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Thomas Villaret de Joyeuse

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Thomas Villaret de Joyeuse
Publié le:05/12/2009


Thomas Villaret de Joyeuse doit une partie de son avancement à Pierre André de Suffren et l'autre au départ des officiers mieux nés que lui pendant la Révolution. Il commande les navires français lors de la bataille du 13 prairial an II, puis  la flotte lors de l’Expédition de Saint-Domingue. Il est aussi député au Corps législatif en l’an V et condamné à la déportation. Gouverneur de La Martinique, du temps de Napoléon, il meurt gouverneur de Venise. Louis Thomas Villaret-Joyeuse est né le 29 mai 1747 à Auch et décédé le 24 juillet 1812.

 

SOUS L’ANCIEN RÉGIME 

 

Thomas Villaret de Joyeuse se fait appeler en 1789 Louis Thomas de Joyeuse et signe Dejoyeuse avant 89. Son nom devient en 1792 Louis Thomas Villaret-Joyeuse Villaret-Joyeuse et il signe Villaret.

 

SA JEUNESSE

 

Blason des Villaret de Joyeuse
Blason des Villaret de Joyeuse
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Quand il naît le 29 mai 1747 à Auch, rien ne semble destiner Thomas Villaret de Joyeuse à devenir un amiral de la flotte pendant la Terreur. Sa famille tient un rang distingué dans cette ville de Gascogne où les marins sont relativement rares. Son père, François Villaret de Joyeuse est un ancien capitaine de dragons, devenu contrôleur receveur général des Domaines du Roy de la généralité d'Auch. Sa mère, Thérèse de Courtade est d’une famille établie de longue date à Auch. La famille Villaret de Joyeuse connaît une très rapide ascension sociale. Les deux frères de Thomas vont parvenir au grade de général. Toutefois, bien que leur grand-père ne soit qu’un ébéniste de Montpellier, leurs parents prétendent descendre d’une maison de chevalerie, les Villaret (Provence), grands maîtres de l’ordre de Malte en 1280 et 1306. Mais le blason des Villaret de Joyeuse : D'or à trois monts de gueules rangés en fasce, mouvant du bas de l'écu et sommés chacun d'une corneille de sable est totalement différent de leur blason. L’oncle du futur amiral, bien que chef des ingénieurs géographes du roi ne signe que Villaret.

Les actes de mariage des frère et sœur de Thomas reconnaissent à leur père la qualité d’écuyer, dès le mariage de sa fille. Joyeuse va être considéré comme un aristocrate par les révolutionnaires et son frère aîné émigrera. Sous la Restauration, il s’attribuera le titre de marquis, ce que personne ne contestera. La plupart des encyclopédistes ou ses biographes le disent noble et même comte de l'Empire.

Gendarmes et Chevaux-Légers de la Maison du Roi
Gendarmes et Chevaux-Légers de la Maison du Roi
Gravure tirée de L'Ecole de Mars de Manesson Mallet
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le jeune Thomas fait de très solides études au collège des jésuites de sa ville natale et sa mère, femme pieuse, le verrait d’un bon œil embrasser l’état ecclésiastique. Mais, Thomas n’est pas d’accord… La mer l’attire, il rêve d’être marin. Ses parents partent s'installer à Beauvais, puis à Versailles. A défaut de pouvoir lui faire endosser une soutane, il est paraît-il gendarme de la garde de la Maison militaire du roi de France à seize ans. Mais, selon le colonel Ortholan, auteur de L’Amiral Villaret-Joyeuse, son nom ne figure pas sur les registres de cette compagnie d’élite et il n’est peut-être que garde de la Gendarmerie du roi qui compte huit compagnies et est certes un corps privilégié, mais beaucoup moins prestigieux que celui des Gendarmes de la garde. Dejoyeuse se fait rapidement apprécier par ses qualités de chef et son aptitude à l’apprentissage du métier des armes. Mais les duels sont restés fréquents, et on le retrouve souvent en train d’en découdre sur le pré. Il arrive que ces affrontements pour l’honneur se terminent mal : Thomas tue un adversaire et doit quitter en toute hâte ce corps d’élite.

 

APPENTISSAGE DANS LA MARINE ROYALE ET LA COMPAGNIE DES INDES (1765-1773)

 

Le port de Rochefort en 1762.
Le port de Rochefort en 1762.
© Joseph Vernet
Gravure
Le 2 mai 1765, Thomas Villaret de Joyeuse s'embarque comme volontaire sur la flûte La Nourrice, armée à Rochefort pour un voyage de près d'un an à Cayenne et aux Antilles. La Nourrice est désarmée à Nantes. Il n'est encore qu'un simple volontaire, faute de pouvoir rentrer aux gardes de la marine, et c'est là une déchéance par rapport à la Maison militaire du roi de France. L’ordonnance sur les volontaires du secrétaire d’État à la marine (17 septembre 1764) est là pour permettre aux jeunes gens de bonne famille de devenir officier sans entrer dans l’une des compagnies des gardes de la marine, ce qui est très coûteux et demande une appartenance à la noblesse clairement établie. Mais, malgré les promesses, comme les officiers de la plume, les volontaires sont méprisés et leur avancement va être beaucoup plus long.

Le 20 août 1766, Thomas part sur L'Éléphant, armé à Bordeaux, transportant des troupes aux Antilles, le navire est désarmé à Rochefort le 6 mai 1767. Le 15 mars 1768, au bout de deux ans de navigation, Joyeuse se voit nommé enseigne de la Compagnie des Indes et officier sur sa flûte Le Parham, armé à Rochefort, destinée à l'Île de Saint-Domingue et désarmée à Bordeaux. Il rentre à l'amirauté pour y subir des examens lui permettant d'être capitaine d'un navire marchand, examens qu'il réussit.

