James Cameron est bien le « maitre du monde » au cinéma : 13 ans après « Titanic », il pulvérise à nouveau les records d'entrées.
Avatar est devenu le plus gros succès de l’histoire du cinéma mondial. La fable techno-écologique en 3D de James Cameron a dépassé Titanic, du même réalisateur qui signe là un incroyable coup double, en termes d’entrées en salles et de rentabilité. En à peine deux mois d’exploitation, Avatar a engrangé 1,859 milliard de dollars là où Titanic, sorti en 1997, avait amassé 1,843 milliards de dollars en 41 semaines d’exploitation.
S’il existe plusieurs façons de mesurer les succès au cinéma (nombre d’entrées, rentabilité, prise en compte de l’inflation… ; voir plus bas), le triomphe de Cameron reste incontestable. Son Avatar attire les spectateurs du monde entier et notamment en France où il réalise, avec près de 10 millions d’entrées, son meilleur score hors des États-Unis, soit 80 millions d’euros de recettes hexagonales. Bien mieux que la Russie (61 millions d’euros), l’Allemagne (59 millions d’euros) ou le Royaume-Uni (55 millions d’euros).
La recette du succès ? Des moyens colossaux pour une production innovante et une promotion imparable : sur les 500 millions de dollars dépensés sur Avatar, 300 millions concernent la réalisation et 200 millions la promotion du film. En fait, si vous n’avez pas entendu parler d’Avatar ces derniers mois, c’est que vous étiez réellement sur une autre planète !
À l’heure où la durée d’exploitation d’un film en salle est réduite à quelques semaines, Avatar affiche des hauts taux de fréquentation avec une longévité insolente due notamment à un « bouche à oreille » très favorable, mais surtout grâce aux nombreux spectateurs qui retournent voir le film plusieurs fois. Certains éprouveraient même des sentiments dépressifs en quittant l’univers onirique d’Avatar…
Le film a tout pour devenir un phénomène et, peut être, un tournant dans notre façon de concevoir le cinéma de divertissement. Mais il faudra attendre encore quelques mois pour bien mesurer l’ampleur de ce triomphe avec les ventes en DVD, en VOD (vidéo à la demande) et l’exploitation sur un nouveau format Imax 3D.
James Cameron est un habitué des innovations technologiques au cinéma, Abyss (1989), Terminator 2 (1991) ou Titanic (1997) ayant chacun apporté leur pierre à l’émergence des images de synthèse, aujourd’hui omniprésentes. Avec Avatar, Cameron a mis les bouchées doubles : le film est visuellement spectaculaire grâce à plusieurs techniques développées pour ce tournage.
Avatar est présenté comme une expérience cinématographique révolutionnaire dans laquelle le spectateur est totalement immergé dans l’univers fabuleux de James Cameron : une planète, Pandora, située à des années-lumière de la Terre, des autochtones, les Na’vi, à la peau bleue et hauts de 3 mètres, une faune et une flore hallucinantes, une géologie défiant les lois de la physique avec, notamment, des montagnes volantes recelant une nouvelle forme d’énergie que les hommes, colonisateurs, cherchent à s’approprier.
Pour rendre crédible cette fable écologique, James Cameron a attendu près de 15 ans pour que les technologies permettant une alliance parfaite entre prises de vue réelles et images de synthèse nouvelle génération l’autorisent à concrétiser sa vision, avec un souci marqué : les effets spéciaux doivent servir avant tout la narration et les émotions.
Le déclic survient en 2005, quand Peter Jackson réalise Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours dans lequel Gollum, personnage difforme mais néanmoins « humain », virevolte de façon hyperréaliste. Les mouvements, captés et numérisés à partir d’une combinaison constellée de repères réfléchissants portée par l’acteur, sont cette fois complétés par les corrections des animateurs 3D. Convaincu, Cameron entame alors la production d’Avatar qui durera près de 5 ans.
Pour saisir toute la subtilité du jeu des acteurs, le réalisateur améliore la technique de capture des expressions : jusqu’à présent, pour obtenir une « mimique » digne de ce nom, il fallait coller une centaine de petites sphères sur le visage du comédien afin de numériser grossièrement les mouvements de lèvres ou de sourcils. Cameron va plus loin en équipant ses acteurs avec des casques surmontés de caméras qui filment la moindre de leurs ridules en haute résolution et en plan serré sur leurs visages. Un logiciel se charge de reconstruire point par point toutes ces données en trois dimensions. Résultat : les improbables Na’vi de Pandora affichent des mines saisissantes de réalisme ! Mais la « performance capture » ne s’arrête pas là…
La « caméra virtuelle », qui ressemble à un volant croisé à une manette de jeu vidéo, n’est pas réellement une caméra puisqu’elle ne filme rien. Ce système simule un écran de contrôle « alimenté » en images de synthèse créées en direct par une batterie d’ordinateurs ultra-performants. Un petit écran permet alors de visualiser, non pas des acteurs en combinaison Lycra, mais bien des Na’vi bleus évoluant dans des décors fabuleux, en basse définition à ce moment de la production. L’action peut ainsi être tournée selon n’importe quel angle et avec une spontanéité inégalée. De plus, les acteurs ont pu entrer immédiatement dans la peau de leurs personnages, sans attendre les mois, voire les années, de postproduction jusqu’à présent nécessaires pour construire ce type d’images.
