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Allemagne : vie politique depuis 1949

Willy Brandt
Willy Brandt

1. La République fédérale d'Allemagne de 1949 à 1989

Fondée par la volonté des trois puissances d'occupation occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, France) avec l'assentiment des États régionaux ouest-allemands, la RFA est pendant ses premières années d'existence soumise à un statut d'occupation (21 septembre 1949). Celui-ci laisse aux trois puissances représentées par des hauts-commissaires la compétence exclusive en matière de sécurité et de désarmement ainsi que le contrôle de la Ruhr et du commerce extérieur.

1.1. L'ère Adenauer (1949-1963)

L'ancrage occidental de la RFA

En 1949, lors des élections au premier Parlement fédéral (14 août), les principales formations politiques qui ont élaboré la Loi fondamentale, entrée en vigueur le 23 mai et instituant provisoirement la République fédérale d'Allemagne (constituée de 11 puis 10 Länder), se partagent 72,1 % des voix : les deux partis chrétiens-démocrates, CDU (Christlich-Demokratische Union) et CSU (Christlich-Soziale Union, limitée à la Bavière), qui constituent un seul et même groupe parlementaire ; le parti social-démocrate SPD ; le parti libéral FDP (Freie Demokratische Partei). Après la mise en place à Bonn le 7 septembre 1949 du Bundestag et du Bundesrat, Theodor Heuss (FDP) est élu à la présidence de la République (12 septembre) et Konrad Adenauer (CDU) est appelé à la chancellerie (15 septembre) à la tête d'une coalition conservatrice-libérale.

Convaincu que la division de l'Europe sera durable, Adenauer, dès son arrivée au pouvoir, cherche à intégrer fortement la RFA dans le camp occidental sur le plan tant politique qu'économique et militaire. Il attend en contrepartie que la RFA devienne un État pleinement souverain. Mais l'entreprise ne peut, selon lui, aboutir que si l'Allemagne et la France se réconcilient et associent leurs économies dans un cadre européen incluant les États du Benelux et la Grande-Bretagne, les États-Unis ayant la charge d'assurer la sécurité de l'ensemble. L'ancrage à l'Ouest doit permettre de contenir l'Union soviétique en Europe et de faire barrage au communisme à l'intérieur.

Lors de l'accord du Petersberg (22 novembre 1949) négocié avec les hauts-commissaires alliés, la RFA accepte d'entrer au Conseil de l'Europe (elle en devient membre à part entière en 1951, le gouvernement fédéral étant alors autorisé à constituer un ministère des Affaires étrangères). Le 18 avril 1951, la RFA signe à Paris le traité fondant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Le 26 mai 1952, elle signe à Bonn le traité sur l'Allemagne réglant ses relations avec les trois puissances. Le lendemain, elle signe à Paris le traité instituant une Communauté européenne de défense (CED). Auparavant, Adenauer a rejeté les notes soviétiques des 10 mars et 9 avril (notes de Staline) proposant la signature d'un traité de paix rétablissant l'unité de l'Allemagne au prix de sa neutralisation.

En 1954, l'échec de la CED en France rend nécessaire la renégociation des traités de Bonn et de Paris. Deux conférences, l'une à Londres (septembre-octobre), l'autre à Paris (octobre), apportent une solution à la crise. La RFA adhère à l'Union de l'Europe occidentale (UEO). Les effectifs de l'armée fédérale (Bundeswehr) sont fixés à 495 000 hommes, les troupes combattantes sont placées sous l'autorité du commandement en chef de l'OTAN en Europe et, dans le cadre de l'UEO, la RFA accepte des limitations à son armement. Le traité de Paris met un terme au statut d'occupation et déclare la RFA souveraine. Les trois puissances conservent toutefois leurs responsabilités à l'égard de Berlin et de l'Allemagne dans son ensemble (Berlin-Ouest reste soumise au statut d'occupation). Les signataires veulent œuvrer par des voies pacifiques à la réunification de l'Allemagne, l'Allemagne unifiée devant être dotée d'une Constitution semblable à celle de la RFA et intégrée dans la Communauté européenne. La délimitation définitive de ses frontières est reportée au règlement de paix.

En 1955, les traités conclus l'année précédente entrent en vigueur (5 mai). La RFA est admise au sein de l'OTAN (9 mai).

Le problème sarrois trouve une solution. Pierre Mendès France et Adenauer signent à Paris (octobre 1954) un accord prévoyant un statut européen de la Sarre sous l'autorité de l'UEO, mais celui-ci est rejeté par 67,7 % des Sarrois lors du référendum du 23 octobre 1955. Par le traité de Luxembourg (27 octobre 1956), la Sarre est autorisée à adhérer à la RFA à compter du 1er janvier 1957.

En visite officielle à Moscou (septembre 1955), Adenauer noue avec l'Union soviétique des relations diplomatiques et obtient le rapatriement de 30 000 prisonniers de guerre et civils allemands retenus en URSS. Cependant, la RFA décide de ne pas établir de relations diplomatiques avec d'autres pays de l'Est et de rompre avec tout pays qui reconnaîtrait la RDA (« doctrine Hallstein »), estimant être le seul représentant légitime de toute l'Allemagne. Ainsi, dans l'optique d'une éventuelle réunification, la RFA tente d'isoler diplomatiquement la RDA et d'acquérir une position de force face à l'Union soviétique.

Miracle économique et stabilité politique

Au point de vue économique, sur les treize années que dure l'ère Adenauer, la croissance dépasse 7 % par an, le taux d'inflation reste peu élevé. L'indice du PNB (prix constants) passe de 100 à 256, celui de la production industrielle atteint même 282. Encore négatif en 1950, le solde du commerce extérieur passe à plus de 6 milliards de DM en 1963. Seule ombre au tableau, la crise du charbon et de l'acier à partir du milieu des années 1950. Mais la forte croissance de l'économie permet de résorber le chômage : de 8,2 % en 1950, le taux tombe à 0,5 % en 1963. Après avoir absorbé l'importante main-d'œuvre que représentait la masse des réfugiés et expulsés venus de l'Est (13,5 millions au total jusqu'en 1965), le marché de l'emploi fait appel, à partir de 1956, de façon croissante aux travailleurs étrangers. L'aisance matérielle induite par la croissance consacre définitivement l'« économie sociale de marché » comme système d'organisation économique de la RFA. Ludwig Erhard, ministre fédéral de l'Économie de 1949 à 1963, est qualifié de « père du miracle économique ». En mars 1957, la RFA signe les traités de Rome (Marché commun, Euratom).

Le succès que rencontre la politique du chancelier Adenauer permet aux partis chrétiens-démocrates de progresser de 14,2 points (45,2 % des voix) lors des élections fédérales de 1953 et même d'atteindre la majorité absolue en 1957 (50,2 %) tandis que le SPD tourne autour des 30 %. Les élections de 1961, qui ont lieu quelques semaines après l'érection du mur à Berlin (13 août 1961), annoncent la fin de l'ère Adenauer (CDU-CSU : 45,3 % ; FDP : 12,8 % ; SPD : 36,2 %). Le FDP accepte de former le gouvernement avec la CDU-CSU à la condition que le chancelier, qui a 85 ans, démissionne en cours de législature.

En 1962, l'affaire du Spiegel (octobre), avec en arrière-plan la crise de Cuba, met le gouvernement dans une situation difficile qui ne se résout qu'avec le départ du ministre de la Défense, Franz Josef Strauss (CSU), responsable de l'arrestation de plusieurs membres de la rédaction de l'hebdomadaire soupçonnés d'avoir publié des secrets de défense nationale.

En 1963, avant de démissionner (15 octobre), Adenauer scelle la réconciliation franco-allemande en signant avec le général de Gaulle (22 janvier) un traité d'amitié et de coopération.

1.2. Le gouvernement Erhard (1963-1966)

Élu chancelier le 16 octobre 1963, Ludwig Erhard (CDU) veut inaugurer une ère libérale en coopération avec le FDP. CDU-CSU et FDP gagnent ensemble les élections de 1965 (avec respectivement 47,6 % et 9,5 % des voix).

En 1966, face à un début de récession économique qui traduit un retour de l'économie à la normale après des taux de croissance exceptionnellement élevés, Erhard n'apparaît plus maître de la situation. Le débat sur le déficit budgétaire provoque la démission des ministres libéraux (octobre). Les chrétiens-démocrates se prononcent alors en faveur d'une grande coalition, associant le SPD à la CDU-CSU, coalition qui bénéficie du soutien du président fédéral Heinrich Lübke (1959-1969). Erhard est contraint de démissionner à la fin de novembre.

