre. Après une série de batailles navales, plutôt favorables aux Anglais, ceux-ci laissent brûler leurs vaisseaux par une flotte hollandaise à Chatham. Ils doivent conclure la paix de Breda (31 juillet 1667).

1667-1674 : le gouvernement de Charles II et de la « Cabal », qui regroupe les conseillers du roi, se distingue par une remarquable incohérence. Charles II en est en grande partie responsable, puisque, à la diplomatie officielle de son gouvernement, fondée sur une Triple-Alliance protestante (avec la Suède et les Provinces-Unies), il surimpose une diplomatie secrète, axée sur l'alliance avec la France et l'hostilité aux Provinces-Unies. Dans ces conditions, les Anglais échouent lors de la seconde guerre contre les Provinces-Unies (1672-1674) ; le traité de Westminster qui y met fin ne fait que ramener au statu quo (19 février 1674).

1674-1685 : le Parlement reprend une place prépondérante dans la vie politique. Danby, qui a d'abord la confiance du roi, dirige le parti tory, et Shaftesbury le parti whig (les termes n'apparaissent qu'en 1679). Le premier est le « parti de la Cour », et fonde son programme sur le renforcement de l'autorité royale, le second est le Country Party, qui insiste, en principe, sur la prérogative parlementaire. Danby est vite en difficulté, en raison de la duplicité de la diplomatie de Charles II, qui l'oblige à conclure un traité secret avec la France catholique, alors qu'officiellement l'Angleterre se rapproche des Provinces-Unies protestantes (mariage de Marie d'York, nièce de Charles II, avec Guillaume d'Orange). Or, dans le pays, se développe une véritable « psychose » du complot catholique (Popish Plot), qui culmine en 1678 avec la découverte d'un prétendu complot par Titus Oates. Le futur Jacques II doit s'exiler.

4.2. Le règne de Jacques II (1685-1688)

1685-1687 : Jacques II, fort d'une spectaculaire remontée du torysme, peut sans mal écraser deux soulèvements qui n'obtiennent l'appui que d'une petite partie des whigs et des protestants, celui d'Archibald Campbell, 9e comte d'Argyll, en Écosse, et celui du duc de Monmouth, l'un des bâtards de Charles II, dans l'ouest de l'Angleterre. La répression est sévère.

1687-1688 : Jacques II veut obtenir la suppression des mesures de discrimination prises sous Charles II à l'encontre des catholiques, mais ne peut vaincre l'obstination du Parlement. Il dissout celui-ci, et, dès lors, les catholiques reparaissent dans l'Administration, dans l'armée et jusqu'au sein du gouvernement. Les tories commencent à abandonner le roi, qui cherche, sans grand succès, des alliés parmi les protestants dissidents par ses « Déclarations d'indulgence » (1687 et 1688). La Déclaration de 1688 doit être lue dans les églises : sept évêques s'y opposent. Jacques II les fait jeter en prison. Le jour même où ces évêques sont triomphalement acquittés, sept puissants personnages (dont le chef des whigs, Cavendish, 1er duc de Devonshire, et celui des tories, Danby) demandent à Guillaume d'Orange de venir sauver l'Angleterre du catholicisme et de l'arbitraire royal (30 juin 1688).

1688 : Guillaume d'Orange, débarqué au début de novembre, ne se heurte à aucune résistance sérieuse. Le mois suivant, Jacques II s'enfuit en France.

4.3. Guillaume III, Marie II et Anne (1689-1714)

1688-1689 : une fois Guillaume d'Orange entré à Londres, la Convention (il ne peut s'agir d'un Parlement puisqu'elle n'a pas été convoquée par le roi) décide, par la Déclaration des droits (Bill of Rights), que Jacques II a renoncé de lui-même à la couronne et qu'elle passe donc à Marie et à son époux, Guillaume. Ceux-ci règnent conjointement sous le nom de Marie II et Guillaume III, la réalité du pouvoir revenant, en fait, à Guillaume. L'Acte de tolérance (Toleration Act), dans le domaine religieux, la Déclaration des droits dans le domaine politique, lui fournissent des bases solides. Mais les difficultés ne se font pas attendre : en Écosse, où la révolte menée par John Graham of Claverhouse, vicomte de Dundee, échoue, malgré la victoire de Killiecrankie (juillet 1689) ; en Irlande, où le gouverneur Richard Talbot, duc de Tyrconnel, mis en place par Jacques II, cherche à susciter parmi les catholiques irlandais un mouvement de soutien à Jacques II. Catholiques irlandais et protestants « orangistes » – les colons anglais – s'affrontent en une véritable guerre civile, sans que l'on se soucie de Jacques II. Ce dernier débarque bien avec des renforts français, mais sa défaite sur la Boyne (juillet 1690) sonne le glas des espoirs irlandais.

1689-1694 : les Anglais, qui ont rejoint la coalition contre la France, essuient d'abord de sévères défaites (victoire française de Tourville au large de Beachy Head, 10 juillet 1690). Il faut attendre 1692 pour que la chance tourne sur mer (victoire anglo-hollandaise de la Hougue, 1692) et 1695 pour que Guillaume d'Orange remporte un succès sur terre (prise de Namur). Le traité de Ryswick (1697) ne fait qu'entériner les conquêtes anglaises depuis 1678. Il est vrai que Guillaume III est enfin reconnu comme roi d'Angleterre par la France.

1694 : création de la Banque d'Angleterre.

1701 : l'Acte d'établissement (Act of Settlement) prévoit qu'après la mort d'Anne, dernière fille de Jacques II, la couronne passera à Sophie, l'Électrice de Hanovre, petite-fille de Jacques Ier, au détriment des Stuarts catholiques réfugiés en France. Les excès des tories permettent le retour en force des whigs au Parlement, peu avant la mort de Guillaume.

