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France : histoire (jusqu'en 1958)

Baptême de Clovis
Baptême de Clovis

De 1100-1000 av. J.-C., commencement des infiltrations successives des Celtes, jusqu’à la fin du ive siècle, l'histoire des régions comprises entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l’Atlantique, est développée à l’article Gaule.

1. La pénétration germanique : les Francs

Début du ve siècle : les Barbares pénètrent en force dans l'Empire romain. Vandales, Suèves, Alains traversent la Gaule pour aboutir en Espagne (406) ; à leur suite, Francs et Burgondes passent le Rhin. Les Wisigoths s'installent en Aquitaine (412-413), tandis que les Bretons de Grande-Bretagne (chassés par l'arrivée des Saxons et les incursions des Celtes d'Irlande) se réfugient dans l'ouest de la Gaule (440). Un raid des Huns d'Attila est arrêté par Aetius et les Germains (451).

476 : fin de l'Empire romain d'Occident. Le christianisme, religion officielle depuis la fin du ive siècle, se répand lentement des villes vers les campagnes.

Entre 496 et 508 (?) :

baptême de Clovis, roi des Francs Saliens, peuple dont le centre de gravité se situe entre Tournai et Cologne, et qui a étendu sa domination sur la Gaule du Nord.

507 : victoire de Clovis sur les Wisigoths à Vouillé, qui fait de lui le maître des pays entre Loire et Pyrénées, sauf de la côte méditerranéenne.

534-536 : conquête du royaume burgonde et de la Provence par ses fils.

Pour en savoir plus, voir les articles Barbares, Francs, grandes invasions, Wisigoths.

2. Les Mérovingiens

En 511, à la mort de Clovis, le royaume franc se morcelle, tous ses héritiers mâles en ayant droit à une part. Peu à peu se forment trois royaumes : l'Austrasie, la Neustrie et la Burgondie (ou Bourgogne), qui se combattent et ne retrouvent un semblant d'unité que sous Clotaire Ier (558-561), Clotaire II (613-629) et Dagobert Ier (629-639). La période suivante, du milieu du viie siècle au milieu du viiie siècle, est celle des rois dits fainéants. L'Aquitaine et l'Armorique sont perdues. L'aristocratie (notamment les maires du palais) s'affermit progressivement aux dépens du pouvoir royal. En 687, Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie, devient le chef réel des trois royaumes. De 721 à 741, après une crise successorale, son fils Charles Martel est hérite de sa position ; il écrase les Sarrasins à Poitiers (732). En 751, son fils Pépin le Bref se débarrasse du dernier Mérovingien, Childéric III.

2.1. Les institutions

Le roi considère le royaume comme son patrimoine et dirige ses sujets comme un propriétaire ses paysans. Ses serviteurs constituent un embryon d'administration (maréchal, sénéchal, maire du palais) ; localement, le comte a les pouvoirs du roi (sauf la justice, rendue par les rachimbourgs), mais les évêques sont d'autres agents du pouvoir royal, surtout influents dans les villes.

2.2. La civilisation

La vie rurale reste dominante, la forêt recouvrant encore d'immenses espaces. Les grands domaines à la romaine constituent la principale forme d'exploitation. Cependant, une classe de petits propriétaires, détenteurs de manses, se développe peut-être sous l'influence germanique. Fusion culturelle progressive entre les Francs et les Gallo-Romains. Le monachisme, revigoré à la fin du vie siècle par les Irlandais (Colomban, fondateur de Luxeuil, vers 590), puis par les bénédictins, s'inscrit naturellement dans l'existence paysanne. Les villes se maintiennent, mais elles perdent leur rôle administratif et commercial pour ne garder que le double caractère militaire et religieux.

Pour en savoir plus, voir les articles bénédictin, Mérovingiens, monachisme.

3. Les Carolingiens

751-768 : Pépin le Bref, fondateur de la dynastie carolingienne, couronné roi des Francs et sacré par les évêques des Gaules (751), écrase les Lombards en Italie et donne la région de Ravenne au pape qui lui confère un second sacre, ainsi qu’à ses enfants, en 754. Il conquiert la Septimanie sur les Arabes et annexe l'Aquitaine.

768-814 : Charlemagne, protecteur de la papauté, couronné empereur d'Occident par le pape Léon III, à Rome (800). Création d'un empire de l'Èbre à l'Elbe. Annexion de la Lombardie (774) et de la Bavière (788). Soumission des Saxons (772-804) et des Avars en Pannonie (791-805). Échec en Espagne : massacre de l'arrière-garde du comte Roland à Roncevaux et conquête limitée à la Catalogne.

814-840 : Louis Ier le Pieux ne peut maintenir la cohésion de son empire face à la révolte de ses fils : Lothaire Ier (empereur, 840-855), Louis le Germanique (roi des Francs orientaux [817-843], puis de Germanie [843-876], Charles II le Chauve (roi des Francs occidentaux). Après l'alliance de Louis et de Charles contre Lothaire par le serment de Strasbourg (842), partage de l'Empire en par le traité de Verdun (843).

843-877 : Charles II le Chauve, premier roi de Francie occidentale (Francia occidentalis). Décadence de l'Empire carolingien ; nouvelles vagues d'invasions : raids sarrasins en Provence, razzias des Normands. Naissance de principautés territoriales, désormais aux mains des grandes familles.

877-884 : règnes de Louis II le Bègue (877-879), de Louis III et de Carloman (879-882), puis de Carloman seul (882-884). Recrudescence des raids normands.

884-887 : régence du royaume à Charles le Gros, roi de Germanie et empereur, incapable de conjurer le péril normand.

888 : couronnement du comte Eudes, défenseur de Paris, roi de 888 à 898. Après lui, la couronne de France alterne, ou est disputée, entre ses parents (Robertiens) Robert Ier (922-923) et Raoul de Bourgogne (923-936), et les Carolingiens : Charles III le Simple (893-923), Louis IV d'Outremer (936-954), Lothaire (954-986) et Louis V (986-987).

911 : installation des Normands en Normandie (traité de Saint-Clair-sur-Epte).

987 : mort du dernier souverain carolingien et élection de Hugues Capet, duc des Francs, dernier des Robertiens. Début de la dynastie capétienne.

3.1. Les institutions

Le roi tente de gouverner directement par l'envoi en province d'enquêteurs (missi dominici) et par des réunions régulières des grands propriétaires, qui ratifient les décisions impériales et rendent la justice. La vassalité et le bénéfice sont introduits dans l'organisation de l'État : ce sont les prémices de la féodalité.

3.2. Civilisation

L'Église est un instrument de gouvernement et le guide de la civilisation ; évêques et surtout moines (généralisation de la règle bénédictine sous Louis le Pieux) sont les éléments essentiels de la renaissance carolingienne (lettres et arts). Les livres sont ornés de miniatures et richement reliés. Une nouvelle écriture, plus lisible, est mise au point dans les monastères : la minuscule caroline, dont est issue notre écriture. Charlemagne ordonne aux évêques et aux monastères de réactiver le réseau d’écoles issu de l’Antiquité tardive et anime dans son propre palais un cercle de lettrés, l’Académie palatine. Cette renaissance intellectuelle et artistique se poursuit sous ses successeurs, en dépit des vicissitudes politiques, et perdure aux xe et xie siècles dans certains foyers isolés, sous l’impulsion des évêques de Reims, puis de Chartres, et des abbayes de Normandie.

3.3. La vie économique

La base matérielle du pouvoir carolingien réside dans lesgrands domaines royaux, qui, par leur mode d'exploitation, leur structure et leur rôle économique, forment le type des zones de grande propriété, caractéristiques de l'époque carolingienne ; de nombreux esclaves y sont employés et les paysans libres sont attachés à leur manse : c'est l'émergence du servage, à l'intersection des deux statuts. À ces domaines royaux, il faut joindre les grands domaines ecclésiastiques.

Pour en savoir plus, voir l'article Carolingiens.

4. Les Capétiens

Avec les Capétiens, il n'y a jamais de minorité : à chaque avènement, le roi est un adulte. Hugues Capet, de son vivant, prend soin de faire sacrer son fils. Le sacre fait du roi un personnage différent des autres féodaux, même si nombre de ceux-ci sont autrement puissants que lui.

987-1108 : Hugues Capet (987-996), Robert II le Pieux (996-1031), Henri Ier (1031-1060) et Philippe Ier (1060-1108), les premiers Capétiens, sont impuissants face aux grandes principautés qui les entourent. À l'intérieur de leur propre domaine, ils sont en butte à de puissants seigneurs. En politique extérieure, les premiers Capétiens ne jouent aucun rôle : ils ne participent pas à la première croisade, et le faible Philippe Ier ne peut empêcher son puissant vassal, le duc de Normandie, Guillaume Ier le Conquérant, de devenir roi d'Angleterre en 1066. Mais aucun prince ne leur conteste la royauté. L'époque est marquée par un nouvel essor de la civilisation, dû à la fin des invasions et à la recrudescence des échanges. La rénovation religieuse vient non pas des évêques – trop liés au système patronal de la féodalité –, mais des moines (→ Cluny) ; pèlerinages, croisades, trêves de Dieu, chevalerie en sont des manifestations.

1108-1180 : règnes décisifs de Louis VI le Gros (1108-1137) et de son fils Louis VII le Jeune (1137-1180), dont l'abbé de Saint-Denis (→ Suger, vers 1081-1151), est le conseiller. Ces souverains poursuivent la reprise en main de leur domaine propre par les armes, les rachats et les alliances matrimoniales. De plus en plus fréquemment, le roi est appelé à intervenir comme arbitre et juge (chartes communales) ; Paris devient décidément la capitale du royaume (→ histoire de Paris).

Par un jeu subtil, les Capétiens s'efforcent d'agrandir leur domaine aux dépens des grands barons, sur les domaines desquels le roi exerce des droits de suzeraineté. Le seul véritable danger pour la royauté vient du duc de Normandie, devenu, en 1066, roi d'Angleterre et bientôt maître, en France même, sous les Plantagenêts, du vaste « Empire angevin », définitivement constitué en 1154 sous Henri II.

4.1. Le réveil économique

Un net accroissement de population (malgré épidémies et famines) coïncide alors avec un bouleversement considérable de la vie agricole traditionnelle. Les petites tenures se multiplient au bénéfice des cellules familiales et villageoises ; les seigneurs attirent des « hôtes », qui jouiront d'une condition non servile, d'un terrain, et d'une maison pour lesquels ils versent une modique redevance. La vie de relation renaît : hommes, marchandises et idées (→  cathares, vaudois) circulent intensément sur des routes terrestres et fluviales en pleine rénovation ; une classe de financiers, de négociants se crée ; les foires deviennent les rendez-vous périodiques des professionnels de la marchandise. On assiste à la naissance d'agglomérations nouvelles (bourgs, faubourgs). Dans ce milieu urbain se développe une bourgeoisie de plus en plus puissante, ayant le sens de la solidarité et avide d'autonomie militante et d'émancipation (communes).

Le progrès se manifeste aussi dans la transmission du savoir (Abélard, Anselme) et dans la formation des maîtres autour des cathédrales et dans les monastères : c'est la « Renaissance du xiie siècle ». L'Antiquité resurgit dans l'art de raisonner et aussi dans l'architecture et la décoration, qui trouvent leur épanouissement avec l'art roman, puis, à partir de 1140, avec l'art gothique.

1180-1223 : règne du fils de Louis VII, Philippe II Auguste, qui affirme la puissance de la monarchie capétienne et lui donne son caractère national. Il fait preuve, dans sa lutte contre la puissance des Plantagenêts, d'une inflexible volonté. Sa politique annexionniste suscite contre la France la coalition de l'Angleterre, de la Flandre et de l'Empire, que Philippe Auguste et son fils brisent aux batailles de La Roche-aux-Moines et de Bouvines (1214), provoquant le premier sursaut d'un véritable sentiment national. L’appellation de roi de France (rex Franciae) commence à supplanter celle de roi des Francs (rex Francorum) : le pays prend consistance, au moins politique. Perfectionnement de l’administration locale (bailliset sénéchaux).

1223-1226 : règne de Louis VIII, qui soumet le Languedoc (son successeur héritera d'une partie du comté de Toulouse [traité de Paris en 1229], le reste échéant en 1249 à son frère puis, de là, au domaine royal en 1271).

1226-1270 : règne de Louis IX, ou Saint Louis. Blanche de Castille assure d'abord la régence et réprime les troubles suscités par les féodaux. Louis IX apparaît comme le garant de la justice, de la paix et de l'ordre chrétien ; il sera le dernier roi chevalier (7e et 8e croisade).

1270-1285 : règne de Philippe III le Hardi, qui s'illustre surtout par l'inféodation de la politique royale aux ambitions méditerranéennes de son oncle Charles d'Anjou (→  maisons d'Anjou). Progrès de l’administration royale avec l’émergence, au sein du Conseil du roi (→  Curia regis) d’un Parlement et d’une Chambre des comptes.

