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Prusse

en allemand Preussen

Brandebourg-Prusse
Brandebourg-Prusse

Ancien État de l'Allemagne du Nord. Capitale : Berlin.

1. Les origines

1.1. Sous la suzeraineté de l'ordre Teutonique

Entre la Vistule et le Niémen, le territoire de la Prusse est à l'origine habité par les Borusses ou Prussiens, peuple balte que les cisterciens d'Oliva (Christian d'Oliva, premier évêque de Prusse en 1215) et les Polonais essaient vainementde convertir au christianisme. Vaincu, Conrad de Mazovie appelle les chevaliers Teutoniques (1226). En échange de son aide, l'ordre obtient pleine suzeraineté en Prusse.

En 1230, une véritable croisade est menée avec énergie et habileté. L'ordre construit des forteresses au pied desquelles s'installent des colons allemands. Entre 1230 et 1280, toute la Prusse est conquise. Les colons s'enrichissent par la production des grains, dont l'exportation est assurée par les marchands de Dantzig (→ Gdańsk), Elbing (→ Elbląg), Thorn (→ Toruń), etc., villes qui ont toutes adhéré à la Hanse et qui ont reçu le droit de s'administrer elles-mêmes selon les statuts de Magdeburg et de Lübeck.

Mais les rapports se tendent assez vite avec les chevaliers de l'ordre Teutonique. Paysans, nobles et surtout marchands allemands reprochent aux grands maîtres de gouverner en souverains absolus et de faire appel, pour renforcer leurs effectifs, à des étrangers en nombre croissant.

L'ordre Teutonique étend d'ailleurs sa domination, annexant la Pomérélie et Dantzig (traité de Kalisz, 1343), achetant la Neumark (1402) pour se rapprocher du Brandebourg et faire contrepoids à l'union polono-lituanienne (1386). Pour la briser, ils déclarent la guerre à la Pologne, mais sont vaincus à Grunwald (→ bataille de Grunwald ou de Tannenberg) en 1410, abandonnés au cours du combat par leurs sujets nobles et bourgeois, qui ont constitué la ligue de Marienwerder (1440) ; à la demande des Teutoniques, l'empereur Frédéric III dissout cette dernière (1453) ; la noblesse et les villes se soulèvent alors, avec l'appui du roi de Pologne, Casimir IV, qui, à la suite de cette seconde guerre, se fait céder la Prusse-Occidentale et fait reconnaître par l'ordre la suzeraineté polonaise (traité de Toruń, 1466).

2. Le duché de Prusse

À l'issue d'une troisième guerre (1519-1521), le grand maître de l'ordre Teutonique, Albert de Brandebourg, obtient l'érection de la Prusse en duché séculier et héréditaire, fief mouvant directement de la Couronne de Pologne (Cracovie, 1525). Albert de Brandebourg, qui est un Hohenzollern, prend le titre de duc en Prusse (1525-1568). Il adhère à la Réforme de Luther, renonce à sa dignité de grand maître et sécularise les biens de l'ordre. Il tente de réorganiser son État, mais maintient l'administration provinciale dans les cadres territoriaux définis par les Teutoniques.

Albert-Frédéric (1568-1618) doit négocier avec la Pologne et l'Électeur de Brandebourg, Joachim II, la cession des droits de succession du duché de Prusse à ce dernier, en cas d'extinction de la famille régnante (1569). Aussi, quand il devient dément (1573), la Pologne confie-t-elle l'administration du duché à Georges-Frédéric (1577-1603), margrave d'Ansbach, puis aux margraves de Brandebourg. C'est ainsi que l'Électeur Jean-Sigismond (1608-1619) devient duc en Prusse (1618-1619).