1702-1714 : Anne est dominée au début de son règne par le duc de Marlborough, qui est tory. Le grand dessein de celui-ci est d'engager à fond l'Angleterre contre la France dans la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714). Aidé par lord Godolphin, Marlborough réussit, mais doit pour cela passer au parti whig. Malgré de brillants succès (Blenheim, 1704 ; Ramillies, 1706 ; Audenarde, 1708 ; Malplaquet, 1709), les sacrifices qu'impose la guerre permettent la remontée des tories, qui l'emportent en octobre 1710. La guerre rapporte pourtant beaucoup, ouvrant au commerce anglais le Portugal et ses colonies (traité de Methuen, 1703, et donnant à l'Angleterre (paix d'Utrecht, 1713) Terre-Neuve, l'Acadie, les territoires de la baie d'Hudson, Gibraltar (conquise en 1704) et Minorque, tandis que le privilège de l'asiento (fourniture des esclaves noirs aux colonies espagnoles) et la pratique du vaisseau de permission lui ouvrent les colonies espagnoles.

1707 : Actes d'union, qui unit les royaumes d'Angleterre et d'Écosse.

1713 : les whigs essaient de faire venir à Londres George, l'Électeur de Hanovre, tandis que les tories, menés par Bolingbroke, complotent en faveur de Jacques Édouard Stuart. Mais le complot échoue, le parti tory, compromis avec le catholicisme et les impopulaires Stuarts, est ruiné, et ses chefs sont exilés (Bolingbroke) ou emprisonnés.

1714 : la couronne passe aux Hanovre.

5. Le temps des whigs (1714-1760)

5.1. Le règne de George Ier (1714-1727)

1714-1717 : le roi étant plus allemand qu'anglais, les responsabilités du gouvernement sont partagées entre Charles Townshend, James Stanhope (Affaires étrangères), Robert Walpole et Charles Sunderland.

1715-1716 : les jacobites paraissent avoir une chance en Écosse, où ils peuvent compter sur tous les tories et sur ceux des whigs qui n'ont pas accepté l'Acte d'union en 1707 ainsi que, dans les Highlands, sur les ennemis des Campbell. Mais la révolte jacobite échoue et le prétendant Stuart, qui a débarqué en Écosse en décembre 1715, doit retourner en France.

1716 : le Parlement voit sa durée portée à sept ans (Septennial Act) ; il dépend, dès lors, surtout des grandes familles whigs.

1716-1718 : à la faveur des rivalités entre la France et l'Espagne, l'Angleterre se rapproche de la France. Stanhope négocie d'abord une Triple-Alliance avec la France et les Pays-Bas (1717), puis une Quadruple-Alliance, où l'Empire rejoint les trois puissances (1718). La seule contribution notable des Anglais est la victoire du cap Passero (1718), où la flotte de l'amiral George Byng (1663-1733), vicomte Torrington, détruit la flotte espagnole. En 1717, un schisme s'est produit entre les whigs. Les uns (Towshend, Walpole), trouvant la politique étrangère plus inspirée par les intérêts du Hanovre que par ceux de l'Angleterre, quittent le gouvernement, tandis que les autres se regroupent autour de Sunderland et de Stanhope.

1721 : Walpole devient Premier lord de la Trésorerie et chancelier de l'Échiquier. Il cherche à mener une politique conciliante.

1723 : retour en Angleterre de Bolingbroke, qui s'attache à ressusciter un torysme entièrement dégagé de toute compromission avec les Stuarts.

1727 : à la mort de George Ier, George II monte sur le trône. Son épouse, Caroline Wilhelmine, sera le meilleur soutien de Walpole.

5.2. Le règne de George II (1727-1760)

1730 : John Carteret (1690-1763), comte Granville, rompt avec Walpole, dont l'isolement politique va grandissant.

1737 : l'opposition à Walpole (whigs dissidents et « new tories ») se regroupe autour de Frederick Louis (1707-1751), prince de Galles, à Leicester House. De violentes émeutes éclatent à Édimbourg.

1738-1740 : à Oxford, John Wesley prononce son premier sermon. À partir de 1740, la prédication méthodiste se répand dans toute l'Angleterre.

1741-1742 : les élections (1741) sont perdues par Walpole, qui doit abandonner le pouvoir (1742).

1742-1744 : ministère whig, dirigé par Carteret, Newcastle et Henry Pelham, deux alliés de Walpole.

1744 : chute du ministère Carteret. Pelham restera le pivot du gouvernement whig jusqu'en 1754. L'Angleterre joue un rôle de plus en plus important dans la guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748), surtout après l'entrée de William Pitt au ministère.

1745 : les Anglais sont battus par le maréchal Maurice de Saxe à Fontenoy (→ bataille de Fontenoy).

1745-1746 : le prétendant Stuart, Charles Édouard, débarque en juillet 1745 en Écosse ; il est écrasé à la bataille de Culloden (16 avril 1746) : une violente répression ainsi que des réformes profondes, destinées à favoriser l'assimilation de l'Écosse à l'Angleterre, sapent les derniers restes d'influence jacobite en Écosse.

1754-1756 : à la mort de Pelham, Thomas Pelham-Holles, duc de Newcastle, prend la tête du Cabinet.

1757 : une coalition Pitt-Newcastle dirige le Cabinet. Mais c'est Pitt qui s'occupe de toutes les affaires importantes, et surtout de la guerre.

1756-1763 : guerre de Sept Ans, qui est l'aboutissement d'une longue rivalité entre la France et l'Angleterre pour la constitution de leurs empires respectifs. Le traité de Paris, signé en 1763, accorde à l'Angleterre le Canada, la Floride (en échange de Cuba et de Manille, rendues à l'Espagne), toute une série des petites Antilles (Montserrat, Saint-Vincent, la Grenade) – mais non la Guadeloupe et la Martinique (les « îles à sucre ») –, le Sénégal et tous les territoires que la France possédait à l'est du Mississippi (sauf La Nouvelle-Orléans). L'Angleterre domine le monde sans rivale.

Pour en savoir plus, voir l'article méthodisme.

6. Le règne de George III (1760-1820)

1760-1762 : influencé par son conseiller, John Stuart, comte de Bute, un des chefs du nouveau torysme, George III se débarrasse des whigs. Pitt abandonne le pouvoir en 1761, et Newcastle en 1762.

1762-1763 : ministère tory de Bute.

