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1838
Nom donné par les Indiens au chemin qu’ils ont suivi lors de leur déportation entre leurs territoires de l’est et le Territoire Indien.
Ce nom évocateur a été donné par les Cherokees après leur déportation de 1838 vers le Territoire Indien dont une partie est devenue l’état d’Oklahoma. Le nom s’est aussi appliqué aux autres tribus déportées à la suite du décret du président Andrew Jackson de mai 1830, les Creeks, les Choctaws, les Chickasaws et les Seminoles.
Les Chickasaws partent en 1832. Bien préparés, bien encadrés, leur déplacement s’effectue dans des conditions relativement bonnes. Partant du Tennessee, ils ont à faire une route moins longue que les tribus vivant plus à l’est.
Dès 1830, un premier contingent de Choctaws avait pris la route de l’Ouest. Il s’agissait là des signataires du traité de Dancing Rabbit, une faible minorité de la nation choctaw. Les Choctaws résisteront à la déportation jusqu’en 1834. Les résistants choctaws capturés sont, par groupes de cinq cents, conduits de force vers l’Ouest sous escorte militaire, dans les pires conditions.
Le premier contingent cherokee part en 1835. Il s’agit des Cherokees les plus aisés, souvent des métis, qui ont pu vendre leurs biens un bon prix, qui partent avec leurs esclaves noirs et qui auront le plus de chances de refaire leur vie en Territoire Indien.
L’année 1835 voit aussi le départ des Creeks. Un premier groupe prend la route en juin 1835, sous la chaleur torride. Les Creeks résistent à la déportation autant qu’ils le peuvent, menés par le chef Opothle Yahola. Les derniers Creeks partis à l’automne auront à affronter le froid, la faim, la maladie, les agressions. Des bateaux en mauvais état qui les transportent sur le Mississippi, font naufrage causant plusieurs centaines de morts. Les Creeks ont probablement perdu la moitié des leurs dans cette déportation.
Les derniers Cherokees seront contraints à l’exil en 1838. Le général Winfield Scott est chargé d’organiser la déportation. Devant tout abandonner derrière eux, avec juste les vêtements qu’ils ont sur eux, les Cherokees sont d’abord parqués par la garde nationale de Georgie dans des enclos où ils meurent de faim, soumis à toutes sortes d’exactions. Un premier contingent part en juillet, un autre à l’automne. C’est dans ce dernier convoi que part John Ross, le chef cherokee qui avait tout tenté pour défendre les droits de son peuple. Environ un quart des Cherokees partis en 1838 périra sur "la Piste des Larmes".
Le départ des Séminoles s’échelonne entre 1837 et 1841. Les premiers, de riches propriétaires qui ont accepté de vendre leurs biens, partent dans les meilleures conditions. Mais ceux qui résistent, les plus attachés à leurs terres et à leur vie traditionnelle, connaîtront l’exil forcé, à la pointe des baïonnettes.
Sur la longue route de l’exil, certaines familles disposent de chariots, de chevaux. D’autres vont à pied, certains enchaînés parce que jugés dangereux. Les soldats qui les accompagnent sont censés les protéger et assurer leur subsistance, leur apporter les soins nécessaires. Certains officiers font tout ce qu’ils peuvent pour alléger les souffrances des déportés, certains médecins se dévouent sans compter. Mais la plupart du temps, la nourriture prévue manque, à été détournée, aucune couverture, aucun vêtement chaud n’est distribué, aucun soin n’est donné aux malades. Des épidémies de rougeole et de choléra se déclarent. La faim, le froid, l’épuisement font des milliers de morts. Les soldats se soucient avant tout que les convois avancent. Les malades, les blessés sont abandonnés, voire abattus sur place. Les Indiens n’ont même pas la possibilité d’enterrer leurs morts. Les déportés sont victimes des bandits qui veulent s’emparer de leurs maigres possessions, en particulier de leurs chevaux. Des femmes sont enlevées. La plupart des soldats ne font rien pour les protéger, quand ils ne sont pas complices.
Le rapport du major Hitchcock à la commission du Congrès qui enquêtait sur les conditions de déplacement des Indiens vers le Territoire Indien, remis en 1841 déclare que, pendant la déportation, "l’escroquerie, le mensonge et la fraude, le vol, la fourniture de denrées avariées, et tous les tromperies concevables ont été employés par ceux qui en avaient la charge".
L’expression "Piste des Larmes" a été employée également pour d’autres déportations comme par exemple l’exil des Navajos vers Bosque Redondo en 1864.