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Afrique

Afrique

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Afrique

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Afrique.

Une des six parties du monde, l'Afrique est traversée presque en son milieu par l'équateur, mais s'étend pour plus des deux tiers dans l'hémisphère Nord.

Superficie : 30 300 000 km2
Population : 1 010 000 000 hab. (estimation pour 2009)

GÉOGRAPHIE

L'Afrique est l'un des six continents du monde ; elle est reliée à l'Asie par l'isthme de Suez et séparée de l'Europe par le détroit de Gibraltar. Elle s'étend entre le 37e degré de latitude nord et le 35e degré de latitude sud, et couvre une superficie de 30 300 000 km2.

   L'Afrique est découpée en 54 États : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Bénin, Botswana, Burkina, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti, Égypte, Éthiopie, Érythrée, Gabon, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée-Équatoriale, Ghana, Kenya, Lesotho, Libye, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Maroc, île Maurice, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, São Tomé et Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Swaziland, Tanzanie, Tchad, Togo, Tunisie, Zambie et Zimbabwe.

   Troisième continent par la superficie, l'Afrique est en grande partie située dans le domaine intertropical. C'est la région du monde où la croissance démographique est la plus disproportionnée par rapport à la croissance économique. Cette situation s'accompagne d'une urbanisation accélérée due à la désagrégation des économies rurales, et de l'usure des régimes politiques nés de la décolonisation. L'Afrique est ainsi le continent qui aborde le XXIe s. avec le plus lourd handicap. Complexe et multiple, l'Afrique apparaît comme un gigantesque puzzle dans lequel chaque ethnie constitue un élément spécifique, dissemblable des autres.

Géographie physique

Le continent africain est formé de vastes plaines et bassins recouvrant les parties affaissées de son socle. La présence de plateaux limités par de vigoureux abrupts rompt, par endroits, la monotonie du relief. Climat et végétation sont étroitement liés, et ce sont les précipitations – plus que les températures – qui déterminent le rythme des saisons et guident la vie économique de ce continent essentiellement rural.

Géologie

La plus grande partie du continent repose sur un socle précambrien rigide, constitué de roches cristallines et métamorphiques. Ce bouclier affleure sur de très vastes étendues, dont une grande partie n'a pas été recouverte par les mers depuis le début de l'ère primaire, période qui voit une transgression marine envahir le nord-ouest du continent ; les dépôts de sédiments ainsi apportés sont à l'origine de formations sableuses, gréseuses et calcaires des grands reliefs sahariens (Tibesti, Ennedi et Hoggar). Les mouvements tectoniques consécutifs à l'orogenèse hercynienne ont contribué à façonner les immenses cuvettes du Kalahari, du Sahara, du Congo et du Tchad.

   Au jurassique, l'Afrique orientale est soumise aux fluctuations du niveau marin et, au crétacé, la plate-forme saharienne est recouverte d'une étroite mer joignant l'Europe au golfe de Guinée. Ailleurs prédominent les formations de sédiments continentaux. Au miocène, le continent est affecté d'importantes poussées tectoniques. Une série de dépressions allongées, appelée Rift Valley, s'ouvre depuis la mer Morte jusqu'au Mozambique. Les grands lacs longilignes Turkana, Tanganyika et Malawi se sont logés dans ce fossé d'effondrement. D'imposants volcans, comme le Kilimandjaro (Tanzanie), le Nyiragongo (Congo ex-Zaïre) et le mont Kenya (Kenya) se sont érigés. Dans le nord-est du continent, cette grande fracture méridienne s'ouvre au triangle des Afars, à la convergence des fossés de la mer Rouge et du golfe d'Aden. Au sud de l'équateur, ces deux fractures se dédoublent de part et d'autre du lac Victoria.

   Les contrecoups de cette orogenèse tertiaire se ressentent dans toute l'Afrique. C'est en particulier à cette époque que se forment le plateau de l'Adamaoua, le mont Cameroun et les îles volcaniques de São Tomé et Príncipe, Bioco et le pointement volcanique des îles du Cap-Vert. Les chaînes de l'Afrique du Nord se sont formées à l'ère tertiaire. Seul l'Anti-Atlas marocain date de l'ère primaire. Deux chaînes principales sont séparées de hautes plaines : l'Atlas saharien, à la lisière du désert, et l'Atlas tellien, formation reliée aux montagnes du sud de la péninsule Ibérique. Au quaternaire alternent les épisodes froids et chauds qui contribuent à former les grands déserts de sable et les paysages tabulaires de cuirasses ferrallitiques.

Relief

L'Afrique, dont Madagascar est la seule grande île, présente une morphologie relativement plane le long des 8 000 km qui séparent le cap Bon du cap de Bonne-Espérance. En raison de la rigidité du socle, la plus grande partie du continent est constituée de surfaces tabulaires (plaines et plateaux étagés) plus ou moins élevées. Elles sont limitées par des versants escarpés, comme le Drakensberg en Afrique du Sud. La grande cuvette du Kalahari est bordée de plateaux qui s'élèvent jusqu'à 3 000 m et dominent, de manière abrupte, les zones littorales. Les plateaux, appelés hamada au Sahara, sont fréquemment surmontés de reliefs isolés (les inselbergs), buttes tabulaires ou dômes, témoins des couches géologiques antérieures. Ils sont parfois recouverts de « croûtes » d'argiles extrêmement dures qui empêchent toute culture : ces latérites résultent de la précipitation (solidification) du fer contenu dans le sol.

   L'Afrique est bordée d'étroites plaines côtières, le plus souvent rectilignes, couvertes de marécages et de mangroves dans les zones deltaïques. Les côtes dominent des plates-formes continentales généralement étroites, dont la topographie, sur la façade occidentale, détermine le phénomène océanographique de barre, gros rouleaux rectilignes déferlant sans cesse.

Hydrographie

Le Nil a longtemps été un mystère pour les peuples méditerranéens, qui ne pouvaient expliquer ses crues, intervenant au moment où les autres fleuves méditerranéens s'assèchent. Long de 6 670 km, le Nil naît en effet de la convergence de plusieurs cours d'eau venus des régions équatoriales et tropicales. Si le Nil Blanc (Bahr el-Abiad) draine un volume d'eau faible mais constant, les affluents éthiopiens, dans l'Est, sont au contraire à l'origine de la puissante crue égyptienne, laquelle a lieu entre juillet et octobre. Son écoulement a été régularisé par la construction des barrages d'Assouan, le premier en 1902 et le second entre 1964 et 1971.

   Le Zaïre (ou Congo), second fleuve mondial par son débit après l'Amazone, draine un très vaste bassin de 3 800 000 km2. Né sur le plateau du Katanga (ancien Shaba), il se jette dans l'océan Atlantique après avoir franchi une importante série de rapides (et les chutes Livingstone), qui représentent une entrave à la navigation fluviale.

   Fleuve au régime tropical, le Niger prend sa source dans le massif peu élevé du Fouta-Djalon, en Guinée. Il se dirige vers le nord, avant d'effectuer une grande boucle pour se jeter dans le golfe de Guinée, au Nigeria.

   

Quatrième grand fleuve du continent, le Zambèze prend sa source sur les plateaux de Zambie, franchit les célèbres chutes Victoria et aboutit à l'océan Indien à travers un important delta.

   Des barrages ont été édifiés pour valoriser le potentiel hydroélectrique et constituer des réserves d'eau. Qu'elles soient érigées sur la Volta, le Niger, le Sénégal ou le Nil, sur des lacs naturels ou artificiels (Kariba, Kossou, Volta…), ces constructions sont partout controversées en raison du bouleversement des écosystèmes qu'elles ont apporté et de la déstabilisation des sociétés traditionnelles qui vivaient à proximité des fleuves et des lacs.

   Les déserts, où dominent les écoulements endoréiques (les eaux n'atteignent pas la mer et se perdent dans les dépressions intérieures), sont parcourus par des oueds, cours d'eau intermittents qui peuvent connaître de violentes crues, notamment lors de la fonte des neiges et des pluies de printemps en Afrique du Nord.

Climat

Les grandes zones climatiques se répartissent en bandes subparallèles de part et d'autre de l'équateur. Aux solstices, les rayons du soleil sont à la verticale du tropique du Cancer le 21 juin, et du Capricorne le 21 décembre. C'est le moteur du balancement parallèle des grands anticyclones (zones de hautes pressions) tropicaux des Açores, du Sahara et d'Arabie dans l'hémisphère Nord, de l'Atlantique Sud, du Kalahari et du sud de l'océan Indien dans l'hémisphère austral. Ils se déplacent vers le nord de décembre à juin, et vers le sud de juin à décembre. Les vents anticycloniques (les alizés), attirés par les basses pressions équatoriales, soufflent vers le nord-ouest dans l'hémisphère Sud et vers le sud-ouest dans l'hémisphère Nord.

   L'Afrique occidentale est soumise au vent sec et chaud du Sahara, l'harmattan, qui souffle vers le sud-ouest, et au flux maritime issu de l'anticyclone de Sainte-Hélène. La zone de convergence des alizés des deux hémisphères (convergence intertropicale, ou C.I.T.) est responsable d'une grande partie des précipitations. Après le solstice de juin, la C.I.T. se déplace du tropique du Capricorne vers l'équateur. Dès novembre, elle descend vers le tropique du Capricorne, jusqu'au mois de janvier (été austral).

   La zone équatoriale est en permanence soumise aux pluies de la C.I.T., et la saison sèche, aux solstices, y est brève. L'atmosphère y est très humide, et les précipitations, parfois torrentielles, excèdent 2 000 mm par an dans la cuvette congolaise. Le climat chaud présente de faibles écarts, tandis que l'amplitude thermique s'élève à 25 °C dans le Sahara algérien.

   Dans l'Est, la corne de l'Afrique est une région aride qui reçoit moins de 50 mm de pluie, en raison du détournement des alizés issus de l'océan Indien. La sécheresse est également marquée sur les côtes du Mozambique et de la Tanzanie, les masses d'air se déchargeant d'une partie de leur humidité sur Madagascar.

