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Chine : population

La densité de la population chinoise par provinces, régions autonomes et municipalités
La densité de la population chinoise par provinces, régions autonomes et municipalités

  • Population : 1 370 137 000 hab. (estimation pour 2013)

Avec 1,37 milliard d'habitants, la Chine regroupe plus du cinquième de la population mondiale (plus de 20 fois celle de la France). La politique antinataliste a réduit la croissance démographique (0,7 % par an).
L'Ouest est souvent vide, peuplé surtout par des minorités ethniques (Tibétains, Mongols, etc.) qui ne constituent toutefois guère plus de 5 % de la population totale. Celle-ci est essentiellement formée des Han, les Chinois proprement dits, concentrés dans la Chine orientale.
Ici, sur 15 % seulement du territoire, s'entassent 90 % de la population. Plus de 60 % des Chinois sont encore des ruraux, mais l'urbanisation a beaucoup progressé depuis 1949. Aujourd'hui, une centaine de villes dépassent le million d'habitants. Shanghai, Pékin, Hongkong, Tianjin et Wuhan comptent parmi les grandes métropoles mondiales.

1. Peuplement, population et dynamiques démographiques

1.1. Une population très inégalement répartie sur le territoire

La répartition de la population sur le territoire chinois est très inégale. La densité moyenne de 138 hab./km², généralement citée, est loin de traduire la réalité de la géographie du peuplement chinois. Une importante dissymétrie existe entre les régions orientales, dont certaines sont très densément peuplées, et les régions occidentales et périphériques où l’on trouve de vastes espaces, hautes montagnes et déserts, inoccupés. La très grande majorité de la population chinoise, urbaine comme rurale, est concentrée dans les espaces de plaines et de vallées de la Chine orientale.

Six foyers principaux de peuplement, rassemblant près de 70 % de la population totale du pays, peuvent être identifiés : la grande plaine du Nord, les basses plaines et le delta du Yangzi Jiang, les plaines lacustres du Hubei-Hunan et du Jiangxi, le bassin du Sichuan, le delta de la rivière des Perles et la plaine du Nord-Est. En dehors de ces foyers, le peuplement demeure ponctuel et sporadique, concentré, parfois avec de très lourdes densités (plus de 500, voire 1 000 hab./km²), dans des bassins intra-montagneux, vallées ou petites plaines littorales. Dans les régions occidentales, on trouve quelques îlots de peuplement dans la vallée du Brahmapoutre, au Tibet, et au Xinjiang, dans les bassins du Tarim et de Dzoungarie.

1.2. les nationalités minoritaires

Le peuplement du territoire chinois se caractérise également par sa diversité ethnique. Il est démographiquement dominé par la nationalité han, qui représente près de 92 % de la population totale tandis que les 8 % restant se répartissent très inégalement en 55 nationalités minoritaires : 54 sur le territoire de la République populaire de Chine et une dernière, la nationalité Gaoshan, à Taiwan, comptabilisée par les autorités dans les 56 nationalités officielles du fait de la revendication de la République populaire de hine sur l’île.

La présence de ces nationalités minoritaires est l’aboutissement d’une très longue histoire marquée par le déplacement des populations et des frontières. L’expansion de la civilisation et du domaine impérial chinois, puis la délimitation progressive de ses frontières dans la seconde moitié du xixe s. et au début du xxe s., ont à la fois refoulé et intégré en périphérie du territoire de nombreux peuples qui constituent aujourd’hui une riche mosaïque linguistique, culturelle et religieuse, échantillon représentatif de la diversité du peuplement asiatique.

1.2.1. Diversité des nationalités minoritaires

Les nationalités minoritaires de la République populaire de Chine relèvent essentiellement de deux grandes familles ethno-linguistiques : la famille sino-tibétaine, qui regroupe la plupart des populations minoritaires du sud, sud-ouest et du plateau tibétain, et la famille altaïque, qui rassemble celles du nord-ouest, du plateau mongol et de l’ancienne Mandchourie. Elles sont également marquées par de très fortes disparités démographiques et une très grande diversité de leurs structures socio-économiques et religieuses.

