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Chavín de Huantar

Centre cérémoniel du Pérou, dans la Cordillera Blanca, probablement construit au début du Ier millénaire avant J.-C.

Introduction

Le nom de ce petit village des Andes sert à désigner la première des hautes cultures andines et l'une des plus belles réalisations architecturales de l'ancien Pérou.

À proximité du village actuel se dressent en effet les ruines imposantes d'un grand centre cérémoniel construit durant la « période formative » des Andes centrales, probablement au début du Ier millénaire avant notre ère. Ces ruines n'ont vu leur importance reconnue qu'avec les travaux de l'archéologue péruvien Julio C. Tello (1880-1947), à partir de 1919.

Le site

Le complexe architectonique de Chavín, d'une superficie approximative de 12 000 m², est constitué par un ensemble de grandes pyramides tronquées, parmi lesquelles se détache celle qui est connue sous le nom d'El Castillo. Face à cet édifice principal s'étend une vaste place bordée de plates-formes et de terrasses, en partie détruites aujourd'hui par la grande avalanche de pierres et de boue qui ensevelit presque totalement le site en 1945.

L'architecture de Chavín de Huantar est, malgré son antiquité, extrêmement avancée. Le revêtement extérieur du Castillo, admirablement conservé sur la façade et l'angle sud-est, est constitué de blocs de pierre rectangulaires, disposés en assises régulières alternativement épaisses et minces. À l'origine, ces murs étaient ornés d'une rangée de têtes de pierre sculptées ; il n'en subsiste qu'une en place, figure démoniaque d'un être mi-homme, mi-félin aux longs crocs recourbés. Au milieu de la façade est, un escalier de pierre flanqué d'un portique à deux colonnes cylindriques gravées devait donner accès à la partie supérieure de l'édifice, aujourd'hui détruite.

Quant à l'intérieur des constructions, il constitue un extraordinaire labyrinthe de galeries étroites, d'escaliers, de petites salles obscures, au plafond constitué de larges dalles de pierre et reliées à l'extérieur par tout un système de conduits de ventilation. C'est dans la partie la plus ancienne des constructions que l'on découvrit, fiché en terre, à la croisée de deux couloirs privés de lumière, le monolithe de 4,50 m de haut connu sous le nom d'El Lanzón. Sculpté en bas relief, ce monolithe représente un personnage debout, dont la tête est une étrange combinaison de traits humains et félins. Probablement l'idole principale du temple de Chavín, il est la seule sculpture trouvée in situ dans les galeries intérieures.

Cette sculpture sur pierre de Chavín est certainement la plus belle et la plus élaborée de l'Amérique du Sud. Le vandalisme, joint aux dévastations causées par les glissements de terrain, fait que très peu de pièces sont encore en place ; mais à proximité des édifices ont été trouvées plusieurs stèles ou dalles sculptées qui devaient les orner à l'origine – les plus fameuses sont l'obélisque Tello et la stèle Raimondi –, ainsi qu'un certain nombre des têtes dont la frise décorait les façades du Castillo. Des fouilles récentes ont mis au jour une grande quantité de céramiques.

L'art de Chavín, évidemment symbolique, est une combinaison d'éléments humains – bouche, main, jambe – et animaux – crocs, queue, plumes, serpent –, traités surtout en courbes et en volutes, et dont l'assemblage dessine différentes figures démoniaques. Les thèmes les plus fréquents sont, outre la divinité semi-humaine à crocs de félin, le rapace (aigle ou faucon) et surtout le jaguar. Celui-ci constitue l'unité primordiale de toutes les représentations. Traité en gravure ou en bas relief, symbolisé ou réduit à quelques éléments caractéristiques, il donne à l'art de Chavín son caractère reconnaissable entre tous.

L'influence de Chavín

Ce premier des grands styles artistiques de l'ancien Pérou marqua de son influence toute une époque et donna son unité culturelle à ce que les archéologues nomment l'horizon chavín. Aux alentours des ixe-viiie s. avant notre ère, cette influence s'étend sur la majeure partie de la côte péruvienne, des vallées de Lambayeque, au nord, à celle de Chilca, au sud. Les constructions cérémonielles de Pallca et de Moxeque, dans la vallée de Casma, de Cerro Blanco et de Punkurí, dans la vallée de Nepeña, possèdent, bien que l'adobe ait ici remplacé le granite des Andes, des caractéristiques typiques de l'art chavín, ayant pour thème central le félin. Dans les hautes terres, l'expansion de Chavín semble s'être confinée dans les Andes du Nord et le Callejón de Huaylas (vallée du Santa), avec les sites de Kunturwasi, de Pacopampa, près de Cajamarca, et de Kotosh, dans la région de Huánuco. Cette influence ne paraît pas avoir atteint les hautes terres du Sud, ni la côte de l'extrême Sud péruvien.

