Peuplé entre les XIe et Ier s. avant J.-C. par diverses tribus d'origine nordique, le territoire de l'Allemagne ne recouvre qu'approximativement celui de l'ancienne Germanie. Contenu à l'est du Rhin par Rome, il est très partiellement romanisé autour de Cologne et de Mayence avant de former, après une progressive christianisation, l'une des deux grandes entités de l'Empire d'Occident après le partage de l'empire carolingien (traité de Verdun) au IXes. puis le cœur du Saint Empire romain germanique.
La domination de l'empereur n'est toutefois que nominale, la féodalité favorisant la prééminence des princes électeurs et les rivalités entre grandes familles dont celle des Hohenstaufen, dynastie souabe qui, après les deux grandes dynasties saxonne et franconienne (Xe-XIIes.), s'impose aux XIIe-XIIIe s., mais qu'affaiblissent ses ambitions en Italie et la reprise de la lutte contre la papauté.
Toute centralisation étant en fait écartée, l'Allemagne, devenue le foyer de la Réforme luthérienne au XVIe, échappe largement à la suzeraineté des Habsbourg, nouveaux maîtres du Saint Empire.
Se détachent alors, au début du XVIIIe s., la Prusse et la dynastie protestante des Hohenzollern, à l'origine de l'unification, œuvre tardive du chancelier Bismarck en 1862-1866, réalisée contre l'Autriche (→ bataille de Sadowa, 1866) mais aussi scellée par un conflit avec la France en 1870-1871 (→ guerre franco-allemande).
Le pangermanisme contribue à l'exacerbation des tensions internationales et à l'entrée de l'Allemagne dans la guerre de 1914-1918 (→ Première Guerre mondiale), puis, aggravé par les conditions du traité de Versailles et la crise économique de 1929, à l'avènement du national-socialisme et à la Seconde Guerre mondiale dont l'issue est la division en deux États. La fin de la guerre froide permet la réunification des deux Allemagnes en 1990.
Sous la pression d'envahisseurs slaves et asiatiques venus de l'est, diverses peuples barbares d'origine nordique, appelés Germains par les Romains, s'installent de part et d'autre du Rhin. L'empereur Auguste veut annexer la Germanie : Drusus et Tibère en entreprennent la conquête de la rive droite du Rhin jusqu'à la Weser puis l'Elbe entre 12 et 8 avant J.-C. Devant la résistance des Germains – inaugurée par la défaite des légions de Varus face au Chérusque Arminius à la bataille de Teutoburg (→ Teutoburger Wald), en l'an 9 après J.-C. –, les Romains se retirent sur le Rhin, dans un territoire qui sera divisé en deux provinces, la Germanie inférieure dont le chef-lieu est Cologne (Colonia Claudia Ara Agrippinensis) et la Germanie supérieure dont le siège du légat est à Mayence (Moguntiacum).
À la suite de son expansion au-delà du Rhin à partir de la fin du Ve siècle, le royaume franc englobe Alamans, Thuringiens, Bavarois, Saxons…, populations germaniques qui, grâce à l'action de missionnaires venus de l'Occident, se convertissent progressivement au christianisme. Les plus réfractaires, les Saxons, sont soumis et christianisés de force par Charlemagne.
800 : Charlemagne fonde l'empire d'Occident, avec pour capitale Aix-la-Chapelle, auquel sont intégrés les Germains.814-840 : sous Louis le Pieux, l'unité impériale résiste mal à la tradition germanique des partages. Son fils Louis le Germanique reçoit, dès 817, le titre de roi, et fait de la Bavière le centre de son royaume.Pour en savoir plus, voir l'article Moravie.
le duc de Saxe Henri l'Oiseleur (919-936) s'assure le pouvoir royal. Tandis qu'il ramène la Lorraine dans la mouvance germanique, il crée un système militaire remarquable et lutte avec succès contre les Slaves, les Hongrois et les Danois.
936-973 : son fils et successeur Otton Ier renoue avec la tradition carolingienne en se faisant sacrer roi à Aix-la-Chapelle ; d'autre part, il s'empare de la « couronne de fer » d'Italie (951) et, en reprenant le titre impérial, il fonde à Rome (962) ce qui deviendra le Saint Empire romain germanique, qui durera jusqu'au début du XIXe s. (la dénomination « saint empire romain » s'imposera au XIIe s. et la référence à son caractère « germanique » n'apparaîtra qu'au XVe s.).973-1024 : comme Otton Ier, Otton II (roi de Germanie en 961, empereur en 967), qui règne de 973 à 983, Otton III (roi en 983, empereur en 996) et Henri II (roi en 1002, empereur en 1014) s'efforcent d'affaiblir les grands féodaux en s'appuyant sur le clergé et la petite noblesse. En fait, ils précipitent l'émiettement de l'Allemagne : le pouvoir central qu'ils établissent est trop embryonnaire. Le pays est condamné à n'être longtemps qu'une expression géographique. Le titre de « roi des Romains » (Rex Romanorum) apparaît.Conrad de Hohenstaufen, duc de Souabe, est élu empereur sous le nom de Conrad III (1138-1152) par les Grands Électeurs, effrayés de la puissance acquise par Henri le Superbe. De cette rivalité entre les Staufen et les Welfs (→ Guelfes) – les deux familles dont sont issus respectivement ces deux princes –, une longue lutte s'engage entre les deux camps, lutte qui recouvre aussi en Allemagne l'opposition existant entre les partisans de la poussée germanique vers l'est (→ Drang nach Osten) et ceux de la monarchie universelle orientée vers Rome (Expeditio romana). En fait, les Hohenstaufen laissent aux Welfs comme Henri le Lion, fils de Henri le Superbe, la mission de germaniser et d'évangéliser les Slaves des Marches de l'Est (action qui sera poursuivie au XIIIe s. par l'ordre Teutonique fondé en 1190), tandis qu'eux-mêmes s'orientent vers l'Italie, dont ils sont rois.
1152-1190 : neveu et successeur de Conrad III, Frédéric Ier Barberousse se fixe comme objectifs : le rétablissement de l'autorité impériale en Allemagne et en Italie, l'affirmation de la suprématie du pouvoir impérial sur celui des autres rois d'Occident, la limitation du pouvoir pontifical au domaine spirituel. En Allemagne, il brise la puissance d'Henri le Lion ; en Italie, il se heurte aux papes, et notamment à Alexandre III. Ainsi reprend un vieux conflit connu sous le nom de lutte du Sacerdoce et de l'Empire (1154-1250). Quand Frédéric part pour l'Orient, où il va mourir, ses tentatives de domination sur l'Italie du Nord ont échoué.1190-1212 : Henri VI le Sévère (ou le Cruel) poursuit la politique de son père Frédéric Ier en Italie, en Sicile notamment, qu'il cherche à unir à l'Empire, et aussi en Allemagne, où il doit lutter de nouveau contre Henri le Lion, qui, rentré d'exil, fomente une nouvelle révolte groupant les Welfs et la féodalité rhéno-westphalienne. À la diète de Mayence (1196), il essaie de faire admettre l'hérédité impériale ; il ne peut que faire élire son fils Frédéric II, alors âgé de deux ans, roi des Romains. En 1212, ce dernier est réélu à Francfort puis couronné roi des Romains à Mayence. Mais les vrais insignes royaux sont encore aux mains du Welf Otton IV, empereur depuis 1209.1214-1220 :Frédéric II, élevé (sous la tutelle du pape Innocent III) en Sicile dont il est roi depuis 1198, est davantage attaché à cette île qu'à l'Allemagne, où cependant, avec l'appui du pape, il doit lutter contre ses compétiteurs au trône impérial. Allié à Philippe Auguste, il profite de la défaite de son rival Oton IV de Brunswick (→ bataille de Bouvines, juillet 1214) pour s'imposer face à ce dernier et, se fait de nouveau couronner roi des Romains (1215) à Aix-la-Chapelle puis empereur à Rome (1220).
1220-1250 : le règne de Frédéric II est une longue lutte contre la papauté, cependant que le mariage de l'empereur avec Isabelle d'Angleterre marque la réconciliation des Hohenstaufen avec les derniers Welfs. Mais cette lutte est transposée en Italie dans la guerre civile entre guelfes (partisans du pape) et gibelins (partisans de l'empereur). Le concile de Lyon (1245) dépose Frédéric II, qui meurt cinq ans plus tard, laissant l'Allemagne et l'Italie en proie à l'anarchie.Pour en savoir plus, voir les articles Hohenstaufen, Sicile.
La mort de Frédéric II a non seulement consacré l'effondrement des Hohenstaufen, la faillite de l'idéal de monarchie universelle, mais aussi la rupture définitive des liens entre l'Allemagne et l'Italie.
Durant le Grand Interrègne, l'Allemagne n'est plus qu'une mosaïque d'États. Dans l'anarchie générale, ne subsiste qu'une seule puissance durable : la Hanse (ou Ligue hanséatique, née en 1241 et étendue en 1281), qui fait la richesse des villes marchandes de la mer du Nord et de la Baltique (Lübeck, Brême, Hambourg) et aussi de celles du Rhin (Francfort, Strasbourg).
D'autre part se constituent quelques ensembles territoriaux, notamment ceux des maisons de Luxembourg, de Brandebourg et de Habsbourg, promises à un grand avenir.
Tandis que la souveraineté de l'empereur se réduit constamment – les liens, ténus avec l'Italie et la Suisse, se distendent également avec la Bourgogne, la Prusse orientale et la Bohême –, l'empereur voit son pouvoir diminuer en Allemagne même. La diète d'Empire comprend trois collèges : Électeurs, princes, villes, qui délibèrent séparément, les décisions étant soumises à une assemblée générale ; votées, elles sont présentées à l'empereur, qui les ratifie par un édit. En fait, ces décisions sont souvent contestées si l'unanimité n'est pas réalisée, le principe du vote majoritaire n'ayant pu être imposé.
Vers
1439 : présenté au concile de Bâle, un plan de réorganisation politique anonyme, dit Reformatio Sigismundi, tente de restaurer l'autorité impériale ; seuls quelques articles concernant les tribunaux sont mis à exécution.1440 : chef de la maison des Habsbourg, Frédéric III de Styrie (1440-1493), cousin d'Albert II, est élu roi des Romains et empereur. Il est le dernier souverain allemand qui soit allé chercher la consécration pontificale à Rome (1452). Sans autorité réelle sur l'Allemagne, dont il se désintéresse, il voit la Bohême et la Hongrie lui échapper. Mais le mariage de son fils Maximilien avec Marie de Bourgogne (1477), héritière unique de Charles le Téméraire, assure la grandeur de la maison d'Autriche.1442-1486 : l'Empire prend le nom de Saint Empire romain germanique, Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation (de la nation allemande).1493-1519 : le règne de Maximilien Ier renforce les liens unissant les États héréditaires des Habsbourg et prépare l'énorme puissance de Charles Quint, son petit-fils. En Allemagne, Maximilien tente vainement d'organiser un pouvoir central et d'unifier le pays en y étendant les institutions autrichiennes : Reichsregiment (en 1500), Conseil aulique (Hofrat), Chambre aulique (Hofkammer), Chancellerie (Hofkanzlei), Tribunal suprême (Reichskammer). La seule réforme de portée durable est la division de l'Allemagne en six (plus tard en dix) cercles qui regroupent dans un cadre territorial tous les immédiats d'Empire (fiefs relevant directement de l'empereur). Mais sont exclus de cette division les territoires électoraux et ceux de la maison d'Autriche : celle-ci ne s'impose aux Électeurs que par sa puissance et sa richesse.1519-1556 :L'empereur Charles Quint se heurte en Allemagne à l'endémique faiblesse institutionnelle et politique de l'Empire, faiblesse que viennent aggraver les conséquences de la Réforme. En mai 1521, après avoir ouvert sa première Diète d'Empire à Worms, devant laquelle comparaît Luther, il signe le décret mettant le réformateur, excommunié en janvier, au ban de l'Empire. En 1555, la paix d'Augsbourg consacre le triomphe de la Réforme dans les États de l'Allemagne du Nord, légalisant le principe cujus regio, ejus religio, et entérine les sécularisations des biens de l'Église opérées par les princes protestants avant 1552. Quand Charles Quint abdique en 1556, l'unité de l'Empire est définitivement brisée.
1556-1564 : roi de Bohême et de Hongrie depuis 1526, roi des Romains depuis 1531, Ferdinand Ier de Habsbourg succède à son frère Charles Quint comme empereur germanique, en fait en 1556, en droit en 1558. Adversaire des protestants, élève et amis des jésuites, il travaille à la Réforme catholique en Allemagne.1564-1576 : Maximilien II, fils et successeur de Ferdinand Ier, poursuit d'abord en Allemagne la lutte contre les réformés, puis instaure un régime de tolérance qui favorise les derniers progrès des protestants.1576-1612 : Rodolphe II, fils du précédent, favorise en revanche la Contre-Réforme ; en installant sa capitale à Prague, il s'attire les sympathies des Tchèques, mais aussi l'hostilité des Allemands. Son frère Mathias l'oblige, en 1611, à renoncer à ses États héréditaires ; Rodolphe ne conserve que le titre impérial.1612-1619 : Mathias, élu empereur à la mort de Rodolphe II, choisit comme héritier son cousin Ferdinand de Styrie, catholique intransigeant. Les Tchèques se révoltent alors (→ Défenestration de Prague, 23 mai 1618). C'est le début de la guerre de Trente Ans.Pour en savoir plus, voir les articles Charles Quint, États bourguignons, Luther, Réforme, Réforme catholique (ou Contre-Réforme).
