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(Aire culturelle indienne des)
Les Indiens des Plaines d’Amérique du Nord représentent l’Indien par excellence, celui qui a été largement popularisé par le cinéma, la légende de l’Ouest. C’est la culture du bison, du cheval, du tipi.
Les Grandes Plaines s’étendent du Mississippi aux Montagnes Rocheuses, du sud du Manitoba et de l’Alberta aux rives du Rio Grande. Elles occupent tout le centre du continent, un relief pratiquement plat, un climat continental, un océan d’herbe.
Les principales nations indiennes des Plaines sont, du nord vers le sud : les Blackfeet, les Crees des Plaines, les Assiniboines, les Crows, les Mandans, les Hidatsas, les Arikaras, les Yankton-Sioux, les Teton-Sioux, les Cheyennes, les Poncas, les Omahas, les Pawnees, les Wichitas, les Kansas, les Kiowas, les Quapaws, les Comanches.
Jusqu’au XVIème siècle, les habitants se concentraient essentiellement le long des cours d’eau. Les établissements des rives du Missouri étaient nombreux, implantés de longue date. Ces Indiens cultivaient le maïs, la courge, le tabac sur les terres alluviales. Ils chassaient les grands ruminants, le bison, l’élan, le cerf. Certains pêchaient. Mais sans autre moyen de transport que des travois à chiens, leurs déplacements à pied étaient lents et peu nombreux, leurs chasses difficiles, l’activité guerrière certainement réduite.
Il est probable que les Arikaras ont habité les rives du Missouri de très longue date. Il en est de même des Pawnees au Nebraska, rencontrés par les explorateurs espagnols au XVème siècle. Des Crows et des Hidatsas, des peuples algonquins, habitaient déjà les rives du Missouri et de ses affluents aux XIV et XVèmes siècles.
Ce n’est qu’au milieu du XVIIème siècle que les Blackfeet, un autre peuple algonquin, arrivent dans le nord de l’actuel Montana et le sud de la province d’Alberta, combattant les Crows ainsi que les Shoshones, un peuple venant de l’ouest. A la fin du XVIIème siècle, une partie des Sioux commence à abandonner les forêts du sud des Grands Lacs pour partir vers l’ouest, peut-être sous la pression de leurs ennemis iroquois et chippewas. A ce moment, les Cheyennes et les Arapahos suivent les mêmes routes.
Mais c’est l’acquisition du cheval, dans la seconde partie de XVIIème siècle qui va précipiter la grande migration vers les Plaines. Les tribus voient leur puissance augmenter par la facilité de mouvement que donne le cheval. Le transport des personnes et des biens est aisé et rapide, les chasses plus fructueuses. La vie devient plus facile, plus agréable, plus exaltante.
L’ambition de chaque peuple s’accroît avec sa mobilité, excitant certainement les conflits. De toutes parts, surtout de l’ouest, des tribus convergent vers les Plaines et ses riches prairies à bisons. Les Nez Percés, un peuple du Plateau, entrent en contact avec les Crows dont ils deviennent les amis, combattant à l’occasion Lakotas et Cheyennes. Les Shoshones, jusque-là des peuples du Plateau (Idaho, ouest du Montana) s’installent sur le flanc ouest des Sioux, des Cheyennes, des Crows et des Blackfeet. Les Comanches, un peuple nombreux apparenté aux Shoshones, envahissent les Plaines du Sud, du Kansas au Nouveau-Mexique, du Colorado au Texas. Certains Apaches s’avancent aussi vers les Plaines. Au XVIIIème siècle, les Apaches Jicarillas sont au Colorado et les Apaches Lipans au nord du Texas.
La chasse, associée à la cueillette, devient le moyen de subsistance essentiel pour ces peuples. Certaines tribus demeurées semi-sédentaires comme les Mandans, les Pawnees, les Poncas, tirent de l’agriculture, notamment de la culture du maïs, une part notable de leur nourriture. L’activité commerciale est importante. Des rassemblements annuels, des foires, ont lieu durant lesquels on échange toutes sortes de biens, en particulier des fourrures contre les produits agricoles que les Indiens des Plaines ne produisent plus, différents matériaux qu’ils ne trouvent pas dans leur région. Le site où l'on construira Fort Laramie, sur la North Platte, était un lieu traditionnel d’échanges pour les nations des Plaines. Les Indiens de langues différentes communiquent par le langage des signes, un mélange de gestes, de mimiques et de sons.
Les Indiens des Plaines sont avant tout le peuple du bison. Avant l’arrivée du cheval, ils avaient deux méthodes de chasse. Ils poussaient les troupeaux du haut d’une falaise et récupéraient les carcasses en bas, ou bien ils guidaient les bisons vers un corral de branchages où ils les tuaient à l’arc ou à la lance. Avec le cheval, les chasseurs ont pu abattre seulement le nombre de bêtes qui leur était nécessaire, choisir leurs proies en fonction de leurs besoins et des cycles de reproduction. La chasse est devenu un plaisir, un art, requérant habileté et courage. Des chevaux étaient spécialement dressés comme « coureurs de bison » pour permettre à leur cavalier d’approcher le redoutable bovidé. Un chasseur entraîné pouvait traverser d’une flèche un bison de part en part.