Le 8 avril 1770, il retourne sur la flûte Le Parham, avec toujours le même capitaine depuis le 20 août 1766, un certain, Gilbert, et part à Saint-Domingue, mais le navire est désarmé à Rochefort, le 6 septembre 1770. Thomas Villaret de Joyeuse a toujours le même grade, car il navigue en temps de paix, donc les avancements sont lents, surtout pour un volontaire. Les officiers bleus peuvent juste prétendre à devenir des officiers auxiliaires et Dejoyeuse navigue jusqu'ici sur de vieux bâtiments transportant des troupes ou des munitions.

 

L'OCÉAN INDIEN

 

Bâtiments de la Compagnie des Indes
Bâtiments de la Compagnie des Indes
Antoine Roux. Musée national de la Marine
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le 20 avril 1773 Thomas Villaret de Joyeuse part de Lorient et transporte des troupes à l'Isle de France (ancien nom de Maurice) et pour protéger l'établissement qu'on veut former à Madagascar. Il est capitaine en second de La Fortune, armée à Brest. Dejoyeuse arrive à l'Isle de France début 1774 et navigue dès juin dans l'océan Indien, sur Le Coromandel jusqu'au 20 mai 1775 en face des côtes du Bengale.

Le 17 mai 1776 Thomas Villaret de Joyeuse repart à destination de Pondichéry et Mahé avec la corvette L'Atalante.

C'est alors qu'éclate la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Lieutenant de frégate, il se retrouve sans bâtiment sur lequel embarquer à Pondichéry lorsque les Britanniques viennent mettre le siège devant cette place en 1778. Il offre ses services au gouverneur et déploie en ces circonstances des talents et une bravoure tels qu’il obtient le commandement de la flûte La Pintade, en 1779, grâce au récit que fait Guillaume Léonard de Bellecombe, au roi, de sa belle défense de Pondichéry. Il part en croisière sur la côte de Coromandel. Ses appointements comme lieutenant de frégate ne sont que de 840 livres, mais il a enfin de l'avancement.

Vue des magasins de la Compagnie des Indes à Pondichéry, de l'amirauté et de la maison du gouverneur.
Vue des magasins de la Compagnie des Indes à Pondichéry, de l'amirauté et de la maison du gouverneur.
Lorient, Musée de la Compagnie des Indes
© Frank Schulenburg
Wikimedia Commons
Le 1er janvier 1778 il repart de l'Isle de France (ancien nom de Maurice) sur une flûte, La Pintade à destination de Pondichéry et Mahé. En 1779, Thomas de Joyeuse est capitaine de la corvette La Dauphine et fait du cabotage pendant 6 mois entre l'île Bourbon et Madagascar. L'année suivante, il est l'un des officiers du vaisseau Le Brillant, navire de la Compagnie des Indes de 1.100 tonneaux et 58 canons. Il part de l'Isle de France en croisière sur le Banc des Aiguilles, au sud de l'océan Indien, pendant 23 mois et 4 jours.

 

DEJOYEUSE ET SUFFREN

 

Pierre André de Suffren le nomme capitaine de brûlot et le 28  octobre 1781 lui confie le commandement du brûlot Le Pulvériseur avec lequel Dejoyeuse navigue pendant 11 mois. Ses appointements comme capitaine de brûlot sont de 1.500 livres. Le  célèbre amiral détecte rapidement parmi les officiers distingués qui servent sous ses ordres, le mérite de Villaret de Joyeuse. Au siège de Gondelour, il le choisit pour aide de camp.

Sculpture de l'amiral de Suffren
Sculpture de l'amiral de Suffren
© Bobsodium
wikimedia Commons
Dans l’escadre de Pierre André de Suffren,  Dejoyeuse commande la frégate La Bellone après la bataille pour Gondelour, avec laquelle il fait différentes croisières pendant 8 mois, à Achem et en Malaisie. Il revient à Trinquemalé, ou le vieil amiral lui confie la corvette La Nayade. C’est avec ce bâtiment que Joyeuse se trouve chargé d'une mission difficile, qui demande une expérience consommée et une grande résolution. Il s'agit d'avertir Antoine de Thomassin de Peinier, qui avec une division navale a été envoyé pour nettoyer la rade de Madras, qu'une escadre anglaise beaucoup plus forte que la sienne croise au large de cette côte, épiant les vaisseaux français, dont elle espère bien faire sa proie. Pour les prévenir à temps, il faut passer au milieu de l’escadre anglaise. Je vous ai choisi, lui dit Suffren, parce que j'ai besoin d'un homme de tête ; faites tout ce que vous pourrez pour remplir votre mission, je vous donne carte blanche. Vous serez chassé en allant ou en revenant : vous serez probablement pris ; mais vous vous battrez bien, c'est ce que je veux. Thomas estime avoir à effectuer une mission très dangereuse sur un bâtiment médiocre, qu’il qualifie de charrette. Le bailli Pierre André de Suffren lui répond : Si quelqu'un peut tirer parti de cette charrette, c'est vous. Dejoyeuse commentera ce propos bien des années plus tard : Le seigneur Jupiter savait dorer la pilule.

Arrivé aux atterrages de Madras, mais n'ayant pu mettre la vigilance de l'ennemi en défaut, Dejoyeuse veut  au moins en succombant, faire connaître à la division qu'il a mission de la sauver du danger qui la menace. Le vaisseau de ligne anglais Le Sceptre, de 64 canons, lui donne déjà chasse. Villaret fait monter sur le pont de La Nayade tout son équipage, composé de 120 hommes, et leur dit : Ce n'est qu'un bâtiment armé par la compagnie des Indes, des braves comme vous ne se laisseront pas prendre par un marchand. On lui répond par des acclamations, et tout est disposé pour le combat. Dejoyeuse ne commence cependant la canonnade que lorsqu'il est près de la rote, et qu'il a atteint le point où les Français peuvent le voir. Là, sans autre espoir que d'avertir les siens, la plus terrible lutte s'engage. Pendant huit heures une faible corvette de 18 canons résiste à un vaisseau de ligne, et cela à une distance si rapprochée, que le Commodore anglais se fait clairement entendre, en criant à M. de Villaret : Brave jeune homme, conservez à votre roi un officier qui sait si bien défendre son pavillon. La corvette, entièrement démâtée, avec huit pieds d'eau dans sa cale, ayant perdu les trois quarts de son équipage et près de couler bas se rend enfin. Mais les vaisseaux français, instruits de la présence de l'ennemi, doivent leur salut à ce dévouement héroïque.