Dès le début du XVIIe s., l'Allemagne est divisée en deux camps hostiles à la fois sur le plan politique (contestations autour de l'autorité de l'empereur) et sur le plan religieux, car, outre le luthéranisme, l'introduction du calvinisme (exclu de la paix d'Augsbourg) a encore compliqué la situation confessionnelle. En face de l'Union évangélique, protestante, regroupant les villes et les princes protestants et dominée par les calvinistes dont son instigateur l'Électeur palatin Frédéric V, se dresse la Sainte Ligue, catholique, du duc de Bavière.
La guerre de Trente Ans est la conséquence de cette division entretenue par des puissances étrangères désireuses d'affaiblir le pouvoir impérial.
L'empereur Ferdinand II de Styrie (Habsbourg), petit-fils de Ferdinand Ier, se fait, durant son règne (1619-1637), le champion de la Contre-Réforme. Il renforce d'abord son autorité par la triple défaite des Tchèques (1620), du comte palatin et du roi de Danemark (1621-1629). La couronne élective de Bohême est déclarée héréditaire au profit des Habsbourg, l'Électorat palatin échoit au duc de Bavière, et l'empereur impose aux princes protestants l'édit de Restitution des biens sécularisés depuis 1552 (1629).
L'intervention suédoise (1631), l'intervention française, d'abord diplomatique (1630), puis militaire (1635), retournent la situation au détriment de Ferdinand II, puis de son fils et successeur Ferdinand III (1637-1657), qui doit accepter, en 1648, les dures conditions des traités de Westphalie, traités qui ruinent tout espoir d'unification de l'Allemagne en la morcelant en quelque 350 États.
Les « libertés germaniques » des États du Saint Empire sont placées sous la protection des puissances signataires. Par la Constitutio westfalica, le nombre des Électeurs est porté à huit : cinq catholiques contre deux luthériens et un calviniste, cinq laïques contre trois ecclésiastiques. En fait, les traités de Westphalie ratifient l'échec de la politique des Habsbourg visant à arracher l'Empire à son impuissance traditionnelle, et aussi l'échec de la Contre-Réforme en Allemagne, la paix d'Augsbourg de 1555 (cujus regio, ejus religio) étant en fait ratifiée.
Pour en savoir plus, voir les articles calvinisme, guerre de Trente Ans, luthéranisme.
La guerre de Trente Ans et les épidémies ont ruiné le pays, qui a perdu 40 % de sa population rurale et 30 % de sa population urbaine. Le grand commerce hanséatique est en voie de régression, tandis que les princes, devenus en fait indépendants, s'intéressent à l'économie moderne, encore que l'essor de celle-ci soit longtemps gêné par le manque de capitaux et la hausse des prix. C'est au XVIIIe s. que l'Allemagne est affectée par la mutation économique : l'exemple est donné par les Hohenzollern, qui transforment une principauté médiévale en État moderne.
La société allemande est alors une société d'ordres, où le clergé – divisé en plusieurs confessions – et la noblesse doivent compter avec l'importance des villes libres impériales et avec une bourgeoisie urbaine active. Cependant, les paysans constituent 80 % de la population, si bien que la société est encore, à la fin du XVIIIe s. de type ancien, paysanne et artisanale, mais le paysan de l'Ouest est plus heureux que celui de Poméranie et de Prusse, où le régime féodal sévit sous diverses formes. La révolution industrielle, qui bouleverse alors l'Angleterre, ne touche que très partiellement l'Allemagne.
Après un siècle de luttes confessionnelles, la tolérance religieuse s'établit, et on voit même se former les linéaments d'un certain œcuménisme. Le protestantisme allemand est parcouru par des courants de renouveau mystique ou de religiosité : piétisme, Frères moraves, illuminisme.
Une civilisation allemande se forge, grâce à de très vivantes universités, où l'abandon progressif du latin au profit de l'allemand contribue à créer une langue unique et aussi à favoriser le sentiment national. L'idée d'une patrie allemande commune se développe en grande partie par hostilité à la France, accusée notamment de la dévastation du Palatinat (1689). Mais la gallophobie allemande se double curieusement de gallomanie : les modes françaises, la littérature française, l'art français triomphent partout. Les villes nouvelles, les capitales d'États, les résidences princières sont souvent doublées d'un « petit Versailles ».
Cependant, la littérature et l'art proprement allemands connaissent déjà un vif éclat, notamment sous la forme du baroque.
Pour en savoir plus, voir l'article baroque.
Les derniers empereurs qui se succèdent à la tête du Ier Reich appartiennent tous, sauf Charles VII de Bavière (1742-1745), à la maison des Habsbourg : Léopold Ier (1658-1705), Joseph Ier (1705-1711), Charles VI (1711-1740), François Ier (1745-1765), dont la politique est inspirée par sa femme Marie-Thérèse, Joseph II (1765-1790, Léopold II (1790-1792), François II (1792-1806) se désintéressent en fait de l'Allemagne au profit de l'Italie et de l'Europe balkanique et danubienne. La diète germanique a beau devenir permanente (1664), elle est incapable de promouvoir une politique allemande commune.
Face aux Habsbourg catholiques se dresse l'ambition de plus en plus entreprenante d'une dynastie protestante, les Hohenzollern.
L'année 1701 est, de ce point de vue, décisive : cette année-là, l'Électeur de Brandebourg, Frédéric Ier de Hohenzollern, qui a aidé Léopold Ier durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, obtient en échange le titre de « roi de Prusse ».
Sous le règne du petit-fils de Frédéric Ier, Frédéric II le Grand (1740-1786) – type même du despote éclairé –, lui-même auteur de l'Anti-Machiavel, les Lumières allemandes (Aufklärung) se développent chez les philosophes : Qu'est-ce que les Lumières ? d'Emmanuel Kant (1784) en est l'un des textes fondamentaux. La Prusse obtient, au détriment des Habsbourg, des gains territoriaux et politiques tels qu'elle devient la principale puissance allemande.
Pour en savoir plus, voir les articles despotisme éclairé, Frédéric II, Hohenzollern.
La Révolution française de 1789 éveille d'abord en Allemagne des échos favorables. Rapidement l'inquiétude gagne l'Empire, mais les adhésions idéologiques n'affectent qu'une élite et, en général, ne franchissent pas les limites de la pensée girondine. D'autre part, trop de différences politiques et sociales séparent Allemands et Français.
Par ailleurs, la guerre, dès 1792, oppose la France à l'Autriche et à la Prusse, à l'Empire en 1793. Après les campagnes de 1796 et 1797, qui coûtent cher aux Habsbourg, il est impossible de trouver une solution aux problèmes allemands (→ congrès de Rastatt).
9 février 1801 : le traité de Lunéville, qui clôt la seconde campagne menée par les Français contre les Habsbourg en Allemagne (Moreau) et en Italie (Bonaparte), reconnaît à la France toute la rive gauche du Rhin et prévoit des dédommagements en Allemagne pour les princes ainsi dépossédés.24 mars 1803 : le recez (procès-verbal) de la diète de Ratisbonne simplifie la carte de l'Allemagne en diminuant considérablement le nombre des États.1804 : François II prend le titre d'empereur d'Autriche (François Ier).1805 : le traité de Presbourg, qui clôt la 3e coalition (→ bataille d'Austerlitz), sanctionne en fait le recez en rendant indépendants de l'autorité de l'empereur et de la diète les nouveaux rois de Bavière et de Wurtemberg, ainsi que le grand-duc de Bade.1806 : Napoléon crée la Confédération du Rhin (12 juillet). François II (Ier) délie les Allemands du serment de fidélité à l'empereur (6 août). Le Saint Empire romain germanique a vécu.La Confédération du Rhin (Rheinbund), dont Napoléon est le « protecteur », est formée de seize principautés allemandes auxquelles se joignent le royaume de Westphalie et, en 1807, le grand-duché de Varsovie. En fait, cette confédération s'avère un édifice fragile.
Vaincue par les Français au cours de la 4e coalition (→ bataille d'Iéna, bataille de Auerstedt, 14 octobre 1806), la Prusse est amputée de moitié par application du traité de Tilsit (juillet 1807).
Paradoxalement, cet effondrement est aussi le point de départ du relèvement prussien, dont les principaux artisans sont le prince Hardenberg sur le plan social, Scharnhorst dans le domaine militaire et le philosophe Fichte, dont les quatorze Discours à la nation allemande (Berlin, 1807-1808) exaltent le sentiment national.
Les universités (celle de Berlin est fondée en 1810), où les étudiants se groupent en sociétés secrètes (tel le Tugendbund), sont de puissants foyers de nationalisme.
1810-1811 : les développements du Blocus continental obligent Napoléon à annexer à l'empire français les côtes de la mer du Nord et Lübeck ; mais, si l'Allemagne souffre de la pénurie des denrées coloniales, elle peut profiter de l'effacement momentané de l'Angleterre pour développer son industrie textile.1813-1814 : à la suite des revers français en Russie, l'Allemagne, derrière la Prusse, se lance avec enthousiasme aux côtés des Alliés dans la « guerre de libération », encore que l'hostilité à la Prusse reste très forte en Rhénanie : après Leipzig (1813), Blücher franchit le Rhin. En avril 1814, le roi de Prusse entre à Paris avec le tsar.En 1815, le congrès de Vienne donne une structure nouvelle à l'Allemagne. À la place du Saint Empire est créée une Confédération germanique (Deutscher Bund) de 39 États autonomes, dont l'Autriche et la Prusse (une Prusse fortifiée et agrandie, en Rhénanie notamment). Toute l'histoire de la Confédération est marquée par la rivalité austro-prussienne. Placée sous la présidence honorifique de l'empereur d'Autriche, la Confédération a comme organe essentiel la diète de Francfort.
Au début, les deux puissances, Autriche et Prusse, ont à faire face à un fort courant libéral, hostile à la restauration de l'ancien régime fondé sur les privilèges et les particularismes. En même temps se fortifie le courant unitaire. Une grande fédération, la Burschenschaft, où dominent bourgeois et intellectuels, et de nombreuses associations d'étudiants agitent dans ce sens le pays. La répression, menée par Metternich avec l'assentiment de la Prusse (congrès de Karlsbad, 1819), étouffe la vie politique en Allemagne.
En fait, la Prusse pousse à l'unification de l'Allemagne à son profit par une action économique efficace. De 1818 à 1833 se constitue, autour d'elle et grâce à elle, une union douanière, le Zollverein qui prélude à l'unité nationale en supprimant les barrières douanières entre une vingtaine d'États.
Pour en savoir plus, voir l'article Prusse.
Pour en savoir plus, voir l'article révolutions européennes de 1848.
La Prusse, dans la lutte pour l'unité allemande qui va reprendre plus fortement que jamais, possède plusieurs atouts : sa puissance économique – qui s'affirme surtout depuis l'industrialisation des provinces rhénanes – et aussi l'action diplomatique et militaire du roi Guillaume Ier, successeur en 1861 de son frère Frédéric Guillaume IV, ainsi que celle de Bismarck, Premier ministre à partir de 1862.
Réorganisée par Moltke et Roon, l'armée prussienne prouve son efficacité contre le Danemark (→ guerre des Duchés de Slesvig, Holstein et Lauenburg, 1864) et contre l'Autriche, qui, vaincue à Sadowa (1866), doit accepter par la paix de Prague du 23 août 1866 de se retirer des affaires d'Allemagne.
Bismarck organise alors, sous l'égide de la Prusse, une Confédération de l'Allemagne du Nord, comprenant tous les États (vingt-deux) situés au nord du Main. Cette Confédération, qui durera trois ans (1867-1870), a comme président héréditaire le roi de Prusse, chef de la diplomatie et des armées. Celui-ci nomme un chancelier fédéral – Bismarck –, réel détenteur du pouvoir ; il peut dissoudre le Reichstag, élu au suffrage universel, mais non le Bundesrat (Conseil fédéral), véritable chambre haute formée de 43 délégués nommés par les souverains des États confédérés.
La Confédération se donne un drapeau national, qui unit le rouge du Brandebourg et des villes hanséatiques au blanc et noir du pavillon prussien.
Provisoirement, les quatre États de l'Allemagne du Sud – Hesse-Darmstadt (en partie), Bade, Wurtemberg, Bavière –, qui répugnent à la domination prussienne, restent en dehors de la Confédération. Mais Bismarck signe avec eux des conventions militaires qui les obligent, en cas de guerre, à marcher avec la Prusse ; il les englobe même dans le Zollverein (juillet 1867).
Il ne reste plus qu'à sceller l'unité politique du Nord et du Sud. Par une action diplomatique retorse (→ dépêche d'Ems), Bismarck amène la France à lui déclarer la guerre (juillet 1870). La guerre franco-allemande se solde par une victoire éclatante des armées allemandes. Sur les ruines de l'Empire français, l'Empire allemand (IIe Reich) est proclamé (Versailles, 18 janvier 1871). Guillaume Ier en est le premier titulaire, Bismarck le premier chancelier.
Le 10 mai 1871, le traité de Francfort cède à l'empire allemand l'Alsace et une partie de la Lorraine, et lui accorde une indemnité de 5 milliards de francs, qui vont contribuer à développer son économie.
La révolution industrielle marque alors profondément l'Allemagne.
De 25 millions d'habitants en 1815, la Confédération passe à 38 en 1870 ; cet accroissement, dû surtout à une forte natalité, crée d'ailleurs un large courant d'émigration, vers les États-Unis surtout.
L'industrialisation massive de l'Allemagne après 1850 est liée aux progrès de l'extraction du charbon dans la Ruhr (2 millions de tonnes en 1850, 12 millions de tonnes en 1870) ; à l'adoption de techniques modernes dans le textile, la sidérurgie (Westphalie, Silésie), la chimie surtout, domaine où l'Allemagne assure dès lors sa suprématie ; à l'essor du trafic ferroviaire (500 km de voies ferrées en 1840, 18 000 en 1870) ; à la meilleure navigabilité du Rhin et à la puissance des compagnies de navigation ; enfin et surtout au Zollverein, qui assure une politique économique rationnelle.
