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RONDEL, RONDEAU

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RONDEL, RONDEAU
Publié le:15/11/2008

[DE LA POËSIE: Petit traité de prosodie]


 

 

RONDEL, RONDEAU:

 

 

 

S. M. (Ron-dèl, ron-do), de rond (latin rotendus...), par analogie à la ronde (tourner en rond, autour de quelqu'un, de quelque chose...), et ce du fait que le premier mot de la première stance, en donnant le refrain, terminait les suivantes, rimant ou non, comme un retour au point de départ...

 

 

PROSODIE:

 

– Poëme composé, primitivement, de deux ou trois stances sur deux rimes, d'une longueur inégale et variable, dont les deuxième et troisième se terminent par un refrain composé du premier mot, ou de plusieurs... du premier vers.

 

– Avec le temps, et selon l'inspiration des poëtes, cette règle première, aléatoire, se modifia jusqu'à donner le rondeau parfait*, parfaitement illustré par Clément Marot...

 

 

MUSIQUE:

 

– Mélodie, instrumentale ou vocale, construite à l'exemple du poëme du même nom. Son origine n'est autre que l'accompagnement du rondel, ou rondeau, chanté, par un ou plusieurs instruments.

 

Ne pas confondre avec RONDO, son orthographe italienne, qualificatif ordinaire du dernier mouvement, vif et brillant, des sonates et des symphonies classiques, qui vinrent en France dans les bagages (?) de Christoph-Willibald von GLUCK [Weidenwangen (Haut-Palatinat), 1714 - Vienne (Autriche), 1787].

 

Louis-Nicolas BESCHERELLE:RONDO. s. m. Mus. Forme italienne que l'on emploie de préférence au mot rondeau, quand il s'agit d'une partie de symphonie. Un rondo de Haydn, de Mozart.

 

Émile LITTRÉ:RONDO (ital. rondo),sm. Voy. RONDEAU, en musique.

 

Pierre LAROUSSE:RONDO s. m. (ron-do – forme italienne du mot rondeau). Mus. Se dit pour RONDEAU.

 

LE ROBERT (1991): RONDO n. m. En musique. Pièce brillante servant de finale, dans la sonate et la symphonie classiques. Des rondos de Mozart.

 

 

ARCHITECTURE:

 

– Nom courant de l'astragale, moulure qui se compose, généralement, d'un tore et d'un listel, et se trouve à la jonction du fut et du chapiteau d'une colonne. Ce motif orne également le nez de marches d'escaliers et sert, ordinairement, à la décoration de l'architrave, comme à celle des lambris et du chambranle des embrasures et des cheminées.

 

– Bassin d'une fontaine, quand il est de forme ronde.

 

ARMES:

 

– Anneaux en forme de bourrelet, comme sur les colonnes, et qui servaient de renfort et d'ornement sur les canons d'autrefois, généralement au nombre de trois: astragale de lumière, astragale de ceinture, astragale de volée.

 

– Moulure arrondie ornant parfois la garde de l'épée, et qui forme alors la partie inférieure de l'embase du pommeau.

 

 

TECHNIQUE:

 

– Pelle en bois, plate, à long manche souple, servant à enfourner le pain.

 

– Planche ronde sur laquelle les pâtissiers dressent les pains bénits.

 

– Cordon en cuivre, le plus souvent en fer aujourd'hui, qui se situe en haut des barreaux d'un balcon, d'une grille, d'une rampe...

 

– Disque de bois, ou de plâtre, qui sert à l'ébauche des pièces.

 

– Disque en terre réfractaire qui supporte les pièces à cuire dans les cazettes.

 

– Peau taillée en rond qui sert à garnir un crible.

 

– Plaque ronde en métal sur laquelle l'opticien façonnait les verres plans.

 

– Pierre, ou meule, sur laquelle l'horloger use les bords des verres de montre.

 

 

CITATIONS:

 

Blanche com lys, plus que rose vermeille,

Resplendissant com rubis dOriant,

En remirant vos biauté non pareille,

Blanche com lys, plus que rose vermeille,

 

Suy si ravis que mes cuers toudis veille

Afin que serve à loy de fin amant,

Blanche com lys, plus que rose vermeille,

Resplendissant com rubis d'Oriant.

 

[Guillaume de MACHAULT (1300? - 1377?)]

 

 

 

Mon coer s'esbat en oudourant la rose

Et s'esjoïst en regardant ma dame:

Trop mieulz me vault l'une que l'autre chose,

Mon coer s'esbat en oudourant la rose.

