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1866-1868
Conflit conduit par le chef lakota Red Cloud afin de protéger les territoires de chasse traditionnels de la vallée de la Powder River. C’est la seule fois où les Indiens remportent une guerre contre les Américains.
A la nouvelle du massacre des Cheyennes à Sand Creek en 1864, les nations indiennes des Plaines se soulèvent contre les colons et l'armée américaine. Dans l'été 1865, les Indiens repoussent les trois colonnes de soldats commandées par le général Patrick E. Connor qui tentaient d'envahir leur territoires de chasse de la vallée de la Powder River.
En juin 1866, un conseil de paix se tient à Fort Laramie entre les Lakotas, les Cheyennes du Nord et les délégués du gouvernement. Les Blancs demandent aux Indiens l’autorisation de traverser le pays de Powder River par la Piste Bozeman afin d’accéder aux terrains aurifères du Montana. Le colonel Henry B. Carrington arrive avec des troupes pour construire des forts afin de protéger la piste. Red Cloud s’insurge : "Le vénérable père de Washington nous envoie des présents et nous demande d’accepter qu’une nouvelle route traverse le pays. Or le chef-soldat vient avec ses hommes pour nous voler les terrains qui doivent servir de passage à la route avant même que les Indiens aient pu dire oui ou non !" Les Lakotas quittent le conseil, décidés à empêcher les Blancs de s’installer dans la vallée de Powder River. En juillet, à partir de Fort Reno, Carrington fait construire Fort Phil Kearny. Red Cloud organise la résistance à l'invasion des Blancs. Les campements lakotas et cheyennes sont entièrement tournés vers l'effort de guerre. Des chasseurs assurent le ravitaillement des camps de guerre. Les "traine-autour-du-fort" servent d'espions et fournissent des munitions aux combattants. Pendant tout l’été, les Indiens harcèlent les soldats de Carrington. En août, les soldats ont construit un nouveau fort sur la Bighorn River : Fort C.F. Smith.
Le 6 décembre, une centaine de guerriers conduits par Red Cloud et Crazy Horse parviennent à faire sortir les soldats de Fort Phil Kearny conduits par Carrington qui se replient de justesse en laissant plusieurs morts sur le terrain. Crazy Horse décide d’une action d’envergure contre Fort Phil Kearny.
Au matin du 21 décembre, par un froid glacial, Crazy Horse dissimule près de deux mille guerriers, des Lakotas, des Arapahos et des Cheyennes le long de Peno Creek, un petit affluent de la Tongue River. A quelque distance du fort, un petit groupe de guerriers feint d’attaquer une corvée de bois afin d’attirer les soldats hors du fort. Dès les premiers coups de feu, le capitaine William J. Fetterman demande l’autorisation au colonel Carrington de se porter au secours des bûcherons.
C’est un jeune officier ambitieux qui raconte partout qu’"avec seulement quatre-vingt hommes, il pourrait venir à bout de la nation sioux toute entière". Cinquante fantassins suivent les trente cavaliers. Fetterman a reçu l’ordre formel de ne pas poursuivre les Indiens au-delà de la crête de Lodge Trail Ridge et de rester en vue du fort.
Sur une pente enneigée, Fetterman aperçoit quelques Indiens. Il s’agit de Crazy Horse, du chef cheyenne Little Wolf et de huit guerriers qui cherchent à les attirer vers le piège tendu. Les Indiens sont à portée et semblent en difficulté. Depuis le fort, Carrington fait tirer deux coups de canon. Fetterman se lance immédiatement à la poursuite des Indiens qui font mine de s'enfuir. Il se laisse entraîner peu à peu au-delà de Lodge Trail Ridge. Les soldats rejoignent les fuyards sur les bords de Peno Creek. Soudain, deux mille Indiens à cheval se découvrent et chargent le détachement. Les soldats encerclés se réfugient au sommet d’une colline verglacée et cherchent à s'abriter derrière de gros rochers. Malgré une résistance acharnée, les quatre-vingt hommes de Fetterman sont tués jusqu’au dernier. Tous sont scalpés et mutilés.
