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océan Arctique

Banquise
Banquise

Ensemble des mers situées dans la partie boréale du globe, limité par les côtes septentrionales de l'Asie, de l'Amérique et de l'Europe et par le cercle polaire arctique. Il se compose du bassin arctique et de mers annexes. L'ensemble formé par l'océan Arctique et la région continentale et insulaire (terres arctiques) située à l'intérieur du cercle polaire arctique constitue l'Arctique.

Le plus petit océan de la terre, élargissement de l'Atlantique, est une mer continentale aux limites clairement définies ; les pointes septentrionales de l'Atlantique et du Pacifique en constituent les annexes. Jadis isolé par le froid et les glaces, aujourd'hui parcouru par les avions, bordé de ports et de lignes maritimes, l'océan Arctique présente un intérêt tant économique que stratégique.

L'océan est dans un isolement relatif, plus marqué du côté pacifique (seuils insulaires des Aléoutiennes et des Kouriles ; détroit de Béring) que du côté atlantique (seuils entre le Groenland, l'Islande et les Féroé ; passage Groenland-Spitzberg). Les conséquences hydrologiques sont importantes : la dérive nord-pacifique se résout en tourbillons pour pénétrer dans le golfe d'Alaska et la mer de Béring ; le flux d'origine pacifique ne représente que 20 % de l'eau arctique. La dérive nord-atlantique s'engage plus aisément le long des côtes d'Eurasie et transmet son impulsion à l'ensemble du bassin. L'onde de marée est d'amplitude faible ; les courants qu'elle engendre sont modérés, sauf entre les îles

1. Un océan froid

1.1. Le bassin polaire

Les plates-formes continentales

Des plates-formes continentales, démesurées et monotones, occupent plus du tiers de la superficie de l'océan Arctique. La plus étendue se situe au nord de la Sibérie, où la mer des Tchouktches communique avec le plateau de la mer de Béring par un détroit peu profond (38 m). Les mers de Kara, des Laptev, de Sibérie orientale, des Tchouktches ont des fonds monotones, modelés par des processus fluvio-deltaïques, glaciels et, localement, glaciaires. Sur les côtes basses et marécageuses se succèdent les estuaires profonds (Ob, Ienisseï) et les larges deltas (Lena, Mackenzie). La plate-forme est plus étroite, plus accidentée, creusée de dépressions profondes en bordure des socles anciens et fracturés de l'archipel canadien, du Groenland et de la Scandinavie. Les rivages à falaises sont bordés de jardins d'écueils et profondément découpés par des fjords. La plate-forme nord-européenne présente un relief aussi accusé ; elle est semée d'îles ou creusée d'auges burinant profondément le sommet de la pente (fosses Voronina, Sviataïa Anna). Les îles de l'archipel canadien sont isolées par des chenaux, surcreusés par les glaciers à plus de 500 m (800 m dans le détroit de McClure). Dans l'ensemble, la topographie monotone s'explique par la régularité des structures (enfouissement des boucliers sous une épaisse couverture sédimentaire), la présence d'aplanissements (parages du détroit de Béring) et l'extension d'un manteau sédimentaire quaternaire enrichi par des apports glaciaires (moraines) ou deltaïques.

Le détroit de Béring a joué un rôle biogéographique notable : ouvert au Pliocène, il fut une voie de passage des faunes vers l'Atlantique ; mais, privé de son importance par un soulèvement survenu au milieu du Quaternaire, et donc asséché à diverses reprises (abaissement maximum de la mer : 140 m), il fut un pont continental assurant la libre circulation des espèces terrestres et des vagues de peuplement vers l'Amérique (Indiens, puis Esquimaux et Aléoutes il y a respectivement 27 000 et 10 000 ans).