L'unité monétaire étant assurée dès 1857, le marché financier se développe, les établissements de crédit se multiplient. Après des fluctuations et des crises cycliques (celle de 1846-1847 est la plus grave), l'économie allemande profite d'une conjoncture très favorable. L'urbanisation suit le rythme de l'industrialisation. L'Allemagne des confédérations voit s'épanouir, comme les autres pays occidentaux, une puissante classe bourgeoise, privilégiée par rapport aux ruraux et aux ouvriers.
Les ruraux, qui en 1870 forment encore 64 % de la population, sont parfois des paysans aisés (Wurtemberg, Bavière) ; mais ceux de l'Est sont encore sous la domination des junkers, propriétaires de grands domaines. Ailleurs, fermiers, métayers et ouvriers agricoles constituent un prolétariat rural, qui est attiré par les villes et grossit le prolétariat industriel. L'artisanat, fort répandu en Allemagne, est de plus en plus concurrencé par la grande industrie à structure capitaliste.
Tout naturellement, au sein d'un prolétariat ouvrier de plus en plus nombreux et dont les conditions de vie sont assez misérables, les idées socialistes font rapidement leur chemin. Or les théoriciens du socialisme sont nombreux en Allemagne : Marx et Engels, dont l'influence sera prépondérante dans le mouvement ouvrier allemand ; Mgr Ketteler, évêque de Mayence, tenant d'un socialisme chrétien ; Ferdinand Lassalle, partisan d'un socialisme national protégé par l'État. En 1869, au congrès d'Eisenach, le courant marxiste triomphe (Bebel, Wilhelm Liebknecht) avec la formation de la social-démocratie (parti ouvrier social-démocrate), qui adhère à la Ire Internationale.
La période 1806-1870, d'abord marquée par le romantisme, est une des plus fécondes dans l'histoire de la civilisation allemande : musique et littérature notamment témoignent d'une prise de conscience du génie national, génie que le militarisme prussien triomphant en 1871 va partiellement détourner de sa voie.
Pour en savoir plus, voir l'article romantisme.
Le nouvel Empire allemand (l'ancienne Confédération de l'Allemagne du Nord et les quatre États du Sud) couvre un peu plus de 540 600 km2. L'Alsace-Lorraine, érigée en Reichsland, est la propriété commune des 25 États allemands.
L'Empire allemand est fédéral, c'est-à-dire que les 25 États gardent leurs dynasties et leurs assemblées. Mais l'organisation militaire, les postes, la monnaie sont communes à tous les États, dont les intérêts sont défendus par un Bundesrat groupant leurs représentants élus selon le système des classes ; la Prusse y jouit d'ailleurs d'une position prépondérante.
Une assemblée nationale, le Reichstag, est élue au suffrage universel à scrutin unique : elle vote le budget et les lois, mais ces dernières doivent être soumises à la ratification du Bundesrat.
Le premier Reichstag, élu en mars 1871, vote la Constitution impériale dès le 16 avril.
Le roi de Prusse, Guillaume Ier, est empereur héréditaire. Les affaires – et notamment la diplomatie – sont entre les mains du chancelier Bismarck. Celui-ci consolide son œuvre unitaire en faisant émettre le mark par une banque d'Empire (1875), en mettant en place un Code de procédure civile et criminelle (1872-1876), en créant le septennat militaire (1874), en travaillant à la germanisation des minorités nationales.
1871-1878 : Bismarck se heurte à la double hostilité des conservateurs protectionnistes (lui-même est libre-échangiste) et des catholiques du Zentrum (parti du Centre, dirigé par Ludwig Windthorst), contre lesquels il lance le Kulturkampf, ensemble de mesures visant à combattre l'infuence du clergé. Ayant besoin de l'appui du Zentrum, dont le poids politique ne fait que croître, il abandonne cette politique après l'avènement de Léon XIII et l'application des lois anticatholiques et finalement suspendue en 1878.1878-1890 : afin de protéger l'agriculture allemande et, surtout, de procurer au Reich de nouvelles ressources financières qui le rendraient moins dépendant des contributions des États, Bismarck rompt avec le libéralisme et le libre-échange (1879). Cette volte-face a la faveur des conservateurs, du Centre et d'une partie des nationaux-libéraux et répond aux intérêts de certains industriels (métallurgie, sidérurgie et textile) et des grands propriétaires terriens de l'Est (junkers). Dans le même temps, il entend enrayer la progression du parti social-démocrate fondé en 1875 (→ Sozialdemokratische Partei Deutschlands [SPD]), en faisant voter par le Reichstag nouvellement élu une loi antisocialiste (1878) et en adoptant des mesures sociales très avancées pour l'époque (assurances obligatoires, 1883-1889). Mais l'objectif escompté n'est pas atteint puisqu'en 1890, après le refus par le Reichstag de renouveler les lois d'exception, le SPD progresse avec 35 élus et près d'un million et demi de voix.Bismarck est, durant vingt ans, l'arbitre de l'Europe. Son principal souci est d'isoler la France et d'encourager les rivalités entre les autres puissances pour éviter qu'elles ne s'allient contre l'Allemagne. Pour éviter une alliance franco-russe, il met sur pied un système d'alliances complexes mais efficace, s'appuyant à la fois sur l'Autriche-Hongrie et la Russie (alliance des Trois empereurs, 1881, traité « de réassurance » avec la Russie, 1887). Sa maîtrise diplomatique fait de lui le pivot de la politique internationale, comme en témoigne son rôle au congrès de Berlin (1878), qui stoppe l'avance russe dans les Balkans, et à la conférence de Berlin (1884-1885), qui délimite les sphères d'influence européennes en Afrique.
Guillaume Ier meurt en 1888. Son fils Frédéric III, aux convictions libérales et très hostile au tournant autoritaire de Bismarck, ne règne que quelques semaines (mars-juin 1888). Le jeune Guillaume II (1888-1918), fils de Frédéric III, décidé à prendre seul les rênes du pouvoir, se heurte à Bismarck qui, ayant de plus perdu la majorité au Reichstag, doit présenter sa démission en 1890.
Quatre chanceliers se succèdent sous Guillaume II : Caprivi (1890-1894), Hohenlohe (1894-1900), Bernhard von Bülow (1900-1909), Bethmann-Hollweg (1909-1917). Aucun n'a une action comparable à celle de Bismarck. C'est avant tout l'empereur qui gouverne.
À l'intérieur, avec des moyens moins violents, le Kaiser poursuit sans succès la lutte contre la social-démocratie, qui, en 1910, est le parti le plus nombreux au Reichstag. Dans les provinces polonaises, le gouvernement tente une germanisation forcée ; en Alsace-Lorraine, il applique une politique tantôt répressive, tantôt conciliatrice.
À l'extérieur, fort d'un essor économique considérable, l'impérialisme allemand s'affirme. Le pangermanisme et le nationalisme se développent. Les termes Weltpolitik (politique mondiale), Weltwirtschaft (économie mondiale) traduisent cette nouvelle ambition internationale de l'Allemagne qui nécessite notamment un renforcement de ses capacités militaires, en particulier de la marine afin de rivaliser avec la puissante flotte britannique. Alors que Bismarck s'était engagé temporairement et sans conviction dans une politique coloniale (Sud-ouest africain, Togo, Cameroun, colonies allemandes depuis 1884), Guillaume II soutient plus activement ce mouvement mais, par ses démonstrations de force comme le coup de Tanger (1905) et celui d'Agadir (1911), l'Allemagne se retrouve de plus en plus isolée comme lors de la conférence d'Algésiras sur le Maroc (1906,) alors que la France ne l'est plus depuis l'alliance franco-russe de 1892 et l'Entente cordiale avec la Grande-Bretagne (1904). De plus, en soutenant l'Autriche-Hongrie dans les Balkans, l'Allemagne rencontre aussi l'hostilité de la Russie qui se rapproche de plus en plus des deux puissances occidentales (accord anglo-russe de 1907) au sein de ce qui devient la Triple-Entente.
De 1871 à 1914, la population du Reich passe de 41 millions à 67 millions, accroissement dû moins au taux de natalité, qui reste élevé mais baisse comme partout, qu'à la diminution sensible du taux de mortalité. Le taux de la population urbaine passe, durant le même temps, de 36 % à 63 %. Près de cinquante villes, en 1914, dépassent 100 000 habitants.
L'urbanisation est corrélative à l'industrialisation : la production de la houille passe de 26 millions de tonnes à 190 millions de tonnes, celle de l'acier de 1 million de tonnes à 18 millions de tonnes ; l'industrie chimique allemande exerce une prépondérance incontestée. Voies d'eau habilement aménagées, réseau ferroviaire dense (65 000 km en 1914) et peu centralisé, ports en plein essor (le tonnage de Hambourg passe de 6 millions à 15 millions), flotte marchande qui, en 1914, représente 12 % de la puissance mondiale : tels sont les principaux atouts d'une économie fortement regroupée en cartels et konzerns. Les produits fabriqués en Allemagne sont alors présents partout dans le monde.
Une législation sociale avancée n'a pas tout réglé : la classe ouvrière vit encore dans des conditions qui expliquent l'ampleur du socialisme marxiste, mais on ne peut pas parler de paupérisation. Dans l'ensemble, l'agriculture est négligée par apport à l'industrie ; l'Allemagne ne peut nourrir une population pléthorique : elle doit importer des produits agricoles, de Russie et des États-Unis surtout.
L'un des points noirs reste, en 1914, l'opposition latente des allogènes : Alsaciens-Lorrains, Danois du Schleswig, Polonais.
L'Allemagne, comme la France, aborde la Première Guerre mondiale (1914) dans un esprit d'« union sacrée » : les sociaux-démocrates eux-mêmes s'y associent en grande majorité ; mais, à partir de 1917, une minorité agissante, le Spartakusbund, s'insurgera contre la continuation des hostilités (→ spartakisme).
Assez rapidement, l'Allemagne, victorieuse des Russes (1917) mais fixée sur le front français par une guerre interminable et meurtrière, ressent les effets de la guerre, sur le plan économique notamment (hausse des prix, rationnement des denrées).
En 1917, et surtout au cours de l'hiver 1917-1918, le moral de la population est gravement atteint ; beaucoup sont partisans d'une « paix d'entente », et le spartakisme gagne dans l'opinion, provoquant des grèves.
La défaite de novembre 1918, si elle laisse un pays intact sur le plan matériel, trouve une nation profondément démoralisée, et qui a perdu 1 810 000 hommes (sur 13 millions de mobilisés).
Dès le 3 octobre 1918, Guillaume II, pressé par le haut commandement, fait appel au prince Maximilien de Bade comme chancelier, mais celui-ci est débordé par le mouvement révolutionnaire. Le 31 octobre, le gouvernement conjure Guillaume II d'abdiquer : son refus ouvre la voie à la révolution ; le Kaiser n'abdique que le 9 novembre et se réfugie aux Pays-Bas. Le 10, Maximilien de Bade s'efface devant le gouvernement provisoire du social-démocrate Ebert. La république allemande a été proclamée la veille.
Pour en savoir plus, voir l'article Première Guerre mondiale.
En 1919, alors que la révolution spartakiste déferle sur l'Allemagne, le gouvernement provisoire du conseil des commissaires du peuple, présidé par Ebert, décide de faire procéder à l'élection d'une assemblée nationale constituante. Réunie à Weimar (6 février 1919), elle élit Ebert président (11 février) qui charge Scheidemann de former un gouvernement de coalition (13 février) comprenant les sociaux-démocrates du SPD (grand vainqueurs du scrutin), les catholiques du Zentrum et les progressistes du DDP (gauche des nationaux-libéraux).
Parallèlement, elle prépare la Constitution, compromis entre le régime bismarkien et la démocratie, qui est promulguée le 11 août. Le nouveau Reich est composé de 17 États (Länder), qui conservent leurs assemblées et leurs gouvernements (républicains), et sont représentés au Conseil du Reich (Reichsrat) au prorata de leur population, clause qui maintient le rôle prépondérant de l'État prussien au sein du Reich. Ces États consentent à élargir la compétence administrative du Reich non seulement à l'armée et à la diplomatie, mais aussi aux postes et aux moyens de communication.
Le pouvoir législatif fédéral est partagé entre le Reichsrat et le Reichstag, élu pour quatre ans au suffrage universel : devant le Reichstag, qui prépare et vote les lois et le budget, le gouvernement est responsable.
Le pouvoir exécutif est détenu par le président de la République, élu pour sept ans au suffrage universel (citoyens de plus de 25 ans) et rééligible. Il peut dissoudre le Reichstag, mais celui-ci peut proposer au peuple la déchéance du président de la République. Le chef de l'État désigne le chancelier, chef du gouvernement.
En janvier 1919, les spartakistes sont écrasés par le gouverneur de Berlin, Gustav Noske, qui, ministre de la Reichswehr (février 1919), recrute des Corps francs, ce qui facilite le putsch nationaliste de Kapp-Luttwitz. Après l'échec de ce putsch, il doit se retirer (mars 1920).
Ebert, président de 1919 à 1925, a comme successeur le candidat des nationalistes, le maréchal Hindenburg, qui se montre incapable de s'opposer à la surenchère nationaliste dont Ludendorff et, dès 1923-1925, le parti ouvrier national-socialiste (NSDAP créé Hitler en 1920) se font les coryphées. Cette surenchère s'appuie sur la plus grande partie de l'opinion allemande révoltée par le « Diktat » de Versailles.
En effet, le traité de Versailles (28 juin 1919), auquel l'Allemagne a été obligée de souscrire, a imposé au Reich, outre la restitution de l'Alsace-Lorraine, de la Posnanie, du Schleswig du Nord, de dures conditions : cession des colonies, réduction de l'armée à 100 000 hommes, lourdes réparations.
