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Espagne : géographie physique

Sierra de Guadalupe
Sierra de Guadalupe

D'une superficie de 497 000 km2, l'Espagne a souvent été comparée à une citadelle : ceinturés de montagnes (monts Cantabriques et chaînes Ibériques, sierra Morena), les hauts plateaux castillans, les plus vastes d'Europe, et le bassin de l'Èbre, dominé par les Pyrénées, sont en effet d'un accès difficile.
En dehors de la plaine andalouse, largement ouverte sur l'Atlantique, les plaines sont rares, de petites dimensions et cantonnées au voisinage du littoral. La prédominance des plateaux donne une allure quadrangulaire, due également au bloc central du socle hercynien qui constitue la Meseta.
L'Espagne se place au second rang européen derrière la Suisse pour son altitude moyenne, deux fois plus élevée que celle de la France, bien que ses plus hauts sommets n'atteignent pas 3 500 m. Seulement 11 % du territoire espagnol sont au-dessous de 200 m d'altitude, 56 % sont entre 400 et 1 000 m.

1. Le relief espagnol

1.1. La Meseta

Les principaux sommets d'Espagne

Les principaux sommets d'Espagne

Sommet

Chaîne ou massif

Altitude

Mulhacén

Chaînes Bétiques

3 478 m

Pic d'Aneto

Pyrénées

3 404 m

Monte Perdido (mont Perdu)

Pyrénées

3 355 m

Vignemale

Pyrénées

3 298 m

Picos de Europa

Monts Cantabriques

2 648 m (Peña Cerredo)

Sierra de Gredos

Cordillère centrale Ibérique

2 592 m

Moncayo

Chaînes Ibériques

2 393 m

Monts du León (dans les monts Cantabriques)

El Teleno

2 188 m

Almenara

Sierra de Alcaraz

1 797 m

Montseny

Cordillère Catalane

1 712 m

L'aspect de bastion s'explique par la présence d'un bloc rigide, grossièrement quadrangulaire, qui constitue l'armature du relief de toute la Péninsule : la Meseta, qui occupe 250 000 km2, soit 40 % de la péninsule Ibérique. Il s'agit d'un fragment de socle hercynien, demeuré vraisemblablement émergé pour la plus grande part au cours des ères secondaire et tertiaire et qui affleure largement dans l'ouest du pays. Raboté par l'érosion durant des millions d'années, il offre des paysages d'une grande monotonie : le moutonnement infini de croupes schisteuses et granitiques sombres n'est dominé que par quelques chicots quartzitiques particulièrement résistants (en Estrémadure) et creusé de gorges sauvages par les rivières les plus importantes. Vers l'est, en Vieille- comme en Nouvelle-Castille, le socle disparaît sous une couverture tertiaire. La monotonie des formes topographiques est très grande dans la Manche, où la surface du remblaiement calcaire est à peine entamée. La plate-forme rigide des calcaires lacustres qui la couronne a été entaillée de vallées à corniches par les réseaux du Duero (qui s'y encaisse progressivement en direction du Portugal) et du Tage : ce sont les páramos, secs et austères, que limite à l'ouest un coteau sinueux à l'avant duquel se détachent quelques buttes témoins. Là où les calcaires ont disparu, de molles collines taillées dans des marnes d'une blancheur aveuglante sous le soleil composent le paysage de campiña.

Le relief espagnol

Le relief de l'Espagne

Répartition de l'altitude

Altitude

Part de la superficie totale

De 0 à 500 m

40 %

De 500 à 1 000 m

40 %

Plus de 1 000 m

20 %

Altitude moyenne

Altitude moyenne

660 m (France : 342 m)

Point culminant

Mulhacen

3 478 m

La cordillère centrale Ibérique

La Meseta est divisée en deux parties par la cordillère centrale Ibérique. Formée d'une série de massifs faillés disposés en coulisse et portés à une forte altitude, celle-ci s'allonge de l'O.-S.-O. à l'E.-N.-E. et culmine à 2 661 m dans la sierra de Gredos. Bien que les plus hauts sommets aient été façonnés par les glaciers quaternaires, les parties culminantes conservent la trace incontestable d'un aplanissement ancien. La cordillère centrale est en effet un fragment de socle soulevé par failles au Tertiaire.

