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Espagne : art et architecture espagnols

L'Alhambra
L'Alhambra

1. Les origines

1.1. De la préhistoire à l’époque romaine

L’Espagne possède l’une des œuvres majeures de la peinture préhistorique avec le décor du plafond de la grotte d’Altamira (environ – 14 000 ans, région de Santander). À ce grand art naturaliste et magique de l’époque paléolithique s’ajoutent les figures humaines et animales très schématiques, mais fermes et nerveuses, peintes dans les abris sous roches de l’est du pays, dans la région méditerranéenne du Levant (vers – 10 000).

La période antique (à partir du vie siècle avant notre ère), qui voit les Grecs, les Carthaginois, puis les Romains, se succéder sur le sol de la Péninsule, révèle un art des Ibères, qui oppose une sensibilité propre à celle de ces peuples colonisateurs. La Grande Dame de Cerro de Los Santos (Musée archéologique national, Madrid), la Dame de Baza (ibid.) et la Dame d’Elche (musée national du Prado, Madrid), parées de bijoux ou de coiffes majestueuses, atteignent un très haut degré dans l’art figuratif antique.

Les créations majeures de la période romaine se trouvent dans les villes (Tarragone, Mérida par ex.). Les aqueducs sont parmi les principaux témoins des travaux d’art : celui de Ségovie domine la ville d'une hauteur de près de 30 m. Il reste de la domination de Rome un art étranger, universaliste, coupé de toute attache locale.

1.2. L’empreinte wisigothique (vie - viiie siècle)

Mais, avec le temps, il se produit un enracinement et une différenciation régionale qui aboutissent à une véritable mutation artistique, à partir du ve siècle, après l’établissement des Wisigoths qui vont se rallier à l’église chrétienne.

Parmi les traits caractéristiques de l'architecture dite wisigothique, on note l'emploi d'un très bel appareil en pierre de taille et l'usage de l'arc outrepassé. Au viie siècle apparaît une série d'églises qui combinent le plan de la basilique et le plan en croix grecque et qui sont parfois ornées de sculptures raffinées (San Pedro de la Nave, province de Zamora). À la même époque appartient le trésor d'orfèvrerie royale constitué par les couronnes votives de Guarrazar (Musée archéologique national, Madrid).

Les liens avec l'Orient méditerranéen et l'Afrique sont renforcés par la conquête musulmane au début du viiie siècle. Alors prend naissance un art hispano-mauresque dont l'évolution se poursuit jusqu'à la fin du Moyen Âge et qui étend sa domination sur tout l'ouest du Maghreb.

2. L’art espagnol au Moyen Âge (ixe - xve siècle)

2.1. Un partage indécis entre musulmans et chrétiens

Art de l’Islam, art de vivre

L'art musulman espagnol prend sa source en Syrie et, malgré des influences locales, surtout wisigothes, demeure tributaire de l'Orient, ce qui ne diminue pas son originalité.

Les vestiges de ce qui fut un des grands foyers culturels de l'Islam sont, quoique magistraux, assez peu nombreux. À côté d'œuvres secondaires (conventual de Mérida, 835 ; casbah de Badajoz et d'Alcalá de Guadaira ; tour de l'Or à Séville, 1220 ; oratoire de l'Aljafería de Saragosse ; mosquée Bib-al-Mardum de Tolède [devenue église Cristo de la Luz] ; Generalife de Grenade), trois monuments exceptionnels demeurent : la Grande Mosquée de Cordoue, immense et magnifique sanctuaire auquel on a travaillé deux siècles (785-987) ; la Giralda de Séville (xiie siècle), ancien minaret d’une mosquée disparue ; l'Alhambra de Grenade, forteresse et palais (xive-xve siècle), un des rares châteaux de l'islam médiéval à avoir survécu.

Les objets, dont certains livrés par les fouilles de Medina Azara, l'ancienne capitale fondée en 936 près de Cordoue, sont plus nombreux : bois à entrelacs géométriques et arabesques, ivoires vigoureusement travaillés (Cordoue et Cuenca), tissus (Almería), armes (épées de Boabdil), bronzes splendides parmi lesquels des animaux proches de ceux d'Égypte, céramiques à reflet métallique, dites hispano-mauresques (Málaga), reprises par les ateliers de Valence et de Manises à l'époque mudéjare, après la reconquête chrétienne.