Sur le plan démographique, on compte des nationalités minoritaires à gros effectif, rassemblant plusieurs millions d’individus comme les Zhuang, les Mandchous, les Hui ou encore les Ouïghours. Dix-huit nationalités minoritaires, dont la population dépasse le million d’individus, représentent à elles seules 94 % de l’effectif total. À l’inverse, on compte une très grande majorité de nationalités minoritaires aux effectifs démographiques faibles, inférieurs à 40 000 individus (c’est le cas pour 19 d’entre elles), voire à 10 000 (7 sont dans ce cas).

Sur le plan des structures socio-économiques traditionnelles et religieuses, les différences sont également grandes, par exemple entre les pasteurs mongols semi-nomades déplaçant saisonnièrement leurs troupeaux dans les prairies du plateau mongol et les paysans dai des confins méridionaux du Yunnan. Peu de points communs également entre les Ouïghours turcophones musulmans des oasis du Xinjiang et les Coréens du nord-est, imprégnés de culture confucéenne et, pour certains, convertis depuis un siècle et demi au christianisme. Si les diverses politiques d’industrialisation et de développement économique, menées par les autorités communistes depuis 1949, ont eu un impact sur le mode de vie des populations minoritaires, en obligeant la plupart d’entre elles à se sédentariser, à abandonner leurs activités économiques traditionnelles, voire à s’urbaniser, leurs us et coutumes n’en demeurent pas moins toujours aussi variés aujourd’hui. Certaines d’entre elles sont même depuis peu exploitées pour répondre à l’accroissement du tourisme intérieur, prenant par endroits la forme d’une certaine folklorisation.

1.2.2. Géographie des nationalités minoritaires

Les nationalités minoritaires sont majoritairement établies dans les régions périphériques et dans une grande moitié occidentale du territoire. Elles n’en constituent pas pour autant, du moins aux échelles provinciales, la majorité de la population. Excepté dans la région autonome du Tibet, et au Xinjiang, où Ouïghours et Han constituent chacun près de la moitié de la population, les Han sont partout plus nombreux. Une observation aux échelles administratives infraprovinciales montrerait une géographie beaucoup plus complexe, avec la présence d’entités administratives peuplées à 60-70 %, voire plus, de nationalités minoritaires tandis que d'autres sont dominées démographiquement par les Han. Toutefois, l’implantation principalement urbaine des Han dans la plupart de ces régions et surtout le contrôle par ceux-ci de l’appareil politique et administratif aux échelons supérieurs limitent fortement l’importance de la supériorité démographique locale des nationalités minoritaires.

Les nationalités minoritaires vivent en très grande majorité dans des entités administratives dites « autonomes ». Cinq sont à l’échelon provincial (Mongolie-Intérieure, Xinjiang, Ningxia, Guangxi et Tibet) tandis que les autres se situent à des échelons administratifs inférieurs (préfectures, districts et cantons). Les droits particuliers qui y sont accordés sont limités aux domaines économiques, culturels et religieux et ne touchent aucunement le domaine politique. Si la République populaire de Chine se définit officiellement comme un « État multinational », reconnaissant par là la diversité du peuplement du territoire, elle se présente aussi et surtout comme un État « unitaire », s’opposant donc de jure et parfois manu militari à toute revendication qui dépasserait le degré d’autonomie accordé par son cadre constitutionnel.

La question de cette « unité » est pour l’heure non négociable et les réactions du pouvoir chinois peuvent être très répressives, lorsque, à ses yeux, la stabilité du territoire est en jeu. L’attention est aujourd’hui focalisée quasi-exclusivement sur les Ouïghours et les Tibétains. Les affrontements entre manifestants et forces de sécurité chinoises, au printemps 2008 au Tibet, et en juillet 2009 au Xinjiang, sont à la fois l’expression d’un malaise politique, économique et social chez certains membres de ces deux minorités et de l’inflexibilité du pouvoir chinois. Ailleurs les enjeux géopolitiques demeurent moins importants du fait d’un processus d’acculturation plus avancé (Zhuang, Mandchous), d’une fragmentation géographique considérable (le Yunnan, par exemple, abrite 21 nationalités minoritaires) ou d’un effectif démographique très faible.

