SERVICES
Article Contributeur
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail

Wounded Knee

Note moyenne : pour 11 votes
Commentaires (100) Ajouter un commentaire Signaler un abus Votre vote  
En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse
Wounded Knee
Publié le:25/12/2011

(29 décembre 1890) - Dakota du Sud


Massacre perpétré par le 7ème régiment de cavalerie contre les Lakotas du chef Big Foot. C’est le dernier épisode des "guerres indiennes". Les circonstances particulièrement scandaleuses qui l’ont entouré en font l’un des plus tragiques et celui qui a le plus marqué la mémoire collective des Lakotas et des Indiens en général.  

La danse des Esprits

Durant l’automne 1890, le mouvement messianique de la Danse des Esprits s’est largement amplifié à travers les réserves lakotas. Les autorités qui craignent une révolte indienne imminente, obtiennent du général Nelson A. Miles l’intervention de l’armée sur la réserve et l’autorisation de faire arrêter les meneurs.

Sur la réserve de Cheyenne River, Big Foot (Spotted Elk) le vieux chef pacifiste des Minnecoujous apprend qu’il risque d’être arrêté. C’est alors qu’une quarantaine de Hunkpapas venant de la réserve de Standing Rock au Dakota du Nord  racontent la mort de Sitting Bull, leur grand chef, tombé le 15 décembre sous les balles de la police indienne lors de son arrestation. C’est un nouveau coup terrible pour les Indiens. Big Foot décide, de mettre les siens en sûreté, sous la protection de Red Cloud à l’agence de Pine Ridge.

Le général Miles, qui, devant la « menace indienne », a déplacé son quartier général de Chicago à Rapid City, apprend le départ de Big Foot. Il pense que les Indiens vont tenter de rejoindre les Badlands, au nord de la réserve de Pine Ridge. C’est là en effet que, depuis la fin du mois de novembre, un millier d’Indiens se sont réfugiés, pour échapper aux attaques brutales menées par des milices qui parcourent la réserve. Un camp important de danseurs des esprits est établi au Stronghold, une forteresse naturelle au cœur des Badlands.

Wounded Knee creek

Parmi des trois cent cinquante personnes que Big Foot conduit vers Pine Ridge, il y a une majorité de femmes et d’enfants, de malades ou de vieillards. Moins de cinquante hommes sont en état de les protéger. Ils ont quelques chariots pour transporter leurs tipis et leurs maigres bagages. Beaucoup portent des chemises sacrées des danseurs des esprits.

Dans la nuit de Noël, les Indiens s’approchent d’une petite église d’où sortent les chants de la messe de minuit. Ils espèrent faire profiter les plus faibles d’entre eux d’un peu de chaleur, mais ils sont brutalement chassés par le pasteur et renvoyés dans la nuit glaciale.

Le 28 décembre, dans l’après-midi, après un voyage éprouvant, les Minnecoujous aperçoivent un bivouac de l’armée près de Porcupine Butte. Ils ne sont plus qu’à une trentaine de kilomètres de l’agence de Pine Ridge.  Épuisés, ils décident d’entrer en pourparlers avec eux. Quatre cavaliers avec un drapeau blanc descendent vers les soldats. Il s’agit de deux cents hommes du 7è régiment de cavalerie et du 1er régiment d’artillerie. Le major Samuel M. Whitside demande que Big Foot vienne en personne, mais le vieux chef qui a contracté une grave pneumonie durant le voyage ne peut se déplacer. Les soldats installent Big Foot dans une ambulance et conduisent les Indiens, qu’ils prétendent avoir intercepté, sur les rives de Wounded Knee Creek, que les Lakotas appellent « Chankpe Opi Wakpala ». On dit que c’est près de cet endroit que serait enterré le célèbre Crazy Horse. Les soldats font établir le camp indien près de la rivière et installent leurs tentes à proximité. Ils fournissent quelques rations aux Indiens. Le major Whitside fait placer deux canons Hotchkiss à tir rapide en direction du camp indien. Dans la soirée, le colonel James Forsyth arrive avec le reste du régiment. Cinq cents soldats encerclent maintenant les Indiens. Deux canons supplémentaires sont placés en position de tir vers le camp des Minnecoujous. Les officiers qui ont apporté d’importantes quantités d’alcool fêtent la capture de Big Foot. Pendant la nuit, les soldats soumettent Big Foot et les principaux guerriers à un interrogatoire serré à propos de leur participation à la bataille de Little Bighorn et leur responsabilité dans la mort du général Custer et de ses hommes, leurs camarades du 7è régiment de cavalerie, tués par les Sioux et les Cheyennes quatorze ans plus tôt.