Officiellement, le duché et l'électorat gardent leurs institutions particulières et, pour prix de leur soumission, les états de la province, soutenus par la Pologne, réclament des concessions à chaque succession au trône, d'autant plus que les Hohenzollern les entraînent dans la guerre de Trente Ans. Le faible Électeur Georges-Guillaume (1618-1640), après avoir vu son pays disputé par les Vasa de Suède (→ Gustave II Adolphe, 1611-1632) et de Pologne (→ Sigismond III, 1587-1632), accepte de s'allier au premier. Toutefois, son fils et successeur, le Grand Électeur Frédéric-Guillaume (1640-1688), réussit à obtenir la cession de la Poméranie-Orientale, y compris l'évêché de Kamién, et les évêchés de Minden, Halberstadt et Magdeburg (→ traités de Westphalie, 1648) ; en gage de participation à la guerre polono-suédoise (1655-1660), il obtient ensuite que la Prusse soit affranchie de la suzeraineté polonaise (Wehlau, 1657) et que sa propre souveraineté soit reconnue sur ce duché (traité Oliva, 1660).

La Prusse est désormais incorporée dans l'État brandebourgeois, dont elle constitue la seule province où l'autorité des Hohenzollern soit absolument sans partage.

3. Naissance de l'État prussien

Le Grand Électeur reconstruit l'État et s'applique à réduire les particularismes, imposant aux états provinciaux la présence de fonctionnaires brandebourgeois. Frédéric-Guillaume poursuit une politique d'aide aux huguenots français persécutés par Louis XIV et dont l'arrivée favorise le développement de l'économie.

Par ailleurs, il réforme l'administration domaniale et adopte une politique économique orientée vers le mercantilisme. Le Brandebourg-Prusse devient une puissance, dont la force est révélée par la défaite infligée aux Suédois à Fehrbellin (1675), poursuivis jusqu'à Riga (fin 1678). Cette force militaire, qui incite Louis XIVà se rapprocher du Grand Électeur (traité secret de 1681), pousse Frédéric III (fils de Frédéric-Guillaume) à briguer la dignité royale. Mais, pour l'obtenir, il lui faut l'assentiment de l'Empereur et des grandes puissances. Contre Louis XIV, l'armée prussienne est à la disposition de l'empereur Léopold Ier (1689-1697), et, pour s'assurer son aide dans la guerre de la Succession d'Espagne, celui-ci se décide (1700) à ériger en royaume le duché souverain de Prusse. Frédéric est couronné à Königsberg (18 janvier 1701) sous le nom de Frédéric Ier (1701-1713).

4. Érection de l'État militaire prussien (1713-1740)

S'appuyant sur une classe dirigeante fortement dominée par les huguenots, Frédéric-Guillaume Ier, dit « le Roi-Sergent », qui se fait céder par la Suède la Poméranie antérieure, Stettin et les bouches de l'Oder (traité de Stockholm, 21 janvier 1720), fonde toute sa puissance sur l'armée et sur l'administration; il fait de l'armée le pivot de l'État, lui consacre l'effort de son règne et l'entretient avec ses revenus personnels.

Parallèlement, le roi se consacre à la colonisation intérieure. Il établit 17 000 Salzbourgeois dans le duché de Prusse (1732), dépeuplé par la peste de 1709-1710. Frédéric-Guillaume dispose d'une administration sans défaut ; il gouverne de son cabinet, aidé du Directoire supérieur des finances, de la guerre et des domaines, les ministres n'étant que des agents d'exécution.

5. La Prusse, grande puissance (1740-1786)

Entre les mains de Frédéric II, l'armée prussienne devient un instrument de puissance incomparable. La conquête de la Silésie sur l'Autriche, ratifiée par le traité de Berlin (1742), est confirmée à Dresde (1745). La guerre de Sept Ans est une épreuve de force contre la France, l'Autriche et la Russie, dont la Prusse sort victorieuse (→ bataille de Rossbach, novembre 1757 ; Leuthen, décembre 1757 ; traité de Hubertsbourg, 1763), en dépit de grosses difficultés et de pertes considérables, vite comblées par l'arrivée de nouveaux colons.

Enfin, le premier partage de la Pologne, que Frédéric impose à l'Autriche et à la Russie, lui permet d'acquérir la Prusse-Occidentale, ou Prusse polonaise (1772), et de satisfaire les intérêts économiques des junkers (propriétaires nobles), tout en unissant territorialement la Prusse au Brandebourg. Il intervient désormais dans les affaires allemandes contre l'empereur Joseph II, empêchant celui-ci d'annexer la Bavière (1778-1879), et, avec l'appui des princes allemands confédérés (Fürstenbund), il prétend se substituer aux Habsbourg à la tête de l'Allemagne (1785).