Les monts Cantabriques

De la même façon, le puissant bourrelet des monts Cantabriques, qui isole la Vieille-Castille du golfe de Gascogne, résulte d'un jeu de failles tertiaires, combinées vers l'est à une composante tangentielle d'autant plus notable que le socle, formé de terrains sédimentaires primaires, est plus souple. Lithologiquement contrasté, ce matériel a été violemment disséqué par des cours d'eau torrentiels dévalant vers la mer Cantabrique et les vallées cantabriennes sont profondément encaissées. Guère de traces d'aplanissement dans ces montagnes sauvages, dont le massif des picos de Europa est l'un des plus beaux exemples : puissante masse calcaire profondément karstifiée, coupée de cañons impressionnants, il dresse ses cimes déchiquetées par les glaciers quaternaires à 2 648 m. Vers l'ouest, au contraire, au fur et à mesure que le socle devient plus rigide et le relief moins énergique, le paysage de plate-forme est de nouveau dominant : en Galice et aux confins du León, des bombements et des failles orthogonales (dont certaines ont joué tardivement) interfèrent pour individualiser une marqueterie de massifs et de bassins à travers lesquels le río Miño et son affluent le Sil se fraient difficilement un passage. Le socle galicien, est fragmenté par des fractures qui délimitent de nombreux bassins d'effondrement. Le littoral, abrupt, échancré de rias profondes.

La partie méridionale de la Meseta

La partie méridionale de la Meseta a connu des déformations tertiaires beaucoup plus modestes. Les chaînons appalachiens des monts de Tolède et des sierras qui les prolongent à l'ouest (sierra de Guadalupe) résultent sans doute d'une reprise d'érosion consécutive au rejeu tertiaire de failles anciennes, mais certains ne sont que de simples reliefs résiduels. Ils dominent les schistes et granites du socle, arasés par une surface d'érosion. Quant à la sierra Morena, qui borde la Meseta au sud, elle n'est qu'un bourrelet insignifiant né d'un bombement dissymétrique de faible amplitude et dont l'énergie de relief est due aux gorges profondes qu'y ont creusées les affluents de la rive droite du Guadalquivir.

Le paysage de la Meseta

Cependant, quelle que soit leur importance, tous les reliefs qui se dressent à la surface de la Meseta ont en commun la raideur de leurs flancs, contrastant singulièrement avec les immenses platitudes qui se développent à leur pied. Ce trait de paysage est hérité du façonnement du modelé dans l'ambiance climatique subaride qui régnait à la fin du Tertiaire : de vastes pédiments ont mordu sur les reliefs, qui ont pris l'allure d'inselbergs. Au début du Quaternaire, les débris livrés par ces reliefs ont été étalés en de puissants cônes de piémont, dont les argiles rouges qui enrobent des blocs grossiers (rañas) empourprent le paysage. Le creusement des vallées, à niveaux de terrasses étages pour les plus importantes, n'a souvent guère altéré ces traits, qui ont fait écrire que les Castilles avaient déjà figure de cuvettes africaines.

1.2. Les chaînes Ibériques

Sur sa bordure orientale, la Meseta est longée du N.-O. au S.-E. par les chaînes Ibériques. Relief bien médiocre que ces montagnes qui, vues de quelque point haut, se présentent comme un immense plateau de moins de 1 500 m d'altitude sur lequel quelques dômes dépassant 2 000 m (Moncayo, 2 313 m) semblent posés. Vers le S.-E., des fossés compartimentent le relief en massifs isolés. Des abrupts de failles délimitent également les monts ibériques vers la mer, au-dessus du littoral valencien. Nées sur l'emplacement d'un sillon sédimentaire secondaire, ces chaînes de plissement tertiaire ont été presque intégralement nivelées dans le prolongement des páramos mésétains. Si des chaînons s'y individualisent, c'est grâce à l'excavation des roches tendres, d'ailleurs peu épaisses, plus qu'aux déformations récentes, qui sont restées limitées. Ainsi, quoique se rattachant à un domaine structural entièrement différent, les chaînes Ibériques font encore partie intégrante de la Meseta par leurs paysages de plate-forme.