Les 18 principales nationalités minoritaires

Les 18 principales nationalités minoritaires

Effectif supérieur à un million d'individus

Nationalité

Population (million)

Provinces de localisation

Zhuang

16,2

Guangxi, Yunnan et Guangdong

Mandchous

10,7

Liaoning, Hebei, Heilongjiang, Jilin, Mongolie-Intérieure et Pékin

Hui

9,8

Ningxia, Gansu, Henan, Xinjiang, Qinghai,Yunnan, Hebei, Shandong,Anhui, Liaoning, Pékin, Mongolie-Intérieure, Tianjin, Heilongjiang, Shaanxi, Ghuizhou, Jilin, Jiangsu et Sichuan

Miao

8,9

Guizhou, Hunan, Yunnan, Guangxi, Chongqing, Hubei et Sichuan

Ouïghours

8,4

Xinjiang

Tujia

8

Hunan, Hubei, Chongqing et Guizhou

Yi

7,7

Yunnan, Sichuan et Guizhou

Mongols

5,8

Mongolie-Intérieure, Liaoning, Jilin, Hebei, Heilongjiang et Xinjiang

Tibétains

5,4

Tibet, Sichuan, Qinghai, Gansu et Yunnan

Buyi

3

Guizhou

Dong

2,9

Guizhou, Hunan et Guangxi

Yao

2,7

Guangxi, Hunan, Yunnan et Guangdong

Coréens

1,9

Jilin, Heilongjiang et Liaoning

Bai

1,8

Yunnan, Guizhou et Hunan

Hani

1,4

Yunnan

Kazakhs

1,2

Xinjiang

Li

1,2

Hainan

Dai

1,1

Yunnan

1.3. Le poids du nombre : un héritage ancien

Avec une population d'environ 1,37 milliard d’habitants, la Chine est le pays le plus peuplé du monde. Cette première place est très ancienne. Les historiens de la démographie s’accordent en effet à dire que la Chine a toujours été, avec l’Inde, l’un des deux principaux foyers de peuplement de la planète, représentant, selon les périodes, entre le quart et le tiers de la population mondiale.

Sur le temps long, l’évolution démographique de la Chine se structure en deux phases. La première,très longue, est antérieure à 1950. Elle est caractérisée par une courbe accidentée, courtes périodes de croissance entrecoupées par des chutes parfois catastrophiques, dont l’allure générale est toutefois exponentielle. D’une cinquantaine de millions d’habitants sous l’empire des Han au début du iiie s., la population chinoise franchit ainsi successivement le cap des 100 millions au xiie s., celui des 200 millions vers la fin du xvie s., puis la barre des 400 millions vers 1820. La période 1850-1950 est ensuite marquée par un faible dynamisme démographique, en raison d’un contexte politique instable marqué par des successions de révoltes et de guerres. En 1949, année de la promulgation de la République populaire, la Chine compte environ 540 millions d’habitants.

La seconde phase correspond à latransition démographique, dont le déroulement a toutefois été compliqué par un aléa politico-économique de taille, le Grand Bond en avant, puis par la domination d’un discours anti-malthusien jusqu’au début des années 1970. Ces différents obstacles n’enlèvent toutefois rien à la rapidité de son achèvement, dirigé à partir de 1972 par la mise en place d’une politique de contrôle des naissances, suivie par la politique de l'enfant unique sept ans plus tard.

1.4. Une transition démographique complexe mais réussie

La transition démographique de la Chine peut-être chronologiquement découpée en cinq phases.

1.4.1. La reprise des années 1950

La décennie qui suit la promulgation de la République populaire est caractérisée par une forte reprise démographique. Le pays gagne 100 millions d’habitants entre 1949 et 1957. Cette reprise repose sur une rapide baisse du taux de mortalité (passé de 18 ‰ en 1950 à moins de 11 ‰ en 1957), alors rendu possible par la stabilisation politique du pays et la réalisation de progrès sanitaires et médicaux, dans un contexte de très forte natalité, qui est annuellement supérieure à 30 ‰ sur la même période.

1.4.2. La crise des années 1959-1961

La croissance est ensuite brièvement, mais brutalement, interrompue entre 1959 et 1961 par le désastre du Grand Bond en avant. La grave crise économique et l’apparition de poches de famines dans de nombreuses provinces du pays dérèglent alors complètement le régime démographique, marqué durant cette période par une remontée brutale de la mortalité et une chute tout aussi rapide de la natalité. Il en résulte une baisse de la population dont l’ampleur constitue encore un sujet de débat et de controverse entre les démographes, du fait de l’incertitude des statistiques. Pour beaucoup, le coût humain de la famine serait compris entre 20 et 30 millions de morts.