Le refus de l'Allemagne de payer intégralement ces réparations (refus qui provoque l'occupation française de la Ruhr [1923-1925]) et l'impossibilité d'employer l'énorme capacité de production de l'industrie allemande provoquent une crise économique qui frappe surtout la classe moyenne. Cette crise est elle-même à l'origine d'une inflation galopante, que la création du Reichsmark (1924), puis l'application des plans Dawes (1924) et Young (1930) finissent par arrêter.
Sur le plan diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Gustav Stresemann (1923-1929) mène une politique modérée qui l'amène à se rapprocher de la France (Aristide Briand) et à signer une série d'accords avec les Alliés. À la suite, notamment, des accords de Locarno (1925), il obtient une évacuation accélérée des zones occupées et l'admission de l'Allemagne à la Société des Nations (SDN).
La crise économique mondiale de 1929 marque la fin de cette période d'équilibre. Dès 1932, l'Allemagne compte 6 millions de chômeurs. Tandis que la social-démocratie décline, le parti communiste (Kommunistische Partei Deutschlands [KPD], né en 1919) se renforce (100 députés en novembre 1932), ce qui contribue à affaiblir encore le régime ; les espoirs de beaucoup se tournent vers le national-socialisme. Mêlant indistinctement antisémitisme, antilibéralisme et nationalisme, le NSDAP est alors en pleine ascension. Il trouve son principal soutien auprès des classes moyennes menacées par la crise mais aussi d'une partie de la classe ouvrière, tandis que certains industriels lui apportent leur appui financier. Dès 1930, il compte 107 députés au Reichstag en obtenant plus de 6 millions de voix contre à peine 800 000 en 1928.
Les derniers chanceliers, Brüning, F. von Papen, Schleicher, ne gouvernent qu'avec des majorités sans lendemain. F. von Papen, croyant pouvoir utiliser les nazis, autorise même les SA et les SS.
Dès lors, les événements se précipitent. Si Hindenburg est réélu face à Hitler avec le soutien du SPD et des catholiques (avril 1932), les élections de juillet 1932 sont un triomphe pour le NSDAP (230 députés) qui, bien que reculant à l'issue du nouveau scrutin anticipé de novembre, conserve 196 sièges dans un Reichstag toujours ingouvernable. Après avoir repoussé jusque-là cette solution, Hindenburg appelle finalement Hitler à la chancellerie le 30 janvier 1933.
Le 27 février 1933 a lieu l'incendie du Reichstag ; les nazis l'attribuent au parti communiste, qui est mis hors la loi et persécuté tout comme les juifs, les socialistes, les chrétiens. C'est alors que s'ouvrent les camps de concentration nazis.
Le 24 mars 1933, le Reichstag donne les pleins pouvoirs à Hitler. Le parti national-socialiste étant le seul admis, le IIIe Reich est une dictature noyautée par une police politique redoutable (Gestapo) qui se tranforme bientôt en régime totalitaire. [→ .]
Voulant conserver l'appui du grand état-major, Hitler sacrifie les extrémistes de son parti (Röhm), ainsi que Strasser, Schleicher, et des centaines d'autres lors de la Nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934. En août, la mort d'Hindenburg fait de Hitler, déjà chancelier, le chef de l'État.
Hitler, maître absolu (Reichsführer), appuyé sur une opinion fanatisée qui le plébiscite, pratique une autarcie aussi complète que possible. Une politique de grands travaux, favorisée par la formation du Front du travail, réduit le chômage et prépare l'Allemagne à une guerre qui devient imminente à partir de 1938, tandis que la concentration industrielle favorise le développement des konzerns.
Par ailleurs, en trois ans (1933-1936), Hitler abolit toutes les limitations prévues par le traité de Versailles pour les forces armées allemandes ; il réoccupe la Rhénanie (1936), alors que se constitue l'axe Rome-Berlin. L'accord naval anglo-allemand (1935) permet la renaissance de la flotte allemande.
Dès lors, Hitler amorce les annexions qui conduiront à la Seconde Guerre mondiale. En 1938, l'Anschluss, c'est-à-dire l'annexion de l'Autriche, est réalisé ; les accords de Munich (septembre 1938) cautionnent le démembrement de la Tchécoslovaquie, pays qui est en grande partie (Bohême-Moravie) placé sous le protectorat allemand (1939). Enfin, désireux d'occuper le couloir de Dantzig, Hitler fait envahir la Pologne ; cette agression provoque l'entrée en guerre de la France et de l'Angleterre.
L'histoire de l'Allemagne entre 1939 et 1945 est inséparable de celle de la Seconde Guerre mondiale. Un énorme effort de guerre aboutit d'abord à des offensives victorieuses, à l'ouest (1940) comme à l'est (1941). Puis, peu à peu, et surtout à partir de 1943, les bombardements aériens violents font peser sur le Reich une menace qui se précise après le désastre de Stalingrad (1943) et surtout après le débarquement allié en Normandie (1944).
En 1945, l'Allemagne devient le théâtre des dernières offensives alliées. Quand, le 8 mai, quelques jours après la mort (par suicide probablement) de Hitler, les chefs militaires allemands signent la capitulation, ils laissent un pays ravagé, épuisé, désorganisé et totalement occupé par les Alliés.
Pour en savoir plus, voir les articles Adolf Hitler, national-socialisme, Seconde Guerre mondiale.
les gouvernements alliés annoncent qu'ils prennent en charge la direction de l'Allemagne, ramenée à ses frontières de 1937, c'est-à-dire d'avant l'Anschluss, diminuée toutefois de la Poméranie-Orientale, de la Prusse-Orientale et de la Silésie. Le pays restera quatre ans sans gouvernement, l'autorité de l'État étant remise, en vertu « des accords de Yalta (février) et de Potsdam (2 août 1945) », au Conseil de contrôle, où siègent les commandants des quatre armées d'occupation (américaine, anglaise, française, soviétique), à chacune desquelles une zone est attribuée. Les Alliés fixent les principes de leur gouvernement en Allemagne : destruction complète de l'armée et extirpation de l'esprit militariste ; dissolution de toutes les organisations hitlériennes et poursuites contre les principaux chefs nazis ; contrôle de l'éducation ; réorganisation complète du système judiciaire dans un esprit démocratique.
Au point de vue économique, les Alliés doivent surveiller la production et s'efforcer d'appliquer partout les mêmes directives, pour traiter l'ensemble de l'Allemagne « comme une entité économique ». Des réparations doivent être prélevées par les vainqueurs dans leurs zones respectives, l'URSS ayant droit, en outre, à 10 % de l'outillage industriel de base prélevé dans les zones occidentales au titre de réparations, et dont la quantité doit être fixée dans les six mois et enlevée avant deux ans.
1945-1946 : à Nuremberg, un tribunal international juge les grands criminels de guerre nazis.Dès la fin de 1945, des partis politiques autorisés se forment. Au début, un « front antinazi » réunit partout les anciens adversaires du régime national-socialiste, les plus actifs revenant de l'étranger, où ils ont émigré après 1933. Mais les Alliés encourageant des tendances politiques divergentes, très tôt des différences apparaissent entre les zones, qui suivent une évolution politique fondamentalement opposée. À mesure que le fossé se creuse, une véritable frontière intérieure, qui suit le cours moyen de l'Elbe, traverse l'Allemagne, de la Thuringe à Lübeck, en séparant la zone soviétique des trois autres.
1946 : les Soviétiques obtiennent dans leur zone la fusion du KPD (dirigé par Walter Ulbricht) et des sociaux-démocrates de la zone soviétique (conduits par Grotewohl), en un parti socialiste unifié d'Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, SED, avril). Dans les zones occidentales, rejetant cette union et s'opposant aussi bien aux communistes qu'aux chrétiens-démocrates d'Adenauer, Kurt Schumacher renforce sa position à la tête du SPD qu'il a refondé. Après l'échec des conférences à quatre de Paris (avril et juillet) et alors que l'expression « rideau de fer » est née (discours de Churchill à Fulton en mars), la création d'un État occidental séparé se profile. 1947 : création de la bizone anglo-américaine et d'un Conseil économique commun (1er janvier). Le plan Marshall est annoncé (juin). 1948 : promulgation à l'ouest de la charte de Francfort (9 février), qui institue dans la bizone anglo-américaine un véritable gouvernement économique commun avec un exécutif et une assemblée législative. Alors que le principe d'un État fédéral allemand est adopté lors de la conférence franco-anglo-américaine de Londres (février-mars) et que le traité de Bruxelles est signé par la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg (Union occidentale, 17 mars), le représentant soviétique – le maréchal Sokolovski – quitte le Conseil de contrôle allié (20 mars). Le plan Marshall (avril) est proposé à l'Allemagne toute entière mais il est rejeté par l'URSS. La réforme monétaire (deutsche Mark) est appliquée dans les trois zones occidentales (19 juin).juin 1948-mai 1949 : en réponse à la réforme monétaire et dans l'espoir d'empêcher la création d'un État occidental, les Soviétiques organisent le blocus de Berlin-Ouest. Les secteurs occidentaux sont ravitaillés par un gigantesque pont aérien. 1949 : un gouvernement est établi par les Alliés dans l'Allemagne de l'Ouest. Le Conseil parlementaire (8 mai) adopte la Loi fondamentale (Grundgesetz, promulguée le 23 mai) de ce qui va devenir la République fédérale d'Allemagne (RFA). À l'est, en octobre, est proclamée la République démocratique allemande (RDA).Fondée par la volonté des trois puissances d'occupation occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, France) avec l'assentiment des États régionaux ouest-allemands, la RFA est pendant ses premières années d'existence soumise à un statut d'occupation (21 septembre 1949). Celui-ci laisse aux trois puissances représentées par des hauts-commissaires la compétence exclusive en matière de sécurité et de désarmement ainsi que le contrôle de la Ruhr et du commerce extérieur.
En 1949, lors des élections au premier Parlement fédéral (14 août), les principales formations politiques qui ont élaboré la Loi fondamentale, entrée en vigueur le 23 mai et instituant provisoirement la République fédérale d'Allemagne (constituée de 11 puis 10 Länder), se partagent 72,1 % des voix : les deux partis chrétiens-démocrates, CDU (Christlich-Demokratische Union) et CSU (Christlich-Soziale Union, limitée à la Bavière), qui constituent un seul et même groupe parlementaire ; le parti social-démocrate SPD ; le parti libéral FDP (Freie Demokratische Partei). Après la mise en place à Bonn le 7 septembre 1949 du Bundestag et du Bundesrat, Theodor Heuss (FDP) est élu à la présidence de la République (12 septembre) et Konrad Adenauer (CDU) est appelé à la chancellerie (15 septembre) à la tête d'une coalition conservatrice-libérale.
Convaincu que la division de l'Europe sera durable, Adenauer, dès son arrivée au pouvoir, cherche à intégrer fortement la RFA dans le camp occidental sur le plan tant politique qu'économique et militaire. Il attend en contrepartie que la RFA devienne un État pleinement souverain. Mais l'entreprise ne peut, selon lui, aboutir que si l'Allemagne et la France se réconcilient et associent leurs économies dans un cadre européen incluant les États du Benelux et la Grande-Bretagne, les États-Unis ayant la charge d'assurer la sécurité de l'ensemble. L'ancrage à l'Ouest doit permettre de contenir l'Union soviétique en Europe et de faire barrage au communisme à l'intérieur.
Lors de l'accord du Petersberg (22 novembre 1949) négocié avec les hauts-commissaires alliés, la RFA accepte d'entrer au Conseil de l'Europe (elle en devient membre à part entière en 1951, le gouvernement fédéral étant alors autorisé à constituer un ministère des Affaires étrangères). Le 18 avril 1951, la RFA signe à Paris le traité fondant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Le 26 mai 1952, elle signe à Bonn le traité sur l'Allemagne réglant ses relations avec les trois puissances. Le lendemain, elle signe à Paris le traité instituant une Communauté européenne de défense (CED). Auparavant, Adenauer a rejeté les notes soviétiques des 10 mars et 9 avril (notes de Staline) proposant la signature d'un traité de paix rétablissant l'unité de l'Allemagne au prix de sa neutralisation.
En 1954, l'échec de la CED en France rend nécessaire la renégociation des traités de Bonn et de Paris. Deux conférences, l'une à Londres (septembre-octobre), l'autre à Paris (octobre), apportent une solution à la crise. La RFA adhère à l'Union de l'Europe occidentale (UEO). Les effectifs de l'armée fédérale (Bundeswehr) sont fixés à 495 000 hommes, les troupes combattantes sont placées sous l'autorité du commandement en chef de l'OTAN en Europe et, dans le cadre de l'UEO, la RFA accepte des limitations à son armement. Le traité de Paris met un terme au statut d'occupation et déclare la RFA souveraine. Les trois puissances conservent toutefois leurs responsabilités à l'égard de Berlin et de l'Allemagne dans son ensemble (Berlin-Ouest reste soumise au statut d'occupation). Les signataires veulent œuvrer par des voies pacifiques à la réunification de l'Allemagne, l'Allemagne unifiée devant être dotée d'une Constitution semblable à celle de la RFA et intégrée dans la Communauté européenne. La délimitation définitive de ses frontières est reportée au règlement de paix.
En 1955, les traités conclus l'année précédente entrent en vigueur (5 mai). La RFA est admise au sein de l'OTAN (9 mai).
Le problème sarrois trouve une solution. Pierre Mendès France et Adenauer signent à Paris (octobre 1954) un accord prévoyant un statut européen de la Sarre sous l'autorité de l'UEO, mais celui-ci est rejeté par 67,7 % des Sarrois lors du référendum du 23 octobre 1955. Par le traité de Luxembourg (27 octobre 1956), la Sarre est autorisée à adhérer à la RFA à compter du 1er janvier 1957.