L’art chrétien sous le califat

Au moment de la plus large expansion de l'Islam en Espagne, c'est-à-dire à l'époque du califat de Cordoue (xe-xie siècle), un art chrétien se maintient dans la Péninsule sous deux aspects principaux. Dans le royaume des Asturies, qui conserve son indépendance, s'affirme aux viiie et ixe siècles un style que l'on peut qualifier de préroman et qui est libre d'influences musulmanes (ancien palais royal d'Oviedo, devenu Santa María de Naranco ; églises San Julián de los Prados, San Miguel de Lillo, Santa Cristina de Lena).

À l'opposé de cet art asturien se situe le phénomène mozarabe, qui correspond à une culture chrétienne fortement marquée par la brillante civilisation musulmane d'Andalousie. Ses manifestations les plus connues consistent en une série d'églises généralement situées dans des régions occupées de nouveau par les Chrétiens, en León et en Castille (San Miguel de Escalada, Santiago de Peñalba, San Millán de la Cogolla, San Baudel de Berlanga) et en une peinture de manuscrits d'une grande puissance symbolique, celle des beatus.

Pendant la reconquête

Le phénomène du « mozarabisme » se produit avec le reflux de l'islam d'Espagne. Au fur et à mesure que progresse la Reconquista, c’est-à-dire la reconquête des provinces espagnoles par les chrétiens, des musulmans passent de plus en plus nombreux sous l'autorité de leurs adversaires.

Désignés sous le nom de « mudéjars », ils contribuent activement à la vie artistique des royaumes chrétiens, en raison de leur grande maîtrise de certaines techniques : construction en brique, décor mural en plâtre sculpté et en mosaïque de terre émaillée (azulejos), plafonds de bois (artesonados).

Il arrive même, dans certaines circonstances, et notamment pour des constructions de prestige, que l’on fasse venir spécialement des artistes de terres encore musulmanes, du royaume de Grenade surtout : c’est le cas pour le palais de Tordesillas (milieu du xive siècle), pour l’alcazar de Séville, de Pierre le Cruel (1350-1369), ou pour les synagogues de Santa María la Blanca (xiiie s.) et del Tránsito (1356) à Tolède.

2.2. L’art roman en Espagne

Les influences

Depuis le xie siècle, l'Espagne s'ouvre également aux influences artistiques européennes. La première manifestation en est la pénétration de l'art roman dans la Péninsule, qui se fait en deux étapes.

Dans un premier temps, durant la première moitié du xie siècle, la Catalogne reçoit d'Italie du Nord ce qu'on a coutume de nommer « premier art roman méridional », un style caractérisé par un petit appareil de moellons, un décor mural de style lombard, la généralisation de la voûte et l'emploi de partis architecturaux relativement simples, où domine la structure basilicale. Les plus heureux effets sont obtenus par les coupoles et les tours octogonales qui les surmontent à la croisée du transept (Cardona, Frontanyà), ainsi que par de hauts clochers tapissés de bandes lombardes (Gérone, Vich, Ripoll).

Une deuxième phase, qui se situe à la fin du xie siècle, développe le long du Camino francés – la section française du chemin de Saint-Jacques – des partis architecturaux plus ambitieux, réalisés en pierre de taille et accompagnés d'un remarquable décor sculpté (Jaca, Loarre, Frómista, León, Saint-Jacques-de-Compostelle).

L’art roman hispanisé

Ensuite le style s'enracine. Le xiie siècle est marqué par trois éléments : le développement des cloîtres sculptés en Catalogne ; un puissant effort de construction dans les villes de Castille et de León (Ségovie, Salamanque, Zamora, Toro) ; enfin, par de nouvelles synthèses dans le domaine de la sculpture monumentale (Silos, Ávila, porche de la Gloire du maître Mateo à Saint-Jacques-de-Compostelle).

