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Frères musulmans

en arabe al-Ikhwān al-Muslimūn

Mouvement politico-religieux sunnite fondé en Égypte en 1928 par l'instituteur Hasan al-Banna.

Les thèmes essentiels de la doctrine originelle des Frères musulmans sont la création d'un État musulman théocratique, le rétablissement du califat, la lutte contre toute tentative de rénovation ou de « modernisation » de l'islam, la dénonciation d'une civilisation occidentale en décadence, l'anticolonialisme, le panislamisme et le panarabisme ainsi que l'anticommunisme.

1. L'action clandestine

Le mouvement, qui compte très vite de nombreux adeptes, se dote en 1940 d'une infrastructure clandestine, formée de commandos placés sous le commandement direct de Hasan al-Banna. Entre 1945 et 1948, les Frères musulmans multiplient les attentats contre les dignitaires du régime égyptien, qui provoquent notamment la mort des Premiers ministres Ahmad Mahir (Ahmad Maher) [février 1945] et al-Nuqrachi (Nokrachy Pacha) [décembre 1948]. En février 1949, Hasan al-Banna est abattu par la police politique. Désorganisée par la mort de son fondateur et affaiblie par les pertes subies par les commandos engagés dans le premier conflit israélo-arabe (1948-1949) et la guérilla antibritannique (1951), la confrérie, légalisée en octobre 1951, apporte son appui au coup d'État des « officiers libres » (1952), avec lesquels elle avait noué des contacts, notamment par l'intermédiaire d'Anouar el-Sadate.

2. Interdits mais tolérés

Toutefois, les rapports entre les Frères musulmans et le nouveau régime se tendent. En janvier 1954, Gamal Abdel Nasser décide de dissoudre le mouvement, désormais interdit. Après l'échec d'un attentat organisé par la confrérie contre le raïs (octobre 1954), des centaines de militants sont emprisonnés. Ils bénéficient d'une amnistie générale en 1964, mais la découverte, en août 1965, d'un complot contre Nasser déclenche une nouvelle vague de répression, qui conduit notamment à l'exécution de Sayyid Qotb, idéologue fondamentaliste prônant une réislamisation radicale de la société et la guerre sainte.

L'accession au pouvoir de Sadate en 1970 et le cours antisoviétique que prend la politique égyptienne favorisent une détente entre les autorités et les Frères musulmans, dont des milliers de militants emprisonnés sont libérés en mai 1971.

La confrérie refait surface publiquement en 1974 et devient très active. Elle s'appuie en particulier sur les associations islamiques étudiantes, encouragées par le pouvoir depuis 1972 à supplanter les organisations de gauche au sein des universités. Alors que les Frères musulmans affirment renoncer à la lutte armée, ces groupes se radicalisent (création du Djihad islamique égyptien en 1977), visant notamment la minorité chrétienne copte et incitant le gouvernement à adopter de nouvelles mesures contre la mouvance qui, en dépit de ses divisions entre modérés et radicaux, est unanime pour condamner les négociations de paix israélo-égyptiennes (1977-1979). C’est à la suite d’une nouvelle vague d’arrestations dans les milieux islamistes que Sadate est assassiné par des djihadistes en 1981.

3. Les succès électoraux

Toutefois, la répression ne parvient pas à réduire un mouvement dont de nombreux militants sont libérés par Hosni Moubarak et qui peut présenter des candidats aux élections. Les Frères musulmans obtiennent ainsi des représentants en 1984 (en alliance avec le Wafd), en 1987 (alliés aux partis socialiste du Travail et socialiste libéral), et, (comme « indépendants ») en 1995 ainsi qu’en 2000, après une nouvelle vague d’arrestations dans leurs rangs.

Dirigée depuis 2004 par Mohammed Mahdi al-Akef, la confrérie, forte de son implantation au sein de la société par l’intermédiaire du monde associatif, de certaines organisations professionnelles et de ses œuvres sociales, remporte 88 sièges au Parlement à l'issue des élections législatives de 2005, devenant ainsi la deuxième force politique d'Égypte.