1.3. La grande coalition SPD-CDU-CSU (1966-1969)

Kurt Georg Kiesinger (CDU) lui succède à la chancellerie. Son ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier est Willy Brandt (SPD).

Ayant, depuis le congrès de Bad Godesberg (1959), définitivement rompu avec ses racines marxistes en se transformant « d’un parti de la classe ouvrière en un parti du peuple » (Volkspartei) et en se déclarant favorable à l’économie de marché, le SPD peut, en entrant dans la grande coalition, faire la preuve de sa capacité à gérer les affaires de l'État. En particulier, Karl Schiller, à qui est confié le portefeuille de l'Économie, dote le gouvernement fédéral des instruments de prévision économique et d'intervention conjoncturelle nécessaires pour faire face à la récession.

De 1966 à 1969, la politique intérieure est dominée par le débat sur les lois d'urgence (votées en mai 1968), la révolte étudiante et l'émergence d'un mouvement d'opposition extra-parlementaire (affrontements de Pâques 1968 après la tentative d'assassinat contre le leader Rudi Dutschke), la montée du parti néo-nazi (Nationaldemokratische Partei Deutschlands, NPD) et la création d'un nouveau parti communiste, le DKP, en remplacement du KPD interdit en 1956.

En politique étrangère, Kiesinger cherche à adapter la politique de la RFA aux conditions de la détente Est-Ouest. Mais, pour lui, comme pour ses prédécesseurs, une détente réelle ne peut se produire qu'après la résolution du problème allemand. Brandt voudrait aller plus loin et reconnaître le statu quo existant en Europe pour mieux le surmonter ensuite, reconnaître la RDA comme « deuxième État allemand » et provoquer par une « politique des petits pas » un rapprochement entre les deux États.

Après l’élection à la présidence fédérale, en mars 1969, de Gustav Heinemann (SPD), présentée comme une première étape « sur la voie d'un changement de pouvoir en RFA », les élections de septembre donnent une majorité au SPD et au FDP avec respectivement 42,7 % et 5,8 % des voix. En octobre, Brandt est élu chancelier à une courte majorité.

1.4. La coalition sociale-libérale (1969-1982)

Les gouvernements Brandt (1969-1974)

Avec le soutien de Walter Scheel (FDP), Brandt engage une politique de réformes intérieures (réformes fiscale, pénale, universitaire, du droit des entreprises, du droit de la famille et du divorce) et d'ouverture à l'Est (→ Ostpolitik) sur la base de l'ancrage occidental de la RFA. En novembre 1969, celle-ci adhère au traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Le traité de Moscou (12 août 1970) est un traité-cadre qui permet à la RFA de normaliser ses relations avec l'Union soviétique et les autres pays d'Europe de l'Est. RFA et URSS renoncent à l'usage de la force pour régler leurs différends et s'engagent à œuvrer à la détente sur la base du statu quo européen. La ligne Oder-Neisse en tant que frontière occidentale de la Pologne et la frontière interallemande sont déclarées inviolables. Pour la RFA, ce traité n'est pas en contradiction avec son objectif de rétablir l'unité de l'Allemagne.

Le traité de Varsovie (7 décembre) reprend pour l'essentiel les principes énoncés dans celui de Moscou, mais précise le tracé de la ligne Oder-Neisse selon les termes des accords de Potsdam d'août 1945 (→ conférence de Postdam).

En 1971, les trois puissances occidentales et l'Union soviétique signent un accord quadripartite sur Berlin (3 septembre), qui confirme le statut de la ville (Berlin-Ouest n'est pas partie intégrante du territoire de la RFA) et réglemente l'accès des citoyens de RFA à Berlin-Ouest ainsi que celui des Berlinois de l'Ouest à Berlin-Est et en RDA. En créant un modus vivendi dans une région au statut anormal, l'accord désamorce durablement la crise de Berlin (août 1961). Il sert également de cadre à des négociations entre la RFA et la RDA après que deux rencontres au sommet ont créé l'année précédente les conditions d'un dialogue entre les deux États allemands.

L'Ostpolitik de Brandt – accusé de brader les intérêts allemands – rencontre une forte opposition jusque dans les rangs des partis de la coalition gouvernementale. En avril 1972, le chancelier n'a plus de majorité au Bundestag. La tentative du chef de l'opposition, Rainer Barzel (CDU), de le renverser par un « vote de défiance constructif » (avril) échoue cependant. La ratification des traités de Moscou et de Varsovie n'intervient en mai de cette année que grâce à l'abstention des députés CDU-CSU. Pour sortir de la crise, Brandt obtient du président fédéral la dissolution du Bundestag. Les élections anticipées de novembre le confirment à la chancellerie (SPD : 45,8 % ; FDP : 8,4 % ; CDU-CSU : 44,9 %). Le 21 décembre, la RFA et la RDA signent un traité sur le fondement de leurs relations, par lequel elles normalisent leurs rapports, nonobstant leur différend sur la question nationale. La RFA reconnaît de fait, mais non en droit, la RDA. Les deux États ne pouvant être des pays étrangers l'un pour l'autre, ils échangent au lieu d'ambassadeurs de simples « représentants permanents ».

En septembre 1973, la RFA et la RDA sont admises à l'Organisation des Nations unies (ONU). Le traité signé en décembre avec la Tchécoslovaquie, déclarant nuls et non avenus les accords de Munich (1938), parachève l'Ostpolitik. Le même mois, la RFA procède à un échange d'ambassadeurs avec la Tchécoslovaquie, la Bulgarie et la Hongrie.

Face aux turbulences monétaires internationales, le gouvernement Brandt réévalue à plusieurs reprises le mark et rétablit temporairement le contrôle des changes en juin 1972 (ce qui provoque la démission du ministre de l'Économie et des Finances, K. Schiller). Le premier choc pétrolier, en octobre 1973, aggrave une situation économique déjà fragile (tassement de la croissance, retour de l'inflation et du chômage à partir de 1971-1972) et accroît les tensions sociales (grèves, en particulier des services publics en janvier-février 1974). En novembre 1973, le gouvernement décide d'arrêter l'embauche de travailleurs étrangers (au nombre alors de 2,6 millions).

À partir de 1970, la RFA devient, en outre, l’un des deux pays européens, avec l’Italie, à être confronté à un mouvement terroriste de gauche : la Fraction Armée rouge commet plusieurs attentats en mai 1972 qui sont suivis de l’arrestation de ses dirigeants parmi lesquels Adreas Baader et Ulrike Meinhof, en juin. En septembre 1972, à l'occasion des jeux Olympiques de Munich, elle est également la cible du terrorisme palestinien (assassinat de membres de l'équipe israélienne par un commando de Septembre noir).

Les gouvernements Schmidt (1974-1982)

À la suite de l'arrestation de l'agent est-allemand Günter Guillaume, placé dans son entourage immédiat, Brandt démissionne en mai 1974. Helmut Schmidt (SPD) est élu chancelier à la tête d'un nouveau gouvernement SPD-FDP. Walter Scheel ayant été élu la veille président fédéral, Hans-Dietrich Genscher (FDP) devient ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier.

Pendant les huit années qu'il passe à la chancellerie, Helmut Schmidt parachève le programme de réformes intérieures engagé par Brand (entre autres, extension de la cogestion [Mitbestimmung] à l'ensemble des grandes entreprises du pays, en 1976) et poursuit sa politique d'ouverture à l'Est et de rapprochement avec la RDA (visite officielle en RDA en décembre 1980). Comme son prédécesseur, il doit faire face au terrorisme de la Fraction Armée rouge, qui atteint son paroxysme en 1977 : assassinat, en avril, du procureur fédéral Siegfried Buback ; assassinat, en juillet, du président de la Dresdner Bank, Jürgen Ponto ; enlèvement (septembre), puis assassinat (octobre) de Hanns Martin Schleyer, « patron des patrons » allemands ; libération par un commando de la police frontalière ouest-allemande du Jumbo de la Lufthansa détourné sur Muqdisho (Somalie). Le même jour (18 octobre), trois dirigeants terroristes, dont A. Baader, sont retrouvés morts dans leurs cellules de la prison de Stuttgart-Stammheim (l'enquête officielle conclut à des suicides).