En visite officielle à Moscou (septembre 1955), Adenauer noue avec l'Union soviétique des relations diplomatiques et obtient le rapatriement de 30 000 prisonniers de guerre et civils allemands retenus en URSS. Cependant, la RFA décide de ne pas établir de relations diplomatiques avec d'autres pays de l'Est et de rompre avec tout pays qui reconnaîtrait la RDA (« doctrine Hallstein »), estimant être le seul représentant légitime de toute l'Allemagne. Ainsi, dans l'optique d'une éventuelle réunification, la RFA tente d'isoler diplomatiquement la RDA et d'acquérir une position de force face à l'Union soviétique.
Au point de vue économique, sur les treize années que dure l'ère Adenauer, la croissance dépasse 7 % par an, le taux d'inflation reste peu élevé. L'indice du PNB (prix constants) passe de 100 à 256, celui de la production industrielle atteint même 282. Encore négatif en 1950, le solde du commerce extérieur passe à plus de 6 milliards de DM en 1963. Seule ombre au tableau, la crise du charbon et de l'acier à partir du milieu des années 1950. Mais la forte croissance de l'économie permet de résorber le chômage : de 8,2 % en 1950, le taux tombe à 0,5 % en 1963. Après avoir absorbé l'importante main-d'œuvre que représentait la masse des réfugiés et expulsés venus de l'Est (13,5 millions au total jusqu'en 1965), le marché de l'emploi fait appel, à partir de 1956, de façon croissante aux travailleurs étrangers. L'aisance matérielle induite par la croissance consacre définitivement l'« économie sociale de marché » comme système d'organisation économique de la RFA. Ludwig Erhard, ministre fédéral de l'Économie de 1949 à 1963, est qualifié de « père du miracle économique ». En mars 1957, la RFA signe les traités de Rome (Marché commun, Euratom).
Le succès que rencontre la politique du chancelier Adenauer permet aux partis chrétiens-démocrates de progresser de 14,2 points (45,2 % des voix) lors des élections fédérales de 1953 et même d'atteindre la majorité absolue en 1957 (50,2 %) tandis que le SPD tourne autour des 30 %. Les élections de 1961, qui ont lieu quelques semaines après l'érection du mur à Berlin (13 août 1961), annoncent la fin de l'ère Adenauer (CDU-CSU : 45,3 % ; FDP : 12,8 % ; SPD : 36,2 %). Le FDP accepte de former le gouvernement avec la CDU-CSU à la condition que le chancelier, qui a 85 ans, démissionne en cours de législature.
En 1962, l'affaire du Spiegel (octobre), avec en arrière-plan la crise de Cuba, met le gouvernement dans une situation difficile qui ne se résout qu'avec le départ du ministre de la Défense, Franz Josef Strauss (CSU), responsable de l'arrestation de plusieurs membres de la rédaction de l'hebdomadaire soupçonnés d'avoir publié des secrets de défense nationale.
En 1963, avant de démissionner (15 octobre), Adenauer scelle la réconciliation franco-allemande en signant avec le général de Gaulle (22 janvier) un traité d'amitié et de coopération.
Élu chancelier le 16 octobre 1963, Ludwig Erhard (CDU) veut inaugurer une ère libérale en coopération avec le FDP. CDU-CSU et FDP gagnent ensemble les élections de 1965 (avec respectivement 47,6 % et 9,5 % des voix).
En 1966, face à un début de récession économique qui traduit un retour de l'économie à la normale après des taux de croissance exceptionnellement élevés, Erhard n'apparaît plus maître de la situation. Le débat sur le déficit budgétaire provoque la démission des ministres libéraux (octobre). Les chrétiens-démocrates se prononcent alors en faveur d'une grande coalition, associant le SPD à la CDU-CSU, coalition qui bénéficie du soutien du président fédéral Heinrich Lübke (1959-1969). Erhard est contraint de démissionner à la fin de novembre.
Kurt Georg Kiesinger (CDU) lui succède à la chancellerie. Son ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier est Willy Brandt (SPD).
Ayant, depuis le congrès de Bad Godesberg (1959), définitivement rompu avec ses racines marxistes en se transformant « d'un parti de la classe ouvrière en un parti du peuple » (Volkspartei) et en se déclarant favorable à l'économie de marché, le SPD peut, en entrant dans la grande coalition, faire la preuve de sa capacité à gérer les affaires de l'État. En particulier, Karl Schiller, à qui est confié le portefeuille de l'Économie, dote le gouvernement fédéral des instruments de prévision économique et d'intervention conjoncturelle nécessaires pour faire face à la récession.
De 1966 à 1969, la politique intérieure est dominée par le débat sur les lois d'urgence (votées en mai 1968), la révolte étudiante et l'émergence d'un mouvement d'opposition extra-parlementaire (affrontements de Pâques 1968 après la tentative d'assassinat contre le leader Rudi Dutschke), la montée du parti néo-nazi (Nationaldemokratische Partei Deutschlands, NPD) et la création d'un nouveau parti communiste, le DKP, en remplacement du KPD interdit en 1956.
En politique étrangère, Kiesinger cherche à adapter la politique de la RFA aux conditions de la détente Est-Ouest. Mais, pour lui, comme pour ses prédécesseurs, une détente réelle ne peut se produire qu'après la résolution du problème allemand. Brandt voudrait aller plus loin et reconnaître le statu quo existant en Europe pour mieux le surmonter ensuite, reconnaître la RDA comme « deuxième État allemand » et provoquer par une « politique des petits pas » un rapprochement entre les deux États.
Après l'élection à la présidence fédérale, en mars 1969, de Gustav Heinemann (SPD), présentée comme une première étape « sur la voie d'un changement de pouvoir en RFA », les élections de septembre donnent une majorité au SPD et au FDP avec respectivement 42,7 % et 5,8 % des voix. En octobre, Brandt est élu chancelier à une courte majorité.
Avec le soutien de Walter Scheel (FDP), Brandt engage une politique de réformes intérieures (réformes fiscale, pénale, universitaire, du droit des entreprises, du droit de la famille et du divorce) et d'ouverture à l'Est (→ Ostpolitik) sur la base de l'ancrage occidental de la RFA. En novembre 1969, celle-ci adhère au traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP).
Le traité de Moscou (12 août 1970) est un traité-cadre qui permet à la RFA de normaliser ses relations avec l'Union soviétique et les autres pays d'Europe de l'Est. RFA et URSS renoncent à l'usage de la force pour régler leurs différends et s'engagent à œuvrer à la détente sur la base du statu quo européen. La ligne Oder-Neisse en tant que frontière occidentale de la Pologne et la frontière interallemande sont déclarées inviolables. Pour la RFA, ce traité n'est pas en contradiction avec son objectif de rétablir l'unité de l'Allemagne.
Le traité de Varsovie (7 décembre) reprend pour l'essentiel les principes énoncés dans celui de Moscou, mais précise le tracé de la ligne Oder-Neisse selon les termes des accords de Potsdam d'août 1945 (→ conférence de Postdam).
En 1971, les trois puissances occidentales et l'Union soviétique signent un accord quadripartite sur Berlin (3 septembre), qui confirme le statut de la ville (Berlin-Ouest n'est pas partie intégrante du territoire de la RFA) et réglemente l'accès des citoyens de RFA à Berlin-Ouest ainsi que celui des Berlinois de l'Ouest à Berlin-Est et en RDA. En créant un modus vivendi dans une région au statut anormal, l'accord désamorce durablement la crise de Berlin (août 1961). Il sert également de cadre à des négociations entre la RFA et la RDA après que deux rencontres au sommet ont créé l'année précédente les conditions d'un dialogue entre les deux États allemands.
L'Ostpolitik de Brandt – accusé de brader les intérêts allemands – rencontre une forte opposition jusque dans les rangs des partis de la coalition gouvernementale. En avril 1972, le chancelier n'a plus de majorité au Bundestag. La tentative du chef de l'opposition, Rainer Barzel (CDU), de le renverser par un « vote de défiance constructif » (avril) échoue cependant. La ratification des traités de Moscou et de Varsovie n'intervient en mai de cette année que grâce à l'abstention des députés CDU-CSU. Pour sortir de la crise, Brandt obtient du président fédéral la dissolution du Bundestag. Les élections anticipées de novembre le confirment à la chancellerie (SPD : 45,8 % ; FDP : 8,4 % ; CDU-CSU : 44,9 %). Le 21 décembre, la RFA et la RDA signent un traité sur le fondement de leurs relations, par lequel elles normalisent leurs rapports, nonobstant leur différend sur la question nationale. La RFA reconnaît de fait, mais non en droit, la RDA. Les deux États ne pouvant être des pays étrangers l'un pour l'autre, ils échangent au lieu d'ambassadeurs de simples « représentants permanents ».
En septembre 1973, la RFA et la RDA sont admises à l'Organisation des Nations unies (ONU). Le traité signé en décembre avec la Tchécoslovaquie, déclarant nuls et non avenus les accords de Munich (1938), parachève l'Ostpolitik. Le même mois, la RFA procède à un échange d'ambassadeurs avec la Tchécoslovaquie, la Bulgarie et la Hongrie.
Face aux turbulences monétaires internationales, le gouvernement Brandt réévalue à plusieurs reprises le mark et rétablit temporairement le contrôle des changes en juin 1972 (ce qui provoque la démission du ministre de l'Économie et des Finances, K. Schiller). Le premier choc pétrolier, en octobre 1973, aggrave une situation économique déjà fragile (tassement de la croissance, retour de l'inflation et du chômage à partir de 1971-1972) et accroît les tensions sociales (grèves, en particulier des services publics en janvier-février 1974). En novembre 1973, le gouvernement décide d'arrêter l'embauche de travailleurs étrangers (au nombre alors de 2,6 millions).
À partir de 1970, la RFA devient, en outre, l'un des deux pays européens, avec l'Italie, à être confronté à un mouvement terroriste de gauche : la Fraction Armée rouge commet plusieurs attentats en mai 1972 qui sont suivis de l'arrestation de ses dirigeants parmi lesquels Adreas Baader et Ulrike Meinhof, en juin. En septembre 1972, à l'occasion des jeux Olympiques de Munich, elle est également la cible du terrorisme palestinien (assassinat de membres de l'équipe israélienne par un commando de Septembre noir).
À la suite de l'arrestation de l'agent est-allemand Günter Guillaume, placé dans son entourage immédiat, Brandt démissionne en mai 1974. Helmut Schmidt (SPD) est élu chancelier à la tête d'un nouveau gouvernement SPD-FDP. Walter Scheel ayant été élu la veille président fédéral, Hans-Dietrich Genscher (FDP) devient ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier.
Pendant les huit années qu'il passe à la chancellerie, Helmut Schmidt parachève le programme de réformes intérieures engagé par Brand (entre autres, extension de la cogestion [Mitbestimmung] à l'ensemble des grandes entreprises du pays, en 1976) et poursuit sa politique d'ouverture à l'Est et de rapprochement avec la RDA (visite officielle en RDA en décembre 1980). Comme son prédécesseur, il doit faire face au terrorisme de la Fraction Armée rouge, qui atteint son paroxysme en 1977 : assassinat, en avril, du procureur fédéral Siegfried Buback ; assassinat, en juillet, du président de la Dresdner Bank, Jürgen Ponto ; enlèvement (septembre), puis assassinat (octobre) de Hanns Martin Schleyer, « patron des patrons » allemands ; libération par un commando de la police frontalière ouest-allemande du Jumbo de la Lufthansa détourné sur Muqdisho (Somalie). Le même jour (18 octobre), trois dirigeants terroristes, dont A. Baader, sont retrouvés morts dans leurs cellules de la prison de Stuttgart-Stammheim (l'enquête officielle conclut à des suicides).
Au plan économique, Helmut Schmidt doit avant tout gérer la crise mondiale. Il pratique une politique keynésienne anticyclique par l'adoption de programmes de relance conjoncturelle, ce qui lui permet de maintenir jusqu'en 1980 un taux de croissance variant entre 5,6 et 1,8 %. Il ne peut cependant empêcher la montée du chômage : de 500 000 en 1974, le nombre des chômeurs passe à près de 2 millions en 1982. L'endettement public croît en conséquence : la dette cumulée de l'État fédéral atteint 269 milliards de DM en 1981.
En accord avec Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt développe la coopération avec la France et fait progresser l'intégration européenne (création du Conseil européen en 1974, mise en place du système monétaire européen [SME] en mars 1979, premières élections directes au Parlement européen en juin 1979). Avec François Mitterrand, il décide en février 1982 de réactiver la coopération franco-allemande en matière de sécurité et d'armements. Helmut Schmidt est également le principal artisan, en 1979, de la double résolution de l'OTAN prévoyant le stationnement de vecteurs nucléaires américains de portée intermédiaire en Europe pour le cas où l'Union soviétique n'accepterait pas de négocier la réduction de ses armements similaires (SS-20). Le Mouvement pour la paix, que soutient l'aile gauche du SPD, rassemble le 10 octobre 1981 à Bonn plusieurs centaines de milliers de manifestants.
La fondation du parti des Verts (→ die Grünen), en janvier 1980, procède de la même crainte d'un cataclysme nucléaire, mais aussi du souci de préserver l'environnement dans une société fortement industrialisée et urbanisée.
En 1981-1982, la RFA enregistre à nouveau, pour la première fois depuis 1975, un taux de croissance inférieur à zéro. Pourtant Helmut Schmidt est contraint de pratiquer une politique de compression du déficit budgétaire et des prestations sociales. Le FDP réclame une réorientation de la politique économique et sociale du gouvernement. En septembre 1982, Helmut Schmidt met un terme à la coalition avec le parti libéral.
