Identifiez-vous ou Créez un compte

Empire romain

La Louve du Capitole
La Louve du Capitole

Dernière grande période (de 27 av. J.-C. à la fin de l'empire d'Occident, en 476) de la longue histoire de la Rome antique, qui connut d’abord le régime de la royauté puis celui de la République.

1. La formation de l'empire territorial romain

1.1. L’époque royale

À l’origine, il y a la fondation légendaire de Rome par Romulus, en 753 av. J.-C. Cette Rome primitive reste mal connue ; elle était sans doute gouvernée par des rois, mais leur pouvoir est incertain – on s’accorde néanmoins sur le caractère essentiellement religieux de leur fonction ; il existait aussi une assemblée consultative, émanation des tribus constituant la population locale, et un sénat qui regroupait les chefs des grandes familles. En 575 av. J.-C., Rome tombe sous la domination des Étrusques, peuple installé en Toscane depuis le viiie siècle et dont la puissance est alors à son apogée en Italie centrale. Et sous les Étrusques Rome change : de simple agglomération de hameaux, elle devient une ville.

1.2. Le temps de la République romaine

En 509 av. J.-C., les Romains chassent le dernier roi étrusque (Tarquin le Superbe). Cette date est traditionnellement retenue comme celle de la fondation de la République romaine. Un État qui pendant cinq siècles, jalonnés de guerres et de conquêtes – conquête de l'Italie, destruction de Carthage (→ guerres puniques), annexion de la Grèce, soumission de l’Espagne –, va construire le socle d’un véritable empire méditerranéen, destiné à assurer autant sa sécurité que son autosuffisance économique.

Au plan de l’organisation de la vie politique, les ve et ive siècles av. J.-C. sont dominés par les conflits entre le peuple (la plèbe) et l’aristocratie de naissance (le patriciat). Au début du iiie siècle l’égalité entre tous les citoyens libres est garantie, même s’il existe une élite fondée sur la fortune. Les institutions sont désormais fixées. Le gouvernement de Rome est une oligarchie, et la réalité du pouvoir est aux mains du sénat. Le sénat vote les lois, et peut, en cas de crise, demander la désignation d’un dictateur. Le peuple, réuni en comices centuriates, élit chaque année les magistrats, dont le sénat contrôle en fait la carrière (→ cursus honorum), parmi lesquels deux consuls, qui possèdent de larges pouvoirs exécutifs et militaires (→ consulat).

De ses conquêtes Rome ne tire pas seulement un bénéfice matériel (butins, mise en esclavage des populations, exploitation des terres sur lesquelles se bâtissent des fortunes) mais aussi culturel : la Grèce, notamment, fait découvrir à Rome un art plus évolué, lui révèle la philosophie, y fait naître la littérature, lui amène d’autres dieux… Le rayonnement intellectuel de Rome en ces temps-là n’en est pas moins considérable – du poète comique Plaute jusqu’à l’historien Tite-Live, en passant par Caton l’Ancien, Térence, Cicéron, Lucrèce –, d’autant qu’avec les victoires des armées romaines, le latin devenue la langue de l'Italie s'étend à l'ensemble du bassin méditerranéen et à une partie de l'Europe. Et que les chefs militaires font réaliser de grands travaux, ponts, ports, entrepôts, temples, édifices publics ou privés... qui servent leur pouvoir.

1.3. De la fin de la République à l’Empire

Au ier siècle av. J.-C., l’inadaptation des institutions républicaines aux nouvelles dimensions de l’État et de ses colonies entraîne une évolution vers le pouvoir personnel (Marius, Sulla, Pompée, César), jusqu’à l’instauration par Auguste du principat, régime dans lequel l’empereur exerce le pouvoir par délégation permanente du sénat. Dès lors, on peut véritablement parler d’Empire romain.

La crise que connaît la République romaine favorise en fait l’expansion, car chaque général ou consul ambitieux veut conquérir la gloire militaire : Pompée vainc Mithridate et organise les nouvelles provinces d’Asie mineure ; Jules César s’empare de la Gaule , soumet l’Égypte et agrandit la province d’Afrique. Octave, devenu l’empereur Auguste en 27 av. J.-C., consolide ces conquêtes (l’expansion romaine connaît son coup d’arrêt dans les territoires au-delà du Rhin que Rome doit évacuer en 9 apr. J.-C.) et, surtout, il organise le gouvernement d’un empire, politique cette fois.

