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Argentine : histoire

Résumé

Découverte et colonisée par les Espagnols au xvie siècle, l’Argentine se construit à partir des villes fondées sur le littoral (Buenos Aires, 1536 et 1580) et dans le Nord-Est. Son peuplement est le fruit d’importantes immigrations en provenance d’Amérique latine et surtout d’Europe, en particulier d’Espagne et d’Italie. Elle est intégrée au sein de la vice-royauté du Río de la Plata au xviiie siècle.

1805-1816. L’indépendance

À la faveur de l’occupation de Buenos Aires par les Anglais (1805 et 1807) et de la vacance de pouvoir en Espagne due à l’occupation française, l’Argentine accède à l’indépendance à l’issue d’une guerre civile entre loyalistes et indépendantistes dont se détachent les figures de José de San Martín et de Manuel Belgrano.

1819-1829. Unitaires contre Fédéralistes

Unitaires, partisans d’un État centralisé fondé sur l’hégémonie politique et économique de Buenos Aires, et Fédéralistes, représentant les provinces et leurs caudillos, s’affrontent jusqu’à la prise du pouvoir par Juan Manuel de Rosas.

1830-1852

Juan Manuel de Rosas impose un régime autoritaire avec le soutien d’une grande partie du peuple et des élites de Buenos Aires.

1853-1861. L'Argentine divisée

L’Argentine est divisée entre Buenos Aires, qui a fait sécession, et la Confédération rassemblant les autres provinces. La facilitation de l’immigration – en majorité européenne – devient un principe constitutionnel.

1861-1880

Le conflit national se résout progressivement. Buenos Aires devient capitale fédérale en 1880.

1880-1890

Une république conservatrice sous la présidence de Julio A. Roca et le modèle économique agro-exportateur sont consolidés tandis que l’immigration s’intensifie.

1890-1912

Sous la pression du l’Union civique radicale (UCR, fondée en 1891), le régime se démocratise avec l’adoption du suffrage universel (1912).

1916-1930

L’UCR au pouvoir (Hipólito Yrigoyen) adopte certaines réformes démocratiques et doit répondre à la première mobilisation de la classe ouvrière.

1930-1943. La « décennie infâme »

Sous la coupe de gouvernements militaires inaugurés par celui d’Uriburu, l’Argentine connaît des changements économiques et sociaux profonds.

1. L'époque coloniale (1516-1806)

En 1516, Juan Diaz de Solis découvre le Río de la Plata et meurt peu après. En 1536, Pedro de Mendoza fonde Buenos Aires, mais la Pampa, sans populations sédentaires et sans métaux précieux, se prête mal à un établissement durable. La ville est abandonnée en 1541.

Le peuplement de la région se fait notamment à partir du Pérou, après la découverte en 1543 de la route Pérou-Río de la Plata. Des villes sont fondées sur cet itinéraire : Santiago del Estero (1550), Mendoza (1561), Tucumán (1565), Córdoba (1573) et enfin, pour la seconde fois, Buenos Aires par Juan de Garay (1580).

1.1. La vice-royauté du Río de la Plata

En 1617, la province d'Asunción est divisée en deux : Paraguay et le Río de la Plata qui, en 1776, devient une vice-royauté (→ vice-royauté du Río de la Plata) dont dépend le haut Pérou (aujourd'hui Bolivie) et ses mines d'argent. Cette création entérine le poids réel de Buenos Aires et la primauté de la route atlantique ; elle est aussi destinée à arrêter l'expansion portugaise sur l'autre rive de la Plata.

La nouvelle vice-royauté connaît un développement très rapide (agriculture de Tucumán et Córdoba, tournée vers le marché péruvien et chilien ; bétail de la Pampa, pour l'exportation de viande salée et de cuirs).

Dans les villes, et surtout à Buenos Aires, se constitue un groupe de marchands prospères qui souhaitent la liberté totale de commerce ; ils l'obtiendront en 1795, le commerce traditionnel étant interrompu par le blocus britannique.

2. L'indépendance (1806-1820)

En 1806, Buenos Aires est occupé par les Anglais, puis repris par des milices locales. Le cabildo (conseil municipal) de Buenos Aires remplace le vice-roi défaillant par le chef de la résistance, Liniers. Une deuxième invasion anglaise en 1807 est repoussée par les milices.

En 1808, le Río de la Plata, après l'invasion de l'Espagne par Napoléon, refuse de reconnaître Joseph Bonaparte et reste loyal à Ferdinand VII.