L'art roman d'Espagne, c'est aussi une importante production de fresques, de devants d'autel et de ciboriums – production très dense en Catalogne (musées de Barcelone et de Vich), beaucoup plus disséminée ailleurs (Bagüés, San Baudel de Berlanga, panthéon des Rois à St-Isidore de León, St-Just de Ségovie).

L'Espagne a également conservé des témoins nombreux d'une autre technique fragile, la sculpture sur bois (crucifix, statues de la Vierge à l'Enfant et des Descentes de Croix). Dans le domaine de l'orfèvrerie, le tombeau de saint Dominique de Silos (entre 1165 et 1170, monastère de Silos et musée de Burgos) est une pièce capitale pour l'étude de l'émaillerie romane méridionale.

2.3. L'art gothique en Espagne

L'art gothique pénètre d'abord timidement à travers les constructions cisterciennes de la seconde moitié du xiie siècle et au xiiie siècle (Moreruela, Las Huelgas, La Oliva, Veruela, Fitero, Poblet, Santes Creus).

Puis viennent quelques vastes programmes architecturaux, commandés par de grands prélats, inspirés par des modèles français et réalisés avec la participation d'artistes étrangers : cathédrales de Tolède et de Burgos (commencées vers 1220), de León (à partir de 1255 environ). Ce sont les seules cathédrales à offrir des portails sculptés monumentaux comparables à ceux des modèles français. Ailleurs, l'intervention des sculpteurs se limite essentiellement à la décoration des autels et à l'art funéraire.

Dans le domaine de la peinture, qui comprend surtout une énorme production de retables, on relève durant la période gothique un jeu incessant et changeant d'influences extérieures. Celles-ci renouvellent les sources d'inspiration et permettent aux particularismes régionaux de s'exprimer.

Le cas de la Catalogne

Un gothique particulier apparaît dans l’est de l’Espagne : cathédrales de Valence, de Barcelone (à partir de 1298), de Palma de Majorque (après 1306), de Gérone (avant 1321), de Tortosa (1346). Le chef-d'œuvre de cette architecture est l'église Santa María del Mar à Barcelone, construite par Berenguer de Montagut.

La Catalogne se distingue aussi des autres régions de la Péninsule par l'importance qu'elle accorde à l'architecture civile. On bâtit des « loges de mer » à l'exemple de l'Italie, la plus belle étant celle de Palma de Majorque, de Guillem Sagrera. À Barcelone, le palais de la Diputación rappelle le statut d'autonomie dont jouit le principat de Catalogne.

L’Espagne catholique à la croisée des influences

Au xve siècle, la manière flamande prend la relève du style gothique international (Bernat Martorell, Jaume Huguet, Bartolomé Bermejo). Une véritable école hispano-flamande se constitue alors en Castille (Fernando Gallego), tandis qu'une partie de la carrière du peintre espagnol Pedro Berruguete se déroule en Italie.

Un renouvellement caractérise la dernière phase de l'art gothique, celle qui correspond au règne des Rois catholiques. L'Espagne désormais unifiée fait preuve d'un très grand dynamisme et développe toutes ses possibilités nationales, y compris l'exploitation de la veine hispano-mauresque, sans se fermer pour autant aux apports de l'extérieur. C'est d'ailleurs la présence d'artistes d'origine étrangère (la dynastie des Colonia à Burgos, Juan Guas, Gil de Siloé) qui explique en partie l'exubérance caractéristique des meilleures productions du gothique tardif : la chartreuse de Miraflores à Burgos, San Juan de los Reyes à Tolède, les façades de l'église San Pablo et du collège San Gregorio à Valladolid, traitées à la manière de retables.

Le style gothique s'est si complètement identifié à l'esprit de l'art religieux que l'Espagne lui conserve longtemps sa faveur, alors même que s'introduit dans la Péninsule le décor italien de la Renaissance. Ainsi les grandioses cathédrales de Salamanque et de Ségovie, commencées respectivement en 1513 et en 1525, sont-elles encore gothiques par le plan, la hauteur des voûtes et la sveltesse des piliers.