Villaret de Joyeuse
Villaret de Joyeuse
Sculpture (Louvre)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le capitaine du Sceptre refuse l'épée si vaillamment défendue, que son prisonnier veut lui remettre:

- Monsieur, vous nous donnez une bien belle frégate, vous nous l’avez fait payer bien cher !

Les Anglais comblent Villaret de marques d'estime. Il est échangé peu de temps après, et M. de Bussy qui commande les forces de terre française dans l'Inde, le décore de l'une des trois croix de l’ordre de Saint-Louis que le roi avait mises à sa disposition.

Dejoyeuse sert alors sur Le Héros, en tant qu’aide de camp de Suffren. En 1783 il commande une prise, la frégate Coventry, avec le grade de lieutenant de vaisseau. Suffren lui obtient aussi la grand-croix de l’ordre de Saint-Louis. C’est donc Suffren pendant cette campagne dans l’océan Indien qui le fait entrer dans le Grand Corps, ce qui aurait été éventuellement plus difficile en France où ses origines nobles auraient probablement fait l’objet d’un examen préalable.

Thomas Villaret de Joyeuse a en 1783, l'ordre d'aller à Batavia pour traiter avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales d'intérêts importants. À son arrivée, il salue la place selon l'usage. Le commandant hollandais ne lui ayant pas fait rendre le salut, il s'embosse pendant la nuit, et fait signifier que si on ne lui rend pas le lendemain les honneurs qui lui sont dus, il foudroie la place. Dès les premiers rayons du soleil, la frégate française est saluée d'autant de coups de canon qu'elle en a tirés la veille. Les négociations sont conduites avec la même fermeté, et il obtient tout ce qu'il demande.

 

BREST

 

Plan de la ville de Brest (1779)
Plan de la ville de Brest (1779)
P.L. Bermont (Archives Militaires Suèdoises)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Dejoyeuse ne revient en France qu'après la conclusion de la paix. Il rentre à Brest et prend le commandement de la frégate La Railleuse. Thomas a 35 ans et le grade de lieutenant de vaisseau le 15 juillet 1784. Ses appointements ne sont que de 1.600 livres, mais il est nommé successivement lieutenant de vaisseau, major de la marine à Lorient, certainement grâce à l’appui Pierre André de Suffren . Comme ce dernier, il est témoin avec lui au mariage d'André de Rambaud et Agathe Mottet, le 7 mars 1785 à la paroisse Saint-Louis de Versailles. Le marié a été décoré d'une autre des trois croix de l’ordre de Saint-Louis distribuées pendant la campagne aux Indes. Il est le beau-frère de Georges Pléville Le Pelley, autre futur amiral de la Marine de la république. La mariée, Agathe Mottet, est la fille du Commissaire Général chargé des colonies. Elle se charge avec les membres de la Maison des Enfants du Roi de l'éducation du futur Louis XVII.

Thomas Villaret de Joyeuse de son côté se marie le 13 mai 1788 à Lorient avec Félicité de Villars de Roche (1752-1808), fille d’un capitaine d’infanterie. Le comte d'Hector (1722-1808) en qualité de commandant de la Marine à Brest et la cour donnent la permission de se marier à Messire Louis Thomas de Villaret, chevalier de Joyeuse, chevalier de l’ordre de Saint-Louis. Ils ont une fille et deux fils, dont Alexis Jean Marie, né à Lorient en 1788, futur capitaine de vaisseau, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et de la Légion d'honneur.

 Comme Pierre André de Suffren ou Georges Pléville Le Pelley, Dejoyeuse est franc-maçon. Ils ne sont pas les seuls, beaucoup d'officiers de la Marine royale le sont également. Membre honoraire de la loge Harmonie à l'Orient de Saint-Pierre à la Martinique, il devient membre du chapitre, puis Vénérable de la loge L’Union de Lorient.

 

APRÉS 1789

 

SAINT-DOMINGUE (1790-1791),

 

Commandant de la frégate La Prudente, au moment où éclate la Révolution française, il quitte Lorient, où vit sa famille et après des mois de manœuvres dans la rade il rejoint fin 1790 Saint-Domingue. Il arrive dans l’île au début de la révolution. Sa division est envoyée pour y rétablir l’ordre. Par sa fermeté, il contribue à retarder les déplorables évènements, dont plus tard Saint-Domingue sera le théâtre. Il remplit avec La Prudente cette mission. L’opération est cependant un échec total, la plupart des autres équipages se mutinant. La Prudente est l’un des seuls bâtiments où la discipline est maintenue ce qui fait attirer l’attention sur son commandant. Il revient en France avec le nouveau pavillon de la Marine française.

Le 1er janvier 1792, il est capitaine de vaisseau et commande Le Trajan, vaisseau de 74 canons dans l’escadre de Morard de Galles. Louis Thomas Villaret-Joyeuse et Le Trajan patrouillent au large des côtes vendéennes dans l'escadre du vice-amiral Morard de Galles, un ancien brillant officier de Suffren. Les équipages décident que la croisière dure depuis trop longtemps et ils se mutinent. Morard de Galles est menacé de mort et destitué. Villaret-Joyeuse doit calmer les esprits des équipages en ordonnant à l'escadre de rentrer à Brest. Pendant les troubles qui agitent la plupart des navires, l'équipage du Trajan obéit à son capitaine.

Le 14 mars 1792, à Lorient, Villaret prête le serment civique qui le lie au régime républicain. Il devient à partir de ce moment le citoyen Villaret-Joyeuse, capitaine de vaisseau de la République. Pourtant, son frère, lieutenant-colonel d’artillerie, émigre et la plupart de ses amis aussi.