1285-1314 : règne de Philippe IV le Bel. Le conflit franco-anglais se rallume ; s'il acquiert le Barrois et le Lyonnais (1301), le roi ne peut mettre la main sur la Flandre (échec de Courtrai, 1302). Une monarchie résolument nationale s'affermit, qui s'appuie sur le droit romain, joue de l'effacement de l'Empire et contribue à celui du Saint-Siège (conflit avec Boniface VIII). À partir de 1302, le roi réunit par intermittences des assemblées d’états, prémices des futurs états généraux.

1314-1328 : après le court règne de Louis X le Hutin (1314-1316), la couronne passe à un fils posthume de ce dernier, Jean Ier, qui ne règne que quelques jours (1316). C'est alors qu'on décide d'écarter les femmes du trône de France pour permettre la transmission de la couronne à un frère de Louis X, Philippe V le Long (1316-1322), puis à un autre frère, Charles IV le Bel (1322-1328) ; ces rois ne laissant que des filles, le trône revient à un Valois, Philippe VI.

Pour en savoir plus, voir les articles Capétiens, chevalerie, croisades.

5. Les premiers Valois (1328-1440)

5.1. La première partie de la guerre de Cent Ans : 1337-1380

Le roi d'Angleterre Édouard III est par sa mère, Isabelle de France, le petit-fils de Philippe le Bel, alors que le nouveau roi de France, Philippe VI (1328-1350), n'est que son neveu, en ligne masculine. Comme les barons craignent de voir un prince étranger régner sur la France, il est décidé de compléter le dispositif de 1316 en déniant aux femmes le droit même de transmettre la couronne (c’est ce qu’on appellera à partir de 1374 la loi salique, en se fondant sur une interprétation forcée de la législation franque). Édouard III s’incline. Mais, depuis le traité de Paris de 1259, le roi d'Angleterre doit l'hommage au roi de France pour ses possessions continentales, comme l'Aquitaine, et il relève par là de la juridiction française, ce qui est source d'infinies contestations. La guerre commence en 1337 avec le refus d'hommage d'Édouard III, qui cherche à faire valoir ses droits à la couronne de France pour mieux se dégager du lien féodal.

La France subit de sérieuses défaites (→ L'Écluse, 1340 ; Crécy, 1346 ; Calais, 1347). Mais, en 1349, Philippe VI reçoit le Dauphiné en héritage, ainsi que Montpellier. La Peste noire, qui ravage la France et l'Europe occidentale (1348-1349), suspend les hostilités. Celles-ci reprennent sous Jean II le Bon (1350-1364), lorsque le fils d'Édouard III, le Prince Noir, dévaste l'Aquitaine. C'est en voulant le contrer que Jean le Bon est battu en 1356 dans le champ de Maupertuis à la bataille dite de Poitiers, et est fait prisonnier.

La captivité du roi engendre des troubles à Paris, où le mécontentement éclate aux états convoqués en 1356 par le dauphin Charles, devenu en l'absence de son père lieutenant général du royaume. Effrayés, les bourgeois se rassemblent derrière le Dauphin en 1358 et se détournent du meneur de la contestation, Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, qui est assassiné.

Au traité de Brétigny (1360), Édouard III renonce au trône de France, mais il conserve l'Aquitaine, le Poitou, l'Aunis, la Saintonge et Calais. Jean le Bon est libéré contre une forte rançon ; ne pouvant l'acquitter, il retourne en Angleterre, où il meurt presque aussitôt (1364). Devenu roi, son fils Charles V (1364-1380), en exploitant les ambiguïtés du traité de Brétigny, va, aidé du connétable Du Guesclin, récupérer la plupart des possessions anglaises. Charles V sait s'entourer d'excellents conseillers et fortifie le pouvoir royal (fiscalité). L'année même de son avènement, Du Guesclin remporte sur le roi de Navarre Charles le Mauvais, cousin du roi, la bataille de Cocherel, puis il débarrasse la France des Grandes Compagnies. Par une suite d'opérations bien conduites, il s'empare de presque tout le Sud-Ouest ainsi que de la Bretagne. À la fin du règne de Charles V, les Anglais ne possèdent plus en France que Calais, Bordeaux et Bayonne.

5.2. La deuxième partie de la guerre de Cent Ans : 1380-1440

Tout est compromis sous le règne de Charles VI (1380-1422) : la folie du roi, survenue en 1392, livre le royaume à ses oncles, à son frère Louis d'Orléans et à la reine Isabeau de Bavière. L’émulation entre ces princes stimule l’épanouissement d’un premier humanisme français influencé par l’hellénisme et le Trecento italien (→ Christine de Pisan, Jean de Gerson) qui ne survivra pas à la guerre civile. Le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, fait assassiner Louis d'Orléans en 1407 : ce meurtre est à l'origine du conflit entre Armagnacs et Bourguignons.

Ces derniers s'allient au roi d'Angleterre Henri V, qui bat à Azincourt les Armagnacs et les troupes royales (1415). Cependant, inquiet des progrès anglais, Jean sans Peur tente de se rapprocher du Dauphin. À l'entrevue du pont de Montereau, il est assassiné dans une rixe avec les gens du Dauphin (1419). Sa mort fait passer son héritier, Philippe le Bon, dans le camp anglais. Au traité de Troyes de 1420, Philippe le Bon, Henri V et Isabeau de Bavière s'entendent pour déposséder le Dauphin de ses droits.

Le roi d'Angleterre épouse la fille de Charles VI, Catherine, et devient l'héritier du trône de France. Mais Henri V meurt deux mois avant Charles VI (1422). Son fils Henri VI est théoriquement roi de France et d'Angleterre. Le Dauphin déshérité, reconnu roi par les Armagnacs sous le nom de Charles VII (1422-1461) ne contrôle à son avènement que les terres au sud de la Loire. Jeanne d'Arc lui donne confiance et force les Anglais à lever le siège d'Orléans. Elle bat ensuite Talbot à Patay et va à Reims faire sacrer Charles VII (juillet 1429). Ni son échec devant Paris, ni sa captivité, ni son supplice par les Anglais à Rouen (1431) n'arrêtent l'impulsion qu'elle a donnée.

Le tournant décisif pour Charles VII n’intervient pourtant qu’à la paix d'Arras (1435), quand il se réconcilie avec le duc de Bourgogne, puis s'emploie à remettre de l'ordre dans le royaume. En 1438, par la pragmatique sanction de Bourges, il réorganise l'Église de France et affirme son indépendance vis-à-vis du pouvoir pontifical. Il met fin ensuite à une tentative de révolte des derniers grands féodaux, la Praguerie (1440).

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de Cent Ans.

6. Le redressement français (1440-1483)

1440-1461 : bien conseillé par son trésorier Jacques Cœur, Charles VII reconstitue ses finances et dote le royaume d'une solide armée et d'une excellente artillerie, qui lui permettent de chasser définitivement les Anglais hors de France (1450-1453). Ceux-ci n'y possèdent plus que Calais.

1461-1483 : règne de Louis XI, qui lutte à son tour victorieusement contre les grands seigneurs, unis dans la ligue du Bien public (1465), et qui s'emploie à agrandir le royaume. En 1481, il recueille l'héritage de la maison d'Anjou, c'est-à-dire la Provence, le Maine et l'Anjou. Il a enlevé le Roussillon à l'Aragon. Sa tâche la plus lourde consiste à briser la maison de Bourgogne en la personne de son duc Charles le Téméraire ; il y parvient partiellement, acquérant la Bourgogne (1482), mais ne peut empêcher le mariage de Marie de Bourgogne, fille de Charles, avec Maximilien de Habsbourg, archiduc d'Autriche et futur empereur.

7. Le temps de la Renaissance et des discordes religieuses (1483-1589)

1483-1498 : règne de Charles VIII, qui, en épousant (1491) l'héritière de Bretagne, Anne, prépare l'annexion de ce duché à la France. Héritier de la maison d'Anjou à Naples, le roi mène une expédition aventureuse en Italie (1494-1495) ; il doit céder devant la coalition du pape, de Venise, de Ferdinand d'Aragon et de l'empereur Maximilien. Réunion des premiers états générauxvraiment représentatifs de toutes les provinces (1484).

1498-1515 : règne de Louis XII, d'abord duc d'Orléans, et continuation de cette politique, qui s'alourdit des prétentions de la maison d'Orléans sur le Milanais. Après quelques succès à Agnadel (1509) et surtout à Ravenne (1512), Louis XII perd l'Italie.

1515-1547 : règne de François Ier, Valois de la branche d'Angoulême. Il a épousé en 1514 Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne ; ainsi, le duché de Bretagne reviendra définitivement au domaine royal (1532). Le roi reconquiert le Milanais après la victoire de Marignan (1515). La paix perpétuelle est signée avec les cantons suisses (1516) : elle donne au roi de France le droit de lever régulièrement des mercenaires suisses. Concordat de Bologne (1516) avec le pape, qui accepte la mainmise du roi sur le clergé de France, moyennant un droit de regard (en vigueur jusqu’en 1790). Mais la menace vient désormais de la maison d'Autriche : Charles de Habsbourg, héritier des possessions bourguignonnes (Pays-Bas, Franche-Comté), roi d'Espagne, est élu empereur du Saint Empire, en 1519, sous le nom de Charles Quint. Enserré de toutes parts par les possessions du Habsbourg, qui désire de plus regagner la Bourgogne du Téméraire, François Ier entame une lutte de longue haleine. S'il est battu et fait prisonnier à Pavie en 1525, il peut, à la paix des Dames en 1529, conserver la Bourgogne. Allié des Ottomans, François Ier fait triompher une politique d'équilibre, mais il a échoué dans sa tentative d'alliance avec les Anglais (1520), qu'il aura aussi à combattre.

1547-1559 : règne d'Henri II, qui poursuit la lutte, marquée par une alternance de revers et de succès. Au traité du Cateau-Cambrésis (1559), la France perd ses conquêtes en Italie, mais garde Calais (repris aux Anglais en 1558) et les Trois-Évêchés (Metz, Toul et Verdun). Début des guerres de Religion.

7.1. Renaissance culturelle, essor économique et puissance monarchique

Sous François Ier, l'autorité royale s'enracine. Les nobles passent progressivement sous la dépendance royale au sein d'une cour fastueuse, mais nomade (châteaux de la Loire). Le clergé se soumet à la domination royale (concordat de Bologne, 1516) ; des secrétaires d'État sont mis en place (quatre en 1547) ; l'administration provinciale se développe (institution des généralités et création des commissaires départis sous Henri II).

D’abord à l’écoute de l’Italie et de l’Antiquité (→ première école de Fontainebleau), la Renaissance culturelle et artistique française recherche l’affirmation d’un style national (→ Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française, 1549 ; → Rabelais, architectes Philibert Delorme et Pierre Lescot, sculpteur Jean Goujon) qui évolue du classicisme vers le maniérisme (seconde école de Fontainebleau). En 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose l'emploi du français à la place du latin dans les actes officiels. L'afflux de métaux précieux américains suscite un intense mouvement commercial, qui enrichit le pays mais fait monter les prix. À l'accélération économique générale sont liés l'intensification du grand commerce maritime (création du Havre en 1517) et le développement des industries de luxe, conséquence du développement du crédit public et de la capacité d'épargne.

Pour en savoir plus, voir les articles classicisme, Renaissance

7.2. Les guerres de Religion

La France est travaillée par l'esprit de réforme religieuse, l'évangélisme. Humanistes et réformateurs se rejoignent dans une commune volonté de revenir à la Bible. Au début, le pouvoir se montre tolérant, voire bienveillant, envers le mouvement évangélique de Lefèvre d'Étaples et de Guillaume Briçonnet, et laisse les doctrines luthériennes pénétrer en France. Après l'affaire des Placards (1534), François Ier sévit, mais la Réforme va continuer ses progrès, surtout grâce à Calvin.

1559-1589 : sous les trois fils d'Henri II, François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574) – qui vivent dans l'ombre de la reine mère Catherine de Médicis –, puis Henri III (1574-1589), la France est dévastée par les terribles guerres de Religion, qui, à travers des épisodes favorables tantôt à l'un tantôt à l'autre parti, culminent avec le massacre de la Saint-Barthélemy (1572).

Le règne du dernier Valois, Henri III, est particulièrement dramatique, car au roi et au protestant Henri de Navarre, son héritier à partir de 1584 s'oppose la Ligue catholique, qui fait appel aux Espagnols et se fait l'instrument de l'ambition des Guises. En 1588, Henri de Guise oblige Henri III à s'enfuir de Paris et à se réfugier à Blois, où le roi convoque les états généraux. À Blois, Henri III fait exécuter le duc de Guise et son frère Louis, cardinal de Lorraine. Au début de 1589, il s'allie avec Henri de Navarre ; les deux armées viennent mettre le siège devant Paris, où Charles, duc de Mayenne, frère d'Henri de Guise, et la Ligue ont pris le pouvoir. C'est alors qu'un fanatique, Jacques Clément, assassine Henri III (1589), dont l'héritier, selon la loi salique, est toujours Henri de Navarre (futur Henri IV).