3. Une Renaissance d’importation (xvie siècle)

3.1. Des Flandres et d’Italie

Le triomphe de la Renaissance italienne en Espagne est lié à l’empereur Charles Quint qui devient roi d’Espagne en 1516 (palais royal commencé en 1526, par l’architecte Pedro Machuca, dans l’enceinte de l'Alhambra de Grenade). Mais c'est surtout Diego de Siloé qui impose les formes italiennes en les intégrant dans la structure même des bâtiments, au lieu de les utiliser comme simple placage : apparaît alors le style plateresque (université de Salamanque, cathédrale de Grenade [1528] qui est imitée à Jaén et à Málaga).

En peinture, Fernando Yáñez de La Almedida et Herando Llanos sont élèves de Léonard de Vinci et introduisent les idées nouvelles à Valence. Juan de Juanes adoucit le style rude de son père, Vicente Masip, lui-même élève de Yáñez. L'école de Séville est animée par Pedro de Villegas Marmolejo et par Luis de Vargas, qui y apporte un peu de la grâce du Corrège. À Grenade, la figure de Machuca s'impose non seulement comme architecte, mais aussi comme peintre, tandis qu'en Estrémadure Luis de Morales combine les enseignements italiens et flamands.

3.2. Le poids de Michel-Ange sur l’art espagnol

Vers la fin du xvie siècle, l'influence de Michel-Ange se fait sentir, se substituant définitivement à celle de Raphaël. Gaspar Becerra est le premier artiste espagnol à pratiquer l'art de la fresque et à donner des représentations mythologiques. Sa mort prématurée oblige Philippe II, fils de Charles Quint, à faire appel à des peintres italiens.

Le roi continue cependant à commander des peintures flamandes, et, sous l'influence du Néerlandais Antonio Moro, Alonso Sánchez Coello devient le chef de l'école des portraitistes de cour.

À part Damián Forment, qui la subit de façon moins directe, les sculpteurs de l'époque n'échappent pas à l'emprise italienne : Michel-Ange, toujours, influence Bartolomé Ordóñez, son élève Diego de Siloé, ainsi qu’Alonso Berruguete. C’est ce dernier qui initie sans doute Francisco Giralte à l’art du maître italien, mais, après un séjour en Italie (jusqu'en 1517), il retrouve à son retour sa violence toute hispanique.

Le Français Juan de Juni, pleinement hispanisé, apparaît comme l'un des créateurs de l'école de sculpteurs qui, au xviie siècle, dominera la Vieille-Castille, surtout à Valladolid. Enfin, le peintre Becerra, qui se rend à Rome trente ans après le retour de Berruguete de Florence, peut encore y bénéficier des enseignements de Michel-Ange.

3.3. Un art décoratif autochtone

À partir du début du xvie siècle, l'art de la ferronnerie espagnole prend son essor ; des grilles monumentales sont élaborées, dues notamment à Juan Francés, maestre mayor à Tolède. L'orfèvrerie civile et religieuse se développe, en particulier à Barcelone, Burgos, Cordoue et Tolède. La ville de Talavera de la Reina s'illustre par ses céramiques rouges et ses faïences en blanc et bleu, celle d’Almería par sa verrerie.

Le purisme austère de la Contre-Réforme l'emporte en Espagne, dans la seconde moitié du xvie siècle, avec le monastère de l'Escorial ; les disciples de Juan de Herrera, l'un de ses architectes, construisent des églises et des couvents, prolongeant ainsi l'architecture classique jusqu'à l'introduction, vers le milieu du xviie siècle, du baroque.

4. Le Siècle d'or espagnol (xviie siècle)

Au faite de sa puissance au xvie siècle, l’Espagne étend son empire sur une grande partie du monde – pour la plus grande gloire de Dieu (Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola). À cheval sur le xvie et le xviie siècle jaillissent des œuvres d’une portée universelle, sommets de la littérature et du théâtre (Cervantes, Gongora, Lope de Vega, Calderon de la Barca... → littérature espagnole).

Dans la première moitié du xviie, les derniers éclats de cette grandeur témoignent de l’influence de la Contre-Réforme catholique : apogée de l’art baroque religieux, vogue de l’architecture-spectacle, tandis que la peinture s’affirme à travers des personnalités originales et fortes qui la distinguent sans la couper des courants qui traversent la peinture européenne.

