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Égypte : vie politique depuis 1952

Gamal Abdel Nasser
Gamal Abdel Nasser

1. L'ère nassérienne

1.1. Instauration de la République

Le 23 juillet 1952, le général Néguib, soutenu par un groupe d'officiers dénommés les « officiers libres », contraint à l'abdication Farouk, rendu responsable de la corruption administrative et de la défaite devant Israël. Les « officiers libres » prennent le pouvoir, les partis politiques sont supprimés, la république est proclamée (18 juin 1953). Néguib est bientôt démis de ses fonctions de président de la République (février 1954) et remplacé (novembre) par le lieutenant-colonel (bikbachi) Gamal Abdel Nasser. Le traité d'évacuation de la zone du canal est signé avec l'Angleterre (octobre 1954), mais le Soudan devient indépendant.

1.2. Nationalisation du canal de Suez

Comme les Américains, inquiets de la politique « neutraliste » de Nasser, qui fait équiper son armée par l'URSS, renoncent à financer la construction du deuxième barrage d'Assouan, Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez (26 juillet 1956). Israël attaque l'Égypte le 29 octobre 1956 ; le 31, la France et la Grande-Bretagne envoient des troupes, qui prennent l'armée égyptienne à revers. Mais l'ONU, forte de l'entente entre les États-Unis et l'URSS, impose un cessez-le-feu (2 et 4 novembre 1956). Isolés, la France, la Grande-Bretagne et Israël se retirent (22 décembre).

La nationalisation du canal devient effective. Fort de la position stratégique de l'Égypte, Nasser, qui aspire à jouer un rôle primordial dans le tiers monde non engagé, perfectionne sa politique de « neutralisme positif » et bénéficie aussi bien de l'aide américaine que des crédits soviétiques (ces derniers étant utilisés essentiellement pour le nouveau barrage d'Assouan).

1.3. L'échec du panarabisme

Mais c'est surtout dans le monde arabe que Nasser entend occuper une place de premier plan. La création, le 1er février 1958, de la République arabe unie (Égypte et Syrie), élargie le 8 mars en un État arabe uni par l'association du Yémen à la RAU, doit aboutir, dans l'esprit de Nasser, à la constitution d'une vaste fédération arabe dont il assumerait la direction. À cette fédération, Nasser assigne un but économique (constitution d'un Marché commun arabe) et politico-militaire (lutte unitaire contre Israël). Mais cette entreprise, qui ne tient pas compte de la situation spécifique de chacun des États constitutifs, ne tarde pas à avorter : dès novembre 1959, le Yémen s'en détache et, en septembre 1961, la Syrie fait sécession à son tour. Reprise en avril 1963 sous la forme d'une Union tripartie unissant l'Égypte, la Syrie et l'Iraq, la politique nassérienne de la nation arabe débouche sur un nouvel échec dès la fin de 1963.

Nasser tente également de susciter une solidarité arabe dans le domaine économique : un projet de détournement des eaux du Jourdain est présenté à la première conférence de tous les souverains et chefs d'État membres de la Ligue arabe réunis au Caire en janvier 1964. Le projet entre en application à partir du deuxième sommet arabe d'Alexandrie, le 5 septembre. L'opposition d'Israël permet à Nasser de faire passer l'unité d'action du plan économique au plan militaire : érection de Gaza en territoire palestinien « indépendant » le 9 mars 1962 ; création d'un commandement militaire unifié approuvée au Caire en janvier 1964 ; mise sur pied de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en septembre 1964. Enfin, il s'efforce, au troisième sommet arabe de Casablanca (septembre 1965), de parachever son œuvre unificatrice sur le plan politique, grâce à un « protocole de solidarité arabe ».

Mais les efforts de Nasser échouent très rapidement, en partie à cause des problèmes posés par l'Arabie saoudite : le soutien de cette dernière aux royalistes du Yémen immobilise les forces égyptiennes qui appuient le gouvernement républicain et les empêche de protéger les travaux de détournement du Jourdain ; d'autre part, le projet saoudien de pacte islamique (février 1966) est considéré par Nasser comme une manœuvre dirigée contre l'Égypte.

1.4. La guerre des « Six-Jours » et ses conséquences

Alors qu’un pacte commun de défense unit l’Égypte et la Syrie depuis novembre 1966, les tensions entre Israël et ses voisins arabes s’accentuent brusquement en 1966-1967. Nasser prend les mesures décisives de mai-juin 1967 : départ immédiat, à sa demande, des observateurs de l'ONU stationnant le long de la ligne d'armistice israélo-égyptienne ; réoccupation de Charm el-Cheikh et fermeture du détroit de Tiran (22 mai 1967) provoquant le blocus du port israélien d’Eilat. Cette dernière mesure, considérée comme un casus belli, conduit Israël à une attaque préventive qui se solde par une victoire foudroyante de son armée à l’issue de la troisième guerre israélo-arabe (5-11 juin 1967).

Cette guerre des « Six-Jours » coûte à l'Égypte non seulement la partie la plus moderne de son équipement militaire, mais aussi les revenus du canal de Suez et ceux de ses gisements de pétrole (dans le Sinaï).

Discrédité par la défaite, Nasser renonce à démissionner mais procède à l’épuration de l’état-major malgré une tentative de conjuration, déjouée, qui conduit au suicide du maréchal Amer en septembre. Le rais doit accepter le refus de l'ONU de condamner Israël comme agresseur et la présence d'observateurs internationaux le long du canal de Suez – et non le long de la ligne d'armistice de 1949 –, mais tenir compte également de la position très ferme à l'encontre d'Israël adoptée lors de la rencontre des quatre chefs d'État égyptien, syrien, irakien et algérien au Caire les 13 et 14 juillet 1967.

Nasser se résout d'abord à alléger l'effort de guerre de son pays tout en faisant appel à l’URSS pour reconstituer son potentiel militaire. Ainsi, à la conférence de Khartoum (août-septembre 1967), l'Égypte et l'Arabie saoudite décident de mettre fin à leur 'intervention militaire au Yémen et Nasser renonce à réduire Israël par la force.

De juillet à novembre 1968, les incidents se multiplient sur le canal. La situation s'aggrave en mars et en avril 1969 ; le général Riyad, chef d'état-major égyptien, est tué au cours d'un affrontement. Pendant cette période, Nasser refuse toute solution négociée équivalant à une capitulation, mais il propose d'ouvrir des négociations directes et d'accepter la « réalité » d'Israël à la condition que les territoires occupés soient évacués (mai 1969) ; ces tentatives échouent.

Nasser proclame le 23 juillet 1969 le début de la guerre d'usure, après avoir déclaré caducs les accords de cessez-le-feu. Israël procède à des attaques terrestres et aériennes très nombreuses. Sur le plan diplomatique, l'impasse est totale. En décembre, l'URSS et l'Égypte repoussent le plan américain élaboré par William Rogers. Toutefois, le 25 juin 1970, William Rogers présente un deuxième plan de paix, qui est accepté par Nasser, puis par Golda Meir ; cette initiative prévoit le rétablissement du cessez-le-feu pour trois mois et la relance de la mission Jarring. Le cessez-le-feu entre en application sur le canal le 7 août, mais la mission Jarring ne peut reprendre, car Israël exige le démantèlement des bases de fusées installées par l'Égypte depuis le 7 août.

Les relations entre l'Égypte et l'URSS ne cessent de se développer : la coopération économique et militaire s'intensifie. Quant aux relations avec les États-Unis, elles se détériorent encore à cause des livraisons d'armes et du soutien américain à Israël.