1.3. Le bassin de l'Èbre

C'est également vrai du bassin de l'Èbre, vaste cuvette qui correspond à un fragment de socle triangulaire tardivement effondré et fossilisé sous d'épais dépôts continentaux tertiaires, découpé en collines massives et en terrasses de piémont. D'allure subhorizontale entre les Pyrénées et le système ibérique, cette cuvette est fermée vers le sud, avant le delta, par les chaînes catalanes. L'Èbre et ses affluents ont largement érodé la dalle de calcaires lacustres qui couronnait la série et qui ne subsiste plus qu'en tables résiduelles, les muelas. Dans les marnes gypsifères sous-jacentes, ils ont modelé d'amples terrasses et glacis d'érosion étagés qui inscrivent leur profil rigide sur l'horizon. Le déblaiement est ici beaucoup plus avancé que dans les Castilles, car la cordillère Catalane ne constitue pas un obstacle notable au creusement de l'Èbre, qui la traverse à la faveur d'effondrements transversaux. À l'est de Saragosse, les Monegros introduisent un paysage désolé de terres arides et stériles contrastant avec les terres irriguées proches.

1.4. La cordillère Catalane

La cordillère Catalane, allongée du S.-O. au N.-E., est divisée en deux rameaux parallèles par un couloir d'affaissement tardif. Malgré son altitude modeste (Montseny, 1 712 m), elle ne manque pas d'énergie, les rivières côtières la ravinant activement. Aussi, contrairement à la chaîne Ibérique, à laquelle elle s'apparente par son style de plissement, les traces d'aplanissement y sont rares, et les paysages d'une grande variété : escarpements calcaires, éclatants de blancheur, en vagues déferlantes dans le sud-ouest, plate-forme dénudée, toute trouée de dolines du Garraf, massifs cristallins du nord-est profondément altérés et revêtus d'épaisses forêts, pinacles gréseux du Montserrat… Fragments de socle ancien et de reliefs plissés font alterner sur le littoral catalan les falaises, liées aux massifs montagneux, et les côtes basses (littoral des plaines d'effondrement ou deltas de l'Ebre ou du Llobregat).

1.5. Les Pyrénées espagnoles

Les Pyrénées espagnoles, qui bordent le bassin de l'Èbre au nord, sont beaucoup plus larges que les Pyrénées françaises. Elles sont les seules montagnes de la Péninsule à présenter un authentique cachet alpin : du Somport au Puigmal, le modelé glaciaire et le fort enneigement lui donnent fière allure. C'est que, sur plus de 200 km, la ligne de faîte se tient presque constamment au-dessus de 2 500 m et dépasse en plusieurs points 3 000 m. Le pic d'Aneto atteint 3 404 m dans le massif de la Maladeta. Les Pyrénées sont, en effet, une imposante barrière, massive et rigide, qui n'est pas sans affinités avec la cordillère Cantabrique, qu'elles prolongent. Le socle y joue un rôle essentiel : un pli de fond l'a fait jaillir dans l'axe de la chaîne. Il est flanqué au sud d'une couverture secondaire énergiquement plissée, sierra del Cadí, synclinal d'Aragon, Conca de Tremp, dont les chaînons O.-E. sont tranchés en gorges pittoresques par les affluents de l'Èbre. À l'ouest, les Pyrénées s'abaissent dans le Pays basque à moins de 1 500 m. À l'est, les Pyrénées orientales se rattachent par les chaînes côtières catalanes aux monts Ibériques. Cette frontière naturelle et politique s'étend sur 450 km.

Ainsi, ce n'est pas seulement la Meseta, mais en même temps tout le nord-est de l'Espagne dont le relief est commandé par le socle hercynien. Même lorsqu'une couverture sédimentaire le masque, l'évolution géomorphologique reste sous sa dépendance et tend à engendrer les mêmes plates-formes monotones et austères. Sans doute les montagnes fortement disséquées ou modelées par les glaciers offrent-elles des paysages plus attrayants. Mais, même dans ce cas, la rigidité de l'architecture générale du relief et une certaine massivité des formes demeurent.

