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(1818-1858)
Ensemble des trois guerres qui se sont déroulées entre l’armée des Etats-Unis et les Seminoles réfugiés en Floride.
En 1814, c’est l’échec de la coalition indienne rassemblée par Tecumseh à laquelle les Seminoles ont participé. Les Américains victorieux empiètent peu à peu sur les territoires seminoles du nord de la Floride, installant fermes et plantations. Les Seminoles, furieux, obligés de céder la place et de se retirer vers le sud marécageux et inhospitalier, lancent des raids contre les établissements des colons.
En 1818, les Américains, faisant état des déprédations seminoles, obtiennent le droit de poursuivre les Indiens à travers la Floride, alors territoire espagnol. En mars, le général Andrew Jackson quitte Fort Scott avec dix-huit mille soldats réguliers et volontaires renforcés par six mille Creeks "blancs" du chef McIntosh. Malgré les difficultés du terrain marécageux, affrontant à plusieurs reprises les guerriers creeks "bâtons rouges", Jackson parvient à détruire de nombreux villages séminoles
Les Seminoles trouvent refuge à Fort Saint Marck, en territoire espagnol. L’armée de Jackson attaque le fort. Les Indiens résistent avec énergie, mais les soldats espagnols livrent sans combat le fort aux Américains. Les Seminoles qui n’ont pu fuir sont faits prisonniers. Leur chef Hillis Hadjo et trois de ses compagnons sont pendus. Quelques mois plus tard, Jackson s’est rendu maître de toute la Floride. L’année suivante, les Etats-Unis achètent la Floride à l’Espagne. La courte guerre de 1818-1819 a été appelée "Première Guerre seminole".
Andrew Jackson, devenu gouverneur de Floride, veut en expulser les Indiens. En 1823, il obtient, par la flatterie et la corruption, la signature du traité de Camp Moultrie par plusieurs chefs seminoles, par lequel ils acceptent d’abandonner tout le nord de la Floride, la région fertile. Les Américains installent une réserve à Fort King où se rassemblent les Seminoles soumis. Ceux qui entendent demeurer libres sont contraints de se retirer dans les marécages du centre et du sud, pratiquement incultes, maintenant infestés par la malaria, une maladie inconnue avant l’arrivée des Blancs. Réduits à la misère, les Seminoles tentent de revenir sur leurs anciens territoires, maintenant occupé par des colons. Les Indiens attaquent et pillent les fermes, les plantations, tandis que les colons détruisent les villages indiens, enlèvent les femmes et les enfants pour les vendre comme esclaves. L’état de Floride paie des primes pour les scalps seminoles.
En mai 1830, le Congrès vote l’"Indian Removal Act", le décret d’expulsion vers l’Ouest des Indiens vivant à l’est du Mississippi. En 1832, Andrew Jackson, devenu président, obtient d’une partie des chefs seminoles la signature du traité de Payne’s Landing par lequel ils abandonnent la moitié du territoire restant encore entre les mains de la tribu pour la somme de quinze mille dollars, de laquelle devra être retiré le coût des déprédations indiennes. De plus, ils acceptent de s’installer, dans un délai de trois ans, sur le Territoire Indien. Ces chefs sont des hommes riches, possédant des plantations, du bétail, de belles demeures qu’ils comptent vendre pour s’installer en Territoire Indien. Ils ont des esclaves noirs qu’il leur sera permis d’emmener.
Environ deux mille Noirs vivent chez les traditionalistes seminoles. Ce sont des esclaves qui ont fui les plantations de Georgie. Ces hommes courageux qui, pour gagner leur liberté, ont pris l’énorme risque de s’évader, sont bien accueillis par les Indiens qui les intègrent en hommes libres à leur société. Le traité de Payne’s Landing prévoit que tous les Noirs évadés, même depuis plusieurs années, seront, au moment de partir vers l’Ouest, séparés des Indiens et restitués à leurs "légitimes propriétaires". Les Seminoles ne peuvent accepter une telle condition, surtout quand ils apprennent qu’une clause, tenue un certain temps secrète, prévoit de mettre en esclavage tous les Seminoles métissés possédant du « sang noir ».
Quand, en avril 1835, l’agent de la réserve de Fort King, le général Wiley Thompson, convoque les chefs de la résistance seminole pour leur faire signer le traité de Payne’s Landing, ils s’y refusent absolument. Un jeune chef, Osceola, entre dans une violente colère et coupe en deux le document. Retenus prisonniers, les rebelles signeront sous la contrainte afin de retrouver leur liberté.
Le président Jackson lance un ultimatum aux Seminoles, les menaçant de les déporter de force. Osceola fait répondre qu’ils combattront jusqu’à la mort. Les chefs seminoles décidés à résister, Osceola, Micanopy, Jumper Arpeika, Bowlegs, Wild Cat prennent la décision de tuer tout Seminole qui acceptera l’exil vers l’Ouest. L’un des chefs signataires du traité de Payne’s Landing est exécuté. Le 28 décembre, Osceola tue le général Thompson qui l’avait retenu prisonnier. Le même jour, les guerriers de Jumper et Micanopy tendent une embuscade sur la rivière Withlacoochee à deux compagnies, qui se rendaient à Fort King, sous les ordres du major Francis Dade. La troupe est totalement anéantie. Trois jours plus tard, au même endroit, les guerriers d’Osceola arrêtent les troupes du général Duncan Clinch fortes de trois cents soldats réguliers et de cinq cents volontaires. Les Indiens dissimulés dans la végétation infligent aux Blancs une soixantaine de morts et de nombreux blessés, mais ne peuvent résister aux soldats qui les chargent à la baïonnette. Ils se dispersent dans les marais.