Pour en savoir plus, voir l'article guerres de Religion.

8. D'Henri IV à Mazarin (1589-1661)

8.1. Le règne d'Henri IV : 1589-1610

Le roi remporte d'abord les victoires d'Arques (1589) et d'Ivry (1590) sur les ligueurs, qui refusent de le reconnaître, mais il échoue devant Paris. La Ligue et les Espagnols s'allient contre lui. La fille de Philippe II d'Espagne, Isabelle, prétend à la couronne de France, ainsi que Mayenne lui-même (états généraux de Paris, 1593). Mais l'abjuration d'Henri IV à Saint-Denis (25 juillet 1593) sauve la France du protectorat espagnol. Le roi est sacré à Chartres (février 1594). Il entreprend la pacification et la reconstruction de la France.

L'édit de Nantes (13 avril 1598) donne aux protestants la liberté de culte, garantie, notamment, par l'occupation, pendant huit ans, d'une centaine de places de sûreté. Les protestants recouvrent tous leurs droits civiques et conservent leurs synodes provinciaux et nationaux. Le traité de Vervins (mai 1598) confirme le traité du Cateau-Cambrésis.

L'autorité royale se rétablit : limitation du droit de remontrance des parlements, restriction des pouvoirs des gouverneurs de province, abaissement des Grands (exécution du maréchal de Biron, accusé de conspiration avec l’Espagne, 1602).

Les finances et l'économie sont restaurées grâce à Sully, surintendant général des Finances en 1598 ; la colonisation reprend (fondation de Québec, 1608) ; un véritable mercantilisme national est préconisé par Barthélemy de Laffemas. Développement des manufactures de luxe. Un urbanisme royal commence à s’affirmer (place Royale et place Dauphine à Paris). Le 14 mai 1610, Henri IV est assassiné par Ravaillac.

8.2. Le règne de Louis XIII : 1610-1643

Le roi n'a que neuf ans à son avènement, et le parlement déclare régente la reine mère Marie de Médicis. Celle-ci se laisse dominer par des aventuriers italiens, notamment Concino Concini. Les protestants, inquiets de l'influence d'un catholicisme conquérant lié à la Contre-Réforme et les Grands s'agitent.

Le 24 avril 1617, Concini est assassiné avec le consentement du jeune roi, qui donne sa confiance à son favori, Luynes ; ce dernier doit faire face à des soulèvements nobiliaires et à la révolte des protestants du Midi. Luynes meurt après avoir échoué devant Montauban (1621).

Pour concilier les intérêts de l'Église et ceux de la diplomatie française, la reine mère fait entrer au Conseil de régence Richelieu, qui en devient le chef (1624). Richelieu s'emploie à éliminer le danger politique protestant. Après la prise de La Rochelle (1628), les protestants sont contraints à la reddition. L'édit de grâce d'Alès (1629) leur confirme la tolérance, mais supprime leurs places de sûreté. Le cardinal entreprend la lutte contre les Grands et les oligarchies d'officiers ; il doit déjouer de nombreux complots, soutenus par la famille royale ; Chalais (1626), le duc Henri II de Montmorency(1632), Cinq-Mars (1642) sont exécutés. La tentative de domestication s’étend aux arts et aux lettres (création en 1635 de l’Académie française, bientôt sollicitée dans la « querelle du Cid » de Corneille) qui oscillent entre l’influence du baroque italien (→ caravigsme) et affirmation du classicisme (→ Philippe de Champaigne, portraitiste attitré de Richelieu).

La guerre de Trente Ans favorise le développement de l'absolutisme et la centralisation monarchique. Généralisation des « commissaires départis », devenus « intendants de justice, police et finances ».

L'empire colonial s'étend : développement de la colonisation au Canada (fondation de Ville-Marie [Montréal], 1642) ; installation française à la Guadeloupe et à la Martinique (1635) ; comptoirs au Sénégal et à Madagascar.

Assez vite, Louis XIII et le cardinal sacrifient tout à la lutte contre les Habsbourg d'Espagne et d'Autriche (entrée dans la guerre de Trente Ans en 1635). L'économie française subit les contrecoups de cette guerre, qui se prolongera jusqu'en 1659 contre la seule Espagne. Écrasées d'impôts, les populations rurales se révoltent en de nombreux endroits (Croquantsdu Périgord, Va-nu-pieds de Normandie).

8.3. Mazarin et la minorité de Louis XIV : 1643-1661

Le 18 mai 1643, le parlement annule le testament de Louis XIII. Le Conseil de régence est supprimé ; le jeune souverain n'ayant que cinq ans, les pleins pouvoirs sont donnés à Anne d'Autriche, qui appelle Mazarin comme Premier ministre. La guerre continuant (victoire de Condé à Rocroi en 1643, à Lens en 1648, juste avant les traités de Westphalie qui mettent fin à la guerre de Trente Ans et transfèrent à la France les droits de l’empereur sur l’Alsace), les finances sont dans un état déplorable ; le gouvernement recourt aux expédients. Les abus de l'État provoquent l'intervention du parlement, dont les meneurs (→ Broussel) sont arrêtés. Alors éclate la Fronde parlementaire (1648-1649), que suit la Fronde des princes (1650-1653), dont le bilan politique, pour les frondeurs, est entièrement négatif.

Mazarin est alors plus fort que jamais. Le traité des Pyrénées (1659), en consacrant le triomphe de la France sur l'Espagne, lui vaut l'Artois et le Roussillon ; complété par la paix d'Oliva (1660) conclue entre les puissances de l'Europe du Nord, il fait de la France l'arbitre de l'Europe. En 1660, Louis XIV épouse l'infante Marie-Thérèse, mariage qui ouvre les perspectives d'une succession d'Espagne.

Pour en savoir plus, voir l'article la Fronde.

8.4. La Réforme catholique en France

La première moitié du xviie siècle est l'âge d'or de l'Église de France. L'école française de spiritualité rayonne sur le monde, mais l'art et la littérature baroques (→ art baroque, littérature baroque) influencent les œuvres françaises. Cependant, au plus fort de son élan, la Réforme catholique s'interroge et se divise : c'est la crise du jansénisme.

9. Louis XIV (1661-1715)

9.1. La politique intérieure

Lorsqu'il meurt en 1661, Mazarin a déjà fait de Louis XIV le Grand Roi. Tout le pouvoir est entre les mains de ce dernier, qui sait s'entourer d'excellents seconds comme Colbert, Lionne, Le Tellier et Louvois.

Le clergé est strictement hiérarchisé ; tous les pouvoirs spirituels appartiennent aux évêques, bien tenus en main par le roi. Quant à la noblesse, elle n'est pas homogène ; la grande noblesse de cour, prisonnière du luxe versaillais et des dettes qu'elle y contracte, dépend entièrement du roi, dont elle attend charges et gratifications. La bourgeoisie commerçante est désireuse de paix et d'ordre, tandis que monte, favorisé par les dépenses de guerre, le groupe social des financiers.

En 1682, le clergé vote la Déclaration des Quatre Articles, qui n'est pas appliquée mais donne sa charte à l'Église gallicane. Le roi lutte contre l'influence du pape (affaire de la régale ; occupation d'Avignon, 1689-1690 ; affaire de la garde corse, etc.). Toute tendance hétérodoxe est pourchassée ; le jansénisme est persécuté durant tout le règne (destruction de l'abbaye de Port-Royal en 1709). La révocation de l'édit de Nantes, en 1685, provoque l'exil de plus de 300 000 réformés et la persécution des autres : elle culmine avec la révolte des camisards à la fin du règne (1702-1710). Les mystiques mêmes sont suspects. Fénelon est disgracié, puis condamné en 1699 pour avoir soutenu le quiétisme.

Le règne de Louis XIV est marqué aussi par une immense tentative d'équipement économique, dont Colbert – partisan du mercantilisme – est le principal animateur (défense de la production nationale, avec les manufactures royales : Gobelins, Saint-Gobain).

9.2. La politique culturelle

Afin de donner plus d’éclat à son règne, Louis XIV encourage ou pensionne les écrivains (→  Boileau, Racine, Molière), les peintres (→ Le Brun, Mignard), les architectes (→ Le Vau, Hardouin-Mansart), les musiciens (→ Lully, Charpentier), dont le renom sert sa gloire. Il étend le système des académies royales (peinture et sculpture, musique, danse, architecture, sciences), fait embellir Paris (→ Louvre, Tuileries, place des Victoires et place Vendôme). Le refus du baroque à l’italienne s’affirme en 1665 avec le rejet du projet du Bernin pour la façade Est du Louvre au profit de celui de Claude Perrault.

Louis XIV fait édifier à Versailles un palais digne de sa grandeur. Pour cette entreprise, il rassemble les plus grands et les plus dociles talents de son époque, le jardinier Le Nôtre, l’ingénieur des eaux Francine, les architectes Le Vau et Hardouin-Mansart, le peintre Le Brun. Mais, à la fin du règne, les splendeurs du classicisme commencent à peser à une cour et même à un roi en quête de plus d’intimité (transition vers le rocaille).

Pour en savoir plus, voir l'article château de Versailles.

9.3. La politique extérieure

Si Colbert assure à Louis XIV une marine efficace, Louvois lui fournit une armée bien équipée. À la paix de Nimègue (1678), la France reçoit la Franche-Comté, le reste de l'Artois, Cambrai, Valenciennes, Maubeuge. Louis XIV prétend résoudre par voie d'autorité les problèmes territoriaux qui subsistent entre la France et ses voisins, notamment l'Empire allemand. C'est la discutable politique des réunions (Alsace, Lorraine, Palatinat) conclues en pleine paix. La ligue d'Augsbourg se forme en 1686 pour contrer Louis XIV ; malgré les victoires du maréchal de Luxembourg, la paix de Ryswick (1697) ne donne à la France que Strasbourg et lui confirme la possession de l’Alsace. La coûteuse guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714) mène le pays au bord du gouffre. Mais la victoire de Denain (→ bataille de Denain, 1712) permet d'éviter le pire. Aux traités d'Utrecht et de Rastatt (1713-1714), si Philippe V reste roi d'Espagne, la France est ramenée aux limites du traité de Ryswick. Le règne du Roi-Soleil se termine dans la lassitude générale.

Pour en savoir plus, voir les articles Le royaume de France sous Louis XIV, Louis XIV.

10. Le siècle des Lumières et le règne de Louis XV (1715-1774)

10.1. La Régence : 1715-1723

Le successeur du Roi-Soleil, son arrière-petits-fils Louis XV est un enfant de cinq ans. Le duc d'Orléans, Philippe, assure la régence. Cette période est caractérisée par une réaction générale contre l'austérité de la fin du règne de Louis XIV. Développement du style Régence, moins solennel (→ Watteau), évoluant vers le rocaille, plus décoratif, voire maniériste. La dette s'est accrue ; devant l'insuffisance des résultats des premières mesures, le Régent fait appel à John Law, qui crée d'abord une banque privée, puis tente vainement une conversion de la dette publique (1716-1720).

10.2. Le règne de Louis XV : 1723-1774

Après la mort du Régent (1723) et le ministère du médiocre duc de Bourbon (1723-1726), Louis XV, majeur depuis 1723, confie l'État au cardinal de Fleury, qui fait régner la paix, l'ordre et la prospérité. L'essor du commerce est remarquable et porte particulièrement sur les produits coloniaux.

Fleury maintient l'alliance avec l'Angleterre, tout en recherchant celle de l'Autriche. La guerre de la Succession de Pologne, dans laquelle il est contraint d'intervenir en 1733, fait de Stanislas Leszczyński, beau-père du roi, au traité de Vienne (1738), le duc d'une Lorraine qui, à sa mort (1766), reviendra à la France. Après la mort de Fleury (1743), Louis XV gouverne par lui-même.

10.3. La politique extérieure

La guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748) voit l'Angleterre, dans le camp autrichien, se faire battre à Fontenoy (1745) par les Français de Maurice de Saxe, et en Inde, par La Bourdonnais, qui s'empare de Madras (1746). Mais la paix d'Aix-la-Chapelle (1748) ne rapporte rien à la France. En Inde et en Amérique, les hostilités se poursuivent avec l'Angleterre sous le couvert des compagnies de commerce. En 1756, le « renversement des alliances », qui voit la France s'unir à l'Autriche et l'Angleterre à la Prusse, précède de peu la guerre de Sept Ans (1756-1763). Sur le continent, la France est battue par Frédéric II à Rossbach (1757), et les Anglais s'emparent du Canada (1760) et de l'Inde (1761). Le traité de Paris (1763) fait perdre à la France le Canada, la Louisiane et l'Inde, et consacre la prépondérance coloniale et économique de l'Angleterre.