Avec les pays arabes, Nasser pratique une politique prudente, entretenant de bons rapports à la fois avec les régimes conservateurs et avec les régimes progressistes ; il agit comme médiateur dans les conflits de frontières opposant l'Arabie saoudite et le Yémen du Sud (décembre 1969). Il intervient aussi dans les affrontements entre Libanais et Palestiniens (octobre, décembre 1969), et entre le roi Husayn de Jordanie et les Palestiniens (février, juin, septembre 1970). Il tente de nouer des liens plus étroits avec le Soudan et la Libye, et développe la coopération avec ces pays (février-mai 1970).

Pour en savoir plus, voir les articles Liban : histoire, Question palestinienne.

1.5. Le socialisme nassérien

Nasser entreprend, au lendemain de l'affaire de Suez, de socialiser l'économie égyptienne. Dès janvier 1957, il contraint les sociétés étrangères à se transformer en sociétés par actions égyptiennes. En février 1960, il crée la Banque centrale d'Égypte. En mai, la presse est nationalisée au profit du parti unique. En juillet 1961, une seconde réforme agraire réduit les propriétés foncières individuelles à 100 feddans et redistribue le surplus : un tiers à des coopératives agricoles et deux tiers à des petits paysans. En même temps, Nasser frappe les possédants d'impôts très lourds avant de nationaliser toutes les banques, les compagnies d'assurances et de navigation ainsi que les sociétés industrielles du pays (1961-1963).

Les structures étant réformées, Nasser établit, avec l'aide de l'URSS, un premier plan triennal (fin 1958), qui doit permettre le lancement d'un plan décennal (1960-1970) divisé en deux périodes quinquennales (1960-1965 et 1966-1970) ; la deuxième sera prolongée de deux ans en raison de difficultés. Ce plan accorde la priorité à l'industrie lourde et à l'accroissement des rendements agricoles, tandis que se poursuit la construction du haut barrage d'Assouan (Sadd al-Ali).

La politique sociale du gouvernement améliore les conditions de vie du prolétariat industriel égyptien et celles des paysans bénéficiaires de la réforme agraire. Mais de nombreux facteurs contribuent à aggraver la situation économique du pays : la poussée démographique, qui se fait à un rythme plus rapide que ne progresse la superficie des terres cultivées ; le maintien d'un chômage très élevé ; l'insuffisance du ravitaillement alimentaire ; la mise en place d'une bureaucratie trop pesante ; enfin l'aggravation du déficit de la balance des paiements, dû aux nécessités du plan et à la politique d'armement du pays.

Afin d'assurer le succès de sa politique, Nasser préconise la mobilisation des masses populaires et crée à cette fin, en 1962, un parti unique, l'Union socialiste arabe, qui, dirigée par Ali Sabri, se donne comme objectif la prise de conscience du peuple égyptien sur la base d'une charte d'action nationale soulignant la nécessité d'une solution socialiste aux problèmes de l'Égypte. À gauche, le parti communiste sera interdit en 1965, et, à droite, les Frères musulmans seront poursuivis et arrêtés au cours de l'été 1965 pour complot.

Parallèlement, le raïs tente de renforcer son autorité sur le plan institutionnel. Après une expérience fictive de direction collégiale, établie par la proclamation constitutionnelle du 27 septembre 1962 – Nasser cumule la présidence de la République et celle du conseil de la présidence –, le chef de l'État revient, en mars 1964, au système antérieur, qui partage le pouvoir entre lui-même et l'Assemblée nationale. Cette dernière est composée de 350 membres élus pour cinq ans au suffrage universel et secret, dix sièges restant pourtant à la disponibilité du président de la République, qui peut, en outre, la dissoudre.

Réélu pour six ans le 15 mars 1965, Nasser reste le véritable chef de l'exécutif, ses Premiers ministres, Ali Sabri, Zakaria Mohieddine ou Sulayman Sidqi, étant choisis parmi ses amis les plus fidèles.

1.6. L'ébranlement du régime après 1967

Devant la crise qui suit la guerre des Six-Jours, Nasser cherche à consolider le régime ébranlé. Un nouveau gouvernement est formé le 10 mars 1968 ; le vice-président Zakaria Mohieddine démissionne au même moment, et Ali Sabri abandonne la direction de l'Union socialiste arabe. Le 30 mars, un programme de réformes est approuvé par référendum ; il concerne le remaniement du parti, la rédaction d'une nouvelle Constitution, le renouvellement de l'Assemblée nationale et des mesures sociales.

Le gouvernement cherche à relancer l'économie ; ainsi, Nasser accorde une certaine autonomie de gestion aux entreprises et aux sociétés étatisées ; les entreprises privées sont encouragées ; le séquestre des biens de certains capitalistes est levé ; mais le commerce de gros est nationalisé. La saisie des biens des paysans endettés est interdite, et la représentation des paysans au sein du parti et dans les collectivités locales est accrue.

En outre, l'Union socialiste arabe, réorganisée après juillet 1968, se réunit en congrès en septembre : certains membres critiquent la passivité de l'Égypte vis-à-vis d'Israël ; au même moment, le président de l'Union des étudiants réclame le rétablissement des libertés publiques et individuelles. Nasser décide alors de faire participer les étudiants volontaires à la défense du territoire : le 1er novembre 1968, à la suite du raid israélien contre la centrale électrique de Nag-Hamadi, il ordonne la création d'une « armée de défense populaire », pour répondre au souhait des dirigeants étudiants.

De plus, les paysans pauvres reçoivent des terres, et des crédits sont accordés pour le développement de l'agriculture ; les ouvriers du secteur pétrolier sont les premiers à bénéficier du partage des bénéfices de leurs entreprises. Mais, les 20 et 21 novembre, de violents affrontements entre étudiants et policiers se déroulent à Mansourah, et, quelques jours après, à Alexandrie ; le gouvernement décide alors de fermer l'université. Le 15 décembre, tous les organismes paramilitaires fusionnent et passent sous le contrôle de l'État ; l'entraînement militaire dans les écoles secondaires est supprimé.

Aux élections du 8 janvier 1969, l'Union socialiste arabe obtient la quasi-totalité des sièges à pourvoir. En août 1969, la troisième réforme agraire permet à des milliers de paysans d'accéder à la propriété. En décembre, le raïs choisit comme vice-président Anouar el-Sadate. La situation économique et sociale s'améliore nettement (fin de l'année 1969-début de l'année 1970).

2. La présidence d'Anouar el-Sadate (1970-1981)

2.1. La « dénassérisation » du régime

Après la mort soudaine de Nasser, le 28 septembre 1970, Anouar el-Sadate devient président de la République. Un nouveau gouvernement est constitué : présidé par Mahmud Fawzi, il comprend des « nassériens » de gauche et des hommes situés plus à droite. En outre, Sadate nomme deux vice-présidents (dont Ali Sabri). Mais, rompant bientôt avec la gauche nassérienne, il destitue Ali Sabri, le 2 mai 1971, et fait arrêter plusieurs ministres et dirigeants du parti ; une campagne d'épuration frappe les cadres du pays.

Le 14 mai, Mahmud Fawzi forme un nouveau gouvernement ; peu après, des réformes sont annoncées, concernant la refonte des structures du parti, l'élection de nouveaux dirigeants, la promulgation d'une Constitution permanente et la fin de l'« arbitraire policier », le gouvernement fait libérer des prisonniers politiques et indemniser les victimes des nationalisations. Au cours d'un référendum, la Constitution permanente est adoptée (11 septembre) ; une nouvelle Assemblée nationale est élue. Le 16 janvier 1972, Aziz Sidqi devient Premier ministre.