1763-1765 : ministère Grenville, appuyé sur la faction whig hostile à Pitt ; mais George Grenville provoque l'affaire Wilkes. Ce député, ayant attaqué le roi dans un article, est poursuivi pour injure au roi : bien que la justice ait tranché en sa faveur, il est obligé de s'exiler.

1765-1766 : ministère de Rockingham.

1766-1768 : ministère Pitt.

1770-1782 : ministère de Frederick North, qui se maintient contre les whigs de Pitt et les « nouveaux whigs » menés par Edmund Burke et Charles James Fox.

1773 : les incidents de Boston montrent l'indignation des Américains devant la politique de taxation entreprise par l'Angleterre, qui estiment qu'un Parlement où ils ne sont pas représentés ne saurait leur imposer de payer des taxes.

1775-1783 : guerre de l'Indépendance des colonies américaines (Déclaration d'indépendance américaine, 1776). La reddition d'une armée britannique à Saratoga (1777) décide la France (1778), l'Espagne (1779) et la Hollande (1780) à soutenir les colons.

1782 : la victoire navale de l'amiral Rodney à la Dominique sauve les Antilles anglaises. Cependant, North doit se retirer, et George III faire appel aux whigs (cabinet Rockingham [1782] et celui du comte de Shelburne [1782-1783]).

1783 : l'Angleterre, au traité de Versailles, reconnaît l'indépendance des colonies américaines, devenues les États-Unis d'Amérique. Elle cède à la France Tobago, le Sénégal et Saint-Pierre-et-Miquelon, et à l'Espagne Minorque et la Floride.

1783-1784 : pendant un temps, une coalition hétéroclite de whigs (Fox) et de tories (North) gouverne. Le roi, excédé par la domination des factions, fait appel (décembre 1783) à William Pitt (dit le Second Pitt), qui finit par s'assurer le soutien des tories et de quelques whigs. Les élections de 1784 assurent une majorité triomphale au roi et au ministre qu'il s'est choisi et qui sera au pouvoir durant 19 ans.

1784 : Bill sur l'Inde, qui fait passer au Parlement le contrôle de l'activité politique de la Compagnie des Indes orientales.

1786 : traité de commerce avec la France.

1788 : premier accès de folie du roi George III.

1789 : dès les débuts de l'agitation en France, on assiste à un renouveau du radicalisme (Thomas Paine, William Godwin).

1793 : à la suite de l'exécution de Louis XVI, la guerre éclate entre la France et l'Angleterre.

1795 : échec de l'expédition de Quiberon.

1796-1797 : si la flotte remporte des succès sur les Espagnols (cap Saint-Vincent, 1797) et sur les Hollandais (Camperdown, 1797), elle est désorganisée par de violentes mutineries, tandis que l'hémorragie causée par les versements au bénéfice des alliés continentaux oblige à suspendre la convertibilité en or des billets de la Banque d'Angleterre. L'Irlande catholique reste une menace constante sur les arrières anglais.

1800-1802 : Pitt réussit à obtenir l'union de l'Angleterre et de l'Irlande (1800), qui envoie siéger à Londres 100 députés aux Communes et 32 lords à la Chambre haute, le libre-échange étant établi entre les deux pays. Mais il ne peut imposer l'émancipation des catholiques, à laquelle George III s'oppose. L'échec de Bonaparte en Égypte (victoire de Nelson à Aboukir, 1798) et la lassitude des alliés continentaux de l'Angleterre, qui, après Marengo (14 juin 1800) et Hohenlinden (3 décembre 1800), recherchent la paix, amènent une accalmie. Pitt, battu sur la question irlandaise, s'étant retiré (1801), c'est son successeur, Henry Addington, vicomte Sidmouth, qui conclut avec la France le traité d'Amiens (1802).

1803 : la guerre reprend rapidement, l'Angleterre se refusant à rendre Malte, comme le traité d'Amiens l'y oblige.

1804-1806 : Pitt revient au pouvoir (1804), entouré de jeunes tories, George Canning et Spencer Perceval entre autres. Il déclare aussitôt la guerre à l'Espagne, sur la flotte de laquelle Napoléon compte pour l'aider à accomplir l'invasion de l'Angleterre, qu'il prépare au camp de Boulogne. Mais Napoléon ne réussit pas à rassembler ses vaisseaux, Nelson soumettant à une chasse impitoyable les flottes françaises : c'est contre l'Autriche qu'il utilise les troupes de Boulogne, au moment même où l'amiral Nelson détruit au cap Trafalgar les flottes française et espagnole (→ bataille de Trafalgar 21 octobre 1805). La maîtrise des mers est désormais assurée à l'Angleterre.

1806 : mort de Pitt, qui est remplacé par un cabinet de coalition, où se retrouvent whigs (Fox) et tories, sous la direction de William Wyndham Grenville. Le Blocus continental, décidé par Napoléon en 1806, interdit aux pays européens de commercer avec l'Angleterre ; mais sa flotte donne à cette dernière les moyens de riposter. Elle détruit les dernières flottes continentales qui pouvaient la gêner (bombardements de Copenhague, 1807), saisit les colonies hollandaises et espagnoles, et contrôle avec rigueur le trafic des navires neutres.

1807 : un ministère tory uni sous la direction du duc de Portland reprend le pouvoir.

1808 : profitant de l'insurrection espagnole, les Anglais débarquent au Portugal, d'où, très vite, ils obligent les Français du général Junot à se retirer.

1809 : ministère Perceval. Une tentative d'attaque des Pays-Bas échoue, alors qu'avec peu de forces Arthur Wellesley remporte la victoire de Talavera, en Espagne, et reçoit le titre de vicomte Wellington.

1810 : le roi George III succombe définitivement à la folie. Son fils (le futur George IV) devient régent en 1811.

1810-1814 : Wellington continue avec succès ses opérations en Espagne, jusqu'à la victoire de Vitoria (juin 1813). Napoléon, écrasé par les forces de la coalition, abdique (4 avril 1814). Cependant, les tracasseries imposées par les navires anglais aux vaisseaux neutres ont provoqué une guerre entre l'Angleterre et les États-Unis (1812-1814), d'ailleurs opposés sur la délimitation de la frontière avec le Canada.