Pour en savoir plus, voir l'article Empire colonial britannique.

10.4. La politique intérieure

Des tentatives de réforme financière (impôt du vingtième) menées par Machault d'Arnouville, se heurtent à l'opposition des privilégiés. De 1758 à 1770, Choiseul, absorbé par la guerre et la diplomatie, dirige une politique d'accommodement. Après le traité de Paris, des réformes militaires et navales sont mises en place, mais les parlements de Rennes et de Paris s'opposent à la levée de nouvelles taxes ; Choiseul, accusé de soutenir les parlements, est renvoyé (1770). Cependant, celui-ci a enregistré des succès en politique extérieure : réunion de la Lorraine en 1766, achat de la Corse en 1768.

À Choiseul est substitué le « triumvirat » de ministres Maupeou-Terray-d'Aiguillon (1770-1774). Maupeou réduit le ressort du parlement de Paris (1771) au profit de six conseils supérieurs ; il abolit la vénalité des offices pour briser l'indépendance des juges. Les banqueroutes partielles tentées par Terray coïncident avec une grave disette (1773).

Depuis 1740, le pays connaît une véritable révolution démographique, due à la fin des famines et des grandes épidémies, et aux progrès de la médecine. La longévité augmente et la mortalité infantile diminue. En 1789, la France a 28 millions d'habitants. Cet essor favorise la consommation et, partant, la production. C'est aussi un facteur d'urbanisation et donc d'industrialisation.

Après le style Pompadour (→  marquise de Pompadour), prolongement du rocaille (peintre François Boucher), s’affirme à partir de 1750-1770 un néoclassicisme inspiré par la politique culturelle de la direction générale des bâtiments royaux (→  Marigny, d’Angiviller), avec des préoccupations nationales et moralisatrices (peinture d’histoire) dont héritera la Révolution.

10.5. Les Lumières

La bourgeoisie apprécie la vie opulente, adopte et patronne les « Lumières » propagées par les philosophes et les Encyclopédistes, Lumières qui, en se répandant, font de l'Europe une « Europe française ». Paris devient « le temple du goût », le français est reconnu comme la langue des tous les esprits cultivés.

Le siècle est marqué par l’esprit critique, le raisonnement scientifique, qui poussent à secouer le joug des dogmes et de l’autorité dans tous les domaines : politique, avec la critique de l’absolutisme (Montesquieu réclame la séparation des pouvoirs et Rousseau esquisse le projet d’un État démocratique fondé sur l’égalité et la souveraineté populaire), religieux et philosophique, avec la lutte contre les superstitions réclamée par Voltaire (affaires Calas , Sirven et La Barre), scientifique, avec une multitude d’inventions qui s’enchaînent et se complètent : la physique prend son essor (→ Nollet, Réaumur), Lavoisier fonde la chimie moderne, Buffon développe les sciences naturelles. La première voiture à vapeur de l’ingénieur Cugnot et les premiers ballons à air chaud des frères Montgolfier. Mais l’innovation scientifique est internationale, et ses applications techniques sont surtout anglaises.

11. Louis XVI et la fin de l'Ancien Régime (1774-1789)

À partir de 1774, la réforme Maupeou est abolie. Le contrôleur général des finances Turgot adopte une politique de libéralisme économique. Mais ses réformes échouent devant l'opposition des privilégiés et des spéculateurs. Turgot est renvoyé (mai 1776), alors qu'une grave récession économique touche la France. Son successeur, Necker, préfère, à des réformes profondes, une politique fondée sur l'emprunt et la simplification de l'administration financière (développement de la régie).

La création d'assemblées provinciales, en vue de faire participer la nation à l'administration du royaume, se heurte à l'opposition des parlements. En 1781, Necker publie un « Compte rendu au roi » concernant la situation budgétaire ; la violente réaction des courtisans privilégiés provoque son renvoi.

De 1783 à 1787, Calonne essaie alors une politique de facilité : « Dépenser pour rétablir la confiance ». De grands travaux sont lancés pour stimuler l'économie (Le Havre, Cherbourg) ; mais, en février 1787, la réunion de l'assemblée des notables s'oppose à toute réforme supprimant les privilèges ; Calonne est renvoyé en avril. À l'extérieur, Vergennes pratique une politique de prestige ; il intervient victorieusement dans la guerre d'Indépendance américaine sans pour autant abattre la puissance anglaise.

Loménie de Brienne, qui succède à Calonne, ne peut plus rien d'efficace, car il se heurte aux puissants parlements, notamment en Béarn, en Bretagne et dans le Dauphiné. Il pousse la réforme de Lamoignon (8 mai 1788), qui dissocie les pouvoirs politiques et judiciaires des parlements, mais il se heurte à une telle opposition que la réunion des états généraux, réclamée par l'opinion, est accordée (8 août 1788). Le 25 août 1788, Loménie de Brienne est renvoyé et remplacé par Necker, dont la popularité s'accroît quand il accorde le doublement du tiers état pour la représentation aux États généraux. Les élections se déroulent au printemps de 1789 dans un calme troublé par les émeutes de la faim (récolte désastreuse de 1788).

Pour en savoir plus, voir l'article Ancien Régime.

12. La Révolution française (1789-1799)

12.1. Les États généraux et l'Assemblée nationale constituante : 1789-1791

Les États généraux se réunissent à Versailles le 5 mai 1789. Les partisans des réformes (tiers, bas clergé et quelques nobles) sont numériquement les plus nombreux et souhaitent le vote par tête.

Le roi ne décidant rien, le tiers se déclare Assemblée nationale et s'engage par le serment du Jeu de paume (20 juin) à donner une Constitution au pays. Louis XVI cède et, le 9 juillet, les États généraux deviennent Assemblée nationale constituante ; le renvoi de Necker (11 juillet) et la prise de la Bastille par les Parisiens (14 juillet) relancent le conflit.

→ les assemplées politiques en France depuis 1789.

Une municipalité révolutionnaire et une garde nationale s'installent à Paris, bientôt imité par les villes de province. L'ancienne administration s'effondre tandis que la révolte agraire arme les campagnes contre leurs seigneurs et les privilèges. Cette révolte se mue (seconde quinzaine de juillet) en un mouvement plus vaste et déroutant, une panique collective qu'on appelle la Grande Peur et qui déconcerte l'Assemblée bourgeoise ; celle-ci va désormais s'efforcer de contrôler et de diriger la Révolution populaire. Dans la nuit du 4 août 1789, elle abolit les privilèges et les droits féodaux, avant de voter la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août).

Le rappel de quelques troupes à Versailles mécontente les Parisiens, qui, les 5 et 6 octobre, envahissent le palais et ramènent de force la famille royale à Paris. Avant même l'achèvement du texte constitutionnel, la pression des besoins financiers entraîne la Révolution à mettre à la disposition de la nation les biens du clergé (2 novembre 1789). Les acquéreurs de ces biens nationaux (un dixième du territoire) seront surtout des bourgeois ou des paysans aisés, qui vont former une masse (3 millions d'individus) naturellement attachée aux réalisations de la Révolution.

Cette nationalisation est inséparable de la fonctionnarisation qu'entreprend la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790) qui abolit unilatéralement le régime du Concordat de 1516 ; celle-ci provoque une cassure entre les prêtres ayant prêté le serment civique et les réfractaires, et bouleverse en fait la vie chrétienne en France (→ Église constitutionnelle). La Constituante (→ Assemblée constituante) remplace toutes les structures administratives de l'Ancien Régime, souvent incohérentes ; 83 départements vont servir de cadre aux institutions et fonctions publiques, religieuses, financières de la France contemporaine. Le 14 juillet 1790, l'achèvement de la Révolution est célébré par la fête de la Fédération.

Mais la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes (nuit du 20 au 21 juin 1791) provoquent un grand trouble. Alors que des pétitionnaires, animés par le club des Cordeliers, réclament la déchéance du roi, La Fayette, commandant la garde nationale, fait tirer sur eux (17 juillet 1791). Et, tandis que l'émigration alimente à l'extérieur des complots contre la France révolutionnaire, nombre de provinces (Ouest et Midi surtout) sont travaillées par un fort mouvement contre-révolutionnaire, auquel s'oppose, à Paris et dans les villes, un mouvement de sans-culottes fortement politisé et qui pousse à la chute de la royauté. La Constitution de septembre 1791 maintient une monarchie héréditaire jouissant d'un veto suspensif face à une Assemblée législative unique ; elle consacre la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs.

12.2. L'Assemblée législative : 1791-1792

Les révolutionnaires bourgeois élus à cette assemblée se divisent en deux clans : les Feuillants, qui veulent « arrêter » la Révolution ; les brissotins ou Girondins, qui veulent la poursuivre dans l'union du peuple et de la bourgeoisie. La guerre va préciser et durcir les attitudes. Elle est voulue à la fois par le roi et la Cour, qui jouent la politique du pire, par La Fayette, à la recherche de la gloire, et les Girondins, qui veulent démasquer le roi. L'Europe, elle, s'inquiète de l'annexion par la France d'Avignon et du Comtat Venaissin (septembre 1791).

Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée « au roi de Bohême et de Hongrie », c’est-à-dire à l’empereur, bientôt rejoint par la Prusse. Les armées françaises, désorganisées, reculent aux Pays-Bas devant les Autrichiens, tandis que commence l'invasion prussienne en Lorraine. Le 11 juillet 1792, l'Assemblée proclame la patrie en danger ; des volontaires sont levés. Le 10 août 1792, devant la menace prussienne (→ manifeste de Brunswick, 25 juillet), l'émeute parisienne aboutit à la création d'une Commune insurrectionnelle (→ Commune de Paris). L'Assemblée proclame la suspension du roi, qu'elle remplace par un Conseil exécutif provisoire.

D'août à septembre 1792, le péril extérieur s'aggrave (prise de Longwy [23 août], de Verdun [2 septembre]), et la Commune fait régner la première terreur (→ massacres de Septembre). L'invasion est arrêtée à Valmy le 20 septembre 1792. Le 22, la république est proclamée.

12.3. La Convention : 1792-1795

La cassure de la bourgeoisie révolutionnaire, amorcée le 10 août 1792, est confirmée dans la nouvelle Assemblée par l'opposition entre les Girondins, pour qui le retour à l'ordre est désormais essentiel, et les Jacobins (→ Montagnards), qui veulent opposer à l'aristocratie intérieure et étrangère une révolution décidément populaire.

Au début, les victoires favorisent les Girondins. La Savoie et la Belgique (→ Jemmapes, 6 novembre 1792) sont annexées. Mais les Montagnards imposent le procès du roi, qui est condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793. Autour de l'Angleterre se forme, en février 1793, la première coalition contre la France. À l'intérieur, c'est la crise financière, l'inflation, la crise des subsistances, la misère ouvrière.

Après la défaite de Neerwinden (18 mars 1793), les conquêtes sont perdues, et la France est menacée, d'autant qu'éclate l'insurrection vendéenne (→ guerre de Vendée). Un Comité de défense générale, un Tribunal révolutionnaire et un Comité de salut public sont créés. Ils se substituent progressivement à l'Assemblée girondine, jugée inactive. Le 2 juin 1793, les Girondins, qui s'opposent aux mesures d'exception, sont éliminés. La province se révolte (Lyon, Est, Midi, Ouest), des mouvements fédéralistes éclatent.

Devant la conjonction des périls, la Montagne – dominée par Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just – fait bloc avec les forces populaires gagnées par l'hébertisme (→ Jacques Hébert). Des mesures exceptionnelles sont prises : le maximum des prix, la Terreur, la loi des suspects. Un gouvernement révolutionnaire est constitué : la Convention est assistée de deux conseils, le Comité de salut public et le Comité de sûreté générale. Des représentants munis de pleins pouvoirs partent en mission en province.

Dans le domaine religieux, c'est la déchristianisation, qui est prônée par les sans-culottes et, dans le domaine économique, la loi du maximum général (septembre 1793). Mais la levée en masse (23 août 1793) fournit des hommes aux frontières. La situation à l'extérieur est renversée (victoire de Wattignies, octobre 1793 ; reprise de Toulon, décembre 1793) ; l'insurrection intérieure est matée : défaite vendéenne, reprise de Lyon (octobre 1793).

Les robespierristes prennent dès lors les affaires en main ; ils éliminent successivement les hébertistes (mars 1794), puis les indulgents, ou dantonistes (avril 1794). C'est le « règne » de Robespierre (aggravation de la Terreur, culte de l'Être suprême). Mais la victoire de Fleurus (26 juin 1794) et la reconquête de la Belgique rendent, aux yeux de l'opinion, la Terreur inutile, et la désunion du gouvernement révolutionnaire permet à la Convention de se débarrasser de Robespierre, bouc émissaire des activistes de la Terreur qui craignent de subir le sort de leurs victimes (→ journées des 9 et 10 thermidor an II, 27 et 28 juillet 1794).