Mais sa désignation à la tête du gouvernement et les explications du président Sadate relatives à la poursuite de la trêve avec Israël suscitent le mécontentement, en particulier chez les étudiants. Des émeutes ayant éclaté, le 26 mars 1973 Sadate annonce qu'il assure désormais la charge de président du Conseil et il se fait nommer gouverneur militaire ; l'un de ses fidèles, Hafiz Ghahim, devient secrétaire général de l'Union socialiste arabe ; enfin, un nouveau gouvernement est constitué ; il poursuit la libéralisation de l'économie et la « dénassérisation » du régime.

2.2. Le rapprochement avec les États-Unis

La préoccupation majeure de l'Égypte demeure la recherche d'un règlement du conflit avec Israël. L'assemblée générale de l'ONU vote, le 4 novembre 1970, une résolution préconisant notamment l'évacuation des territoires occupés et l'application du cessez-le-feu pour une durée de trois mois ; l'Égypte et Israël acceptent d'appliquer le cessez-le-feu. Sadate décide, le 4 février 1971, de prolonger la trêve, mais le cessez-le-feu n'est pas renouvelé le 7 mars. Au même moment, il propose au président Richard Nixon de reprendre les relations diplomatiques si les États-Unis demandent à Israël d'évacuer les territoires occupés ; le 4 mai, William Rogers est reçu en visite dans la capitale égyptienne : un rapprochement s'amorce entre les deux pays. À la même époque, les États-Unis proposent aux belligérants de rouvrir le canal de Suez ; ce projet est considéré par l'Égypte comme la première étape de l'évacuation totale du Sinaï ; Israël n'admet pas cette interprétation ; le plan Rogers est repoussé en octobre par Sadate et par Golda Meir.

Parallèlement, les relations avec l'URSS se relâchent. En juillet 1972, les conseillers militaires et le personnel soviétique chargé de la défense aérienne doivent quitter l'Égypte.

Celle-ci, par ailleurs, développe ses rapports avec l'Iran et avec l'Iraq, poursuivant aussi la coopération économique avec l'Arabie saoudite. Le 17 avril 1971, un accord signé à Benghazi amorce la création d'une fédération entre la Syrie, la Libye et l'Égypte, qui reste sans effet, de même que le projet d'union totale de l'Égypte et de la Libye conclu en août 1972. Le climat se détériore avec la Jordanie : le gouvernement égyptien condamne le plan de paix élaboré par le roi Husayn, et les relations diplomatiques sont rompues entre les deux pays le 7 avril 1972, puis rétablies en septembre 1973.

Le 6 octobre 1973, l'Égypte et la Syrie déclenchent le quatrième conflit israélo-arabe, qui s'achèvera d'une manière honorable pour Damas et Le Caire.

Après la « guerre du Kippour », les options du successeur de Nasser s'affirment. Cette guerre a constitué une « technique » de déblocage des négociations israélo-arabes, dont le but est de contraindre les États-Unis à jouer un rôle plus actif, notamment en exerçant des pressions auprès d'Israël afin que cet État se décide à appliquer la résolution 242 du Conseil de sécurité (adopté le 22 novembre 1967, ce texte prévoit le retrait d'Israël des territoires occupés lors de la guerre des Six-Jours). Scellé par le rétablissement des relations diplomatiques, rompues depuis 1967, entre Washington et Le Caire ainsi que par la visite de R. Nixon en Égypte (12-14 juin 1974), le rapprochement américano-égyptien se traduit par l'adhésion de Sadate à la politique des « petits pas ». Inaugurée par le secrétaire d'État Henry Kissinger, cette dernière est matérialisée par les accords de désengagement des 18 janvier 1974 et 1er septembre 1975, par lesquels Israël accepte de restituer une partie du Sinaï au Caire. Le 5 juin 1975, le canal de Suez est rouvert à la navigation.

2.3. La paix israélo-égyptienne

Le 9 novembre 1977, le raïs provoque un coup de théâtre en annonçant, devant l'Assemblée du peuple, qu'il est prêt à se rendre en Israël, sans conditions préalables, pour y entamer des négociations avec le gouvernement de Menahem Begin. Le séjour de  Sadate à Jérusalem (19-21 novembre 1977), puis la rencontre Sadate-Begin à Ismaïlia (25-26 décembre 1977) inaugurent un long processus diplomatique, dans lequel les États-Unis interviennent à diverses reprises pour relancer les pourparlers. Le 5 septembre 1978 débute à Camp David (États-Unis) un « sommet » américano-égypto-israélien. Douze jours plus tard, Carter, Begin et Sadate signent à Washington deux « accords-cadres pour la paix au Proche-Orient », par lesquels Le Caire et Tel-Aviv s'engagent à conclure dans les trois mois un traité de paix.

Le 26 mars 1979, le traité de paix égypto-israélien est signé à Washington par Begin et Sadate (→ accords de Camp David). Il prévoit un retrait par étapes, et dans un délai de trois ans, des forces israéliennes de l'ensemble du Sinaï, la normalisation des relations entre les deux pays et l'ouverture de pourparlers entre Le Caire et Tel-Aviv sur l'octroi d'un régime d'autonomie à la Cisjordanie et à Gaza.

Conformément aux dispositions du traité, les forces israéliennes se retirent jusqu'à une ligne El-Arich-Ras Muhammad (25 janvier 1980). L'Égypte et Israël échangent des ambassadeurs le 26 janvier 1980, puis ils concluent plusieurs accords destinés à normaliser leurs relations (8 mai 1980). En revanche, les négociations sur l'autonomie palestinienne en Cisjordanie et à Gaza restent infructueuses.

Les efforts de paix du Caire ont pour double conséquence une rupture définitive avec l'URSS et un isolement progressif de l'Égypte au sein du monde arabe. Le 15 mars 1976, le traité d'amitié et de coopération égypto-soviétique du 27 mai 1971 est abrogé. Quelques semaines plus tard, Le Caire annonce la suppression des facilités consenties depuis 1968 à la marine soviétique dans les ports égyptiens. En août 1977, les exportations égyptiennes de coton vers l'URSS (et la Tchécoslovaquie) sont suspendues. Le 26 octobre, l'Égypte décrète unilatéralement une interruption, pour une période de dix ans, du remboursement de ses dettes militaires à Moscou. Pour ses besoins de défense, Le Caire s'est déjà résolument tourné vers les États-Unis.

Le processus de paix entamé avec Israël divise profondément le monde arabe. Intervenant quelques mois après un conflit égypto-libyen (juillet 1977), le voyage de Sadate à Jérusalem provoque la tenue d'une conférence du « Front de la fermeté » (Tripoli, 2-5 décembre 1977), qui réunit l'Algérie, l'Iraq, la Libye, la Syrie, l'OLP et le Yémen du Sud, et prend des sanctions à l'encontre du Caire. L'Égypte réplique par la rupture de ses relations diplomatiques avec tous les États ayant participé à la conférence de Tripoli (5 décembre).

Mais c'est surtout la conclusion des accords de Camp David et du traité de Washington qui va mettre l'Égypte au ban du monde arabe. Réunis à Bagdad le 31 mars 1979, les États membres de la Ligue arabe (à l'exception du Soudan et d'Oman) adoptent diverses mesures de rétorsion à l'encontre de l'Égypte : rupture des relations diplomatiques, transfert du Caire à Tunis du siège de la Ligue arabe, etc.