2.1. La guerre civile (1810-1815)

La disparition de la Junte suprême d'Espagne, deux ans plus tard, offre aux partisans occultes de l'indépendance l'occasion de se manifester : le 25 mai 1810, ils imposent une junte qu'ils dominent. Malgré la reconnaissance théorique de Ferdinand VII, il s'agit d'une indépendance de fait. Mais durant cinq ans (1810-1815), la guerre civile entre loyalistes et patriotes fait rage. Des armées de Buenos Aires sont envoyées dans les provinces pour étendre la révolution. Elles sont rejetées du haut Pérou, loyaliste, et du Paraguay, autonome, en 1811, mais réussissent à Montevideo en 1814.

2.2. José de San Martín et Manuel Belgrano

Le Río de la Plata – seul dans toute l'Amérique espagnole – échappe à la victoire des loyalistes et à la reconquête espagnole. Des missions argentines sont envoyées en Europe pour obtenir de Ferdinand VII l'indépendance sous un roi espagnol.

Mais devant l'échec de ces démarches, le 9 juillet 1816, le Congrès de Tucumán proclame l'indépendance des Provinces-Unies du Río de la Plata, suivant le conseil de José de San Martín et de Manuel Belgrano. Tandis que San Martín, avec des troupes argentines, donne l'indépendance au Chili (1817-1818) et au Pérou (1820-1821), le Congrès argentin, dominé par l'oligarchie créole de Buenos Aires, adopte une Constitution unitaire et centraliste le 22 avril 1819. Les provinces, qui craignent la domination politique et économique de Buenos Aires, se révoltent.

3. Unitaires et fédéralistes (1820-1880)

En l'absence d’institutions et de gouvernement national, l’anarchie règne, chaque province étant gouvernée par son caudillo, chef militaire étroitement lié aux oligarchies terriennes et s’appuyant en temps de guerre sur ses milices paysannes encadrées par les gauchos.

L’opposition complexe et mouvante entre « unitaires » et « fédéralistes » – qui naît dans le sillage de l'indépendance et dégénère en guerre civile à plusieurs reprises – reflète en partie la division d’ordre économique entre Buenos Aires – ouverte au commerce international dominé surtout par les négociants britanniques et leurs partenaires argentins, et gérant ses recettes douanières ainsi que l’activité commerciale de son port à son seul profit – et les provinces de l’intérieur, aux économies encore refermées sur elles-mêmes et soumises à la concurrence des produits anglais.

En 1826, Bernardino Rivadavia, l’un des artisans de la conversion du pays au libre-échange, est désigné comme chef d’un premier pouvoir exécutif national et arrête un moment le processus de désagrégation politique, promulguant une Constitution fédérale, mais trop unitaire encore pour les caudillos provinciaux, qui le renversent en 1827.

3.1. La dictature de Juan Manuel de Rosas

Deux ans plus tard, Juan Manuel de Rosas, riche éleveur de la province de Buenos Aires, s'y impose comme gouverneur et prend de facto la direction nationale des affaires. Favorisant avant tout l’oligarchie terrienne dont il est issu – les exportateurs de viande bovine et de cuir notamment – en facilitant l’extension de la propriété latifundiaire, il satisfait partiellement les intérêts des autres provinces en appliquant une politique plus protectionniste (loi douanière de 1835) tendant à protéger les activités industrielles et artisanales naissantes de l’intérieur et en maintenant au nom du fédéralisme l’absence de pouvoir central. L’élaboration d’une nouvelle Constitution est ainsi reportée mais Rosas se montre finalement plus « unitaire » que ses adversaires, en imposant une dictature de fer à tout le pays tout en préservant les prérogatives de Buenos Aires.

Les conflits entre cette dernière et les provinces – dont certaines exigent entre autres la liberté de navigation sur les fleuves — ne tardent pas à réapparaître : en 1852, Rosas est renversé par l’un de ses anciens alliés, Justo José de Urquiza, gouverneur et éleveur de la prospère province de Entre Rios (capitale : Paraná), allié au Brésil.

3.2. Buenos Aires, capitale fédérale de l'Argentine

La Constitution, enfin promulguée (1853), divise le pays entre la Confédération réunissant les provinces (avec Paraná pour capitale), et Buenos Aires qui, opposée à la nationalisation des rentes douanières, fait sécession. Un premier compromis est atteint avec le pacte de San José de Flores (1859) et la révision du texte constitutionnel (1860). L'année suivante cependant, Bartolomé Mitre, élu gouverneur de Buenos Aires en 1860, l’emporte à son tour à la suite de la bataille de Pavón (septembre 1861). La province sécessionniste est réintégrée et ses dirigeants acceptent de partager un pourcentage de ses revenus pendant cinq ans.

Sous les présidences de Bartolomé Mitre (1862-1868), de Domingo Faustino Sarmiento (1868-1874), de Nicolàs Avellaneda (1874-1880), l’oligarchie de Buenos Aires de la terre et du négoce, s’impose comme le noyau hégémonique de la classe dirigeante argentine. En 1880, la ville, séparée de sa province (capitale : La Plata), devient finalement la capitale fédérale de la République. Le conflit entre unitaires et fédéralistes s'achève ainsi par un compromis, les précieuses et litigieuses recettes douanières, fédéralisées, devenant la principale ressource du nouvel État.

