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Chine : littérature chinoise

Miniature Tang
Miniature Tang

Dès la fondation de l'Empire, les lettres deviennent essentielles pour accéder au pouvoir : qui veut devenir mandarin doit dès l'enfance apprendre par cœur les cinq classiques confucéens, lire les philosophes de l'Antiquité, travailler la langue classique et sa calligraphie.

Le papier, fabriqué dès l'an 100 après J.-C., remplace avantageusement les lamelles de bambou ou la soie. Au xe s., cinq siècles avant l'Europe, la Chine invente l'imprimerie sous la forme de la xylographie: chaque page est gravée en creux sur une planche de bois; les feuilles, pliées en deux, sont attachées par une ficelle de leur côté libre. Le livre imprimé est rapidement et largement diffusé, si bien que les éditions anciennes ne sont pas rares aujourd'hui.

L'Antiquité

L'Antiquité, qui prend fin quand commence l'Empire, en 221 avant J.-C., voit une riche production de textes, sur lesquels s'appuiera la philosophie chinoise, notamment les doctrines confucéenne et taoïste.

« Le Classique des poèmes » : une somme de poésie

Parmi les cinq classiques confucéens, le Classique des poèmes est resté le plus apprécié. C'est une compilation, longtemps attribuée à Confucius, de 305 poèmes datés d'entre le xie et le vie s. avant J.-C. Elle est divisée en trois parties, « Airs des principautés », « Poèmes raffinés » et « Hymnes ». Les 160 « Airs des principautés » sont de simples chansons populaires, avec refrain et couplets, qui étaient chantées au cours des fêtes paysannes, et qui doivent leur charme à leur naïveté. Les « Poèmes raffinés », au nombre d'une centaine, décrivent la vie de l'aristocratie, ses chasses et ses festins, dans un style plus recherché. Les « Hymnes » sont des récits épiques destinés aux cérémonies de la cour. Ce premier recueil poétique chinois rassemble ainsi des œuvres d'origine et de finalité fort différentes, expression spontanée du génie populaire ou poèmes savants destinés à l'élite. En Chine, au cours des siècles, la littérature savante se ressourcera régulièrement dans la littérature orale et populaire.

Laozi : les paradoxes du taoïsme

Laozi (Lao-tseu) n'a peut-être jamais vécu, mais le petit livre qui lui est attribué a connu une destinée hors pair : en 81 brefs chapitres, dont la totalité dépasse à peine 5 000 idéogrammes, la Voie et la Vertu, qui aurait été écrit en une nuit, apporte à ses lecteurs les réponses aux questions fondamentales qu'ils se posent. C'est une suite de petites phrases au sens sibyllin et souvent paradoxal. La première à elle seule a suscité maintes interprétations : « Le chemin que l'on peut cheminer n'est pas le chemin permanent, le nom que l'on peut nommer n'est pas le nom permanent, ce qui n'a pas de nom est le début du Ciel et de la Terre, ce qui a un nom est la mère de toutes les choses. » Face aux innombrables écoles philosophiques qui se disputent les esprits en cette époque féconde, la Voie et la Vertu est devenu l'ouvrage de référence de la doctrine taoïste, avant de nourrir l'ensemble de la pensée chinoise.

L'âge classique

L'âge classique s'étend du début de la dynastie des Han (iiie s. avant J.-C.), alors que Lin Bang refait l'unité de l'empire de Qin Shi Huangdi, à la fin de celle des Tang (ixe s. après J.-C.), où la Chine retombe dans l'anarchie des Cinq Dynasties.

Sima Qian : l'homme et son destin

En 92 avant J.-C., Sima Qian, grand historien de la cour, présente à l'empereur Wu des Han Mémoires historiques. C'est une histoire générale de la Chine, des origines (2687 avant J.-C.) à l'année 101, dont les 130 chapitres se divisent en cinq parties : les « Annales impériales » (12 chapitres) rapportent la chronologie des dynasties et des empereurs ; les « Tables » (10 chapitres) permettent de retrouver les correspondances de dates (jusqu'à l'unification de l'Empire, chaque principauté avait son propre calendrier et sa propre datation); la synthèse des grands problèmes d'alors fait l'objet de huit « Traités », tandis que 30 chapitres décrivent l'histoire mouvementée des maisons héréditaires qui se partageaient le territoire chinois avant l'unification, et que les 70 chapitres restants sont consacrés à la biographie des personnalités marquantes. Sima Qian sauve ainsi de l'oubli la vie et parfois les œuvres de philosophes, d'hommes de lettres, de grands marchands, voire de brigands, et clôt l'ouvrage sur sa propre biographie. Bien qu'il réutilise abondamment des textes anciens, Sima Qian, grâce à un incomparable talent narratif, parvient à donner à son œuvre une unité de pensée et de style. Ses héros ont nourri à jamais l'imaginaire chinois : Xiang Yu, qui préfère la mort à la défaite ; Jing Ke, à qui un instant d'hésitation fait manquer l'assassinat du premier empereur; ou la belle Xishi, qui fait et défait les royaumes.