Se produit alors une violente réaction antirévolutionnaire qui va jusqu'à l'insurrection royaliste, d'ailleurs réprimée à Quiberon par Hoche (juillet 1795) et à Paris par Bonaparte (→ journée du 13 vendémiaire an IV, 5 octobre 1795).

La Convention thermidorienne est le temps du luxe étalé par les « fripons » qui ont abattu Robespierre, le temps de la misère et des révoltes des sans-culottes parisiens (avril et mai 1795), révoltes écrasées par la force. Les traités de Bâle et de La Haye (avril-juillet 1795) disloquent la première coalition, dont se retirent Prusse, Hollande et Espagne ; la France est maîtresse de la Belgique et de la rive gauche du Rhin. La Constitution de l'an III (1795) instaure le Directoire et entérine le régime censitaire, propice au gouvernement des « propriétaires » ; le décret « des deux tiers » reconduit le personnel thermidorien.

Pour en savoir plus, voir l'article Convention nationale.

12.4. Le Directoire : 1795-1799

Les révolutionnaires enrichis se maintiennent par des coups de force. En mai 1796, l'armée réprime le complot des babouvistes (→ conjuration des Égaux). Par le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797), les députés royalistes sont arrêtés et déportés. Les députés jacobins, eux, sont invalidés par le coup d'État du 22 floréal an VI (11 mai 1798). Le coup d'État du 30 prairial (18 juin 1799) voit enfin la majorité jacobine des conseils contraindre trois directeurs à démissionner.

Régime aux caisses vides, le Directoire utilise la guerre de conquête pour l'argent qu'elle rapporte. Si 1796 voit l'échec du plan Carnot contre l'Autriche (→  Jourdan, Moreau), Bonaparte mène de mars 1796 à avril 1797 une campagne victorieuse en Italie et, le 18 octobre 1797, est signée la paix de Campoformio : les Pays-Bas autrichiens (Belgique) sont annexés ; des États sous influence française (les « républiques sœurs ») sont créés en Italie, en Suisse et en Hollande.

Populaire, Bonaparte emmène ses troupes dans la campagne d'Égypte, dirigée contre l'Angleterre. Mais 1799 voit la formation de la deuxième coalition entre l'Autriche, la Russie et l'Angleterre. La victoire de Masséna à Zurich (septembre 1799) sauve la France. Bonaparte, de retour d'Égypte (octobre 1799), prend la tête d'un parti révisionniste et renverse le Directoire par le coup d'État des 18 et 19 brumaire an VIII (novembre 1799).

Pour en savoir plus, voir les articles Directoire, Révolution française.

13. Le Consulat (1799-1804)

Bonaparte entame aussitôt une série de réformes institutionnelles. En décembre 1799, il rédige la Constitution de l'an VIII et la fait approuver par plébiscite. Elle donne la réalité du pouvoir au Premier consul Bonaparte : celui-ci, en 1802, obtiendra le consulat à vie. En février 1800, l'administration est réorganisée : les institutions locales sont affaiblies au profit d'une forte centralisation (création des préfets et sous-préfets). En mars 1800, la justice est réorganisée : centralisation et hiérarchie entre les juridictions jusqu’au Conseil d’État et à la Cour de cassation ; suppression de l'élection des juges ; création des cours d'appel. La réorganisation financière se déroule de 1799 à 1801 : les impôts sont centralisés et simplifiés, la Banque de France est créée en février 1800. En mai 1802, la réforme scolaire est promulguée ; les lycées remplacent les écoles centrales.

En même temps, Bonaparte poursuit une politique d'apaisement et de fermeté. À l'égard des royalistes d'abord : 52 000 émigrés sont autorisés à rentrer (octobre 1800) ; les chouans sont amnistiés. Mais, après l'attentat de la rue Saint-Nicaise (décembre 1800) et surtout après celui de Cadoudal, la répression frappe les irréductibles ou prétendus tels (exécution du duc d'Enghien, 21 mars 1804).

À l'égard des Jacobins ensuite : garantie des biens nationaux, mais répression des conspirations vraies ou supposées. Enfin, il est procédé à la pacification religieuse, notamment par le concordat de 1801. Mais, devant le risque d'opposition anticléricale, Bonaparte y ajoute des articles organiques sans consulter le pape. Dans le domaine économique sont prises des mesures protectionnistes (tarifs douaniers).

À l'extérieur, à l'issue d'une nouvelle campagne d'Italie (1800), Bonaparte amène l'Autriche à signer le traité de Lunéville (1801) et récupère en Italie les territoires perdus en 1799. L'Angleterre, isolée, se décide à traiter à son tour (→ paix d'Amiens, 1802). La popularité du Premier consul est à son zénith. Mais, dès 1803, la paix d'Amiens est rompue par l'Angleterre, inquiète de l'expansion française économique et coloniale (Saint-Domingue → République dominicaine). Bonaparte prépare l'invasion de l'île.

Pour en savoir plus, voir l'article le Consulat.

14. Le premier Empire (1804-1814)

En 1804, par la Constitution de l'an XII, ratifiée par plébiscite, Bonaparte devient empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier. Il est sacré à Notre-Dame de Paris par le pape (2 décembre). Le régime impérial sera un régime personnel avec quelques apparences libérales (maintien d'assemblées élues, mais sans pouvoir et recrutées parmi les notables) et d'autres de caractère monarchique : institution de la Légion d'honneur, qui devient un corps uni au souverain par une allégeance personnelle ; création d'une cour impériale et d'une noblesse d'Empire.

Après la suppression du Tribunat, la plus frondeuse des assemblées, en 1807, l'évolution se fait dans le sens du despotisme. Les moyens de gouvernement se fondent sur la centralisation, une magistrature nommée et surveillée, le développement des impôts indirects par la création de monopoles (tabac), l'importance de la police (→ Joseph Fouché), la surveillance de la presse et des livres, l'action de l'Église, qui soutient l'Empereur jusqu'en 1808, le monopole de l'enseignement par l'État (1808) et la surveillance des maîtres.

En matière économique, on note les progrès de l'agriculture, avec des cultures nouvelles, betteraves sucrière (rendue nécessaire par le Blocus continental), chicorée, etc. L'industrie textile (Nord) se développe, ainsi que l'extraction du charbon (Sarre) et la métallurgie (Lorraine, Liège). De nouvelles voies de communication sont créées (Simplon, Mont-Cenis, canal de Saint-Quentin). Mais l'événement capital est l'extinction – due aux défaites navales et au Blocus continental des produits anglais – du grand commerce maritime de la façade atlantique (Nantes, Bordeaux) et de la façade méditerranéenne (Marseille) ainsi que de l'activité économique de l'arrière-pays.

En matière sociale, on assiste à la montée de la bourgeoisie, tandis que se crée une réserve de « notables ». Mais les ouvriers demeurent dans une condition précaire. Si les paysans aisés sont prospères (achat des biens nationaux), le Blocus continental et l'économie de guerre posent de graves problèmes sociaux aux campagnes, où se recrute surtout l'armée impériale. Les ouvriers agricoles sont dans la misère. La conscription, le chômage, les mauvaises récoltes (1811) vont devenir des ferments d'opposition au régime.

L'Empire connaît le fracas des armes. Décidé à envahir l'Angleterre, Napoléon concentre son armée au camp de Boulogne. Pour détourner le danger, les Anglais suscitent la coalition de la Prusse et de l'Autriche contre la France. En octobre 1805, la flotte française est battue à Trafalgar. L'Empereur tente alors de vaincre l'Angleterre sur le continent en combattant ses alliés. La bataille d'Austerlitz (2 décembre) démantèle la 3e coalition (→ traité de Presbourg). Héritier de la mystique expansionniste révolutionnaire, Napoléon remplace les anciennes républiques sœurs par des royaumes vassaux qu'il distribue à ses parents au fur et à mesure de ses conquêtes. Lui-même est roi d'Italie et protecteur de la Confédération du Rhin, d'où est exclue l'Autriche et qui est érigée sur les ruines du Saint Empire romain germanique en 1806.

Durant dix années, c'est une suite de victoires contre une coalition toujours vaincue et toujours reformée : Iéna et Auerstedt en 1806, Eylau et Friedland en 1807 (4e coalition) ; Wagram en 1809 (5e coalition). Mais ni les défaites de ses alliés, ni le Blocus continental (1806), ni la guerre de course ne font plier l'Angleterre, qui, libre sur mer, étend encore l'Empire colonial britannique au détriment des Français et des Hollandais.

Si la Russie, en 1807, à Tilsit, fait la paix avec Napoléon, son empire reste pratiquement intact ; en 1808, l'Empereur entame en Espagne une guerre qui va le conduire à la ruine ; en occupant Rome (1809) et en traitant le pape Pie VII comme un prisonnier, il s'aliène les catholiques de l'Empire. En 1810, il épouse Marie-Louise d'Autriche ; il est alors au faîte de sa puissance. Son empire comprend 130 départements français et s'étend de la mer du Nord à l'Adriatique. Il est entouré d’une ceinture d’États satellites (Espagne, Italie, Suisse, Allemagne, Pays-Bas) et, plus loin, d’États alliés ou, du moins, contraints à cette alliance (Autriche, Prusse, Danemark, Suède, Russie). En 1811, l'Empereur a un fils, à qui il donne le titre de roi de Rome (→ Napoléon II).

Mais le système continental est précaire, et la Russie ne l’accepte pas. Napoléon décide en 1812 d'aller forcer le tsar (Alexandre Ier) sur son propre sol à respecter le Blocus continental. L'invasion de la Russie, la bataille de la Moskova, la prise de Moscou, puis la terrible retraite et la défaite de la Berezina sont le signal attendu par l'Europe pour secouer le joug imposé par Napoléon. En 1813, la Prusse et l'Autriche font défection ; toute l'Europe se soulève. Les batailles de Lützen, Bautzen et Leipzig ne peuvent endiguer le flot des armées ennemies, qui, en 1814, malgré la campagne de France, envahissent le territoire national et obligent Napoléon à abdiquer (6 avril) et à s'exiler à l'île d'Elbe.

Pour en savoir plus, voir les articles Premier empire, Napoléon Ier.

15. La première Restauration et les Cent-Jours (1814-1815)

Louis XVIII, frère de Louis XVI, est rétabli par les Alliés ; il octroie au pays une Charte constitutionnelle (régime censitaire, deux chambres) et maintient l'essentiel des transformations opérées pendant la Révolution et l'Empire. Le 30 mai 1814 est signé le premier traité de Paris, qui ramène la France à ses frontières de 1792. Le nouveau régime, qui favorise ouvertement les émigrés et l'Église, mécontente l'opinion.

Profitant de cet état d'esprit, Napoléon quitte l'île d'Elbe, débarque à Golfe-Juan (1er mars 1815) et gagne Paris, d'où s'enfuit Louis XVIII. Mais l'Empereur ne met pas en place un régime plus libéral (→ Acte additionnel) ; il doit, de plus, faire face à l'Europe, de nouveau coalisée. C'est la campagne de Belgique, Waterloo (18 juin) et bientôt la seconde abdication de Napoléon (22 juin), que les Anglais enverront mourir à Sainte-Hélène. La France, envahie, occupée, perd, au second traité de Paris (20 novembre), plusieurs territoires conquis.

Pour en savoir plus, voir les articles première Restauration, les Cent-Jours.

16. La seconde Restauration (1815-1830)

16.1. Le règne de Louis XVIII : 1815-1824

Trois tendances politiques s'affrontent : les ultras, partisans du retour de l'Ancien Régime, prenant appui sur le comte d'Artois, frère du roi ; les constitutionnels, partisans de la Charte ; les libéraux, coalition disparate de bonapartistes et d'héritiers de la Révolution.

Pendant l'été de 1815, c'est la Terreur blanche, qui frappe surtout des fidèles de l'Empereur. En août est élue une chambre ultraroyaliste, la « Chambre introuvable », qui pratique une politique de réaction. Elle est dissoute en septembre 1816 par Louis XVIII, qui fait appel à des modérés : ministères Richelieu (1816-1818), Decazes (1818-1820). En 1818, au congrès d'Aix-la-Chapelle, la France obtient le retrait des forces militaires alliées.

Le 13 février 1820, l'assassinat du duc de Berry, fils du comte d'Artois, provoque le renvoi de Decazes et oriente la politique vers la réaction (ministère Villèle). Par contrecoup s'amorce un mouvement révolutionnaire (1820-1822), animé surtout par le carbonarisme et qui échoue en fin de compte. Louis XVIII meurt en 1824 ; le comte d'Artois devient roi de France sous le nom de Charles X.