1.6. Les chaînes Bétiques

Seules les chaînes Bétiques, nées du plissement tertiaire de matériaux accumulés dans une fosse géosynclinale, échappent à cette influence du socle. S'étirant sur plus de 800 km, du détroit de Gibraltar au cap de la Nao, en un arc tangent au bord sud-est de la Meseta, elles sont divisées en deux alignements parallèles fragmentés en sierras isolées, séparées par un chapelet de bassins et des couloirs de plaine. L'alignement du sud, dont la structure charriée a été reprise par des bombements tardifs, est une succession de massifs, coupés de couloirs transversaux, inscrivant dans le paysage de pesantes coupoles tantôt de marbres blancs, tantôt de schistes noirâtres. La retouche glaciaire des sommets de la sierra Nevada, les plus élevés de la Péninsule (le Mulhacén culmine à 3 478 m), n'a pas réussi à en effacer la lourdeur. Seules les montagnes schisteuses qui bordent la Méditerranée se réduisent à un dédale de croupes effroyablement ravinées. Le domaine subbétique du nord est fait de calcaire mésozoïque plissé. L'ensemble s'incurve à l'ouest et se prolonge par l'arc rifain au-delà de Gibraltar et dans l'archipel baléare à l'est (Ibiza, Majorque). Bassins et couloirs se succèdent à l'intérieur : Grenade, Guadix, Baza.

Dans l'alignement du nord, dont le matériel sédimentaire (calcaires et marnes) a été plissé plus tardivement, la trame structurale s'exprime bien dans le relief, notamment par de grands escarpements de chevauchement. Mais il est encore plus discontinu, de vastes échancrures déchirant la chaîne, qui, particulièrement dans l'ouest, tend à se disperser en îlots montagneux flottant sur une mer de collines. Et les collines succédant aux collines, on passe insensiblement à la plaine andalouse, ou plaine du Guadalquivir.

1.7. La plaine du Guadalquivir

Dans la plaine du Guadalquivir, les mers tertiaires ont accumulé des sédiments tendres que le Guadalquivir et ses affluents, bordés de terrasses caillouteuses, ont déjà largement déblayés. Cette plaine triangulaire, largement ouverte vers l'ouest aux influences atlantiques, passe de la zone marécageuse des Marismas aux plaines uniformes des campiñas de Séville et Cordoue, puis aux collines de la région de Jaén. À l'est de Grenade, ce modelé de collines fait brusquement place à de rigides pédiments et glacis étages mordant sur le cadre montagneux de vastes couloirs et bassins intérieurs.

1.8. Les côtes espagnoles

Les côtes traduisent l'organisation d'ensemble des masses du relief : rectilignes, massives et souvent à falaises, peu articulées, à l'exception des rias de Galice.

La façade méditerranéenne

La façade méditerranéenne se décompose en plusieurs ensembles : le littoral catalan, avec la Costa Brava, de l'Ampurdán au Maresme barcelonais, et les deltas du Llobregat et de l'Èbre. Le littoral levantin, colmaté, au pied des massifs, avec des lagunes (à Albufera) et des tombolos appuyés sur les peñones de Peñiscola et d'Ifach. Le littoral andalou, avec une riviera et des petites plaines côtières (les hoyas de Motril et de Málaga).

La façade atlantique

La façade atlantique est double avec, au sud, une côte basse en voie de régularisation, dunes littorales (Arenas Gordas) et ancienne lagune des Marismas, vaste delta intérieur édifié en arrière du puissant cordon littoral des Arenas Gordas. Au nord, les rias de Galice s'alignent sur des fractures, de part et d'autre du cap Finisterre, alors que la côte cantabrique est abrupte et linéaire. Les îles Baléares ne sont qu'un prolongement du système bétique et présentent la même allure découpée.