1.4.3. Le baby-boom des années 1960

L’abandon de la politique du Grand Bond en avant, puis les réorientations économiques réalisées à partir des années 1961-1962, permettent ensuite un retour rapide de la croissance démographique, mais avec une vitalité bien supérieure à celle de la décennie 1950. Il s’agit avant tout d’une phase de récupération marquée par une augmentation remarquable de la natalité qui atteint un sommet de 43 ‰ en 1963. S’ensuit un véritable baby boom avec des taux de natalité supérieurs à 30 ‰ jusqu’en 1971 alors même que la mortalité retombe rapidement pour s’établir de façon durable en deçà des 7,5 ‰. L’accroissement naturel durant les années 1960 demeure au final vertigineux, la Chine gagnant durant cette période plus de vingt millions d’habitants par an !

1.4.4. Le contrôle des naissances des années 1970

Les années 1970 constituent un tournant majeur dans l’histoire démographique chinoise. Elles voient l’abandon progressif par les autorités du discours anti-malthusien jusqu’alors dominant au profit d’une politique de limitation des naissances dont l’application est durable et se révèle rapidement efficace. Elles ouvrent une nouvelle période marquée par une réduction de moitié du taux de fécondité (de 5,8 en 1970 à 2,7 en 1979), une baisse rapide du taux de natalité (inférieur à 20 ‰ en 1980) et un ralentissement, bienvenu, du rythme de la croissance.

1.4.5. La lutte contre l’effet d’inertie à partir des années 1980

Enfin, à partir du tournant des années 1980, la croissance démographique se poursuit par inertie. L’enjeu pour les autorités consiste alors à limiter celle-ci en veillant au maintien d’un taux de natalité autour, puis rapidement en deçà, de 20 ‰. Ce souci explique aisément la radicalisation du contrôle des naissances en 1979, via la politique de l’enfant unique, dont l’objectif est en fait de limiter le plus possible la remontée du nombre des naissances, liée à l’arrivée à l’âge du mariage et de la procréation de la génération du baby boom des années 1960.

Au total, ce maintien de la politique de limitation des naissances a permis à la Chine d’achever rapidement sa transition démographique. Le taux de natalité est désormais stabilisé autour de 12 ‰. Le taux de mortalité entame quant à lui une légère remontée depuis le milieu des années 2000, signe incontestable que le pays se dirige vers une stabilisation de sa population. Les autorités chinoises doivent gérer trois défis démographiques majeurs : le surnuméraire de main d’œuvre, le vieillissement de la population et le déséquilibre des sexes.

1.5. Surnuméraire de main-d'oeuvre, vieillissement de la population, déséquilibre des sexes

Efficace, la politique de limitation des naissances l’a incontestablement été, mais sa mise en place a été trop tardive. Il s’est en effet formé jusqu’au milieu des années 1970 des classes d’âge nombreuses qui, par effet d’inertie, pèsent encore fortement sur la démographie du pays. Il en résulte notamment que la part de la population en âge de travailler est très nombreuse, 700 millions au début des années 2000, excédant les capacités d’absorption du marché de l’emploi, dans les campagnes comme dans les villes. D’un autre côté, la politique de limitation des naissances a aussi contribué à accélérer le vieillissement de la population et à approfondir le déséquilibre des sexes.

Si la population chinoise est encore relativement jeune (âge moyen inférieur à 40 ans), elle n’en est pas moins, du fait de l’allongement de l’espérance de vie (73 ans en 2007 contre 35 ans en 1949), en phase de vieillissement rapide. Ce processus de vieillissement demeure un défi non négligeable pour les autorités qui doivent mettre en place des structures adéquates, médicales et sociales, résoudre la délicate question des retraites par exemple.