Pour renforcer les qualités immersives du film, le choix de la dernière technologie 3D numérique, Real3D, semblait une évidence. Depuis quelques années, de nombreux films à grand spectacle utilisent ce système bien plus confortable et réaliste que les anciennes lunettes rouges et vertes d’autrefois (voir plus bas). Aujourd’hui, les lunettes ressemblent à des lunettes de soleil, sont recyclables et s’adaptent à toutes les têtes.
Sur Avatar, la qualité de l’image en relief est nettement améliorée par l’utilisation d’une nouvelle génération de caméras, la 3D Relief Fusion. Les anciennes caméras 3D utilisaient deux objectifs séparés de 6,5 cm (l’écartement des yeux) pour former une image double, stéréoscopique. Les deux objectifs étant parallèles, la netteté se faisait spontanément sur les objets lointains et, pour passer à un objet proche, le spectateur était obligé de loucher pour faire la mise au point. Migraineux, s’abstenir ! Le système utilisé par Cameron sur Avatar évite ces désagréments à l’aide d’un « autofocus relief » : il y a toujours deux objectifs, mais leur convergence se règle automatiquement selon la profondeur de champ. En fait, les objectifs louchent pour vous.
Ce système donnera-t-il enfin ses lettres de noblesse au cinéma en relief ? Depuis plus de 50 ans, les films en 3D n’ont en effet jamais réussi à s’imposer.
Il existe plusieurs manières de mesurer le succès d’un film au cinéma. Les box-offices américains et mondiaux se concentrent sur le montant des recettes. Mais, avec l’inflation, le prix des billets et les modèles économiques varient considérablement. C’est pourquoi des ajustements sont nécessaires pour mieux évaluer la réelle popularité d’un long-métrage et ne pas passer aux oubliettes des monuments du cinéma comme Autant en emporte le vent, le premier Star Wars, ou encore Blanche-Neige.
En France, c’est traditionnellement le nombre d’entrées qui fait foi. Pour le moment, Avatar et ses 10 millions d’entrées hexagonales ne figurent pas dans le « top ten » français, mais les prévisions montrent qu’au terme de son exploitation, le film de Cameron sera certainement premier dans toutes les catégories.
(recettes en dollars US)
1. Avatar (2009) : 2 376 100 000 $
2. Titanic (1997) : 1 842 879 955 $
3. Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi (2003 ) : 1 119 110 941 $
4. Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit (2006) : 1 066 179 725 $
5. The Dark Knight : Le Chevalier noir (2008) : 1 001 921 825 $
6. Harry Potter à l'école des sorciers (2001) : 976 475 550 $
7. Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du Monde (2007) : 960 996 492 $
8. Harry Potter et l'Ordre du phénix (2007) : 938 212 738 $
9. Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (2009) : 933 959 197 $
10. Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (2002) : 925 282 504 $
(recettes en dollars US)
1. Autant en emporte le vent (1939) : 2 699 710 936 $
2. Star Wars : épisode IV - Un nouvel espoir (1977) : 2 591 057 697 $
3. Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) : 2 425 862 786 $
4. Avatar (2009) : 2 376 100 000 $
5. Titanic (1997) : 2 245 078 983 $
6. Jurassic Park (1993) : 1 236 257 268 $
7. Bambi (1942) : 1 191 311 757 $
8. Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi (2003) : 1 187 603 356 $
9. Harry Potter à l'école des sorciers (2001) : 1 077 433 191 $
10. Star Wars : épisode I - La Menace fantôme (1999) : 1 054 205 059 $
(en millions d'entrées)
1. Titanic (1998) : 20,63
2. Bienvenue chez les Ch'tis (2008) : 20,36
3. La Grande Vadrouille (1966) : 17,27
4. Autant en emporte le vent (1950) : 16,72
5. Il était une fois dans l'Ouest (1969) : 14,86
6. Le Livre de la jungle (1968) : 14,70
7. Les 101 Dalmatiens (1961) : 14,68
8. Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (2002) : 14,39
9. Les Dix Commandements (1958) : 14,24
10. Ben Hur (1960) : 13,85