 

L'oudour m'est bon, mès dou regart je n'ose

Juer trop fort, je le vous jur par m'ame;

Mon coer s'esbat en oudourant la rose

Et s'esjoïst en regardant ma dame.

 

[Jehan FROISSART (Valenciennes, 1337? - ?, après 1400)]

 

 

CHANÇON

 

Espoir, confort des maleureux,

Tu m'estourdis trop les oreilles

De tes promesses nompareilles,

Dont trompes les cueurs doloreux.

 

En amusant les amoureux

Et faisant baster(1) aux corneilles,

Espoir, confort des malheureux,

Tu m'estourdis trop les oreilles.

 

Ne soies plus si rigoreux:

Mieux vault qu'à raison te conseilles,

Car chascun se donne merveilles,

Que n'as pitié des langoreux

Espoir, confort des maleureux.

 

 

******************************

 

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye,

Et s'est vestu de brouderie,

De soleil luyant, cler et beau.

 

Il n'y a beste, ne oyseau

Qu'en son jargon ne chante ou crie:

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye.

 

Riviere, fonteine et ruisseau

Portent en livree jolie

Gouttes d'argent, d'orfavrerie;

Chascun s'abille denouveau:

Le temps a laissié son manteau.

 

[Charles d'ORLÉANS (Paris, 1391 - 1465)]

 

 

LAY, ou plustost, RONDEAU

 

Mort, j'appelle de ta rigueur,

Qui m'as ma maistresse ravie,

Et n'es pas encore assouvie,

Si tu ne me tiens en langueur,

Depuis n'eu force ne vigueur.

Mais que te nuysoit elle en vie,

                 Mort?

 

Deux estions, & n'avions qu'un cueur:

S'il est mort, force est que devie(2),

Voire(3), ou que je vive sans vie,

Comme les images par cueur,

                 Mort.

 

 

 

[François VILLON (Paris, 14321 - 1465?)]

 

 

Coëffé d'un froc bien rafiné

Et revêtu d'un doyenné

Qui lui rapporte de quoi frire,

Frère René devient messire

Et vit comme un déterminé.

 

Un prélat riche et fortuné,

Sous un bonnet enluminé,

En est, s'il faut ainsi le dire,

             Coëffé.

 

Ce n'est pas que frère René

D'aucun mérite soit orné;

Qu'il soit docte, qu'il sache écrire;

Ni qu'il dise le mot pour rire;

Mais c'est seulement qu'il est né

          Coëffé.

 

[Claude de MALLEVILLE (Paris, 1597 - 1647)]

 

 

Entre deux draps de toile belle & bonne,

Que très-souvent on rechange, on savonne,

La jeune Iris au cœur sincere & haut,

Aux yeux brillans, à l'esprit sans défaut,

Jusqu'à midi volontiers se mitonne.

 

Je ne combats de goût contre personne;

Mais, franchement, sa paresse m'étonne:

C'est demeurer seule plus qu'il ne faut,

               Entre deux draps.

 

Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,

Le traistre amour rarement le pardonne:

À soupirer on s'exerce bientôt.

Et la vertu soutient un grand assaut

Quand une fille avec son cœur raisonne,

               Entre deux draps.

 

[Antoinette DESHOULIÈRES (Paris, 1637 - 1694)]

 

 

 

HISTOIRE ENCYCLOPÉDIQUE:

 

 

Avant tout, deux mots sur RONDEL et RONDEAU: Contrairement à ce que prétendent certains "magisters" et autres, qui firent une Découverte au cours du siècle dernier et, de ce fait, entendent en remontrer, sans doute, aux Maîtres en Dictionnaire cités ci-dessous, RONDEL et RONDEAU ne sont qu'une seule et même forme poëtique: RONDEL, comme BEL pour BEAU, est tout simplement l'orthographe première de RONDEAU...

 

 

Gilles MÉNAGE (Angers, 1613 - 1692)

 

RONDEAU. Sorte de Poësie. Charles Fontaine, dans son Art Poëtique François, livre 2, chap. 3. Le Rondeau est ainsi nommé de sa forme. Car tous ainsi qu'au cercle, que le François appelle rondeau, après avoir discouru toute la circonférence, on rentre tousiours au premier point duquel le discours avoit été commencé: ainsi au Poëme dit Rondeau, après avoir tout dit, on retourne tousiours au premier carme, ou hémistiche, pris en son commencement. M.

 

 

Antoine FURETIÈRE (1619 - 1688):

 

– RONDEAU. f. m. Bassin d'une fonteine de figure ronde. Le rondeau du Palais Royal est fort grand.