1815 : les troupes anglaises et Wellington, à Waterloo (18 juin 1815), contraignent Napoléon à abdiquer pour la seconde fois. Au congrès de Vienne, où Castlereagh représente l'Angleterre, celle-ci garde un certain nombre de ses conquêtes : Le Cap, Sainte-Lucie, Tobago, les Seychelles, l'île de France (devenue l'île Maurice), Malte, les îles Ioniennes et Helgoland. Toutefois, elle refuse de s'associer à la Sainte-Alliance.

1815-1820 : le régent est détesté, et le gouvernement tory, dominé par Robert Stewart, vicomte Castelreagh, est incapable de répondre aux aspirations des Anglais et de maîtriser la crise économique. Au contraire, la New Corn Law (1815) provoque une formidable montée du prix du grain. Et l'agitation gagne le pays, obligeant le gouvernement à prendre des mesures répressives violentes (massacre de Peterloo à Manchester, 1819).

1820 : mort de George III. Avènement de George IV.

7. L'hégémonie anglaise (1820-1873)

Partie la première dans la révolution industrielle, disposant d'un immense empire et dominant le commerce mondial, l'Angleterre est, à partir de 1815, la première puissance du monde.

1820 : George IV intente un scandaleux procès à son épouse, Caroline de Brunswick.

1822 : Robert Peel puis, après le suicide de Castlereagh, Canning viennent renforcer le gouvernement. Avec eux triomphe le nouveau torysme, plus libéral, plus ouvert aux nouveautés.

1824 : suppression de la loi de 1799 contre les trade unions.

1826 : suppression de l'Acte de navigation et de la réforme du Code pénal.

1827 : à Navarin, la flotte de l'amiral Edward Codrington détruit la flotte turque, aidant ainsi l'indépendance grecque. À la mort de Canning, le roi appelle Frederick John Robinson, vicomte Goderich.

1828 : ministère Peel-Wellington.

1829 : émancipation des catholiques.

1830 : Guillaume IV roi d'Angleterre. Agitation en faveur de la réforme parlementaire, dont les whigs (que l'on commence à appeler les « libéraux ») se sont faits les propagandistes. Charles Grey forme un cabinet libéral.

1831-1832 : après s'être un moment retirés, les libéraux obtiennent le vote de la réforme parlementaire. Les conditions nécessaires pour faire partie de l'électorat sont uniformisées et liées plus nettement qu'auparavant à la possession d'une certaine fortune. Ces modestes changements suffisent à amener au pouvoir le parti libéral : l'aristocratie foncière laisse la place aux classes moyennes. Toute une série de réformes va suivre, œuvre des ministères dominés par Grey, William Lamb, vicomte Melbourne, et Henry Temple, vicomte Palmerston.

1833 : réduction des revenus de l'Église irlandaise. Abolition de l'esclavage. Premières lois sur le travail des femmes et des enfants.

1834 : nouvelle loi des pauvres. Bref ministère Peel. Malgré le développement des idées socialistes, sous l'influence de Robert Owen, le premier essai syndicaliste d'envergure échoue.

1835 : ministère libéral (Melbourne). Réforme municipale.

1836 : réforme de la dîme en Angleterre. Début des grandes constructions de voies ferrées.

1837 : début de l'exploitation du télégraphe. Mort de Guillaume IV et avènement de Victoria Ire.

1838 : la rédaction par Feargus Edward O'Connor de la « Charte du peuple », qui réclame en particulier le suffrage universel, donne un regain de vigueur aux revendications ouvrières en les faisant passer sur le plan politique (→ chartisme).

1839 : dépôt de la pétition nationale des chartistes aux Communes ; bien que celle-ci ait recueilli plus d'un million de signatures, les députés n'en tiennent pas compte.

1840 : Palmerston forme la Quadruple-Alliance (avec la Russie, la Prusse et l'Autriche-Hongrie), pour contrecarrer les visées de la France et de son allié, le pacha d'Égypte, en Orient. Mariage de Victoria et d'Albert de Saxe-Cobourg-Gotha.

1841 : ministère conservateur de Peel.

1842 : traité d'Ashburton, qui règle les différends frontaliers entre le Canada et les États-Unis. Naissance du mouvement de la Jeune-Irlande. Interdiction du travail des enfants et des femmes dans les mines. Fin de la guerre de l'opium. Instauration de l'impôt sur le revenu (Income Tax).

1844 : loi de fabrique (Factory Act) pour améliorer la condition ouvrière. Arrestation du leader irlandais Daniel O'Connell.

1845-1847 : disette de la pomme de terre en Irlande. Abolition en Angleterre de la loi sur les blés (1846), réclamée à la fois par le peuple, écœuré des prix exorbitants du pain, et par les industriels favorables au libre-échange (tel Richard Cobden). Mais le parti conservateur est divisé en protectionnistes et en libre-échangistes, et le ministère Peel tombe sur la question d'Irlande. Il est remplacé par un ministère dirigé par John Russell.

1847 : loi de dix heures, qui réduit le travail ouvrier. Grave crise du commerce britannique.

1848-1849 : le chartisme s'essouffle et perd bientôt toute importance.

1850 : la hiérarchie catholique est reconstituée en Angleterre. Avec le mouvement d'Oxford (Newman, Wiseman), le catholicisme connaît une nouvelle fortune en Angleterre.

1851 : l'Amalgamated Society of Engineers marque le nouveau départ du syndicalisme en Angleterre ; il s'agit avant tout d'un syndicalisme d'ouvriers qualifiés. Chute de Palmerston, remplacé par George Leveson-Gower, comte Granville.

1852 : chute du ministère Russell. Après un essai des conservateurs (Edward Stanley, 14e comte de Derby, Benjamin Disraeli), c'est un ministère de coalition où se retrouvent les libéraux et les conservateurs libre-échangistes, les « peelites » (George Gordon, comte d'Aberdeen, Gladstone).

1853 : loi de fabrique.

1854-1856 : guerre de Crimée, qui révèle l'incurie de l'état-major britannique.

1855-1858 : Palmerston est chargé de mettre sur pied un ministère de guerre et prend des mesures énergiques pour réorganiser l'armée.

1857-1860 : guerre contre la Chine.