Au plan économique, Helmut Schmidt doit avant tout gérer la crise mondiale. Il pratique une politique keynésienne anticyclique par l'adoption de programmes de relance conjoncturelle, ce qui lui permet de maintenir jusqu'en 1980 un taux de croissance variant entre 5,6 et 1,8 %. Il ne peut cependant empêcher la montée du chômage : de 500 000 en 1974, le nombre des chômeurs passe à près de 2 millions en 1982. L'endettement public croît en conséquence : la dette cumulée de l'État fédéral atteint 269 milliards de DM en 1981.

En accord avec Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt développe la coopération avec la France et fait progresser l'intégration européenne (création du Conseil européen en 1974, mise en place du système monétaire européen [SME] en mars 1979, premières élections directes au Parlement européen en juin 1979). Avec François Mitterrand, il décide en février 1982 de réactiver la coopération franco-allemande en matière de sécurité et d'armements. Helmut Schmidt est également le principal artisan, en 1979, de la double résolution de l'OTAN prévoyant le stationnement de vecteurs nucléaires américains de portée intermédiaire en Europe pour le cas où l'Union soviétique n'accepterait pas de négocier la réduction de ses armements similaires (SS-20). Le Mouvement pour la paix, que soutient l'aile gauche du SPD, rassemble le 10 octobre 1981 à Bonn plusieurs centaines de milliers de manifestants.

La fondation du parti des Verts (→ die Grünen), en janvier 1980, procède de la même crainte d'un cataclysme nucléaire, mais aussi du souci de préserver l'environnement dans une société fortement industrialisée et urbanisée.

En 1981-1982, la RFA enregistre à nouveau, pour la première fois depuis 1975, un taux de croissance inférieur à zéro. Pourtant Helmut Schmidt est contraint de pratiquer une politique de compression du déficit budgétaire et des prestations sociales. Le FDP réclame une réorientation de la politique économique et sociale du gouvernement. En septembre 1982, Helmut Schmidt met un terme à la coalition avec le parti libéral.

1.5. La coalition chrétienne-libérale de 1982 à 1989 : les premiers gouvernements Kohl

Le 1er octobre, avec le soutien d'une partie des députés libéraux, la CDU menée par Helmut Kohl renverse Helmut Schmidt par un « vote de défiance constructif » et obtient du président fédéral Karl Carstens la dissolution du Bundestag, en janvier 1983. Les élections fédérales anticipées (mars) confirment Kohl à la chancellerie, à la tête d'une coalition chrétienne-libérale qui, avec 55,7 % des voix (CDU-CSU : 48,8 % ; FDP : 6,9 %), l'emporte largement sur l'opposition : SPD (38,2 %) et Verts (5,6 %), qui font leur entrée au Bundestag.

La politique d'austérité budgétaire inaugurée par Helmut Schmidt est poursuivie. La croissance économique reprend au rythme moyen de 2,5 % par an ; l'inflation est contenue autour de 1,5 % ; peu à peu le nombre des emplois augmente. Le chômage pourtant n'est pas résorbé : il touche 2,3 millions de personnes en 1984 et se stabilise, les années suivantes, autour de 2 millions, pour une population active de 27 millions. En 1986, la RFA devient le premier exportateur mondial (en valeur).

Helmut Kohl fait voter par le Bundestag (novembre 1983) le stationnement en RFA de fusées Pershing II et de missiles de croisière, en application de la double résolution de l'OTAN. Mais il se déclare en même temps partisan d'une réduction équilibrée et contrôlée des armements. Son ministre des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher, garantit, malgré la reprise des tensions Est-Ouest, la poursuite de la politique d'ouverture à l'Est. Un de ses principaux adversaires, F. J. Strauss, président de la CSU, s'y rallie et négocie en 1983 un crédit d'un milliard de DM en faveur de la RDA.

Quarante ans après la fin de la guerre, le président fédéral Richard von Weizsäcker (CDU), en fonction depuis 1984 (réélu en 1989), fait, dans un discours mondialement remarqué, du 8 mai 1945 tout autant un jour de défaite que de libération pour l'Allemagne.

Dès son élection à la chancellerie, Kohl donne à ses relations avec François Mitterrand un caractère de confiance amicale semblable à celui qui existait entre Schmidt et Giscard d'Estaing. Devant le Bundestag, Mitterrand lui apporte en janvier 1983 son soutien dans l'application des résolutions de l'OTAN. Ensemble, ils font adopter l'Acte unique européen (1985) instituant un « grand marché intérieur » de la CEE à partir du 1er janvier 1993. À l'occasion du 25e anniversaire du traité de l'Élysée (1988), la RFA et la France se dotent de nouveaux instruments de coopération : Conseil économique et financier, Conseil de défense, Brigade franco-allemande, Collège universitaire, Haut Conseil culturel.

Les élections fédérales de janvier 1987 confirment au pouvoir la coalition sortante : la CDU-CSU (44,3 %) accuse pourtant un recul sensible tandis que le FDP atteint le score inespéré de 9,1 % des voix. Le SPD (37 %) baisse au profit des Verts (8,3 %), qui effectuent une véritable percée. Reconduit au poste de chancelier, Kohl poursuit une politique d'ouverture à l'Est et de normalisation des rapports entre les deux États allemands, qui se concrétise par la visite officielle de Erich Honecker à Bonn en septembre 1987. En juin 1989, Kohl et Mikhaïl Gorbatchev signent à Bonn une déclaration commune garantissant à la fois « le droit des peuples » et celui des « États de décider librement de leur destin ».

2. La République démocratique allemande

La fondation de la RDA, le 7 octobre 1949, procède de la double volonté de l'Union soviétique de réagir à la création de la RFA en mai 1949 et de jeter, en s'appuyant sur le parti socialiste unifié d'Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, SED), les bases d'une société socialiste sur une partie du territoire allemand. La Constitution de 1949 établit un régime en apparence parlementaire et fédéral, restreignant, en fait, l'autonomie des Länder, fondé sur la non-séparation des pouvoirs et la planification centrale de l'économie. Sur le plan formel, elle confie le pouvoir législatif à la Volkshammer (Chambre du peuple) qui, en octobre 1949, désigne également le chef du gouvernement (Otto Grotewohl [SED]) et place à la tête de l'État un président de la République (Wilhelm Pieck [SED]).

La RDA hérite du système de partis qui existait auparavant en zone d'occupation soviétique. Conformément à la politique d'alliances du SED, subsistent deux partis qualifiés de « bourgeois », la CDU et le LDPD (Liberal-Demokratische Partei Deutschlands, parti libéral-démocrate d'Allemagne), ainsi que deux partis fondés en 1948, le NDPD (National-Demokratische Partei Deutschlands, parti national-démocrate d'Allemagne) et le DBD (Demokratische Bauernpartei Deutschlands, parti paysan démocrate d'Allemagne). Avec les « organisations de masse » (syndicat unique, jeunesse, femmes, Ligue de la culture, etc…), ils forment ensemble, sous le contrôle du SED, le Front national de la RDA, qui met au point, pour les élections, la liste unique soumise aux électeurs. La répartition des mandats à la Chambre du peuple se fait en fonction d'une clé préalablement établie. Le pouvoir réel appartient, en fait, au Bureau politique du SED et au premier secrétaire du Comité central, Walter Ulbricht.

La RDA est par ailleurs soumise à la Commission de contrôle soviétique qui intervient directement dans ses affaires intérieures (sécurité, démontages, prélèvements sur la production courante).

2.1. L'ère Ulbricht (1949-1971)

Sous la conduite de Walter Ulbricht, le SED se donne pour tâches premières de compenser les déséquilibres nés de la division (le plan de deux ans 1949-1950 favorise massivement le développement de l'industrie lourde), d'élargir le secteur d'État dans la production industrielle (il représente, à la fin de 1950, 60 % du PNB) et d'affirmer la place de la RDA par rapport à la RFA.

En 1952, le SED décide le passage à l'« édification du socialisme » : réorganisation du système territorial dans un sens centralisateur (les Länder sont remplacés par 15 districts), collectivisation des terres (à son achèvement en 1960, 14 000 coopératives regroupent un million de paysans), introduction du droit socialiste, création de la police populaire encasernée. Cette marche forcée vers le socialisme provoque de nombreux départs vers la RFA (331 000 en 1953).