   Quand on s'éloigne de l'équateur, la durée de la saison sèche s'allonge, la hauteur des précipitations diminue et l'amplitude thermique augmente. La zone tropicale humide, ou pluvieuse, qui entoure la zone équatoriale s'étendant du golfe de Guinée aux grands lacs orientaux, possède la particularité de présenter deux courtes saisons sèches coupant la longue saison des pluies. Sa limite correspond à l'isotherme + 18 °C (pour le mois le plus chaud) et à l'isohyète 700 mm. Au-delà de cette zone, l'année voit se succéder une saison humide, appelée « hivernage » en Afrique de l'Ouest, et une saison sèche. Dans le Sud ivoirien, il tombe annuellement au moins 1 700 mm de pluie répartis sur dix mois, alors que dans le nord du pays la pluviométrie n'excède pas 1 500 mm et la saison sèche dure quatre mois. En Mauritanie, la saison sèche dure huit mois et les précipitations, en été, sont inférieures à 500 mm. Les pays bordant le Sahara connaissent des années de sécheresse accusée lorsque la C.I.T. remonte moins haut vers le nord.

   

Le climat désertique saharien est lié à la présence d'un anticyclone qui provoque un important phénomène de subsidence. Dans l'hémisphère Sud, le désert côtier de Namibie doit son origine à la présence du courant marin froid de Benguela qui refroidit les basses couches d'air. Il est prolongé vers l'intérieur du continent par celui du Kalahari, qui demeure toutefois moins aride que le Sahara.

   La pointe sud-ouest de l'Afrique qui correspond à l'ancienne province du Cap, en Afrique du Sud, bénéficie d'un climat de type méditerranéen, dont on retrouve les caractéristiques (étés chauds et secs, hivers doux et humides) à l'extrémité nord du Maghreb.

Le monde vivant

Forêts

La zone humide équatoriale est occupée par la forêt ombrophile, dite pluviale. Elle se caractérise par une très grande variété d'espèces, en général sempervirentes. Les arbres, peu enracinés et stabilisés par de puissants contreforts, peuvent atteindre 50 m de hauteur. Une végétation adaptée à l'ombre succède à cette première strate : arbres plus petits, fougères arborescentes, épiphytes et lianes. L'absence de sous-bois s'explique par le manque de lumière au sol. La faune y est représentée par des centaines d'espèces d'insectes, des oiseaux, des reptiles, des rongeurs, des singes, quelques félins, ainsi que des éléphants et des hippopotames. C'est un milieu à la fois hostile et très fragile, difficile à mettre en valeur et propice à la diffusion de maladies, notamment la malaria. Si l'on dénude le sol forestier, les fortes pluies emportent très rapidement l'humus, et la forêt ne peut plus se reconstituer. Les défrichements s'effectuent sur d'amples territoires, tant pour se procurer du bois de feu et de cuisine que pour pratiquer la culture sur brûlis.

   À la forêt équatoriale, qui disparaît progressivement au-dessous de 1 200 mm de précipitations, succède dans les régions à saison sèche une forêt moins dense (appelée miombo en Afrique orientale), où la hauteur des arbres, en partie caducifoliés, ne dépasse pas 25 m. La lumière atteint plus facilement le sol, ce qui permet l'apparition d'un tapis de graminées après les défrichements par le feu. Dégradée par les brûlis des défricheurs, cette forêt se transforme en savane.

Savanes et steppes

Plus l'on s'éloigne de l'équateur, plus la végétation est clairsemée, et l'on passe graduellement aux paysages plus ouverts des savanes et des steppes, qui sont les formations végétales les plus courantes du continent.

   La savane est une formation végétale de hautes herbes vivaces, caractéristique des régions à saison sèche accentuée (de quatre à huit mois). La plupart des savanes sont ponctuées d'arbustes et d'arbres disséminés (baobab, karité, fromager, palmier à huile…). C'est le domaine des grands herbivores (gazelle, antilope, girafe, buffle, phacochère) et de quelques carnivores comme le lion et la panthère. Elles sont sillonnées, le long des cours d'eau, par des « forêts-galeries ».

   La steppe, formation où prédominent des herbes annuelles, est parfois parsemée d'arbres et de plantes (acacia, épineux, jujubier…) adaptés à l'aridité. Elle couvre le Sahel, à la limite du Sahara, les plateaux somaliens, le nord du Kenya, et est également très étendue en Afrique australe, dans le Kalahari (steppe boisée). Dans les montagnes tropicales, la forêt peut monter jusqu'à plus de 3 000 m sur les versants arrosés. Les pentes, entre 1 500 et 3 000 m, sont couvertes d'une forêt d'arbres de taille moyenne (cèdres, camphriers). Entre 2 700 et 3 000 m dominent les épiphytes puis les bambous. Au-dessus de 3 000 m, la prairie et la lande occupent des pentes parsemées de bruyères géantes et de fougères arborescentes.

Déserts

Les déserts de pierre au Sahara (regs) et de sable (ergs) ne contiennent de l'eau qu'en profondeur et, sauf exception (lit des oueds, par exemple), ne permettent que des formes de vie bactériologiques. Les régions au climat méditerranéen portent des forêts dans leurs parties les plus arrosées, mais le feu les a fréquemment transformées en maquis et en garrigues.

Population

Si les bords des lacs est-africains ont livré les plus anciens restes attribuables à des hominidés, les conditions naturelles et historiques n'ont pas contribué à faire de l'Afrique un continent très peuplé. De nos jours, la dégradation des ressources naturelles, l'effondrement des monocultures « rentières » conduisent à l'entassement, dans les bidonvilles des grandes cités, des masses d'hommes sans travail et sans ressources. Dans la première décennie du XXIe s., l'Afrique compte une trentaine de villes de plus de 1 million d'habitants, dont plusieurs dépassent les 10 millions. Dans les quinze dernières années du XXe s., la population urbaine est passée de 170 à 370 millions, soit une augmentation de 218 %.

Les principaux groupes de population

Le continent africain a une population estimée à plus d'un milliard d'habitants en 2009, dont les quatre cinquièmes vivent au sud du Sahara. La densité moyenne de la population (33 hab./km2) est relativement faible, mais les disparités sont grandes : de vastes espaces (forêt équatoriale, déserts) sont peu ou pas peuplés, alors que certaines zones concentrent de nombreuses populations. Ces zones de fort peuplement sont situées, pour la plupart, sur les pourtours du continent, sans oublier l'exception que constitue la région des Grands Lacs, où les densités peuvent dépasser 300 hab./km2.

   La population africaine se divise en deux grands groupes :

– le groupe noir, qui domine largement, se compose de plusieurs branches. Le groupe mélano-africain, numériquement le plus important, est répandu du Soudan du Sud à l'extrémité méridionale du continent ; il comprend une multitude de peuples et d'ethnies, que distinguent davantage les habitudes culturelles et les affinités linguistiques que les critères « raciaux ». Les plus anciennement attestés des groupes actuels sont les Pygmées (dont certains sont restés de véritables chasseurs-cueilleurs) dans la forêt équatoriale, les Bochimans et les Hottentots en Afrique australe ;

– le groupe blanc aujourd'hui implanté en Afrique du Nord : Berbères et peuples sémitiques, essentiellement des Arabes, qui ont imposé leur langue à l'ensemble de cette région. D'origine austronésienne, la population malgache a reçu des apports africains, arabes et européens.

   Les Éthiopiens constituent un groupe intermédiaire entre l'Afrique noire, au sud du Sahara, et l'Afrique blanche, au nord. Ce peuplement s'est grossi, à partir du XVIe s., mais surtout du XIXe s., d'un apport européen : colons portugais, anglais, français et hollandais, qui ont répandu leurs langues.

   Les religions offrent aussi une extrême variété : aux multiples croyances animistes de l'Afrique ancestrale se sont progressivement superposées les différentes expressions de l'islam et du christianisme.

Un héritage douloureux

L'esclavage a longtemps sévi. Pendant des siècles, des tribus guerrières se sont livrées à des razzias sur des groupes moins puissants. Elles vendaient les captifs – le « bois d'ébène » – à des marchands arabes et européens, portugais, puis anglais, hollandais et français. En Afrique occidentale, les Achantis (majoritaires dans l'actuel Ghana) et les Fons du royaume du Dahomey (actuel Bénin) étaient, entre autres, des chasseurs d'esclaves. À la lisière du Sahara, les nomades arabes et berbères (Maures et Touareg de Mauritanie, du Mali, du Niger) asservissaient les Noirs du Sahel. On estime aujourd'hui à près de vingt millions le nombre des Africains ainsi déportés jusqu'au XIXe s., toutes destinations confondues (Amérique et Moyen-Orient).

   Autres grands fléaux, les épidémies (choléra et, surtout aujourd'hui, sida) et les maladies endémiques (malaria, fièvre jaune, onchocercose, bilharziose…) touchent les populations les plus démunies du continent noir.

Une démographie galopante

La croissance démographique africaine est l'une des plus élevées du monde. Le taux annuel d'accroissement naturel s'élève à environ 4,6 % en 1996, alors que la moyenne mondiale est de 1,6 %. À un tel rythme, la population double en un quart de siècle. C'est en Afrique que l'on trouve les plus forts taux de natalité du monde (41 ‰, soit près de deux fois la moyenne mondiale). Le nombre moyen d'enfants par femme africaine s'élève aujourd'hui à 5,6, bien que l'allaitement prolongé des enfants, jusqu'à l'âge de 3 ans, limite théoriquement la fécondité durant cette période. La population africaine est donc jeune : sur les quarante-huit pays du globe dont la population de moins de 15 ans dépasse 45 %, trente et un sont africains. Cette situation pose de difficiles problèmes d'infrastructures (scolaires et sanitaires), et incite de nombreux Africains à effectuer des migrations interrégionales, intrarégionales et internationales. Les grandes migrations historiques, notamment de Bantous et de Peuls, stoppées par l'arrivée des colons, ont fait place à des migrations à caractère économique, saisonnier ou définitif.