1858-1859 : nouveau ministère Derby-Disraeli.

1859 : second ministère Palmerston ; les « peelites » sont désormais considérés comme de véritables libéraux.

1860 : les syndicats londoniens se regroupent dans le London Trade Council.

1865 : mort de Palmerston. Ministère Russell.

1866-1868 : troisième ministère Derby-Disraeli. Il fait passer au Parlement une seconde réforme électorale (1867). La répartition des sièges est une nouvelle fois modifiée. Mais, surtout, il accorde le droit de vote à tous les citoyens mâles, chefs de famille, à condition qu'ils occupent une maison entière. Près d'un million de nouveaux électeurs votent désormais ; restent exclus les ouvriers non qualifiés (mineurs, manœuvres, dockers…).

1868 : ministère Gladstone. Premier congrès des trade unions, qui démontrent ainsi leur force.

1869 : séparation de l'Église et de l'État en Irlande.

1870 : Elementary Education Act, qui crée l'école élémentaire obligatoire. Premier Land Act en Irlande.

1871 : reconnaissance par le Trade Union Act de l'existence des syndicats. Des mesures sont toutefois prises pour s'opposer à la grève.

1873 : Judicature Act de Roundell Palmer, comte de Selborne, qui réforme le système judiciaire.

1873-1874 : malgré l'importance des réformes qu'il a réalisées, le ministère Gladstone a subi des échecs sérieux (en Irlande et dans ses relations avec les États-Unis). Les élections de 1874 donnent la majorité aux conservateurs, rompant la longue domination libérale et ouvrant l'ère de l'alternance.

Pour en savoir plus, voir l'article Victoria Ire

8. L'hégémonie contestée (1873-1914)

1874 : ministère Disraeli, où figure aussi Robert Gascoyne Cecil, marquis de Salisbury.

1875-1876 : des mesures sociales sont prises par le gouvernement conservateur.

1876 : Victoria prend le titre d'impératrice des Indes, symbole de l'option impériale de l'Angleterre, qui est alors engagée sur tous les continents dans de nouvelles aventures coloniales (Égypte, Baloutchistan, Transvaal, Chypre, Afghanistan, etc.).

1879 : fondation par Michael Davitt de la Ligue agraire irlandaise. Charles Stewart Parnell devient le chef incontesté des nationalistes irlandais.

1880 : retour des libéraux au pouvoir ; ministère Gladstone, où figurent les « nouveaux radicaux » (→ Joseph Chamberlain).

1881 : mort de Disraeli. Deuxième loi agraire pour l'Irlande.

1884 : au Soudan, le général Charles Gordon, dit Gordon Pacha est assassiné (1885). Le mouvement socialiste connaît un regain de succès. La nouvelle réforme électorale accorde pratiquement le suffrage universel et rend, à peu de chose près, la représentation proportionnelle à la population.

1885 : gouvernement conservateur de Salisbury.

1886 : troisième ministère Gladstone ; celui-ci se décide en faveur du Home Rule en Irlande. Mais le parti libéral se scinde alors, ceux qui, avec Joseph Chamberlain, restent attachés à l'union (→ unionisme) apportant le soutien de leurs voix aux conservateurs : formation du ministère Salisbury.

1889 : la grève des dockers démontre que le syndicalisme britannique a désormais aussi une grande emprise sur les ouvriers non qualifiés.

1890 : rupture entre les membres du parti irlandais à la suite du scandale Parnell.

1891 : mort de Parnell.

1892-1894 : quatrième ministère Gladstone, qui a pour but le vote du Home Rule. Mais son projet, accepté par les Communes, est repoussé par les Lords en 1893. Déçu, Gladstone se retire ; Archibald Philip Primrose, comte de Rosebery, le remplace en 1894. En 1893, James Keir Hardie, l'un des leaders du nouveau syndicalisme, fonde l'Independent Labour Party.

1895-1900 : ministère conservateur et unioniste de lord Salisbury, où figurent en particulier Arthur James Balfour et Joseph Chamberlain. Nouvelle intensification de l'action impériale, en particulier en Afrique australe, ce qui crée de violentes tensions avec la France (→ affaire de Fachoda, 1898), tandis que sa politique méditerranéenne oppose la Grande-Bretagne à la Russie et à la Turquie.

1900 : le Labour Representation Committee regroupe des représentants de tous les mouvements ouvriers, partis ou syndicats ; il est destiné à faire élire aux Communes des députés défendant les intérêts de la classe ouvrière (le secrétaire est James Ramsay MacDonald).

1901 : mort de Victoria. Avènement d'Édouard VII.

1902 : ministère Balfour. La paix de Vereeniging met fin à la deuxième guerre des Boers (annexion de l'Orange et du Transvaal). Le Sinn Féin est fondé en Irlande.

1903 : Chamberlain préconise la création d'un marché impérial. Début du mouvement féministe. Pour l'Irlande, vote du Land Purchase Act.

1905 : le ministère conservateur, affaibli par les prises de position protectionnistes de Chamberlain, qui l'a d'ailleurs quitté, cède la place au ministère libéral de Henry Campbell-Bannerman.

1906 : les élections confirment le renouveau libéral, tandis que le Labour Committee réussit à faire élire 29 députés. Le parti travailliste est ainsi fondé.

1908 : Herbert Henry Asquith Premier ministre.

1909 : David Lloyd George présente un budget qui institue un impôt progressif sur le revenu et taxe lourdement les profits des propriétaires qui ne participent pas à la mise en valeur de leurs biens (propriétaires absentéistes des grands domaines, propriétaires des terrains sur lesquels opèrent les compagnies minières). Les lords refusent de voter le budget.

1910 : les libéraux présentent le « Parliament Bill », qui retire aux lords tout droit de veto à un projet de loi ayant un caractère financier. La mort d'Édouard VII, remplacé par George V, retarde le vote du bill, qui n'aura lieu qu'en 1911.

1910-1913 : grande vague de grèves, malgré le vote de nouvelles mesures sociales. En 1913, le Trade Union Act autorise les syndicats à utiliser leurs fonds à des fins politiques si la majorité de leurs membres sont d'accord.