Le 5 février 1793, il est capitaine de vaisseau de 1ère classe. Sur 180 capitaines de vaisseau, en 1792, il en reste 42 prêts à combattre. Les autres ont émigré, sont morts, ont pris leur retraite ou se cachent.

 

CONTRE-AMIRAL SUR ORDRE DU REPRÉSENTANT DU PEUPLE.

 

Le vaisseau amiral de Villaret  La Montagne
Le vaisseau amiral de Villaret La Montagne
Victoria & Albert Museum, London
© Philip James de Loutherbourg
Wikimedia Commons
Le 16 novembre 1793, la Convention nationale l'élève au grade de contre-amiral et il est nommé au commandement de l'armée navale de Brest sur ordre du Représentant du peuple de cette ville. Il a ordre d’arborer son pavillon sur le vaisseau La Montagne. André Jeanbon Saint André lui confie ce poste qu'il n'avait point sollicité, et qu'il accepte même avec répugnance, vu l'insubordination qui règne à cette époque sur les escadres de la République. Mais l'estime et l'affection générale dont il jouit parmi ses frères d'armes, et la fermeté de son caractère, lui fournissent les moyens de rétablir l'ordre partout où il commande. Pourtant l'amiral Villaret ne s'est point prononcé en faveur de la révolution et passe même pour être très opposé aux principes professés par les trois premières assemblées délibérantes. Mais il n'a pas cru de son devoir d’abandonner la France à l'exemple de tant d'officiers distingués de la marine qui ont émigré.

Il obéit aussi peut-être par crainte. On est alors aux pires moments de la Terreur. L'esprit d'insubordination et de révolte règne dans l'armée navale et plusieurs officiers en ont éprouvé les funestes effets. En juin 1793, Jeanbon Saint-André, représentant du peuple, a destitué tous les chefs d'escadre, 71 capitaines de vaisseau et quatre cents lieutenants et enseignes. André Jeanbon Saint André, membre de la Convention nationale, est investi d'une autorité illimitée dans le département de la Marine.

Jeanbon Saint André le fait-il nommer contre-amiral, du fait de relations antérieures entre les deux hommes ? Jeanbon Saint André tient des propos étonnants au Comité de Salut public : Je sais que Villaret est un aristocrate, mais il est brave et il servira bien.

 

COMMANDANT DE L’ARMÉE NAVALE DE BREST (16 novembre 1793)

 

The Defence à la bataille du 13 prairial an II (1er juin 1794),
The Defence à la bataille du 13 prairial an II (1er juin 1794),
Nicholas Pocock
© Rebel Redcoat
Wikimedia Commons
L’amiral Villaret-Joyeuse essaye de recréer une escadre capable de prendre la mer et d’affronter les flottes ennemies. Il a vingt-huit vaisseaux de ligne, restes imposants de nos armements d'Amérique et des Indes. Mais, les vaisseaux et les frégates sont des coquilles vides, qui commencent à pourrir faute d'entretien dans les ports français et les équipages sont trop complétés par des paysans n'ayant jamais vu la mer. Certes, Louis Thomas s’empresse de créer à Lorient une école de canonnage. Mais la situation réclame trop, en trop peu de temps, pour que l’on puisse remettre les choses au point. L’Angleterre qui n’a pas eu à subir les contrecoups d’une révolution aligne dans le secteur Manche-Océan une flotte bien commandée, bien entraînée et surtout bien plus puissante que l’escadre de Brest.

Le navire amiral de Villaret-Joyeuse est La Montagne, superbe ancien vaisseau de la Marine royale, connu sous le nom Les États de Bourgogne. Un de ces cent dix-huit canons qui font l’admiration des marins du monde entier par leur puissance, leur vitesse et leur manœuvrabilité. Mais, il y règne un club des Jacobins. On y trouve une guillotine. Le bourreau mange à la table des officiers, avec Villaret. Sur le gaillard avant, des orateurs prononcent des discours patriotiques en permanence. Et puis, Villaret-Joyeuse est surveillé par Jeanbon Saint André, qui donne des ordres, même sur les routes à prendre. Heureusement, pendant les combats, il se cache. Villaret écrit : Ah ! le coquin… à l'instant de la bordée de Queen Charlotte il descendit dans la cale.

Combat du Vengeur du Peuple
Combat du Vengeur du Peuple
Gravure P. Ozanne (Musée de la Marine)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Sa flotte reçoit l'ordre d'aller à la rencontre d'un convoi de grains venant des États-Unis. Jeanbon Saint André donne l'ordre de désobéir au Comité de Salut public en attaquant les 30 vaisseaux ennemis. Villaret-Joyeuse tient tête à l'escadre britannique de l'amiral lord Richard Howe dans la campagne de Prairial qui culmine dans les combats du 10 Prairial (29 mai 1794) et surtout la grande bataille du 13 prairial an II (1er juin 1794), pendant laquelle il perd 7 vaisseaux à l’ennemi.

Bataille du 13 prairial an II.
Bataille du 13 prairial an II.
Lithographie d’après Mayer (Collection particulière Guy de Rambaud)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Mais, malgré la défaite infligée lors de cette bataille du 13 prairial an II, les Anglais, fortement éprouvés doivent se retirer après la bataille, laissant le champ libre au convoi américain de Van Stabel qui se présente quelques jours plus tard, sans encombre, avec ses 170 bateaux de ravitaillement, augmentés de 14 prises faites en cours de route ! C’est une victoire… sur le blocus, qui permet de nourrir un peuple affamé. Le résultat aurait encore été plus brillant pour la marine française, sans la fausse manœuvre de quelques capitaines inexpérimentés, qui laissent couper la ligne.