 

– RONDEAU, est une espece de Poësie ancienne composée de treize vers, dont il y a huit d'une rime, & cinq de l'autre. Il est divisé en trois couplets, & à la fin du second ou du troisième, le commencement du Rondeau est repeté en sens equivoques, s'il est possible. Il y a de fort beaux Rondeaux dans Marot & dans Voiture.

 

– RONDEAU, en Musique, est une espece de refrain, quand à la fin d'un couplet on en repete le commencement.

 

 

 

Denis DIDEROT (1713 - 1784):

 

 

RONDEAU, f. m. (Poësie franç.) le rondeau est un petit poëme d'un caractère ingénu, badin & naïf; ce qui a fait dire à Despréaux:

 

Le rondeau né gaulois a la naïveté.

 

Il est composé de treize vers partagés en trois strophes inégales sur deux rimes, huit masculines & cinq féminines, ou sept masculines & six féminines.

Les deux ou trois premiers mots du premiers vers de la premiere strophe servent de refrain, & doivent se trouver au bout des deux strophes suivantes, c'est-à-dire que le refrain doit se trouver après le huitieme vers & le treizieme. Outre cela, il y a un repos nécessaire après le cinquieme vers.

 

L'art consiste de donner aux vers de chaque strophe un aire original & naturel, qui empêche qu'il ne paroissent faits exprès pour le refrain, auquel ils doivent se rapporter comme par hazard.

 

La troisieme strophe doit être égale à la premiere, & pour le nombre des vers & pour la disposition des rimes.

 

La seconde strophe inégale aux deux autres ne contient jamais que trois vers, & le refrain qui n'est point compté pour un vers.

 

Ce petit poëme a peut-être bien autant de difficultés que le sonnet; on y est plus borné pour les rimes, & on est de plus assujetti au joug du refrain; d'ailleurs cette naïveté qu'exige le rondeau n'est pas plus aisée à attraper que le style noble & délicat du sonnet.

Les vers de huit & de dix syllabes sont presque les seuls qui conviennent au rondeau. Les uns préfèrent ceux de huit, & d'autres ceux de dix syllabes; mais c'est le mérite du rondeau qui seul en fait le prix. Son vrai tour a été trouvé par Villon, Marot & S. Gelais. Ronsard vint ensuite qui le méconnut; Sarrazin, la Fontaine & madame Deshoulières surent bien l'attraper, mais ils furent les derniers. Les poëtes plus modernes méprisent ce petit poëme, parce que le naïf en fait le caractère, & que tout le monde aujourd'hui veut avoir de l'esprit qui brille & qui pétille.

 

Après avoir donné les regles du rondeau, je vais en citer un exemple qui contient ces regles mêmes. [Voir citation (Vincent VOITURE: Ma foi c'est fait de moi:)]

 

Plusieurs lecteurs aimeront sans doute autant ce rondeau-ci de madame Deshoulières, dont le refrain est entre deux draps. [Voir citations ( Antoinette DESHOULIÈRES)]

 

 

Jean-François-Michel NOËL [1755 - 1841 (Dictionnaire étymologique... t. 2 - 1839)]:

 

RONDEAU, s. m. Cette petite pièce de vers, d'origine française,

 

Le rondeau, né gaulois, a la naïveté,

 (BOILEAU.)

 

a été ainsi nommée, selon Ménage, de sa forme, parce qu'on retourne toujours au premier vers, comme dans un rond ou cercle.

 

"Le rondeau est fait en mode circulaire; car, après son discours, il revient reprendre son commencement, et a trois couplets, dont après le second et le tiers (le troisième) couplets se reprend et répète le vers premier du premier couplet, ou à demi, ou entier." CH. FONTAINE, Abréviation de l'Art poétique, page 244, Lyon, 1576.

 

Les premiers rondeaux, dont parle notre histoire littéraire, ont été composés par Venceslas de Luxembourg, duc de Brabant, et recueillis par Jean Froissard, l'historien, qui fit aussi des rondeaux, des virelais* et des ballades* vers la fin du 14e siècle.

 

Villon est le premier qui ait trouvé le vrai rondeau, et qui l'ait asservi à des refrains réglés. On en trouve de très-jolis dans Marot et dans Saint-Gelais.

 

On attribue à Chapelle (Ami très proche de La Fontaine...) le suivant, sur les Métamorphoses d'Ovide, tournées en rondeaux par Benserade.

 

(Le texte de cette première version, ayant ma préférence, diffère assez de celle que donnera Pierre Larousse dans son GDU...)