Le 1er octobre, avec le soutien d'une partie des députés libéraux, la CDU menée par Helmut Kohl renverse Helmut Schmidt par un « vote de défiance constructif » et obtient du président fédéral Karl Carstens la dissolution du Bundestag, en janvier 1983. Les élections fédérales anticipées (mars) confirment Kohl à la chancellerie, à la tête d'une coalition chrétienne-libérale qui, avec 55,7 % des voix (CDU-CSU : 48,8 % ; FDP : 6,9 %), l'emporte largement sur l'opposition : SPD (38,2 %) et Verts (5,6 %), qui font leur entrée au Bundestag.
La politique d'austérité budgétaire inaugurée par Helmut Schmidt est poursuivie. La croissance économique reprend au rythme moyen de 2,5 % par an ; l'inflation est contenue autour de 1,5 % ; peu à peu le nombre des emplois augmente. Le chômage pourtant n'est pas résorbé : il touche 2,3 millions de personnes en 1984 et se stabilise, les années suivantes, autour de 2 millions, pour une population active de 27 millions. En 1986, la RFA devient le premier exportateur mondial (en valeur).
Helmut Kohl fait voter par le Bundestag (novembre 1983) le stationnement en RFA de fusées Pershing II et de missiles de croisière, en application de la double résolution de l'OTAN. Mais il se déclare en même temps partisan d'une réduction équilibrée et contrôlée des armements. Son ministre des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher, garantit, malgré la reprise des tensions Est-Ouest, la poursuite de la politique d'ouverture à l'Est. Un de ses principaux adversaires, F. J. Strauss, président de la CSU, s'y rallie et négocie en 1983 un crédit d'un milliard de DM en faveur de la RDA.
Quarante ans après la fin de la guerre, le président fédéral Richard von Weizsäcker (CDU), en fonction depuis 1984 (réélu en 1989), fait, dans un discours mondialement remarqué, du 8 mai 1945 tout autant un jour de défaite que de libération pour l'Allemagne.
Dès son élection à la chancellerie, Kohl donne à ses relations avec François Mitterrand un caractère de confiance amicale semblable à celui qui existait entre Schmidt et Giscard d'Estaing. Devant le Bundestag, Mitterrand lui apporte en janvier 1983 son soutien dans l'application des résolutions de l'OTAN. Ensemble, ils font adopter l'Acte unique européen (1985) instituant un « grand marché intérieur » de la CEE à partir du 1er janvier 1993. À l'occasion du 25e anniversaire du traité de l'Élysée (1988), la RFA et la France se dotent de nouveaux instruments de coopération : Conseil économique et financier, Conseil de défense, Brigade franco-allemande, Collège universitaire, Haut Conseil culturel.
Les élections fédérales de janvier 1987 confirment au pouvoir la coalition sortante : la CDU-CSU (44,3 %) accuse pourtant un recul sensible tandis que le FDP atteint le score inespéré de 9,1 % des voix. Le SPD (37 %) baisse au profit des Verts (8,3 %), qui effectuent une véritable percée. Reconduit au poste de chancelier, Kohl poursuit une politique d'ouverture à l'Est et de normalisation des rapports entre les deux États allemands, qui se concrétise par la visite officielle de Erich Honecker à Bonn en septembre 1987. En juin 1989, Kohl et Mikhaïl Gorbatchev signent à Bonn une déclaration commune garantissant à la fois « le droit des peuples » et celui des « États de décider librement de leur destin ».
La fondation de la RDA, le 7 octobre 1949, procède de la double volonté de l'Union soviétique de réagir à la création de la RFA en mai 1949 et de jeter, en s'appuyant sur le parti socialiste unifié d'Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, SED), les bases d'une société socialiste sur une partie du territoire allemand. La Constitution de 1949 établit un régime en apparence parlementaire et fédéral, restreignant, en fait, l'autonomie des Länder, fondé sur la non-séparation des pouvoirs et la planification centrale de l'économie. Sur le plan formel, elle confie le pouvoir législatif à la Volkshammer (Chambre du peuple) qui, en octobre 1949, désigne également le chef du gouvernement (Otto Grotewohl [SED]) et place à la tête de l'État un président de la République (Wilhelm Pieck [SED]).
La RDA hérite du système de partis qui existait auparavant en zone d'occupation soviétique. Conformément à la politique d'alliances du SED, subsistent deux partis qualifiés de « bourgeois », la CDU et le LDPD (Liberal-Demokratische Partei Deutschlands, parti libéral-démocrate d'Allemagne), ainsi que deux partis fondés en 1948, le NDPD (National-Demokratische Partei Deutschlands, parti national-démocrate d'Allemagne) et le DBD (Demokratische Bauernpartei Deutschlands, parti paysan démocrate d'Allemagne). Avec les « organisations de masse » (syndicat unique, jeunesse, femmes, Ligue de la culture, etc…), ils forment ensemble, sous le contrôle du SED, le Front national de la RDA, qui met au point, pour les élections, la liste unique soumise aux électeurs. La répartition des mandats à la Chambre du peuple se fait en fonction d'une clé préalablement établie. Le pouvoir réel appartient, en fait, au Bureau politique du SED et au premier secrétaire du Comité central, Walter Ulbricht.
La RDA est par ailleurs soumise à la Commission de contrôle soviétique qui intervient directement dans ses affaires intérieures (sécurité, démontages, prélèvements sur la production courante).
Sous la conduite de Walter Ulbricht, le SED se donne pour tâches premières de compenser les déséquilibres nés de la division (le plan de deux ans 1949-1950 favorise massivement le développement de l'industrie lourde), d'élargir le secteur d'État dans la production industrielle (il représente, à la fin de 1950, 60 % du PNB) et d'affirmer la place de la RDA par rapport à la RFA.
En 1952, le SED décide le passage à l'« édification du socialisme » : réorganisation du système territorial dans un sens centralisateur (les Länder sont remplacés par 15 districts), collectivisation des terres (à son achèvement en 1960, 14 000 coopératives regroupent un million de paysans), introduction du droit socialiste, création de la police populaire encasernée. Cette marche forcée vers le socialisme provoque de nombreux départs vers la RFA (331 000 en 1953).
La mort de Staline, en 1953, ouvre une période de flottement. Sous la pression soviétique, le SED proclame le 9 juin un « nouveau cours » qui bénéficie aux paysans, aux classes moyennes et aux intellectuels, mais pas à la classe ouvrière à laquelle une augmentation de 10 % des normes de travail reste imposée. Le 16 juin 1953, les ouvriers du chantier de la Stalinallee à Berlin-Est réclament la baisse des normes. La révolte se transforme le lendemain en soulèvement contre le régime. L'intervention des troupes soviétiques cause 21 morts.
En 1955, l'URSS estime achevée la division de l'Allemagne. En réaction contre le réarmement de la RFA, elle crée le pacte de Varsovie, auquel adhère la RDA. En septembre est signé le traité sur les relations entre la RDA et l'Union soviétique, qui accorde la souveraineté à la RDA et confirme les droits et responsabilités de l'URSS pour toute l'Allemagne. La Commission de contrôle soviétique est dissoute. En janvier 1956, la police populaire est transformée en armée nationale populaire, étroitement subordonnée au SED et placée sous le commandement unifié du pacte de Varsovie. À partir de 1956, l'économie est-allemande est plus fortement intégrée dans la division internationale du travail coordonnée par le Comecon. Les plans de confédération avec la RFA (1956-1957) poursuivent l'objectif désormais prioritaire pour la RDA : obtenir sa reconnaissance internationale.
À la mort de Wilhelm Pieck, en septembre 1960, la fonction de président de la République est remplacée par une présidence collective, le Staatsrat (Conseil d'État), organe de la Chambre du peuple aux fonctions exécutives et représentatives. Élu à la tête du Staatsrat, Walter Ulbricht cumule dès lors les fonctions de président du Conseil de défense nationale (créé en février 1960) et de premier secrétaire du SED.
En 1960, près de 200 000 citoyens de RDA quittent leur pays. Ils sont 160 000 à prendre le chemin de la RFA dans les sept premiers mois de 1961. Au total, de 1945 à 1961, près de 3 millions de personnes fuient l'Allemagne de l'Est, le plus souvent en passant par Berlin-Ouest. L'Union soviétique n'ayant pu imposer aux puissances occidentales un statut autonome pour Berlin-Ouest (ultimatum de Khrouchtchev en 1958), le 13 août 1961 – moment culminant de la crise de Berlin –, la RDA construit un mur enfermant Berlin-Ouest, pour arrêter l'hémorragie. De 1961 à 1974, 156 000 personnes seulement réussiront à fuir la RDA (→ mur de Berlin).
En 1964, Willi Stoph (SED) succède à O. Grotewohl, décédé, au poste de président du Conseil des ministres.
Assez rapidement, l'économie est-allemande se rétablit : en 1965, le PIB est de 50 % supérieur à celui de 1958. Walter Ulbricht engage la RDA à dépasser le capitalisme.
Un « nouveau système économique de planification et de gestion » (en allemand Neues Ökonomisches System der Planung und Leitung, NÖSPL) doit, à partir de 1963, permettre d'accroître la productivité et la compétitivité des entreprises auxquelles il accorde une plus grande autonomie de gestion. Jamais pratiqué rigoureusement, il est remis en cause en 1967 et la RDA retourne à la centralisation de la planification. En 1968, la RDA se donne une nouvelle Constitution qui la définit comme un « État socialiste de nation allemande » et consacre en droit le rôle dirigeant du SED. En août 1968, elle participe à la « normalisation » de la Tchécoslovaquie, mais ses troupes n'auraient pas pénétré en territoire tchécoslovaque.
Face à l'Ostpolitik de la RFA en 1969-1970, Walter Ulbricht maintient que la normalisation des rapports entre la RFA et la RDA passe par la reconnaissance en droit international de la RDA. Le 3 mai 1971, le Comité central du SED le démet de ses fonctions et nomme au poste de premier secrétaire Erich Honecker, devenu le nouvel homme de confiance de Leonid Brejnev. Walter Ulbricht reste président du Conseil d'État.
Après la mort de Walter Ulbricht (1973), Willi Stoph est élu à la présidence du Conseil d'État et Horst Sindermann (SED) le remplace à la tête du gouvernement. Mais, à partir de 1976, Erich Honecker cumule, comme son prédécesseur, les fonctions de secrétaire général du SED, de président du Conseil de défense et de président du Conseil d'État. Willi Stoph redevient président du Conseil des ministres et Horst Sinderman est élu président de la Chambre du peuple.
En 1972, le SED nationalise la plupart des entreprises privées et semi-privées, qui subsistaient essentiellement dans l'artisanat et les services (à partir de 1976, il revient en partie en arrière et autorise la création de restaurants privés). Dans la ligne de son VIIIe Congrès (juin 1971), il favorise dans les années 1970 la consommation pour accroître le niveau de vie des ménages, ce qui n'est possible qu'au détriment des investissements, et pratique une politique nataliste (9 femmes sur 10 exercent alors une activité professionnelle).
La RDA s'adapte à l'Ostpolitik de la RFA : elle normalise ses relations avec elle (traité de 1972), mais se démarque en affirmant sa spécificité socialiste (lutte contre la « social-démocratie »). Lors de la révision constitutionnelle de 1974, elle raye toutes les références à la nation allemande et se présente comme un « État socialiste des ouvriers et des paysans ». Elle ne remet cependant pas en cause l'accord de Berlin de 1951 qui confère à ses échanges commerciaux avec la RFA le statut privilégié d'un commerce intérieur. Elle affirme la permanence de son alliance avec l'URSS (article 6). Dans le traité d'amitié qu'elle passe avec celle-ci pour vingt ans, en 1975, elle adhère à la « doctrine Brejnev » de la souveraineté limitée des pays socialistes. Reconnue internationalement en 1973 (admission à l'ONU), elle souscrit en 1975 aux accords d'Helsinki.
En 1976, l'« affaire Biermann » (chanteur contestataire déchu de sa citoyenneté est-allemande lors d'une tournée en RFA) met un terme à la libéralisation relative de la politique culturelle du SED et enclenche une politique de répression à l'égard de ceux qui demandent à quitter légalement la RDA, conformément aux accords d'Helsinki. Dans les « quatre points » de Gera (1980), Erich Honecker réclame, en vain, la reconnaissance définitive de la RDA par la RFA (citoyenneté est-allemande spécifique, échange d'ambassadeurs). Au début des années 1980, il cherche à préserver les relations de la RDA avec la RFA des tensions Est-Ouest.
Pour mieux maîtriser la crise économique mondiale (l'URSS aligne ses prix pétroliers sur les cours mondiaux et réduit ses livraisons à la RDA) et l'accroissement de ses dépenses militaires (en liaison avec la double résolution de l'OTAN sur l'installation en RFA de fusées Pershing II et de missiles de croisière), la RDA restructure son économie à partir de 1981 (création de « combinats » regroupant les entreprises d'un même secteur, disposant d'une plus grande autonomie de gestion et de fonds d'investissement propres). De 4,5 % en moyenne sur la période 1981-1985, la croissance chute pourtant à 2 % en 1989. Sur le plan intérieur, Honecker permet à un nombre croissant de personnes de quitter la RDA (41 000 en 1984 contre 10 à 15 000 les années précédentes) et autorise plus largement les visites en RFA pour raisons familiales aux personnes n'ayant pas atteint l'âge de la retraite.
La reprise des fuites à l'été 1989 – via les ambassades de la RFA en Pologne et en Tchécoslovaquie et par la frontière austro-hongroise, après le début de démantèlement, en mai, du « rideau de fer » – provoque, peu après le 40e anniversaire de la fondation de la RDA, la chute de Honecker (18 octobre), remplacé à la tête du SED par Egon Krenz.