Jeanbon Saint André , revenu à Brest, s’acharne contre huit capitaines qu’il livre à l’accusateur public. Dans son rapport de mer dressé au lendemain des évènements, Villaret-Joyeuse ne cite aucun nom de navire et ne donne aucun détail sur les noms des vaisseaux engagés. Les pertes, très lourdes, n’apparaissent guère. Il écrit : Je ne me dissimule pas qu’il doit être resté dans cette malheureuse affaire quelques-uns de mes bâtiments… J’en distinguai un par le travers d’un Anglais qui coulaient l’un et l’autre… Villaret a-t-il cherché à minimiser pour ne pas avoir à accabler ces capitaines improvisés qui se sont battus comme des lions, même s’ils ont mal manœuvré ? Le citoyen-amiral Villaret-Joyeuse n’a pourtant pas l’habitude de mâcher ses mots et de cultiver la litote dans ses lettres et dans ses rapports !

L'amiral Howe est l'objet à son retour de moqueries cinglantes et est relevé de son commandement. Les Anglais considèrent que Villaret de Joyeuse est un amiral très habile. Ils savent l'importance de ses efforts pour reconstituer une Marine française et clament leur admiration. Ils disent aussi qu'il mérite les louanges de son pays, dont la Marine est en bien piteux état.

 

LES DÉSASTRES DE LA MARINE DE LA RÉPUBLIQUE

 

Thomas Villaret de Joyeuse
Thomas Villaret de Joyeuse
Gravure à partir du tableau de Paulin-Guérin conservé à Versailles au musée national du château et des Trianons.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le 27 septembre 1794 Villaret est nommé vice-amiral. Il doit ensuite mener la campagne du Grand Hiver (décembre 1794 / janvier 1795) à la tête d’une flotte mal réparée, privée de vivres et hors d’état de prendre la mer dans une période de l’année particulièrement défavorable. Cinq vaisseaux sombrent lors de cette croisière inutile ordonnée par des politiciens qu’il juge incompétents. Excédé le vice-amiral Villaret écrit, le 27 mars 1795, la lettre suivante transcrite textuellement :

Au citoyen Dalbarade, commissaire de la marine et des colonies.

Citoyen commissaire, C'est bien à juste titre que tu te récries sur l'incapacité des commandants de convoi ; tu aurais pu étendre à tes plaintes beaucoup plus loin. Quant à moi, je tranche le mot ; ignorance, intrigues, prétentions, apathie pour le service, basses jalousie, ambition de grade, non pour avoir occasion de se distinguer, mais bien parce que l'emploi donne plus d'argent, voilà malheureusement le tableau trop fidèle des dix-neuf vingtièmes des officiers. Tu n'ignores pas sans doute que les meilleurs marins des différentes places de commerce se tinrent retirés derrière le rideau dans le commencement de la révolution et qu'il s'en présenta au contraire une foule qui, ne pouvant s'employer au commerce, parce qu'ils n'avaient d'autre talent que le verbiage du patriotisme, à la faveur duquel ils avaient séduit les sociétés populaires dont ils étaient membres, obtinrent les premiers emplois. Les capitaines expérimentés, que je suis bien loin d'excuser parce qu'ils sont véritablement coupables d'égoïsme, s'ils ne le sont d'incivisme, ces hommes, dis-je, qui auraient pu servir efficacement la République par leurs talents et leurs connaissances, se sont constamment refusés depuis à prendre la mer et, par un amour-propre inexcusable, préfèrent encore aujourd'hui le service de la garde nationale à celui de la mer où, disent-ils, ils seraient obligés de servir sous des capitaines auxquels ils ont souvent refusé le commandement d'un quart. Voilà la vraie cause du petit nombre d'hommes instruits qu'a fournis la marine du commerce; voilà par conséquent la cause des fréquents accidents qu'éprouve la marine de la République qu'il est véritablement temps d'épurer. Puisque la justice et par conséquent les talents sont à l'ordre du jour, et que la France entière est aujourd'hui bien convaincue que le patriotisme, qui est bien une des vertus les plus essentielles des agents du gouvernement, n'est cependant pas la seule, comme on le prétendait autrefois, qu'on doive exiger dans les commandants de nos armées et de nos flottes, tu es sans doute en droit d'exiger de moi, d'après cet exposé, des notes qui puissent te mettre à même de créer un corps de marine qui puisse seconder les hautes vues qu'a la Convention sur cette partie des forces de la République. Mais, mes apostilles et les retraites que je solliciterais ne pourraient-elles pas être taxées d'arbitraire, puisque je ne pourrais alléguer que mon opinion, le défaut d'éducation et le peu de moral de la plupart de ces commandants qui ne le sont qu'en dépit de la nature, qui paraît leur avoir refusé l'énergie, l'activité et les connaissances indispensables à l'homme destiné à commander à ses semblables. Signé Villaret.   

Le Belleisle, l'un des vaisseaux capturés par les Anglais lors du combat naval de Groix.
Le Belleisle, l'un des vaisseaux capturés par les Anglais lors du combat naval de Groix.
William Huggins (1820-1884) (National Maritime Museum)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Dans un engagement devant l’île de Groix, la mollesse et l’incompétence des officiers entraînent la perte de trois grosses unités de l’escadre. Villaret-Joyeuse est battu par l'amiral Alexander Hood, premier vicomte Bridport au combat naval de Groix le 23 juin 1795. Sir John Warren, amiral britannique, qui a son pavillon à bord de La Pomone, dirige spécialement les opérations du premier débarquement d’émigrés venus de Grande-Bretagne, et concourt à la prise du fort de Penthièvre.

Le 5 messidor (23 juin), les deux escadres paraissent à la vue de Groix à 4 heures du matin. A 5 heures et demie elles sont toutes les deux à 4 lieues de terre, c’est là que le combat commence. Les français continuent toujours leur route tout en se battant ; ils sont à une demi-lieue de la pointe ouest de l'île, quand le feu prend par accident sur le vaisseau français Le Formidable. Il est obligé de jeter à bas son mât d'artimon et de noyer ses poudres. Un vaisseau britannique l'oblige d'amener son pavillon. Un instant après L’Alexander et Le Tigre, deux autres vaisseaux français, sont coupés et pris. Les capitaines de Villaret l’abandonnent et prennent chasse en débandade. D’autres vont se réfugier à Lorient et refusent d’en sortir. Ils seront condamnés par le Conseil de guerre. Le vice-amiral entouré de plusieurs vaisseaux ennemis, le sien criblé de boulets, parvient enfin à se dégager.