3.3. Les bases de l'Argentine moderne

La renaissance économique, qui s'amorce en 1853, établit les bases de l'Argentine moderne : expansion de l’élevage ovin et de l’exportation de laine, introduction du fil barbelé, début de la construction des chemins de fer, etc. Les derniers Indiens encore insoumis de la Pampa et de la Patagonie (Mapuche et Tehuelche) sont défaits, déplacés ou éliminés par des campagnes militaires (1876-1879). Le modèle de développement « agro-exportateur » est mis en place dès ces années fondatrices, tandis que la Constitution de 1853 prévoit explicitement l’incitation à l’immigration européenne.

4. La prospérité (1880-1930)

4.1. L'oligarchie des propriétaires fonciers (1886-1916)

De 1880 à 1916, l'oligarchie des propriétaires fonciers et des exportateurs accapare la vie politique sous les présidences de Julio Roca (1880-1886 et 1898-1904), Juárez Celman (1886-1890), L. Sáenz Peña (1892-1895) et R. Sáenz Peña (1910-1914).

Désormais, l'immigration de masse, notamment en provenance d’Italie, s’accélère avec près de 3 millions d’étrangers jusqu’à la Première Guerre mondiale (sur environ 8 millions d’habitants en 1914). Les campagnes contre les Indiens ont ouvert la Pampa et le Sud à la colonisation, mais celle-ci se fait au profit de la grande propriété (en 1914, 78 % des terres sont dans des propriétés de plus de 1 000 ha).

Mais, en 1891, Leandro Alem fonde l'Union civique radicale (UCR) qui rassemble les masses populaires urbaines autour d'un programme démocratique. C'est une année de crise économique et politique. Juárez Celman doit se retirer devant la révolte radicale.

En 1912, la loi Sáenz Peña introduit le suffrage universel, secret et obligatoire ; les femmes et les étrangers (alors très nombreux) restant privés du droit de vote, le corps électoral passe alors de 9 à environ 20 % de la population.

4.2. Le radicalisme au pouvoir (1916-1930)

Hipólito Yrigoyen, radical, accède au pouvoir en 1916 grâce au suffrage universel, mettant fin au gouvernement de l'oligarchie et permettant une importante démocratisation. Il fait adopter une législation sociale et proclamer le droit à l'instruction, mais sans toucher aux structures agraires.

En 1918, à Córdoba naît le mouvement de la réforme universitaire qui, partant de l'autonomie universitaire, aboutit à faire de l'Université le moteur du changement social. Cependant, des grèves ouvrières dirigées par des anarcho-syndicalistes et des grèves de péons (ouvriers agricoles indiens), conséquence de la crise économique de 1919, sont durement réprimées

Sous la présidence de Marcelo Torcuato de Alvear (1922-1928), radical hostile à Yrigoyen, le radicalisme devient plus conciliant à l'égard de l'oligarchie. Si bien que, de 1928 à 1930, Yrigoyen gouverne à nouveau après avoir été élu par un véritable plébiscite ; mais son incapacité à faire face à la crise économique et l'usure du pouvoir contribuent à discréditer son gouvernement. L'armée, dont c'est la première intervention depuis 1861, le renverse en 1930. Les militaires vont s'efforcer de restaurer l'ordre traditionnel.

5. La décennie infâme (1930-1943)

Les militaires vont s'efforcer de restaurer l'ordre traditionnel : baptisées par la suite « décennie infâme », les années 1930 sont marquées par de profonds changements économiques et sociaux, alors que le régime politique entre dans une phase d’instabilité oscillant entre autoritarisme et clientélisme.

Sous les gouvernements d'Uriburu (1930-1932), de Justo (1932-1938), d'Ortiz (1938-1940) et de Castillo (1940-1943), l'Argentine essaie de faire face à la crise économique par l'élevage extensif et par la création d'organismes chargés de limiter la production et de maintenir les cours. L'exode rural amène un million de personnes vers les villes. Des industries de substitution d'importations se multiplient autour de Rosario et de Buenos Aires et une nouvelle classe ouvrière se constitue, organisée par la Confédération générale du travail (CGT) fondée en 1930 par des socialistes et des syndicalistes révolutionnaires.

En 1943, la politique du gouvernement argentin, qui veut faire participer le pays à la guerre du côté des Alliés, provoque la prise de pouvoir par un groupe d'officiers nationalistes dirigé par le général Rawson. Le colonel Juan Domingo Perón, à la tête du ministère du Travail, prend peu à peu le contrôle des syndicats.

Pour en savoir plus, voir l'article Argentine : vie politique depuis 1945.