Le retour de l'Égypte dans le camp occidental a des effets directs sur l'économie, réorientée dans une direction franchement libérale et favorable aux investissements étrangers. La politique dite « d'ouverture » (infitah) économique, présentée dans le « Document d'octobre », est approuvée par référendum le 15 mai 1974. Dans le même temps, Sadate pose les jalons d'une ouverture politique, qui, en définitive, se traduira par une très efficace reprise en main. En janvier 1975 est décidée l'institution de « tribunes permanentes » au sein de l'Union socialiste arabe. L'Assemblée du peuple légalise trois tribunes : l'Organisation arabe socialiste d'Égypte représente le centre et soutient le chef de l'État ; l'Organisation des libéraux socialistes, dirigée par Mustafa Kamil Murad, défend les positions de la droite ; enfin, le Rassemblement national progressiste unioniste, dirigé par Khalid Mohieddine, constitue l'opposition de gauche.

2.4. La dérive autoritaire

Après la réélection de Sadate à la président de la République (15 octobre 1976), les élections législatives sont marquées par la très large victoire de la tribune progouvernementale. Le 11 novembre 1976, les trois tribunes de l'union socialiste arabe sont autorisées à se constituer en partis, ce qui entraîne la création du parti arabe socialiste d'Égypte (centre), dirigé par le Premier ministre Mamduh Muhammad Salim, du parti des libéraux socialistes (droite) et du Rassemblement national progressiste unioniste (gauche) de Khalid Mohieddine. Le retour au pluripartisme est réglementé par la loi du 29 juin 1977 ; en dépit de ses dispositions restrictives, on assiste à la naissance d'une quatrième formation, non issue de l'Union socialiste arabe : le néo-Wafd (4 février 1978).

Cependant, devant la vigueur des critiques développées par l'opposition légale, le régime revient progressivement à une politique autoritaire. Les 18 et 19 janvier 1977, de graves troubles éclatent, ils sont provoqués par des mesures de hausse de prix, mais les autorités en rendent la gauche responsable. Le 10 février 1977, un ensemble de dispositions à caractère fiscal et répressif est approuvé par référendum.

Tout en démantelant les sectes extrémistes, le pouvoir se sent néanmoins contraint de faire des concessions à l'islam intégriste (représenté notamment par les Frères musulmans). Plusieurs projets de décret présidentiel sont ainsi annoncés le 14 juillet 1977 : ils font de l'apostasie de la religion musulmane un crime passible de la peine de mort et répriment sévèrement l'adultère et l'alcoolisme.

La délicate partie diplomatique dans laquelle le raïs égyptien s'est engagé après sa visite à Jérusalem, tout comme la persistance de la crise économique et sociale alimentent les attaques de l'opposition, contre laquelle Sadate réagit vigoureusement. En mai 1978, le peuple égyptien approuve massivement (99,29 % de oui) un projet de référendum portant sur les « principes visant à protéger le front intérieur », ce qui conduit l'Assemblée du peuple à adopter le 1er juin suivant une loi qui permet, par diverses dispositions, de réduire l'opposition au silence. Le 2 juin, le néo-Wafd se saborde.

Le 22 juillet 1978, le président égyptien propose à l'Assemblée du peuple d'amender la Constitution afin d'instaurer un « système démocratique entièrement pluraliste » et annonce la création d'un nouveau parti dont il sera le chef. Ce dernier est constitué le 6 août 1978 sous la dénomination de parti national démocratique (PND). En octobre 1978, un nouveau gouvernement est formé sous la présidence de Mustafa Khalil. Aux élections législatives de juin 1979, le PND dispose d'environ 90 % des sièges de l'Assemblée du peuple, le reste allant à deux formations proches du pouvoir. L'opposition légale est pratiquement éliminée du Parlement. En mai 1980 la Constitution de 1971 est à nouveau révisée. L'Union socialiste arabe est abolie. La suppression de la limitation des mandats présidentiels ouvre au raïs la perspective d'une présidence à vie.

Le 6 octobre 1981, Anouar el-Sadate, qui vient à nouveau de frapper durement l'opposition politique et religieuse, est assassiné par des soldats islamistes au cours d'un défilé militaire.

3. La présidence de Hosni Moubarak (1981-2011)

3.1. La prépondérance du parti présidentiel et la lutte contre l'islamisme

Désigné comme unique candidat par les députés, le vice-président Hosni Moubarak est élu à la présidence le 13 octobre. Il inaugure son mandat en faisant libérer des centaines de détenus laïques et islamistes, tout en décrétant l'état d'urgence, qui sera prorogé annuellement. Parallèlement, il lance une campagne contre la corruption qui atteint des proches de l'ancien président Sadate.

En mai 1984, les élections législatives envoient à l'Assemblée du peuple 389 députés du PND, le parti présidentiel, contre 59 députés du néo-Wafd reconstitué en 1983. Pour ces élections, annoncées « libres et sincères » par le chef de l'État, celui-ci a pris la précaution de faire voter une loi fixant à 8 % le seuil minimum pour être représenté à l'Assemblée.

À l'automne 1984, des hausses de prix de produits alimentaires provoquent des émeutes d'ouvriers du textile à Kafr el-Dawar. En octobre 1986, des émeutes à Assiout (Haute-Égypte) en raison de l'interdiction du port du voile visant les étudiantes à l'université, sont sévèrement réprimées. Pour prévenir la contagion de l'islamisme, H. Moubarak a placé dès juillet 1985 toutes les mosquées sous le contrôle du ministère des Biens religieux (waqf). Le 12 février 1987, il obtient par référendum la dissolution de l'Assemblée élue en 1984 et organise de nouvelles élections le 6 avril. Le PND conserve une confortable majorité (346 sièges sur 448), mais cette fois, les députés islamistes (confrérie des Frères musulmans) sont au rendez-vous en obtenant 37 sièges. Le 5 octobre 1987, H. Moubarak, le seul candidat, est réélu pour un nouveau mandat de six ans par 97 % des voix. Lors des législatives de novembre 1990, le seuil des 8 % est levé de façon à permettre l'élection de candidats indépendants. Le PND l'emporte une fois de plus (348 sièges), dans un scrutin boycotté par certains partis d'opposition et marqué par une participation inférieure à 30 %.

Au lendemain de la guerre du Golfe, on assiste à une recrudescence des attentats islamistes. En mai 1992, une dizaine de coptes sont tués, à Assiout, lors d'affrontements communautaires. Les touristes étrangers sont désignés pour la première fois comme cibles d'attentats par la Djamaa al-Islamiya ou le Djihad islamique. Réélu le 4 octobre 1993 pour un troisième mandat et par 96 % des voix, lors d'un scrutin dont il est toujours l'unique candidat, H. Moubarak échappe en juin 1995 à un attentat à Addis-Abeba. S'ensuit une vague d'arrestations massives, souvent suivies de peines de mort prononcées par des tribunaux militaires et exécutées sans délai.

Les élections législatives de novembre 1995, marquées par de violents incidents de campagne, donnent 316 sièges au PND, le néo-Wafd en obtient 6. Le Premier ministre Atef Sedki, en fonction depuis dix ans, est remplacé par Kamal al-Ganzouri (janvier 1996). En 1999, après le plébiscite présidentiel de septembre, Hosni Moubarak annonce un profond remaniement du gouvernement. Un nouveau Premier ministre, Atef Ebeid, est nommé. Mais le maintien d'un certain nombre de ministres, dont celui de l'Information, symbole de la mainmise du pouvoir sur les médias, déçoit l'opposition, qui espérait un changement plus radical. Aux élections législatives de novembre 2000, précédées de vagues d'arrestation, le PND, après un premier tour difficile (40 % des suffrages), obtient finalement 388 sièges grâce au ralliement de nombreux élus indépendants. Hormis le recul du parti au pouvoir, l'autre fait marquant de ces élections est le retour au Parlement (après dix ans d'absence) de représentants des Frères musulmans (toujours interdits), qui, avec 17 sièges, deviennent la principale force d'opposition. Avec seulement 7 sièges, le néo-Wafd, en revanche, n'a pas profité de la nette progression de l'opposition.