Cela permet le débarquement des émigrés à Quiberon. Excédé, Villaret-Joyeuse donne sa démission et rentre chez lui. Le fait que la plupart des 952 prisonniers de l'armée royale passés aux armes du 1er au 25 août 1795 soient des anciens officiers de la Marine royale n'est peut-être pas étranger à cette décision.

 

PREMIERE DISGRACE

 

La destruction de l’armada française, caricature anglaise.
La destruction de l’armada française, caricature anglaise.
James Gillray (1756–1815)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Theobald Wolfe Tone, le chef des United Irish, en conflit avec l’Angleterre, vient en France demander du support militaire. Répondant à ses attentes, le général Lazare Hoche propose un projet de descente en Irlande : une importante expédition doit débarquer en 1796 une armée française sur les côtes de l’Irlande. Le 15 décembre 1796 une armée de quarante-cinq navires transportant treize mille quatre cents hommes quitte Brest. C’est l’Expédition d'Irlande (1796).

Une escadre de 15 vaisseaux de ligne, 12 frégates, 6 corvettes ou avisos et 9 bâtiments de transport devait, sous les ordres de Villaret-Joyeuse, transporter dans cette île 15.000 hommes de débarquement aux ordres de Hoche. Ce dernier ne pouvant s'entendre avec lui Villaret est rappelé au moment de lever l'ancre. Il est contre cette opération. Morard de Galles, le 25 frimaire an V, donne le signal du départ. Cette expédition n'est pas heureuse. Villaret-Joyeuse qui en avait inutilement prévu tous les malheurs demande sa démission, que le Directoire accepte.

 

DÉPUTÉ AU CONSEIL DES CINQ-CENTS

 

Député au Conseil des Cinq-Cents
Député au Conseil des Cinq-Cents
Extrait de Bouchot - "Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents"
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Sans commandement, Louis Thomas Villaret-Joyeuse fait campagne fin 1796 pour être élu au Conseil des Cinq-Cents, par le département du Morbihan. Il est élu le 11 avril 1797 avec 232 voix sur 284 votants. Il siège avec un groupe de tendance royaliste : le club dit des clichiens avec Dumas, Boissy d'Anglas, Pichegru, Vaublanc et Barbé-Marbois. Ses députés composant ce club sont des modérés qui ne souhaitent pas un retour à l’Ancien Régime, mais plutôt une monarchie constitutionnelle qui accepterait certains acquis de la Révolution.

Villaret-Joyeuse dénonce vigoureusement l’état misérable des équipages et il s’efforce dans ses nouvelles fonctions de servir autant qu’il le peut cette marine, meurtrie, malmenée, à laquelle il reste profondément attaché. Ce député du Morbihan défend les intérêts des habitants des façades maritimes de la France et de son empire colonial qui s'enrichissaient du fait des échanges commerciaux ou travaillaient pour l’outre-mer ou la métropole. Ces populations nombreuses, environ 10 % des Français, sont plongées dans la misère par la maîtrise anglaise des mers depuis 6 ans et par l'anarchie qui règne dans les colonies. Villaret-Joyeuse constate cette situation catastrophique et la dénonce au Conseil des Cinq-Cents. Il entre alors en conflit assez violent avec le ministre de la marine et des colonies, Truguet, et demande l’envoi de troupes à Saint-Domingue et une politique plus sévère pour protéger les blancs des exactions des noirs révoltés. Villaret dont le frère possède une grande plantation à l’île de France (île Maurice) devient ainsi l'un des principaux porte-paroles du lobby colonial. Il essaie aussi devant cette assemblée de défendre les intérêts du corsaire Surcouf.

Villaret de Joyeuse devient le 19 juin 1797 l'un des secrétaires du Conseil des Cinq-Cents.

Le 16 juillet 1797, sous la pression des conseils, les trois Directeurs républicains, Barras, Reubell et La Reveillière-Lépeaux, décident un remaniement ministériel, en défaveur des royalistes. Le 3 septembre, Vaublanc, avec son collègue l'amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse et d'autres clichiens, est à deux doigts de réussir un coup d'État contre le triumvirat des directeurs républicains. Le plan des Clichiens qui a convaincu le directeur Carnot est simple. Vaublanc est chargé de prononcer un discours le 4 septembre devant le Conseil des Cinq-Cents exigeant la mise en accusation des trois Directeurs républicains. Pendant ce temps, le général Pichegru, convaincu par Carnot de rentrer dans la conspiration et à la tête de la garde du Corps législatif, aurait pour rôle de venir arrêter les Directeurs.

Malheureusement pour eux, le général Bonaparte, alors chef de l'armée d'Italie, intercepte entre temps un agent royaliste, Louis-Alexandre de Launay, comte d'Antraigues, en possession de documents concernant cette conspiration et de la trahison de Pichegru. Il envoie alors le général Augereau et son armée à Paris où celui-ci fait placarder la trahison de Pichegru dans les rues. C'est le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). Les principaux conspirateurs sont soit arrêtés et déportés en Guyane, comme Pichegru et Barthélémy, soit en fuite, tels que Carnot ou Vaublanc. Villaret fait partie des proscrits lors du coup d'État du 18 fructidor an V. Échappant de peu à la déportation à Sinnamary, après s’être caché, il est assigné à résidence à l’île d’Oléron, où il s’installe avec sa famille. Il y reste presque trois ans. Ses biens sont confisqués. Il évite ainsi la mort ou la maladie. Sur le total de 328 déportés par le Directoire à Sinnamary, 180 y meurent sur place dans les mois qui suivent leur arrivée.

