



pour 39 votes
Fédéraliste lyonnais, baron de l'Empire, Procureur général impérial, puis maire de Lyon.
Pierre-Thomas Rambaud de La Sablière est né à Lyon le 14 mars 1754 et décédé le 12 février 1845 à Lyon. Il est enterré au cimetière de Loyasse. Pierre-Thomas Rambaud est né dans une famille de notables lyonnais, dont plusieurs de ces ancêtres ont été Prévôt des Marchands et échevins. Ils sont originaires de La Grave[1] et forment une branche cadette de la famille Rambaud[2]. Il est vite remarqué par l’archevêque Antoine de Malvin de Montazet qui le prend sous sa protection. A 21 ans, ses parents lui achètent la charge d’avocat du roi à la Sénéchaussée et siège présidial de Lyon. Puis, Premier avocat du roi, il fait aussi fonction de Procureur du Roi. Avec ses oncles et ses cousins germains ils figurent dans le Catalogue des gentilshommes de Lyonnais, Forez et Beaujolais, qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l'élection des députés aux États Généraux de 1789 , publié d'après les procès-verbaux officiels... par Henri de Jouvencel (1908).
La Révolution accélère sa carrière, il devient commissaire du Roi au Tribunal de District en 1791, où il se fait remarquer comme royaliste et opposant à la constitution civile du clergé. Pierre-Thomas Rambaud devient président de la commission populaire, républicaine et de salut public, pouvoir insurrectionnel qui entraîne la rupture avec la Convention et le siège de Lyon. A cette époque il est républicain fédéraliste, ce qui va lui être reproché sous la Restauration. En octobre 1793, les insurgés de Lyon sont vaincus et la répression est terrible, il parvient à rejoindre Lausanne où il reste jusqu'à la réaction thermidorienne. Pierre-Thomas Rambaud est élu, le 24 vendémiaire an IV, député de droite du Rhône au Conseil des Cinq Cents, par 201 voix (265 votants). Il le reste 1795 à 1799. Membre de la commission des marchandises prohibées et de la comptabilité de la loi du 13 floréal an IV, il est rapporteur de différentes pétitions des administrations municipales, et de la commission des secours à accorder aux défenseurs de la patrie[3]. Il proteste contre la violation du secret des lettres, et, le 27 messidor, défend la ville de Lyon que le Directoire accuse d'être un foyer de réaction.
Rallié au 18 brumaire, il est nommé, le 19 germinal au VIII, 9 avril 1800, Commissaire du gouvernement près le tribunal d'appel de Lyon, puis président du canton et président de l'administration des hospices de la ville. Pierre-Thomas Rambaud est membre de la Légion d'honneur le 25 frimaire an XII, chevalier de l'Empire le 21 septembre 1808, et baron le 22 octobre 1810, il devient, lors de la reconstitution des tribunaux, d'abord conseiller à la cour impériale de Lyon (28 mars 1811), puis procureur général près la même cour (2 avril suivant). Le 25 mars 1813, et devient baron titré de La Sablière (lettres patentes), majorat d'un hôtel situé à Lyon, 79, rue Saint-Dominique, produisant 8.500 francs. Toujours en 1813, il est chargé d'offrir à l'empereur, au nom de la ville de Lvon, des hommes et de l'argent[3].En 1814, il adhère à la déchéance de l'empereur et se félicite du au retour des Bourbons. Il se rend à Vichy pour obtenir de la duchesse d'Angoulême qu'elle visite Lyon.
Aux Cent-Jours, il est désigné pour assister à l'Assemblée du champ de mai, en qualité de procureur général et d'électeur du Rhône.
Pierre-Thomas Rambaud reste à Paris jusqu'au retour de Louis XVIII, revient alors reprendre ses fonctions de magistrat à Lyon et est nommé, le 25 octobre 1815, Président honoraire de la cour royale de Lyon.