Cependant, c'est la côte nord du Pérou qui fournit le plus d'éléments. Découverte et étudiée par l'archéologue péruvien R. Larco Hoyle, la culture dite « de Cupisnique » (environ 900 à 300 avant notre ère) est caractérisée par une très belle poterie brune ou noire à décor incisé en courbes et volutes où domine toujours le thème du félin.

Quant au site fameux de Cerro Sechín, dans la vallée de Casma, il pose un problème actuellement non résolu : nous devons avouer notre ignorance quant à l'origine de ces extraordinaires stèles, gravées de guerriers debout, de prisonniers enchaînés, de têtes coupées amoncelées. L'hypothèse la plus probable, fondée sur des comparaisons d'ordre stylistique, est que Cerro Sechín est un site légèrement postérieur à Chavín.

Origine et diffusion de Chavín

Le style de Chavín ne fut que la manifestation artistique d'un culte, et l'expansion de ce style est due plus, sinon uniquement, à une diffusion pacifique d'idées religieuses qu'à une conquête à proprement parler. L'horizon chavín correspond donc à une entité culturelle, non à un véritable État ou empire unifié.

Mais la question se pose de savoir si le site de Chavín de Huantar – le plus célèbre et le plus représentatif de la période – est réellement le lieu d'origine du culte du félin. J. C. Tello le pensait ; R. Larco Hoyle, au contraire, voyait dans la culture côtière de Cupisnique le berceau de l'art de Chavín, d'où il se serait ensuite diffusé vers les Andes. Plus récemment, d'autres spécialistes ont soutenu que ce style dérivait de la culture olmèque du Sud mexicain. En dépit de toutes ces hypothèses, il existe quelques raisons de croire que le culte du félin et l'art chavín sont originaires de la région centre-nord du Pérou, mais non du site même de Chavín de Huantar – où cet art semble apparaître brusquement, sans phase d'élaboration, et qui n'aurait été que le lieu de culte le plus important.

La culture de Chavín

Si Chavín est avant tout synonyme d'une forme d'expression artistique et religieuse hantée par le thème du félin, il ne faut cependant pas négliger les autres aspects culturels et économiques qui donnent son origine à cette période de la préhistoire péruvienne, entre le ixe et le iiie s. avant notre ère. L'agriculture est déjà relativement développée ; le maïs, cultivé depuis près de dix siècles, constitue la source principale d'alimentation, avec la calebasse, le haricot, le yucca, l'arachide, la pomme de terre dans les régions andines. La pêche continue de fournir un appoint important aux groupes établis sur la côte. Les zones de culture et d'habitat sont surtout localisées autour de l'embouchure des rivières, où se pratique déjà l'irrigation artificielle. Il ne semble pas exister de véritables centres urbains, et les édifices connus sont tous des temples ou, du moins, des centres cérémoniels. Mais les villages se multiplient, petits groupes de maisons à une pièce aux murs d'adobe ou de pierre, couvertes d'un toit de paille, contrastant avec la magnificence des constructions dédiées aux divinités.

Avec l'évolution de l'agriculture et de la sédentarisation naissent les loisirs et la spécialisation des tâches ; les arts et la technologie se développent. La très belle poterie de cette période montre déjà une grande maîtrise technique. Les tissus de coton sont d'usage courant. Enfin, la culture de Chavín a fourni quelques-uns des plus beaux objets d'or du Pérou, et probablement les plus anciens d'Amérique : à Chongoyape, dans la vallée de Lambayeque, les tombes ont livré des couronnes, des masques, des ornements de nez et d'oreilles, des colliers fabriqués en fines plaques d'or martelé et repoussé, tous ornés de motifs représentant des serpents et des félins aux crocs saillants. L'os, la coquille, le bois, les pierres dures sont également façonnés en objets délicats ornés du félin de Chavín.

Les morts sont enterrés dans le désert, au fond de fosses profondes ; quelques offrandes funéraires les accompagnent : vases de céramique, instruments de travail, écuelles de calebasse contenant des épis de maïs ou des haricots.

La culture de Chavín, qui était parvenue à donner une certaine homogénéité au Pérou, décline assez brusquement vers le iiie s. avant notre ère. L'unité disparaît, les liens culturels et religieux se relâchent. Le culte du dieu-félin est peu à peu oublié, et les temples sont abandonnés ou réoccupées par des populations qui ajoutent de nouvelles constructions, souvent édifiées avec les matériaux des édifices primitifs. Chaque vallée, chaque région commence à développer des caractéristiques locales, qui feront de la période suivante une phase de différenciation très accusée, où tous les éléments chavín auront disparu ou se seront amalgamés aux nouveaux archétypes régionaux.