29 décembre 1890

Au matin du 29 décembre 1890, le colonel Forsyth ordonne aux Indiens de se rassembler au centre du camp afin d’être désarmés. Il a l’ordre de les escorter jusqu’à la voie ferrée et d’assurer leur transfert vers un camp de l’armée près d’Omaha, au Nebraska. Les Indiens, désormais prisonniers, ressentent une profonde humiliation et une grande amertume. Dans un climat de tension extrême, les soldats, qui se sont largement alcoolisés pendant la nuit, encerclent l’arme au poing les Indiens qui viennent déposer les quelques armes dont ils disposent. Pendant ce temps, d’autres soldats procèdent à une fouille sans ménagement des tipis, molestant les femmes, à la recherche d’armes cachées. La situation se tend encore lorsque l’homme-médecine Yellow Bird, entonnant un chant de la Danse des Esprits, prétend que les balles des Blancs ne traverseront pas leurs chemises sacrées. Un interprète malveillant avertit les officiers que Yellow Bird incite les guerriers à la révolte. La tension est à son comble. C’est alors qu’un homme atteint de surdité refuse de donner son fusil. Tandis que les soldats l’empoignent et qu’il se débat, un coup de feu part accidentellement. Un officier s’avance et abat Big Foot assis sur le sol. Sur un ordre, les soldats ouvrent le feu sur les Indiens désarmés. Dans une grande confusion, les Indiens bondissent et essaient de reprendre leurs armes. D’autres tentent de riposter, tandis que certains se jettent à mains nues sur les soldats pour les empêcher de tirer.

Un bruit de tonnerre déchire l’air. Les quatre canons prennent le village en enfilade, déchiquetant les tipis et les gens qui fuient en tout sens. Plusieurs soldats sont atteints par le tir désordonné de leurs camarades. Les officiers ont complètement perdu le contrôle de leurs hommes. Les Indiens tentent de se dissimuler dans les replis du terrain, sur les rives du ruisseau, dans les rares buissons. Ceux qui n’ont pas été fauchés par le tir des canons sont pourchassés par les cavaliers, abattus au pistolet, décapités au sabre. Des gens sont poursuivis sur des kilomètres et abattus à bout portant. Plusieurs dizaines de femmes et d’enfants sont retrouvés morts, entassés dans un ravin où ils s’étaient réfugiés. Dès l’annonce du massacre, des Brulés de la réserve de Rosebud, suivant le chef Two Strike, s’en prennent à l’agence de Pine Ridge défendue par la police indienne.

Drexel Mission

Le lendemain, près d’un millier d’Oglalas conduits par Little Wound attaquent Drexel Mission, puis parviennent à enfermer les soldats de Forsyth dans un canyon de White Clay Creek. Il faudra l’intervention des soldats noirs du 9è régiment de cavalerie pour les sauver de l’anéantissement. Les combats s’apaisent peu à peu.

 

Après le massacre

Des Indiens reviennent dans le camp dévasté pour ramasser les blessés, accompagnés par le docteur Charles Eastman, un médecin santee. Ils parcourent le champ du massacre, sauvant plusieurs enfants. Une cinquantaine de blessés, principalement des femmes et des enfants, sont conduits à l’agence de Pine Ridge. On les accueille dans l’église de la mission. Grièvement blessés, la plupart mourront. Parmi les guirlandes de Noël, on peut lire sur une banderole : « Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté ». Les soldats se retirent en emportant vingt-cinq morts et une trentaine de blessés. Dans la soirée, une tempête de neige se lève. Le blizzard gèle sur place les morts et les mourants.