La mort de Staline, en 1953, ouvre une période de flottement. Sous la pression soviétique, le SED proclame le 9 juin un « nouveau cours » qui bénéficie aux paysans, aux classes moyennes et aux intellectuels, mais pas à la classe ouvrière à laquelle une augmentation de 10 % des normes de travail reste imposée. Le 16 juin 1953, les ouvriers du chantier de la Stalinallee à Berlin-Est réclament la baisse des normes. La révolte se transforme le lendemain en soulèvement contre le régime. L'intervention des troupes soviétiques cause 21 morts.

En 1955, l'URSS estime achevée la division de l'Allemagne. En réaction contre le réarmement de la RFA, elle crée le pacte de Varsovie, auquel adhère la RDA. En septembre est signé le traité sur les relations entre la RDA et l'Union soviétique, qui accorde la souveraineté à la RDA et confirme les droits et responsabilités de l'URSS pour toute l'Allemagne. La Commission de contrôle soviétique est dissoute. En janvier 1956, la police populaire est transformée en armée nationale populaire, étroitement subordonnée au SED et placée sous le commandement unifié du pacte de Varsovie. À partir de 1956, l'économie est-allemande est plus fortement intégrée dans la division internationale du travail coordonnée par le Comecon. Les plans de confédération avec la RFA (1956-1957) poursuivent l'objectif désormais prioritaire pour la RDA : obtenir sa reconnaissance internationale.

À la mort de Wilhelm Pieck, en septembre 1960, la fonction de président de la République est remplacée par une présidence collective, le Staatsrat (Conseil d'État), organe de la Chambre du peuple aux fonctions exécutives et représentatives. Élu à la tête du Staatsrat, Walter Ulbricht cumule dès lors les fonctions de président du Conseil de défense nationale (créé en février 1960) et de premier secrétaire du SED.

En 1960, près de 200 000 citoyens de RDA quittent leur pays. Ils sont 160 000 à prendre le chemin de la RFA dans les sept premiers mois de 1961. Au total, de 1945 à 1961, près de 3 millions de personnes fuient l'Allemagne de l'Est, le plus souvent en passant par Berlin-Ouest. L'Union soviétique n'ayant pu imposer aux puissances occidentales un statut autonome pour Berlin-Ouest (ultimatum de Khrouchtchev en 1958), le 13 août 1961 – moment culminant de la crise de Berlin –, la RDA construit un mur enfermant Berlin-Ouest, pour arrêter l'hémorragie. De 1961 à 1974, 156 000 personnes seulement réussiront à fuir la RDA (→ mur de Berlin).

En 1964, Willi Stoph (SED) succède à O. Grotewohl, décédé, au poste de président du Conseil des ministres.

Assez rapidement, l'économie est-allemande se rétablit : en 1965, le PIB est de 50 % supérieur à celui de 1958. Walter Ulbricht engage la RDA à dépasser le capitalisme.

Un « nouveau système économique de planification et de gestion » (en allemand Neues Ökonomisches System der Planung und Leitung, NÖSPL) doit, à partir de 1963, permettre d'accroître la productivité et la compétitivité des entreprises auxquelles il accorde une plus grande autonomie de gestion. Jamais pratiqué rigoureusement, il est remis en cause en 1967 et la RDA retourne à la centralisation de la planification. En 1968, la RDA se donne une nouvelle Constitution qui la définit comme un « État socialiste de nation allemande » et consacre en droit le rôle dirigeant du SED. En août 1968, elle participe à la « normalisation » de la Tchécoslovaquie, mais ses troupes n'auraient pas pénétré en territoire tchécoslovaque.

Face à l'Ostpolitik de la RFA en 1969-1970, Walter Ulbricht maintient que la normalisation des rapports entre la RFA et la RDA passe par la reconnaissance en droit international de la RDA. Le 3 mai 1971, le Comité central du SED le démet de ses fonctions et nomme au poste de premier secrétaire Erich Honecker, devenu le nouvel homme de confiance de Leonid Brejnev. Walter Ulbricht reste président du Conseil d'État.

2.2. L'ère Honecker (1971-1989)

Après la mort de Walter Ulbricht (1973), Willi Stoph est élu à la présidence du Conseil d'État et Horst Sindermann (SED) le remplace à la tête du gouvernement. Mais, à partir de 1976, Erich Honecker cumule, comme son prédécesseur, les fonctions de secrétaire général du SED, de président du Conseil de défense et de président du Conseil d'État. Willi Stoph redevient président du Conseil des ministres et Horst Sinderman est élu président de la Chambre du peuple.

Adhésion à la « doctrine Brejnev »

En 1972, le SED nationalise la plupart des entreprises privées et semi-privées, qui subsistaient essentiellement dans l'artisanat et les services (à partir de 1976, il revient en partie en arrière et autorise la création de restaurants privés). Dans la ligne de son VIIIe Congrès (juin 1971), il favorise dans les années 1970 la consommation pour accroître le niveau de vie des ménages, ce qui n'est possible qu'au détriment des investissements, et pratique une politique nataliste (9 femmes sur 10 exercent alors une activité professionnelle).

La RDA s'adapte à l'Ostpolitik de la RFA : elle normalise ses relations avec elle (traité de 1972), mais se démarque en affirmant sa spécificité socialiste (lutte contre la « social-démocratie »). Lors de la révision constitutionnelle de 1974, elle raye toutes les références à la nation allemande et se présente comme un « État socialiste des ouvriers et des paysans ». Elle ne remet cependant pas en cause l'accord de Berlin de 1951 qui confère à ses échanges commerciaux avec la RFA le statut privilégié d'un commerce intérieur. Elle affirme la permanence de son alliance avec l'URSS (article 6). Dans le traité d'amitié qu'elle passe avec celle-ci pour vingt ans, en 1975, elle adhère à la « doctrine Brejnev » de la souveraineté limitée des pays socialistes. Reconnue internationalement en 1973 (admission à l'ONU), elle souscrit en 1975 aux accords d'Helsinki.

Durcissement idéologique

En 1976, l'« affaire Biermann » (chanteur contestataire déchu de sa citoyenneté est-allemande lors d'une tournée en RFA) met un terme à la libéralisation relative de la politique culturelle du SED et enclenche une politique de répression à l'égard de ceux qui demandent à quitter légalement la RDA, conformément aux accords d'Helsinki. Dans les « quatre points » de Gera (1980), Erich Honecker réclame, en vain, la reconnaissance définitive de la RDA par la RFA (citoyenneté est-allemande spécifique, échange d'ambassadeurs). Au début des années 1980, il cherche à préserver les relations de la RDA avec la RFA des tensions Est-Ouest.

Pour mieux maîtriser la crise économique mondiale (l'URSS aligne ses prix pétroliers sur les cours mondiaux et réduit ses livraisons à la RDA) et l'accroissement de ses dépenses militaires (en liaison avec la double résolution de l'OTAN sur l’installation en RFA de fusées Pershing II et de missiles de croisière), la RDA restructure son économie à partir de 1981 (création de « combinats » regroupant les entreprises d'un même secteur, disposant d'une plus grande autonomie de gestion et de fonds d'investissement propres). De 4,5 % en moyenne sur la période 1981-1985, la croissance chute pourtant à 2 % en 1989. Sur le plan intérieur, Honecker permet à un nombre croissant de personnes de quitter la RDA (41 000 en 1984 contre 10 à 15 000 les années précédentes) et autorise plus largement les visites en RFA pour raisons familiales aux personnes n'ayant pas atteint l'âge de la retraite.

La reprise des fuites à l'été 1989 – via les ambassades de la RFA en Pologne et en Tchécoslovaquie et par la frontière austro-hongroise, après le début de démantèlement, en mai, du « rideau de fer » – provoque, peu après le 40e anniversaire de la fondation de la RDA, la chute de Honecker (18 octobre), remplacé à la tête du SED par Egon Krenz.

2.3. La fin de la RDA (1989-1990)

Les origines de la « révolution pacifique » de l'automne 1989 sont multiples : crise économique et de ravitaillement, incapacité du régime à se réformer et déception de voir la RDA se fermer à la « nouvelle politique » pratiquée en Union soviétique par Mikhaïl Gorbatchev, mais surtout recherche de la liberté et de la démocratie. Face aux départs massifs de ressortissants est-allemands qui parviennent à s’enfuir (225 000 personnes d'août à novembre), les mouvements d'opposition qui, depuis la fin des années 1970, se sont constitués sous la protection des Églises protestantes et d'où sont issus le Nouveau Forum (créé en août), le SDP (parti social-démocrate reconstitué dans la clandestinité en octobre), Renouveau démocratique, Démocratie maintenant, etc., se prononcent pour une transformation démocratique de la RDA. Au slogan « Nous voulons partir », ils substituent celui de « Nous voulons rester », puis celui de « Nous sommes le peuple ».