 

À la fontaine où s'enivre Boileau,

Le grand Corneille et le sacré troupeau

De ces auteurs que l'on ne trouve guère,

Un bon rimeur doit boire à pleine aiguière,

S'il veut donner un bon tour au rondeau:

 

Quoique j'en boive aussi peu qu'un moineau,

Cher Benserade, il faut te satisfaire,

T'en écrire un... Hé! c'est porter de l'eau

             À la fontaine.

 

De tes rondeaux un livre tout nouveau

À bien des gens n'a pas eu l'art de plaire;

Mais, quant à moi, j'en trouve tout fort beau,

Papier, dorure, images, caractère,

Hormis les vers qu'il fallait laisser faire

             À La Fontaine.

 

Nous avons eu aussi des rondeaux redoublés composés de cinq quatrains, dont les quatre derniers se terminaient successivement par un vers du premier; mais nos poètes modernes ont abandonné l'un et l'autre, probablement parce que le naïf en fait le caractère, et que tout le monde aujourd'hui veut avoir de l'esprit.

 

 

Émile LITTRÉ (1801 - 1881):

 

– RONDEAU (rond), sm. Petit poème nommé aussi triolet, dans lequel le premier ou les premiers vers reviennent au milieu et à la fin de la pièce. ¦Petit poème particulier à la poésie française, composé de treize vers coupés par une pause au cinquième et une au huitième, dont huit sont sur une rime et cinq sur une autre; le premier mot ou les premiers mots se répètent après le huitième vers et après le dernier sans faire partie des vers.¦Improprement, petite pièce de poésie qu'on met ordinairement en musique, et dont le premier vers ou les premiers vers sont répétés à la fin. ¦En mus. Rondeau ou rondo, air dont le thème principal se reprend plusieurs fois. ¦Une des parties de la sonate.

 

 

Louis-Nicolas BESCHERELLE (1802 - 1884):

 

 

RONDEAU. s. m. (du fr. rond, parce qu'on retourne toujours au premier vers, comme dans un rond en cercle). Petite pièce de poésie, composée de treize vers sur deux rimes, avec une pause au cinquième et une au huitième, et dont le premier mot ou les premiers mots se répètent après le huitième vers et après le dernier, sans faire partie des vers. Les premiers rondeaux dont parle notre histoire littéraire ont été composés par Venceslas de Luxembourg, duc de Brabant, et recueillis par Froissart. Villon est le premier qui ait trouvé le vrai tour du rondeau, et qui l'ait asservi à des refrains réglés. Nos poètes ont entièrement abandonné ce genre de poésie. Le rondeau, né gaulois, à la naïveté. (Boil.)

 

Marot bientôt après fit fleurir les ballades,

À des refrains réglés asservit les rondeaux.

(Boileau.)

 

Rondeau simple. Petite pièce de vers composée de deux quatrains séparés par un distique; le tout sur deux rimes, une masculine et une féminine, avec un refrain qui se mettait au commencement, et se répétait après le distique et après le deuxième quatrain.

 

Rondeau double. Nom qu'on donnait autrefois à ce qu'on appelle aujourd'hui simplement rondeau.

 

Rondeau redoublé. Pièce de poésie de vingt vers, disposés par cinq quatrains, en sorte que les quatre vers du premier quatrain font l'un après l'autre le dernier vers des autres quatrains. Le cinquième de ces quatrains doit être suivi de la répétition du premier mot ou de l'hémistiche du premier vers de l'ouvrage.

 

– Se dit improprement d'autres petites pièces de poésie qu'on met ordinairement en musique, et dont le premier vers ou les premiers vers sont répétés à la fin.

 

– Mus. Air à deux ou plusieurs reprises, dans lequel, après chaque reprise, on recommence la première avant de passer à celle qui suit, et qu'on termine par cette même première reprise. Chanter un rondeau. Exécuter un rondeau. Rondeau d'opéra comique. Gluck fut le premier qui introduisit le rondeau en France, dans son opéra d'Orphée.

 

– Archit. Nom qu'on a donné à l'astragale.

 

– Anc. hydraul. Se disait du bassin d'une fontaine, quand il était rond.

 

 

Pierre LAROUSSE (1817 - 1875):

 

RONDEAU s. m. (ron-do – rad. rond, à cause du retour du refrain). Littér. Pièce de huit, treize ou vingt-quatre vers sur deux rimes, avec certaines répétitions obligées: Pour amuser son public, M. Scribe a mis l'histoire universelle en vaudeville, comme Benserade a mis l'histoire romaine en RONDEAUX. (P. de St-Victor.)