1912-1914 : la grande tâche du gouvernement Asquith est de faire enfin voter le Home Rule pour l'Irlande. Il est sur le point d'y parvenir lorsque éclate la Première Guerre mondiale. Liée à la France depuis l'Entente cordiale (1904), l'Angleterre, malgré les hésitations du gouvernement Asquith, déclare la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914.

9. De la Première à la Seconde Guerre mondiale (1914-1945)

1915 : le gouvernement libéral d'Asquith se transforme en 1915 en un gouvernement de coalition, où figurent des conservateurs (Balfour, Andrew Bonar Law, Edward Henry Carson) et le travailliste Arthur Henderson.

1916 : la révolte irlandaise amène le retrait d'Asquith et la formation d'un ministère Lloyd George, qui, bien que lui-même libéral, est surtout soutenu par des conservateurs. Malgré deux millions d'engagements volontaires, il faut peu à peu mettre sur pied un véritable service militaire obligatoire. Et, sur mer, ce sont les Allemands qui, grâce à leurs sous-marins, prennent un moment l'initiative. L'effort de guerre oblige l'État à intervenir dans tous les domaines.

1917 : d'énormes dettes sont contractées auprès des États-Unis, et l'on doit avoir recours au rationnement.

1918 : la division du parti libéral signe l'arrêt de mort de ce parti, comme le montrent les élections de décembre, où, pour la première fois, votent les femmes de plus de 30 ans (le suffrage universel étant accordé aux hommes sans restriction aucune). La Grande-Bretagne sort affaiblie de la guerre. Lloyd George cherche à obtenir aux négociations ouvertes en France le plus d'avantages possible : la Grande-Bretagne recueille 25 % des réparations allemandes ; la Mésopotamie et la Palestine (→ campagnes de Palestine) lui sont accordées sous mandat, et la Transjordanie est soumise à un véritable protectorat anglais. En même temps, Lloyd George refuse tout ce qui lui paraît risquer de substituer une hégémonie française en Europe à une hégémonie allemande.

1919-1923 : deux problèmes dominent : l'Irlande et la crise économique. Dès 1920, toutefois, la division de l'Irlande en deux parties (→ Ulster) puis la reconnaissance, à la fin de 1921, de l'État libre d'Irlande apportent une solution au problème. Dans le domaine économique, si le nombre des chômeurs culmine en 1921 à 2 700 000, il ne descendra jamais au-dessous du million. Dans cette conjoncture, malgré de grandes grèves (1921), les syndicats doivent peu à peu reculer, tandis que les conservateurs abandonnent Lloyd George et, après un court ministère (celui de Bonar Law, 1922), s'installent au pouvoir (ministère Stanley Baldwin, 1923).

1924 : les conservateurs perdent la majorité absolue aux élections. Pour la première fois, les travaillistes, appuyés sur les libéraux, accèdent au pouvoir (ministère MacDonald). Quelques réformes sociales sont entreprises avant que les élections ne ramènent au pouvoir Baldwin.

1924-1929 : l'alignement de la livre sur l'étalon-or en 1925 accentue la déflation. En 1926, malgré une grève générale, les ouvriers doivent accepter les réductions de salaire, et, en 1927, le gouvernement prend des mesures pour rendre la grève illégale (Trade Disputes and Trade Unions Act).

1929-1931 : les élections de 1929 ramènent au pouvoir une seconde coalition travaillistes-libéraux. Mais celle-ci est aussitôt confrontée à la crise économique mondiale. En un an, les exportations britanniques diminuent de 50 % et le nombre des chômeurs passe à 2 500 000. MacDonald, qui est à la tête du gouvernement, accepte de prendre la tête d'un gouvernement d'union nationale (1931).

1931 : le statut de Westminster crée le British Commonwealth of Nations.

1931-1939 : le redressement économique profite surtout aux conservateurs, qui enlèvent les élections de 1931 et de 1935, MacDonald ayant été désavoué par son propre parti, dont Clement Attlee devient le leader en 1935. Dès avant les élections, Baldwin a remplacé MacDonald, et les conservateurs restent au pouvoir (ministères Baldwin [1935-1937] et Neville Chamberlain [1937-1940]). La mort de George V (1936) est suivie de l'avènement d'Édouard VIII, qui abdique presque aussitôt ; George VI devient roi. Le gouvernement de Neville Chamberlain pratique une politique de recherche de la paix qui le conduit à prendre une part déterminante dans la conclusion des accords de Munich (1938). Mais l'Angleterre et la France ont garanti les frontières de la Pologne ; la violation de celles-ci par Hitler entraîne dans la guerre (septembre 1939) un pays unanime, mais mal préparé militairement et diplomatiquement.

1939-1940 : la Seconde Guerre mondiale. Les troupes britanniques s'enlisent d'abord sur la frontière française dans la « drôle de guerre ». La percée allemande provoque la retraite française, et les troupes anglaises doivent être rembarquées à Dunkerque (juin 1940). L'armistice conclu entre la France et l'Allemagne laisse la Grande-Bretagne seule pour supporter le poids de la guerre. Le gouvernement, dirigé par Winston Churchill (conservateur) et où figurent des libéraux et des travaillistes (Ernest Bevin, Attlee), organise l'effort de guerre. La guerre est d'abord aérienne, les Allemands organisant des bombardements incessants en vue de débarquer en Angleterre. La Royal Air Force (nom de l'aviation militaire britannique depuis 1918) gagne la bataille d'Angleterre (automne 1940).

1941 : les Anglais cherchent alors à agir en Méditerranée (Libye, Grèce), mais ils doivent subir la contre-attaque de Rommel en Libye (avril 1941). Cependant, l'invasion de l'Union soviétique par Hitler (22 juin 1941) offre aux armées anglaises un répit. La négociation avec les États-Unis d'un Lend-Lease Act (→ loi du prêt-bail mars 1941) permet à la Grande-Bretagne d'acquérir du matériel de guerre à crédit. L'entrée en guerre des États-Unis renforce encore ses liens.

1942 : échecs britanniques surtout dans le Pacifique, mais les armées britanniques de Montgomery remportent une première grande victoire le 23 octobre 1942 en Libye, à El-Alamein, sur les troupes de Rommel.