Le 8 novembre 1989, le Bureau politique du SED démissionne ; le Comité central en élit un nouveau et confirme à sa tête E. Krenz, élu le 24 octobre président du Conseil d'État. L'ouverture du mur de Berlin dans la nuit du 9 au 10 novembre précipite la dissolution du régime est-allemand. Lors des manifestations du lundi à Leipzig, un nouveau slogan s'impose : « Nous sommes un peuple », obligeant le gouvernement présidé depuis le 13 novembre par Hans Modrow (SED) à s'adapter à cette exigence d'unification de l'Allemagne, alors que la « table ronde » formée par le gouvernement et l'opposition tente encore de sauver l'État est-allemand. Le 1er décembre, la Chambre du peuple supprime le passage de l'article 1 de la Constitution garantissant le rôle de dirigeant du SED ; la RDA cesse d'être une « démocratie populaire ». Le 3 décembre, le Bureau politique et le Comité central du SED démissionnent en bloc : le 5, le Front national se dissout et la direction du ministère de la Sécurité d'État (Stasi) démissionne à son tour ; le 6, Egon Krenz abandonne la présidence du Conseil d'État. Lors d'un Congrès extraordinaire, le SED se transforme courant décembre en SED-PDS, parti du socialisme démocratique. Des élections générales sont prévues en mai 1990 mais, faute d'une légitimité démocratique, le gouvernement Modrow est contraint, en janvier 1990, de les avancer au 18 mars.

Le succès de l'Alliance pour l'Allemagne (47,8 % des voix, 192 sièges sur 400, contre 21,8 % au SPD [le SDP ayant repris son nom « historique » en janvier 1990] ; 16,3 % au PDS ; 5,3 % aux libéraux et 2,9 % à l'Alliance 90 regroupant les mouvements de l'automne 1989), forgée en février par le chancelier Kohl pour rassembler la CDU, le Renouveau démocratique et la DSU (filiale de la CSU en RDA), scelle le sort de la RDA. Le gouvernement de grande coalition formé par Lothar de Maizière, leader de la CDU est-allemande, avec les sociaux-démocrates et les libéraux engage avec la RFA un processus de réunification rapide (union économique, monétaire et sociale, juillet 1990). Les Länder de Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe sont reconstitués et adhèrent à la RFA. Berlin, réunifiée, redevient la capitale de l'Allemagne dont l'unification est proclamée le 3 octobre 1990.

3. L'Allemagne unifiée (depuis 1990)

L'unité étatique de l'Allemagne est réalisée par le traité d'unification du 31 août 1990 qui règle les modalités d'adhésion de la RDA au système d'organisation politique de la RFA. Il déclare l'unité allemande achevée et fait de la Loi fondamentale adoptée par la RFA en 1949 la Constitution de l'Allemagne unifiée. Le traité « 2 + 4 » signé à Moscou le 12 septembre 1990 par les deux États allemands et les quatre puissances victorieuses de 1945 (États-Unis, Grande-Bretagne, France et Union soviétique) règle les aspects extérieurs de l'unification. Il rend à l'Allemagne son entière souveraineté, tout en définissant son statut territorial et militaire : son territoire est circonscrit à celui de la RFA, de la RDA et de Berlin ; l'Allemagne reconnaît définitivement la ligne Oder-Neisse comme sa frontière commune avec la Pologne ; elle renonce aux armes A, B et C (atomiques, biologiques et chimiques) et à toute guerre d'agression ; elle reste membre de l'OTAN, au prix de la dénucléarisation du territoire est-allemand, et limite ses forces armées à 370 000 hommes.

Les premières élections générales allemandes (décembre 1990) consacrent l'unité du pays et confirment la coalition chrétienne-libérale au pouvoir, Helmut Kohl étant réélu à la chancellerie.

3.1. Les derniers gouvernements Kohl (1990-1998)

Le chancelier Kohl se donne pour objectif de financer par l'emprunt la mise à niveau des nouveaux Länder de l'Est, convaincu qu'il suffit d'assurer la transition vers un régime économique libéral pour y provoquer un miracle économique semblable à celui qu'a connu l'Allemagne de l'Ouest après 1948. Le passage d'une économie planifiée vers une économie sociale de marché décentralisée apparaît bientôt beaucoup plus difficile, plus long et plus coûteux que prévu. Quand, fin 1994, l'office fiduciaire chargé de la privatisation du patrimoine est-allemand, la Treuhandanstalt, met un terme à ses activités, il peut s'enorgueillir d'avoir réussi en un temps record ce qui passait pour une mission impossible : sur les 12 000 entreprises représentant 45 000 établissements après déconcentration, il en a privatisé un peu plus de la moitié, en a restitué environ 13 % à leurs anciens propriétaires et en liquide près d'un tiers, le seul grand problème non résolu restant celui de la privatisation des biens fonciers.

Les coûts de l'unification

Mais la Treuhand a rempli sa mission au prix d'une politique de désindustrialisation qui n'a maintenu en Allemagne de l'Est que quelques noyaux durs compétitifs, des « cathédrales dans le désert ». La densité industrielle passe de 277 emplois pour 1 000 habitants en 1989 à 56 pour 1 000 en 1995. Trois millions d'emplois sont ainsi supprimés dans les secteurs primaire et secondaire.

Malgré une politique active de traitement social du chômage (retraites anticipées, recyclages, travaux d'utilité collective, etc.), celui-ci reste extrêmement élevé dans les nouveaux Länder, oscillant dès 1992 autour de 15 %, pour un nombre total de chômeurs de l'ordre de 1,2 million.

Parallèlement, les salaires augmentent à l'Est proportionnellement plus vite que la productivité du travail, atteignant en moyenne, en 1998, 70 % du niveau ouest-allemand pour une productivité à peine supérieure à la moitié de celle de l'Ouest.

Les transferts financiers massifs d'Ouest en Est (140 milliards de marks en moyenne annuelle) obligent le gouvernement Kohl à recourir à l'impôt. Le fossé entre Allemands de l'Ouest pressurés et Allemands de l'Est, mal payés et mal aimés, s'approfondit et l'endettement public s'accroît considérablement. La dette cumulée de l'État fédéral, des Länder et des communes passe de mille milliards de marks en 1989 à plus de deux mille milliards en 1998.

Après avoir pleinement profité de la demande est-allemande au début de la décennie, l'économie ouest-allemande connaît en 1993 la récession la plus sévère de son histoire, avec une croissance négative de −1,9 % du PIB. Dans les années suivantes, la reprise de la croissance ne permet pas de résorber le chômage qui frappe de 2,5 à 3 millions de personnes à l'Ouest. La croissance, au départ plus élevée à l'Est avec un taux de l'ordre de 8 % à 10 % de 1992 à 1994, s'essouffle à partir de 1995 et tombe aux alentours de 2 % de 1996 à 1998. Unification et chômage permettent une vague de dérégulations au cours de la décennie, qui, à l'occasion, met à mal le « consensus social » proverbial des Allemands.

3.2. La première coalition SPD-Verts du chancelier Schröder (1998-2002)

Plus nettement encore que celles de 1994, les élections fédérales de septembre 1998 montrent, que tout en évoluant vers un pluripartisme modéré (5 partis sont représentés, pour la deuxième fois consécutive, au Bundestag), l'Allemagne reste gouvernable : SPD (40,9 % des voix) et Verts (6,7 %) ont, à eux seuls, la majorité des sièges au Parlement fédéral, leur permettant de former un gouvernement. Face à une alternative crédible, au bout de seize années de gouvernement Kohl, les électeurs allemands votent nombreux (avec un taux de participation de 82,3 %) et les partis d'extrême droite restent insignifiants, démentant certaines craintes nées au début des années 1990 avec la montée de la violence xénophobe (1,8 % pour Die Republikaner). Le succès du SPD de Gerhard Schröder ramène la CDU-CSU (35,2 %) à son niveau électoral le plus bas depuis 1950.