En janvier 2010, dans un contexte de crise au sein de la confrérie, profondément divisée entre conservateurs et réformistes, Mohammed Badie succède M. al-Akef, démissionnaire. Après avoir boycotté le scrutin qui ne mobilise qu'environ 30 % des électeurs, les Frères musulmans, sont éliminés de l’Assemblée à la suite des élections de 2010.

4. L'expansion des Frères musulmans à l'étranger

Dès les premières années du mouvement, des étudiants étrangers, venus compléter leur formation en Égypte et séduits par la pensée d'al-Banna, ont contribué à la propagation du mouvement. Une branche des Frères musulmans est fondée dès les années 1930 en Syrie, où ils s'opposent à l'entrée des troupes syriennes au Liban ; leurs membres, victimes d'une impitoyable répression de la part de la police d'Hafiz al-Asad (Hama, février 1982), sont aujourd'hui condamnés à vivre dans la clandestinité.

Dans les années 1940, les Frères musulmans s'établissent au Soudan, sous la houlette d'Hasan al-Tourabi. Ils pénètrent en Iraq, dans la région de Mossoul. Des branches de la confrérie sont créées en 1945 en Palestine (où le Hamas, officiellement fondé en 1987, se réclame de cette idéologie), et en Jordanie, où l'association est légale et participe aux élections législatives. Un bureau de communication avec le monde islamique est créé après 1945, les persécutions et l'exil qui ont suivi la dissolution des Frères musulmans par Nasser en 1954 ont favorisé son expansion à l'étranger.

En 1982 est créée l'Organisation internationale des Frères musulmans, ou Tanzim al-Dawli, constituée d'associations membres et d'autres considérées comme amies, comme la Jamaat-e-Islami au Pakistan, ou le parti de la Prospérité (Refah) en Turquie.

5. La confrérie après le soulèvement de février 2011

Après être resté prudemment à l’écart du soulèvement populaire qui conduit à la chute de Hosni Moubarak en février 2011, les Frères musulmans se rallient discrètement au mouvement et créent, dans la perspective des élections de novembre, le parti de la Liberté et de la Justice, dirigé par Mohamed Morsi. Affichant une image « civile » qui laisse de côté les thèmes trop liés à la religion et qui s'appuie sur la forte organisation de ses réseaux, ils arrivent en tête du scrutin devant la mouvance plus intégriste des salafistes (parti al-Nour) et les libéraux. Ayant obtenu une large majorité dans les deux assemblées parlementaires, ils font élire leur candidat, Mohamed Morsi, à la présidence de la République en juin 2012.

Se heurtant à l’hostilité des militaires, de l’institution judiciaire et d’une grande partie de la population, cette première expérience au pouvoir est cependant chaotique. À la suite de manifestations massives contre la « trahison » des objectifs de la révolution de 2011 et la confiscation de cette dernière par la confrérie, l’armée intervient en juillet 2013 avec le soutien de l’opposition (« libérale/laïque » mais aussi une partie des salafistes) pour destituer le président élu. Un nouveau bras de fer s’engage alors entre le pouvoir et les Frères musulmans dont de nombreux dirigeants sont arrêtés ou poursuivis. Alors que le maréchal Abdel Fattah al-Sissi est élu à la tête de l’État, une très sévère répression s’abat de nouveau sur le mouvement décrété « organisation terroriste »   des procès collectifs aussi expéditifs qu’inéquitables sont intentés contre ses membres et dirigeants (dont M.  Badie et M. Morsi) et, malgré les protestations internationales, des peines de mort et/ou de prison à vie sont prononcées à leur encontre. Pourchassés ou dispersés, les partisans du président déchu tentent avec peine de maintenir leur mobilisation.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire de l'Égypte après la conquête arabe, Égypte : vie politique depuis 1952, Palestine, Question palestinienne.