   Le programme de planification familiale, qui a donné quelques résultats dans les pays du Maghreb, se heurte à la dissémination rurale de la population en Afrique noire, où les filles sont deux fois moins scolarisées que les garçons.

   Les taux de mortalité, dont la baisse à partir des années 1950 explique, en partie, la vertigineuse croissance démographique, demeurent élevés (15 ‰). Les taux de mortalité infantile sont presque partout supérieurs à 100 ‰. L'espérance de vie à la naissance dépasse à peine 40 ans pour des pays comme l'Éthiopie et la Sierra Leone. Les progrès sanitaires sont par ailleurs entravés par les guerres civiles qui affectent de nombreux pays (Mozambique, Angola, Éthiopie, Soudan, Tchad, Liberia, Somalie) et les famines qu'elles entraînent, comme en Éthiopie et au Soudan.

   Les pays les plus densément peuplés sont le Nigeria (111 hab./km2) et les deux petits États du Rwanda (312 hab./km2) et du Burundi (246 hab./km2). En Égypte, la population est, depuis des millénaires, concentrée sur les rives du Nil. Les autres zones à forte densité se rencontrent le long des littoraux du golfe de Guinée, de l'Afrique du Sud orientale et de l'Afrique du Nord, ainsi que sur les hauts plateaux éthiopiens.

Une urbanisation récente

Dans la plupart des États africains, la population rurale est majoritaire et dépasse souvent 75 % de la population totale. Ce sont des régions où l'on trouve d'anciennes paysanneries : Mossis du Burkina, Haoussas du Niger et du Nigeria, Dogons du Mali, Ouolofs et Sérères du Sénégal, Amharas en Éthiopie, Kikuyus au Kenya, Hutus au Rwanda et au Burundi. Seuls la Guinée-Équatoriale, Djibouti, la Zambie, la Tunisie, la Namibie, la Libye et l'Afrique du Sud comptent une population urbaine majoritaire.

   

Mais l'explosion démographique et la crise structurelle de l'agriculture font affluer dans les villes un nombre toujours plus important de ruraux. Les agglomérations du Caire (11,5 millions d'habitants) et de Lagos (6,1 millions d'habitants) sont devenues deux des plus grandes métropoles du monde. Les autres grandes agglomérations, pour la plupart des ports d'origine coloniale, sont Alexandrie, Kinshasa et Casablanca (plus de 3 millions d'habitants). Alger, Abidjan, Khartoum, Le Cap, Johannesburg, Dakar, Ibadan, Addis-Abeba, Luanda, Dar es-Salaam et Maputo comptent de 1 à plus de 2 millions d'habitants. Les anciennes villes enclavées (Bamako, Tombouctou, Gao), ou plus récentes (Bangui, Yaoundé) sont restées plus modestes.

   Les villes africaines sont généralement divisées en un quartier historique, un quartier des affaires moderne et des quartiers populaires où dominent des maisons individuelles de bois, d'argile, ou d'autres matériaux précaires (l'appellation « bidonville » est née dans les quartiers pauvres de Casablanca, au Maroc). Souvent démunies de toute infrastructure, ces zones d'habitats insalubres conservent un caractère rural ; la population y élève du bétail, exploite les ressources sylvicoles et cultive des vergers pour l'autoconsommation et pour l'alimentation de la ville en produits frais. Caractéristiques des villes du tiers-monde, les agglomérations africaines accueillent une population toujours grandissante et de plus en plus pauvre, qui nourrit un secteur économique informel et échappe à tout contrôle administratif, ne bénéficie pas, le plus souvent, d'une protection sanitaire, et n'a pas accès aux systèmes d'enseignement.

Les problèmes sanitaires

La situation sanitaire et épidémiologique de l'Afrique est préoccupante. L'espérance de vie à la naissance est certes passée de 40 à 54 ans entre 1966 et 1995, mais elle reste la plus basse des six continents. Les taux de mortalité infantile peuvent atteindre 143 ‰ (Sierra Leone, Guinée), contre moins de 10 ‰ en Europe. Les niveaux de vie, la malnutrition, les catastrophes naturelles, la rareté des aménagements en matière d'adduction d'eau ou de propreté publique sont autant de facteurs qui se conjuguent pour favoriser épidémies et maladies à l'état endémique. Les maladies tropicales sont loin d'avoir disparu : on a pu agir sur les milieux écologiques dans les cas de l'onchocercose et de la trypanosomiase, mais pas pour le paludisme, qui redevient une des causes majeures de décès dans le continent.

   Le sida frappe l'Afrique de plein fouet : 70 % des personnes séropositives pour 12,6 % de la population mondiale. La région des grands lacs est très touchée (de 20 à 30 % de la population est séropositive), alors que l'Afrique de l'Ouest l'est moins (le Nigeria est quasi indemne). La prise de conscience de la gravité de la situation tant par les États que par les populations date de 1985. La baisse constante, en moyenne, des ressources budgétaires et publiques allouées à la santé (accélérée par l'application des plans d'ajustement structurels) depuis les années 1980 explique l'accès extrêmement inégalitaire aux soins et aux infrastructures médicales, l'absence de politique de prévention, la privatisation de la médecine, le coût élevé des médicaments, lesquels sont en outre rares et parfois obsolètes.

Économie

La rapidité de la croissance démographique depuis le milieu du XXe s. bouleverse les données du développement social et économique, alors que les pays africains ont le plus grand mal à s'insérer dans la société industrielle et commerciale moderne, prisonniers à la fois des structures traditionnelles fondées sur une économie de subsistance et des monocultures rentières qui avaient été imposées par les colonisateurs européens. Depuis les années 1980, la part de l'Afrique dans les échanges internationaux a diminué de 50 %.

Agriculture

L'agriculture africaine se répartit en domaines distincts suivant les influences climatiques. Les régions subsahéliennes produisent des tubercules (manioc, igname, taro) et des céréales (sorgho, mil et petit mil), dont le cycle végétatif correspond à la saison des pluies. Plante amérindienne (comme le maïs, la pomme de terre et l'arachide), le manioc, malgré sa pauvreté en matières grasses, est devenu la principale source en calories des Africains. Les principales plantes d'exportation, introduites par les Européens, sont l'arachide et le coton. Au sud du Sahara, les Africains cultivent traditionnellement les terres des plateaux, selon un système de brûlis et de rotation des cultures, respectant une jachère pouvant atteindre vingt ans. Sur les marges de l'Afrique tropicale, millet, sorgho et maïs sont les céréales dominantes. Les terres ne sont pas fumées, agriculture et élevage n'étant presque jamais associés, sauf en Afrique du Nord. C'est munis de houes (petits instruments de labour manuels) que les Africains cultivent leurs terroirs. Une variante sahélienne de la houe, l'iler, est dotée d'un plus long manche. Cependant, c'est le feu qui demeure le principal outil de défrichement.

   Avec l'explosion démographique, le paysan doit produire plus de nourriture, accélérer le rythme de la rotation des cultures, et donc raccourcir, voire supprimer, les jachères. Mais il n'abandonne pas la technique extensive de l'essartage, sans apport d'engrais. Les sols des plateaux, insuffisamment épais pour supporter des labours superficiels répétés, sont alors sujets à une intense érosion pluviale (lessivage) ou éolienne, et s'assèchent plus rapidement. Soutenus par l'aide internationale, certains États de la zone sahélo-soudanienne ont toutefois mis en place, au cours des années 1980, des programmes d'encadrement de la paysannerie et d'aménagement hydraulique (fleuve et embouchure du Sénégal, delta intérieur du Niger). Les Sud-Africains ont réussi à mettre au point une agriculture irriguée performante.

   Dans les pays de la zone équatoriale et tropicale humide (où il y a peu ou pas de saison sèche) se sont développées, en plus de l'agriculture vivrière (notamment les tubercules), les cultures de plantations (bananiers, palmiers à huile, manguiers). La Côte-d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, suivie en Afrique par le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. La Côte-d'Ivoire et l'Ouganda sont de grands exportateurs de café. Le Liberia ainsi que le Nigeria, la Côte-d'Ivoire et la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) produisent du caoutchouc naturel. Les États forestiers entourant le golfe de Guinée exploitent leurs ressources sylvicoles, comme l'okoumé, bois utilisé pour la fabrication du contreplaqué. Dans les zones montagneuses de l'Afrique de l'Est (Éthiopie, Kenya, Rwanda, Burundi), les formes d'agriculture sont en général beaucoup plus intensives ; selon les régions prédominent les associations céréales-tubercules, ou au contraire les plantations de café (Éthiopie) ou de thé (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Burundi et Rwanda). Ces plantes sont souvent associées aux bananeraies. La banane, transformée en bouillie ou en bière, est un aliment essentiel de l'Afrique tropicale pluvieuse.

   C'est avec la colonisation que sont apparues les cultures commerciales, qui se sont substituées aux cultures vivrières. Des associations de cultures demeurent cependant possibles, comme l'arachide – monoculture qui a fait un temps la grandeur de Dakar – et le mil dans le Sahel. Le maraîchage, exemple d'intensification agricole, a connu un développement récent, en particulier autour des grandes villes qu'il alimente en tomates, patates douces, haricots et oignons. Il contribue, en outre, aux exportations de contre-saison.

Élevage et pêche

L'élevage est traditionnellement pratiqué dans le Sahel et en Afrique de l'Est. Les Peuls, éleveurs de bovins (principal cheptel africain), sont les pasteurs les plus nombreux de l'Afrique occidentale, avec les Touareg et les Maures du Sahara, éleveurs de dromadaires et de petit bétail. En Afrique de l'Est, ce sont les Massaïs, les Turkanas ou encore les Somalis. Les sécheresses répétées ainsi que la volonté des États de mieux contrôler les éleveurs amènent une partie des pasteurs transhumants et des nomades à se sédentariser pour associer l'agriculture à leur élevage traditionnel.