Après avoir mené sa campagne électorale au centre, Gerhard Schröder est élu chancelier en octobre 1998 par une coalition SPD-Verts nettement plus à gauche. Il engage une politique de réduction du déficit budgétaire, de lutte contre le chômage et de modernisation prudente alors que son ministre des Finances, Oskar Lafontaine, qui est en même temps président du SPD, défend une politique néo-keynésienne plus délibérément sociale. Le conflit entre les deux hommes trouve sa solution en mars 1999, quand Oskar Lafontaine démissionne brutalement de ses fonctions de ministre et de président de parti. Hans Eichel le remplace au ministère des Finances et Schröder prend la tête du SPD en avril. En mai, Johannes Rau (SPD) succède au chrétien-démocrate Roman Herzog (qui avait succédé en 1994 à R. von Weizsäcker) à la présidence de la République. À la direction des Affaires étrangères, Joschka Fischer (Bündnis 90/Die Grünen) s’affirme comme un fin (et très populaire) diplomate dans la tradition de ses prédécesseurs libéraux.

Des résultats en demi-teinte

Dès 1999, la coalition SPD-Verts parvient à faire adopter, au prix de quelques concessions, deux de ses projets de réformes les plus emblématiques : elle négocie avec les producteurs d'énergie une sortie du nucléaire civil étalée sur vingt ans et innove en introduisant le droit du sol dans un Code de la nationalité fondé depuis 1913 uniquement sur le droit du sang. En revanche, les résultats sont moins probants en matière économique et sociale. La politique d'austérité budgétaire menée par le ministre des Finances, Hans Eichel, qui se donne pour objectif de faire 190 milliards de marks d'économies de 2000 à 2003, ne suffit pas, début 2002, à éviter à l'Allemagne un rappel à l'ordre de la Commission européenne, l'ensemble de ses déficits publics frôlant le seuil des 3 % du PIB autorisé par le pacte européen de stabilité. Le gouvernement fédéral met ce dérapage au compte de l'endettement des Länder et propose un « pacte national de stabilité » entre l'ensemble des collectivités territoriales. Malgré un « pacte pour l'emploi » qui convie, sous l'égide du chancelier, les partenaires sociaux à élaborer en commun des solutions aux problèmes de la croissance et de l'emploi, le gouvernement ne parvient pas davantage à faire décroître durablement le chômage. Le gouvernement ne réussit pas non plus à faire décoller l'économie des nouveaux Länder, malgré les effets positifs des multiples aides gouvernementales et des transferts financiers effectués de l'Ouest vers l'Est. Le fossé entre l'Est et l'Ouest n'est toujours pas comblé, ce qui explique largement les succès électoraux du PDS qui recueille, comme parti post-communiste, entre 20 % et 25 % des suffrages.

Le déclin du gouvernement Schröder (2002-2004)

Tenue pour perdante avant l'été 2002, la coalition gouvernementale dirigée par le chancelier Schröder l'emporte pourtant, lors des élections législatives de septembre, d'une très courte longueur sur l'alliance forgée par les chrétiens-démocrates, conduits par le ministre-président bavarois Edmund Stoiber (CSU) et les libéraux. Le SPD et la CDU-CSU réalisent, à 6 000 voix près, le même score : 38,5 % des voix, tandis que les Verts (9 %) l'emportent nettement sur les libéraux (7,4 %).

En plein campagne électorale, G. Schröder avait fait des réformes du marché du travail – rapidement élaborées par une commission présidée par Peter Hartz –, la panacée de la lutte contre le chômage, qui atteignait la barre des 4 millions au mois de juillet. L'application en revenait au nouveau ministre de l'Économie, Wolfgang Clement, ancien ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie. La classe politique allemande est divisée sur les réformes à mener. Le chancelier, soutenu par les Verts, privilégie les mesures structurelles contenues dans le programme intitulé Agenda 2010, et destinées à assouplir le marché du travail tout en allégeant le coût de l'État providence. Les syndicats et l'aile gauche du SPD réclament un plan de relance de l'économie.

Fin 2004, la mise en œuvre du module Hartz IV, prévoyant la fusion du système d'indemnisation des chômeurs de longue durée et de celui de l'assistance sociale, met le feu aux poudres. La réforme est particulièrement impopulaire en Allemagne de l'Est, où les chômeurs réclament la démission du chancelier. Lors de toutes les élections régionales, le SPD essuie des échecs cinglants : − 10,3 points en Hesse et − 14,5 points en Basse-Saxe en février 2003, − 6 points à Hambourg en février 2004, − 13,6 points en Sarre, − 7,4 points dans le Brandebourg en septembre 2004. L'opposition détient, dès février 2003, 41 des 69 mandats du Bundesrat, sans lequel aucun projet de loi important ne peut être voté. En septembre 2003, les élections en Bavière se sont transformées en triomphe pour Edmund Stoiber (CSU : 60,7 %), tandis que le SPD (19,6 %) essuyait un revers de plus. Lors du congrès du SPD à Bochum (novembre 2003), de nombreux délégués expriment leur malaise face à la fuite des adhérents (− 300 000 sur dix ans), aux échecs électoraux répétés du parti et face à la politique du gouvernement, qu'ils jugent contraire aux principes fondateurs de la social-démocratie : solidarité et équité sociale. Ils réélisent néanmoins Gerhard Schröder à la présidence du SPD avec 80,8 % des suffrages (8 points de moins qu'en 2001). En mars 2004, ce dernier en démissionne au profit de Franz Müntefering dans l'espoir de rétablir un minimum de confiance avec la base du parti et les syndicats.

En mai 2004, l'élection à la présidence fédérale de Horst Köhler, ancien directeur général du FMI, soutenu par les chrétiens-démocrates et les libéraux, traduit l'évolution du rapport de forces en Allemagne. Aux élections européennes de juin 2004, le SPD est à nouveau sanctionné (− 9,2 points), mais la CDU-CSU – parti traditionnellement pro-européen –, l'est également (− 4,2 points), parce que jugée favorable à un train de réformes sociales plus drastiques encore que celles du gouvernement. Les élections de Saxe sont l'occasion en septembre 2004 d'évolutions inattendues : le SPD – clairement distancé par le parti post-communiste, le PDS (23,6 %) – ne dépasse pas 10 % des suffrages et reste loin derrière la CDU (41,1 %) ; il entre pourtant au gouvernement, la CDU ayant besoin de son appoint pour constituer le gouvernement. En février 2005, le SPD ne perd, lors des élections régionales du Schleswig-Holstein, que 4,4 points, les Verts restant stables. Malgré le succès des chrétiens-démocrates (+ 5 points), ceux-ci ne détiennent pas avec les libéraux la majorité des suffrages pour gouverner. Chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates sont alors contraints de former ensemble à Kiel un gouvernement de grande coalition, dirigé par Peter Harry Carstensen (CDU). En mai 2005, l'échec cuisant du SPD aux élections régionales de Rhénanie du Nord-Westphalie (37,1 % des suffrages [− 5,7 points] contre 44,8 % à la CDU [+ 7,8 points]) – Land le plus peuplé d'Allemagne et bastion social-démocrate depuis une quarantaine d'années – pousse le chancelier Gerhard Schröder à convoquer des élections législatives anticipées.

3.3. La « grande coalition » de la chancelière Angela Merkel (2005-2009)

Le 18 septembre, les deux grands partis perdent tous deux des voix : − 4,3 points pour le SPD, avec 34,2 % des suffrages, et − 3,3 points pour la CDU-CSU, avec 35,2 % des suffrages. Malgré la nette progression du FDP (+ 2,5 points, 9,8 % des voix), cela ne suffit pas à former un gouvernement chrétien-libéral. Sur la gauche de l’échiquier politique, une nouvelle formation fait son entrée au Bundestag, Die Linke (« la Gauche »), issue de l'alliance entre le PDS et une initiative qui se présente – au nom de l'équité sociale – comme une alternative à la social-démocratie (WASG). L'ancien président dissident du SPD, O. Lafontaine, en assume la présidence, avec Lothar Bisky, et la direction du groupe parlementaire au Bundestag avec Gregor Gysi. Avec 8,7 % des suffrages, Die Linke occupe la quatrième place au Bundestag devant les Verts (8,1 %) et derrière le FDP, un succès qui sera renouvelé (dans une moindre mesure cependant) lors de plusieurs élections régionales (Brême, Basse Saxe, Hesse, Hambourg) en 2007 et 2008.