1943-1945 : débarquement de Sicile (1943), puis, en 1944, débarquement de Normandie. En mai 1945, l'Allemagne capitule, et la guerre ne continue qu'en Extrême-Orient, où les armées britanniques sont passées à l'offensive dès 1944 en Birmanie. En août 1945, les bombes atomiques américaines mettent fin à la guerre avec le Japon (→ Hiroshima, Nagasaki). Le gouvernement d'union nationale a accompli une œuvre considérable : non seulement il a gagné la guerre, mais il a pris des mesures d'une portée importante (publication du rapport Beveridge, Social Insurance and Allied Services sur la place de l'assistance sociale sous toutes ses formes, nouvelle loi sur l'éducation, etc.). Pourtant, le parti de son chef, Winston Churchill, ne remporte pas les élections de1945, gagnées par les travaillistes.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire de l'Irlande, Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale.

10. Le Royaume-Uni de 1945 à 1964 : repli insulaire et construction d'un monde nouveau

10.1. Les travaillistes au pouvoir (1945-1951) : reconstruction et étatisation

Pour remédier à la grave situation économique, le nouveau gouvernement, dirigé par Clement Attlee, renforce le dirigisme hérité de la guerre. Il nationalise la Banque d'Angleterre (1946) puis l'énergie, les charbonnages, l'aviation civile, les télécommunications, les transports, l'électricité, enfin la sidérurgie (1951).

Par ailleurs, le National Insurance Act de 1946 développe le Welfare State, , (État providence) et étend à toute la population le principe de l'assurance sociale établi en 1906, en instaurant des allocations chômage, maladie, vieillesse, des prestations familiales et des pensions. Un système national de santé est mis sur pied, qui assure la gratuité des soins pour tous. L'indemnisation des accidents du travail est imposée. Priorité est aussi donnée à la construction de logements, notamment dans des villes nouvelles. Cette politique ambitieuse de redistribution des richesses est financée par un surcroît d'imposition des revenus les plus élevés ainsi que par des prêts américains, négociés par John Maynard Keynes. En contrepartie, Attlee signe les accords de Bretton Woods et s'engage à rendre la livre convertible.

Pour faire face aux difficultés économiques (faiblesse de la monnaie, croissance insuffisante), un programme d'austérité est adopté. Mais le plan Marshall et la dévaluation de la livre en 1949, qui marque la fin de sa parité avec le dollar, relancent la croissance, dans l'inflation. En 1951, le parti conservateur, dirigé par Churchill et rallié à un interventionnisme modéré de l'État, gagne les élections.

10.2. Les conservateurs au pouvoir (1951-1964) : prospérité et prolongement de l'intervention de l'État

La sidérurgie et les transports sont rendus au secteur privé. Mais la mise en chantier de logements s'accélère, des aides à l'accession à la propriété et des allocations familiales sont instituées, les dépenses sociales augmentent. Sous les gouvernements Churchill (1951), Anthony Eden (1955), Harold Macmillan (1957) et Alec Douglas-Home (1963), le pays connaît une période de prospérité non inflationniste et de plein emploi (2,8 % de croissance par an). Les classes moyennes se développent et les Anglais goûtent à la société d'abondance, preuve pour eux du bien-fondé de la régulation de l'économie par l'État (politique de stop and go). Cependant, en 1964, le ralentissement de la croissance et l'usure du pouvoir ramènent, de justesse, les travaillistes au gouvernement.

10.3. La fin de l'Empire britannique

Les troubles en Inde ont conduit le gouvernement Attlee à envisager l'indépendance de la péninsule, puis, face à l'aggravation des tensions entre les communautés hindoue et musulmane, une partition et le retrait des troupes britanniques. En 1947, le territoire est scindé en deux États, l'Inde et le Pakistan (oriental et occidental) musulman. Le départ des Anglais s'effectue dans un climat de violences (plus de 500 000 morts, dont le Mahatma Gandhi, des millions de personnes déplacées).

Ceylan accède à l'indépendance, ainsi que la Birmanie (1947). La Malaisie obtient une autonomie relative. Les anciennes colonies allemandes d'Afrique, reçues en mandat en 1919, sont placées sous la tutelle de l'Organisation des Nations unies (ONU). La conférence de Londres de 1949 assouplit les institutions du Commonwealth qui regroupe tout ou partie des nouveaux États, maintenant des liens politiques, économiques, financiers (zone sterling) et culturels entre ces derniers et l'ancienne métropole. Celle-ci ne s'oppose pas au départ de l'Irlande, devenue une république indépendante (1949).

À partir de 1957, la seconde vague de décolonisation achève de démanteler l'Empire, avec, notamment, l'accession à l'indépendance des pays d'Afrique et des Caraïbes. À la suite de la condamnation de l'apartheid par Macmillan, l'Afrique du Sud se retire du Commonwealth en 1961.

Pour en savoir plus, voir l'article décolonisation.

10.4. La question du Moyen-Orient

En Palestine, malgré la pression américaine, le gouvernement britannique pratique une politique pro-arabe et bloque l'immigration juive (→ affaire de l'Exodus, en 1947). Les attentats sionistes se multiplient. L'Angleterre confie alors ses responsabilités à l'ONU, qui vote un plan de partage du pays : l'Ouest est attribué aux Juifs, l'Est aux Arabes. L'État d'Israël, proclamé au lendemain du départ des derniers soldats britanniques (14 mai 1948), reconnu par l'URSS et les États-Unis, est aussitôt envahi par ses voisins arabes.

→ guerres israélo-arabes.

Londres participe au règlement de la question iranienne (1953), signe les accords de Bagdad en 1955 (avec la Turquie, l'Iraq, l'Iran, le Pakistan et les États-Unis), assurant ainsi le maintien de sa présence dans une région stratégique, notamment par sa richesse en pétrole. L'aventure du canal de Suez, en 1956 (réponse militaire franco-britannique et israélienne à la nationalisation du canal par Gamal Abdel Nasser), remet son influence en question. Sa victoire sur le terrain constitue en fait un grave échec diplomatique : le royaume est condamné par la communauté internationale, les Soviétiques brandissent la menace nucléaire, les Américains refusent leur soutien, la livre est attaquée, l'image du pays au Moyen-Orient arabe est sérieusement compromise. Les Anglais se replient et estiment ne plus pouvoir désormais s'engager dans une action internationale sans s'être au préalable assurés du soutien américain.