2. Haut-Empire et Bas-Empire

On distingue parfois entre deux grandes périodes, mais leurs limites chronologiques ne font pas l’unanimité. Ainsi le Haut-Empire désigne la première période de l’Empire romain qui débute avec Auguste et va, pour certains, jusqu’à la fin du règne des Antonins (assassinat de Commode) en 192, pour d’autres et plus communément, jusqu’à la mort du dernier des Sévères (assassinat de Sévère Alexandre) en 235, voire jusqu’à l’avènement de Dioclétien, en 284. À partir de là, le Bas-Empire – certains historiens contemporains préfèrent parler d’Empire romain tardif ou d’ « Antiquité tardive » – s’étend jusqu’à la fin de l’Empire d’Occident, traditionnellement datée en 476.

Plutôt que cette distinction, on retiendra quelques moments-clés de ces cinq siècles dont une grande partie de l’Europe occidentale et du pourtour de la Méditerranée a gardé la trace.

2.1. L’apogée de l’Empire romain (ier-iie siècles)

Pendant près de deux siècles, l’Empire romain est gouverné suivant les principes posés par Auguste. Le règne des Antonins (96-192) en marque l’apogée. Sous Trajan (98-117) l’empire atteint sa plus grande étendue. À l’est, la conquête de la région de Pétra (dans l’actuelle Jordanie) assure aux Romains le contrôle des routes caravanières. Sous Hadrien (117-138), Rome cesse de mener une politique expansionniste, pour désormais défendre ses frontières des incursions barbares ; elle établit ainsi une ligne de fortifications, le limes, dont le vestige le plus connu est le mur d’Hadrien (qui traverse le nord de l'Angleterre).

Les empereurs réforment l’administration ; le sénat est progressivement déchargé de tout pouvoir effectif. La classe sénatoriale continue néanmoins d’occuper les principales fonctions dans les bureaux impériaux, mais la distinction entre provinces impériales et provinces sénatoriales disparaît. Trajan et Hadrien, tous deux d’origine espagnole, favorisent la promotion des provinciaux, facteur d’unité du monde romain.

Au milieu du iie siècle règne la « paix romaine ». Et la sage administration des empereurs contribue à la prospérité. Rome commerce avec toutes les régions du monde : ses marchands se portent jusqu’en Inde, en Chine, en Afrique de l’Est, en Irlande, en Scandinavie. Le remarquable essor des cités, que les empereurs et la classe sénatoriale ne cessent d’embellir, s’accompagne d’une transformation des campagnes où le grand domaine (la villa) supplante la petite propriété rurale.

C'est au ier et iie siècles que s'affirme l'art monumental romain ; les villes s'organisent sur un plan similaire, autour du centre politique, le forum ; marchés, thermes, théâtres, basiliques en sont les éléments essentiels, avec les aqueducs approvisionnant ces villes en eau ; l'ingéniosité des bâtisseurs se manifeste dans tout le monde romain.

La littérature et la philosophie s’illustrent par de grandes figures, dont les œuvres résonnent jusqu’à nos jours : le naturaliste Pline l’Ancien, le brillant orateur Pline le Jeune, le philosophe Sénèque, l’historien Tacite, le poète Virgile, ou encore Horace, Ovide, Juvénal, Phèdre, Pétrone, Suétone, etc. (→ littérature latine). Épris de culture, les empereurs philosophes (Hadrien, Marc Aurèle,) se tournent vers l’héritage intellectuel des Grecs (→ monde hellénistique). Mais ils luttent également contre la progression du christianisme, accusé de menacer l’autorité impériale.

Ce iie siècle s’achève cependant sur une série de graves difficultés. Marc Aurèle (161-180) doit faire face à des guerres incessantes imposées par les voisins de l’Empire, tels les Parthes, de l’Arménie à l’Euphrate, et les Germains qui commencent à s’infiltrer par la frontière du Danube. Des signes de problèmes économiques apparaissent : désertification des campagnes, raréfaction de la monnaie.

2.2. Le iiie siècle : crises, anarchie et évolutions politiques

Septime Sévère (193-211), souverain autocratique, parvient à consolider les frontières contre les Germains, les Parthes et les montagnards d’Écosse. Caracalla octroie le droit de cité (c'est-à-dire la citoyenneté) à tous les habitants libres de l’Empire romain (212). Mais la fin de la dynastie des Sévères (235) ouvre une période d’anarchie militaire. Pendant un demi-siècle, les légions proclament de nombreux empereurs, tandis que les frontières de l’Empire sont menacées par les invasions.