Finalement, après deux mois de négociations et de multiples péripéties, Angela Merkel, dont le discours crûment néolibéral avait effrayé plus d'un sympathisant chrétien-démocrate, est élue, le 22 novembre 2005, chancelière d'Allemagne à la tête d'une « grande coalition » CDU-CSU et SPD sur un programme empreint de la marque social-démocrate plutôt que libérale, mais non sans contradictions : des mesures de relance de l'économie peuvent en effet être neutralisées par des mesures d'austérité.

Angela Merkel a pour vice-chancelier Franz Müntefering, nommé aux Affaires sociales, mais celui-ci abandonne, en cours de négociations, la présidence du SPD au ministre-président du Brandebourg, Matthias Platzeck, en raison de querelles intestines entre droite et gauche du parti.

Les principaux enjeux

Un premier train de réformes du fédéralisme redéfinit les compétences du pouvoir central et des Länder auxquels revient, à nouveau presque exclusivement, la compétence en matière d'éducation et de culture ; l'interdiction de fumer dans les lieux publics est réglée par un accord entre Länder, alors que la fédération avait cru pouvoir légiférer dans ce domaine (l'Allemagne est un des derniers pays européens à adopter cette mesure). Un deuxième train de réformes, beaucoup plus délicates parce que touchant à la répartition des impôts entre fédération, Länder et communes, est à l'étude. La réforme du système de santé prévoit la mise en place d'un fonds alimenté par les cotisations et assurant le financement des caisses d'assurance-maladie.

À mi-parcours, la « grande coalition » fait de la lutte contre le réchauffement climatique un de ses principaux chevaux de bataille. Les chrétiens-démocrates redécouvrent dans ce contexte la « sortie de la sortie du nucléaire » ; ils souhaitent prolonger la durée de fonctionnement des centrales nucléaires les plus modernes et les plus récentes au-delà de ce que prévoit la loi votée en son temps par le SPD et les Verts. Le sujet est d'autant plus brûlant qu'une ancienne secrétaire d'État verte, Margareta Wolf, et même J. Fischer, estiment qu'il n'est pas possible de fonder la politique énergétique d'une grande puissance industrielle sur les seules énergies renouvelables et que le refus de prendre en compte le nucléaire civil et la houille conduit à une « impasse stratégique ».

La « grande coalition » met également au centre de ses préoccupations une meilleure insertion de la population immigrée en Allemagne tout en prônant une politique d'immigration choisie. Dans le même temps, l'Allemagne est confrontée à la question de la pauvreté croissante des enfants et des jeunes et à la précarisation de certaines catégories de retraités, une conséquence directe d'une des réformes mise en œuvre dans le cadre de l'Agenda 2010 du chancelier Schröder (Hartz IV). Dans un contexte de morosité sociale, malgré un recul sensible du chômage (moins de 3,5 millions de chômeurs en 2008 contre 4,5 millions en 2006) qui devrait se confirmer en 2009, malgré la crise financière, l'Allemagne, réputée être un des pays le moins touchée par les grèves, en a connu au cours des années 2007-2008. Les plus spectaculaires ont frappé, à l'initiative du Syndicat des conducteurs de locomotives (GdL), le secteur des chemins de fer.

3.4. Le nouveau rôle international de l'Allemagne depuis l'unification

De nouvelles responsabilités

En 1994, alors que les derniers soldats russes quittent le territoire est-allemand, le tribunal constitutionnel de Karlsruhe autorise l'armée fédérale à intervenir en dehors de la zone de l'OTAN, dès l'instant que l'Allemagne agit de concert avec ses alliés, sous le couvert d'un mandat international et avec l'assentiment du Bundestag. À partir de 1995, la Bundeswehr s'engage ainsi dans des opérations de contrôle en mer et dans les airs dans le cadre des conflits dans l'ex-Yougoslavie. Dès lors, les missions et les nouvelles responsabilités de l’Allemagne se multiplient et se précisent : le 25 février 1999, le Bundestag décide avec les voix du SPD, de la CDU-CSU, du FDP et de la majorité des députés Verts de participer aux opérations militaires de l'OTAN dans le cadre du conflit du Kosovo même si les partis de la coalition SPD-Verts, traditionnellement pacifistes, ne suivent le gouvernement Schröder que pour des raisons humanitaires.

Après les attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement Schröder soutient sans réserve la politique des États-Unis en Afghanistan et autorise la participation d'une unité de soldats d'élite (151 hommes) aux côtés des troupes américaines. Un millier de soldats participent à l'ISAF en Afghanistan (4 955 en 2010) où des avions de reconnaissance Tornado sont envoyés à compter du printemps 2007 tandis que la Marine fédérale, est associée à l’opération Active Endeavor de l’OTAN contre le terrorisme international mise en place depuis 2001.

En 2002, 7 000 soldats allemands participent dans les Balkans à des missions de maintien de la paix ou d'interposition : KFOR au Kosovo avec 1 400 soldats (maintenus en 2010) SFOR en Bosnie-Herzégovine, Amber Fox en Macédoine. C'est dans la logique de cette prise de responsabilité croissante que le chancelier Schröder réclame en 2005, dans le cadre de la réforme de l'ONU, un siège permanent pour l'Allemagne au Conseil de sécurité. L'Allemagne affiche désormais son souci de n'être plus simplement un partenaire fiable mais encore un partenaire qui prend part à la décision et s'implique, par ses propositions, dans la solution des conflits comme en témoignent les voyages de F.-W. Steinmeier, ministre des Affaires étrangères SPD, en Israël et en Palestine en juillet 2006 sur fond de guerre au Liban, en Syrie en décembre 2006, sur fond de crise avec l'Iran.

L'Europe, les États-Unis et la France

La politique étrangère de l'Allemagne cherche à satisfaire des obligations sinon d'égale priorité, du moins complémentaires : poursuivre l'intégration européenne – avec la ratification des traités de Maastricht (1993) et d'Amsterdam (1997) et la mise en route de la monnaie européenne (malgré des réticences notoires de l'opinion allemande, hostile à plus de 60 % à la disparition du Deutsche Mark) – et en permettre l’approfondissement et l'élargissement aux pays de l'Est (effective en 2004), avec lesquels elle faisait déjà plus de commerce qu'avec les États-Unis, ses exportations vers ces derniers ayant été quadruplées en une douzaine d'années.

Le maintien du lien transatlantique n’exclut pas le développement parallèle, sous couvert de l'OTAN, d’une défense européenne propre. Après avoir déjà refusé de participer à la première guerre du Golfe (1990-1991) autrement que par un soutien financier et la mise à disposition de l'Alliance de matériels militaires, l'intervention américaine en Iraq (2003) est considérée comme une agression contraire au droit international, puisque non couverte par un mandat de l'ONU. Le chancelier Schröder prend ainsi, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne depuis 1945, le risque d'une crise majeure de confiance avec les États-Unis. Inédite, cette prise de position choque les plus anciens parmi les chrétiens-démocrates, restés reconnaissants aux Américains d'avoir protégé l'Allemagne contre le danger communiste pendant la guerre froide.

Le conflit irakien, s'il distend momentanément les liens entre l'Allemagne et les États-Unis, rapproche en revanche l'Allemagne de la France, comme cela apparaît lors de la célébration du quarantième anniversaire du traité de l'Élysée, le 22 janvier 2003. À cette occasion, un secrétariat général chargé de coordonner la coopération franco-allemande est mis en place : il a vocation à préparer non plus de simples « sommets franco-allemands » mais de véritables conseils des ministres franco-allemands, chargés en particulier d'élaborer des propositions communes pour faire avancer l'intégration européenne.

Pratiquant un parler plus franc que diplomatique, notamment sur la politique nucléaire de l'Iran ou sur la prison de Guantánamo, Angela Merkel cherche à renforcer le lien transatlantique avec les États-Unis et marque une plus grande distance par rapport à la Russie, à qui elle reproche de faire cavalier seul dans le domaine de la politique énergétique et se situe, en matière de relations avec la France, davantage dans la continuité du gouvernement Schröder, qui les voulait privilégiées sans être exclusives.

3.5. L'érosion des grands partis et le retour des libéraux

Confirmant la tendance observées lors des élections européennes du 7 juin, les élections législatives de septembre 2009 voient les deux grands partis, CDU-CSU et le SPD, s'éroder au profit des petites formations. Bien qu'arrivés en tête, les conservateurs enregistrent un nouveau recul, 33,8 % des voix et 239 sièges au Bundestag – résultat dû aux pertes particulièrement sévères enregistrées par la CSU, qui affiche son plus mauvais score lors d'une élection législative (6,5 %). Mais leur partenaire, le SPD, essuie de son côté une cinglante défaite : 23 % (146 sièges), son plus mauvais résultat de l'après-guerre.