Mais le progrès social est enrayé par le maintien du servage dans les campagnes, du régime trop étroit des corporations dans les villes et par le rôle important que s'est assuré la noblesse dans l'État. Frédéric II renforce l'absolutisme de son père, mais il l'adoucit dans sa forme extérieure par l'application de ses idées philosophiques : liberté religieuse, réforme judiciaire, codification du droit prussien (1748, qui ne sera promulgué qu'en 1794), séparation de l'administration et de la justice. Il accorde toute son attention à l'essor économique, favorisant le défrichement et la colonisation des marais, concentrant en Silésie et à Berlin les bases d'une industrie puissante.

6. Déclin et renaissance de l'État prussien (1786-1815)

6.1. Frédéric-Guillaume II

L'œuvre de Frédéric II est vite compromise par l'impéritie de son neveu, Frédéric-Guillaume II (1786-1797), qui, laissant le gouvernement à un cabinet de favoris, supprime les libertés religieuses et intellectuelles, gaspille le trésor de l'État, engage la puissance militaire de la Prusse dans des aventures sans profit (Pays-Bas, 1787 ; → défaite de Valmy, 1792), et finit par louer son armée à l'Angleterre. Ses finances épuisées, il signe le traité de Bâle (1795), assurant à la France la neutralité de l'Allemagne du Nord. Il se préoccupe seulement d'accroître ses États au détriment de la Pologne (partages de 1793 et de 1795). La Prusse couvre alors 300 000 km2 et compte 8 700 000 habitants. Mais elle est endettée, son armée est affaiblie et son administration désorganisée.

6.2. Frédéric-Guillaume III

Frédéric-Guillaume III essaie d'arrêter la décadence. Sa politique bienveillante à l'égard de la France lui vaut quelques territoires en Allemagne (1803) ; Napoléon lui accorde le Hanovre en échange de Clèves, Ansbach et Neuchâtel (Schönbrunn, 15 décembre 1805).

Mais la formation de la Confédération du Rhin le rejette dans l'alliance russe ; il envoie un ultimatum à Napoléon : son armée est écrasée (→ Iéna, Auerstedt, 14 octobre 1806), Berlin occupé (27octobre1806). À Tilsit (→ traités de Tilsit 1807), le royaume est réduit à ses quatre provinces : Prusse, Poméranie, Brandebourg et Silésie.

Mais, sitôt la paix conclue, le roi accorde les réformes et les libertés propagées par la Révolution française ; Stein abolit le servage (9 octobre 1807), et les paysans reçoivent en toute propriété les terres qu'ils cultivent sur les biens de la Couronne. L'université de Berlin, fondée en 1810, devient, sous l'impulsion de Fichte, le foyer du nationalisme allemand. L'armée est réorganisée par Scharnhorst et Gneisenau. Mais, informé des intrigues de Stein, Napoléon le fait renvoyer (1808) et limite les effectifs de l'armée.

Cependant, en 1810, Hardenberg reprend l'œuvre de Stein ; il abolit les privilèges fiscaux, sécularise les biens ecclésiastiques, proclame la liberté de l'industrie et tourne l'interdiction d'accroître l'armée. La Prusse est prête à jouer un rôle déterminant dans le soulèvement de l'Allemagne. La défection de la grande armée du général Yorck à Tauroggen (30 décembre 1812) en donne le signal.

La Prusse-Orientale se soulève ; le roi proclame la levée en masse et déclare la guerre à la France (17 mars 1813). Il entraîne l'Autriche dans la coalition. Ces efforts et ces sacrifices sont récompensés par le congrès de Vienne (1814-1815). La Prusse est reconstituée, accrue de la Poméranie suédoise, de la moitié nord de la Saxe, de la Westphalie et de la Rhénanie. Devenue un État surtout germanique, elle dispose des régions les plus riches de l'Allemagne.

