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24 variations composées en 1934, un siècle après Paganini et Brahms: un bouquet final plein d'humour et d'inventivité.
«Cette Rhapsodie constitue en fait le cinquième concerto de l’auteur. Elle donne l’impression d’avoir été composée avec une assurance absolue, dans un brûlant accès d’inspiration et sans hésitations ni doutes ». Elle a d’ailleurs été écrite en un mois et demi. (Sa durée 23 minutes, 34 secondes, soit, en moyenne, moins d’une minute par variation.)
Les sources de son inspiration : le vingt-quatrième caprice de Paganini composé 115 ans auparavant et… une mélodie grégorienne ‘le Dies irae’ du treizième siècle, soit 700 ans auparavant.
Les textes entre guillemets ont été empruntés au commentaire écrit par Felix Aprahamian pour le CD Decca 417 702-2, 1987, traduit par G. Lagraffe.
Lire sa biographie dans la présente encyclopédie en ligne.
en recherchant dans Larousse.fr 'Paganini' et puis 'le 24e caprice' ou cliquant sur le premier lien internet ci contre.
Le site Youtube (par le lien internet ci contre) présente une interprétation en 3 parties.
La comparaison faite en début d’article avec un concerto se base notamment sur la différence de rythme qui répartit les variations en 3 séries :
De 1 à 11 : un Rapide et Vif qui se termine par un Modéré.
De 12 à 18, un tempo plus lent qui se termine par un Modéré chantant (expressif).
De 19 à 24, un tempo plus vif qui trouve une conclusion solennelle dans la dernière variation.
Si l’œuvre se déroule dans son ensemble avec beaucoup d’entrain sur le thème très connu du 24ème caprice, le compositeur, tel un orfèvre, a ciselé chacune des variations avec une très grande originalité, dans une ambiance très moderne, se démarquant ainsi de ses prédécesseurs d’un siècle avant lui.
L’œuvre débute par une introduction orchestrale lente mais dans une ambiance de musique de film américain.
Très vite, « l’énoncé du thème est alors confié aux violons légèrement renforcés par le piano, puis aussitôt au piano renforcé par les violons » (tous les passages entre guillemets sont repris à l’ouvrage cité ci-dessus) et par d’autres instruments, chacun seul d’abord, et puis par l’orchestre, le tout sur un rythme enlevé. « Rachmaninov fait preuve d’une richesse d’invention magistrale en soumettant la mélodie de Paganini aux procédés habituels d’inversion, d’augmentation et de diminution, et la présentant assortie de formules rythmiques différentes et d’une grande variété de texture pianistiques et orchestrales. » Des ambiances très variées, en effet : une valse sereine, du suspense, des interludes très doux au piano et notamment dans les notes aiguës, ainsi qu’un jeu complexe et diversifié de l’ensemble de l’orchestre.
« Dans deux variations la mélodie grégorienne du Dies irae fait une apparition significative: tout d’abord dans la variation 7 (sous une forme harmonisée (ce sont les accords d’accompagnement du vingt-quatrième caprice qui jouent la mélodie du Dies irae), puis dans la 10ème variation énoncée par le piano en simples octaves» et auquel l’orchestre répond avec vivacité.
« Ensuite une mystérieuse variation, la seizième, nous envoûte à nouveau avec le violon solo et le filigrane décoratif du piano» ainsi qu’avec le soutien discret d’instruments solo, chacun à leur tour.
« Peu nombreux sont les auditeurs qui ne seront pas déjà familiers avec la radieuse variation 18, un lancinant nocturne basé sur une inversion du thème ». En effet, en renversant sur la partition le dessin que forment les notes du vingt-quatrième caprice, Rachmaninov découvre une toute nouvelle mélodie, et nous la joue, chantonnée d’abord au piano, puis reprise en chœur par l’orchestre, et ce avec beaucoup de douceur .