   Les produits de la pêche représentent moins de 5 % des prises mondiales. L'Afrique du Sud, la Tanzanie, le Sénégal, le Ghana, l'Ouganda et la République démocratique du Congo sont les principaux producteurs. La pêche maritime est importante au large des côtes atlantiques, longées par les eaux froides du courant de Benguela (hémisphère Sud) et celles du courant des Canaries (Afrique du Nord-Ouest). Au contraire, les pêcheries des eaux, plus chaudes, de la façade orientale du continent sont beaucoup moins développées. Un secteur de pêche artisanale piroguière – traditionnel mais dynamique – coexiste avec des navires industriels, encore peu nombreux, équipés pour la haute mer et la réfrigération du poisson. Certaines ethnies sont spécialisées dans la pêche continentale (sur les grands fleuves et le lac Tchad entre autres) ; c'est une pêche artisanale dont le produit est en général vendu aux consommateurs locaux (principalement sous forme séchée, salée ou fumée).

Industrie

L'Afrique est un continent où l'industrialisation demeure peu avancée et les voies de communication encore trop insuffisamment distribuées. On constate, presque partout, au cours des années 1980 et 1990, une régression économique associée à une baisse du niveau de vie, aggravant la paupérisation. Seuls l'Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, les États de l'Afrique du Nord sont assez puissants économiquement pour limiter leur dépendance vis-à-vis des pays industrialisés. Or c'est justement l'un des maux dont souffrent les États africains. Leur richesse repose essentiellement sur l'extraction des ressources minières, quand ils en disposent en quantité suffisante, ou la transformation d'une partie des produits agricoles exportés.

   L'Afrique continue de subir les effets déstructurants du « pacte colonial » : les colonies devaient fournir les métropoles en matières premières brutes, leur acheter des produits manufacturés et s'engager à ne pas développer d'industries concurrentielles.

   Les recettes sont majoritairement constituées par la vente de matières premières, dont les pays africains sont parmi les premiers producteurs mondiaux : cuivre zambien, cobalt congolais et zambien (plus de la moitié de la production mondiale), diamants (Afrique du Sud, République démocratique du Congo et Botswana), bauxite (Guinée, 15 % de la production mondiale), uranium (Namibie, Niger et Gabon), or (Afrique du Sud, 25 % de la production mondiale), ainsi que l'argent, le fer et d'autres métaux rares. Le pétrole, dont le continent africain produit moins de 10 % du tonnage mondial brut, est exploité par le Nigeria, la Libye, l'Algérie, l'Égypte, le Gabon, ainsi que le Cameroun, le Congo et la Tunisie pour une moindre part. Le gaz est principalement produit par l'Algérie (2,4 % de la production mondiale). L'Afrique du Sud demeure la plus grande puissance industrielle d'Afrique : elle fournit près de 70 % de l'énergie électrique du continent, 45 % de la production minière et 40 % de la production industrielle. L'industrie contribue à 20 % dans la formation du P.I.B. des États du Maghreb et de l'Égypte, 45 % en Afrique du Sud, mais moins de 10 % au Mali et moins de 5 % au Niger.

   Le tourisme est une activité en développement, en particulier en Égypte, en Tunisie et en Afrique de l'Est, qui dispose de prestigieuses réserves naturelles (Kenya, Tanzanie).

Échanges

De nombreux pays africains produisent à peine de quoi nourrir leur population, et sont obligés d'importer de grandes quantités de céréales et de produits alimentaires, tandis qu'ils ont fondé leur développement économique sur l'exportation de matières premières : c'est là une des plaies des économies africaines. En dépit de l'aide internationale, la part du secteur alimentaire représente jusqu'au quart des importations. Mais la fluctuation et la baisse des prix à l'exportation (cacao, oléagineux), ainsi que l'apparition sur les marchés de produits agricoles concurrents – en particulier asiatiques (par exemple, la Malaisie pour le cacao) – plus compétitifs ont rendu les revenus de ces exportations plus aléatoires encore. Cela incite les États à diversifier leurs productions (par exemple, les cultures vivrières destinées aux pays déficitaires) et à augmenter les échanges commerciaux intracontinentaux, à peu près inexistants. Le commerce interafricain ne peut réellement émerger que si les voies de communication sont, elles aussi, suffisamment développées. La plus grande partie du réseau routier est constituée de pistes qui ne sont pas toujours carrossables. À elle seule, l'Afrique du Sud possède 43 % des voies ferrées de toute l'Afrique au sud du Sahara.

   La part de l'Afrique dans le commerce mondial était tombée à 1,2 % au début des années 1990 (contre 4,7 % en 1980). Ses principaux partenaires sont l'Union européenne, les États-Unis et les pays en voie de développement. Les tentatives de regroupements régionaux ne permettent pas d'apercevoir, à l'heure actuelle, des signes d'amélioration au niveau économique.

   La dette extérieure est certes moins élevée qu'en Amérique latine, mais elle évolue d'une manière plus rapide. Dix fois plus importante que l'aide étrangère, elle a augmenté deux fois plus vite au cours des années 1980. En Afrique, le remboursement annuel de la dette représente près de 30 % des recettes d'exportation. Il en découle une situation paradoxale : les États doivent rembourser plus d'argent qu'ils n'en reçoivent. Certains États, comme le Canada et surtout la France, ont consenti un important effort de réduction, voire d'annulation de cette dette. De leur côté, le F.M.I. (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale imposent aux États africains des plans d'ajustement structurels (P.A.S.) draconiens, qui conduisent les gouvernements à réduire des dépenses publiques déjà maigres.

   À l'aube du XXIe s., les difficultés financières, la croissance démographique deux fois supérieure à la croissance économique, la faible productivité agricole, la déstructuration des économies tant rurales qu'urbaines, la corruption des gouvernements et des bureaucraties, la famine, les épidémies et les guerres civiles constituent autant de facteurs défavorables contribuant à la marginalisation du continent noir.

HISTOIRE

L'Afrique est avant tout une réalité géographique, et son histoire s'imbrique avec celle d'autres régions et d'autres aires culturelles. Les recherches récentes ont mis en évidence quelques caractéristiques essentielles de son évolution : la dynamique historique des sociétés africaines, l'existence de fortes relations commerciales et culturelles à l'intérieur du continent et vers le monde extérieur, l'échange inégal avec l'Europe.

   L'indépendance, intervenue pour la plupart des pays dans les années 1960, n'a donné naissance ni à des régimes stables ni à de véritables démocraties. Au contraire, guerres civiles et coups d'État se succèdent à un rythme inquiétant. Le poids de la dette extérieure est, pour nombre de ces pays, un fléau aussi grave que la famine, la misère et la recrudescence des épidémies qui sévissent dans de nombreuses régions.

Nouvelles perspectives de l'histoire africaine

Une étude historique récente

L'étude historique du continent africain, considéré dans son ensemble, est relativement récente. D'abord cantonnée à quelques régions (Égypte, Maghreb) et divisée entre différentes spécialités (égyptologie, orientalisme, islamologie…), l'histoire de l'Afrique, intégrant l'ensemble des sociétés connues au nord et au sud du Sahara, débute véritablement comme science dans les années 1960, après les indépendances africaines : le Journal of African History, principale revue anglo-saxonne sur l'histoire de l'Afrique, est fondé en 1960, et le projet d'une histoire générale du continent, parrainée par l'Unesco, commence à être réalisé au début des années 1970. Préhistoriens et historiens ont ainsi peu à peu mis au jour la remarquable profondeur chronologique des sociétés humaines en Afrique, et leur diversité d'organisation dans le temps et dans l'espace.

   Les sources de l'histoire africaine ne sont pas fondamentalement différentes de celles que l'historien a l'habitude d'utiliser pour d'autres régions.

Diversité des sources

Certes l'étude et la critique des traditions orales constituent un domaine particulièrement développé par les études africaines; mais l'Afrique n'est pas, loin s'en faut, un continent sans écriture : les sources écrites autochtones sont nombreuses, à commencer par les écrits en langue égyptienne dont les différentes formes (hiéroglyphique, démotique, copte) offrent une profondeur temporelle remarquable (plus de trois millénaires et demi). D'autres systèmes d'écriture se sont développés, comme l'alphabet tifinagh, à partir du Ier s., qui a servi à noter la langue berbère, ou le syllabaire éthiopien, qui s'est fixé, dans une forme encore utilisée de nos jours, vers le IVe s. ; ailleurs, on a emprunté des systèmes extérieurs (l'alphabet arabe par exemple) pour transcrire des langues africaines ou pour composer des textes en arabe, comme l'ont fait ces lettrés des villes de la boucle du Niger (Tombouctou, Gao, Djenné) qui ont rédigé ouvrages pieux et chroniques historiques aux XVIe et XVIIe s.

   Sources écrites, internes ou externes, sources orales, témoins archéologiques, enquêtes linguistiques et anthropologiques ont été mis à profit par la critique historique à partir des années 1960-1970 pour renverser bien des perspectives anciennes. Trois exemples suffisent à le montrer.

– La préhistoire, avec la découverte des plus anciens restes d'hominidés connus (australopithèques et Homo habilis) dans les gisements de l'Afrique orientale (Omo, Oldoway) et australe (Sterkfontein, Swartkrans), a fait de cette région un véritable laboratoire pour étudier et comprendre l'hominisation (→ homme).