Les Seminoles restent insaisissables. Le général Thomas S. Jesup fait emprisonner à Fort Marion le père du jeune chef Wild Cat afin de d’obliger ce dernier à négocier. Wild Cat exige du général l’engagement qu’en cas de reddition, les Noirs adoptés par les Seminoles ne seront pas réduits à l’esclavage, une assurance que le général ne peut pas lui donner. Isolés dans des marécages infestés d’alligators et de serpents, malades, affamés et comprenant qu’ils ne pourront jamais vaincre les Blancs, certains Seminoles envisagent un compromis. Tandis que le vieux chef Arpeika, qui connaît la traîtrise des Blancs, déconseille toute négociation, Osceola fait en octobre une ouverture de paix. Il arrive à Fort Augustine avec une escorte d’une vingtaine de guerriers. Le général fait aussitôt emprisonner les parlementaires à Fort Marion. Alors que Wild Cat et ses compagnons parviennent à s’enfuir, Osceola mourra en prison le 30 janvier 1838. L’acte de traîtrise du général Jesup ne fait que renforcer la volonté de résistance des Seminoles.
Le général Taylor prend le commandement. Les marécages profonds, la végétation tropicale dense interdisent l’usage des chevaux et de tout équipement lourd, en particulier des canons. Le 25 décembre 1837, quatre cents guerriers du vieux chef Arpeika et de Wild Cat tentent une embuscade aux six cents hommes du général Taylor. Après des heures de fusillade, les Seminoles manquent de munitions et cèdent du terrain. Chargés à la baïonnette, ils finissent par se disperser.
Le général Taylor fait construire à grands frais des fortins qui quadrillent le pays seminole et d’où partent des patrouilles qui s’efforcent de repérer les villages rebelles. Les villages indiens sont systématiquement détruits avec toutes leurs provisions. Des chiens dressés à tuer sont lancés contre les Indiens. Ces "bloodhounds" avaient d’abord été utilisés par les Espagnols contre les Caraïbes aux Antilles, puis dans le sud des Etats-Unis pour donner la chasse aux esclaves en fuite. Parfois les Seminoles réussissent à capturer ces chiens et les dressent à attaquer les soldats.
En juillet 1839, sur la rivière Caloosahatchee, un parti de deux cents guerriers conduits par Bowlegs, s’empare d’un poste de l’armée. En 1841, le général Worth prend le commandement. Avec des effectifs renforcés il poursuit une politique de destruction systématique des Indiens. Pourchassés sans relâche, épuisés, affamés, des Seminoles cèdent au désespoir. On raconte que des femmes étranglent leurs propres enfants et vont combattre et mourir avec les hommes. Le général Worth capture de vieux chefs pacifiques et menace de les pendre si ceux de leur clan ne se rendent pas immédiatement.
Wild Cat fait sa reddition en 1841 avec deux cents des siens qui sont aussitôt mis aux fers et conduits vers l’Ouest. Le chef Bowlegs se rend l’année suivante pour épargner la vie de ceux qui le suivent. Ils auront plus de chance : le gouvernement leur permet de rester en Floride et leur concède un peu de terre. Ainsi de terminait cette guerre atroce, appelée "Seconde Guerre seminole".
Tout n’était pas cependant terminé. En 1855, les ingénieurs de l’armée venus effectuer des travaux de drainage dans les marais de Big Cypress saccagent des plantations appartenant au clan de Bowlegs, volant les récoltes, pillant les habitations. Devant le refus hautain des Blancs de faire des excuses et d’indemniser les Indiens, les guerriers lancent des raids contre les plantations des colons, incendiant des fermes. Des Seminoles viennent du Territoire Indien pour calmer les choses. En 1858, ils parviennent à convaincre Bowlegs et une centaine de personnes d’émigrer vers l’Ouest. Ainsi se terminait ce qu’on a appelé la "Troisième Guerre seminole".
Tous les Seminoles ne sont pas partis. Environ cent cinquante d’entre eux rejoignent au cœur des marais des Everglades ceux d’Arpeika, ceux qui ne se rendront jamais.
En 1859, le gouvernement déclare terminées les guerres de Floride. Elles avaient coûté dix-neuf millions de dollars et mobilisé quarante mille soldats réguliers, sans compter les volontaires, pour venir à bout de deux mille guerriers et pour aboutir à la déportation de trois mille cinq cents Seminoles. Les Indiens avaient eu au moins deux mille morts, sans compter ceux qui avaient trouvé la mort sur leur "Piste des Larmes", les routes de l’exil vers l’Ouest qui avaient vu périr environ un quart des déportés.