3.2. Retour au sein de la communauté arabe et rôle médiateur de l'Égypte

Dès son arrivée au pouvoir Hosni Moubarak assume l'héritage diplomatique de Sadate, et notamment du traité de paix avec Israël. Il obtient de Ménahem Begin la restitution du Sinaï en avril 1982, à la date prévue, à l'exception toutefois de l'enclave de Taba (1 km2), sur le golfe d'Aqaba ; celle-ci reviendra à son tour sous souveraineté égyptienne en mars 1989, au terme d'un arbitrage international. Les relations avec l'État hébreu se dégradent toutefois lors de l'invasion israélienne du Liban (juin 1982), et l'Égypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv. Lors du siège de Beyrouth par l'armée israélienne, le président Moubarak exprime son soutien à Yasir Arafat, alors encerclé. Un an plus tard, le raïs réitère son appui au chef de l'OLP, alors que celui-ci doit faire face à une rébellion d'une partie de ses troupes, inspirée et soutenue par la Syrie. Y. Arafat lui exprime sa reconnaissance en se rendant au Caire pour la première fois depuis six ans, en décembre 1983, consacrant ainsi la fin de la brouille entre l'Égypte et l'OLP. L'Égypte apporte également une aide militaire à l'Iraq, alors en guerre contre l'Iran de l'imam Khomeyni.

L'Égypte est à nouveau admise en mars 1984 au sein de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), en dépit de l'opposition de la Libye et de la Syrie. En septembre de la même année, Amman décide de reprendre ses relations diplomatiques avec Le Caire. La réinsertion de l'Égypte dans le jeu régional est en cours, sans qu'elle ait par ailleurs répudié ses accords avec Israël.

De même, sur le plan international, les relations diplomatiques avec l'URSS, rompues par Sadate en 1981, sont rétablies en 1984, sans pour autant que l'Égypte ne remette en cause sa relation stratégique avec les États-Unis. En revanche, H. Moubarak décide en mai 1987 de fermer la section des intérêts iraniens hébergée par l'ambassade suisse au Caire, accusant la République islamique de soutenir les islamistes égyptiens. En décembre 1989, Le Caire et Damas rétablissent leurs relations diplomatiques. L'Égypte offre également ses bons offices entre la Libye et les pays occidentaux dans l'affaire de l'attentat de Lockerbie (décembre 1989). Décidée lors du sommet de Ligue arabe à Amman (novembre 1987), en reconnaissance du soutien égyptien à l'Iraq dans sa guerre contre l'Iran et malgré le refus du président syrien Hafiz al-Asad, la réadmission de l'Égypte au sein de la Ligue arabe se traduit en septembre 1990 par le retour au Caire de son siège (transféré « provisoirement » à Tunis après l'exclusion de l'Égypte en 1979). En février 1989, l'Égypte, la Jordanie, l'Iraq et la République arabe du Yémen (Yémen du Nord) ont formé le Conseil de coopération arabe (CCA), mais cette organisation, qui inquiète les pays voisins, reste inopérante.

Après avoir tenté de poursuivre la médiation engagée avant l'invasion du Koweit par l'Iraq (2 août 1990), H. Moubarak joue un rôle clé dans la résolution condamnant l'invasion irakienne lors du sommet des États arabes au Caire (10 août) et répond favorablement à la demande américaine de participer à la coalition anti-irakienne en envoyant un contingent de 35 000 soldats.

Depuis, l'Égypte s'emploie à préserver la « paix froide » qui s'est instaurée avec le voisin israélien, en raison essentiellement du rôle irremplaçable que jouent les États-Unis auprès des deux pays, dont les armées sont étroitement dépendantes de l'aide américaine. Au lendemain de l'accord de Washington (1993), négociateurs israéliens et palestiniens se retrouvent souvent au Caire ou à Taba pour poursuivre les pourparlers. Après la vague d'attentats islamistes qui frappe Israël en février 1996, H. Moubarak héberge à Charm el-Cheikh le sommet antiterroriste rassemblant 29 chefs d'État et de gouvernement. L'Égypte redouble ses efforts diplomatiques en faveur de la paix (accords de Charm el-Cheikh [ou Wye River II], septembre 1999) tout en ménageant son opinion publique de plus en plus hostile à Israël, dirigé depuis 1996 par Benyamin Netanyahou. La dégradation rapide de la situation dans les territoires palestiniens après le début de la seconde Intifada (septembre 2000) pousse Le Caire, conformément aux résolutions du sommet arabe d'octobre réclamant le « gel » des relations avec l'État hébreu, à rappeler son ambassadeur (novembre).

3.3. Crise intérieure et tensions internationales

Alors que la timide croissance économique de la fin des années 1990 marque le pas à l'orée de l'année 2000, provoquant inflation, chute de la livre égyptienne et pénuries ponctuelles, le mécontentement s'amplifie, attisé par un contexte régional explosif dû à l'intervention américano-britannique en Iraq (mars 2003) et à l'alignement de Washington sur la politique d'Ariel Sharon en Israël.

Après plus de vingt ans de règne sans partage, le président Moubarak apparaît usé et de plus en plus isolé comme en témoigne le succès des indépendants aux législatives de 2000, même si ces derniers rallient rapidement le PND au pouvoir. Le besoin d'un renouvellement se fait sentir. Gamal Moubarak, le fils cadet du président, prend le contrôle du parti et impose ses hommes à la tête du gouvernement libéral du Premier ministre Ahmed Nazif, nommé en juillet 2004. La perspective d'une succession de type « dynastique » au profit du fils du raïs, relancée par les problèmes de santé du président, conduit l'opposition à hausser le ton : encouragé par le « printemps de Beyrouth », le mouvement Kefaya (« Ça suffit »), rassemblant des militants de tous horizons politiques, se révèle particulièrement efficace.

Les relations avec l'allié stratégique américain se détériorent après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, dans lesquels est impliqué un Égyptien, Mohammed Atta ; le numéro deux d'al-Qaida n'est autre qu'Ayman al-Zawahiri, un médecin égyptien organisateur et recruteur du Jihad islamique égyptien, responsable de la mort de Sadate. L'administration américaine de G. W. Bush, estimant contre-productive la répression anti-islamiste en Égypte, met en œuvre sa doctrine de remodelage du « Grand Moyen-Orient » visant à démocratiser les régimes de la région, dont l'Égypte de H. Moubarak, qui boycotte le sommet du G8 durant lequel elle est entérinée. L'annonce en 2004 par le Premier ministre israélien Ariel Sharon d'un plan de désengagement unilatéral de Gaza, dont la frontière méridionale borde le Sinaï, ne laisse pas l'Égypte indifférente, par ailleurs intéressée par la promesse des États-Unis d'un accord de libre-échange dans le cadre des futures zones franches associant industriels égyptiens, israéliens et palestiniens. Le Caire s'implique activement dans les négociations interpalestiniennes menant à une trêve avec Israël début 2005, et, en août, les forces égyptiennes prennent, non sans difficulté, le contrôle de la frontière avec Gaza. L'emprisonnement de l'opposant Ayman Nour (début 2005) suscite une réaction virulente de Washington, contraignant le régime égyptien à modifier le mode de scrutin présidentiel. Enfin, l'accord de paix de Nairobi (janvier 2005) qui met fin à la guerre civile entre Nord et Sud au Soudan, offrant aux sudistes la possibilité d'une autodétermination est vivement rejeté par Le Caire qui considère que cette zone – traversée par le cours du Nil – fait partie de sa sphère d'influence Soudan.