2. L'hydrographie de l'Espagne

Seuls les fleuves et les rivières du versant atlantique échappent à l'aridité et à la forte évaporation marquant le régime des cours d'eau espagnols, quelle que soit leur importance. Sur 900 km, le Duero (dont le débit à l'embouchure s'élève à 650m3s) et son bassin drainent le cinquième de l'Espagne. Se jetant dans l'Atlantique à Lisbonne, le Tage parcourt environ 900 km en territoire espagnol. Son débit est soutenu par les affluents venus de la chaîne centrale. L'Èbre (du latin Iberus), qui a donné son nom à la péninsule, naît aux abords des côtes atlantiques avant de bâtir un puissant delta cultivé le long de la Méditerranée, à 910 km de sa source. Le Guadalquivir fait un peu office de fleuve mythique, avec la région de marais des Marismas et l'héritage toponymique arabe soulignant l'irrégularité de son débit, comme l'atteste la fréquence de la racine oued (dans les zones semi-arides, un oued désigne un cours d'eau temporaire ou saisonnier), qui est à l'origine du préfixe guad : Guadajoz, Guadiato, Guadiamar, Guadalén, Guadalete, Guadalimar. Son débit est soutenu par le réseau bétique (Genil). Aux sources du Guadiana, des cuvettes endoréiques, c'est-à-dire sans écoulement organisé vers l'extérieur, accumulent les eaux dans les lagunes de la Manche centrale. Sur tous ces grands cours d'eau, les hautes eaux se placent à la fin de l'hiver ou au printemps.

Les principaux cours d'eau d'Espagne

Les principaux cours d'eau d'Espagne

Cours d'eau

Longueur

Superficie du bassin versant

Débit moyen

Douro

900 km (au total)

100 000 km2 (au total)

650 m3s (à l'embouchure au Portugal)

Tage

845 km (parcours espagnol)

80 947 km2 (au total)

124 m3s (à Alcántara, à l'entrée au Portugal)

Èbre

928 km

85 000 km2

 

Guadiana

780 km

60 748 km2

 

Guadalquivir

680 km

 

185 m3s (à Séville, jusqu'où remonte la marée)

Sur l'ensemble du territoire, on recense près de 1 700 lacs, pour la plupart localisés dans les Pyrénées, où ils ont surtout une origine glaciaire.

3. Un climat marqué par l'aridité

Comprise entre 36° et 43° 47′ de latitude N. sur la façade occidentale du continent européen, l'Espagne est incluse dans le domaine climatique méditerranéen. Le balancement des hautes pressions subtropicales, qui repoussent vers le nord en été les vents d'ouest porteurs d'humidité, y règle le rythme des saisons : hivers doux et humides, étés chauds et secs s'y succèdent année après année.

Du point de vue humain, l'aridité estivale est le trait dominant de ce climat : durant plusieurs mois, l'évapotranspiration puise sur les réserves en eau du sol, que de rares orages ne parviennent pas à reconstituer. À moins d'irriguer, bien des plantes que favoriserait la chaleur précoce se trouvent exclues de la gamme des cultures possibles. Cependant, l'aridité n'a pas partout la même rigueur : schématiquement, on peut dire qu'elle va s'accentuant du nord-ouest, où elle ne dure qu'un mois à peine, vers le sud-est, où elle dépasse cinq à six mois. Tant sa position avancée dans l'Atlantique que la configuration générale de son relief nuancent, en effet, sensiblement la tonalité méditerranéenne du climat de l'Espagne.

3.1. Le littoral catalan et levantin et l'Andalousie occidentale

Le climat méditerranéen le plus pur s'étend à la plus grande partie du littoral catalan et levantin ainsi qu'à l'Andalousie occidentale. Cette dernière, plus méridionale, est plus chaude : alors que, sur la côte catalane, la température moyenne de janvier est de 9 °C, à Málaga elle s'élève à 12 °C, autorisant des cultures tropicales comme la canne à sucre, le bananier et le corossolier. Quant aux étés, ils sont véritablement torrides en Andalousie, particulièrement dans la plaine du Guadalquivir, où la moyenne du mois le plus chaud atteint 28,4 °C à Cordoue, station où on a enregistré le record des maximums absolus de la Péninsule, avec 52 °C.