Au-delà de la pente continentale, d'origine tectonique, les fonds marins comprennent des seuils et des bassins

des seuils

Ces ponts, jetés entre l'Asie et l'Amérique, forment les chaînes transarctiques : la chaîne Mendeleïev (ou Alpha, ou Fletcher, à proximité du Canada) entre 3 700 et 1 400 m (point culminant), montagne aséismique ; la chaîne Lomonossov, peu accidentée, parfois plate (sommet à 730 m), reste d'un fragment continental effondré ; elles sont séparées par la cuvette Makarov, dont les parties les plus plates, plaines de Sibérie (3 946 m) et de Wrangel (2 825 m), sont reliées par la passe d'Arlis, qui semble avoir été empruntée par les sédiments venus de la plate-forme sibérienne, ont contribué au remblaiement de la cuvette.

Des arcs insulaires (Aléoutiennes, Kouriles) sont produits par le plongement de la plaque pacifique sous les mers de Béring et d'Okhotsk.

des bassins

Le bassin prépacifique est morcelé par des protubérances à flancs raides et sommets plats (plateau de Beaufort, cap Tchouktche), qui tendent à isoler la cuvette canadienne (3 900 m) des cuvettes des Tchouktches et de Beaufort, lesquelles communiquent par des couloirs comme la passe Charlie ; la mer de Béring (4 420 m) lui est associée ; le bassin préatlantique est plus profond (la moitié supérieure à 4 000 m) et partagé en deux bassins occupés par d'étroites plaines abyssales (dites « du Fram », ou « eurasiatique » et « de Nansen »), qui sont séparées par une zone de reliefs heurtés, des crêtes et des pics aigus, creusés de dépressions comme celles du Fram (5 335 m), du Fedor Litke (5 449 m) et du Lena (plus de 3 000 m) ; cette dernière met en relation les bassins polaire et groenlandais, et joue un rôle hydrologique considérable. Leur soubassement basaltique est recouvert par plus de 1 000 m de sédiments terrigènes formant des plaines abyssales exiguës, bordées de plateaux marginaux et entaillées de grandes vallées sous-marines.

Ces montagnes sous-marines, soulignées par un groupement d'épicentres séismiques, sont parfois considérées comme les jalons d'une dorsale (de Gakkel, puis de Nansen plus au sud) qui serait le prolongement de la dorsale médio-atlantique. Une telle continuité n'est pas encore établie, mais il est certain que le bassin préatlantique possède une croûte de type océanique, à la différence des régions situées au-delà de la chaîne Lomonossov, qui est considérée comme la limite structurale d'un domaine stable au soubassement proche des boucliers précambriens. Le bassin prépacifique résulterait de l'affaissement d'une ancienne aire continentale, accompagné de l'accumulation d'une puissante série sédimentaire (12 km sous le cap Tchouktche) et d'une fracturation responsable de vastes épanchements volcaniques (chaîne Mendeleïev).

1.2. Le milieu arctique

Pour les mêmes raisons qu'au pôle Sud, l'apport calorique est limité ; toutefois, le froid n'y a pas la même rigueur, grâce au jeu de facteurs variés.

L'océan Arctique est largement et profondément ouvert sur l'Atlantique

L'océan est caractérisé par une zonation et un étagement des masses d'eau.

L'océan Arctique est largement et profondément ouvert sur l'Atlantique, qui lui transmet sa chaleur par l'intermédiaire des courants tempérés norvégien et mourman, déportés jusqu'aux parages du Spitzberg et de l'archipel de la Novaïa Zemlia (Nouvelle-Zemble). Pour des raisons topographiques, l'eau qui franchit le détroit de Béring est réduite à une couche mince et peu salée. La pénétration des eaux atlantiques a une double conséquence.

En surface, le contact avec les eaux polaires s'exprime sous la forme d'un front hydrologique net mais sinueux, comme entre l'Islande et le Spitzberg. Les eaux plus chaudes que l'air contribuent à la formation d'une zone dépressionnaire permanente mais mobile, où l'affrontement entre les masses d'air arctique et polaire donne naissance à des perturbations cycloniques qui transitent vers le nord-est, y apportant pluie, tempête et neige.