3.4. Une « démocratisation » sous contrôle

Sous pression à l'intérieur comme à l'étranger, H. Moubarak annonce en février 2005 une réforme constitutionnelle majeure : l'amendement de l'article 76 de la Constitution en vue de permettre la première élection présidentielle pluraliste au suffrage universel direct. Toutefois les conditions imposées aux candidats – seuls les chefs de partis autorisés – provoquent les protestations de l'opposition qui dénonce une « réforme cosmétique ». Aussi, le 7 septembre, le raïs est-il élu à une écrasante majorité, avec 88,6 % des suffrages exprimés mais avec un taux de participation inférieur à 23 %. L'opposant A. Nour, leader du parti Hizb al-Ghad, parvient à obtenir 7,3 % des suffrages.

Aux élections législatives de novembre-décembre 2005 (accompagnées de fraudes et marquées par des violences policières causant la mort de 10 personnes), les Frères musulmans (4 000 d'entre eux sont empêchés de se présenter aux élections), effectuent une percée spectaculaire en remportant 88 sièges sur 444 et en faisant clairement de leur organisation, interdite mais tolérée, le principal rival du régime. Le PND n'obtient que 145 sièges, mais le ralliement de 179 indépendants lui permet d'atteindre la majorité, avec 326 députés.

Surpris par le score aussi élevé qu'inattendu des Frères musulmans, le régime ne tarde pas à montrer des signes tangibles de crispation. Dès le mois de décembre, l'opposant A. Nour est condamné à cinq ans de prison pour falsification de documents lors de la constitution de son parti. L'état d'urgence – imposé depuis 1981 et dont l'opposition et les organisations de défense des droits de l'homme réclament depuis des années l'abrogation – est maintenu par le régime, qui justifie sa décision par la reprise des attentats terroristes (Taba en octobre 2004, Le Caire en avril 2005, Charm el-Cheikh en juillet 2005, Dahab en avril 2006).

En février 2006, le Parlement reporte à 2008 les élections municipales initialement prévues en avril. Le 26 mars 2007, une série de 34 amendements constitutionnels est adoptée par référendum, avec 75,9 % de « oui » pour un taux de participation de 27 %. Boycottée par l'opposition, contestée par les organisations de défense des droits de l'homme, cette « modernisation de la Constitution » a pour but d'encadrer la transition politique à venir ; la révision de l'article 5, prévoyant l'interdiction « d'exercer une activité politique ou de fonder un parti politique sur des références ou des principes religieux », vise directement les Frères musulmans et leur interdit de présenter un candidat à l'élection présidentielle prévue en 2011. Au nom de la lutte contre le terrorisme, le régime ne cesse d'accentuer sa pression en multipliant les atteintes aux libertés publiques et à la vie privée : les agents chargés des investigations et des poursuites sont désormais exonérés de l'obtention d'un mandat judiciaire ; le président de la République est libre de déférer une affaire liée au terrorisme devant la juridiction de son choix, civile ou militaire. Le verrouillage systématique de la vie politique par le régime conduit à la quasi-disparition du mouvement Kefaya et culmine dans une campagne sécuritaire féroce à l'encontre des Frères musulmans, dont les membres sont arrêtés par dizaines.

3.5. Une fin de règne difficile

Depuis 2007, les autorités égyptiennes sont confrontées à une nette dégradation du climat social. Apparu avec la prise de fonctions en juillet 2004 du Premier ministre A. Nazif, qui commence à accélérer le processus de privatisation du secteur public industriel et financier, un mouvement de contestation ouvrière contre la détérioration des conditions économiques (conséquence de la hausse du prix des denrées alimentaires) qui frappe la population dans la vie quotidienne, s'amplifie avec environ 600 grèves, manifestations et protestations en 2007. Dans l'espoir de désamorcer la crise et de contrer l'appel à la grève générale (soutenu par les Frères musulmans), le président Moubarak annonce, le 3 mai 2008, une augmentation des salaires de 30 % dans la fonction publique. Le mouvement de grève est peu suivi, mais le mécontentement reste d'autant plus profond que le gouvernement annonce, quelques jours plus tard, une augmentation des prix des carburants et de certaines taxes. Les élections législatives des 28 novembre-5 décembre 2010, qui ne mobilisent qu’environ 30 % des électeurs, ne sauraient renforcer la légitimité de H. Moubarak malgré le triomphe annoncé du PND, qui remporte plus de 80 % des sièges à l’issue d’un second tour boycotté pour protester contre la fraude par les deux principales formations de l’opposition, les Frères musulmans – qui sont ainsi éliminés de l’Assemblée du peuple – et le parti libéral Wafd. Les tensions politiques et sociales s’accentuent dans les semaines qui suivent. Elles sont tout d’abord attisées par un attentat suicide meurtrier (23 morts) le 31 décembre, devant une église d’Alexandrie, une action attribuée par le gouvernement à un groupe radical palestinien, l’Armée de l’islam, qui dément toute implication. La minorité chrétienne copte du pays se mobilise alors contre un gouvernement accusé de ne plus la protéger contrairement à ses engagements. Ces tensions interreligieuses à peine résorbées, c’est la révolution tunisienne, aussi inédite qu’inattendue, et la chute du président Ben Ali, le 14 janvier 2011, qui encouragent la jeunesse égyptienne à se soulever à son tour.

3.6. Le soulèvement populaire et la chute de Hosni Moubarak

À partir du 25 janvier, bravant l'état d'urgence et la répression – le chiffre de 300 morts sera avancé par l’ONU – un mouvement de protestation massif, auquel se joignent – mais avec discrétion et prudence – les Frères musulmans, se développe dans la capitale ainsi que dans les villes d’Alexandrie et de Suez pour exiger le départ du président H. Moubarak. Ce dernier se contentant de nommer un nouveau gouvernement sous la direction d'Ahmed Chafik – un militaire – et de confier le poste de vice-président à l’un de ses proches, le général et chef des renseignements militaires Omar Souleiman, les manifestants affluent en masse dans le centre du Caire le 1er février. Épine dorsale du régime, l’armée tente de conserver le contrôle de la situation sans recourir à la force. Alors que H. Moubarak a annoncé des réformes constitutionnelles dans la perspective de l’élection présidentielle prévue en septembre à laquelle il s’est engagé à ne pas se représenter, une contre-manifestation de soutien au président conduit à de violents affrontements entre partisans du chef de l’État, dont de nombreux affidés du régime, et opposants. Ces derniers parviennent pourtant à conserver le contrôle de la place Tahrir, épicentre du soulèvement, tandis que des négociations entre le vice-président Souleiman et les partis d’opposition, dont les Frères musulmans, s’ouvrent en vue de la formation d’un gouvernement de transition – une sortie de crise par ailleurs ouvertement et activement soutenue par les États-Unis.

La mobilisation ne faiblissant pas et après s’être montré sourd aux exigences des manifestants dans son discours de la veille, H. Moubarak quitte ses fonctions le 11 février et remet le pouvoir à l’armée dont il a perdu le soutien. Assurant que l'Égypte honorerait ses obligations internationales, y compris le traité de paix conclu avec Israël et s’engageant à rendre le pouvoir aux civils à l’issue d’une transition qui devrait durer six mois, le Conseil suprême des forces armées présidé par le ministre de la Défense, le maréchal Mohammed Hussein Tantaoui, suspend la Constitution dans l’attente de sa révision et dissout le Parlement avant l'organisation prochaine de nouvelles élections démocratiques. Le 3 mars, cédant à la pression des manifestants qui exigent la démission du gouvernement d'Ahmed Chafik, symbole de l'ancien régime, il nomme un Premier ministre civil, Essam Charaf, dont la nouvelle équipe, purgée des figures les plus liées à l’ancien président, prête serment le 7 devant le maréchal Tantaoui.