4.1. Une époque de splendeurs

Au xviie siècle, l’Espagne entame un lent déclin ; relayant un pouvoir royal déficient, c’est l’Église catholique qui fait construire, orner, sculpter, peindre. Il s’agit de célébrer l’esprit triomphant et militant de la Contre-Réforme : le baroque en est la voie privilégiée (→ art baroque).

Sculpture : entre débauche d'ornements et réalisme outrancier

Sensibilité et mysticisme : profusion de retables chargés de compositions exaltées, maîtres autels aux décors foisonnants, richesse décorative destinée à frapper l’imagination des fidèles, pathétique des pasos de la Semaine sainte, ces statues de personnages de la Passion du Christ qu’on porte dans les processions… Destinée à célébrer une religion théâtralisée, la sculpture se complaît dans un réalisme du détail qui confine parfois au morbide (larmes de verre, plaies sanguinolentes).

Elle n'en a pas moins quelques grands maîtres.Gregorio Hernández crée une école de sculpture à Valladolid, et devient l'artiste le plus recherché en Galice et en Castille. La sculpture polychrome fleurit au même moment en Andalousie avec Martínez Montañés, Pedro de Mena, à la fois réalistes et mystiques, mais sans la violence des Castillans. Sans oublier Alonso Cano, également peintre et architecte (façade de la cathédrale de Grenade, dans un style où le goût excessif du décor trouve sa contrepartie dans l’ordonnance mesurée des volumes).

Richesses des matériaux

Le luxe est tel, en ce xviie siècle, que l'on fabrique en argent des vases destinés à l'usage quotidien. Les ébénistes de la Cour exécutent de précieux cabinets en bois peint et doré, ou ornés de marqueterie d'ébène et d'ivoire. On citera encore les céramiques de Talavera de la Reina, la verrerie de Valdemaqueda, les dentelles (point d'Espagne, réputé dans toute l'Europe).

4.2. L'âge d'or de la peinture espagnole

Si l’art espagnol du xviie siècle mérite le nom d’« âge d’or », c’est par la peinture d’une prodigieuse diversité.

Un univers austère

L’empreinte du catholicisme exclut presque totalement les scènes profanes, mythologiques et la peinture de genre. Seule la nature morte est cultivée par Juan Sánchez Cotán et Alejandro Loarte.

Le portrait espagnol se caractérise par une grande sévérité et une fine étude psychologique des personnages (mendiants de José de Ribera, nains de Diego Velázquez).

Il faut aussi noter l'importance des cycles de tableaux commandés pour décorer les monastères, qui reprennent les principaux épisodes de la vie des saints protecteurs des ordres tout en racontant, souvent, l'activité quotidienne des moines : Ribera, Velázquez, Francisco de Zurbarán et Bartolomé Esteban Murillo illustrent brillamment cette tradition.

L’influence italienne

Pendant toute la première moitié du xviie siècle, cette peinture est sous l'influence italienne. Au siècle précédent déjà, Philippe II (1556-1598), ignorant l'originalité du Greco, peintre d’origine crétoise et passé par Venise, avait choisi de faire appel à des artistes italiens pour décorer l'Escorial.

Juan Sánchez Cotán et Francisco Ribalta, élèves du Génois Luca Cambiaso, introduisent le naturalisme en Castille et à Valence. Vicente Carducho et Eugenio Cajés prennent modèle sur les Toscans, eux-mêmes formés à l'école vénitienne. Celle-ci inspire Juan de Roelas, initiateur du naturalisme à Séville, et Pedro Orrente à Tolède.

Les grands maîtres, Velázquez, Zurbarán, sont les héritiers naturels de cette tradition italienne, souvent caravagesque. Ils n'en sont pas moins d'une singularité remarquable.

L’influence flamande

La seconde moitié du xviie siècle est, elle, totalement sous l'influence flamande de Rubens et de Van Dyck. Elle apporte un dynamisme violent dans les compositions, souvent en diagonale, et l'usage de couleurs claires.

À Madrid se forme une école de décorateurs et de coloristes subtils : Francisco Rizi, Juan Carreño de Miranda, Claudio Coello. À Séville, deux maîtres s'affrontent : Murillo et Juan de Valdés Leal.