En profondeur, les eaux atlantiques plus salées, donc plus denses, plongent sous les eaux arctiques et pénètrent dans le bassin sous une double forme : à mi-profondeur (maximum : 1 000 m), une couche moyenne salée (35 ‰) et relativement chaude (entre 0 et 1 °C) longe le précontinent asiatique, puis, appauvrie en sels et oxygène, atteint le bassin prépacifique, où elle est animée d'un double tourbillon dont la branche la plus importante aboutit à la fosse du Lena, par laquelle elle passe en mer du Groenland ; une couche profonde, moyennement salée, un peu plus froide (– 0,3 °C à 3 000 m), formée en mer de Norvège, est par contre bloquée dans sa progression par la chaîne Lomonossov, qui n'est franchie qu'épisodiquement : aussi les eaux du fond du bassin prépacifique sont-elles un peu plus chaudes et empreintes d'un endémisme plus marqué qu'ailleurs, signes d'un confinement relatif.

La banquise

L'océan Arctique possède une importante couverture de glaces dont la formation est favorisée par la faible salinité des eaux superficielles.

La banquise (au rôle climatique important par son extension) n'a pas sur les masses d'air un pouvoir réfrigérant aussi grand que l'inlandsis antarctique : elle réfléchit seulement 61 % de la chaleur reçue. L'extension de la glace de mer est remarquable à cause des conditions favorables rencontrées, c'est-à-dire grâce à la présence d'une couche d'eau superficielle sensible à la congélation pour deux raisons : sa faible salinité (32 à 33 ‰ dans le centre, mais moins de 20 sur les bordures), qui résulte de l'afflux d'eau pacifique (46 %) et du débit des grands fleuves (50 %) ; sa stabilité verticale, puisqu'elle est séparée de la couche moyenne sous-jacente par une halocline qui interdit tout mouvement de descente à plus de 30 m.

L'atmosphère

Enfin, l'atmosphère n'a pas la luminosité de l'Antarctique, car elle est fréquemment enrichie en nuages et brouillards.

Au cours de la nuit polaire, un axe de hautes pressions réunit les anticyclones de rayonnement de Sibérie et du Canada : si le refroidissement est intense sur les continents, la chaleur extraite de l'océan se trouve retenue sous le couvert nuageux, où l'atmosphère se refroidit lentement. En été, les dépressions parviennent à se glisser jusqu'au pôle, où les hautes pressions se morcellent ; mais l'air humide (pluies et brouillards) ne bénéficie que partiellement de l'illumination continue. En conséquence, si les étés arctiques ont une fraîcheur océanique, le froid hivernal n'est pas excessif. Ce fait est illustré par la relative limitation des phénomènes glaciaires, exprimée par la faible importance des inlandsis (en dehors du Groenland), la rareté des icebergs et la minceur de la banquise. Au total, le milieu arctique est beaucoup moins inhumain que celui de l'Antarctique.

Ces considérations amènent à dresser un triple bilan, de l'eau, de la chaleur et de la glace.

bilan de l'eau

L'Arctique a un régime équilibré, puisqu'il en reçoit autant qu'il en perd. Dans ce régime, l'Atlantique intervient pour une grande part : s'il fournit 60 % d'eau, il en accueille près des deux tiers, sortant par le courant est-groenlandais, considéré comme l'émissaire de l'Arctique.

bilan de la chaleur

La déperdition (90 % par la banquise, sous la forme d'émission à grande longueur d'onde) est contrebalancée par un apport atmosphérique (pour un tiers) et surtout océanique. Donc, si la banquise n'existait pas, le refroidissement serait moins fort, d'autant que l'ennuagement devenu permanent diminuerait le rayonnement. Elle est l'élément déterminant de l'équilibre climatique régional.

bilan de la glace

Des bilans de masse dressés, il ressort que la banquise polaire a ses pertes annuelles compensées par une reconstitution lente mais régulière, surtout active dans le bassin prépacifique. Cette estimation demeure vraie pour une plus longue période. En dépit de l'intensification de la circulation cyclonique vers le pôle et du léger accroissement de température de l'eau atlantique affluente, observés depuis plusieurs décennies, la banquise ne régresse point. En effet, la portée de tels phénomènes se trouve largement restreinte par un refroidissement compensatoire de l'eau de surface. En outre, l'émiettement de la banquise qui en résulterait aurait pour conséquences une déperdition thermique accrue au contact de l'air et une reconstitution de la glace de mer. Les facteurs qui tendent à la destruction de la banquise créent les conditions de sa survie. Cependant, lors des glaciations pléistocènes, le tarissement des afflux fluviatile et pacifique (émersion du détroit de Béring) entraîna l'établissement d'une structure isohaline favorable à un brassage convectif contraire à la prise en glace. Mais on ignore encore l'amplitude de telles oscillations qui sont mises en évidence par l'étude des carottages.