Les origines de la « révolution pacifique » de l'automne 1989 sont multiples : crise économique et de ravitaillement, incapacité du régime à se réformer et déception de voir la RDA se fermer à la « nouvelle politique » pratiquée en Union soviétique par Mikhaïl Gorbatchev, mais surtout recherche de la liberté et de la démocratie. Face aux départs massifs de ressortissants est-allemands qui parviennent à s'enfuir (225 000 personnes d'août à novembre), les mouvements d'opposition qui, depuis la fin des années 1970, se sont constitués sous la protection des Églises protestantes et d'où sont issus le Nouveau Forum (créé en août), le SDP (parti social-démocrate reconstitué dans la clandestinité en octobre), Renouveau démocratique, Démocratie maintenant, etc., se prononcent pour une transformation démocratique de la RDA. Au slogan « Nous voulons partir », ils substituent celui de « Nous voulons rester », puis celui de « Nous sommes le peuple ».
Le 8 novembre 1989, le Bureau politique du SED démissionne ; le Comité central en élit un nouveau et confirme à sa tête E. Krenz, élu le 24 octobre président du Conseil d'État. L'ouverture du mur de Berlin dans la nuit du 9 au 10 novembre précipite la dissolution du régime est-allemand. Lors des manifestations du lundi à Leipzig, un nouveau slogan s'impose : « Nous sommes un peuple », obligeant le gouvernement présidé depuis le 13 novembre par Hans Modrow (SED) à s'adapter à cette exigence d'unification de l'Allemagne, alors que la « table ronde » formée par le gouvernement et l'opposition tente encore de sauver l'État est-allemand. Le 1er décembre, la Chambre du peuple supprime le passage de l'article 1 de la Constitution garantissant le rôle de dirigeant du SED ; la RDA cesse d'être une « démocratie populaire ». Le 3 décembre, le Bureau politique et le Comité central du SED démissionnent en bloc : le 5, le Front national se dissout et la direction du ministère de la Sécurité d'État (Stasi) démissionne à son tour ; le 6, Egon Krenz abandonne la présidence du Conseil d'État. Lors d'un Congrès extraordinaire, le SED se transforme courant décembre en SED-PDS, parti du socialisme démocratique. Des élections générales sont prévues en mai 1990 mais, faute d'une légitimité démocratique, le gouvernement Modrow est contraint, en janvier 1990, de les avancer au 18 mars.
Le succès de l'Alliance pour l'Allemagne (47,8 % des voix, 192 sièges sur 400, contre 21,8 % au SPD [le SDP ayant repris son nom « historique » en janvier 1990] ; 16,3 % au PDS ; 5,3 % aux libéraux et 2,9 % à l'Alliance 90 regroupant les mouvements de l'automne 1989), forgée en février par le chancelier Kohl pour rassembler la CDU, le Renouveau démocratique et la DSU (filiale de la CSU en RDA), scelle le sort de la RDA. Le gouvernement de grande coalition formé par Lothar de Maizière, leader de la CDU est-allemande, avec les sociaux-démocrates et les libéraux engage avec la RFA un processus de réunification rapide (union économique, monétaire et sociale, juillet 1990). Les Länder de Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe sont reconstitués et adhèrent à la RFA. Berlin, réunifiée, redevient la capitale de l'Allemagne dont l'unification est proclamée le 3 octobre 1990.
L'unité étatique de l'Allemagne est réalisée par le traité d'unification du 31 août 1990 qui règle les modalités d'adhésion de la RDA au système d'organisation politique de la RFA. Il déclare l'unité allemande achevée et fait de la Loi fondamentale adoptée par la RFA en 1949 la Constitution de l'Allemagne unifiée. Le traité « 2 + 4 » signé à Moscou le 12 septembre 1990 par les deux États allemands et les quatre puissances victorieuses de 1945 (États-Unis, Grande-Bretagne, France et Union soviétique) règle les aspects extérieurs de l'unification. Il rend à l'Allemagne son entière souveraineté, tout en définissant son statut territorial et militaire : son territoire est circonscrit à celui de la RFA, de la RDA et de Berlin ; l'Allemagne reconnaît définitivement la ligne Oder-Neisse comme sa frontière commune avec la Pologne ; elle renonce aux armes A, B et C (atomiques, biologiques et chimiques) et à toute guerre d'agression ; elle reste membre de l'OTAN, au prix de la dénucléarisation du territoire est-allemand, et limite ses forces armées à 370 000 hommes.
Les premières élections générales allemandes (décembre 1990) consacrent l'unité du pays et confirment la coalition chrétienne-libérale au pouvoir, Helmut Kohl étant réélu à la chancellerie.
Le chancelier Kohl se donne pour objectif de financer par l'emprunt la mise à niveau des nouveaux Länder de l'Est, convaincu qu'il suffit d'assurer la transition vers un régime économique libéral pour y provoquer un miracle économique semblable à celui qu'a connu l'Allemagne de l'Ouest après 1948. Le passage d'une économie planifiée vers une économie sociale de marché décentralisée apparaît bientôt beaucoup plus difficile, plus long et plus coûteux que prévu. Quand, fin 1994, l'office fiduciaire chargé de la privatisation du patrimoine est-allemand, la Treuhandanstalt, met un terme à ses activités, il peut s'enorgueillir d'avoir réussi en un temps record ce qui passait pour une mission impossible : sur les 12 000 entreprises représentant 45 000 établissements après déconcentration, il en a privatisé un peu plus de la moitié, en a restitué environ 13 % à leurs anciens propriétaires et en liquide près d'un tiers, le seul grand problème non résolu restant celui de la privatisation des biens fonciers.
Mais la Treuhand a rempli sa mission au prix d'une politique de désindustrialisation qui n'a maintenu en Allemagne de l'Est que quelques noyaux durs compétitifs, des « cathédrales dans le désert ». La densité industrielle passe de 277 emplois pour 1 000 habitants en 1989 à 56 pour 1 000 en 1995. Trois millions d'emplois sont ainsi supprimés dans les secteurs primaire et secondaire.
Malgré une politique active de traitement social du chômage (retraites anticipées, recyclages, travaux d'utilité collective, etc.), celui-ci reste extrêmement élevé dans les nouveaux Länder, oscillant dès 1992 autour de 15 %, pour un nombre total de chômeurs de l'ordre de 1,2 million.
Parallèlement, les salaires augmentent à l'Est proportionnellement plus vite que la productivité du travail, atteignant en moyenne, en 1998, 70 % du niveau ouest-allemand pour une productivité à peine supérieure à la moitié de celle de l'Ouest.
Les transferts financiers massifs d'Ouest en Est (140 milliards de marks en moyenne annuelle) obligent le gouvernement Kohl à recourir à l'impôt. Le fossé entre Allemands de l'Ouest pressurés et Allemands de l'Est, mal payés et mal aimés, s'approfondit et l'endettement public s'accroît considérablement. La dette cumulée de l'État fédéral, des Länder et des communes passe de mille milliards de marks en 1989 à plus de deux mille milliards en 1998.
Après avoir pleinement profité de la demande est-allemande au début de la décennie, l'économie ouest-allemande connaît en 1993 la récession la plus sévère de son histoire, avec une croissance négative de −1,9 % du PIB. Dans les années suivantes, la reprise de la croissance ne permet pas de résorber le chômage qui frappe de 2,5 à 3 millions de personnes à l'Ouest. La croissance, au départ plus élevée à l'Est avec un taux de l'ordre de 8 % à 10 % de 1992 à 1994, s'essouffle à partir de 1995 et tombe aux alentours de 2 % de 1996 à 1998. Unification et chômage permettent une vague de dérégulations au cours de la décennie, qui, à l'occasion, met à mal le « consensus social » proverbial des Allemands.
Plus nettement encore que celles de 1994, les élections fédérales de septembre 1998 montrent, que tout en évoluant vers un pluripartisme modéré (5 partis sont représentés, pour la deuxième fois consécutive, au Bundestag), l'Allemagne reste gouvernable : SPD (40,9 % des voix) et Verts (6,7 %) ont, à eux seuls, la majorité des sièges au Parlement fédéral, leur permettant de former un gouvernement. Face à une alternative crédible, au bout de seize années de gouvernement Kohl, les électeurs allemands votent nombreux (avec un taux de participation de 82,3 %) et les partis d'extrême droite restent insignifiants, démentant certaines craintes nées au début des années 1990 avec la montée de la violence xénophobe (1,8 % pour Die Republikaner). Le succès du SPD de Gerhard Schröder ramène la CDU-CSU (35,2 %) à son niveau électoral le plus bas depuis 1950.
Après avoir mené sa campagne électorale au centre, Gerhard Schröder est élu chancelier en octobre 1998 par une coalition SPD-Verts nettement plus à gauche. Il engage une politique de réduction du déficit budgétaire, de lutte contre le chômage et de modernisation prudente alors que son ministre des Finances, Oskar Lafontaine, qui est en même temps président du SPD, défend une politique néo-keynésienne plus délibérément sociale. Le conflit entre les deux hommes trouve sa solution en mars 1999, quand Oskar Lafontaine démissionne brutalement de ses fonctions de ministre et de président de parti. Hans Eichel le remplace au ministère des Finances et Schröder prend la tête du SPD en avril. En mai, Johannes Rau (SPD) succède au chrétien-démocrate Roman Herzog (qui avait succédé en 1994 à R. von Weizsäcker) à la présidence de la République. À la direction des Affaires étrangères, Joschka Fischer (Bündnis 90/Die Grünen) s'affirme comme un fin (et très populaire) diplomate dans la tradition de ses prédécesseurs libéraux.
Dès 1999, la coalition SPD-Verts parvient à faire adopter, au prix de quelques concessions, deux de ses projets de réformes les plus emblématiques : elle négocie avec les producteurs d'énergie une sortie du nucléaire civil étalée sur vingt ans et innove en introduisant le droit du sol dans un Code de la nationalité fondé depuis 1913 uniquement sur le droit du sang. En revanche, les résultats sont moins probants en matière économique et sociale. La politique d'austérité budgétaire menée par le ministre des Finances, Hans Eichel, qui se donne pour objectif de faire 190 milliards de marks d'économies de 2000 à 2003, ne suffit pas, début 2002, à éviter à l'Allemagne un rappel à l'ordre de la Commission européenne, l'ensemble de ses déficits publics frôlant le seuil des 3 % du PIB autorisé par le pacte européen de stabilité. Le gouvernement fédéral met ce dérapage au compte de l'endettement des Länder et propose un « pacte national de stabilité » entre l'ensemble des collectivités territoriales. Malgré un « pacte pour l'emploi » qui convie, sous l'égide du chancelier, les partenaires sociaux à élaborer en commun des solutions aux problèmes de la croissance et de l'emploi, le gouvernement ne parvient pas davantage à faire décroître durablement le chômage. Le gouvernement ne réussit pas non plus à faire décoller l'économie des nouveaux Länder, malgré les effets positifs des multiples aides gouvernementales et des transferts financiers effectués de l'Ouest vers l'Est. Le fossé entre l'Est et l'Ouest n'est toujours pas comblé, ce qui explique largement les succès électoraux du PDS qui recueille, comme parti post-communiste, entre 20 % et 25 % des suffrages.
Tenue pour perdante avant l'été 2002, la coalition gouvernementale dirigée par le chancelier Schröder l'emporte pourtant, lors des élections législatives de septembre, d'une très courte longueur sur l'alliance forgée par les chrétiens-démocrates, conduits par le ministre-président bavarois Edmund Stoiber (CSU) et les libéraux. Le SPD et la CDU-CSU réalisent, à 6 000 voix près, le même score : 38,5 % des voix, tandis que les Verts (9 %) l'emportent nettement sur les libéraux (7,4 %).
En plein campagne électorale, G. Schröder avait fait des réformes du marché du travail – rapidement élaborées par une commission présidée par Peter Hartz –, la panacée de la lutte contre le chômage, qui atteignait la barre des 4 millions au mois de juillet. L'application en revenait au nouveau ministre de l'Économie, Wolfgang Clement, ancien ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie. La classe politique allemande est divisée sur les réformes à mener. Le chancelier, soutenu par les Verts, privilégie les mesures structurelles contenues dans le programme intitulé Agenda 2010, et destinées à assouplir le marché du travail tout en allégeant le coût de l'État providence. Les syndicats et l'aile gauche du SPD réclament un plan de relance de l'économie.
Fin 2004, la mise en œuvre du module Hartz IV, prévoyant la fusion du système d'indemnisation des chômeurs de longue durée et de celui de l'assistance sociale, met le feu aux poudres. La réforme est particulièrement impopulaire en Allemagne de l'Est, où les chômeurs réclament la démission du chancelier. Lors de toutes les élections régionales, le SPD essuie des échecs cinglants : − 10,3 points en Hesse et − 14,5 points en Basse-Saxe en février 2003, − 6 points à Hambourg en février 2004, − 13,6 points en Sarre, − 7,4 points dans le Brandebourg en septembre 2004. L'opposition détient, dès février 2003, 41 des 69 mandats du Bundesrat, sans lequel aucun projet de loi important ne peut être voté. En septembre 2003, les élections en Bavière se sont transformées en triomphe pour Edmund Stoiber (CSU : 60,7 %), tandis que le SPD (19,6 %) essuyait un revers de plus. Lors du congrès du SPD à Bochum (novembre 2003), de nombreux délégués expriment leur malaise face à la fuite des adhérents (− 300 000 sur dix ans), aux échecs électoraux répétés du parti et face à la politique du gouvernement, qu'ils jugent contraire aux principes fondateurs de la social-démocratie : solidarité et équité sociale. Ils réélisent néanmoins Gerhard Schröder à la présidence du SPD avec 80,8 % des suffrages (8 points de moins qu'en 2001). En mars 2004, ce dernier en démissionne au profit de Franz Müntefering dans l'espoir de rétablir un minimum de confiance avec la base du parti et les syndicats.