5. Le temps des éclipses (xviiie et xixe siècles)

5.1. L’influence française

L'arrivée des Bourbons au pouvoir (1700) coïncide avec un déclin de la production artistique liée à la grande commande officielle. L'architecture royale se contente de plagier le style français (palais de la Granja).

Mais l'art baroque connaît d'importants développements régionaux : à Salamanque (les cinq frères Churriguera, parmi lesquels José Benito, créateurs d’une variante très ornée du baroque, le style churrigueresque, à Madrid (Pedro de Ribera, Narciso Tomé), en Galice (Domingo de Andrade), à Séville (Leonardo de Figueroa), à Grenade (Francisco Hurtado Izquierdo), à Valence, en Catalogne, à Saragosse, au Pays basque.

Le roi Philippe V fait venir des peintres français : Louis Michel Van Loo, Jean Ranc, Michel-Ange Houasse.

En 1752 l'Académie de San Fernando est créée par le monarque. La sculpture officielle s'inspire, sauf celle de Francisco Salzillo y Alcaraz, des artistes français qui viennent décorer les jardins et les palais royaux. Dans les arts décoratifs, il faut noter la création de la manufacture de Buen Retiro. Un Lyonnais, Jean Roulière, est nommé en 1748 directeur de la Manufacture royale de soieries.

5.2. Du néoclassicisme au romantisme

La seconde moitié du xviiie siècle voit le triomphe du néoclassicisme, illustré par les architectes Ventura Rodríguez (chapelle du Palais royal de Madrid) et Francesco Sabatini (la Puerta de Alcalá). Juan de Villanueva suit le canon grec (musée national du Prado et Observatoire, Madrid). La sculpture néoclassique a quelques adeptes : à Madrid encore, Juan Pascual de Mena crée la fontaine de Neptune et Francisco Gutiérrez est l'auteur de la très célèbre fontaine de Cibeles. À partir de 1760, le roi Charles III fait appel, pour décorer le Palais royal, à Giovanni Battista Tiepolo et à Anton Raphael Mengs (qui réformera la manufacture de tapisseries de Santa Bárbara). On peut encore citer le peintre de natures mortes Luis Meléndez, sensible à l'Espagne des campagnes et des terroirs, mais aussi Luis Paret y Alcázar, et surtout Vicente López Portaña, qui fait évoluer la froideur de Mengs dans un sens décoratif. Enfin, en 1789, Francisco de Goya est nommé peintre de chambre du roi Charles IV.

5.3. Dans l’ombre de Goya

Le xixe siècle se caractérise par son vide architectural. En sculpture, le panorama n'est guère plus riche : on peut citer José Álvarez Cubero, Mariano Benlliure.

La peinture, par contre, est d'une grande richesse, bien qu'encore mal étudiée, sans doute à cause du génie de Goya : le peintre, qui est aussi décorateur et graveur, s’impose comme l’un des tout premiers maîtres européens de son époque, tour à tour chroniqueur de la société des hommes et chroniqueur de l’intime.

Il faut pourtant citer José Aparicio y Inglada et Juan Antonio de Ribera, élèves de Louis David. Les peintres qui recueillent la tradition goyesque sont principalement Leonardo Alenza y Nieto et Eugenio Lucas Padilla. Le paysagiste Jenaro Pérez Villaamil s'inspire du Moyen Âge. Le portrait est un genre cultivé avec succès par Antonio Maria Esquivel, Federico de Madrazo. En Catalogne, le groupe nazaréen rassemble Joaquin Espalter y Rull, Pelegrín Clavé, Claudi Lorenzale. La fin du siècle est marquée par un mouvement des artistes vers Paris : Martin Rico Ortega, Mariano Fortuny, l'illustrateur Daniel Vierge.

6. Retour au premier plan (xxe siècle)

6.1. L’architecture, le modernisme catalan

L'architecture, suivant l'élan donné par Antoní Gaudí y Cornet (parc Güell, maisons Batlló et Milá, église de la Sagrada Familia) en Catalogne, trouve un souffle nouveau grâce à Luis Domènech y Montaner (palais de la Musique catalane) et à José Puig i Cadafalch, qui animent le mouvement moderniste, expression de l'Art nouveau à Barcelone.