– Les recherches historiques ont révélé les dynamiques des sociétés africaines, détruisant cette vieille idée qui attribuait le développement de sociétés organisées sur le continent africain à des influences venues de l'extérieur. Il s'agit maintenant pour l'historien d'essayer de comprendre les conditions d'émergence des sociétés africaines depuis le néolithique, d'analyser leur façon de réagir aux changements climatiques, économiques, sociaux. La prise en compte de l'histoire des peuples libyco-berbères a renouvelé notre compréhension de l'Afrique du Nord à travers les périodes punique (IXe-IIe s. avant J.-C.), romaine (IIe s. avant J.-C.-IVe s. après J.-C.), puis après la conquête arabe (VIIIe s.), tandis que l'égyptologie insistait sur la dimension africaine de l'Égypte pharaonique et s'intéressait à ses relations anciennes avec les régions nubiennes. Plus personne ne soutient aujourd'hui l'hypothèse d'une origine non africaine des spectaculaires ruines en pierre de Zimbabwe, qui apparaissent seulement comme la partie la plus visible d'un ensemble de vestiges témoignant de la croissance d'un État puissant, sur le haut plateau du Sud-Est africain, de la fin du XIIIe s. au XVe s. De même, on sait que, face à l'arrivée européenne et au développement de la traite négrière, certains États côtiers du golfe de Guinée ont su, aux XVIIe et XVIIIe s., mettre au point des stratégies politiques et commerciales pour s'imposer comme des partenaires actifs et des intermédiaires obligés des traitants européens.

– L'Afrique ancienne est riche de formations territoriales et étatiques qui ont semblé proches, au premier abord, de celles qui existaient dans d'autres parties du monde à l'époque antique ou médiévale. C'est le cas, pour la période antique, du royaume d'Aksoum qui s'est développé au début de notre ère autour d'un port sur la mer Rouge, Adulis, et d'une capitale, Aksoum (dans le nord de l'Éthiopie actuelle). Les rois d'Aksoum ont mené une active politique de conquête territoriale, contrôlé une partie du commerce maritime passant par la mer Rouge et encouragé, à partir du IVe s., le développement du christianisme et de sa culture. À l'époque « médiévale » (entre le VIIIe et le XVIe s.) est apparue dans la région sahélienne, entre le fleuve Sénégal (royaume du Jolof) et le lac Tchad (Kanem-Bornou), une série d'États engagés dans le commerce avec les États musulmans du nord du Sahara : ces « royaumes du Sahel » (→ Ghana, empire du Mali, Empire songhaï), qui ont développé une civilisation urbaine, une société de cour et une stratification sociale élaborée, ne sont ni des créations de l'islam ni des formations similaires à celles que connaissait au même moment l'Europe médiévale. Les comprendre demande une réflexion sur la vaste gamme des pouvoirs qui existait alors dans les sociétés africaines, depuis la dilution de l'autorité politique dans ces sociétés lignagères que l'anthropologie avait cru, bien à tort, pouvoir figer dans une éternité codifiée par de rigides systèmes de parenté, jusqu'aux monarchies « sacrées » où le roi, élevé « au-dessus » des lignages, entouré d'interdits religieux, apparaissait comme le garant de l'harmonie entre le cosmos et la société, et était tenu pour responsable des bonnes récoltes, de l'abondance des pluies et de la prospérité du pays.

Un monde d'échanges

La dynamique historique de ces sociétés est illustrée également par les liens qui se sont tissés entre elles et qui les ont rapprochées d'autres régions. Rien ne serait plus faux que de concevoir les sociétés africaines repliées sur elles-mêmes, comme le prouve l'existence d'échanges sur de longues distances dans un continent où ni le Sahara, ni la grande forêt, ni les océans n'ont été des obstacles aux mouvements des hommes, des ressources, des idées et des techniques.

Le commerce transsaharien

Le plus connu de ce réseau de commerce à longue distance est celui qui, après l'élargissement du Sahara désertique, l'introduction du dromadaire, originaire du Proche-Orient, peut-être au cours des IIe et IIIe s. de notre ère, et l'émergence de pôles économiques complémentaires au nord et au sud du Sahara, a joint pendant plus d'un millénaire, surtout à partir du IXe s., de manière régulière, les deux rives du grand désert. Le long de pistes organisées, qui ont évolué au rythme de l'histoire des formations politiques qui en contrôlaient les points de départ et d'arrivée, mais qui comprenaient globalement trois axes (le premier, occidental, du sud du Maroc au royaume de Ghana ; le deuxième, central, du Sud algérien vers la boucle du Niger ; le troisième, du Fezzan aux royaumes riverains du lac Tchad), de vastes caravanes conduites par des intermédiaires nomades sahariens allaient chercher les produits du Sud, l'or au premier chef, en échange de diverses marchandises, dont le sel saharien ; c'est par ce biais que l'islam a pénétré dans les sociétés sahéliennes, sans détruire pour autant les religions locales.

   Plus au sud, entre les villes de la zone sahélienne et les régions productrices d'or ou de noix de cola, un dense réseau de pistes s'est formé, en particulier à l'époque de l'hégémonie de l'empire du Mali (XIIIe-XIVe s.). Il était parcouru par des marchands soudanais musulmans de langue malinké que les Arabo-Berbères ont appelés Wangaras, puis que l'on a désignés par le nom de Dioulas, des commerçants qui ont diffusé dans les sociétés guinéennes les valeurs culturelles des royaumes islamisés du Sahel.

   Pour en savoir plus, voir l'article Sahara

L'ouverture sur l'océan Indien

Le symbole de l'ouverture de la façade est-africaine sur l'océan Indien est le peuplement de la Grande Île (Madagascar) par l'arrivée d'Indonésiens et de populations bantouphones du continent à partir des Ve-VIIIe s. Déjà, pendant la période pharaonique, puis à l'époque grecque et romaine, le littoral de la mer Rouge et le nord de la côte orientale de l'Afrique (la Somalie actuelle) étaient intégrés dans des circuits commerciaux aboutissant en Méditerranée. À partir des IXe et Xe s., sous l'impulsion de commerçants arabo-musulmans, des villes-comptoirs se sont développées sur la côte orientale pour s'épanouir aux XIIe et XIIIe s., depuis Muqdisho jusqu'à Kilwa. Dirigées par des élites où se mêlaient les anciens maîtres de la côte et les nouveaux arrivants venus du sud de l'Arabie ou du golfe Persique, ces cités-États, creusets de la civilisation swahilie, participaient à un commerce de dimension mondiale en alimentant en produits côtiers ou venus de l'intérieur du continent les navires des marins arabo-musulmans qui faisaient communiquer des pays riverains de l'océan Indien, comme l'Inde, et le monde méditerranéen.

   Échanges transsahariens et commerce à travers l'océan Indien montrent que, particulièrement entre le XIIe et le XVIe s., l'Afrique n'était pas isolée du reste du monde.

La mainmise européenne

L'histoire des contacts avec l'Europe doit être située dans ce contexte plus large. Mais elle a ceci de particulier qu'elle a débouché sur une domination économique, dont la traite a été le terrible emblème, puis sur une domination politique, avec la colonisation. Elle s'est accompagnée d'un double préjugé envers les sociétés africaines : méconnaissance et crainte de l'islam d'une part, racisme envers les Noirs d'Afrique d'autre part, qui expliquent en partie pourquoi le monde africain, si proche de l'Europe méditerranéenne, est resté aussi longtemps ignoré, voire méprisé.

   Pour en savoir plus, voir l'article traite.

   La carte décrivant les voyages arabes et européens en Afrique montre trois grandes phases dans l'exploration du continent.

Premiers voyages arabes et européens

Jusqu'au XVe s., la connaissance de l'Afrique par les géographes et les voyageurs occidentaux reste très fragmentaire. Voyageurs, comme Marco Polo de retour de son voyage en Chine par l'océan Indien (XIIIe s.), ou pèlerins qui traversent l'Égypte pour se rendre à Jérusalem, doivent l'essentiel de leurs informations à leurs interlocuteurs arabophones, qui ont des contacts économiques et politiques anciens avec l'Afrique subsaharienne. Le monde arabo-musulman a en effet construit depuis les VIIIe et IXe s. une véritable géographie des populations et des États de l'Afrique sahélienne, des côtes de la mer Rouge et de l'océan Indien, alimentée par les récits de voyageurs comme celui du fameux Ibn Battuta qui parcourt ces régions au XIVe s. lors de ses grands voyages (rilha).

Exploration et conquête

Dans une deuxième phase d'exploration et de connaissance de l'Afrique, il revient aux navigateurs portugais d'avoir relevé l'ensemble des côtes du continent entre le milieu du XVe et le début du XVIe s. : un nouveau monde s'ouvre alors à la connaissance et à la convoitise des Européens. Il ne s'agit plus d'initiatives individuelles d'aventuriers, mais de la mise en place par la couronne portugaise d'une véritable politique des découvertes qui culmine avec les voyages terrestres de Pêro da Covilhã et maritimes de Bartolomeu Dias (1487), puis avec le périple de Vasco de Gama (1497-1498). Cependant la thalassocratie portugaise se satisfait de la construction de quelques solides forts sur les côtes pour garantir sa suprématie maritime et commercer avec l'Afrique et, malgré quelques voyages de marchands ou de missionnaires, l'intérieur du continent reste très mal connu : pendant le XVIe s., sur les cartes géographiques aux côtes si précises, il dérive le plus souvent des écrits d'un compilateur comme Léon l'Africain.

   L'arrivée des Portugais est inséparable des débuts de la traite des esclaves, atlantique puis transatlantique. Certes l'esclavage existait antérieurement en Afrique, comme dans d'autres régions, et la traite vers les pays musulmans à travers le Sahara, la mer Rouge ou l'océan Indien a porté sur un trafic de grande envergure : on avance le chiffre de 9,5 millions d'Africains déportés. Le système de la traite, mis en place par les Portugais au début du XVIe s. puis relayé par d'autres pays européens, atteint son apogée au milieu du XVIIIe s. Difficile à chiffrer avec précision, la ponction démographique de cette déportation massive est considérable : on estime généralement que près de 10 millions d'Africains ont été emmenés de force vers les Amériques. Lors du transfert, les mauvais traitements ont fait mourir plus de 10 % d'entre eux.

   Pour en savoir plus, voir l'article esclavage.