4. L’Égypte après H. Moubarak

4.1. Une transition sous tension

Malgré la nomination d’un gouvernement civil et l’approbation par référendum d’amendements constitutionnels (19 mars) en vue de faciliter la transition avant l’adoption d’une nouvelle loi fondamentale, la mobilisation ne faiblit pas et la place Tahrir est de nouveau investie à partir du mois de juillet. Mais ni l’important remaniement du gouvernement auquel procède le Premier ministre, ni la comparution de l’ancien raïs, malgré son état de santé, devant la cour d’assises du Caire à partir du mois d’août, ne suffisent pour contenter les manifestants qui exigent une purge plus profonde et contestent la légitimité même des militaires.

Parallèlement, la minorité chrétienne est de nouveau la cible des attaques de groupes islamistes radicaux depuis le mois de mai. Le 9 octobre, une manifestation de coptes pour protester contre l’incendie d’une de leurs églises, est violemment réprimée par les forces de l’ordre faisant une vingtaine de morts.

C’est dans ce contexte très tendu qu’au mois de novembre, un nouveau Premier ministre, Kamal el-Ganzouri, ancien ministre de H. Moubarak, est nommé à la tête d’un « gouvernement de salut national », tandis que les élections législatives sont organisées à partir du 28.

À l’issue du scrutin, qui s’étale jusqu’en février 2012 et auquel participent autour de 60 % des électeurs, les islamistes, toutes tendances confondues, rassemblent plus de 60 % des suffrages. Les Frères musulmans, réorganisés au sein du Parti liberté et justice (PLJ), viennent en tête avec 235 sièges sur 508 à l’Assemblée du peuple devant les salafistes (islamistes fondamentalistes) du parti al-Nour (121 députés). Viennent ensuite le parti néo-Wafd, le Bloc égyptien (coalition formée principalement par les libéraux du parti des Égyptiens libres et le parti social-démocrate, tous deux créés après la chute de H. Moubarak), les islamistes « modérés » d’al-Wasat, la coalition de gauche « la Révolution continue », les indépendants et une dizaine d’autres formations.

Forts d’une majorité relative – mais absolue avec leurs alliés – à l’Assemblée du peuple, les Frères musulmans s’imposent également à la chambre haute (assemblée de la Choura) où ils obtiennent d’emblée 105 des 180 sièges à pourvoir au scrutin direct. Les 16-17 juin, leur candidat, Mohamed Morsi, est élu à la présidence de la République avec près de 52 % des suffrages face A. Chafik, dernier Premier ministre de H. Moubarak et candidat des militaires, le taux de participation étant d’environ 52 %

Cependant, le jour même du scrutin, en vertu d’un arrêt rendu par la Haute Cour constitutionnelle, le Parlement est dissous pour vice juridique dans la loi électorale et le Conseil suprême des forces armées (CSFA) s’arroge les prérogatives législatives ; celles du président sont limitées, le CSFA se réservant toutes les compétences concernant les forces armées. Qualifiée de « coup d'État judiciaire », cette « déclaration constitutionnelle » prévoit également que les nouvelles élections ne pourront pas avoir lieu avant la rédaction d’une nouvelle Constitution et son adoption par référendum. De plus, elle encadre strictement le processus d’élaboration de la prochaine loi fondamentale et laisse planer la menace d’une dissolution de l'Assemblée constituante existante élue par les deux chambres et dominée par les islamistes. Ces derniers engagent ainsi un nouveau bras de fer avec l’armée qui entend conserver ses pouvoirs, notamment économiques, tandis que le président élu entame des négociations en vue de la formation d’un gouvernement.

4.2. L’affirmation du pouvoir présidentiel et le référendum constitutionnel

Le président Morsi parvient cependant à s’imposer à la tête de l’État en négociant avec l’état-major : après avoir nommé Hicham Qandil à la place de K. el-Ganzouri, il réussit à écarter le ministre de la Défense, le maréchal Hussein Tantaoui, remplacé par Abdel Fattah al-Sissi qui devient aussi commandant en chef des forces armées en août 2012.

Le président abroge également le décret constitutionnel pris en juin par l’armée avant de s’attribuer des prérogatives exceptionnelles au mois de novembre. Devant l’ampleur des manifestations contre cet abus de pouvoir et sous la pression des islamistes les plus radicaux mais aussi des militaires qui appellent au dialogue, le président décide de soumettre à référendum le projet de nouvelle Constitution voté à la hâte par une commission acquise aux Frères musulmans car boycottée par l’opposition libérale et les représentants coptes.

Le projet constitutionnel instaure un régime démocratique fondé sur le respect des libertés individuelles – de croyance et d’expression notamment –, le pluralisme politique, les droits économiques et sociaux, la séparation des pouvoirs. L’article 2 inscrit les principes de la charia comme la « source principale de la législation » tandis que l’université Al-Azhar, dont l’indépendance est reconnue, doit être consultée dans les matières relevant de la loi islamique (art. 4). Certains articles restent cependant vagues, contradictoires ou suspendus à l’adoption de lois futures.

L’insuffisance des garanties quant à la sauvegarde des libertés constitue le principal grief exprimé par le Front du salut national (FSN) – une coalition assez lâche des oppositions coordonnée par Mohamed ElBaradei et rassemblant des libéraux, des laïcs, des sociaux-démocrates ainsi que des nationalistes –, qui appelle à voter « non » au référendum organisé les 15 et 22 décembre. Le « oui » l’emporte cependant : 63,8 % des électeurs approuvent ainsi le projet mais le taux de participation n’est que de 32,9 %.

4.3. La polarisation de la société et la destitution de M. Morsi

À partir de janvier 2013, alors que le pays connaît une nouvelle flambée de violence accompagnée d’une recrudescence de l’insécurité, les divisions politiques se creusent malgré les velléités d’ouverture du président Morsi.

Les élections législatives, dont la date est avancée au mois d’avril, sont finalement suspendues en mars par le tribunal administratif du Caire qui demande un nouvel examen de la loi électorale par la Cour constitutionnelle. Confortée par cette décision, l’opposition, dont les principaux partis avaient appelé à boycotter le scrutin, se mobilise de plus belle contre le chef de l’État et la volonté hégémonique des Frères musulmans.

La contestation s’intensifie et les tensions s’aggravent au cours des mois suivants : pour marquer le premier anniversaire de son investiture le 30 juin, un appel à la démission du président et à la convocation d’une nouvelle élection anticipée est lancé sur Internet et dans la rue par de jeunes activistes. Baptisée Tamarod (« Rébellion ») et dénonçant la trahison des objectifs de la révolution – « dignité, liberté, justice sociale et indépendance nationale » –, cette campagne pétitionnaire rassemble un nombre considérable de manifestants au-delà de la division entre laïcs/libéraux et islamistes. Si les mécontentements et les déceptions dus au marasme économique nourrissent cette opposition, le camp présidentiel réagit en lançant sa propre pétition ; mais les affrontements permanents et meurtriers entre adversaires et partisans du président font craindre une polarisation inquiétante de la société ; le spectre d’une guerre civile est brandi par certains.