Le baron Pierre-Thomas Rambaud est le deuxième maire de Lyon depuis la Restauration. Il succède à Jean-Joseph Mallet le 2 juin 1818, par désignation de Louis XVIII. Il remplit longtemps ces fonctions. Durant son mandat municipal, Rambaud met en œuvre un programme d’actions efficace. Pour répondre aux problèmes d’éclairage de la ville, il entreprend une politique de conventionnement avec différentes compagnies pour l'alimentation en gaz de l'éclairage public. Ces actions permettent l’illumination de bâtiments de Lyon, tel que l’Hôtel de Ville, le quai de Retz – l’actuel quai Jean Moulin -, le Jardin des Plantes. En matière d’urbanisme, Rambaud négocie la cession définitive de la presqu’île Perrache (actuel quartier Confluence) à la Ville. Il débarrasse la place des Célestins de ses maisons insalubres et permet son aménagement. Enfin, il fait préparer les plans du futur pont Charles X, aujourd’hui pont Lafayette et ceux du Grand Théâtre. Il est à l'origine du quai de la Pécherie. Sur un plan symbolique, c'est sous son mandat qu'est réalisé le premier monument en souvenir des victimes du siège de Lyon et qu'y est transféré le corps du comte de Précy, chef militaire de la révolte. Bien que très attaché à la vie politique, Rambaud organise de nombreuses fêtes et grandes soirées bourgeoises dans l’Hôtel de Ville où le blanc, couleur du roi et tous les symboles de la royauté sont présents. Il redonne aux grands orchestres lyonnais la popularité qu’ils méritent. Il invite des orchestres dans ses soirées et organise de nombreux concerts dans toute la ville. Il démissionne en janvier 1826, vaincu par les ultras qui le trouvent trop libéral. C'est le comte de Lacroix-Laval qui le remplace.Enfin, il sera nommé président du conseil général du Rhône en 1831.
Le baron Rambaud est surtout lyonnais. Pendant les soixante--dix ans de sa vie publique, toutes ses actions se rapportent à sa ville natale.
Noble Jean V Rambaud de Choseaux (1520-1565), marié à Marguerite Rapin de La Choudane meurt de la peste à Saint-Jean de Maurienne (près de la chapelle Saint-Roch) en 1565.
Leurs fils, noble Pierre Rambaud, est né à Saint-Jean de Maurienne (rue de l'Orme)[4]. Sa soeur Anne Rambaud ((1560-1632) est mariée à noble Humbert de La Balme, fils de Pierre. Noble Guillaume Rambaud est, en 1602, professeur en lettres humaines au collège de Lambert. Il est né à Valloires, d'où cette famille est originaire.
Au XVIe siècle, les premiers Rambaud émigrent et Jean VI Rambaud, s'installe aux Hières, à La Grave, en Dauphiné, vers 1580. Pourquoi Hières ? Il existe en 1229 un célèbre troubadour provençal du nom de Rambaud et qui est natif d'Hières. Cependant, ni les détails de la vie de Rambaud d'Hières, ni la date de sa mort ne sont connus. Hières est un gros hameau de La Grave et la coïncidence est troublante.
Gaspard Rambaud, l'un de ses fils, vit aux Hières (La Grave), au début du XVIIe siècle. Il est marchand et se marie avec une Marguerite, dont le patronyme nous est inconnu. Ils ont au moins deux fils :
* Jean VII Rambaud qui est l'ancêtre des Rambaud de Maillou et de La Rocque, dans les Charentes et se fixe à Vibrac dès 1650.
* Vincent Rambaud (ca 1620-1679), époux avant 1646 de Marguerite Mallein, des Hières, un marchand. Il est le père entre autres de :
Paul Rambaud (ca 1655-1713), marchand des Hières résidant à Lyon. Selon Pouvoir, identités et migrations dans les hautes vallées des Alpes occidentales, XVIIe-XVIIIe siècle (2003), de Laurence Fontaine, loge et nourrit un apprenti passementier venu de son village à Lyon. Il le raccompagne chez son maître. Il se marie le 15 juin 1679 dans son village avec Cécile Liotaud. Paul Rambaud déclare ses armes en 1692 : d’azur à l’aigle d’or. (d'Hozier). Il meurt le 12 novembre 1712 à Lyon.
Pierre Paul Rambaud (1687-1748), son fils, est né le 7 septembre 1687, paroisse Saint-Nizier à Lyon. Ce négociant de Lyon est cité comme faisant fonction de banquier dans Bourgeoisie et propriété immobilière en Forez aux XVIIe et XVIIIe siècles (1982), de Josette Garnier. Il se marie avec Claudine de Jame, fille de Charles, fille d'un marchand moulinier de soie à Lyon, le 28 février 1713, paroisse des Cordeliers à Lyon. Il meurt le 5 novembre 1748 à Lyon. Lui et sa femme ont six enfants dont :
* André Rambaud (1715-après 1789), maître passementier, quatrième échevin à Lyon en 1768, fait enregistrer en l'élection de Bresse son certificat d'échevinage. Il épouse le 20 février 1748 à Lyon Jeanne Françoise Guiguet de La Chapelle. Les Guiguet de Vaurion porte : d'or, à l'arbre arraché de sinople ; au chef de gueules, à un lion léopardé d'argent. Ils sont seigneurs de Vaurion en Beaujolais, de 1751 à 1772, par acquisition et représentés à Lyon. Les prévôts des marchands et échevins de la ville de Lyon, attestent que André Rambaud, a exercé la charge d'échevin de la ville de Lyon pendant les années 1768 et 1769. André est recteur de l'Hôtel-Dieu de Lyon de 1756 à 1759, puis Trésorier en 1762/1763 et consul en 1774 et 1775. Il est aussi directeur de la Maison des filles pénitentes, selon l'Almanach astronomique et historique de la ville de Lyon: et des provinces de Lyonnois, Forez et Beaujolois; pour l'année 1787. Son blason est un différent : d'azur, à l'aigle d'or, au chef d'argent chargé de trois étoiles de sable.