2. Les régions arctiques

2.1. La marge littorale

C'est un domaine original où la mer se dénature en se dessalant, et où la limite terre-mer devient indistincte sous le tapis saisonnièrement alterné de la glace et de l'eau. Le climat très perturbé est caractérisé par l'abondance des précipitations estivales, la fréquence des tempêtes et la brutalité des sautes de température.

Les côtes

Les côtes offrent des aspects variés selon les saisons. En hiver, elles sont ourlées par une banquette côtière, amas compliqué de glace alimenté par les embruns, par le flot ou le tassement des congères. En été prédomine un paysage fluctuant de boue, d'eau et de glaçons. Les côtes rocheuses sont rares (fjords abandonnés par les glaciers, sauf au Groenland). Partout ailleurs prédominent les côtes basses, où les traces du modelé glaciaire pléistocène (alignement de moraines, dépôts de plages), déformées par le lent relèvement isostatique, sont retouchées par l'action des glaces (de mer notamment, sous la poussée desquelles les berges se plissent en cordons) et du puissant alluvionnement fluviatile. La boue, les glaces et les troncs d'arbre viennent s'accumuler en aval de plaines maritimes démesurées, faites de levées et de lagunes multiples, que les baleines blanches viennent visiter en été. Sur les immensités semi-aquatiques des deltas et estuaires, une abondante faune se réfugie, comme les phoques.

Les plates-formes flottantes

Les plates-formes flottantes sont rares (côtes nord de l'île d'Ellesmere et du Groenland) : la plus étendue, dite « Ward Hunt », n'a que 1 500 km2. Leur surface est ornée d'ondulations parallèles ; en aval, une ablation puissante détache de la falaise des icebergs et des îles de glace. Toutes les plates-formes (comme la Ward Hunt, qui perdit 600 km2 d'août 1961 à avril 1962) ont un bilan de masse négatif et sont des formes reliques datant du Pléistocène.

La banquise côtière

La banquise côtière est un mince dallage de glace (1 à 2 m), formé dès l'automne aux dépens d'une eau littorale dont la salinité descend fréquemment au-dessous de 25 ‰. La banquise, qui va depuis la banquette côtière jusqu'au-dessus des fonds inférieurs à 20 m, bloque les fjords groenlandais et une partie de l'archipel canadien et de la plate-forme sibérienne (500 km de large en mer de Laptev). Elle est fixe, car ancrée sur les îles et les stamoukhi (hummocks échoués). La surface, remarquablement lisse, peut être surmontée d'icebergs, venus s'y faire prendre au piège comme sur les côtes du Groenland ; de plus, sous l'effet de la marée, qui lui communique son oscillation, elle est affectée de crevasses (comme la crevasse dite « de marée », au contact de la banquette côtière) ou de trous, grâce auxquels Esquimaux et Aléoutes chassent le phoque et le morse. Au plein de l'été, elle disparaît (sauf en quelques fjords de la côte ouest du Groenland) avec le réchauffement des eaux côtières et la fusion des neiges et des glaces continentales : l'eau des flaques s'y infiltre, regèle et accroît le démantèlement de la banquise. La dérive littorale, les courants de vent et de marée (ils dépassent 10 km/h en certains passages de la mer de Kara) en entraînent alors les miettes, escortées d'apports fluviatiles variés et d'icebergs libérés mais traîtreusement cachés par des brouillards rendus persistants par l'intensité de l'évaporation. La turbidité est alors d'autant plus élevée que l'apport continental suscite une floraison planctonique (c'est la période d'une active pêche côtière à l'aide des kayaks ou des chalutiers) et que la force des houles entretient une constante remise en suspension des sédiments. C'est dans ces régions réputées pour la sévérité des conditions nautiques que, en dépit de la brièveté de la période navigable, on a tenté de forcer les passages dits « du Nord-Ouest » et « du Nord-Est » : les Soviétiques parvinrent à y établir la « Route maritime du Nord » grâce à une organisation technique et scientifique exemplaire.