10.5. La guerre froide et la construction européenne

Après la victoire de 1945, les Britanniques se rangent aux côtés des États-Unis dès les premiers signes de la guerre froide.

Le royaume participe à la mise sur pied des institutions internationales (Unesco) et occidentales (General Agreement on Tariffs and Trade, GATT), figure parmi les pays de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) bénéficiaires du plan Marshall, contribue au ravitaillement de Berlin lors du pont aérien de 1948 et participe à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Il s'engage également dans les affaires du continent européen et signe le traité de Bruxelles, en 1948, mais, rejetant toute idée supranationale, il n'adhère ni à la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) ni à la Communauté économique européenne (CEE).

Favorable à la seule ouverture des frontières, il s'allie à l'Autriche, au Danemark, au Portugal, à la Norvège, à la Suède et à la Suisse dans l'Association européenne de libre-échange (AELE) en 1958, mais celle-ci ne forme qu'un petit marché, qui ne peut contrebalancer le poids grandissant de la CEE, avec laquelle, d'ailleurs, le pays commerce davantage. Il y présente donc une première fois sa candidature, en 1961, mais se heurte au refus du général de Gaulle.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre froide.

11. « Économie en crise » et « société permissive » (1964-1979)

11.1. Du dirigisme au dérèglement de l'économie

L'accumulation des déficits oblige le gouvernement Harold Wilson à dévaluer la livre (1967) et à prendre des mesures de rigueur. La croissance se ralentit, la productivité chute, et l'inflation – alimentée par les hausses de salaires exigées par les syndicats et par le choc pétrolier (1973) – se développe d'une façon alarmante (25 % en 1975). La livre flotte à partir de 1972 et le pays s'enfonce dans la stagflation. L'outil industriel, peu modernisé, résiste mal à la concurrence internationale, le chômage progresse. En Europe, on parle de « mal anglais » : largement rattrapé par la RFA ou la France, le Royaume-Uni, qui était au 5e rang pour le PNB par habitant en 1951, passe à la 18e place en 1976 ; dans le même temps, sa part de la production mondiale est diminuée de plus de moitié, à moins de 10 %.

Pour rénover l'industrie et juguler le chômage, les travaillistes – au pouvoir de 1964 à 1970, puis de 1974 à 1979 – comme les conservateurs – de 1970 à 1974 – renforcent l'interventionnisme : Harold Wilson nationalise à nouveau la sidérurgie en 1969, Edward Heath fait de même avec Rolls-Royce en 1972, puis avec l'industrie aéronautique, l'automobile, les chantiers navals… En 1977, les dépenses publiques atteignent près de la moitié du PNB. Le pays est contraint de négocier des aides auprès du Fonds monétaire international (FMI), mais ne parvient pas à faire accepter les plans d'austérité budgétaire et salariale demandés par celui-ci. Les syndicats, tout-puissants, multiplient les grèves (1970 ; hivers 1973-1974 et 1978-1979).

Pour conserver le pouvoir, le parti travailliste doit conclure un accord avec le parti libéral en 1977. Un Front national xénophobe apparaît ; Écossais et Gallois élisent des députés nationalistes, mais, en 1979, ceux-ci rejettent par référendum un projet de dévolution des pouvoirs qui leur paraît insuffisant. À la suite de cet échec, une motion de censure est alors déposée par les conservateurs, le 28 mars 1979, et adoptée à une voix de majorité.

Présidé par Margaret Thatcher depuis 1975, le parti conservateur obtient la majorité aux élections de 1979. Les Britanniques, bénéficiaires de l'État providence et de l'élévation continue du niveau de vie, mais las de la crise latente, ont opté pour un changement de politique.

11.2. Une société plus tolérante

Au cours des années 1960 s'opère une révolution des mœurs : culte de la jeunesse, qui impose sa propre culture, libération de la sexualité, baisse de la natalité… Les gouvernements accompagnent cette évolution : la peine de mort est suspendue en 1965, abolie en 1969. Les relations homosexuelles entre adultes consentants sont légalisées en 1967, de même que l'avortement pour raisons médicales, l'année suivante ; la majorité électorale est abaissée à 18 ans et les procédures de divorce sont simplifiées en 1969 ; la discrimination sexuelle en matière d'emploi est interdite en 1975.

Malgré la persistance d'inégalités, la société paraît plus ouverte. Les modes de vie s'uniformisent. Les études universitaires se démocratisent. Aux postes dirigeants, les aristocrates cèdent place à des self-made-men comme les chefs du parti conservateur, E. Heath et M. Thatcher, issue de la petite classe moyenne.

11.3. Une politique extérieure recentrée vers l'Europe

En 1965, la Rhodésie rompt avec Londres, qui décrète l'embargo. Chypre et le Nigeria sont déchirés par la guerre civile. Le Commonwealth est impuissant. En proie aux difficultés budgétaires et intérieures, la métropole se désintéresse de l'outre-mer. Elle est contrainte de démanteler toutes ses bases à l'est d'Aden en 1967. La zone sterling ne survit pas au flottement de la monnaie, en 1972.

Refusée à nouveau en 1967, l'entrée dans la CEE est conclue en 1971, effective en 1973, renégociée par les travaillistes et enfin approuvée en 1975 par référendum (le premier dans l'histoire du pays) par 67 % des électeurs. Parallèlement, les liens avec l'Amérique du Nord passent au second plan, au profit des attaches continentales.

La question irlandaise se ravive : à partir de la fin des années 1960, les positions des protestants et des catholiques de l'Ulster se radicalisent. La province plonge bientôt dans la guerre civile, les attentats qui la ravagent s'étendent à la métropole dès 1972, les solutions politiques (accords de Sunningdale de 1973, plans de dévolution) ne dépassent guère le stade de projet.

Pour en savoir plus, voir l'article Grande-Bretagne : vie politique depuis 1979.