L'Andalousie connaît aussi une saison sèche plus longue (4 à 5 mois) : du fait de sa position plus méridionale, elle est atteinte plus tardivement par les courants perturbés d'ouest. Mais, fortement chargés d'humidité, ceux-ci y déversent d'abondantes précipitations : la plaine andalouse reçoit de 550 à 700 mm de pluies par an, et les premiers reliefs importants des cordillères Bétiques jusqu'à 2 000 mm, alors que Málaga, en position d'abri, ne recueille pas 500 mm. Comme il est normal, la pluviosité décroît d'ouest en est. Le nombre de mois durant lesquels les précipitations n'autorisent pas les cultures tempérées atteint huit à Murcie (à l'est de l'Andalousie) et dix à Almería : les nuances désertiques de cette courte frange côtière sont attestées par la faiblesse des précipitations.

En Catalogne littorale, la saison sèche ne dure que deux mois au nord, où les précipitations sont de l'ordre de 600 à 700 mm, et augmente vers le sud pour atteindre quatre mois dans le Levant avec un total pluviométrique de l'ordre de 400 mm. Ce n'est pas tant que les vents d'ouest arrivent plus tôt au nord, car, après avoir traversé la Péninsule, ils apportent bien peu d'humidité. Mais que les dépressions très creuses naissant précocement à l'automne dans le golfe de Gênes dirigent sur la Catalogne des vents humides déversant d'énormes quantités d'eau. De plus, l'Ampurdán reçoit en été des vents pluvieux de quelques dépressions qui atteignent le golfe du Lion après avoir traversé le Bassin aquitain.

Sous ce climat, la végétation naturelle est une forêt d'arbres à feuillage permanent dont l'espèce dominante est le chêne vert. Sur les roches siliceuses, il cède la place au chêne-liège, dont on observe de beaux peuplements tant en Catalogne du Nord que dans le sud de la province de Cadix. Sur les reliefs bien arrosés, le chêne rouvre se mêle au chêne vert, et, en Catalogne, le hêtre est présent au nord de la percée de l'Ebre. Cependant, cette végétation naturelle a été très dégradée par l'homme. Malgré des reboisements récents de pins pignons (et aussi, en Andalousie, d'eucalyptus), de vastes surfaces ne sont plus occupées que par le « matorral » : c'est tantôt un maquis à petits arbres rabougris et espacés (caroubiers sauvages, olivier-lentisque), tantôt une garrigue où le chêne kermès s'associe au romarin, au ciste... Aussi, lors des averses brutales de l'automne, les sols, mal protégés par cette végétation clairsemée, sont-ils intensément ravinés, et les pentes sont lacérées en bad-lands, tandis que les torrents entraînent à la mer des masses énormes de débris avec lesquels ils construisent des deltas à progression rapide.

Pourtant, il est certain qu'une partie de ces matorrales sont originels, notamment dans les régions où la pluviosité tombe au-dessous de 400 mm.

Dans l'est des cordillères Bétiques règne un climat subaride : les précipitations sont inférieures à 300 mm à Murcie, et même à 250 mm à Almería, le record européen de la sécheresse étant détenu par le cap de Gata, avec une moyenne de 113 mm. Sans doute les vents d'ouest arrivent-ils ici desséchés après avoir traversé la Péninsule et les dépressions du golfe de Gênes n'atteignent-elles pas une latitude aussi méridionale. Mais d'autres facteurs, encore mal connus, doivent être responsables d'une telle aridité. Il est certain que la proximité de l'anticyclone saharien accentue la sécheresse estivale. La végétation prend ici un aspect steppique avec des buissons épineux, des touffes de graminacées (steppe à alfa) et des palmiers nains (Chamaerops humilis). Comme dans les milieux subdésertiques, de maigres sols souvent salins sont la proie du ruissellement, et de véritables oueds étalent un lit démesuré presque toujours à sec. Les fleuves ne coulent qu'après les pluies, et alors les crues sont catastrophiques. Les rares établissements humains font figure d'oasis, et la palmeraie d'Elche, dans la province d'Alicante, la seule à fructifier en Europe, n'est pas l'une des moindres curiosités de ces régions.