Découverte de l'intérieur du continent

Une troisième phase dans l'histoire de l'exploration de l'Afrique débute au milieu du XVIIIe s., avec le goût de l'époque des Lumières pour les grands voyages, la volonté politique des Anglais et des Français de connaître les sociétés de l'intérieur et les premiers effets d'une idéologie qui allait faire des ravages : apporter la « civilisation » en Afrique. Ce ne sont pas les difficultés du climat ou les risques sanitaires qui avaient freiné jusqu'alors ces voyages, mais plutôt l'existence de sociétés organisées, hostiles pour des raisons commerciales et religieuses à la venue des Européens, ou parfois encore minées par la violence liée à la traite. Les premiers grands voyages de cette nouvelle ère sont ceux de James Bruce (1730-1794) en Éthiopie et de Mungo Park (1771-1806) au Soudan. À partir de ces deux pionniers et durant tout le XIXe s., le voyage change de nature. Il devient une véritable expédition, soutenue par des sociétés savantes puis par les gouvernements, suivie par un public pour lequel on rédige livres et articles autour de quelques grands thèmes propres à enflammer son imagination : les sources du Niger (Mungo Park), Tombouctou (René Caillié), les sources du Nil (→ David Livingstone, John Hanning Speke, sir Richard Francis Burton). À la fin du siècle, l'histoire de ces voyages se confond avec celle de la colonisation : l'explorateur passe des traités, cherche à gagner des territoires pour son pays et à devancer ses concurrents (rivalité entre Stanley et Brazza dans certaines régions du bassin du Congo). En une trentaine d'années, entre 1880 et 1914, la quasi-totalité du continent africain va être colonisée par les puissances européennes, à l'exception de deux États restés indépendants, l'Éthiopie de Ménélik et le Liberia, fondé au début du XIXe s. par des esclaves revenus des Amériques.

Les puissances coloniales

En 1880, à la veille de la conquête, la présence européenne est essentiellement côtière, même si les deux principales puissances coloniales, la France et le Royaume-Uni, ont commencé à mettre la main sur des zones intérieures du continent : la colonisation française de l'Algérie est réalisée pendant le second Empire, de même que le contrôle de la basse et moyenne vallée du Sénégal ; le Royaume-Uni domine l'Égypte et la Tripolitaine, et amorce son expansion territoriale dans l'Afrique australe à partir de la colonie du Cap. Le Portugal possède les zones côtières de l'Angola et du Mozambique.

   Aux côtés de la France, du Royaume-Uni et du Portugal, de nouveaux venus font leur apparition : l'Allemagne et l'Italie. Qui veut s'affirmer comme puissant sur la scène européenne se doit de posséder des colonies.

   Pour l'Afrique s'ouvre un siècle d'une domination lourde de bouleversements : exploitation économique en faveur des puissances coloniales, apparition de nouveaux systèmes politiques coercitifs. Mais c'est aussi le temps des résistances et de la formation d'élites politiques qui entament, après 1945, le combat pour l'indépendance.

   Pour en savoir plus, voir l'article colonisation.

Les indépendances

En l'espace de six ans, de l'indépendance du Maroc et de la Tunisie (1956) à celles de l'Ouganda, du Rwanda et de l'Algérie (1962), plus de vingt-cinq pays africains sont devenus indépendants. Ce processus s'est poursuivi après cette date (Angola en 1975, Djibouti en 1977, Zimbabwe en 1980, Namibie en 1990, Érythrée en 1993). C'est dire, cependant, que la majorité de la population actuelle des pays africains n'a pas connu la période coloniale mais les régimes politiques qui sont nés depuis.

   Pour en savoir plus, voir les articles Histoire du Maroc, Histoire de la Tunisie.

   Il importe d'abord de souligner que les frontières héritées de la période coloniale – et entérinées par l'Organisation de l'unité africaine (OUA), dès sa fondation en 1963 par 31 pays indépendants – forment le cadre territorial des États actuels. Les tentatives d'union entre différents pays, prônées par les pères fondateurs de l'indépendance et chantres du panafricanisme ou par la Libye du colonel Kadhafi, ont tourné court, remplacées parfois par des essais de regroupements économiques régionaux.

   En second lieu, des constantes politiques peuvent être relevées durant cette période dans certains pays africains : prédominance du parti unique, personnalisation du pouvoir et pratiques « clientélistes », fréquence des changements brutaux (coups d'État militaires), luttes constantes à l'intérieur des élites politiques, persistance des conflits régionaux. Ces phénomènes ne sont pas l'expression d'une « malédiction » qui pèse sur l'Afrique mais témoignent plutôt, dans un contexte défavorable de dépendance économique vis-à-vis des pays développés, de la difficile construction d'États-nations dans des sociétés où d'autres types de solidarité et de conscience communautaire existent. Depuis le début des années 1990, tous les régimes mis en place lors de l'accession à l'indépendance sont en crise : les générations nouvelles (45 % de la population africaine a moins de 15 ans) ne supportent plus la corruption des dirigeants et l'incapacité des bureaucraties à faire face aux pénuries alimentaires et à l'effondrement de l'économie.

   Enfin, malgré la participation active des États africains à la vie des organisations internationales, malgré l'existence de nombreuses organisations propres à l'Afrique, la place des pays africains sur la scène diplomatique est assez marginale : la fin de la guerre froide, la disparition du bloc politico-économique centré sur l'Union soviétique, ainsi que le déplacement de l'axe de l'économie mondiale vers le Pacifique, risquent de renforcer le relatif désintérêt des grandes puissances pour l'Afrique, alors même que la lutte des peuples du continent contre les régimes autoritaires s'intensifie et que s'aggrave le déséquilibre démographique et économique.

CULTURE ET CIVILISATION

Un grand mouvement de revendication et de revalorisation culturelle a précédé, puis accompagné, les luttes politiques pour l'indépendance dans les années 1950 et 1960. Les expressions de « cultures nègres », de « civilisations noires et africaines » ont symbolisé ce retour sur soi, cette volonté d'affirmer une autonomie historique et une maturité politique. Le mépris, le racisme, le paternalisme de l'époque coloniale avaient en effet occulté l'ancienneté et nié la richesse culturelle, il est vrai très mal connues, de tout un continent.

   Il semble aujourd'hui arbitraire et réducteur de s'efforcer de classer les populations – au moins un millier – et les États – plus d'une cinquantaine – selon quelques aires culturelles. Définies par des traditions visibles, ces dernières connaissent des transformations considérables. Les adoptions mimétiques ou syncrétiques, les métissages euro-africains, ou tout simplement interafricains, ont permis l'apparition de formes culturelles, d'usages populaires ou élitistes, originales et inédites. Les traditions se bousculent, dépérissent d'une part, innovent de l'autre.

   C'est pourquoi toute approche des phénomènes culturels ne peut être que sélective : elle évoque les dynamiques modernes et leurs assises anciennes sans se perdre dans un passé dont la connaissance est parfois problématique. Elle insiste, ici, sur trois dimensions de la culture : les instruments et les formes d'expression linguistique et artistique, les moyens de transmission des patrimoines et des informations (écoles, médias), et les formes idéologiques et culturelles les plus populaires, à savoir les religions.

Les langues

La question des langues est l'une des réalités culturelles qui reste encore aujourd'hui l'objet d'innombrables préjugés et incohérences. Mais ces dernières sont de nos jours le fait de gouvernements africains sans politique linguistique, et non de métropoles coloniales imbues de leur supériorité. Les langues officielles du continent restent, cependant, dans leur quasi-totalité, des langues occidentales écrites. Dans de très rares cas, une langue africaine se voit reconnaître aussi ce privilège, comme en Tanzanie avec le swahili, langue d'origine arabo-bantoue.

   Seule une approche sociolinguistique peut permettre de classer en première approximation les divers statuts linguistiques. Il faut d'abord établir une distinction entre langue officielle (celle de l'enregistrement des lois et des actes de l'État) et langue nationale qui peut, comme le yoruba, l'igbo et le haoussa au Nigeria, le ouolof au Sénégal, le kirundi au Burundi, ne dominer « officiellement » que dans certains secteurs de la vie sociale et culturelle : l'école, l'administration territoriale, l'armée, les médias audiovisuels. Cette langue « nationale » est souvent une langue véhiculaire qui est parlée bien au-delà de sa région d'origine. L'hétérogénéité linguistique est donc la règle, et le plurilinguisme un état de fait. Cette situation recouvre le plus souvent une diglossie, soit une situation de bilinguisme dans laquelle une langue a une valeur sociopolitique supérieure à l'autre.

Les classifications

Les spécialistes discutent du nombre exact de langues africaines, et leurs estimations varient entre 750 et 1 200. La transcription écrite de certaines d'entre elles, relativement récente, a été d'abord le fait de missionnaires traduisant la Bible, puis d'administrateurs coloniaux, et enfin de linguistes. Toutes sont loin d'être transcrites, et bien moins nombreuses sont celles dont on connaît la phonétique et la syntaxe. Elles sont l'objet de plusieurs classifications, dont les plus connues sont celles de Maurice Delafosse, Dietrich Westermann, Joseph Greenberg et Malcolm Guthrie : des aires linguistiques ont été définies, mais on débat encore pour savoir si l'on a affaire à des langues, des dialectes, ou des parlers.

   Les linguistes dénoncent trois préjugés tenaces : les langues africaines seraient pauvres, ne se prêteraient pas à l'expression de notions abstraites et n'auraient pas de grammaire. C'est probablement la situation internationale du continent qui explique tant le maintien des « dominations » linguistiques étrangères que la solution de facilité qui a consisté à ne pas aider les langues « nationales » à se constituer un patrimoine institutionnel et matériel moderne (transcription, enseignements, publications). Ce sont en fin de compte des raisons sociales, économiques et politiques qui expliquent les privilèges de certaines langues : ils correspondent au rôle dominant de certaines régions, de certaines populations ou de certains dirigeants politiques. Ainsi, en République démocratique du Congo (ex-Zaïre), la langue officielle, écrite, de prestige, est toujours le français. Puis viennent quatre langues nationales dont la fonction véhiculaire est dominante ; ces langues servent d'instrument d'unification régionale et jouent un rôle décisif dans les communications entre communautés urbaines d'origines diverses ; c'est par leur pratique que se manifeste le bilinguisme quasi naturel de la majorité de la population. Enfin, il faut prendre en compte les très nombreuses (parfois plusieurs centaines) langues dites ethniques, « maternelles » ou vernaculaires.