2.2. La banquise dérivante (ou pack)

Les eaux comprises entre les banquises côtière et permanente sont couvertes par des glaces partiellement allogènes, formées en hiver de glaçons ayant survécu à la fusion et ressoudés par de la glace jeune. En été, le pack se fragmente en vastes champs de glaces, aux limites invisibles sur l'horizon, et en floes, radeaux longs de 1 à 10 km. Ils disparaissent presque totalement par fusion ou dérive.

Le pack eurasiatique et alaskien

Le pack eurasiatique et alaskien intéresse des régions de plates-formes où les courants de marée sont forts, et la dérive rendue complexe par l'intervention de circuits locaux moulés aux découpures des côtes. Les dépressions cycloniques, qui font se succéder effluves océaniques et souffles d'air glacé, agissent sur le déplacement et la densité d'un pack, dont l'extension varie d'une année à l'autre dans des proportions considérables, mais qui se trouve par contre cantonné à des latitudes très hautes (dans l'Atlantique du Nord-Est, le front hydrologique pénètre très fortement et libère de glaces la mer de Barents pendant la plus grande partie de l'année). Aussi les glaces flottantes vite fondues sont-elles rares en dehors de quelques icebergs (hauts de quelques mètres au plus) venus du Spitzberg ou de la terre François-Joseph. Pareillement, en mer de Béring orientale, la banquise ne dépasse pas la pointe de la presqu'île aléoute, et le retour des vents tièdes de sud-ouest libère les îles Pribilof dès mai, et le détroit de Béring en juin.

Le pack américain et est-asiatique

Le pack américain et est-asiatique, moins large mais plus dense, est exporté loin vers le sud grâce à des courants généraux peu perturbés par un précontinent étroit et plus profond. Le plus spectaculaire de ces courants de décharge est celui de l'est du Groenland, dont les eaux froides charrient des floes et des icebergs jusqu'à la hauteur de l'Islande à une vitesse variant de 0,1-0,4 (sur la plate-forme) à 0,7-1 km/h (sur les grands fonds). Au sud du cap Brewster, sous l'effet du courant d'Irminger, le pack s'effile, contourne la pointe du Groenland, puis remonte en baie de Baffin à une vitesse assez grande. Il en ressort par l'intermédiaire du courant du Labrador, qui draine des morceaux de pack arctique ayant franchi l'archipel canadien, et des icebergs qui vont porter leur menace saisonnière jusqu'aux abords de Terre-Neuve. Sur la côte pacifique de l'Asie, où le pack est autochtone et non alimenté par un émissaire arctique, la dérive atteint seulement Sakhaline, mais est cependant précédée par l'imposante escorte des glaces flottantes. Si les courants des marges occidentales des océans sont de grands transporteurs d'icebergs, il convient de souligner que ceux-ci ne représentent que le soixantième du volume du pack (cas de la mer du Labrador), et sont donc des phénomènes très localisés, qui n'ont pas l'importance de l'Antarctique.

Sur les eaux estivales dégagées de glaces, les perturbations atmosphériques provoquent un brassage actif des eaux de surface, qui s'accompagne d'un enrichissement en produits nutritifs alimentant un plancton presque exclusivement végétal (diatomées surtout), dont la prolifération grandit au fur et à mesure de la fusion de la banquise. Il est à l'origine d'une chaîne alimentaire de mollusques, crustacés et surtout de poissons (morue, haddock, flétan, hareng, saumon) et de mammifères marins (baleines, phoques), qui migrent vers le nord avec le retrait des glaces. Baleines et phoques, jadis abondants car protégés par la barrière du froid et des glaces, ont été pourchassés à outrance, et semblent, surtout pour la baleine franche boréale (Balœna mysticetus), en voie d'extinction.

