Identifiez-vous ou Créez un compte

Prusse

en allemand Preussen

Brandebourg-Prusse
Brandebourg-Prusse

Ancien État de l'Allemagne du Nord. Capitale : Berlin.

HISTOIRE

Situé entre la Vistule et le Niémen, le territoire originel de la Prusse est occupé à partir des ive-ve s. par un peuple balte : les Borusses, ou Prussiens. Opposant une résistance farouche à la christianisation et aux tentatives de conquête par la Pologne, ceux-ci sont asservis au terme d'une longue croisade menée de 1230 à 1280 par l'ordre des chevaliers Teutoniques. Ces derniers, appelés par Conrad, duc de Mazovie, conquièrent le pays pour leur propre compte et y établissent des colons allemands. À l'abri des forteresses des chevaliers Teutoniques se développent des villes allemandes rattachées à la Hanse. Mais, battu en 1410 à la bataille de Grunwald (Tannenberg) par les Polono-Lituaniens, l'ordre entre dans une phase de déclin politique et militaire. Par la paix de Toruń (Thorn), il doit abandonner la Pomérélie et la Warmie et reconnaître la suzeraineté du roi de Pologne sur la Prusse elle-même. En 1525, son grand maître, Albert de Brandebourg (de la maison des Hohenzollern), adhère à la Réforme, dissout l'ordre et sécularise ses territoires en un duché héréditaire, fief de la Couronne de Pologne. Celui-ci passe en 1618 à Jean-Sigismond, Électeur de Brandebourg (1608-1619). Ainsi se trouvent réunis sous son autorité la Prusse, liée à la Couronne de Pologne, et le Brandebourg, qui appartient au Saint Empire. Pendant la guerre de Trente Ans, le Brandebourg réussit à conserver le duché de Prusse malgré la domination suédoise sur la Baltique. Puis Frédéric-Guillaume, dit le Grand Électeur (1640-1688), obtient de la Pologne qu'elle renonce à sa suzeraineté sur la Prusse (traité d'Oliva, 1660). Celle-ci est désormais incorporée dans l'État brandebourgeois. Attaché à réduire les particularismes, le Grand Électeur impose à tous ses sujets le contrôle de l'administration et favorise la colonisation des terres et le commerce en accueillant des minorités religieuses persécutées (dont les huguenots français). Son fils obtient de l'empereur Léopold Ier la dignité royale ; il devient roi en Prusse sous le nom de Frédéric Ier (janvier 1701).

Avec Frédéric-Guillaume Ier, dit « le Roi-Sergent » (1713-1740), l'État prussien continue à forger les éléments de sa puissance : l'armée la plus moderne d'Europe, une administration unifiée et omniprésente, des états soumis à l'autorité royale, soutenue par la caste des junkers. Frédéric II, le « roi philosophe » (1740-1786), fait accéder la Prusse au rang de grande puissance européenne. Malgré les terribles épreuves infligées au pays pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), il conserve la Silésie, conquise en 1745, et acquiert lors du premier partage de la Pologne (1772) la Prusse-Occidentale. Néanmoins, affaiblie par la politique de ses successeurs, la Prusse ne peut résister à Napoléon, qui remporte les victoires d'Iéna et d'Auerstedt (octobre 1806). Puis elle opère un spectaculaire « redressement moral » sous l'égide de grands ministres, tels le baron von Stein, qui abolit le servage (1807), et Hardenberg. Le philosophe Fichte fait de l'université de Berlin, fondée en 1810, un foyer du mouvement patriotique allemand. Scharnhorst et Gneisenau réorganisent l'armée, qui participe à partir de 1813 à la libération de l'Allemagne du joug napoléonien.

Au congrès de Vienne (1814-1815), la Prusse ne recouvre pas la Mazovie, mais elle obtient le nord de la Saxe, la Westphalie et les territoires rhénans au-delà de la Moselle. Le royaume de Prusse devient ainsi l'État le plus puissant de la Confédération germanique. Par la politique du Zollverein (1834), la Prusse prépare l'unité des États de l'Allemagne du Nord sous son égide. Mais le développement du mouvement libéral et la révolution de 1848 retardent la réalisation de ce projet. L'Autriche lui fait d'ailleurs renoncer à toute tentative dans ce sens (Olmütz, 1850). Ce n'est qu'après l'arrivée de Bismarck au pouvoir (1862), sous Guillaume Ier (1861-1888), que s'établit un consensus autour de la guerre contre le Danemark (guerre des duchés, 1864) puis de la guerre contre l'Autriche, battue à Sadowa en 1866. La Confédération de l'Allemagne du Nord est créée en 1867 sous la tutelle de la Prusse. Bismarck parvient ensuite à entraîner les États de l'Allemagne du Sud dans la guerre contre la France (1870-1871). Guillaume Ier, vainqueur, est proclamé empereur de l'Empire allemand. Bismarck, qui est le président du Conseil de la Prusse devient aussi chancelier d'Empire. L'unité allemande est réalisée ; la Prusse est à l'apogée de son histoire. Son déclin est d'autant plus rapide que, après la Première Guerre mondiale, dans laquelle elle a entraîné l'Allemagne, elle subit les effets de la défaite : la monarchie s'effondre en 1918, la Prusse doit s'aligner politiquement sur la République de Weimar et renoncer à son rôle prépondérant en Allemagne. En transférant au Reich la souveraineté nationale par des lois d'unification (1933-1935), le national-socialisme met pratiquement fin à l'existence de la Prusse comme État autonome.