En mai 2004, l'élection à la présidence fédérale de Horst Köhler, ancien directeur général du FMI, soutenu par les chrétiens-démocrates et les libéraux, traduit l'évolution du rapport de forces en Allemagne. Aux élections européennes de juin 2004, le SPD est à nouveau sanctionné (− 9,2 points), mais la CDU-CSU – parti traditionnellement pro-européen –, l'est également (− 4,2 points), parce que jugée favorable à un train de réformes sociales plus drastiques encore que celles du gouvernement. Les élections de Saxe sont l'occasion en septembre 2004 d'évolutions inattendues : le SPD – clairement distancé par le parti post-communiste, le PDS (23,6 %) – ne dépasse pas 10 % des suffrages et reste loin derrière la CDU (41,1 %) ; il entre pourtant au gouvernement, la CDU ayant besoin de son appoint pour constituer le gouvernement. En février 2005, le SPD ne perd, lors des élections régionales du Schleswig-Holstein, que 4,4 points, les Verts restant stables. Malgré le succès des chrétiens-démocrates (+ 5 points), ceux-ci ne détiennent pas avec les libéraux la majorité des suffrages pour gouverner. Chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates sont alors contraints de former ensemble à Kiel un gouvernement de grande coalition, dirigé par Peter Harry Carstensen (CDU). En mai 2005, l'échec cuisant du SPD aux élections régionales de Rhénanie du Nord-Westphalie (37,1 % des suffrages [− 5,7 points] contre 44,8 % à la CDU [+ 7,8 points]) – Land le plus peuplé d'Allemagne et bastion social-démocrate depuis une quarantaine d'années – pousse le chancelier Gerhard Schröder à convoquer des élections législatives anticipées.
Le 18 septembre, les deux grands partis perdent tous deux des voix : − 4,3 points pour le SPD, avec 34,2 % des suffrages, et − 3,3 points pour la CDU-CSU, avec 35,2 % des suffrages. Malgré la nette progression du FDP (+ 2,5 points, 9,8 % des voix), cela ne suffit pas à former un gouvernement chrétien-libéral. Sur la gauche de l'échiquier politique, une nouvelle formation fait son entrée au Bundestag, Die Linke (« la Gauche »), issue de l'alliance entre le PDS et une initiative qui se présente – au nom de l'équité sociale – comme une alternative à la social-démocratie (WASG). L'ancien président dissident du SPD, O. Lafontaine, en assume la présidence, avec Lothar Bisky, et la direction du groupe parlementaire au Bundestag avec Gregor Gysi. Avec 8,7 % des suffrages, Die Linke occupe la quatrième place au Bundestag devant les Verts (8,1 %) et derrière le FDP, un succès qui sera renouvelé (dans une moindre mesure cependant) lors de plusieurs élections régionales (Brême, Basse Saxe, Hesse, Hambourg) en 2007 et 2008.
Finalement, après deux mois de négociations et de multiples péripéties, Angela Merkel, dont le discours crûment néolibéral avait effrayé plus d'un sympathisant chrétien-démocrate, est élue, le 22 novembre 2005, chancelière d'Allemagne à la tête d'une « grande coalition » CDU-CSU et SPD sur un programme empreint de la marque social-démocrate plutôt que libérale, mais non sans contradictions : des mesures de relance de l'économie peuvent en effet être neutralisées par des mesures d'austérité.
Angela Merkel a pour vice-chancelier Franz Müntefering, nommé aux Affaires sociales, mais celui-ci abandonne, en cours de négociations, la présidence du SPD au ministre-président du Brandebourg, Matthias Platzeck, en raison de querelles intestines entre droite et gauche du parti.
Un premier train de réformes du fédéralisme redéfinit les compétences du pouvoir central et des Länder auxquels revient, à nouveau presque exclusivement, la compétence en matière d'éducation et de culture ; l'interdiction de fumer dans les lieux publics est réglée par un accord entre Länder, alors que la fédération avait cru pouvoir légiférer dans ce domaine (l'Allemagne est un des derniers pays européens à adopter cette mesure). Un deuxième train de réformes, beaucoup plus délicates parce que touchant à la répartition des impôts entre fédération, Länder et communes, est à l'étude. La réforme du système de santé prévoit la mise en place d'un fonds alimenté par les cotisations et assurant le financement des caisses d'assurance-maladie.
À mi-parcours, la « grande coalition » fait de la lutte contre le réchauffement climatique un de ses principaux chevaux de bataille. Les chrétiens-démocrates redécouvrent dans ce contexte la « sortie de la sortie du nucléaire » ; ils souhaitent prolonger la durée de fonctionnement des centrales nucléaires les plus modernes et les plus récentes au-delà de ce que prévoit la loi votée en son temps par le SPD et les Verts. Le sujet est d'autant plus brûlant qu'une ancienne secrétaire d'État verte, Margareta Wolf, et même J. Fischer, estiment qu'il n'est pas possible de fonder la politique énergétique d'une grande puissance industrielle sur les seules énergies renouvelables et que le refus de prendre en compte le nucléaire civil et la houille conduit à une « impasse stratégique ».
La « grande coalition » met également au centre de ses préoccupations une meilleure insertion de la population immigrée en Allemagne tout en prônant une politique d'immigration choisie. Dans le même temps, l'Allemagne est confrontée à la question de la pauvreté croissante des enfants et des jeunes et à la précarisation de certaines catégories de retraités, une conséquence directe d'une des réformes mise en œuvre dans le cadre de l'Agenda 2010 du chancelier Schröder (Hartz IV). Dans un contexte de morosité sociale, malgré un recul sensible du chômage (moins de 3,5 millions de chômeurs en 2008 contre 4,5 millions en 2006) qui devrait se confirmer en 2009, malgré la crise financière, l'Allemagne, réputée être un des pays le moins touchée par les grèves, en a connu au cours des années 2007-2008. Les plus spectaculaires ont frappé, à l'initiative du Syndicat des conducteurs de locomotives (GdL), le secteur des chemins de fer.
En 1994, alors que les derniers soldats russes quittent le territoire est-allemand, le tribunal constitutionnel de Karlsruhe autorise l'armée fédérale à intervenir en dehors de la zone de l'OTAN, dès l'instant que l'Allemagne agit de concert avec ses alliés, sous le couvert d'un mandat international et avec l'assentiment du Bundestag. À partir de 1995, la Bundeswehr s'engage ainsi dans des opérations de contrôle en mer et dans les airs dans le cadre des conflits dans l'ex-Yougoslavie. Dès lors, les missions et les nouvelles responsabilités de l'Allemagne se multiplient et se précisent : le 25 février 1999, le Bundestag décide avec les voix du SPD, de la CDU-CSU, du FDP et de la majorité des députés Verts de participer aux opérations militaires de l'OTAN dans le cadre du conflit du Kosovo même si les partis de la coalition SPD-Verts, traditionnellement pacifistes, ne suivent le gouvernement Schröder que pour des raisons humanitaires.
Après les attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement Schröder soutient sans réserve la politique des États-Unis en Afghanistan et autorise la participation d'une unité de soldats d'élite (151 hommes) aux côtés des troupes américaines. Un millier de soldats participent à l'ISAF en Afghanistan (4 955 en 2010) où des avions de reconnaissance Tornado sont envoyés à compter du printemps 2007 tandis que la Marine fédérale, est associée à l'opération Active Endeavor de l'OTAN contre le terrorisme international mise en place depuis 2001.
En 2002, 7 000 soldats allemands participent dans les Balkans à des missions de maintien de la paix ou d'interposition : KFOR au Kosovo avec 1 400 soldats (maintenus en 2010) SFOR en Bosnie-Herzégovine, Amber Fox en Macédoine. C'est dans la logique de cette prise de responsabilité croissante que le chancelier Schröder réclame en 2005, dans le cadre de la réforme de l'ONU, un siège permanent pour l'Allemagne au Conseil de sécurité. L'Allemagne affiche désormais son souci de n'être plus simplement un partenaire fiable mais encore un partenaire qui prend part à la décision et s'implique, par ses propositions, dans la solution des conflits comme en témoignent les voyages de F.-W. Steinmeier, ministre des Affaires étrangères SPD, en Israël et en Palestine en juillet 2006 sur fond de guerre au Liban, en Syrie en décembre 2006, sur fond de crise avec l'Iran.
La politique étrangère de l'Allemagne cherche à satisfaire des obligations sinon d'égale priorité, du moins complémentaires : poursuivre l'intégration européenne – avec la ratification des traités de Maastricht (1993) et d'Amsterdam (1997) et la mise en route de la monnaie européenne (malgré des réticences notoires de l'opinion allemande, hostile à plus de 60 % à la disparition du Deutsche Mark) – et en permettre l'approfondissement et l'élargissement aux pays de l'Est (effective en 2004), avec lesquels elle faisait déjà plus de commerce qu'avec les États-Unis, ses exportations vers ces derniers ayant été quadruplées en une douzaine d'années.
Le maintien du lien transatlantique n'exclut pas le développement parallèle, sous couvert de l'OTAN, d'une défense européenne propre. Après avoir déjà refusé de participer à la première guerre du Golfe (1990-1991) autrement que par un soutien financier et la mise à disposition de l'Alliance de matériels militaires, l'intervention américaine en Iraq (2003) est considérée comme une agression contraire au droit international, puisque non couverte par un mandat de l'ONU. Le chancelier Schröder prend ainsi, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne depuis 1945, le risque d'une crise majeure de confiance avec les États-Unis. Inédite, cette prise de position choque les plus anciens parmi les chrétiens-démocrates, restés reconnaissants aux Américains d'avoir protégé l'Allemagne contre le danger communiste pendant la guerre froide.
Le conflit irakien, s'il distend momentanément les liens entre l'Allemagne et les États-Unis, rapproche en revanche l'Allemagne de la France, comme cela apparaît lors de la célébration du quarantième anniversaire du traité de l'Élysée, le 22 janvier 2003. À cette occasion, un secrétariat général chargé de coordonner la coopération franco-allemande est mis en place : il a vocation à préparer non plus de simples « sommets franco-allemands » mais de véritables conseils des ministres franco-allemands, chargés en particulier d'élaborer des propositions communes pour faire avancer l'intégration européenne.
Pratiquant un parler plus franc que diplomatique, notamment sur la politique nucléaire de l'Iran ou sur la prison de Guantánamo, Angela Merkel cherche à renforcer le lien transatlantique avec les États-Unis et marque une plus grande distance par rapport à la Russie, à qui elle reproche de faire cavalier seul dans le domaine de la politique énergétique et se situe, en matière de relations avec la France, davantage dans la continuité du gouvernement Schröder, qui les voulait privilégiées sans être exclusives.
Confirmant la tendance observées lors des élections européennes du 7 juin, les élections législatives de septembre 2009 voient les deux grands partis, CDU-CSU et le SPD, s'éroder au profit des petites formations. Bien qu'arrivés en tête, les conservateurs enregistrent un nouveau recul, 33,8 % des voix et 239 sièges au Bundestag, résultat dû aux pertes particulièrement sévères enregistrées par la CSU qui affiche son plus mauvais score lors d'une élection législative (6,5 %). Mais leur partenaire, le SPD essuie de son côté une cinglante défaite : 23 % (146 sièges), son plus mauvais résultat de l'après-guerre.
Ces élections marquent la fin de la « grande coalition ». Les libéraux (FDP) de Guido Westerwelle, portés par le meilleur score de leur histoire – 14,6 %, soit 93 sièges – sont appelés à devenir les nouveaux partenaires de la chancelière A. Merkel. La gauche radicale, Die Linke, progresse avec 11,9 % des voix (76 sièges) ; elle est suivie par les Verts (Die Grünen), qui réalisent leur meilleur score : 10,7 % (68 sièges). Le 24 octobre, au terme de trois semaines de négociations, les unions chrétiennes CDU-CSU et le FDP trouvent un compromis sur un programme de gouvernement dont les principales mesures – allègements fiscaux pour un montant total de 24 milliards d'euros d'ici 2013, augmentation des allocations familiales, augmentation du budget de l'Éducation nationale – lui confèrent une forte orientation sociale malgré les pressions exercées par les libéraux. Parmi les quatorze membres du futur gouvernement, Wolfgang Schäuble (CDU) est nommé aux Finances, Rainer Brüderie (FDP) à l'Économie. Le ministère de la Défense revient au jeune conservateur bavarois Karl-Theodor zu Guttenberg, la diplomatie échoue à G. Westerwelle, également vice-chancelier.
Un an après, le recentrage de la CDU sur des valeurs plus conservatrices est confirmé à l'occasion de la réélection de A. Merkel à la tête du parti, le 15 novembre 2010. Cependant, les hésitations de la chancelière sur la question de l'énergie nucléaire – prolongation de la durée de vie des centrales puis arrêt des plus anciennes à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en mars 2011– contribuent, après la perte de Hambourg en février, à la défaite historique de la CDU aux élections régionales au Bade-Wurtemberg (27 mars) que ce parti gouvernait depuis 1953. Alors que les grands vainqueurs de ce scrutin sont les Verts qui doublent leur score avec plus de 24 % des voix et accèdent pour la première fois à la présidence d'un Land, les libéraux reculent également fortement et conservent de justesse quelques représentants, un retournement en leur défaveur qui se confirme dans la plupart des Länder disputés, leur parti étant éliminé dans cinq parlements régionaux sur sept. L'abandon de l'énergie nucléaire (d'ici 2022) finalement officialisé en mai n'empêche pas un nouvel échec de la CDU en septembre au Mecklembourg-Poméranie Occidentale puis à Berlin où le maire social-démocrate sortant est reconduit pour un troisième mandat et où les Verts effectuent, avec plus de 17 % des voix, une nouvelle percée.
Pour en savoir plus, voir l'article Allemagne.