** Jacques Claude Rambaud (1749-1826) est né à Lyon, rue Saint-Joseph, le 21 février 1749. Cet écuyer, devient lieutenant particulier civil en 1772, selon le Catalogue des gentilshommes de Lyonnais, Forez et Beaujolais, qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l'élection des députés aux États Généraux de 1789, publié d'après les procès-verbaux officiels... Nouvelle édition... accompagnée d'un index bibliographique de Henri de Jouvencel. En 1783, Gesse de Poizieux décède ; il est vivement regretté, et remplacé dans sa présidence de l'hôtel-Dieu par Claude Rambaud de la Vernouse. Il fait, le 13 juillet 1785, reprise de la seigneurie de la Vernouze. Le médecin naturaliste, ou Observations de médecine et d'histoire naturelle de Jean Emmanuel Gilibert nous dit que Rambaud de la Vernouse fut dangereusement malade d'une hémitritée ou fièvre tierce pernicieuse, en juillet 1786... qui a conduit un malade si intéressant à la cécité. Depuis sa rougeole , il avait toujours conservé les yeux tendres et la vue faible, avait abusé de ses organes par des lectures trop longtemps soutenues. Il produit, le 22 mars 1789, pour assister l'assemblée de la noblesse de Bresse les certificats d'échevinage d'André et son extrait de baptême, dixit l'Armorial historique de Bresse, Bugey, Dombes, Pays de Gex, Valromey et Franc-Lyonnais, d'après les travaux de Guichenon, d'Hozier... Claude se marie à Lyon (Ainay), le 21 décembre 1779, avec Sophie Agniel de Lavernouze, fille de Jean-Baptiste Agniel et de Catherine Cizeron. Les Agniel sont une notable famille protestante d'Uzès, venue à Lyon au début du XVIIIe siècle et qui abjurent. Les six soeurs de sa femme sont Sophie Agniel (Mme Terrasse du Pont de l'Aube), Mme de Saint-Priest, Mme de Varenard, Mme de Brosse, Mme de Chateauvieux et Mme de Corcelle. Rambaud relève le nom de Lavernouze, nous confirme Le Mémorial de Lyon en 1793, vie, mort et famille des victimes lyonnaises de la Révolution, Volume 2. Ils ont une fille. Puis on a le 5 septembre 1786 le mariage dans la chapelle de l'abbé Perrichon, chamarier de St Paul, prieur du Monlier, de Jacques-Claude Rambaud, écuyer, seigneur de La Vernouse, lieutenant particulier, avec Marie-Anne-Jeanne Valous, fille d'un chevalier, seigneur de La Prodi. Ils ont trois filles. Pendant le soulévement de 1793, il préside une commission, écrit dans Provincial magistrates and revolutionary politics in France, 1789-1795, Philip Dawson. Jacques Claude Rambaud rejoint l'orient éternel le 26 février 1826 à Lyon. Albert Lardret dans Le grand siècle de la franc-maçonnerie nous dit qu'il est membre de La Bienfaisance de 1784 à 1786.** Thomas Rambaud de Montclos (1750-1825), garde du corps de la compagnie de Luxembourg, combat lors du siège de Lyon en 1793. Ce capitaine de cavalerie réussit à passer en Allemagne, mais revient dès 1795. Thomas Rambaud rejoint l'orient éternel le 10 février 1825 à Lyon. Albert Lardret, dans Le grand siècle de la franc-maçonnerie, nous dit qu'il est membre de La Bienfaisance de 1777 à 1786[1].