   Il existe d'autres langues en Afrique noire qui proviennent des conditions particulières du contact avec les Européens ; ce sont les pidgins et les créoles, présents surtout dans les pays anglophones ou lusophones (le krio en Sierra Leone, le kriyol au Cap-Vert, le coast-english au Cameroun).

Aires et familles linguistiques

Les études comparées des langues africaines et leur classification ne peuvent être menées qu'avec précaution, dans la mesure où nous ne disposons pas, contrairement aux langues indo-européennes, de témoignages écrits anciens. La recherche d'une langue ancêtre commun est d'autant plus compliquée que l'histoire même du peuplement et des migrations à travers le continent tout entier est approximative et conjecturale, en tout cas pour les périodes remontant à plus de six ou huit siècles. Maurice Delafosse a proposé une ascendance commune aux langues bantoues (Centre, Est et Sud) et soudanaises (Ouest). Sa classification a été remaniée en 1940 par Dietrich Westermann qui, sur la base de nombreux arguments morphologiques et structuraux, a établi trois familles : chamito-sémitique, khoisan et nègre (bantou, soudanais, nilotique).

   C'est l'Américain Joseph Greenberg qui pose (en 1955 et 1963) les bases de la classification admise aujourd'hui par la majorité des linguistes. Elle comporte quatre familles : l'ensemble nigéro-kordofanien, qui recouvre la majorité des langues bantoues et occidentales ; la famille afro-asiatique (Afrique du Nord, haoussa, corne de l'Afrique) ; la famille nilo-saharienne ; la famille khoisan. Une zone de fragmentation (suivant l'axe Dakar-Djibouti) marquerait, selon le linguiste britannique David Dalby, la région d'origine de diffusion et de différenciation de ces familles.

Les formes culturelles

La réputation internationale des cultures et arts africains est relativement récente. L'« invention » de l'art nègre entre les années 1905 et 1910, l'intense commercialisation des objets d'art, les succès indirects (jazz et blues des Noirs américains) et directs de la musique (Fela Anikulopo Kuti, Mory Kante, Johnny Clegg), les prix accordés à des films africains au festival de Cannes confirment la reconnaissance des divers genres de la création artistique et esthétique du continent.

   Mais cette valorisation extérieure n'est ni de pure curiosité ni sans conséquences : en effet, elle modifie singulièrement le regard que les sociétés africaines peuvent porter sur leurs propres formes culturelles. Ainsi les arts plastiques traditionnels ne sont-ils pas devenus des « arts de musée » (comme en Inde, par exemple), parce qu'il y a peu de musées d'art dans les pays africains eux-mêmes, et surtout les belles pièces sont depuis longtemps la propriété de collections publiques et privées de l'Occident. Même le cinéma reste largement un produit d'exportation – à l'exception peut-être du Nigeria ou du Burkina –, et non de consommation intérieure. En outre, usages et publics, dynamiques de création et de diffusion varient d'une population à l'autre, d'un État à l'autre : ainsi, la culture fait l'objet d'une reconnaissance officielle au Sénégal et en Tanzanie, mais non au Kenya.

La création artistique

Les savoirs et les savoir-faire (et leur transmission d'une génération à l'autre) dépendent du degré de spécialisation des artisans qui peuvent appartenir à une caste comme en Afrique de l'Ouest. Ils dépendent aussi du contexte rituel, plus ou moins protégé et secret, dans lequel ces objets sont utilisés, au contraire des commandes d'une clientèle villageoise ordinaire. Les arts de cour ont été très nombreux, et ils semblent avoir été les pourvoyeurs d'une bonne partie des objets recueillis et collectionnés à ce jour. La particularité des critères idéologiques, politiques et esthétiques auxquels ils répondent devrait être appréciée avec précision. Michel Leiris et Jacqueline Delange ont fait une distinction entre, d'une part, les arts de l'atour et de l'entour de la vie sociale (le corps, les espaces), et, d'autre part, ceux de la représentation, où la symbolique finit par prendre le dessus sur la fonctionnalité ou la forme de l'objet.

   

Le corps humain est le premier objet d'art : scarifications, tatouages, peintures corporelles introduisent à l'art du masque (à la fois instrument de déguisement du corps et cérémonie dansée), en rapport avec une initiation, par exemple. Art de l'éphémère que nous connaissons grâce à une relative abondance de documents (masques, statuettes), la coiffure est l'un des plus grands arts populaires de l'Afrique contemporaine. Colliers, peignes, bijoux sont mieux connus que les vêtements ou les tissus (encore que certains soient vieux de plusieurs siècles). Enfin, il ne faut pas oublier les arts liés au pouvoir (cannes, tabourets, bâtons de commandement) et à la guerre (armes, casques, boucliers). Quant aux maisons, aux palais, aux lieux de culte, portes, linteaux, peintures murales confirment, au-delà des arts architecturaux, la volonté de charger de sens les espaces publics. Enfin, mobiliers, ustensiles domestiques (calebasses, vanneries, cuillères, poteries, appuis-tête) permettent de lire une esthétique du quotidien et de la symbolique domestique (hommes, femmes ; aînés, cadets ; agriculteurs, éleveurs, etc.).

   

Avec la statuaire, les arts graphiques et picturaux, nous entrons dans les relations avec la nature et la surnature, dans le panthéon des dieux et des pouvoirs. L'existence de plusieurs grands styles à travers le continent renvoie à une histoire culturelle, à une anthropologie sociale, à une écologie (liens avec la nature), qui sont fondatrices de sociétés et de traditions, aujourd'hui considérablement modifiées.

   Malgré les oublis, les changements, les vols et les destructions (des centaines de milliers d'objets ont été détruits sciemment par les missionnaires des diverses Églises chrétiennes sous prétexte de lutte contre l'idolâtrie et le paganisme), l'occidentalisation des cultures africaines a engendré des dynamiques positives, suscitant des initiatives artistiques inédites ou des réinterprétations d'un passé souvent imaginaire. De nombreux liens unissent ces passés et ce présent, comme dans la transmission de certains savoir-faire ; c'est le cas des griots musiciens. Plusieurs processus se superposent : le jeu des demandes populaires, des goûts des élites, le poids du tourisme international, la nature de la reconnaissance et du statut de l'artiste individuel, enfin les moyens techniques de la reproduction des œuvres. L'adoption et l'incorporation de techniques et de traditions artistiques occidentales (peinture sur toile, statuaire) sont un fait.

La musique

Dans le cas de la musique, le recours à une instrumentation et à une orchestration modernes (guitare électrique, batterie, cuivres, xylophone, synthétiseur) a permis de redonner une nouvelle vie et un nouveau public à des mélodies et à des thèmes traditionnels (comme les poèmes mandingues du Mali) ou, au contraire, de résister et de réagir de façon innovatrice à l'invasion de la musique « pop ». Ces créations musicales participent alors de mouvements visant le changement social – et même politique comme pour Fela au Nigeria –, comme celui qui se traduit par l'apparition d'une véritable culture de la jeunesse urbaine.

Le cinéma

Si l'on met à part la déjà longue tradition de production égyptienne (Muhammad Bayyumi tourna en 1920 al-Bash Katib avec l'acteur Amin Atallah) qui réalise, au début des années 1990, plus de 150 films par an, le cinéma du Maghreb et de l'Afrique noire est né pour l'essentiel avec les indépendances, dans les années 1960-1970, et avec des réalisateurs formés en France, en Belgique ou au Royaume-Uni, du Sénégalais Ousmane Sembène au Malien Souleymane Cissé en passant par le Nigérian Oumarou Ganda ou l'Algérien Mohamed Lakdar-Hamina.

   Le cinéma africain hésite toujours entre un comique d'inspiration populaire et une description ethnologique des problèmes sociaux ou culturels contemporains, qui débouche souvent sur une acerbe critique politique et sociale.

Les médias

Comme la quasi-totalité des régions du tiers-monde, l'Afrique noire est soumise aux effets de la dépendance technologique en matière de communication (radios, télévisions, satellites, programmes, formations). Il n'existe aucune grande structure de communication panafricaine, publique ou privée, tant au niveau des agences de presse que des chaînes de radio ou de télévision. Certes, rien ne s'opposerait à des regroupements régionaux ou par affinités linguistiques, mais c'est souvent une influence occidentale qui l'emporte, notamment en raison de la francophonie ou du poids des investissements privés dans la presse des pays anglophones.

La radio

Le faible coût des appareils à transistor explique la prédominance de la radio (en moyenne, un récepteur pour quinze personnes), mais la couverture hertzienne du continent est loin d'être totale. Cependant, les radios les plus écoutées en matière d'information politique, nationale et internationale, ne sont pas les radios africaines, mais des radios occidentales ou asiatiques ; leurs émissions en anglais, en français et, bien sûr, en langues africaines (haoussa, swahili), lorsque de tels programmes existent, offrent des informations plus nombreuses et qui, en tout cas, échappent à la censure. Les informations locales ainsi que les émissions à portée pédagogique et éducative restent l'apanage des chaînes nationales, qui ont des politiques variables en matière d'utilisation des langues « nationales », mais seules les langues les plus répandues ont le droit à l'antenne.

La télévision

La télévision reste d'un usage plus limité que celui de la radio. Son introduction date, au mieux, du début de l'indépendance, et certains pays, comme la Tanzanie, n'ont pas encore de chaîne nationale. Une partie non négligeable des programmes est fournie directement par les différents bailleurs de fonds, qui interviennent également dans la formation des cadres techniques : ainsi l'Institut national de l'audiovisuel français (I.N.A.) joue ce rôle pour les télévisions francophones et lusophones. En règle générale, faute de moyens, la qualité technique reste très pauvre.