Le bison fournissait aux Indiens pratiquement tout ce dont ils avaient besoin.
La viande de bison, excellente et peu grasse, était la base de la nourriture, complétée par les plantes comestibles qui les femmes recueillaient, notamment le navet sauvage, des fruits, des baies, s’ajoutant au maïs et au riz sauvage obtenus par le troc. La viande fraîche était rôtie ou bouillie. La plus grande partie était découpée en fines tranches, mise à sécher au soleil ou au feu, conservée pour la mauvaise saison. Réduite en poudre, elle était mélangée à de la graisse, de la moelle et des fruits. C’était une excellente conserve que pouvaient emporter les voyageurs, les hommes en expédition de guerre.
Les grandes peaux étaient la couverture des tipis. Il en fallait une douzaine pour un tipi moyen, jusqu’à vingt pour les grandes habitations familiales. Le couchage était fait de peaux de bisons, appréciées pour leur chaleur durant les rudes hivers. Si l’on préférait les peaux de cervidés, plus fines et plus souples, pour les robes, les chemises, les manteaux d’été, on aimait s’envelopper l’hiver dans une chaude pelisse de bison. Les femmes indiennes tannaient des peaux très souples en les enduisant d’un mélange de cervelle, de foie, de moelle et de cendre. Les peaux non tannées formaient des sortes de coffres appelés "parflèches". Posés sur les travois attelés aux chevaux, ils servaient à transporter vêtements, ustensiles, marchandises de toutes sortes. L’estomac du bison était le récipient qu’on emplissait d’eau et dans lequel on mettait des pierres brûlantes. C’est ainsi que, sans marmites allant sur le feu, on faisait cuire la nourriture. La vessie de bison fournissait un récipient pour porter l’eau. Ses tendons étaient des cordes d’arc, du fil à coudre, ses cornes des louches. Ses os servaient à faire différents outils, des aiguilles à coudre. Ses polis tressés constituaient des cordes. Les lassos pour capturer les chevaux étaient découpés en rond dans une peau de bison. Le cuir très épais de la nuque fournissait les boucliers. On faisait de la colle en faisant réduire au feu des os et des cornes. La bouse séchée de bison était un combustible fort utile dans des régions souvent dépourvues d’arbres. Enfin les crânes de bison, symbolisant le pouvoir spirituel de l’animal, étaient utilisés dans les cérémonies.
Le tipi, la tente conique faite d’une armature de perches recouverte de peaux de bison, est caractéristique des Indiens des Plaines. Avant l’acquisition du cheval, les habitants des Plaines du Nord vivaient au bord des cours d’eau dans des villages faits de grandes huttes rondes recouvertes de terre, comme en avaient encore au début du XIXème siècle les Mandans, les Arikaras, les Pawnees. Au sud, les habitations plus légères étaient faites de branchages ou d’herbes tressées. Devenues nomades, les tribus ont adopté le tipi, facile à déplacer et à installer, comme habitation unique tout au long de l’année. Alors que les tipis crows, les plus grands et les mieux construits, ne portaient pas de décors, les tipis lakotas ou cheyennes portaient des peintures relatant les exploits de leur propriétaire. Avec le temps, les tipis sont devenus de plus en plus grands. Traditionnellement installés par les femmes, certains étaient devenus si lourds qu’il fallait la force des hommes pour les monter.
Ces villages de tentes étaient, à l’évidence, impossibles à défendre contre une attaque ennemie. Cela autorise à penser que les guerres entre Indiens n’étaient pas aussi fréquentes et destructrices qu’on a bien voulu le dire. C’est avec l’invasion blanche que la guerre est devenue quasi permanente dans ces régions.
Les Indiens des Plaines est le seul exemple dans le monde d'un peuple qui soit passé de l'état d'agriculteur sédentaire à celui de chasseur nomade.
La grande coiffure de plumes d’aigle est sans aucun doute le trait le plus voyant du guerrier indien des Plaines. Cette belle coiffure, souple et ondoyante, est faite d’un nombre variable de plumes d’aigle, pouvant aller jusqu’à quarante, fixées sur un bonnet en forme de calotte prolongé dans le dos par une longue traîne. Les femmes font la décoration, toujours symbolique, de la bande frontale et le porteur de la coiffure fixe lui-même les plumes. Ce n’est pas à proprement parler la récompense d’exploits guerriers. Porter ce genre de coiffure est un choix personnel qu’il faut assumer. Il est certain que seul un guerrier de renom osera le faire. En être jugé indigne par la tribu exposerait le prétentieux à la moquerie. Un guerrier exceptionnel, mais modeste, comme Crazy Horse s’est toujours contenté d’une simple plume de faucon.