Tao Yuanming : la fuite du monde

En 405, Tao Yuanming (365-427), magistrat dans une petite ville, déclare : « Pour cinq boisseaux de riz, je ne me courberai pas devant un imbécile », et rend les insignes de sa fonction. Ainsi le plus transparent des poètes chinois lance la mode du retour à la campagne : désormais, les champs, le vin et les paysans seront ses compagnons célébrés en des poèmes cristallins, dont le charme et la simplicité demeurent inaltérés. Je retourne vivre aux jardins et aux champs célèbre les vertus du « naturel », qui est à la fois la nature extérieure et la nature profonde de l'homme. Tao Yuanming ne se contente pas de fuir la société et ses mensonges, il rêve de sortir de l'histoire : dans son petit conte la Source aux fleurs de pêcher, des hommes vivent en parfaite harmonie entre leurs coqs et leurs chiens dans un univers dont le chemin est hélas perdu, ainsi que l'apprend la dernière phrase.

Du Fu : l'histoire en poèmes

Du Fu (712-770), celui que la postérité appellera « Poète de la sagesse » n'a connu que misère et solitude. Refusé aux examens, et donc exclu de la carrière mandarinale, il se dédie à la poésie : quelque 1 500 poèmes, pour la plupart datés avec précision, forment la chronique d'un temps de troubles. En 756, la rébellion vient briser les rêves de splendeur des Tang : Du Fu peint les excès des sergents recruteurs qui emmènent femmes et vieillards, les champs de bataille que le « sang des fils de bonne famille a transformés en marécages », mais aussi la joie de la victoire. Plus tard, Du Fu se lamentera sur un autre « échec », la venue de l'âge:
Tourments, regrets amers ont fait blanchir mes tempes
Vaincu, je viens de renoncer aux coupes de vin trouble !

Du Fu choisit volontiers le huitain, sorte d'équivalent du sonnet européen, qu'il soumet, sous ses deux variantes en vers de cinq ou de sept pieds, à une prosodie complexe. Les cinquième et sixième vers doivent se refléter l'un l'autre, tant sur le plan grammatical que sémantique : « Sur l'émeraude du fleuve, les oiseaux gagnent en blancheur, /Sur le verdoiement des collines, les fleurs deviennent incandescentes. » Deux à deux, les couleurs, les lieux, les objets se répondent.

Liu Zongyuan : le poids de la disgrâce

À trente ans, Liu Zongyuan (773-819) entre dans le cabinet du nouvel empereur et propose un programme de réformes draconiennes. C'est sans compter avec les forces conservatrices : l'empereur est déposé, les jeunes ministres exilés. Jamais Liu Zongyuan n'obtiendra son pardon. En exil dans l'extrême sud de l'empire, encore peu sinisé, il découvre une autre nature, d'autres hommes, d'autres mœurs. Sa pensée s'en enrichit, et, n'ayant rien à perdre, il peut se permettre une plus grande liberté de langage vis-à-vis du gouvernement, à travers apologies, fables ou biographies romancées, comme celle du Chasseur de serpents qui préfère risquer la mort en recueillant le venin destiné aux pharmacies de l'empereur plutôt que d'être soumis à l'impôt normal.

Malgré son éloignement, la renommée littéraire et philosophique de Liu Zongyuan en fait un chef de file du mouvement de la « Prose à l'ancienne », qui cherche à restaurer la pureté et la vigueur du style des anciens. Dans ses textes politiques, comme le Discours sur la féodalité, il s'exprime clairement, sans alourdir ses phrases de trop de citations. L'un de ses quatrains, sur la vertu de la solitude, est connu de tous les Chinois :
« Sur les mille montagnes, disparus les vols d'oiseaux,
Sur les dix mille sentiers, effacées les traces humaines.
Dans sa barque solitaire, un vieil homme en cape de paille
Ne pêche que la neige sur le fleuve glacé. »

L'âge postclassique

L'âge postclassique s'étend sur dix siècles, du début de la dynastie des Song (960), qui restaure les valeurs traditionnelles, à la fin des Qing (1911) et à l'instauration de la république.