2.3. La banquise permanente (ou pack)

La banquise permanente couvre la plus grande partie d'une vaste calotte (5 millions de kilomètres carrés) légèrement excentrée vers l'Amérique. Elle correspond aux régions les plus froides (moyennes d'été inférieures à 0 °C) et aux précipitations très médiocres : en hiver, les dépressions passent sur une banquise sans évaporation, où parviennent des vents continentaux secs ; en été, l'air plus humide ne peut être affecté d'aucune ascendance, car il est stabilisé à la base par refroidissement. La neige, peu abondante mais faite de petites aiguilles cinglantes, reste sans cohérence sur le sol, où les vents la modèlent en congères : en hiver, les rafales, qui ne dépassent que rarement 50 km/h, n'ont pas la violence des blizzards antarctiques ; en été, saison des calmes, la faiblesse et la variabilité des vents ne parviennent pas à chasser des brouillards épais de 100 à 200 m. Cette banquise (ou pack), qui ne peut fondre que partiellement, est donc formée d'une glace vieille de plusieurs années, épaisse de 2 à 3 m (en été) et de 3 à 4 m (en hiver). La perte superficielle (surtout par fusion) étant bien supérieure à l'apport neigeux, le pack connaît un renouvellement lent, à la manière d'un glacier continental : en été, par regel de l'eau de fusion infiltrée par les ouvertures ; en hiver par accrétion basale aux dépens de l'eau de mer superficielle.

À cette masse autochtone viennent se joindre des lambeaux de pack et des îles de glace comme celles que l'aviation américaine découvrit en 1946 en plein cœur du pack. Le déplacement de ces intrus, comme des bases scientifiques installées sur la banquise par les Soviétiques et les Américains, et des bateaux pris accidentellement (Jeannette) ou volontairement dans les glaces (Fram, Sedov) ont permis de comprendre le mouvement de rotation cyclonique de la banquise (à une vitesse variant entre 1 et 2 km par jour), mue par la dérive des eaux portantes, compliquée par des composantes de vents.

À cause de son âge, le pack est fait d'une glace solide, affectée cependant de fêlures provoquées par les mouvements différentiels de la dérive : elles sont rares au pôle, où la surface demeure plate, mais très fréquentes sur les bordures, où les collisions et les compressions aux fracas épouvantables engendrent un relief chaotique de crêtes et de murailles (hummocks ou toross), coupées de crevasses où les pionniers de la pénétration vers le pôle connurent un affreux calvaire. Les accumulations de glace les plus importantes sont situées au nord des îles, qui sont de véritables piliers sur lesquels elles viennent se bloquer. C'est dans ces régions que les ouvertures qui aèrent le pack (polynies ou leads) sont le plus étendues et le plus durables.

2.4. L'étude de la banquise

Aujourd’hui, l’Arctique fait l’objet, comme l’Antarctique, d’une surveillance attentive par les scientifiques, car les régions polaires jouent un rôle fondamental dans le système climatique mondial. L’eau stockée dans leurs énormes réserves de glace a des incidences considérables pour la planète entière. En raison de ses interactions avec l’océan et l’atmosphère, la banquise est très sensible aux changements climatiques ; le suivi de son état et de son évolution constitue donc un indicateur très précieux pour les prévisions des climatologues.

La fonte de la banquise en été

Depuis les années 1970, des satellites permettent d’observer et de contrôler l’étendue de la banquise et le volume des calottes glaciaires. D’année en année, la fonte de la banquise s’amplifie et son étendue, en été, ne cesse de se réduire. Alors que son étendue minimale était voisine de 6,5 millions de kilomètres carrés entre 1979 et 2000, elle a atteint, en 2012, le minimum record de 3,4 millions de kilomètres carrés, contre 4,2 millions de kilomètres carrés en 2007 et 4,52 millions de kilomètres carrés en 2008.