La femme indienne des Plaines porte une robe de daim ornée de franges et de broderies aux épaules, des mocassins finement brodés, un manteau de bison pour l’hiver. Elle porte à la taille un couteau pour effectuer divers travaux et, éventuellement, se défendre. Ses cheveux, partagés au milieu, sont nattés. Les élégantes enveloppent leurs nattes dans des peaux de loutre.
Le vêtement des hommes consiste en un pagne fait d’une bande de cuir souple passant entre les jambes et retenue par une ceinture, des mocassins élégamment brodés, des guêtres en hiver, une chemise ou veste brodée et frangée, un manteau plus ou moins chaud selon la saison. Ses armes sont l’arc et les flèches. Certains, comme les Crows, fabriquent des arcs à double courbure particulièrement puissants. Les arcs des chasseurs et des combattants à cheval sont plus courts que ceux des archers à pied. Alors que chaque homme façonne lui-même son arc, la fabrication des flèches à pointe de silex est généralement confiée à un spécialiste dont c’est le métier. L’équipement est complété par une lourde hache de pierre, un couteau, souvent une lance, très longue chez les cavaliers des Plaines du Sud comme les Comanches. Le petit bouclier rond est plutôt utilisé dans le sud. Souvent, le guerrier porte un bâton spécial appelé « bâton à coup ». Ce que l’on appelle "marquer un coup" consiste à toucher un adversaire encore armé et donc dangereux, ou du moins encore vivant, avec ce bâton ou avec le bois de l’arc. C’est un exploit très valorisé, plus que le fait d’avoir tué et scalpé son adversaire. C’est le courage montré, la prise de risque, le dévouement, comme d’avoir sauvé un compagnon d’armes au cœur de la bataille, qui font la valeur et la réputation du guerrier des Plaines. Les Indiens des Plaines scalpent leurs ennemis morts, une coutume venue de l’est où elle était pratiquée par les Indiens, puis par les Blancs qui mettaient à prix les scalps d’Indiens.
Le fait que chaque homme porte en permanence les armes lui assure une liberté, une sorte de souveraineté personnelle qui décourage les éventuelles tentatives de tyrannie, empêche la prise de pouvoir d’un clan sur les autres. Le pouvoir des chefs, choisis pour leurs qualités de courage et de sagesse, se maintenant pour autant qu’ils conservaient la confiance du peuple. On peut dire que ces sociétés connaissaient l’état de démocratie et d’égalité le plus parfait qu’il est humainement possible.
La plupart des guerriers appartenaient à des "sociétés", des sortes de fraternités où l’on entrait par cooptation. Ces fraternités guerrières jouaient un grand rôle dans la vie sociale. Certaines étaient chargées du maintien de l’ordre au sein de la tribu, lors des chasses, des déplacements, ou durant les combats. Les "Dog Soldiers" cheyennes, par exemple, ont joué un rôle très important au XIXème siècle quand les Cheyennes ont du défendre leur liberté et leur vie.
Si la mobilité accrue offerte par le cheval a certainement favorisé les affrontements entre tribus, le cheval lui-même a fourni matière à un nouveau genre d’exploits : la capture de chevaux chez l’ennemi qui demandait adresse, détermination, courage, et était valorisée comme un fait d’armes. Celui qui capturait ainsi des chevaux accroissait non seulement son prestige, mais aussi son troupeau. Les chevaux étaient devenus, dès le début du XIXème siècle, le bien personnel le plus prisé. Ainsi certains individus, certaines familles s’enrichissaient, rompant cette égalité de condition qui avait jusque-là caractérisé les sociétés des Plaines. Mais posséder beaucoup de chevaux permettait de montrer sa générosité en donnant par exemple à la famille pauvre le cheval qui lui manquait. Les Indiens ne connaissaient pas cette accumulation de biens qui fait la fierté de la société blanche.
La cérémonie majeure des Indiens des Plaines est la Danse du soleil, qui prend différentes formes selon les tribus. Pour prier le Grand Esprit et ses divers pouvoirs, ils utilisent la pipe connue de longue date par les peuples de l’est. Ils ont un rite de purification dans la "sweatlodge" (loge à transpirer). Ils pratiquaient les "quêtes de vision", l’isolement au sein de la nature où pouvait leur être donnée une vision susceptible d’orienter leur vie, de répondre à une inquiétude spirituelle.
Les Indiens des Plaines n'ensevelissaient pas leurs morts. Ils plaçaient traditionnellement le corps du défunt enveloppé dans une peau de cerf sur une plateforme rectangulaire soutenue par quatre hauts poteaux. Les objets préférés étaient disposés autour du défunt.
C’est parmi les Indiens des Plaines que l’on trouve les nations – Lakotas, Cheyennes, Arapahos, Blackfeet, Comanches, Kiowas – qui ont le plus longuement et le plus courageusement résisté à l’invasion blanche. C’est aussi chez eux, en particulier chez les Lakotas, que, en dépit de multiples dysfonctionnements sociaux, se maintient aujourd’hui le traditionalisme indien.
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