Su Shi : un lettré complet

Brillant étudiant, puis chef de file du parti conservateur et préfet éclairé, Su Shi (1037-1101) a pratiqué tous les genres littéraires, créé un style de calligraphie, et même inventé des recettes de cuisine. Sa poésie, libre et hardie, éclate en tous sens et brise les poncifs : on lui doit 2 500 poèmes réguliers, touchant à tous les sujets, mais aussi 350 poèmes à chanter, d'inspiration légère et amoureuse, aux vers irréguliers qui épousent une mélodie connue, telle son Élégie sur la bataille de la Falaise rouge. Auteur de nombreux textes de prose classique, dissertations politiques, préfaces, dédicaces de monuments, il invente les « notes de pinceau », sorte de journal intime sans prétention.

« Le Pavillon de l'ouest » : le drame d'amour

Le théâtre connaît son heure de gloire sous la dynastie mongole des Yuan, principalement dans la nouvelle capitale, Cambaluc (Pékin). C'est un genre populaire et citadin qui associe des dialogues en langue orale et des arias chantées en langue savante. Afin de séduire le public, le répertoire ne néglige ni l'amour ni la galanterie, auxquels le reste de la littérature chinoise a peu sacrifié, sauf dans quelques contes de l'époque des Tang. C'est l'un d'eux qui inspire la pièce de Wang Shifu, le Pavillon de l'ouest : réunis par le hasard dans un monastère entouré de brigands, Oriole et son amoureux incarnent le triomphe de l'amour. Après quelques hésitations de la belle, ils se retrouvent au clair de lune, grâce à la complicité de la soubrette. Mais la mère ayant exigé du jeune homme qu'il soit reçu aux examens, il gagne la capitale, où il oublie celle qu'il a séduite et qui lui écrira une poignante lettre d'adieu. Cette pièce, interdite sous les Qing pour incitation à la licence, est la bible des amoureux chinois, qui en fredonnent les arias et en feuillettent les multiples éditions illustrées.

« La Pérégrination vers l'ouest » : un roman fantasque

Incarnation de l'esprit de révolte, le malicieux Roi des Singes ne respecte personne, fût-ce l'Empereur de Jade, Bouddha ou Laozi. Ayant acquis des pouvoirs magiques, il provoque le Ciel et affronte seul les armées célestes, mais son indéfectible confiance en lui le fait tomber dans la paume de Bouddha, qui, pour racheter son orgueil, l'invite à accompagner le moine Tripitaka jusqu'aux Indes, à la recherche des Écritures bouddhiques. Ce moine a réellement existé au viiie s., mais les 81 aventures qu'il vit avec ses compagnons relèvent de la plus folle imagination. Le Singe doit vaincre des monstres de toute forme, de la plus séduisante jeune fille au plus horrible squelette. Il lui faut aussi se vaincre lui-même, car, épris de liberté, il accepte mal sa sujétion au moine. Au terme de ce parcours initiatique, les pèlerins reçoivent enfin les Saintes Écritures, dont les pages sont vierges.

Comme les autres romans populaires de l'époque Ming, écrits sur des canevas antérieurs, la Pérégrination vers l'ouest continue sa carrière dans tout l'Extrême-Orient à travers la BD et le film.

La littérature moderne

Née officiellement à la suite du Mouvement du 4 mai 1919, la littérature en langue moderne ne s'impose réellement qu'au début des années 1930. Lu Xun, brillant pamphlétaire, glorifié comme le précurseur de la Révolution, réveille l'orgueil national dans des textes incisifs. Lao She est le seul à trouver un véritable style : Pousse-Pousse (1936), roman plein de tendresse pour le petit peuple de la capitale, traite les pires malheurs avec humour. La poésie se cherche : imitation des poètes russes ou des symbolistes français, retour aux sources paysannes, inspiration révolutionnaire, essais dominés par quelques poèmes d'Ai Qing, comme la Torche.

Après 1949, en République populaire de Chine, les écrivains sont tenus de mettre leur talent au service du nouveau pouvoir, selon les principes édictés par Mao Zedong lors des « Causeries de Yen'an ». Tandis que paraissent les grands romans épiques de la Révolution, les auteurs qui ne se soumettent pas sont durement réprimés, voire physiquement supprimés, notamment pendant la Révolution culturelle (1966-1976), après laquelle de jeunes écrivains constitueront autour de Liu Xingwu la « littérature de la plaie ». Si des revues littéraires voient le jour pendant le « printemps de Pékin » (1989), la répression qui lui fait immédiatement suite les interdit. Quelques romanciers parviennent toutefois à s'exprimer, à travers une critique de la Révolution culturelle (Yang Jiang), la description des fastes de la Chine impériale (Su Tong) ou du malaise entre la jeunesse et le pouvoir.