Ce recul spectaculaire de la banquise arctique, plus rapide que ne le prévoyaient les simulations climatiques, a été constaté aussi par la mission Tara-Damocles, dans le cadre de l’Année polaire internationale. Partie de Lorient en juillet 2006, la goélette Tara a dérivé dans les glaces arctiques pendant 507 jours, du 3 septembre 2006 au 21 janvier 2008, en parcourant plus de 5 000 kilomètres. La mission a permis d’observer non seulement le retrait de la banquise mais aussi d’autres phénomènes qui affectent celle-ci. La glace, en devenant plus fine, est devenue plus mobile et est donc entraînée plus facilement par les vents. Le bateau a ainsi été entraîné à une vitesse deux à trois plus rapide que ce qui avait été prévu. Alors qu’il devait dériver pendant deux ans, il est sorti de l’océan Arctique avec huit mois d’avance. Une autre constatation pu être établie : en vingt ans, l’épaisseur moyenne de la banquise a diminué de moitié, passant de 3 m à 1,5 m. Enfin, l’âge de la glace a diminué notablement, avec un recul très marqué des glaces pérennes.

3. Une région convoitée

Conquête du pôle Nord : Pour en savoir plus, voir l'article Arctique

L'importance stratégique de l'océan Arctique est apparue au cours de la Seconde Guerre mondiale et n'a cessé de croître avec le développement de l'aviation, des missiles et de la propulsion nucléaire sous-marine. L'analyse géopolitique de cette région doit tenir compte de caractéristiques très particulières : l'Arctique porte un océan fermé, autour duquel cinq États se font face, dont les deux plus grandes puissances militaires : la Russie (qui occupe près de la moitié de la surface terrestre arctique), les États-Unis, le Canada, le Danemark (Groenland) et la Norvège.

3.1. L'océan Arctique pendant la seconde Guerre mondiale

De 1941 à 1945, la route maritime du Nord allant d'Islande ou d'Écosse jusqu'à Mourmansk et à Arkhangelsk, en contournant le cap Nord, fut utilisée par les Anglo-Saxons pour venir en aide à l'U.R.S.S. Les convois subirent, surtout en 1942, de lourdes pertes du fait de la marine et de l'aviation allemandes basées en Norvège. Au total, 775 navires alliés (dont 78 furent coulés) transportèrent par la route de l'Arctique 4 300 000 t de matériel de guerre (sur les 17 millions de tonnes fournies au total par les Alliés).

3.2. Les « routes » arctiques

Les chenaux qui parcourent l'archipel du Grand Nord canadien constituent la voie de passage la plus courte entre le Pacifique et l'Atlantique. Mais la principale route navigable, le passage du Nord-Ouest, emprunte une voie entre les archipels canadiens et le continent américain. Côté russe, la route maritime du Nord-Est permet de relier Vladivostok à Mourmansk par le détroit, étroit et peu profond, de Béring, le seul passage entre l'Arctique et le Pacifique. Ces routes ne sont pourtant pas praticables en permanence : l'océan Arctique est en effet pris par les glaces pendant la majeure partie de l'année. En hiver, la banquise s'étend jusqu'aux terres continentales, et seule une partie des mers de Barents et de Kara ainsi qu'un étroit liseré côtier restent libres de glace.

Les puissants brise-glace permettent alors de naviguer dans cette zone. Russes et Américains se sont, en particulier, équipés de bâtiments à propulsion nucléaire (en 1977, le brise-glace soviétique Arctika parvenait jusqu'au Pôle), alors que les autres États qui disposent de droits territoriaux dans la zone arctique (ni la Suède ni la Finlande ne possèdent de débouchés maritimes sur l'Arctique) n'en sont pas dotés.

3.3. La route maritime du Nord-Est

La route maritime du Nord-Est joue un rôle économique majeur dans l'espace sibérien, qui se voit ainsi relié au Pacifique et à l'Europe. Elle est empruntée par des navires de minerais ou de gaz. Son influence pourrait grandir : pour relier les grands centres portuaires de l'Europe du Nord (notamment Rotterdam et Hambourg) aux grands centres économiques de l'est de l'Asie, chinois (Shanghai), japonais (Tokyo) et coréens (Pusan), elle pourrait devenir une route maritime concurrente de la route qui passe par le canal de Suez et traverse l'océan Indien, d'autant que de nombreux armateurs abandonnent le canal de Suez pour contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Cet itinéraire par l'océan Arctique permet de gagner un tiers de distance par rapport au trajet par le canal de Suez, d'où un temps de transport plus court (20 jours contre 30 jours par le canal de Suez). Cependant, plusieurs éléments réfrènent l'utilisation de cette route maritime du Nord-Est : l'incertitude quant aux nombre de jours où elle serait utilisable dans une année, la vitesse réduite, l'obligation de renforcer les coques et un passage délicat entre la mer de Kara et la mer des Laptev, au sud de la Severnaïa Zemlia (Terre du Nord), par le détroit de Sannikov, qui limite la capacité des navires à 4 000 EVP.