 

Tout poëme est brillant de sa propre beauté:

Le rondeau, né gaulois, a la naïveté.

(BOILEAU)

 

Ma foi, c'est fait de moi, car Isabeau

M'a conjuré de lui faire un rondeau.

(Voiture)

 

¦Rondeau simple, Pièce de vers sur deux rimes, composée de trois stances avec répétition des premiers mots de la première dans chacune des autres. ¦Rondeau redoublé, Pièce de vingt vers en cinq stances de quatre vers, chacune des quatre dernières se terminant successivement par un des quatre vers de la première, et la dernière étant suivie de la répétition du premier ou des premiers mots de la pièce.

 

– Mus. Air à deux ou plusieurs reprises, dans lequel, à chaque reprise, on recommence la première avant de passer à la suivante, le tout se terminant par cette même première reprise.¦Nom de la dernière partie d'une sonate. On écrit aussi RONDO.

 

– Archit. Nom que l'on donne quelquefois à l'astragale.

 

– Hydraul. Bassin circulaire d'une fontaine. ¦Vieux mot.

 

– Techn. Disque de bois ou de plâtre, d'un diamètre plus ou moins grand, qui sert à l'ébauche des pièces. ¦Disque en terre réfractaire, que l'on met dans les cazettes pour supporter les pièces à cuire. ¦Pelle à enfourner le pain. ¦Peau taillée en rond avec laquelle on garnit un crible. ¦Planche ronde sur laquelle les pâtissiers dressent les pains bénits.

 

¦Plaque ronde en métal sur laquelle l'opticien façonne les verres plans. ¦Meule sur laquelle l'horloger use les bords des verres de montre.

 

– Encycl. Littér. Le rondeau qui fut d'abord en usage, et qui avait quelque ressemblance avec ce qu'on a appelé depuis triolet, se composait de huit vers sur deux rimes, dont le premier est répété après chaque distique et le second à la fin. Le rondeau que plus tard on appela simple se compose de treize vers sur deux rimes. Les premiers mots du premier vers reviennent, sans rimer avec le reste, une fois après le huitième vers et une autre fois après le treizième. Les cinq premiers vers forment comme une stance à part et sont suivis d'un repos. Le rondeau redoublé se compose de six quatrains sur deux rimes. Dans le second, le troisième, le quatrième et le cinquième quatrain, il faut enchâsser un vers complet du premier. Quant au sixième, il se termine par les premiers mots du vers qui commence la pièce.

 

Citons d'abord deux rondeaux du XIVe siècle. Le premier est de Guillaume de Machault, le second de Froissart [Voir citations]:

 

 

Charles d'Orléans ne s'est pas astreint à une règle uniforme dans ses charmants rondeaux.

 

Allez-vous-en, allez, allez,

Soussi, soing et merencolie,

Me cuidez(4)-vous, toute ma vie,

Gouverner, comme fait avez?

 

Je vous promet que non ferez;

Raison aura sur vous maistrie:

Allez-vous-en, allez, allez,

Soussi, soing et merencolie.

 

Se jamais plus vous retournez

Avecques vostre compaignie,

Je pri à Dieu qu'il vous maudie

Et ce par qui vous reviendrez:

Allez-vous-en, allez, allez.

 

Arrivons au rondeau tel que l'a fait Marot, bien qu'on en trouve avant lui de plusieurs poëtes, notamment de Henri Baude. Celui que nous allons donner est regardé comme une des meilleures pièces de maître Clément.

 

 

L'AMOUR AU BON VIEULX TEMPS.

 

Au bon vieulx temps, ung train d'amour regnoit,

Qui, sans grand art et dons se demenoit,

Si qu'un boucquet donné d'amour profonde

C'estoit donner toute la terre ronde,

Car seulement au cueur on se prenoit.

 

Et si par cas à jouyr on venoit,

Sçavez-vous bien comme on s'entretenoit?

Vingt ou trente ans. Cela duroit un monde

          Au bon vieulx temps.

 

Or, est perdu ce qu'amour ordonnoit:

Rien que pleurs fainctz, rien que change on oyt;

Qui vouldra donc qu'à aymer je me fonde,

Il fault premier que l'amour on refonde

Et qu'on la meine ainsi qu'on la menoit

          Au bon vieulx temps.

 

 

Brodeau réplique à ce rondeau par le suivant:

 

Au bon vieulx temps que l'amour par bouquets

Se démenoit, et par joyeux caquets,

La femme étoit trop sotte ou trop peu fine:

Le temps depuis, qui tout fine et affine,

Lui a montré à faire ces aquets.