Le déséquilibre des sexes n’est pas une situation nouvelle en Chine. La préférence donnée à la naissance d’un garçon comme premier enfant est ancienne et répond à des préoccupations traditionnelles, culte des ancêtres et perpétuation de la lignée, mais aussi économique par la prise en charge future du noyau familial. Ce déséquilibre inquiète surtout par son ampleur et son renforcement rapide depuis les années 1980. Si l’industrialisation, l’urbanisation, et l’installation de structures collectives dans les années 1950 l’ont un temps limité, sans toutefois le faire disparaître, la mise en place de la politique de l’enfant unique puis la décollectivisation des années 1980 l’ont fait resurgir brusquement. Il ne touche pas cependant avec la même vigueur l’ensemble de la société et du territoire chinois. Il est quasi exclusivement Han, particulièrement important dans les zones rurales, sans doute plus conservatrices, mais surtout dénuées de protection sociale, et abyssal parmi les jeunes générations : 123 garçons pour 100 filles chez les moins de 15 ans au milieu des années 2000.

2. Villes et mutations urbaines

2.1. Structure et géographie du réseau urbain

D’après les statistiques des Nations Unies, le réseau urbain chinois compte, en 2010, 109 agglomérations supérieures à un million d’habitants, 107 dont la population est comprise entre 500 000 et un million d'habitants et plusieurs centaines de « petites villes » de moins de 500 000 habitants. À première vue équilibré, le réseau urbain chinois est en fait marqué par une relative faiblesse des villes intermédiaires, qui ne rassemblent que 13 % de la population urbaine contre 44 % pour les villes millionnaires et 43 % pour les petites villes. Ce poids aux deux extrémités de la hiérarchie urbaine est le résultat de stratégies mises en place à partir des années 1980. Les unes, visant à favoriser la renaissance des marchés et à amortir l’exode rural via le développement d’activités non agricoles au sein des campagnes, ont contribué au fort développement des bourgs, tandis que d’autres, en accordant plus de prérogatives politiques et économiques aux grandes villes, particulièrement aux cités portuaires et aux capitales provinciales, ont rendu celles-ci très attractives.

Géographiquement, la très grande majorité des villes chinoises est localisée dans la partie orientale du territoire. Malgré l’ancienneté du fait urbain en Chine, cette géographie demeure principalement l’héritage de la période moderne (1842-1949), caractérisée par un premier développement industriel et urbain sur le littoral (Shanghai, Tianjin, Dalian, Canton, HongKong, …), en Mandchourie (Shenyang, Changchun, Harbin) et en Chine du Nord. La politique d’industrialisation, menée par les autorités communistes à partir des années 1950, a ensuite permis le développement de certaines capitales provinciales de l’intérieur (Xi’an, Baotou, Chengdu,…), sans jamais remettre en cause toutefois cette géographie héritée. L’ouverture des villes côtières, à partir du milieu des années 1980, l’a finalement consolidée, en accentuant même un peu plus la première place donnée aux grandes villes des provinces littorales.

Six grandes régions urbaines se distinguent et correspondent, sans surprise, aux six principaux foyers de peuplement déjà mentionnés. Les trois premières sont situées sur le littoral et rassemblent, sous la forme de nappes urbaines, plusieurs grandes agglomérations et leur réseau de villes satellites. Elles réunissent chacune entre une quinzaine et vingtaine de millions d’habitants et se rangent parmi les plus grandes concentrations urbaines du monde. Il s’agit du delta du Yangzi Jiang, dominé par l’agglomération Shanghaienne, du delta de la rivière des Perles, structuré par Canton, Shenzhen et Hong Kong et de la région « jing-jin-ji » commandée par Pékin, avec son avant-port, Tianjin et la ville de Tangshan, située dans le nord de la province du Hebei. Ces trois régions constituent également les trois principaux moteurs du développement économique et industriel du pays.

Les trois autres régions urbaines sont démographiquement moins importantes, mais demeurent des pôles de croissance indispensables au développement économique de l’intérieur du territoire. La première est située dans le centre de la province du Liaoning. Il s’agit d’une vieille région d’industrie lourde, aujourd’hui en voie de revitalisation. Elle gravite autour de la capitale provinciale, Shenyang, et comprend quelques grandes villes industrielles comme Anshan et Fushun. Elle constitue un des nœuds de l’axe urbain du nord-est chinois qui se prolonge au sud vers le port de Dalian et au nord vers les capitales provinciales de Changchun et de Harbin. La (seconde) deuxième région se situe dans le cours moyen du Yangzi Jiang autour de la ville de Wuhan tandis que la troisième est pilotée par la ville de Chongqing. Certains auteurs chinois voient en cette dernière l'une des futures grandes régions urbaines du pays, en lui adjoignant notamment l’agglomération urbaine de Chengdu, pourtant relativement éloignée et séparée d'elle par de vastes espaces ruraux.