 

SOUS LE CONSULAT

 

SAINT-DOMINGUE ET LA MARTINIQUE

 

Villaret de Joyeuse
Villaret de Joyeuse
Dictionnaire historique et raisonné de tous les hommes qui, depuis la Révolution Française, ont acquis de la célébrité... (1827)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Bonaparte cherche à rallier à sa cause les anciens clichyens qu’il fait libérer. Villaret est rappelé de l'île d'Oléron, par le général en chef, dès les premiers jours de l'établissement du gouvernement consulaire (1799-1804), et il vient reprendre un poste mérité pour tant de services et de dévouement à la patrie. Son retour dans les ports français est un jour de fête pour l'armée navale de l'Océan, dont il va diriger les opérations avec le titre de vice-amiral en mars 1801. Louis Thomas Villaret de Joyeuse a un plan ambitieux. Il veut doter la France d'un empire colonial. Il faut prendre le Surinam, envoyer les forces navales bataves à la reconquête du cap de Bonne-Espérance, du Brésil et l'Angola. Il envisage avec l'empereur de conquérir Trinidad et de ramener de force les généraux haïtiens en France sur ses vaisseaux, après les avoir attirés par des fêtes.

À la veille de la Paix d'Amiens, il apprend le 8 octobre 1801 qu'il est juste chargé du commandement des forces navales destinées à Saint-Domingue. Au niveau de l’envoi du corps expéditionnaire du général Leclerc, Napoléon Ier planifie tout :

Quant à Saint-Domingue, l’amiral Villaret-Joyeuse partira de Brest avec douze vaisseaux de ligne français et les cinq espagnols, si ceux-ci ne refusent pas obstinément de le suivre. Il portera 6 ou 7.000 hommes de troupes. Il passera devant Rochefort, où il ralliera l’escadre qui s’y trouve, qui aura à bord 2.500 hommes. Il se rendra droit au Cap, pour faire respecter dans Saint-Domingue les droits de la métropole.

L’escadre de Rochefort sera commandée par le contre-amiral La Touche-Tréville. Le Scipion et les deux frégates qui sont à Nantes formeront une division particulière, sous les ordres du contre-amiral Bedout. Il sera embarqué 1.000 hommes sur ces trois bâtiments, qui partiront dix jours après le départ de l’amiral Villaret-Joyeuse pour se ranger sous ses ordres et aller droit à Saint-Domingue s’emparer de la partie espagnole.

Les quatre frégates qui sont à Cadix, les deux vaisseaux que l’Espagne nous a donnés et un des trois vaisseaux français partiront sous les ordres du contre-amiral Linois; ils embarqueront 1,500 hommes de troupes et se dirigeront également sur Saint-Domingue.

Les frégates qui sont au Havre embarqueront 600 hommes; elles partiront quinze jours après l’amiral Villaret-Joyeuse, pour lui porter des renforts.

Toutes ces expéditions se feront secrètement, comme si nous étions en temps de guerre.

Le ministre me présentera une note d’agents civils à nommer pour tous ces établissements, qui, tous, seront provisoirement organisés comme la Guadeloupe.

Il faut que tout soit calculé sur le départ de l’amiral Villaret de l’escadre de Rochefort pour le 5 brumaire.

Immédiatement après le départ de l’amiral Villaret, ordonnez des armements à Brest pour pouvoir envoyer des secours à Saint-Domingue, tant en munitions de guerre qu’en hommes.

Je désire que le corps expéditionnaire qui s’embarque à Brest soit porté à 6.000 hommes. Faites-moi connaître l’état de tout le personnel qui est embarqué à bord de l’escadre de l’amiral Villaret-Joyeuse, et ce qu’il faudrait embarquer pour compléter 6.000 hommes.

Toutefois, le contre-amiral La Touche-Tréville se dirige vers les Canaries au lieu de rejoindre Villaret-Joyeuse à Belle-Île-en-Mer. Parties de Brest en décembre 1801, les troupes débarquent devant le Cap-Français en février 1802.

Le vice-amiral reste aux Antilles comme capitaine-général de la Martinique et dépendances le 3 avril 1802. Il reprend donc possession de cette île, où il a de bonnes relations avec les colons.

 

SOUS LE PREMIER EMPIRE

 

CAPITAINE-GÉNÉRAL DE LA MARTINIQUE ET DE SAINTE-LUCIE (1802-1809)

 

L E Fort Royal (La Martinique)
L E Fort Royal (La Martinique)
© Ozanne, Nicolas-Marie (1728-1811)
"Illustrations de Nouvelles vues perspectives des ports et rades du royaume de France et de ses colonies."
Le 3 avril 1802, l'île de la Martinique est rendue à la France, par le traité d'Amiens. Le 3 avril 1802, Villaret est nommé capitaine-général des îles de la Martinique et de Sainte-Lucie, qu'il va gouverner pendant sept ans. Vers la fin de septembre, l'escadre, qui vient prendre possession de l'île, mouille dans la baie du Fort-Royal, ayant à bord le nouveau gouverneur, l'amiral Villaret-Joyeuse.

Louis Thomas Villaret de Joyeuse retrouve à ses côtés, à la Martinique, en 1802, un des oncles d'Agathe de Rambaud, lui aussi témoin à son mariage, le commissaire David Le Proux de la Rivière, certainement envoyé par Napoléon, pour le surveiller.

D'après une loi consulaire du 6 prairial an X (26 mai ), la Martinique est régie par trois magistrats, à savoir : un capitaine-général, un préfet colonial et un grand-juge. Par la loi du 10 prairial an X (30 mai), le régime des colonies est soumis, pendant dix ans, aux règlements qui sont faits par le gouvernement. Le capitaine-général Villaret de Joyeuse est un homme assez autoritaire qui aime bien tout règlementer, d'où son arrêté signé également par le préfet Laussat ordonnant en 1808 la plantation sur les habitations de la Martinique de manioc, de bananiers, de patates, d'ignames, de pois d'Angole, de topinambours… Sa femme, Félicité de Villars de Roche, est décédée le 13 novembre 1808 à Fort Royal. Sa mère meurt aussi à La Martinique, comme beaucoup de métropolitains, dont le commissaire Le Proux de la Rivière.