 

Lors, les seigneurs étoient petits naquets,

D'aux et d'oignons se faisoient les banquets,

Et n'étoit bruit de ruer en cuisine,

          Au bon vieulx temps.

 

Dames aux huis n'avoient clefs ne loquets;

Leur garde-robe étoit petits paquets

De canevas ou de grosse étamine;

Or, diamants on laissoit en leur mine

Et les couleurs porter aux perroquets

          Au bon vieulx temps.

 

L'un des poëtes qui acquirent le plus de réputation dans le rondeau fut Voiture. Il traite gaiement les difficultés de ce petit poëme dans le suivant:

 

Ma foi, c'est fait de moi, car Isabeau

M'a conjuré de lui faire un rondeau.

Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en eau, cinq en ème!

Je lui ferais aussitôt un bateau.

 

En voilà cinq pourtant en un monceau.

Faisons-en huit en invoquant Brodeau,

Et puis mettons, par quelque stratagème:

          Ma foi, c'est fait.

 

Si je pouvois encor de mon cerveau

Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau;

Mais cependant je suis dedans l'onzième,

Et ci je crois que je fais le douzième;

En voilà treize ajustés au niveau.

          Ma foi, c'est fait.

 

Ce rondeau de Voiture a inspiré le suivant, dont on ne connaît pas l'auteur:

 

Ma foi, c'est fait; je ne suis plus moi-même

Depuis trois jours que la belle que j'aime,

En me lisant le rondeau d'Isabeau,

M'a défié d'en faire un aussi beau,

Ce qui me met dans une peine extrême.

 

Comment fournir à tant de vers en ême?

Mais cependant, étant sur le septième,

Plus qu'à demi déjà de ce rondeau,

          Ma foi, c'est fait.

 

Si je pouvais faire encor le neuvième,

Je pourrais bien passer outre au dixième,

Car je conçois l'onzième en mon cerveau.

Si le douzième y revient au niveau,

Je ne suis plus en peine du treizième.

          Ma foi, c'est fait.

 

En lisant ces balivernes, soi-disant inspirées par Apollon, ne se rappelle-t-on pas involontairement ces paroles de Malherbe:

 

"Un poëte n'est guère plus utile à l'État qu'un joueur de quilles?"

 

Le rondeau suivant, que le Père Rapin, dans ses Réflexions sur la poésie, appelle un chef-d'œuvre, a été composé par Malleville contre Boisrobert, qui, comme on le sait, était abbé (Voir citations):

 

 

DEUCALION ET PYRRHA.

 

À coups de pierre ils ne s'attendaient guère

De repeupler l'univers solitaire.

Deucalion et Pyrrha seuls restaient,

Et par dessus leurs têtes ils jetaient,

Non sans horreur, les os de leur grand'mère.

 

Simples cailloux, en langage vulgaire,

Étaient les os; sur la foi du mystère,

Le grand débris du monde ils rajustaient

          À coups de pierre.

 

Tous deux avaient leurs pareils à refaire,

Qui n'était pas une petite affaire.

De leur travail, comme ils s'y comportaient,

Corps, têtes, bras, mains, pieds, jambes sortaient.

Ils firent là ce qu'on ne vois plus faire

          À coups de pierre

 

(BENSERADE)

 

 

Comme un rondeau doit peu lasser,

Et qu'à l'aise on peut entasser

De petits vers une treizaine,

Ici d'une facile veine

J'entreprends de vous les tracer.

 

Mais, à mon âge, de penser

Toute une nuit vous caresser,

Cela ne se fait pas sans peine,

          Comme un rondeau.

 

Mon automne vient de passer,

L'hiver s'apprête à me glacer,

Au moindre effroi je perds haleine;

Tandis que vous, gaillarde Hélène,

Vous aimez à recommencer,

          Comme un rondeau.

 

(LA MONNOYE)

 

 

Puisque nous voilà en veine de bonne humeur, citons le rondeau d'Adam Billaut, le menuisier de Nevers, sur le jus de sarment:

 

Pour te guérir de cette sciatique

Qui te retient, comme un paralytique,

Dedans ton lit, sans aucun mouvement,

Prends-moi deux brocs d'un fin jus de sarment,

Puis lis comment on le met en pratique.

 

Prends-en deux doigts et bien chaud les applique

Dessus l'externe où la douleur te pique,

Et tu boiras le reste promptement,

          Pour te guérir.

 

 

Sur cet avis ne sois point hérétique,

Car je te fais un serment  authentique

Que, si tu crains ce doux médicament,

Ton médecin, pour ton soulagement,

Fera l'essai de ce qu'il communique

          Pour te guérir.

