Festival international de cinéma, fondé à Cannes en 1946.
Le festival de Cannes est né d'un autre festival de cinéma, la Mostra de Venise, fondée en 1932. Pour contrer les fascistes au pouvoir en Italie, la France décide en 1939 d'avoir son propre festival. Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale fait avorter le projet.
Après la guerre, l'idée refait surface. En 1946 s'ouvre le premier festival de Cannes, dont la périodicité sera annuelle, à deux exceptions près, en 1948 et 1950.
Le festival se propose de réunir les films les plus représentatifs de l'année. Une partie d'entre eux concourt pour la Palme d'or, la récompense suprême, les autres étant présentés hors compétition. Le jury est composé de personnalités du cinéma et de la littérature.
Dans les années 1950, Cannes devient la grand-messe du cinéma mondial, avec ses rites immuables – la montée des marches, la projection du soir avec smokings et robes de grands couturiers –, dans une atmosphère électrique et glamour, où les vedettes côtoient les paparazzi et les starlettes.
La manifestation se distingue par le prestige de ses fêtes et l'affluence des stars, de Gina Lollobrigida et Sophia Loren à Romy Schneider, au bras d'Alain Delon, et Grace Kelly qui y rencontre le prince Rainier de Monaco. La diplomatie règne en maître, puisque les films sont sélectionnés par les pays qui participent à la compétition. Cannes a consacré, entre autres, Orson Welles, Elia Kazan, Federico Fellini ou Ingmar Bergman.
À partir des années 1960, la question du cinéma d'auteur agite la Croisette. Ce changement est contemporain de la « nouvelle vague ». François Truffaut est primé en 1959 pour les Quatre Cents Coups, après avoir, un an plus tôt, appelé à boycotter le festival qu'il jugeait vieillot. La décennie est marquée par les découvertes de Jacques Demy, Alain Resnais, Claude Lelouch, mais aussi par les polémiques entourant en 1960 la Dolce Vita de Fellini et L'avventura d'Antonioni, manifestes pour un cinéma moderne.
1968 est l'année du grand tournant. En solidarité avec les grévistes, le festival, sous la pression de Jean-Luc Godard, Louis Malle, Roman Polanski, François Truffaut ou Carlos Saura, s'arrête au deuxième jour de la compétition. L'année suivante, de nouvelles sections voient le jour : la Quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la critique et Un certain regard. Les années 1970 voient la révélation de nouveaux talents, comme Bernardo Bertolucci, André Téchiné, Nagisa Oshima ou Wim Wenders. La sélection suit la marche du monde et prend le parti de la liberté de l'artiste contre les pouvoirs, avec des films comme Chronique des années de braise de Lakhdar-Hamina (1975), l'Homme de fer de Wajda (1981) ou Yol de Yilmaz Guney (1982).
Dans les années 1980, Robert Favre Le Bret, aux commandes depuis presque trente ans, est remplacé par Pierre Viot et Gilles Jacob, lequel sera élu président en 2000. Un nouveau palais, plus fonctionnel, surnommé le Bunker, ouvre ses portes. Le festival entre dans l'ère industrielle, avec un marché proposant désormais des milliers de films et de participants. Mais la passion, comme le prouvent les controverses autour de Maurice Pialat en 1987 (Sous le soleil de Satan), David Lynch en 1990 (Sailor et Lula) ou Emir Kusturica en 1995 (Underground), demeure toujours intacte.
Aujourd'hui, avec près de 3 500 journalistes présents autour de l'événement, Cannes détient la deuxième plus importante couverture médiatique après les jeux Olympiques. Son budget atteint environ 20 millions d'euros. Plus que jamais, et tout en continuant à couronner le travail d'auteurs confirmés (Imamura Shohei pour l'Anguille, 1997 ; Roman Polanski pour le Pianiste, 2002 ; Ken Loach pour Le vent se lève, 2006), le festival se donne pour mission de découvrir des talents encore méconnus du grand public, en témoignent les Palmes d'or attribuées à Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Rosetta (1999), à Cristian Mungiu pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours (2007) ou à Laurent Cantet pour Entre les murs (2008).
En 2007, sur l'invitation de Gilles Jacob et pour fêter les soixante ans du festival, trente-trois cinéastes ont réalisé chacun un court-métrage de trois minutes sur le thème de la salle de cinéma. Ils furent rassemblés en un film, Chacun son cinéma, projeté lors de la soirée anniversaire en présence de tous les auteurs.