   Radios et télévisions sont donc les voix de l'État ; ce n'est d'ailleurs pas par hasard si les bâtiments de la radiodiffusion sont les premiers occupés lors d'une tentative de coup d'État. Pourtant, il existe des programmes où s'engage un dialogue avec les masses paysannes et la radio reflète plus la culture urbaine, populaire et petite-bourgeoise que la culture de l'élite et des coopérants internationaux. Mais ces voix de l'État prennent la forme d'une propagande déguisée dans la mesure où il n'existe aucune concurrence, et encore moins de liberté véritable en matière d'expression et d'opinion à ce niveau.

La presse écrite

La presse écrite, qui reflétait une situation identique à celle des autres médias, est en train de changer. Les différences sont considérables d'un État à l'autre : entre le tirage « confidentiel » de l'Essor (3 500 exemplaires), l'ancien journal financé par le gouvernement malien, et la multiplicité des quotidiens et périodiques nigérians (plus d'une vingtaine de titres pour chaque type de publication et des tirages qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires), entre la liberté de la presse déjà ancienne au Sénégal (presse de parti, presse d'opinion) et les rares quotidiens ou périodiques très surveillés et (auto)censurés du Kenya, il existe toute une gamme de titres intermédiaires. La presse en langue nationale est plus ou moins répandue : citons le Nigeria avec des journaux en haoussa, le Kenya et la Tanzanie avec des quotidiens et des hebdomadaires en swahili, le Mali avec des mensuels en bambara, en soninké ou encore en peul.

   La reproduction des discours officiels, les reportages sur les tournées des personnalités politiques et religieuses, et sur les projets de développement, la reprise des dépêches des grandes agences de presse internationales rendent la plupart de ces quotidiens peu attractifs. C'est surtout dans des périodiques comme Weekly Review au Kenya ou Sud-Hebdo au Sénégal que l'on peut trouver des analyses de fond ou des réflexions politiques argumentées. La floraison de la presse démocratique pourrait éventuellement changer cette image restrictive et officielle. Mais, dans ce domaine, l'Afrique francophone ne fait peut-être que s'aligner sur certains pays anglophones qui ont réussi à maintenir une presse privée, plus ou moins indépendante politiquement.

L'éducation et la recherche

C'est par l'accès à une école de type occidental, introduite par les puissances coloniales, que s'est opérée, sur près d'un siècle, l'apparition d'une élite sociale et politique. À la suite des indépendances, le diplôme et le fonctionnariat ont paru proposer l'image par excellence de l'emploi stable, urbain, bien rémunéré, conférant prestige et avantages nombreux. La bureaucratie des États a ainsi accordé beaucoup d'attention à la scolarisation, surtout primaire, pour répondre à une très forte demande sociale. Le coût croissant d'un tel système, sa désagrégation progressive devant la pression démographique, la préférence accordée en pratique par les élites elles-mêmes à l'enseignement privé et aux universités occidentales, la nécessité de limiter, voire de réduire le nombre des fonctionnaires, expliquent l'accumulation des facteurs de crise.

   Ces systèmes ont commencé par copier les modèles occidentaux déjà plus ou moins implantés dans les faits. Ils s'en sont vite rendus indépendants par l'africanisation des programmes et par le renouvellement des structures et des moyens pédagogiques. Mais de nombreuses expériences ont été des échecs ; par exemple, en Côte-d'Ivoire, la télévision scolaire, qui a fonctionné pendant vingt ans, a été remise en cause à la suite de son manque de souplesse et de la démotivation du corps enseignant. Au Kenya, une vaste réforme de tout le cursus scolaire se met en place, avec le système du 8-4-4 (huit ans de primaire, quatre ans de secondaire et quatre ans de supérieur) ; mais l'un des appareils éducatifs les plus performants d'Afrique est en train d'éclater sous le poids de la demande (le nombre d'étudiants a pratiquement décuplé sans augmentation des moyens correspondants).

L'alphabétisation

Certains pays ont lancé de grandes campagnes d'alphabétisation, notamment ceux qui se réclamaient à une époque ou à une autre d'une certaine forme de socialisme (Guinée, Mozambique, Éthiopie, Burkina). Mais, comme dans beaucoup d'autres États du tiers-monde, le résultat final s'est avéré très décevant. Le problème fondamental reste celui des formations professionnelles et techniques, de l'ouvrier qualifié à l'ingénieur. Le paradigme bureaucratique a prévalu pendant de nombreuses années, aussi a-t-il fallu du temps avant d'accorder une certaine priorité à ce secteur. Le prestige du droit et de la médecine primait sur leur utilité sociale. Le nombre des gestionnaires de l'économie publique et des entreprises privées a augmenté, leur qualité s'est très nettement améliorée, mais les dysfonctionnements de ces secteurs ont des causes plus politiques et sociales.

   Certes, d'impressionnantes cohortes d'ingénieurs et de cadres supérieurs ont été formées à l'étranger (grâce à de nombreuses bourses, mais aussi sur les fonds propres des familles privilégiées). Malheureusement, un certain nombre d'entre eux sont restés dans les pays d'accueil (la Banque mondiale évoque le chiffre de 100 000 en Europe et aux États-Unis) ou ont été intégrés dans les organisations panafricaines et internationales. Cette « fuite des cerveaux » coûte très cher aux États africains.

La recherche universitaire et appliquée

La recherche universitaire et appliquée est de plus en plus entre les mains des organismes internationaux ou des chercheurs occidentaux, malgré le nombre très important de chercheurs africains. Cette situation peut sembler normale dans les très coûteuses sciences exactes et biologiques, mais il n'en est pas de même dans des domaines tels que l'agronomie, la médecine ou la technologie, dont l'utilité est immédiate.

   Cette dégradation des conditions d'apprentissage, de transmission et de production des savoirs fondamentaux et appliqués risque de remettre en cause, à terme, le principe même de l'autonomie intellectuelle et culturelle du continent. Pourtant, c'est à la suite d'une prise de conscience de l'extrême gravité d'une situation de ce genre que les mouvements anti-apartheid noirs ont mis fin à leurs boycotts scolaires répétés au cours des années 1980 : la non-scolarisation ou la déscolarisation de générations entières est apparue comme bien plus dangereuse qu'une mauvaise scolarisation, partielle et partiale.

ARTS

Les formes de productions culturelles les plus anciennes, parce que les mieux préservées de la destruction jusqu'à nos jours, sont les très nombreuses représentations peintes ou gravées sous des abris ou sur des surfaces rocheuses : elles vont du Maroc central au Nil, passant par les grands massifs centraux sahariens et, vers le sud, jusqu'en Guinée et en Tanzanie. On en trouve aussi bon nombre dans le Drakensberg sud-africain, en Namibie et en Angola. L'inventaire de ces vestiges d'une grande valeur esthétique, souvent difficiles à dater, est loin d'être achevé.

L'argile

Elle est, avec certaines pierres tendres, le matériau le plus anciennement façonné. Les représentations en terre cuite, souvent rudimentaires, figurent des humains dans la moyenne vallée du Nil dès le Ve millénaire, mais surtout des animaux, en particulier des bovidés, en de nombreux points du continent. Les statuettes, les têtes en terre cuite ont fait hier la gloire de la culture de Nok puis de celle d'Ife ; elles font aujourd'hui celle de cultures plus récentes des bassins du Niger et du Limpopo. Durant quatre, voire cinq millénaires, à des degrés divers, avec des chances très variables de préservation jusqu'à nos jours, le monde africain noir a produit des chefs-d'œuvre en argile.

Les textiles

Ils constituent une troisième grande série de productions. La laine est tissée et teinte dès le VIIIe s. après J.-C., le coton depuis le IXe s., en Afrique occidentale ; la splendeur des pagnes ashantis, baoulés, ivoiriens, togolais montre la continuité précieuse de cette production artistique jusqu'à nos jours. Dans les mêmes conditions de continuité, et au moins depuis le XIVe s., l'Afrique équatoriale bat les écorces de ficus jusqu'à les avoir assez assouplies pour tailler des vêtements dans ce « tissu » ; elle tisse et teint de superbes pagnes en raphia.

Les métaux cuivreux

Apparus au IIe millénaire avant J.-C., les métaux cuivreux aussi ont permis le développement d'une belle production, toujours vivante aujourd'hui ; le fer a été moins souvent et bien plus récemment utilisé pour créer des objets auxquels nous accordons une valeur esthétique.

Le bois

Au moins depuis le VIIIe s., le bois a fourni le support de la production la plus célèbre, la plus recherchée par les collectionneurs et les marchands : celle des masques et des statues ; dans ce domaine les faux pullulent, et l'imitation abâtardie est devenue la règle.

La vannerie, les perles et les coquillages

Dans l'est du continent, au Rwanda et au Burundi, la vannerie est productrice de très beaux objets, de somptueuses cloisons de demeures, par exemple en Tanzanie.

   Perles, importées ou de fabrication locale, et coquillages (notamment les cauris, coquillages du groupe des porcelaines qui ont longtemps servi de monnaie en Afrique noire) sont aussi d'importants moyens d'orner des statues ou de parer les corps. Les peintures corporelles et les scarifications, enfin, sont, comme les précédentes, des formes d'art aux profondes significations sociales et culturelles.

Les styles

On a pu dégager des styles auxquels on a donné le nom des peuples qui les ont produits. Parmi les ethnies ayant une production artistique originale, il convient de citer particulièrement les Achantis, les Bambaras, les Bamilékés, les Bamoums, les Bochimans, les Baoulés, les Dans, les Dogons, les Fangs, les Kongos, les Lubas, les Noks, les Saos, les Sénoufos et les Yoroubas. L'ancien royaume du Bénin a connu une remarquable production de bronze.

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