Le 4 juillet 1803, la guerre éclate entre la France et l'Angleterre et donne lieu à l'ouverture des ports de la colonie aux neutres, afin de faciliter un écoulement de ses produits et d'assurer sa subsistance. Le 8 du même mois, le capitaine-général Villaret-Joyeuse déclare la colonie en état de siège.

Villaret de Joyeuse décision après la reddition de La Martinique
Villaret de Joyeuse décision après la reddition de La Martinique
Archives de la Marine 1811
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le gros des forces françaises ayant regagné la métropole depuis longtemps, Louis Thomas Villaret de Joyeuse doit faire face à une attaque menée par l’Anglais avec de puissants moyens. Cette expédition préparée à la Barbade est composée de 6 vaisseaux de ligne, 7 frégates et 13 goélettes, sous le commandement de l'amiral Alexander Cochrane, ayant à bord 4.500 hommes d'infanterie, avec de la cavalerie et de l'artillerie en proportion sous les ordres du lieutenant-général George Becwith. Les premières troupes débarquent en deux divisions, l'une à Baie-Robert, et l’autre à Sainte-Luce. Le 1er février 1809, elles s'avancent vers le Fort-Bourbon, et après trois attaques inutiles, prennent possession des hauteurs de Surerey qui le dominent. Le lendemain, la division du major-général Maitland, qui avait débarqué à Sainte-Luce, opère sa jonction avec le précédent corps d'armée Joyeuse.

À Fort-Royal, la garnison de cette place propose de se rendre, sous la condition d'être envoyée en France sur parole; ce qui est refusé. En conséquence, le feu recommence avec plus de vivacité; et le lendemain matin, un des magasins du fort ayant sauté, la garnison fait de nouvelles propositions qui sont signées et ratifiées le 24 février. Les Français obtiennent de sortir avec les honneurs de la guerre, et sont conduits à Quiberon, en France, pour y être échangés avec des prisonniers anglais, rang pour rang. Ils sont au nombre de 2.224. Le chef du gouvernement français n'ayant point consenti au cartel d'échange, ils sont ramenés en Angleterre.

A son retour en France, il ne cesse de demander que sa conduite soit examinée judiciairement, mais il ne peut obtenir d'être jugé. Le ministre de la marine et des colonies Denis Decrès qui le considère comme un prétendant dangereux à sa succession saisit l’occasion pour le blâmer abusivement comme responsable de la perte des îles. Villaret doit faire face à un conseil d'enquête aux ordres du ministre et il est exilé à Rouen jusqu’en avril 1811, soit deux années après sa reddition.

Son administration à La Martinique porte l'empreinte de son caractère. Elle est active sans tracasseries et bienveillante sans faiblesse. Il laisse dans les esprits les plus honorables souvenirs.

 

GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE VENISE  (1811 - 1812)

 

La réhabilitation vient de Napoléon lui-même et de façon éclatante : Le courage et la fidélité plaident en faveur du vice-amiral... Ses fautes ont-elles fait perdre la colonie ? Elles ont tout au plus abrégé de quelques jours la durée de sa conservation.... En 1811, Napoléon Ier relève Villaret de sa disgrâce et le nomme commandant de la 12e région militaire, puis gouverneur de Venise 29 août 1811. L’empereur explique à Clarke qu’il veut un bon administrateur qui surveille la ville, mais aussi se charge des chantiers navals.

 

Une crise d’hydropisie le terrasse peu après, le 24 juillet 1812. Louis Thomas Villaret de Joyeuse est enterré à Venise et son nom figure sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile, à côté de ceux des soldats les plus valeureux de la Révolution et de l’Empire.

 

SOURCES :

 

Beaufort, J. d'Hertault (18..-19.. ; vicomte de),  L'amiral Villaret de Joyeuse (1747-1812), Paris (5, rue Bayard) : Les contemporains, 1903

Bordonove (Georges) : Les Marins de l’An II, Éditions Robert Laffont, Paris 1974

Caron (c-a François) : La Guerre incomprise : le mythe de Suffren, Service Historique de la Marine, Vincennes, 1996

Castagnon Robert, Gloires de Gascogne, éditions Loubatière (en partie sur Villaret de Joyeuse)

Cormack William S., Revolution & Political Conflict in the French Navy 1789-1794, Cambridge University Press; New Ed (9 mai 20

Glachant Roger, Suffren et le temps de Vergennes, éditions France-Empire, 1976

Granier (Hubert) : Histoire des Marins Français 1793 – 1815, Les Prémices de la République, Marines Éditions, Nantes 1998.

Jenkins (H.E.) : Histoire de la Marine Française, Mac Donald and Jane’s, Londres, 1973 ; Albin Michel, Paris, 1977.

Klein Charles-Armand, Mais qui est le bailli de Suffren Saint-Tropez ? - Mémoires du Sud - Éditions Equinoxe, 2000.

Ortholan, colonel Henri, L’Amiral Villaret-Joyeuse : des Antilles à Venise 1747-1812, Bernard Giovanangeli (26 janvier 2006)

Presles, Claude des, Suffren dans l'océan Indien (1781 - 1783), Economica, 1999

Six (Georges) : Dictionnaire biographique des Généraux et Amiraux de la Révolution et de l’Empire, Librairie Historique et Nobiliaire, Georges Saffroy éditeur, Paris 1934

Suffren, Pierre André de, Journal de bord du bailli de Suffren dans l'Inde (1781-1784), avec une préface par le vice-amiral Edmond Jurien de La Gravière, Henri Moris, Paris : Challamel, 1888

Unienville, Raymond d', Hier Suffren, Mauritius Printing 1972

Vergé-Franceschi Michel, La Marine française au XVIIIe siècle, SEDES, 1996

Villaret de Joyeuse, Louis Thomas, 1747-1812, Discours de Villaret-Joyeuse, député du Morbihan; sur l’importance des colonies & les moyens de les pacifier : séance du 12 prairial an 5, Paris : de l’Imprimerie nationale, 1797