Ces élections marquent la fin de la « grande coalition ». Les libéraux (FDP) de Guido Westerwelle, portés par le meilleur score de leur histoire – 14,6 %, soit 93 sièges – sont appelés à devenir les nouveaux partenaires de la chancelière Angela Merkel. La gauche radicale, Die Linke, progresse avec 11,9 % des voix (76 sièges) ; elle est suivie par les Verts (Die Grünen), qui réalisent leur meilleur score : 10,7 % (68 sièges).

Le 24 octobre, au terme de trois semaines de négociations, les unions chrétiennes CDU-CSU et le FDP trouvent un compromis sur un programme de gouvernement dont les principales mesures – allègements fiscaux pour un montant total de 24 milliards d'euros d'ici 2013, augmentation des allocations familiales, augmentation du budget de l'Éducation nationale – lui confèrent une forte orientation sociale malgré les pressions exercées par les libéraux. Parmi les quatorze membres du futur gouvernement, Wolfgang Schäuble (CDU) est nommé aux Finances, Rainer Brüderie (FDP) à l'Économie ; le ministère de la Défense revient au jeune conservateur bavarois Karl-Theodor zu Guttenberg, la diplomatie échoue à G. Westerwelle, également vice-chancelier.

Une coalition fragilisée à mi-mandat

En l'espace d'une année, le recentrage de la CDU sur des valeurs plus conservatrices est confirmé à l’occasion de la réélection de A. Merkel à la tête du parti, le 15 novembre 2010. Cependant, les hésitations de la chancelière sur la question de l’énergie nucléaire – prolongation de la durée de vie des centrales puis arrêt des plus anciennes à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en mars 2011– contribuent, après la perte de Hambourg en février, à la défaite historique de la CDU aux élections régionales au Bade-Wurtemberg (27 mars) que ce parti gouvernait depuis 1953.

Alors que les grands vainqueurs de ce scrutin sont les Verts qui doublent leur score avec plus de 24 % des voix et accèdent pour la première fois à la présidence d’un Land, les libéraux reculent également fortement et conservent de justesse quelques représentants – un retournement en leur défaveur qui se confirme dans la plupart des Länder disputés, leur parti étant éliminé dans cinq parlements régionaux sur sept. L’abandon de l’énergie nucléaire (d’ici 2022) finalement officialisé en mai n’empêche pas un nouvel échec de la CDU en septembre au Mecklembourg-Poméranie Occidentale puis à Berlin, où le maire social-démocrate sortant est reconduit pour un troisième mandat et où les Verts effectuent, avec plus de 17 % des voix, une nouvelle percée.

3.6. L’Allemagne et la crise de la zone euro

Mettant en avant les effets positifs des réformes « structurelles » entreprises dès les années 2002-2004 sur la compétitivité de l’économie allemande, le gouvernement de A. Merkel poursuit dans la voie de la rigueur et parvient à l’équilibre budgétaire en 2012. Après avoir adopté un plan de relance pour affronter la récession de 2008-2009 et connu une reprise en 2010 grâce à ses exportations, l’Allemagne (qui a intégré cette « règle d’or » en 2009) exige de ses partenaires de la zone euro la discipline budgétaire en échange de sa solidarité financière. Opposé à l’idée d’une « mutualisation » des dettes souveraines par l’émission d’euro-obligations, Berlin privilégie ainsi le Mécanisme européen de stabilité (MES, dont elle est le premier contributeur) et le pacte fiscal (« Traité de stabilité, de coordination et de gouvernance »), adoptés par les États membres de la zone euro et par l’UE en février et mars 2012 et avalisés par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe en septembre.

En partie grâce à la compétitivité de son industrie sur les marchés extra-européens (Chine et États-Unis notamment) – alors que les exportations dans les pays de l’UE les plus touchés par la crise sont menacées – l’économie allemande échappe à la récession et le taux de chômage est réduit à 5,5 %. Cette situation « exemplaire » s’explique également par les effets du plan « Hartz IV » (2005), qui a entraîné une restriction drastique de l’indemnisation du chômage, ainsi que par un accord entre le gouvernement, le patronat et les partenaires sociaux, portant sur le travail à temps partiel.

Le revers de la médaille réside dans l’augmentation prononcée de la précarité, illustrée notamment par les « mini-jobs » peu qualifiés et mal rémunérés. L’augmentation du nombre de travailleurs pauvres se reflète ainsi dans l’augmentation tendancielle du « taux de risque de pauvreté » entre 2008 et 2011 et conduit la chancelière à envisager l’introduction négociée d’un salaire minimum dans les branches qui en sont dépourvues, contre l’avis de ses alliés libéraux.

Si la CDU et la coalition au pouvoir subissent de nouveaux revers électoraux en Westphalie-Rhénanie du Nord en mai 2012, et (dans une moindre mesure) en Basse Saxe en janvier 2013, la forte popularité de la chancelière, plébiscitée par son parti à l’issue de son congrès de décembre, reste intacte dans la perspective des élections législatives de septembre 2013.

3.7. Le troisième mandat d’Angela Merkel

Ce scrutin est avant tout une victoire personnelle pour la chancelière : la CDU arrive largement en tête (34,1 % des voix et 255 sièges), retrouvant son niveau de 1994. Rassemblant 311 sièges sur 631 avec la CSU, les conservateurs frôlent la majorité absolue. En revanche, ne franchissant pas le seuil de 5 % des voix nécessaire pour siéger, le FDP est éliminé du Bundestag pour la première fois depuis sa fondation en 1948. De son côté, le SPD obtient 193 sièges avec 25,7 % des suffrages, un résultat légèrement meilleur qu’en 2009, mais une maigre consolation (de même que sa récupération aux élections régionales de Hesse avec 30,7 % des voix) pour un parti qui reste en perte de vitesse et connaît une crise idéologique profonde. Par ailleurs, aussi bien les Verts que Die Linke reculent.

Outre la défaite historique des libéraux, une autre nouveauté de ces élections est la première apparition du parti « eurosceptique », Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui obtient 4,7 % des suffrages, contribuant à la dispersion de plus de 15 % des voix sur des formations sans représentation.

Ayant perdu son allié libéral, A. Merkel doit engager des négociations ardues en vue de former son gouvernement. Une entente avec les Verts ayant été écartée, la CDU-CSU parvient à un accord avec le SPD, acceptant d’infléchir sa position, en particulier concernant l’adoption d’un salaire minimum universel à partir de 2015 et la lutte contre la précarité. Un nouveau gouvernement de « grande coalition », comprenant notamment le président du parti social-démocrate Sigmar Gabriel au poste de vice-chancelier et à la tête d’un grand ministère de l’Économie et de l’Énergie, entre en fonctions le 17 décembre.

La question des migrants et la percée « populiste »

Au cours de l’année 2015, l’Allemagne devient la première destination (outre la Suède) des réfugiés empruntant la « route des Balkans » après avoir quitté la Turquie pour atteindre les îles grecques. Pour leur plus grande part, ces migrants fuient la guerre en Syrie ou la reprise des combats en Afghanistan et en Iraq.

Face à cette vague migratoire – plus d’un million de demandeurs d’asile dont 39 % de Syriens –, le gouvernement met en place une politique d’accueil et d’intégration soulignant notamment, au-delà de l’impératif humanitaire, les avantages économiques à moyen et long terme de cette immigration. Celle-ci suscite cependant des résistances et des tensions dans la société allemande et devient l’un des principaux thèmes du débat politique.

Même si, devant l’afflux de migrants, la chancelière doit revenir en partie sur ses engagements, cette politique d’ouverture est contestée et entraîne une progression des tendances xénophobes et islamophobes qui s’étaient déjà exprimées à travers plusieurs manifestations organisées par le mouvement d’extrême droite Pegida (« Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident »), fondé en 2014 à Dresde. Elle divise le camp conservateur et donne surtout l’occasion au parti AfD de poursuivre son implantation dans le pays en exploitant avec succès cette méfiance. En mars 2016, ce dernier réalise ainsi une percée aux élections municipales en Hesse (environ 12 % des voix) et régionales en Rhénanie-Palatinat (12,6 %), au Bade-Wurtemberg (autour de 15 %) et surtout en Saxe-Anhalt où il obtient plus de 24 % des suffrages.