Pour en savoir plus, voir l'article seconde Restauration.

16.2. Le règne de Charles X : 1824-1830

Le nouveau roi incarne, aux yeux des libéraux, la contre-révolution cléricale et absolutiste. Sous le ministère Villèle sont promulguées la loi sur le sacrilège et celle du milliard des émigrés (en réparation de la vente des biens nationaux) [en fait 700 000 francs seulement sont versés aux anciens propriétaires]. Mais l'opposition se manifeste dans la rue et à la Chambre, que Villèle dissout (1827). De nouvelles élections voient la défaite de ce dernier, qui démissionne (1828). Après l'intermède inefficace d'un ministère plus libéral présidé par Martignac (1828-1829), les ultras reviennent en force au pouvoir avec le prince de Polignac (1829).

La Chambre libérale manifeste son opposition ; c'est l'« Adresse des 221 » députés libéraux, qui expriment leur méfiance envers le ministère (mars 1830). Le 25 juillet, les quatre ordonnances de Saint-Cloud sont promulguées : restriction de la liberté de la presse, dissolution de la Chambre, limitation du droit de vote aux dépens des industriels et des commerçants, et organisation de nouvelles élections. Aussitôt Paris se soulève : ce sont les Trois Glorieuses (→ journées des 27, 28 et 29 juillet). Charles X abdique, et Louis-Philippe, duc d'Orléans, prend le titre de lieutenant général du royaume avant de devenir « roi des Français ».

16.3. L'âge romantique

Avec un net retard sur les pays voisins, la France entre dans l’ère du romantisme. Le goût ancien pour l’ordre, la raison, la mesure semble oublié. Le classicisme est battu en brèche. Les jeunes écrivains (→ Hugo, Lamartine, Musset, Vigny) cherchent désormais leur inspiration dans leurs propres états d’âme. Les passions se déchaînent dans les toiles de Géricault et Delacroix, dans la musique de Berlioz. Le « mal du siècle » devient à la mode. On s’émeut pour la poésie des ruines, de la mort, des tombeaux, d’un Moyen Âge lugubre, en réaction au culte de l’histoire antique qu’avaient professé les artistes de la Révolution et de l’Empire (→  David, Gros). C’est surtout dans le théâtre que les changements sont spectaculaires : la première du drame d’Hugo, Hernani (1830) donne lieu à une véritable bataille entre les tenants de l’ancienne esthétique et les romantiques, qui lèvent l’étendard d’une révolte en passe de devenir aussi politique (→  bataille d'Hernani).

17. La monarchie de Juillet (1830-1848)

Louis-Philippe, roi des Français, prête serment devant les Chambres le 9 août 1830. Plusieurs concessions libérales sont faites : révision de la Charte, rétablissement du drapeau tricolore, abaissement du cens électoral. Le régime de la monarchie bourgeoise doit tenir compte d'une triple opposition : celle des légitimistes, celle des bonapartistes et celle des républicains. Quant aux tenants du régime, particulièrement méfiants à l'égard des « classes laborieuses », ils se divisent en « parti du mouvement » (libéral) et en « parti de la résistance » (conservateur). Le ministère du « mouvement » Laffitte (2 novembre 1830-13 mars 1831) est incapable d'enrayer le désordre.

Le ministère de la « résistance » Casimir Perier (13 mars 1831-16 mai 1832) réprime brutalement l'agitation (→ révolte des canuts de Lyon, novembre 1831 ; à Paris, quartier Saint-Merry, juin 1832). En 1835, l'attentat de Fieschi contre Louis-Philippe (28 juillet) est suivi par des mesures répressives, notamment envers la presse (lois de septembre). De mai 1839 à octobre 1840 se succèdent les ministères Soult, puis Thiers. Celui-ci est écarté parce qu'il veut la guerre contre l'Angleterre. Or, la bourgeoisie au pouvoir est pacifiste.

Le roi fait alors appel à Guizot. Celui-ci, d'abord ministre des Affaires étrangères (1840-1847), puis président du Conseil (1847-1848), détient le pouvoir réel. Il mène une politique de stabilité intérieure, favorisée par les candidatures de fonctionnaires. Hostile à toute réforme, il encourage le développement économique et l'enrichissement général (caisses d'épargne). Il organise l'enseignement primaire.

À l'extérieur, la France s'efface : concessions à l'Angleterre à propos de Tahiti (→  affaire Pritchard) et traité de Londres (1840) ; l'Algérie est conquise peu à peu (prise de la smala d'Abd el-Kader, 1843 ; reddition de l'émir, 1847).

Le développement du prolétariat urbain et la grande dépression économique de 1846-1847 favorisent le renforcement de l'opposition idéologique (catholiques libéraux avec La Mennais, Lacordaire, Montalembert ; socialistes avec Louis Blanc, Pierre Leroux, Proudhon), cependant que se développe le prolétariat urbain. À la Chambre, l'opposition réclame la réforme électorale ; sur ce thème se déroule la campagne des Banquets réformistes. Les 22-24 février 1848, l'interdiction du banquet à Paris provoque une manifestation. Louis-Philippe renvoie Guizot, mais la fusillade du boulevard des Capucines entraîne le soulèvement de Paris, la prise de l'Hôtel de Ville et l'abdication de Louis-Philippe (24 février).

Pour en savoir plus, voir l'article monarchie de Juillet.

18. La IIe République (1848-1851)

De février à avril 1848, un gouvernement provisoire (→ Lamartine, Ledru-Rollin, Louis-Antoine Garnier-Pagès, Louis Blanc…) est imposé par les révolutionnaires parisiens. La république est proclamée à l'Hôtel de Ville (24-25 février), le suffrage universel instauré (2 mars), les libertés (presse, association, droit au travail) rétablies, la peine de mort et l'esclavage abolis, tandis que sont créés des ateliers nationaux (27 février) et que la journée de travail est réduite. Mais la Constituante, élue en avril 1848, est en majorité conservatrice et antisocialiste. Elle supprime les ateliers nationaux, augmente l'impôt direct et fait brutalement réprimer par Louis Eugène Cavaignac l'insurrection ouvrière parisienne des 23-26 juin 1848.

18.1. De la Constitution de 1848 ...

En novembre est votée et promulguée la Constitution de 1848 (un président élu pour 4 ans au suffrage universel, mais non immédiatement rééligible ; une seule Assemblée législative). Le 10 décembre, Louis Napoléon Bonaparte, neveu de l'Empereur, est élu président de la République.

L'élection de l'Assemblée législative, en mai 1849, voit le triomphe des orléanistes, légitimistes et catholiques, qui se groupent en un parti de l'Ordre (plus de 450 députés sur 750). L'Assemblée prend une série de mesures de réaction contre l'« esprit de 1848 », notamment la loi Falloux (mars 1850), qui abolit le monopole scolaire de l'Université et renforce le contrôle de l'enseignement par le clergé, réduit le suffrage universel (obligation de résidence au minimum 3 ans) [mai], diminue la liberté de la presse (juillet).

18.2. ... au coup d'État de 1851

Le prince-président, désirant pérenniser son pouvoir et profitant de l'impopularité de l'Assemblée, dissout celle-ci par le coup d'État du 2 décembre 1851. Les tentatives de résistance sont écrasées ; des républicains et des socialistes sont arrêtés et exilés.

Dès janvier 1852, une Constitution de style monarchique est établie : les fonctionnaires sont mis en tutelle, de nouvelles limitations sont apportées à la liberté de la presse. Louis Napoléon Bonaparte est proclamé empereur le 2 décembre 1852, à la suite d'un plébiscite triomphal, sous le nom de Napoléon III.

Pour en savoir plus, voir l'article IIe République.

19. Le second Empire (1852-1870)

19.1. Un régime autoritaire en quête de prestige (1852-1860)

Dans une première période (1852-1860), le régime se caractérise par l'autoritarisme. Le gouvernement et l'administration sont tout-puissants et bénéficient de l'appui du clergé, de la bourgeoisie d'affaires, de l'armée. La vie politique est étouffée (surveillance des élections, découpage des circonscriptions électorales, candidatures officielles). L'opposition est faible et divisée. En 1858, l'attentat manqué d'Orsini contre l'empereur permet à ce dernier de s'attaquer à l'opposition républicaine (qui a eu 5 élus en 1857) : loi de Sûreté générale, arrestation de nombreux suspects.

La politique étrangère de l'empereur s'appuie sur les principes de la recherche de prestige militaire ou diplomatique, de la révision des traités de 1815, de la poursuite de l'expansion coloniale (intervention en Kabylie, 1857), du respect du principe des nationalités en Europe. La guerre de Crimée (1854-1856) est sanglante, mais le traité de Paris (30 mars 1856) qui la clôt donne à la France une place prépondérante en Europe. À la suite de l'intervention militaire en Italie de 1859, le traité de Zurich (novembre 1859) cède la Lombardie à la France, qui la donne au Piémont. Par le traité de Turin (mars 1860), la Savoie et Nice sont rattachés à la France.

19.2. Le temps des concessions politiques et sociales (1860-1870)

Dans une seconde période (1860-1870), le régime se libéralise. Les causes en sont la défection des milieux d'affaires, qui redoutent la concurrence des produits anglais avec l'abaissement des tarifs douaniers (traités de commerce avec l'Angleterre, 1860), et des catholiques (politique italienne de Napoléon III interprétée comme hostile au pouvoir temporel du pape). Aussi l'empereur, recherchant des appuis à gauche, est-il amené à faire des concessions politiques et sociales.

Politiques : le Corps législatif recouvre progressivement les prérogatives parlementaires (droit d'adresse, 1860 ; droit d'interpellation, 1867 ; initiative des lois, 1869) ; la surveillance sur la presse se relâche (1868) ; le droit de réunion est accordé en 1868.

Sociales : la loi sur les coalitions (1864) admet le droit de grève. Mais l'empereur ne réussit pas à rallier les masses ouvrières, de plus en plus attirées par le socialisme révolutionnaire et international. L'opposition légale se renforce (32 opposants aux élections de 1863 ; plus de 70 en 1869).

En 1869, Gambetta expose le programme républicain de Belleville. Napoléon III sent l'opinion lui échapper : le sénatus-consulte du 20 avril 1870, qui équivaut à une nouvelle Constitution, est cependant ratifié massivement par le plébiscite du 8 mai. L’Empire paraît plus solide que jamais, à la veille de son effondrement.

19.3. À l'extérieur, des échecs à la guerre

En outre, la politique extérieure, après des interventions réussies (intervention militaire en Syrie en faveur des chrétiens maronites [1860], conquête de la Cochinchine [1859-1867] et instauration du protectorat sur le Cambodge [1863]), connaît des échecs : d'abord celui de l'expédition au Mexique (1862-1867), puis celui de l'intervention diplomatique dans la guerre austro-prussienne (1866). Napoléon III se laisse manœuvrer par Bismarck, qui veut renforcer l'unité allemande par une défaite française.

En juillet 1870, il déclare la guerre à la Prusse (→ guerre franco-allemande). Les armées impériales sont rapidement refoulées d'Alsace et de Lorraine. Le 2 septembre 1870, dans Sedan investi, Napoléon III doit se rendre, suivi bientôt par l'armée de Mac-Mahon. Le 4 septembre 1870, les républicains bourgeois proclament la république à Paris.

19.4. La politique économique du second Empire

La France, grâce à la révolution du charbon, prend son visage moderne : industrialisation sur le modèle anglais, favorisée par le libre-échange (traité de commerce de 1860). La situation monétaire s'améliore ; l'industrie manufacturière et le grand commerce, favorisés par le crédit privé et le crédit public, et partiellement inspirés par le saint-simonisme (→  Saint-Simon), se développent. Les communications se modernisent rapidement, l'urbanisation s'intensifie, la concentration industrielle (Saint-Étienne, Decazeville, Le Creusot, bassins de Lorraine, etc.) modifie en profondeur les conditions de vie des couches sociales défavorisées. Paris est transformé par les travaux d'Haussmann.

Cet essor a comme revers la paupérisation du prolétariat et la prise de conscience de ses problèmes (grèves suivies d'interventions des troupes). À partir de 1867, les nombreuses grèves – souvent écrasées par la force – témoignent de la montée de la classe ouvrière.

Pour en savoir plus, voir l'article révolution industrielle.

19.5. L'évolution culturelle

Alors que l’Empire et la bourgeoisie promeuvent un art officiel empesé (le style « pompier » illustré par les toiles de Meissonnier et Winterhalter, les opéras de Meyerbeer et Gounod), le romantisme s’essouffle et de nombreuses réactions se dessinent contre lui. Le réalisme acerbe des toiles de Courbet et l’impressionnisme de Manet suscitent les railleries du public, au Salon des refusés de 1863. La censure s’abat sur Madame Bovary de Flaubert et les Fleurs du mal de Baudelaire, qui annonce pourtant l’épanouissement du symbolisme.