2.2. Une formidable croissance urbaine depuis le début des années 1980

Historiquement, le processus d’urbanisation chinois peut être divisé en trois phases. La première a lieu durant la période moderne. Elle est certes d’une très faible intensité et ne touche que sporadiquement le territoire, mais elle permet de dessiner dans les grandes lignes la géographie du réseau urbain. La deuxième a lieu durant les années 1950. Elle est parallèle à la mise en place du premier plan quinquennal (1953-1957) d’inspiration soviétique, qui repose sur le développement de l’industrie en milieu urbain. Le taux d’urbanisation passe ainsi de 13 à 17,6 % entre 1950 et 1965. Cette phase d’urbanisation est toutefois interrompue par la Révolution culturelle qui se présente comme foncièrement anti-urbaine. Entre 1965 et 1975, le taux d’urbanisation demeure stable et subit même un léger recul pour atteindre 17,4 % en 1975.

Cette évolution lente et chaotique du taux d’urbanisation durant les trente premières années du régime communiste ne donne que plus d’ampleur au tournant qui s’opère dans les années 1980. En faisant des villes les principaux lieux d’ouverture et de réforme, les autorités passent progressivement d’une politique anti-urbaine à une politique du tout urbain. Dès lors, la population urbaine entame une ascension rapide qui s’accélère fortement durant les années 1990. Le taux d’urbanisation double entre 1980 et 2005, passant de 19,6 à 40,4 %. Durant cette période, le taux de croissance annuel moyen de la population urbaine dépasse 3 % avec un pic à près de 5 % entre 1985 et 1990. Cette croissance est doublement alimentée par l’extension des espaces urbanisés au détriment des espaces ruraux périphériques ainsi que par un exode rural qui s’oriente d’abord vers les petites villes avant de se diriger progressivement et majoritairement vers les capitales provinciales et les grandes villes côtières.

2.3. Une transformation rapide des espaces urbains

La question des villes et de l’urbanisation en Chine ne serait pas complète sans évoquer la transformation rapide des espaces urbains, notamment ceux des plus grandes villes. Ces dernières ont en effet lancé ces dernières années des nouveaux projets d’aménagement urbain qui consistent essentiellement à restructurer les centres-villes, via le développement de nouveaux quartiers d’affaires et commerciaux, souvent au détriment d’un tissu urbain plus ancien, et la modernisation des infrastructures de transport. Les périphéries sont quant à elles gagnées par de nouvelles zones de logement collectif, voire pavillonnaire pour les populations les plus aisées, et par de nouvelles zones industrielles. En somme, on assiste à une spécialisation fonctionnelle des espaces urbains qui contrastent fortement avec l’image de la ville d’avant les réformes. La rupture la plus brutale est sans doute caractérisée par la verticalisation généralisée du bâti, conséquence dans le paysage urbain du boom immobilier que la plupart des villes chinoises connaissent depuis maintenant une quinzaine d’années et dont le moteur principal n’est plus seulement le besoin pressant de logement mais aussi la spéculation immobilière. Cette dernière est telle que de plus en plus d’analystes craignent la formation d’une bulle immobilière, un risque qui vient s’ajouter à la liste des défis que ces diverses mutations urbaines ont généré ou accentué ces dernières années.

Le premier de ces défis est caractérisé par la congestion du trafic automobile et la nécessité constante d’améliorer les transports publics. Vient ensuite la lutte contre la pollution et l’urgence de mettre en œuvre un développement urbain dit « durable ». L’approfondissement des inégalités et l’apparition de ségrégations socio-spatiales entre des quartiers habités par des populations pauvres (migrants ruraux, anciens ouvriers d’entreprise d’État…) et des quartiers riches, dotés de logements, de commerces et d’équipements de loisirs luxueux, constituent également un défi social majeur. Enfin, le déplacement des populations et / ou la destruction des centres anciens, que provoquent souvent les nouveaux projets d’aménagement, mettent parfois en branle des mécontentements au sein de la société urbaine, par refus de quitter son ancien quartier ou par souci de préserver le patrimoine, générant des affrontements avec les autorités locales qui ont, bien souvent, le dernier mot.

Pour en savoir plus, voir les articles géographie physique de la Chine et activités économiques de la Chine.