Par ailleurs, Decius (249-251) et Valérien (257-258) ordonnent des persécutions générales contre les chrétiens, qui en seront de nouveau victimes sous Dioclétien ; elles se poursuivront dans la partie orientale de l’Empire jusqu’en 311.

Un redressement s’opère sous Dioclétien (284-305), qui met de l’ordre dans la vie économique (un édit fixe un prix maximum pour les denrées et les salaires) et engage une réforme des institutions impériales : l’Empire devient une monarchie absolue de type oriental. Se réservant l’Orient, Dioclétien confie l’Occident à Maximilien Hercule et institue la tétrarchie : système collégial de gouvernement où le pouvoir est partagé entre deux augustes (lui-même et Maximilien) et deux césars qui leur sont associés.

2.3. Vers le partage de l’Empire (ive siècle)

Au ive siècle, l’Empire romain subit une véritable mutation.

Constantin Ier (306-337), avec qui se termine une tétrarchie en décomposition, parvient à se débarrasser de ses concurrents pour se retrouver seul maître de l’Empire. En 330, il inaugure une nouvelle capitale, Constantinople (à l’emplacement de l’antique Byzance), rivale de Rome. Cet empereur, qui a accordé aux chrétiens la liberté de culte (édit de Milan, 313) se convertit au christianisme sur son lit de mort. Après lui, l’Empire est de nouveau déchiré par les guerres civiles, alors que la pression des Barbares s’accentue.

En 379, Théodose Ier devient empereur d’Orient puis seul empereur. Il proclame le christianisme religion d’État et interdit les cultes païens (381). Pour défendre l'Empire, il en est réduit à s'entendre avec les Barbares eux-mêmes. Ainsi il négocie, en 382, l'installation des Goths dans l'Empire, tout en leur conservant un statut national et des lois propres. Il est le dernier empereur à détenir pendant quelque temps l'autorité effective sur l'ensemble de l'Empire romain.

À sa mort, en 395, celui-ci est partagé entre ses fils : il y a désormais un Empire d’Orient, où règne une stabilité politique relative, et un Empire d’Occident voué au chaos sous les assauts des Barbares.

2.4. L’effondrement face aux invasions barbares

À la faveur de l’anarchie militaire qui a marqué le iiie siècle, une première vague d’invasions manqua de submerger l’Empire. Contenue par de brillants empereurs militaires (Aurélien, Claude II, Dioclétien, Constantin), elle entraîna une profonde transformation du système défensif romain ; les légions furent regroupées autour des cités, désormais ceintes de murailles, tandis que des compagnies de paysans-soldats ou de Barbares fédérés furent chargées de protéger les frontières.

L’équilibre ainsi rétabli est rompu au début du ve siècle, alors que l’Empire d’Occident traverse une crise économique, sociale et morale : raréfaction de la monnaie, repli vers les campagnes, opposition croissante entre une minorité de riches propriétaires terriens et la masse du peuple, bureaucratie et corruption. Désormais constituée de mercenaires barbares, l’armée se montre incapable de défendre les frontières.

Pendant l’hiver 406, Vandales, Suèves et Alains franchissent le Rhin et dévastent la Gaule avant de s’installer en Espagne. Parallèlement, les Wisigoths mettent Rome à sac (410). Afin de se porter sur les frontières les légions évacuent l'Angleterre, qui est bientôt envahie par les Angles et les Saxons. Les Huns pénètrent en Italie et le pape doit acheter leur départ (452). Les Vandales qui ont conquis l’Afrique du Nord (435) viennent saccager Rome en 455. L’Empire se morcelle : Francs, Alamans, Burgondes et Wisigoths constituent des royaumes indépendants. Les empereurs de Rome n’ont plus aucun pouvoir. Quand le dernier, Romulus Augustule, est déposé, en 476, il n’y a plus d’Empire romain d’Occident.

Quant à l'Empire romain d'Orient, appelé Empire byzantin, il durera jusqu'en 1453, date de la prise par les Turcs de sa capitale, Constantinople.

Pour en savoir plus, voir l'article Rome antique.