Pour en savoir plus, voir les articles impressionnisme, symbolisme.

20. La fondation de la IIIe République (1870-1879)

20.1. Le gouvernement de la Défense nationale et la Commune : 1870-1871

Le gouvernement de la Défense nationale, malgré les efforts de Gambetta, ne peut desserrer le carcan que forment les troupes allemandes autour de Paris, qui, après un siège terrible, capitule le 28 janvier 1871. Le même jour est signé l'armistice, lié à l'élection d'une Assemblée nationale chargée de faire la paix.

L'Assemblée, élue le 8 février, est constituée massivement par des monarchistes, favorables à la paix et hostiles à Paris. Réunie à Bordeaux, elle ratifie (1er mars) les préliminaires de paix (cession à l'Allemagne de l'Alsace, sauf Belfort, et d'une partie de la Lorraine, occupation militaire, indemnité de 5 milliards), qu'entérinera le traité de Francfort (mai). Le 17 février, elle confie à Thiers le pouvoir exécutif en attendant une restauration monarchique ; elle-même s'installe à Versailles, par méfiance à l'égard de Paris.

Le 18 mars 1871 éclate la Commune de Paris. Ce mouvement, essentiellement populaire et appuyé sur la garde nationale, est écrasé par Thiers et Mac-Mahon après la « semaine sanglante » (21-28 mai). La gauche est décapitée (20 000 à 30 000 morts ; 7 500 déportations).

Pour en savoir plus, voir l'article la Commune.

20.2. L'enracinement de la République : 1871-1879

Après un manifeste intransigeant du comte de Chambord, la fusion orléaniste-légitimiste échoue (5 juillet) ; Thiers est nommé « président de la République française » (août). Il réorganise l'État et l'administration. Mais la majorité monarchiste de l'Assemblée renverse Thiers et appelle le légitimiste Mac-Mahon à la présidence de la République (24 mai 1873).

Le duc de Broglie forme le ministère. Le gouvernement, l'Assemblée et les catholiques s'accordent en faveur de la restauration. L'intransigeance du comte de Chambord, prétendant légitimiste, qui refuse le drapeau tricolore, fait avorter ce projet (27 octobre 1873). Une loi fixe à sept ans le mandat du président de la République (novembre 1873).

En mai 1874, le cabinet de Broglie tombe : les modérés se rapprochent des républicains. Les lois constitutionnelles sont votées en février-juillet 1875. La république est fondée (un président de la République élu par le Congrès des deux Chambres ; un Sénat élu par un collège ; une Chambre des députés élue au suffrage universel). L'Assemblée nationale se sépare (décembre 1875). Les élections de 1876 amènent une faible majorité de droite au Sénat et une forte majorité de républicains à la Chambre. Le 16 mai 1877, le ministère Jules Simon, en désaccord avec Mac-Mahon, démissionne, et celui-ci rappelle de Broglie au gouvernement, puis dissout l'Assemblée. Une Chambre à majorité républicaine est élue en octobre : Mac-Mahon se soumet et accepte le ministère Dufaure (décembre). Enfin, les élections de janvier 1879 au Sénat donnent la majorité aux républicains. Mac-Mahon démissionne. L'Assemblée élit le républicain Jules Grévy à la présidence de la République. Les Chambres et le gouvernement reviennent à Paris : en juillet 1880, une loi d'amnistie est votée en faveur des déportés de la Commune.

21. La IIIe République jusqu'en 1914

21.1. L'organisation de la République : 1879-1885

Les républicains vainqueurs se divisent en radicaux (Clemenceau) et en opportunistes (Jules Ferry et Gambetta, soucieux d'attendre le moment « opportun » pour avancer les réformes), mais font tous de l'anticléricalisme l'arme principale contre la réaction de droite. Les ministères seront tous opportunistes jusqu'en 1885 : Freycinet (1879-1880 ; 1882), Gambetta (novembre 1881-janvier 1882), Ferry (septembre 1880-novembre 1881, février 1883-mars 1885).

Les républicains opèrent de profondes réformes : l'enseignement primaire devient gratuit (juin 1881), puis laïque et obligatoire (mars 1882). Dans le secondaire sont créés des lycées de jeunes filles. Dans le supérieur, seul l'État confère désormais les grades. Les libertés de réunion (juin 1881), de la presse (juillet 1881), des associations professionnelles ou syndicales (mars 1884) sont accordées.

Mais le pays entre dans une période de dépression économique, avec la crise du phylloxéra, la concurrence des blés étrangers, une crise bancaire (krach de l'Union générale [1882]). Cependant, les républicains se lancent dans l'expansion coloniale (Tunisie, Afrique noire, Indochine).

21.2. Le temps des crises : 1885-1899

La crise économique renforce les adversaires du régime. Grévy, élu en 1885, doit démissionner en 1887. La crise s'accompagne de mouvements de grève (Decazeville, Vierzon) ; on assiste à la renaissance de mouvements monarchistes et nationalistes. Autour du général Boulanger se cristallise une opposition hétéroclite, et une crise éclate en janvier 1889 quand le général, élu triomphalement à Paris, hésite à marcher sur l'Élysée. Les élections de 1889 marquent le triomphe des républicains. Léon XIII recommande le ralliement des catholiques à la république (1892). Le nombre des députés socialistes de toutes tendances augmente (Jean Jaurès, Millerand).

À la présidence de la République et au gouvernement, les modérés (Jean Casimir-Perier, Félix Faure) mènent une politique d'apaisement dans la lutte anticléricale, prennent des mesures protectionnistes (loi Méline de 1892) et d'hostilité à l'égard de nouvelles mesures sociales.

À la suite du scandale de Panamá, le personnel au pouvoir se renouvelle (Poincaré, Barthou, Delcassé). Une vague d'attentats anarchistes secoue le pays ; Sadi Carnot est assassiné à Lyon en juin 1894, ce qui entraîne le vote des « lois scélérates », dont le transfert devant les tribunaux correctionnels des délits de presse.

L'affaire Dreyfus (1894-1899) a pour conséquence le développement d'une agitation nationaliste et antisémite, à laquelle répond la formation du Bloc des gauches.

En politique extérieure, la France sort de son isolement grâce à l'alliance franco-russe (1891-1894). L'expansion coloniale se poursuit (occupation et pacification de Madagascar, jonction entre l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale et l'Afrique équatoriale). Mais la France doit s'humilier devant l'Angleterre à Fachoda (→ affaire de Fachoda, 1898).

21.3. Les idéologies

Le nationalisme (→ Action française) reçoit une doctrine avec Charles Maurras, tandis que le socialisme s'unifie progressivement autour du marxisme et, en liaison avec la IIe Internationale, avec Jules Guesde et Jean Jaurès. La plupart des syndicats (autorisés en 1884) se regroupent en 1895 dans la Confédération générale du travail (Congrès de Limoges). Quant à la démocratie chrétienne, elle veut allier l'idéal évangélique aux principes républicains ; mais la condamnation du Sillon en 1910 lui porte un coup très dur.

21.4. La République radicale : 1899-1906

Le Bloc des gauches, qui est au pouvoir jusqu'en 1905, pratique une politique résolument républicaine et anticléricale (ministères Waldeck-Rousseau [1899-1902] et Combes [1902-1905]). Avec la loi sur les associations (juillet 1901), il s'attaque aux congrégations religieuses, qui désormais devront être autorisées pour pouvoir enseigner. En juillet 1904, après une série de mesures anticléricales, dont la dernière est l'interdiction de l'enseignement à toutes les congrégations, c'est la rupture avec le Saint-Siège. En novembre, l'affaire des Fiches provoque la chute de Combes (janvier 1905). Sa loi sur la séparation de l'Église et de l'État est votée le 9 décembre 1905 sur l'apport d'Aristide Briand. La présidence d'Émile Loubet est aussi marquée par l'accord franco-britannique du 8 avril 1904 qui inaugure l'Entente cordiale.

21.5. La rupture du Bloc et l'opposition socialiste : 1906-1914

En avril 1905, les socialistes (Briand, Jaurès, Guesde) se regroupent au sein de la IIe Internationale et créent la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Certains socialistes se séparent de celle-ci (René Viviani, Briand) en 1906. La SFIO rompt tous les liens avec les radicaux, qui sont au pouvoir d'octobre 1906 à juillet 1909 avec Clemenceau. Celui-ci, en 1907, maîtrise par la force les grèves de fonctionnaires et l'agitation viticole dans le Midi. L'opposition socialiste juge insuffisantes les réformes sociales (journée de 8 heures pour les mineurs). Les années 1909 à 1914 sont marquées par l'instabilité ministérielle.

Sur le plan extérieur, la période est dominée par la montée du nationalisme belliqueux et la crainte de menace pangermaniste (→ Guillaume II), révélée par les deux crises marocaines (Tanger, 1905 ; Agadir, 1911). La France en profite d'ailleurs pour s'installer au Maroc et agrandir ainsi son empire d'Afrique du Nord.

Sur le plan économique, à la veille de 1914, la France est devenue l'une des quatre puissances mondiales. Elle est au premier rang pour l'industrie automobile et l'aéronautique. Elle reste cependant un pays d'agriculture, domaine dans lequel, pourtant, la modernisation des pratiques et des structures est à peine entamée. La monnaie est solide. Mais la faiblesse démographique entrave le développement et, dans le domaine social, l'exode rural continue d'accroître le prolétariat urbain, dont l'existence est toujours marquée par l'insécurité, les conditions de travail pénibles, les bas salaires, les logements insuffisants, voire insalubres.

21.6. La Belle Époque

Le pays connaît alors ce que les nostalgiques (→ Proust, À la recherche du temps perdu) qualifieront rétrospectivement de « Belle Époque ». Le triomphe de l’Exposition universelle de 1900, après celle de 1889, à Paris, en témoigne. Le « modern style » apparaît sur les places ou dans certaines maisons bourgeoises. En fait, ce modernisme n’a cours que dans certains milieux « artistes ».

Le public ne recherche pas non plus la nouveauté littéraire. Le naturalisme de Zola capte encore le grand public, bien que Huysmans ait annoncé depuis longtemps son dépassement. Le symbolisme est en pleine vogue, et Verlaine et Mallarmé inspirent de nouvelles générations d’écrivains. En musique, Debussy déclenche un scandale retentissant avec Pelléas et Mélisande (1902). Au théâtre, Sarah Bernhardt remporte tous les suffrages dans l’Aiglon d’Edmond Rostand. Mais le public apprécie surtout le théâtre facile des boulevards, vaudevilles ou drames historiques, tandis que presse et littérature populaires connaissent un essor sans précédent (romans-feuilletons de Michel Zévaco et Paul Féval. En peinture, Picasso initie une révolution esthétique avec ses Demoiselles d’Avignon (1907) qui ouvrent la voie au cubisme, tandis que le fauvisme s’illustre avec Matisse.

22. La IIIe République de 1914 à 1940

22.1. La Première Guerre mondiale : 1914-1918

L'Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août. L'avancée allemande une fois arrêtée par Joffre et Gallieni sur la Marne (5-10 septembre 1914), les armées adverses s'enlisent dans la guerre des tranchées.

Les Français repoussent les Allemands à Verdun (→ bataille de Verdun, 1916) et lancent l'offensive du Chemin des Dames (1917). Le coût en vies humaines de ces batailles provoque un vaste mouvement de mutineries, dirigées non pas contre la guerre, mais contre la manière dont elle est menée.

En 1917, l'entrée en guerre des États-Unis compense la défection de la Russie révolutionnaire. Nommé généralissime des armées alliées, Foch reprend l'initiative en Champagne en juillet 1918 (→ batailles de Champagne), tandis que Franchet d'Espèrey attaque dans les Balkans en septembre.

Le 11 novembre 1918, l'Allemagne signe l'armistice. Le traité de Versailles (28 juin 1919) rend à la France l'Alsace-Lorraine ; mais, tout de suite, le problème posé par les réparations dues par les Allemands se révèle insoluble.

Le bilan de la guerre est catastrophique : près de 10 % de la population active a disparu et près de 20 % de celle-ci est frappée par un handicap, plus de 50 000 km de routes sont détruits, plus de 300 000 logements sont démolis, 3 millions d'hectares de terre sont inutilisables pour la culture pendant plusieurs années. Au cours de l'après-guerre, la crise économique est endémique (inflation, endettement croissant du Trésor public). Dès 1919, des grèves monstres éclatent un peu partout (sidérurgie, textile, chemins de fer) ; elles se soldent presque partout par des échecs.

Pour en savoir plus, voir l'article Première Guerre mondiale.