3.2. L'intérieur de la Péninsule espagnole

Dans l'intérieur de la Péninsule, le climat méditerranéen se teinte d'une nette continentalité qui en renforce l'aridité et en accentue les contrastes thermiques. L'essentiel de l'intérieur, à l'exception des montagnes à nuances continentales sur la Meseta et la cuvette de l'Èbre, possède des étés chauds avec peu de pluies, des hivers rigoureux avec un pôle du froid sur les monts Ibériques. Si l'Estrémadure, que les vents d'ouest atteignent sans obstacle notable, reçoit quelque 600 mm de pluies par an, la Manche ne recueille que 300 à 400 mm. Dans la cuvette de Vieille-Castille, que ceinturent de hauts reliefs, la pluviosité tombe même au-dessous de 300 mm près de Zamora, et, au cœur du bassin de l'Èbre, elle n'est que de 325 mm. Pourtant, la saison des pluies débute plus tôt et se termine plus tard. Mais l'établissement en hiver d'un anticyclone sur la Meseta détermine un net creux hivernal dans la courbe des précipitations, le maximum se plaçant au printemps. Dans le bassin de l'Ebre, ce minimum hivernal devient même plus marqué que celui de l'été.

La présence de cet anticyclone s'explique par le fort refroidissement de l'air au contact du sol. Dans le bassin de Vieille-Castille, les températures du mois le plus froid sont en moyenne inférieures à 4 °C et Ávila a enregistré le minimum absolu de – 21 °C. L'olivier ne remonte guère au-delà du Tage, et, s'il pénètre largement dans le bassin de l'Èbre (dont l'altitude plus basse rend les hivers moins rigoureux), il y souffre parfois du gel dans le Centre et le Sud. Les étés, en revanche, sont torrides, particulièrement dans la Meseta méridionale, où le thermomètre dépasse souvent 40 °C. Les amplitudes thermiques, à Madrid, atteignent 20 °C. Le mois d'août peut surprendre par le phénomène de « froid au visage » (Agosto, frío en rostro).

La rigueur des hivers, l'indigence des précipitations et la forte aridité estivale sont des conditions bien sévères pour la vie végétale. La forêt claire de chênes verts et de chênes-lièges de l'Estrémadure, quoique notablement modifiée par l'exploitation humaine, constitue l'un des seuls témoignages de la végétation naturelle. On a tout lieu de penser que la chênaie couvrait aussi la Vieille-Castille, dont les étés relativement frais sont d'une aridité sensiblement atténuée. Mais l'homme l'a à peu près complètement détruite. À sa place, une maigre garrigue a envahi les terres en friche. Il en est de même dans la Manche et plus encore dans le bassin de l'Èbre, où d'immenses surfaces ne sont que des steppes à touffes de graminées piquetées de loin en loin. Dans ces régions, les plus sèches de l'intérieur, il est d'ailleurs vraisemblable que la forêt originelle était discontinue et qu'elle se composait d'espèces plus xérophiles que les chênes verts, tels le pin d'Alep et le genévrier. Les sols siliceux portent un maquis (l'arbousier figure avec l'ours dans les armes de Madrid).

Ainsi, par la Manche et le bassin de l'Èbre, l'aridité africaine vient assiéger jusqu'aux Pyrénées centrales, et avec elle la steppe, qui contribue à l'austérité du paysage, un paysage minéral où le drainage s'organise difficilement : une partie de la Manche est endoréique, les eaux allant se perdre dans des lagunes salées. Les efflorescences salines ne sont pas rares. Mais que survienne une averse concentrée et les eaux ruisselantes ravinent profondément les pentes.

Les fleuves perdent beaucoup par évaporation (le Guadiana s'étale dans les lagunes de la Manche), mais restent importants (Duero, Tage, Èbre).