En 1930 se crée le G.A.T.E.P.A.C. (Groupe d'artistes et techniciens espagnols pour une architecture contemporaine) ; les membres les plus célèbres en sont Josep Lluís Sert, Eduardo Torroja (hippodrome de la Zarzuela à Madrid, 1935), Felix Candela Outeriño, ces deux derniers virtuoses du béton armé.

Vers 1950, Miguel Fisac introduit l'usage des éléments préfabriqués. En 1952 est créé le groupe R à Barcelone, avec, notamment, José Antonio Coderch, Manuel Valls Vergés et Francisco Javier Sáenz Oiza, ce dernier auteur des Torres blancas à Madrid (1969), qui semblent un rappel du modernisme de Gaudí.

En 1958, José Antonio Corrales et Ramón Vásquez Molezún construisent en éléments modulaires le pavillon de l'Espagne à l'Exposition de Bruxelles. À partir des années 1960, Ricardo Bofill anime à Barcelone le Taller de Arquitectura, de renom international. Un même renom s'attache à l'œuvre de Rafael Moneo Vallés (Musée national d’art romain de Merida, 1980-1986).

6.2. Arts plastiques : la génération de Picasso

La sculpture du xxe siècle est représentée par des artistes eux aussi de renommée mondiale : Manolo, Pablo Gargallo, Julio González, et, plus tard, Apeles Fenosa Florensa, Eduardo Chillida, Miquel Berrocal.

En peinture, trois centres sont particulièrement actifs au début du siècle : Barcelone, avec des artistes tels que Ramon Casas y Carbo, Santiago Rusiñol et plus tard Joaquín Mir, sans oublier Isidro Nonell, qui influencera Pablo Picasso ; Madrid, qui voit s'épanouir le talent de Dario de Regoyos, de Aureliano de Beruete, du Valencien Joaquin Sorolla y Bastida et de José Gutiérrez Solana, chantre d'une Espagne noire, peuplée de masques et de processions ; et, enfin, le centre basque, animé par Francisco Iturrino ou Ignacio Zuloaga.

La génération suivante brille de tous ses feux à Paris et renouvelle non seulement la peinture espagnole, mais l’art moderne dans son ensemble. La figure de Pablo Picasso, peintre mais aussi sculpteur et graveur, domine toutes les autres. Viennent ensuite Juan Gris, Joan Miró, et un artiste très aimé du public, Salvador Dalí. Après la Première Guerre mondiale se révèlent aussi les œuvres de Maria Blanchard, du délicat Cossio.

6.3. Résistance et renouveau

La création des groupes Dau al Set (Barcelone, 1948), d'orientation surréaliste, et El Paso (Madrid, 1957), de tendance expressionniste abstraite, contribue à affranchir la peinture espagnole de l'académisme des années 1940 grâce aux personnalités d’Antoní Tàpies, Joan Josep Tharrats, Manolo Millarès, Antonio Saura, Rafael Canogar, Luis Feito.

Dans les années 1960, lorsque s'ouvre la succession de l'art informel, de nombreux peintres s'engagent sur la voie de la « nouvelle figuration » : Saura, Eduardo Arroyo (exilé en France), le groupe Equipo Crónica… L'art rationnel ou constructiviste (annoncé en 1957 par la formation du groupe Equipo 57 à Cordoue) est diversement représenté par Pablo Palazuelo, Eusebio Sempere, Francisco Sobrino ; plus récemment par Jorge Teixidor ou par José María Yturralde, qui recourt aux technologies numériques.

Parmi des artistes plus indépendants, qui n'ont en commun que leur lyrisme pictural, citons Manuel Hernández Mompó ou Fernando Zóbel (fondateur du musée d'Art abstrait espagnol de Cuenca). Un réalisme poétique et minutieux caractérise l'œuvre, développée dans les années 1970, d'Antonio López García. Plus récemment, deux artistes révélés dans les années 1980 occupent sur la scène internationale une position de premier plan : José María Sicilia, et surtout Miquel Barceló.