22.2. L'après-guerre : 1919-1930

L’heure est au défoulement culturel, après les pesanteurs du conflit. Ce sont les « Années folles », marquées par l’engouement pour le jazz et une créativité artistique et littéraire exceptionnelles, avant que ne se manifestent, dans les années 1930, sous l’effet de la crise, l’expression d’un certain retour à l’ordre, qui n’empêche pas l’engagement politique de plus en plus marqué de nombreux artistes (→ Fernand Léger) et écrivains (→ Gide, Malraux).

→ dadaïsme, surréalisme [Beaux-arts], surréalisme [Littérature].

Les élections de 1919 voient le succès des groupes de droite (Chambre bleu horizon). Les socialistes et les communistes se séparent après le congrès de Tours (1920). Le Bloc national est soutenu par les milieux financiers. Le relèvement économique est relativement rapide : le pétrole et l'électricité passent au premier plan de l'expansion ; mais celle-ci ne touche ni l'agriculture, ni le commerce, ni l'industrie dans son ensemble.

Aux élections de 1924, le Cartel des gauches triomphe et contraint à la démission le président de la République, Millerand, accusé d'avoir voulu exercer une influence politique trop personnelle. Édouard Herriot constitue un ministère radical homogène, qui se heurte à des difficultés financières considérables (le Mur d'argent). En 1926, un cabinet d'union nationale (Poincaré) regroupe tous les partis, à l'exclusion des communistes et des socialistes, et stabilise le franc (1928).

En politique étrangère, les vainqueurs se désunissent. La France n'obtient qu'une simple promesse d'assistance anglaise et américaine en cas d'attaque allemande. Les États-Unis refusent de se laisser engager dans les affaires continentales. En France, la question des réparations passe d'abord au premier plan. Les rapports avec l'Allemagne ne sont qu'une alternance de compromis (conférences de Londres [1921], de Cannes [1922]) et d'épreuves de force (occupation de la Ruhr, 1923). Mais, à partir de 1924, Aristide Briand mène une politique de conciliation avec l'Allemagne : accords de Locarno (octobre 1925), pacte Briand-Kellogg (août 1928), plan Young (nouvel allégement au remboursement allemand [1929] succédant au plan Dawes), projet des États-Unis d'Europe.

22.3. De la crise à la guerre : 1930-1939

La crise mondiale qui a éclaté en 1929 (→ crise de 1929) se répercute en France à partir de 1931 (mévente agricole, effondrement industriel, paralysie du commerce, accroissement du chômage). Aux élections de 1932, la droite cède la majorité aux radicaux, aux socialistes et à leurs alliés. Mais l'instabilité ministérielle manifeste les divisions de la gauche, tandis qu'éclatent des scandales financiers et politiques (→ affaire Stavisky, 1933-1934).

Une double opposition menace le régime : à gauche les communistes, à droite les mouvements de Doriot, de l'Action française, des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque. Elle aboutit à l'émeute parisienne du 6 février 1934, à laquelle répliquent les premières manifestations communes des socialistes et des communistes depuis 1920 (9 février). Une tentative de révision constitutionnelle échoue sous le ministère d'Union nationale de Doumergue (février-novembre 1934). De juin 1935 à janvier 1936, Pierre Laval pratique une politique de déflation impopulaire.

Le Front populaire (1936-1937)

Une coalition de la gauche (radicaux, socialistes et communistes) conduit à la victoire du Front populaire (élections de mai 1936), que vient renforcer un formidable mouvement de grèves avec occupations d'usines. Les accords Matignon (7 juin 1936) entre la CGT et la Confédération générale du patronat français, qui apportent les congés payés et la semaine de 40 heures, marquent la fin du mouvement. De juin 1936 à juin 1937, Léon Blum, leader de la SFIO, peut mener à bien d'importantes réalisations sociales. Mais des désaccords politiques et économiques apparaissent rapidement entre les partenaires du Front populaire. De plus, la gauche se divise à la suite de la politique de non-intervention en Espagne lors de la guerre civile. Léon Blum démissionne en juin 1937. Il tente vainement, en mars-avril 1938, de reconstituer le Front populaire. Il est remplacé par Édouard Daladier, qui donne la priorité aux questions financières, en recourant aux décrets-lois, dont Paul Reynaud peut user pour mener une politique financière libérale.

Pour en savoir plus, voir l'article Front populaire.

Alliances et menaces extérieures

À l'extérieur, après l'avènement de Hitler en Allemagne (1933), la France recherche des alliances. Laval a signé les accords de Rome avec Mussolini (1935), mais, après l'affaire d'Éthiopie (1935-1936) et le ralliement de la France aux sanctions contre l'Italie, le Duce se tourne vers Hitler. Le traité d'assistance mutuelle signé par Laval avec les Soviétiques en mai 1935 provoque la dénonciation des accords de Locarno par Hitler, qui, en mars 1936, réoccupe militairement la Rhénanie. En mars 1938, c'est l'Anschluss. En septembre, le gouvernement Daladier accepte la cession des Sudètes à l'Allemagne au détriment de son alliée la Tchécoslovaquie (→ accords de Munich). En mars 1939, Hitler annexe toute la Bohême-Moravie, signe le pacte d'acier avec Mussolini (mai), puis, le 1er septembre, envahit la Pologne. Le 3 septembre, l'Angleterre et la France déclarent enfin la guerre à l'Allemagne.

23. La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

La France ne peut soutenir efficacement la Pologne envahie par les Allemands ; elle s'installe dans la « drôle de guerre » (septembre 1939-mai 1940) tout en organisant une campagne en Norvège. Mal préparée à une guerre de mouvement, l'armée française, en mai 1940, lors de l'offensive allemande aux Pays-Bas, en Belgique, puis sur la Meuse, est vite débordée par une armée solidement appuyée par l'aviation et les divisions blindées mobiles. Le maréchal Pétain, qui a remplacé Reynaud (mars-juin 1940) à la tête du gouvernement, demande l'armistice (22 juin 1940), tandis qu'à Londres le général Charles de Gaulle appelle la nation à la résistance (→ appel du 18 juin).

Les Allemands annexent l'Alsace-Lorraine, occupent militairement les deux tiers du territoire et envoient en Allemagne 2 millions de prisonniers français. Seules la flotte et les colonies restent libres. Les Chambres, réunies à Vichy en Assemblée nationale, sont supendues après avoir confié tous les pouvoirs (10 juillet) au maréchal Pétain, qui se proclame chef de l'État le 12 juillet. Le régime de Vichy s'efforce d'instaurer une politique nationaliste, vaguement maurrassienne, fondée sur les valeurs traditionnelles (« travail », « famille », « patrie) ; sur le plan social, il cautionne un retour au corporatisme d'État. Sous l'impulsion de son « dauphin » Pierre Laval et surtout des extrémistes de droite, mais aussi de son propre chef, Pétain mène une politique de collaboration avec l'Allemagne, collaboration qui s'accélère à partir de 1942 (arrestation et déportation des Juifs, institution du STO, etc.). Cette année-là, le débarquement allié en Afrique du Nord provoque l'occupation de toute la France par les troupes allemandes (novembre 1942).

Pour en savoir plus, voir l'article la collaboration.

Une Résistance efficace s'organise, qui comptera de nombreux martyrs ; peu à peu, le général de Gaulle en rassemble les forces éparses dans le Conseil national de la Résistance (CNR) (mai 1943), tandis que des volontaires, avec Leclerc, se regroupent au sein des Forces françaises libres et, avec l'armée d'Afrique (→ Juin, de Lattre de Tassigny), jouent un rôle important dans les batailles de la Libération.

Reconnu par les Alliés, un Comité français de libération nationale (CFLN) est constitué en juin 1943 à Alger, présidé à partir d'octobre par le seul général de Gaulle. Le 3 juin 1944, le CFLN devient le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) et s'installe dans Paris, libéré le 25 août 1944. Les troupes françaises participent activement à l'offensive finale contre l'Allemagne. La France (absente des conférences de Yalta et de Potsdam) est présente lors de la reddition du Reich (8 mai 1945).

La France déplore 600 000 victimes de la guerre ; son outillage économique est terriblement touché, ce qui aggrave son retard technologique. Un redressement net de la natalité n'influence que peu à peu sur une démographie affaiblie depuis longtemps. Dans l'Empire colonial, la guerre a favorisé la montée des mouvements nationalistes.

Pour en savoir plus, voir les articles Charles de Gaulle, la Résistance, Seconde Guerre mondiale.

24. La IVe République

24.1. La reconstruction : 1944-1952

Après l’ordre moral imposé par Vichy, un appétit de vivre s’empare de la jeunesse et de la vie intellectuelle. Sartre et l’existentialisme symbolisent cette place reconquise par la France, et particulièrement Paris, dans le monde culturel, même si certains écrivains (→ les Hussards) rejettent, par esthétisme, cet engagement imposé de l’intellectuel. François Mauriac, avec son Bloc-notes, est à la charnière des deux attitudes.

De profondes réformes sont aussitôt entreprises par le général de Gaulle : vote des femmes, nationalisations, généralisation des allocations familiales et de la sécurité sociale, institution des comités d'entreprise, création du Commissariat général au plan. Le 21 octobre 1945, le pays élit une première Assemblée constituante, qui confirme dans ses fonctions de chef du Gouvernement provisoire le général de Gaulle (13 novembre 1945). Celui-ci démissionne pourtant dès janvier 1946, en désaccord avec la majorité comprenant communistes, socialistes et Mouvement républicain populaire (MRP) [tripartisme]. Le 5 mai 1946, les électeurs rejettent un premier projet de Constitution qui prévoyait un régime d'assemblée unique. Une nouvelle Assemblée constituante est élue (juin-novembre 1946), qui rédige un texte transactionnel, créant une seconde assemblée à pouvoirs limités, le Conseil de la République ; cette Constitution est adoptée par le pays à une faible majorité (référendum du 13 octobre 1946).

Les élections pour la première Assemblée nationale ont lieu le 10 novembre 1946, puis celles pour le Conseil de la République le 24 novembre et le 8 décembre. Le socialiste Vincent Auriol est élu président de la République (janvier 1947). En 1947, le gouvernement rencontre une double opposition : celle du parti communiste, qui refuse d'approuver les crédits militaires pour l'Indochine et est exclu du gouvernement en mai 1947 ; celle du Rassemblement du peuple français (RPF), mouvement gaulliste (avril 1947). Aussi, mettant fin au tripartisme, tente-t-il un élargissement de la majorité parlementaire sur sa droite : c'est le temps (1947-1952) de la « troisième force » (socialistes, MRP, radicaux et modérés). Dans le mouvement syndical, de grandes grèves aboutissent à la scission de la CGT en deux confédérations (création de la CGT-FO en avril 1948). En 1950, les socialistes quittent à leur tour le gouvernement, et les élections de 1951 voient le succès du RPF et des communistes, dont la portée est limitée par un système électoral (loi des apparentements) taillé sur mesure pour la troisième force.

La France, de 1945 à 1951 – notamment grâce au plan Marshall à partir de 1948 –, a vécu avec l'aide des États-Unis, ce qui lui a permis de financer ses importations essentielles et de renforcer son premier plan de modernisation et d'équipement (plan Monnet).

24.2. Du ministère Pinay au Front républicain : le développement des conflits outre-mer : 1952-1958

Le ministère Pinay (6 mars-23 décembre 1952), servi par une expansion continue de la production, mène la lutte contre l'inflation. La fin de l'année 1953 voit l'élection difficile de René Coty à la présidence de la République. En 1954, tandis que l'agitation politique se développe en Tunisie et au Maroc, la détérioration de la situation en Indochine (→ bataille de Diên Biên Phu, 7 mai) aboutit aux accords de Genève (→ Mendès France), en juillet, qui mettent fin à la guerre d'Indochine. L'insurrection algérienne éclate le 1er novembre 1954.

En décembre 1955, l'Assemblée est dissoute. Guy Mollet, un des leaders du Front républicain (radicaux et socialistes essentiellement), forme le gouvernement (1956-1957). Le Maroc et la Tunisie accèdent à l'indépendance en 1956, tandis que la loi-cadre Defferre accorde une large autonomie à Madagascar et aux territoires d'Afrique noire. Mais, en Algérie, le conflit s'aggrave (→ guerre d'Algérie). Pour protéger les intérêts franco-anglais en Égypte, une expédition militaire est envoyée à Suez (octobre-décembre 1956). Celle-ci se révèle comme un échec diplomatique, les États-Unis et l'URSS s'étant interposés. Après une période de stabilité monétaire (1953-1955), l'inflation reprend (1955-1959). En 1957, la Communauté économique européenne (CEE) est créée.

Les événements d'Algérie (→ crise du 13 mai 1958) aboutissent au retour du général de Gaulle. Dès le 28 septembre, une nouvelle Constitution (→ Constitution française de 1958), qui accroît les pouvoirs du président de la République, est ratifiée par référendum.

Pour en savoir plus, voir l'article France : vie politique de la France depuis 1958.