3.4. Les revendications territoriales

La situation géopolitique de l'Arctique est rendue complexe par l'association des facteurs d'ordre à la fois politique, juridique, commercial et militaire. Le Canada et la Russie considèrent, par exemple, que leurs territoires respectifs se prolongent du continent au Pôle, englobant ainsi la plus grande partie du bassin arctique. Les autorités canadiennes se fondent sur la juridiction exclusive qu'elles exercent sur les îles arctiques situées au nord du 60e parallèle et sur leurs plateaux continentaux. Cette position soulève de nombreuses difficultés : d'une part, la limite même de ce plateau est sujette à discussion et, d'autre part, cette prétention territoriale aurait pour conséquence d'attribuer au Canada les ressources, qui restent à découvrir, de la région. Les États-Unis ne reconnaissent pas les thèses russes et canadiennes : ils ne disposeraient alors que d'un petit territoire au nord de l'Alaska. Contrairement au Canada, les États-Unis soutiennent, en outre, que le passage du Nord-Ouest doit demeurer voie internationale. En janvier 1988, un accord américano-canadien stipulait que Washington, tout en refusant de reconnaître la souveraineté canadienne sur ces eaux, acceptait de soumettre la circulation de ses brise-glace au consentement préalable des autorités d'Ottawa. De son côté, le gouvernement russe justifie ses prétentions par un décret de 1926 (pris à la suite du débarquement par l'Arctique, en 1918, de troupes en guerre contre les bolcheviks) qui étend sa souveraineté jusqu'au pôle Nord. Les Russes affirment, en outre, que les surfaces de banquises permanentes doivent être considérées comme terres fermes (malgré l'exploit de l'Arctika), ce qui leur permet d'inclure la voie maritime du Nord dans les eaux soumises à leur juridiction. La Russie est, par ailleurs, en désaccord avec la Norvège à propos de la délimitation de leur frontière maritime, les deux États revendiquant l'archipel de Svalbard, situé dans la mer de Barents. Si, dans tous les autres océans, les contentieux en matière de souveraineté portent sur l'espace compris au-dessus des plateaux continentaux, l'océan Arctique fait l'objet de discussions sur l'ensemble de sa surface (on atteint en effet le pôle Nord à pied...).

Derrière ces conflits juridiques se profilent des enjeux économiques très importants, susceptibles d'attiser de graves tensions internationales (l'Arctique recèle vraisemblablement d'importantes ressources minérales et énergétiques). Il s'agit aussi pour les États concernés de contrôler les voies de passage des navires commerciaux d'un océan à l'autre.

3.5. Une zone de navigation privilégiée pour les sous-marins

Dans le domaine militaire, l'Arctique est devenu un espace stratégique. C'est, en effet, la seule région du monde où la Russie et les États-Unis ne sont séparés que d'une centaine de kilomètres, par le détroit de Béring. D'autre part, les eaux situées sous la banquise abritent aujourd'hui une grande partie de la flotte de sous-marins à propulsion nucléaire. Dissimulés sous des mètres de glaces et évoluant dans les grandes profondeurs océaniques, ces engins sont pratiquement indétectables. Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (S.N.L.E.), dont les missiles ont une portée supérieure à 4 000 km, sont susceptibles d'atteindre, à partir du bassin arctique, la Chine, l'Europe, le Japon, les pays de l'ex-URSS ou les États-Unis. La représentation cartographique de la Terre en planisphère fausse la perception des distances qui séparent, par exemple, la Russie des États-Unis ; les cartes projetant le pôle Nord au centre de l'espace arctique rendent compte d'une distance deux fois moins importante entre New York et Moscou.