Retranché derrière sa légitimité démocratique, le chef de l’État se retrouve pourtant isolé après avoir perdu une partie de ses alliés. À la fronde du pouvoir judiciaire menacé dans son indépendance, s’ajoutent l’hostilité désormais ouverte du principal rival des Frères musulmans, le parti salafiste al-Nour, les inquiétudes et les réserves exprimées par les autorités de l’islam sunnite d’al-Azhar ainsi que la démission de cinq ministres dont celui des Affaires étrangères. Très fragilisé, M. Morsi est alors de nouveau soumis à la pression des forces armées, qui, par la voix de leur commandant en chef et ministre de la Défense, A. Fattah al-Sissi, lui donnent quarante-huit heures pour « satisfaire les revendications du peuple ». Cet ultimatum ayant été rejeté, le président est destitué et arrêté le 3 juillet.

L’armée affirmant n’avoir pas d’autre ambition que de poser les bases d’un nouveau dialogue national, son intervention est applaudie par une grande partie des opposants rassemblés sur la place Tahrir. Elle reçoit la caution ou le soutien des représentants politiques du FSN (Mohamed ElBaradei) mais aussi du parti al-Nour, ainsi que de dignitaires religieux comme le grand imam d’al-Azhar et le patriarche de l’Église copte. Dans l’attente d’une révision de la Constitution qui est temporairement suspendue et de nouvelles élections générales, Adly Mansour, président de la Cour constitutionnelle, est désigné comme chef de l’État par intérim. L’assemblée de la Choura est dissoute.

Subitement écartés du pouvoir, les Frères musulmans mobilisent à leur tour leurs partisans pour exiger la libération et le rétablissement du président déchu, affrontant les opposants de ce dernier et l’armée dont l’intervention brutale, le 8 juillet, fait une cinquantaine de morts dans leurs rangs. Parallèlement, de nombreux frères et plusieurs de leurs chefs sont arrêtés ou poursuivis pour incitation à la violence dont le guide suprême de la confrérie, Mohamed Badie, tandis que certaines de leurs chaînes de télévision sont fermées. Ces tensions sont par ailleurs aggravées par la multiplication d’attaques de groupes djihadistes dans le Sinaï.

Coup d’État militaire qui ne dit pas son nom pour les uns, putsch « préventif » ou « révolution corrective » voire « accomplissement de la révolution » pour les autres, la destitution de M. Morsi est accueillie avec circonspection par les États occidentaux dont les États-Unis. Condamnée notamment par la Turquie, elle est approuvée par plusieurs États arabes – au premier rang desquels l’Arabie saoudite, son allié koweïtien et les Émirats arabes unis – qui s’empressent d’apporter leur soutien financier aux nouvelles autorités, tandis que le Qatar, qui soutenait les Frères musulmans, adopte une position prudente.

Alors que M. ElBaradei prend le poste de vice-président chargé des relations internationales, l’économiste Hazem al-Beblawi forme un cabinet intérimaire composé d’une trentaine de ministres, pour la plupart des libéraux et des technocrates. Le général A. Fattah al-Sissi conserve la défense avec le titre de Vice-Premier ministre.

Entré en fonctions le 16 juillet, ce gouvernement provisoire ouvre ainsi une périlleuse et incertaine transition dans un pays profondément déchiré.

4.4. La reprise en main

Les Frères musulmans sont la principale cible d’une implacable répression déclenchée à partir du mois d’août et encadrée par une législation destinée à prévenir les manifestations. Mais certains révolutionnaires refusant l’évolution qui se dessine en faveur des militaires sont également visés. Des voix s’élèvent aussi dans le camp libéral ainsi qu’à l’extérieur du pays, contre l’emploi excessif de la force à l’instar de Mohamed ElBaradei qui démissionne le 14 août à la suite de la dispersion très meurtrière des partisans de M. Morsi.

Le 1er décembre, une nouvelle Constitution est adoptée par une commission constituante avant d’être approuvée par référendum les 14-15 janvier 2014 avec plus de 98 % de « oui », soit 10 millions de voix de plus qu’en 2012 pour le texte précédent. Un résultat qui peut s’expliquer par l’appel au boycott des Frères musulmans, la campagne omniprésente en faveur du projet constitutionnel et l’aspiration à un retour à l’ordre. Mobilisant également davantage d’électeurs (38,6 %), la consultation est considérée comme un succès par le pouvoir.

Si l’article faisant de la charia la « principale source de la législation » reste en vigueur, la disposition qui ouvrait la voie à une interprétation plus stricte de la loi islamique est supprimée, tandis que les partis politiques basés sur la religion sont interdits. Par ailleurs, d’autres clauses ou formulations contestées de l’ancien texte disparaissent tandis que l’égalité entre hommes et femmes est explicitement affirmée. D’une façon générale, les droits des citoyens, ainsi que la liberté de croyance et d’expression sont davantage garantis.

L’équilibre des pouvoirs est par ailleurs redéfini : si la présidence de la République reste la clé de voûte du système institutionnel avec des prérogatives renforcées, son titulaire peut être démis de ses fonctions sous certaines conditions. Dans le même temps, le pouvoir de l’armée est réaffirmé notamment concernant le budget qui lui est alloué, la nomination du ministre de la Défense (qui nécessite l’assentiment du Conseil supérieur des forces armées) ou encore la comparution devant les tribunaux militaires de civils en cas de crimes commis contre ses représentants ou ses installations.

Les attentats revendiqués par le groupe djihadiste Ansar Beit al-Maqdis se multipliant, la lutte contre le terrorisme devient la justification première de la répression des Frères musulmans, interdits d’activité depuis le mois de novembre et dont la confrérie a été décrétée organisation terroriste en décembre.

Dans l’attente de la prochaine élection présidentielle, le ministre de la Défense Fattah al-Sissi, promu maréchal et qui bénéficie toujours du soutien d’une grande partie de la population, apparaît bien comme le véritable homme fort du nouveau régime. Le 1er mars, chargé de préparer cette échéance et de parer au plus pressé alors que la situation économique, sociale et sécuritaire continue de se dégrader, Ibrahim Mahlab, ministre de l’Habitat dans le gouvernement sortant et ancien responsable de l’ex-parti présidentiel de Moubarak (PND), prend la tête d’un gouvernement remanié. Le 26, le maréchal al-Sissi annonce officiellement sa candidature à l’élection présidentielle des 26-28 mai.

La campagne électorale s’ouvre sur fond de répression. Les condamnations à mort et à de lourdes peines de centaines de Frères musulmans et de partisans de M. Morsi (incarcérés ou en fuite) à l’issue de procès de masse expéditifs et inéquitables, jettent le discrédit sur un système judiciaire politisé, inquiétant les défenseurs des droits de l’homme et suscitant les protestations des Nations unies et de l’UE.

Mises à part quelques voix discordantes à gauche et dans le camp libéral, Abdel Fattah al-Sissi reçoit le soutien de nombreuses forces politiques – dont une partie de la « mouvance » Tamarod et le parti salafiste al-Nour –, mais parvient avec peine à mobiliser les électeurs. La participation restant en deçà de celle enregistrée en juin 2012, l’élection est ainsi prolongée d’un jour afin de donner au maréchal Sissi la nécessaire légitimité populaire. En l’absence d’opposition à l’exception de son « concurrent » Hamdeen Sabahi (cofondateur du Front de salut national en novembre 2012), il remporte le scrutin sans surprise avec 96,9 % des voix et, officiellement, un taux de participation 45,45 %. Dans son rapport préliminaire, la mission d’observation envoyée par l’UE émet plusieurs réserves quant au contexte dans lequel s’est tenu le scrutin. Le nouveau président entre en fonctions le 8 juin. I.  Mahlab est reconduit au poste de Premier ministre.