Pour comprendre l’inversion évoquée ci-dessus, voici d’abord la partition du vingt-quatrième caprice de Paganini :
Et voici ensuite la variation 18 de Rachmaninov qui renverse le dessin des notes sur la partition :
Cette nouvelle mélodie constitue en fait une belle trouvaille de la part du compositeur en raison de son caractère chantant et poétique. Cette mélodie a remporté un fameux succès à elle seule, mais aussi parce qu’elle a pu suivre son petit bonhomme de chemin, indépendamment de la Rapsodie en inspirant de nombreuses musiques de films.
Lors de la dix-neuvième variation, un dialogue saccadé du piano avec l’orchestre crée une atmosphère pleine d’un suspense progressif et ce, jusqu’à l’entrée en scène de percussions qui viennent dramatiser l’ambiance davantage encore (en ponctuant la mélodie de doubles coups de semonces). On entend ensuite le vent qui souffle et à la fin de la variation un jeu de clochettes. Rachmaninov ne peut s’empêcher d’émailler certaines œuvres de sons qui évoquent les carillons.
« L’œuvre culmine dans une courte variation finale à allure de toccata, où le Dies irae apparaît encore une fois ’pesante’ interprété par les cuivres juste avant la brillante coda et la cadence finale, marquée ‘piano’. »
Dès le début, l’œuvre montre une conception très moderne de la composition notamment par son rythme, mais aussi par l’utilisation des nombreuses possibilités que permet l’orchestre dans une atmosphère début 20ème siècle, soit près d'un siècle après les compositions de Paganini et de Brahms. Le dépaysement est garanti. Une exploitation très variée du thème par chacun des instruments d'abord et puis par l'orchestre dans son ensemble. Quelle émotion de se sentir submergé par une richesse nouvelle et inattendue!
On peut également se poser la question : que diable vient faire dans cette Rhapsodie la musique du ‘Dies irae’ ?
En raison des paroles qui accompagnent ce thème dans le répertoire grégorien du 13ème siècle, ‘Jour de colère que ce jour-là’, cette mélodie, pourtant simple (une descente en légers zigzags en quelque sorte) a traversé les siècles pour évoquer chaque fois une atmosphère grave et triste.
Rachmaninov pourrait avoir voulu donner au caprice une toile de fond qui par l’effet de contraste met en valeur le thème créé par Paganini, qui, lui, exulte dans une atmosphère bien plus joyeuse.
Ou bien a-t’il voulu lancer une sorte de clin d’œil aux auditeurs qui se souviennent de ce que le Dies irae a également été la base de variations telles que les ont écrites Mozart, Liszt (dans la Danse macabre), Berlioz (dans sa Symphonie fantastique)… ?
Ou bien, enfin, en cherchant une explication musicale, lors d’une écoute attentive, ne découvre-t’on pas que (première section, 3’ 50) l’accompagnement qui joue des notes sur les temps forts du thème du vingt-quatrième caprice devient tout à coup une autre mélodie, simple et intemporelle, celle du Dies irae qui apparaît de façon plus claire alors que s’estompe la mélodie du vingt-quatrième caprice ?
Dans l’étude de 37 pages que Vincent Pallaver a édité sur Internet, Cullshaw prétend que c’est dans la variation 23 que Rachmaninov montre le lien manifeste qu’il a découvert entre les premières notes du Dies irae et la seconde phrase du thème de Paganini.
Quelques années après sa composition, Rachmaninov dira lui-même qu’il a voulu faire revivre la légende selon laquelle Paganini aurait vendu son âme au diable en échange de la perfection de son art, mais aussi pour s’obtenir les grâces d’une femme dont il s’était épris.
Et si dans les variations de 11 à 18, le thème de Paganini est développé de façon douce et poétique, et s’il réapparaît une dernière fois dans les 12 premières mesures de la 23e variation, c’est aussitôt pour être submergé et anéanti par un finale solennel dans lequel de Dies irae proclame la victoire manifeste du Diable.
A l’auditeur d’estimer si ce type de création musicale laisse transparaître encore les tendances sombres et dépressives de la personnalité de Rachmaninov, ou bien si l’on peut deviner un humour certain, une exaltation née de la découverte de quelques belles finesses musicales et un enthousiasme, en les faisant miroiter dans une composition riche et enlevée.