 

 

On sait que Benserade mit en rondeaux les Métamorphoses d'Ovide, et tout le monde s'est accordé à trouver choquant ce travestissement d'un chef-d'œuvre. Mais il ne faut pas oublier, pour l'excuse du poëte, que cette idée ridicule venait de Louis XIV et que tous les caprices qui traversaient la tête de ce roi étaient immédiatement réalisés. Molière lui-même se soumit à cette loi. Du reste, Benserade mit dans ce travail tout l'esprit et l'invention qu'il put. Avec une bonne humeur peu commune en pareille circonstance, il termina son recueil par un Rondeau en errata, qui fait de son ouvrage la meilleure de toutes les critiques. En voici les derniers vers:

 

Pour moi, parmi des fautes innombrables,

Je n'en connais que deux considérables:

C'est l'entreprise et l'exécution,

À mon avis, fautes irréparables

          Dans ce volume.

 

Malgré cet aveu, peut-être peu sincère au fond, Chapelle attaqua les Métamorphoses d'Ovide mises en rondeau parfait d'esprit et de malice (Voir  aussi dans citations):

 

À la fontaine où l'on puise cette eau

Qui fait rimer et Racine et Boileau,

Je ne bois point ou bien je ne bois guère,

Dans un besoin, si j'en avais affaire,

J'en boirais moins que ne fait un moineau.

 

Je tirerai pourtant de mon cerveau

Plus aisément, s'il le faut, un rondeau

Que je n'avale un plein verre d'eau claire

          À la fontaine.

 

De ces rondeaux un livre tout nouveau

À bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire;

Mais, quant à moi, j'en trouve tout fort beau,

Papier, dorure, images, caractère,

Hormis les vers, qu'il fallait laisser faire

          À La Fontaine.

 

[Claude-Emmanuel LUILLIER, dit CHAPELLE (1626 - 1686)]

 

 

Bientôt la vogue du rondeau s'affaiblit, puis cessa tout à fait. Hamilton le constata dans ce rondeau en style marotique:

 

Mal à propos ressuscitent en France

Rondeaux qu'on voit par belles dénigrez;

Mal à propos, selon l'antique usance,

Devant les yeux d'inexperte Jouvence,

Gaulois discours ores se sont montrez.

 

Blondins propos seroient mieux savourez;

Près de tendrons en fleur d'adolescence,

Du vieil Marot vient la fine éloquence

                 Mal à propos.

 

Vous, jeunes gars, bien fringans, bien parez,

Voulez-vous voir les cœurs d'amour navrez?

Quittez rondeau, sonnet, ballade, stance,

En bon français contez-leur votre chance,

Et soyez sûrs que jamais ne viendrez

                 Mal à propos.

 

 

Le rondeau cessa d'exister au XVIIIe siècle. Il a reparu, avec toutes les formes de la versification du XVIe siècle, chez les poëtes de l'école contemporaine, qui l'ont mis en œuvre, dans quelques heures de fantaisie, avec l'habileté d'artiste dont ils sont doués et dont ils abusent quelquefois.

 

– Mus. On comprend que le caractère des phrases poétique sur lesquelles le compositeur échafaude la musique d'un rondeau doit, autant que possible, se rapporter à la construction toute particulière de ce genre de morceau. C'est ce qui n'a pas toujours eu lieu et ce qui faisait faire à Castil-Blaze les réflexions suivantes: "Les routines sont des magasins de contre-sens pour ceux qui les suivent sans réflexion. Telle est pour les musiciens celle des rondeaux; il faut bien du discernement pour faire un choix de paroles qui leur soient propres. Il est ridicule de mettre en rondeau une pensée complète, divisée en deux membres, en reprenant la première incise et finissant par là. Il est ridicule de mettre en rondeau une comparaison dont l'application ne se fait que dans le second membre, en reprenant le premier et finissant par là. Enfin, il est ridicule de mettre en rondeau une pensée générale limitée par une exception relative à l'état de celui qui parle, en sorte que, oubliant derechef l'exception qui se rapporte à lui, il finisse en reprenant la pensée générale. Mais, toutes les fois qu'un sentiment exprimé dans le premier membre amène une réflexion qui le renforce et l'appuie dans le second; toutes les fois qu'une description de l'état de celui qui parle, emplissant le premier membre, éclaircit une comparaison dans le second; toutes les fois qu'une affirmation dans le premier membre contient sa preuve et sa confirmation dans le second; toutes les fois, enfin, que le premier membre contient la proposition de faire une chose et le second la raison de la proposition, dans ces divers cas et dans les semblables le rondeau est toujours bien placé."