* Louis Rambaud (1718-1804) est né le 22 septembre 1718 à Lyon et décédé le 27 fructidor an XII (14 septembre 1804), à Saint-Cyr, à l'âge de 85 ans. La terre de La Sablière est acquise en 1765 par Louis Rambaud, écuyer, conseiller-secrétaire du Roi, Maison et Couronne de France, qui participe à l’Assemblée de la noblesse de la ville de Lyon, le 14 mars 1789. Louis Rambaud, en acquérant la Sablière y trouve établie une chapelle élevée par un de ses devanciers, le 18 septembre 1677. Le 29 septembre 1681, M. Goy, alors curé de Saint-Cyr, est chargé de la bénir. La chapelle est rénovée par le nouveau propriétaire. Louis Rambaud de La Sablière a pour successeur son neveu Pierre-Thomas Rambaud (14 mars 1754– 20 février 1845). Louis fait à deux hôpitaux un legs de 1.000 livres. C'est Maître. Pré, notaire à Lyon, qui en prévient l'administration.
* Le premier Pierre-Thomas Rambaud (1716-1795) est anobli par lettres patentes, données à Versailles en mai 1777. Il est négociant, directeur de la Chambre de commerce, recteur de l'Hôtel-Dieu en 1760 et 1761, puis Trésorier en 1766/1767. Pierre-Thomas fait enregistrer dans les actes consulaires, le 18 février 1777, un certificat constatant qu'une maladie douloureuse a empêché son élection à l'échevinage. Il habite 70 rue Saint-Dominique.
Marie Briasson, mère de notre futur maire est la fille de Charles Claude et la nièce d'Antoine-Claude Briasson éditeur de l’Encyclopédie et de Catherine Geneston (1709-1796). Elle est la soeur de Marguerite Briasson, Madame de Brosse, mais aussi de Marie Madeleine Briasson (1735-1813). Charles-Claude Briasson est échevin lui-même en 1757 et 1758. Il fabrique des étoffes de soie. C'est une tradition de famille qu'il a mis quelques années pour faire sa fortune, toujours avec les deux mêmes dessins : ses robes à l'éclipse et ses robes à la comète qui brillent d'un vif éclat sur les paniers des grandes dames, dans les salons de Versailles. Madame Marie Briasson, veuve de Pierre-Thomas Rambaud fait à chaque hôpital de Lyon un legs de 150 francs. Ils ont trois enfants dont
** Charles-Claude Rambaud-Brosse (1751-1825) est maire-adjoint de Lyon. Le 21 juin 1803, l'administration de la Bibliothèque et son conservateur sont installés par lui. L'adjoint Rambaud-Brosse évoque, en installant Delandine, les dilapidations révolutionnaires et l'envoi de livres à l'Angleterre ! Il espère combler les vides avec les séquestres des corporations séculières... La seconde station de télégraphe de la ligne Lyon-Toulon, inaugurée en 1821, est celle de Sainte-Foy-lès-Lyon. Le 29 août 1821, une convention est signée par Abraham Chappe et Rambaud-Brosse, maire de Sainte-Foy-les-Lyon (1820-1823). Il se marie en 1785 avec Marie-Victoire Brosse, qui meurt âgée, puisqu'elle donne pour des missions en Océanie en 1850.
*** Leur fils, Louis, est juge-auditeur au Tribunal, conseiller auditeur. (1829-1830).
** Madeleine Rambaud (1756-1842) mariée le 9 avril 1777 à Lyon à Jean Baptiste Daudé de Valette, chevalier, seigneur du Poussey. Il est administrateur des hôpitaux de Lyon, puis négociant. Cette famille de Saint- Jean-de-Breuil est possessionnée à Romanèche. Ils sont représentés aux assemblées de la noblesse à Bourg, le 23 mars 1789, par Jean-Baptiste Daudé, seigneur du Poussey. Il habite place Louis le Grand.
Ses succès oratoires se trouvent constatés par des témoignages authentiques. Notamment lors du renouvellement partiel de l'échevinage, en 1775. La municipalité le choisit parmi les jeunes avocats pour inaugurer par un discours l'installation des deux nouveaux échevins. L'orateur amené à l'Hôtel-de-Ville au milieu d'un pompeux appareil, y prononce solennellement sa harangue, en présence des autorités et de tous les notables de la ville. Les applaudissements ne lui manquent pas. La municipalité, pour donner au jeune orateur un témoignage public de sa haute satisfaction, lui fait présent, au nom de la cité, d'une montre d'or. C'est là le premier titre d'honneur qu'il reçoit de sa ville natale.