7. L'hégémonie prussienne en Allemagne (1815-1870)

7.1. La politique du Zollverein

Sous la direction de la Prusse, le Zollverein (1834) prépare l'unité politique avec les autres États de l'Allemagne du Nord. Cependant, sous l'influence de la Sainte-Alliance, la Constitution promise par le roi est écartée, les associations universitaires (Burschenschaften) sont brimées ; la noblesse des vieilles familles prussiennes conserve, depuis Frédéric II, le contrôle de l'État. L'union (1817) imposée des Églises luthérienne et réformée en une Église évangélique contrôlée par l'État entraîne quelques difficultés. Plus grave est l'opposition des archevêques catholiques de Cologne et de Poznań, qui sont emprisonnés. Frédéric-Guillaume IV (1840-1861) les fait relaxer et proclame une amnistie générale (1844).

7.2. Le développement du mouvement libéral et la révolution de 1848

Il concède un semblant de chambre représentative, le « Landtag uni » de Berlin (1847). Débordé par l'insurrection de 1848 à Berlin (→ révolutions européennes de 1848), il convoque une Assemblée constituante et promulgue une Constitution libérale (1848). Mais il n'ose pas, au Parlement de Francfort, réaliser à son profit l'hégémonie sur une Allemagne dont l'Autriche serait exclue ; celle-ci, ayant rétabli l'ordre chez elle, l'oblige d'ailleurs à renoncer à toute tentative dans ce sens (→ reculade d'Olmütz, 1850). Après avoir accepté la Constitution du 31 janvier 1850, qui institue un Parlement composé de deux chambres – la Chambre des seigneurs (Herrenhaus) représentait les grands propriétaires, et la seconde était élue selon le système des classes —, Frédéric-Guillaume IV, impressionné par l'attitude de l'Autriche, revient à une politique de réaction, mais, atteint d'une crise de folie, doit céder la régence à son frère (1858-1861), qui régnera sous le nom de Guillaume Ier (1861-1888).

7.3. Guillaume Ier

Partisan d'une monarchie forte, le nouveau souverain soutient le projet de réformes militaires présenté par Roon en 1860. Appelé au pouvoir par le nouveau roi, Bismarck impose sa politique sans se soucier de l'opposition.

Après avoir éprouvé sa force dans la guerre des Duchés, il écrase l'Autriche à Sadowa (→ guerre austro-prussienne), et les élections de 1866 lui sont favorables. La Prusse annexe le Schleswig, le Holstein, le Hanovre, la Hesse électorale, la Hesse-Nassau et Francfort ; elle contrôle les autres États inclus dans la Confédération de l'Allemagne du Nord, et s'associe les États du Sud par des traités d'alliance militaire.

La guerre de 1870 fournit enfin à Bismarck l'occasion de réaliser l'unité allemande au profit du roi de Prusse, couronné empereur d'Allemagne à Versailles (1871).

8. La dissolution de l'État prussien

L'histoire ultérieure de la Prusse se confond avec celle de l'Allemagne, à laquelle le royaume transmet son organisation militaire. Bismarck est à la fois chancelier d'Empire et président du Conseil de Prusse, et le personnel prussien dirige les affaires impériales. La prépondérance de la Prusse entraîne l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale. C'est pourquoi la Prusse est particulièrement touchée par la défaite et la révolution russe de 1917 ; elle est seule affectée par les amputations territoriales imposées à l'Allemagne.

Sous l'impulsion des socialistes, elle se donne une Constitution démocratique, aux termes de laquelle le pouvoir émane du peuple au travers d'un Landtag, qui élit le président du Conseil (le social-démocrate Braun [1920-1932]). Par les lois d'unification de 1933-1935, le national-socialisme transfère progressivement au Reich la souveraineté nationale. La Prusse a dès lors pratiquement cessé d'exister en tant qu'État.

La débâcle de 1945 consacre sa disparition. Les principaux territoires qui avaient été à l'origine de sa puissance sont incorporés à l'URSS ou à la Pologne ; le reste est réparti entre les différents länder qui composent les deux Républiques d'Allemagne de l'Est et de l'Ouest. Le nom même de la Prusse a disparu de la carte, le Conseil de contrôle interallié ayant promulgué une loi proclamant la dissolution symbolique de l'État prussien.