La forme particulière et familière du rondeau semble convenir surtout à la conversation musicale et, par conséquent, appartenir au genre de l'opéra-comique; aussi les anciens ouvrages de ce genre, ceux de Grétry, de Monsigny, de Philidor, en offrent-ils des exemples fréquents: la Belle Arsène, le Déserteur et vingt autres sont là pour le prouver. Mais les précédentes observations de Castil-Blaze trouvent ici leur place, et on attachait alors si peu d'importance aux paroles des morceaux de cette nature que Monsigny n'a pas craint, au troisième acte du Déserteur, de faire des reprises à l'air célèbre de Courtchemin: le Roi vint à passer, en lui faisant recommencer son récit lorsqu'il l'a fini et que naturellement il ne lui reste plus rien à apprendre à l'auditeur. Mais quoique le rondeau, par sa carrure et ses répétitions, rentre plus dans le style léger, on en possède pourtant des exemples nombreux et parfois sublimes, dans le style dramatique et tragique, où ses retours, comme on l'a dit, produisent une effet surprenant et excitent dans le cœur des émotions profondes. Une pensée touchante, une image terrible nous frappent avec d'autant plus de force lorsqu'elle se présente à nous une seconde fois, après avoir été émise avec vigueur. Dans l'Iphigénie en Tauride de Gluck, l'air: Dieux, qui me poursuivez, constitue un rondeau sublime; il en est de même de l'air admirable de l'Orphée du même maître: J'ai perdu mon Eurydice, dont l'expression est si poignante et si profonde. Lorsqu'il s'agit de convaincre, de persuader quelqu'un, de l'amener à une idée précise, de l'entraîner dans quelque projet, la répétition de la pensée dominante devient toute naturelle; dans cet ordre de sentiments, l'air d'Iphigénie en Tauride (Piccini), Cruel! et tu dis que tu m'aimes! celui d'Arodiant (Méhul), Formez de plus aimables nœuds; celui de Beniowsky (Boieldieu), À peine la souffrance..... sont des rondeaux remarquables, non seulement au point de vue de leur valeur purement musicale, mais encore par la façon heureuse dont ils sont placés et mis en scène.

Le rondeau est aussi employé, et d'une manière très-avantageuse, dans la musique instrumentale. Mais alors (et pourquoi cette distinction?) il s'orthographie différemment et s'écrit ainsi: rondo, adoptant la forme graphique italienne. Jamais, probablement, on ne saura d'où vient cette modification. Quoi qu'il en soit, on trouve dans les sonates, les duos, trios, quatuors, quintettes et symphonies, des rondos formant finales et remplis de vigueur et de véhémence, de fantaisie et d'amabilité. Ceux-là sont presque toujours écrits à deux temps. Les rondos des symphonies d'Haydn, pleins d'une grâce enchanteresse, empreints d'une suavité délicieuse, seront toujours des modèles d'une perfection désespérante. Mozart, dans quelques-unes de ses sonantes, en a écrit d'adorables. On peut citer aussi, pour la vivacité entraînante, pour la fermeté de leur style, les rondos que Viotti a écrits pour ses sonates et ses duos de violon.

 

 

NOTES:

 

(1) BASTER [ba-sté (l's se prononce) – Italien bastare, suffire; espagnol basto, rempli): Suffire, suffisant... badiner, niaiser... BASTE! (Interjection): Suffit! BASTANCE: Suffisance...

 

Je vous jure que je n'ai nommé nulles de ces dames et demoiselles, qui ne fussent fort belles, agréables, et bien accomplies, et toutes bastantes pour mettre le feu par tout le monde. [Pierre de BOURDEILLES, seigneur de BRANTÔME (1527? - 1614)]

 

Je vis du jour à la journée et me contente de quoi suffire aux besoins présents et ordinaires: aux extraordinaires, toutes les provisions du monde n'y sauraient BASTER. [Michel EYQUEM de MONTAIGNE (Montaigne, 1533 - 1592)]

 

Renard n'en prit qu'une somme bastante

Pour regagner son logis promptement.

 

[Jean de La FONTAINE (L'oraison de Saint-Julien)]

 

(2) QUE DEVIE: Que je meure...

 

(3) VOIRE: Et même...

 

(4) CUIDEZ (Latin cogitare): Penser...

 

* Les mots suivis d'un astérisque sont traités dans l'un de mes articles, à venir pour certains...

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Pieyrre de Clythère Pieyrre de Clythère Voir sa fiche
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