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capacité du crâne des homininés et créationnisme
L'origine de l'homme est mise en évidence à travers les grandes découvertes archéologiques, l'examen des particularités anatomiques et la recherche d'un arbre généalogique des homininés dont l'espèce la plus archaïque est âgée de 7 à 8 millions d'années (voir "homininés fossiles et origine de l'homme). Mais observe-t-on une séquence évolutive de la capacité du crâne dans l'ordre d'apparition des espèces pré-humaines et humaines?
Nos ancêtres ont été reconnus en Afrique australe, puis centrale et orientale. Les principales dates sont :
-1924 Australopithecus africanus par Dart dans un calcaire du Botswana;
-1938 Praeanthropus africanus par Kohl Larsen à Laetoli en Tanzanie;
-1947 Paranthropus (Australopithecus) robustus par Broom au Transvaal;
-1959 Paranthropus (A.) boisei par M. Leakey à Olduvai en Tanzanie;
-1960 Homo habilis par L. Leakey à Olduvai en Tanzanie;
et à partir de 1973 Australopithecus afarensis par M. Taieb, Y. Coppens et D.C. Johanson dans les territoires des Afars en Ethiopie.
Si les homininés, âgés de plusieurs millions d'années, ne portaient pas les traces évidentes de leur bipédie, leur tête ferait douter qu'ils puissent être de possibles ancêtres. Les dimensions de celle-ci, en effet, ne dépasse pas celles de la tête d'un chimpanzé. Ces êtres, les australopithèques et leurs cousins ayant précédé Homo sont cependant conformes à ce que Darwin a laissé imaginer en 1859 lorsqu'il a publié "Sur l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle". Leur face est en forme de museau et ils ont des arcades sourcilières bien marquées alors que certains d'entre eux possèdent même une crête sagittale sur le sommet de leurs crânes.
Les espèces proposées comme ancestrales de l'homme (homininés fossiles) font l'objet d'analyses concernant les caractères anatomiques. P.V. Tobias a proposé, lorsqu'il a défini Homo habilis comme étant la plus ancienne espèce humaine connue, d'utiliser la valeur moyenne de la capacité crânienne pour chaque espèce afin de pouvoir classer l'ensemble (Tobias P.V. 1987 J. Hum. Evol. 53: 173-187). Voici un tableau abrégé:
Australopithecus afarensis 3,9 à 2,9 Ma. 500 cm3
Australopithecus africanu 3,5 à 2 Ma. 515 cm3
Paranthropus boisei 2,6 à 1,2 Ma. 530 cm3
Homo habilis 2,3 à 1,6 Ma. 646 cm3
Homo erectus (pekinensis) 1043 cm3
H. sapiens 1345 cm3
Il n'existe de nos jours qu'une seule espèce Homo sapiens (les humains étant interféconds). On a donc proposé par contagion analogique une généalogie dont le tronc serait : Homo habilis - Homo erectus - Homo sapiens, ce qui suppose une ligne d'espèce en espèce à partir d'un seul ancêtre remarqué par son développement cérébral. Cette idée étant soutenue par la religion puisque la Bible raconte que Dieu créa l'homme après avoir créé les différentes espèces animales. Puis, de nouvelles découvertes bien datées et l'analyse fine des caractères anatomiques ont montré que l'homme de Néanderthal (âgé d'environ 9O mille ans et pourvu d'un gros cerveau de 1512 cm3) et l'homme actuel appartenaient à deux espèces séparées ayant cohabité au Proche-Orient et en Europe (Blair Hedgess 2000 Nature 408/ 652-653). De même, à l'origine du genre Homo, diverses espèces nommées Homo rudolfensis, Homo ergaster puis Homo erestus ont existé conjointement avec Homo habilis en Afrique. On a donc admis une évolution en mosaïque des caractères à l'origine d'un buisson de différentes espèces (Spoor F. et al. 2007 Nature 448: 688-691; Gonzalez-José R. et al. 2008 Nature 453: 775-778).
Un mouvement, dit "créationniste", s'est alors opposé à cette filiation des espèces n'acceptant pas le fait que la diversité des êtres vivants soit le produit d'une évolution des espèces qui se ramifient au cours du temps. Pour le "créationniste" les espèces ont été créées indépendamment les unes des autres. L'examen des crânes a donc fait l'objet d'une autre analyse puisque, après tout, les capacités des crânes de tous les australopithèques et d'Homo habilis sont très voisines (Young P.H. 2006 Creation Research Society 42(4): 217-226).
Toute vérité scientifique est évidemment provisoire. Il n'est pas inutile de rappeler qu'au premier abord certains découvreurs d'Australopithecus afarensis ont reconnu parmi les ossements ceux d'un humain probable avant d'admettre en dernier recours que ces fossiles n'appartenaient qu'à une seule espèce (Coppens Y. 1990 in "Le rêve de Lucy" ed. du Seuil p.120). Il arrive cependant qu'un débat ne soit que rhétorique et qu'il repose sur des idées reçues et donc déjà admises.
Il ne faut pas oublier que si le soleil se lève chaque jour, il s'agit d'un constat qui peut devenir après réflexion: la terre tourne sur elle-même. Dieu créa l'homme à son image peut être un constat accepté comme une révélation, cela n'empêche pas l'évolution d'être un phénomène "essentiel" du vivant. L'évolution est seule capable d'expliquer les homologies, ces similitudes (repérées en comparant les espèces) qui ne peuvent avoir des origines indépendantes car elles sont héritées du développement des individus. Et ce développement se modifie par une "dérive" génétique qui possède sa propre horloge. L'évolution est un processus cumulatif qui ne demande pas d'effets simultanés improbables.(Puech P.-F. Morphogenèse et phylogenèse: comment l'homme s'est-il constitué à partir de ses ancêtres? EMC (Elsevier SAS, Paris), Stomatologie, 22-003-S-12, 2006; Puech P.-F. Origine de la dent: odontode. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Stomatologie, 22-003-S-13). On peut donc débattre à propos du volume du crâne lorsqu'on cherche un témoignage à propos de l'évolution cérébrale, mais on ne peut guère mettre en doute les transformations successives des êtres vivants.
voir: homininé, origine de l'homme, créationnisme
Pierre-François Puech