Le colonel Carrington arrivé sur les lieux ne peut que constater l’étendue du désastre. Il envoie un cavalier chercher du secours à Fort Laramie à près de quatre cents kilomètres à travers une région tenue par les Indiens. Manquant de vivres, harcelée sans répit par les Sioux, la garnison de Fort Phil Kearny restera totalement isolée au plus fort de l’hiver. Le colonel Carrington, jugé responsable du massacre, sera destitué.
Cette grande victoire indienne, connue sous le nom de "Bataille des Cent dans la main" par les Indiens et de "Massacre Fetterman" par les Blancs, impressionnera beaucoup l’opinion publique américaine et incitera le gouvernement à négocier avec les Lakotas et leurs alliés.
Encouragés par leur victoire sur le détachement du capitaine Fetterman, les Cheyennes du Nord choisissent d’attaquer Fort C.F. Smith.
Les soldats, qui font provision de fourrage à quelques kilomètres de Fort C.F. Smith, ont construit un vaste enclos de troncs d’arbres. Ils s’y retranchent rapidement lorsque les six cents cavaliers cheyennes lancent leur attaque. Les vingt défenseurs sont dotés depuis peu de fusils Springfield à répétition. L’attaque indienne se brise sous le feu nourri et meurtrier des Blancs. Les Indiens mettent le feu à la prairie, mais le vent tourne et l’incendie s’éteint avant d’atteindre les positions des soldats. Un nouvel assaut mené à pied échoue également. Les Indiens, qui n’ont pu enlever la position, décrochent quand des renforts arrivent du fort. Ils laissent une soixantaine de morts sur le terrain. Les soldats n’ont eu que trois tués et quatre blessés.
Les guerriers de Red Cloud décident de porter un nouveau coup aux soldats assiégés dans Fort Phil Kearny.
Le 31 juillet, le major James W. Powell conduit un convoi de chariots bâchés à huit kilomètres du fort pour effectuer une coupe de bois. Il fait mettre les chariots en cercle pour abriter les mules pendant la nuit.
Red Cloud qui ne doute pas de pouvoir facilement balayer la cinquantaine de soldats a rassemblé six cents guerriers lakotas et cheyennes. Les femmes et les enfants viennent même assister au spectacle depuis une colline.
Crazy Horse est chargé d’attaquer le camp de tentes situé à quelque distance de l’enclos de chariots pendant que Red Cloud doit tendre une embuscade aux soldats qui sortiront du fort.
Le matin du 2 août, les guerriers de Crazy Horse investissent le camp des soldats et capturent les mules de bât. Les soldats reculent jusqu’au cercle de chariots permettant aux bûcherons de regagner le fort. L’attaque du fort a échoué car les soldats ne sont pas sortis. Red Cloud décide alors une attaque massive contre les chariots. Bien à l’abri derrière les chariots renversés les trente-six hommes de Powell ont eu le temps de renforcer leur position. Ils sont armés de fusils Springfield. La charge des Indiens est terrible, mais le feu roulant des assiégés empêche les assaillants de pénétrer dans le cercle des chariots. Malgré les conseils de prudence de Crazy Horse, Red Cloud, furieux de tant de résistance, ordonne une autre charge. Elle se brise sous le tir précis des défenseurs. Les Indiens mènent un nouvel assaut à pied, rampant jusqu’à la barricade, mais ils sont repoussés. Finalement, les guerriers décrochent impressionnés par tant de résistance.
Les Indiens ont à déplorer la mort de plus de soixante des leurs dans cet assaut. Les Blancs qui n’ont eu que cinq morts prétendirent que les pertes indiennes se seraient montées à mille cent trente sept alors que moins de sept cents y participèrent.
En septembre 1867, les délégués du gouvernement conduits par le général William T. Sherman arrivent à Fort Laramie pour tenir un conseil de paix. Red Cloud refuse de s’y rendre tant que les Blancs n’auront pas évacué la vallée de la Powder River. Les guerriers de Red Cloud continuent à assiéger les forts sur la piste Bozeman.
Les soldats abandonnent les forts l’été suivant. Les Sioux brûlent Fort Phil Kearny, les Cheyennes mettent le feu à Fort C.F. Smith.
Le 6 novembre 1868, Red Cloud accepte de signer en position de vainqueur le traité de Fort Laramie garantissant aux Sioux, aux Cheyennes et aux Arapahos l’intégrité de leur territoire traditionnel. Après la signature du traité de Fort Laramie, Red Cloud dépose définitivement les armes.