Seules les montagnes qui dominent les régions intérieures portent de beaux massifs forestiers : celles de l'Est, plus sèches, ont des peuplements de pins mêlés au chêne vert et au chêne lusitanien et font place en altitude à un genévrier africain. Dans l'Ouest, les montagnes sont beaucoup plus arrosées : le chêne vert est supplanté en hauteur par le chêne rouvre et le hêtre, d'autant plus abondants que l'on approche du nord-ouest de la Péninsule.

3.3. La façade septentrionale espagnole, de la Galice aux Pyrénées centrales incluses

La façade septentrionale, de la Galice aux Pyrénées centrales incluses, dont les reliefs énergiques sont heurtés de plein fouet par les vents d'ouest, subit une forte influence océanique. Cette Espagne humide reçoit au moins 600 mm de pluies et ne compte aucun mois sec : c'est le domaine atlantique. À l'extrême nord-ouest, Saint-Jacques-de-Compostelle enregistre 1 650 mm et 176 jours de pluie par an. La Corogne connaît des moyennes de 10 °C en janvier et de 19 °C en août : c'est la plus faible amplitude thermique du pays. Aux hivers doux et humides succèdent des étés relativement frais, dont l'aridité est sensiblement atténuée par l'humidité de l'air. Au Pays basque et dans les Pyrénées, les pluies orageuses d'été sont même suffisamment abondantes pour qu'il n'y ait aucun mois sec. C'est l'Ibérie humide, dont la verdure surprend le voyageur qui vient de l'intérieur : au-dessus des prairies qui occupent les fonds de vallée, les pentes se parent de beaux manteaux forestiers d'arbres à feuilles caduques où dominent le chêne pédoncule et le hêtre avec un sous-bois de fougères. Quand on s'élève en altitude, le hêtre tend à l'emporter, puis fait place au pin sylvestre, lequel est supplanté à son tour par le sapin et le pin à crochet.

Cependant, une nette tendance à la podzolisation rend les sols acides, surtout en Galice. Aussi, comme dans les terres océaniques, la chênaie se reconstitue-t-elle difficilement quand elle a été détruite par l'homme. À sa place se développe une lande à genêts et bruyères.

Les fleuves n'ont pas de crues importantes, mais des eaux abondantes avec un régime régulier.

3.4. Une terre d'excès

En dehors de cette frange humide, l'Espagne est donc marquée par la sécheresse. Et comme toutes les terres sèches, elle est une terre d'excès : alors que l'on recherche avidement l'eau plusieurs mois par an, de brutales averses peuvent ruiner les sols et provoquer des crues dévastatrices. Il arrive, en effet, qu'il tombe plus de 100 mm en une seule journée. Mais il arrive aussi qu'il ne pleuve pas de toute une année dans le Sud-Est. Cette irrégularité interannuelle est cause d'incertitudes.

La mise en valeur rationnelle suppose donc d'abord la maîtrise de l'eau. Elle nécessite en second lieu l'amélioration des sols : l'insuffisance du drainage dans les profils en limite l'évolution, d'autant que l'humus n'est fourni qu'avec parcimonie par la maigre végétation. Bien souvent, les sols sont squelettiques ou de médiocre qualité.

Le climat de l'Espagne

Données climatiques

Station

Température du mois le plus chaud

Température du mois le plus froid

Précipitations moyennes annuelles

Gijon

19,1 °C

9,4 °C

1 004 mm

Saragosse

23,7 °C

5,8 °C

323 mm

Ciudad Real

24,9 °C

5,2 °C

388 mm

Valence

24,5 °C

10,1 °C

418 mm

Séville

28,1 °C

10,3 °C

547 mm

4. La faune espagnole

La faune s'apparente à celle des régions tempérées. On trouve en effet le renard et le sanglier ainsi que des variétés autochtones de certaines espèces de chèvres (Capra hispanica) ou de grenouilles (Rana iberica). Mais elle compte aussi des espèces nettement plus méditerranéennes, comme la perdrix, la caille, l'alouette, le canard et le flamant. On entre enfin dans le domaine alpin, qui est celui de l'aigle et des cervidés, préservés au sein de colonies isolées peuplant les hauts massifs.

Pour en savoir plus, voir les articles population de l'Espagne et activités économiques de l'Espagne.