Trois jours plus tard, lorsque la tempête s’apaise enfin, une équipe de militaires et de civils revient sur le site pour enterrer les morts. Les victimes indiennes, officiellement cent cinquante-trois personnes, sont jetées dans une fosse commune. Il est probable que toutes les victimes du massacre ne sont pas là. Certains ont été ensevelis secrètement par leurs parents. Beaucoup d’autres sont morts de leurs blessures. Un peu plus  de trois cent cinquante cents personnes suivaient Big Foot. Il y a eu environ soixante-dix survivants. Le chiffre de trois cents morts, généralement avancé, est donc vraisemblable. Pendant que les fossoyeurs sont à l’oeuvre, des soldats et des officiers s’emparent de « souvenirs » dans le camp dévasté et jusque sur les cadavres, en particulier des robes et des chemises des esprits qui seront revendues à des musées, à des collectionneurs. Plusieurs scalps sont pris. Le photographe George E. Trager fait plusieurs clichés devenus célèbres des cadavres gelés.

Une petite fille de quelques mois est retrouvée vivante près de sa mère morte. Le général Colby insiste pour l’adopter. Les Indiens qui l’avaient recueillie l’ont appelée « Zintkala Nuni », Lost Bird (Oiseau Perdu).

Frank L. Baum, le futur auteur du « Magicien d’Oz », alors éditorialiste de l’ « Aberdeen Saturday Pioneer », écrit dans le numéro du 3 janvier 1891 : « Le Pioneer a déjà déclaré que notre sécurité dépendait de la totale extermination des Indiens. Leur ayant fait du tort pendant des siècles, nous aurions mieux fait, afin de protéger notre civilisation, de continuer dans cette voie et de rayer de la surface de la terre ces créatures indomptées et indomptables. C’est de cela que dépend la sécurité future de nos colons et des soldats qui sont sous les ordres d’incapables. Sinon, on peut s’attendre à ce que l’avenir nous apporte autant de déboires avec les Peaux-Rouges que par le passé. »

Stronghold

La terreur et la colère provoquées par le massacre de Wounded Knee font fuir par milliers les Lakotas à travers la réserve de Pine Ridge, vers les Badlands. Ils abandonnent précipitamment leurs villages pour rejoindre les danseurs des esprits qui se sont retranchés au Stronghold. Red Cloud, le vieux chef pacifiste, ainsi que Black Elk, l’homme médecine sont avec eux. Les Indiens sont peu armés mais déterminés. Ils peuvent faire du feu, construire des abris de fortune, mais ils manquent de vêtements et de couvertures. L’armée assiège le Stronghold, attendant que la faim, le froid et le découragement fassent leur oeuvre. Des chefs pacifistes, Young American Horse, Standing Bear, puis Red Cloud lui-même les incitent à déposer les armes. « Pensez à vos femmes et à vos enfants » disent-ils. De petits groupes commencent à se rendre.

Vers le 15 janvier, la situation des assiégés est désespérée. Le 17 janvier 1891, entre deux haies de soldats et de policiers indiens qui présentent les armes, les derniers résistants regagnent l’agence de Pine Ridge.

Le Congrès accordera à des soldats qui ont participé au massacre vingt et une Médailles d’honneur, la plus haute distinction militaire américaine, pour « bravoure exceptionnelle ».

Le massacre de Wounded Knee est le dernier des grands affrontements entre Indiens et Américains, mettant fin aux « guerres indiennes » et à la conquête de l’Ouest.

Cent ans après

Le souvenir du massacre de Wounded Knee est demeuré comme une plaie ouverte dans la conscience collective des Lakotas. En 1986, afin de perpétuer le souvenir de leurs ancêtres massacrés et de restaurer l’unité de la nation, des Lakotas entreprennent une chevauchée du souvenir. Durant les quatre années suivantes, des cavaliers de plus en plus nombreux ont suivi le chemin parcouru par ceux de Big Foot. La dernière année, celle du centenaire, la chevauchée partait de Fort Yates au Dakota du Nord où se trouve la tombe de Sitting Bull. Au matin du 29 décembre 1990, au bord de la fosse commune du cimetière de Wounded Knee, devant une nombreuse assistance, plus de quatre cents cavaliers lakotas ont procédé à une cérémonie de deuil, la « libération des âmes » de ceux qui étaient tombés là cent plus tôt.