C'est vers ce temps que Pierre Rambaud, âgé de vingt-un ans, est pourvu aux frais de sa famille, d'une charge d'avocat du roi à la Sénéchaussée et siége présidial de Lyon, l'un des quatre présidiaux de France, dont les membres ont le droit de porter la robe rouge. Dès lors ses moments se partagent entre les devoirs de sa fonction et la culture des belles-lettres, entre les études sérieuses et les délassements de la société.A cette époque, Antoine de Montazet (1713-1788), membre de l'Académie française, autant que prélat éminenl, réunit autour de lui, sous les beaux ombrages de son château d'Oullins, une société intime et choisie. Il admet son jeune protégé. C'est au sein de cette réunion d'élite, dont les lettres, les arts, les doctes causeries occupent et charment les loisirs ; c'est dans cette société élégante, où fleuri une politesse exquise, mélange aimable de simplicité et de noblesse; où règne une liberté piquante et pleine d'abandon, que la présence du prélat tempère, mais n'enchaîne pas ; c'est, dis-je, à cette école dont on ne retrouve pas aujourd'hui le modèle, que le jeune magistrat forme sa vie à ces habitudes d'urbanité, à ce tact délicat, qui constituent l'homme du monde, et dont Pierre Rambaud porte jusqu'à la fin de sa vie le cachet inimitable.
Le siège de procureur du roi est de fait vacant au moment de la convocation des Etats-Généraux. On lit au procès- verbal : Pierre-Thomas Rambaud, avocat du roi , faisant fonction de procureur du roi en son absence. Il est aussi Premier avocat du roi avant la révolution. Il habite rue Saint-Joseph, l'actuelle rue Auguste Comte. Pierre-Thomas, André, ancien échevin, son oncle, Jacques-Claude Rambaud de la Vernouse, écuyer, ancien lieutenant particulier en la sénéchaussée & siège présidial et Thomas Rambaud de Montclos, garde-du-corps du roi, fils d'André, habitent le même hôtel particulier. Ils figurent dans le Catalogue des gentilshommes de Lyonnais, Forez et Beaujolais, qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l'élection des députés aux États Généraux de 1789 , publié d'après les procès-verbaux officiels... par Henri de Jouvencel (1908). Louis Rambaud de La Sablière, ancien secrétaire du roi, leur oncle y participe aussi, mais habite rue Sainte-Catherine.
Lors de la vente des biens nationaux, le domaine et le château, de La Roche sont acquis par Pierre Thomas Rambaud. C’est lui qui transforme le corps principal de bâtiments pour lui donner l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. Il est donc un ex noble acheteur de biens nationaux. Son cas n'est pas unique.
Toutefois l'enthousiasme révolutionnaire n'est pas de longue durée. Quand on voit la sédition pérorer dans les clubs et trôner sur nos places publiques, la royauté menacée, les têtes de citoyens innocents portées sur les piques, les honnêtes gens commencent alors à comprendre que la résistance devient un devoir. A Lyon les révolutionnaires se promènent dans toute la ville avec une guillotine et menacent de mort leurs supposés ennemis.
Rambaud, dont le titre d'avocat du roi à la sénéchaussée vient d'être changé en celui de commissaire du roi près le tribunal de district, s'associe à l'œuvre de la résistance commune. Il lui consacre et ses efforts individuels, et l'autorité qu'il tient de ses fonctions publiques. La fermeté de son caractère et de ses principes vont bientôt se signaler par un acte de courage civil, qui suffit à honorer sa vie, et qui honore la magistrature elle-même. L'assemblée législative venant de décréter la constitution civile du clergé, à Lyon, ville éminemment religieuse, le 10 octobre 1790, les chanoines de l'Eglise primatiale de Lyon, dans un chapitre extraordinaire, déclarent qu'ils ne peuvent adhérer à la nouvelle constitution ecclésiastique, et qu'ils continuent leurs fonctions canoniales tant que la violence ne les contraindra pas.
Un homme que décore alors le titre d'officier municipal, Chalier, dénonce aux vengeances des excités ces prétendues infractions à la constitution. Cependant la constitution consacre la liberté des cultes, la tolérance religieuse. Cette tolérance est, selon les catholiques, limitée aux protestants aux protestants, aux juifs, aux musulmans, et autres religions ou sectes minoritaires. La seule chose qui est interdite, c'est d'exercer suivant votre conscience la religion de vos pères. Les catholiques forment en 1789 l'immense majorité du peuple. Chalier épie leurs prétendus délits. À l'aide de ses fonctions municipales, il fait procéder à des perquisitions pour arrêter de pauvres prêtres. Il les fait arrêter et conduire dans des prisons surpeuplées. La France d'alors devient une immense prison d'où il est interdit de fuir, comme de nos jours en Corée du Nord.Dès avant 1789, la ville de Lyon abrite des associations catholiques laïques très bien structurées et fonctionnant sur le mode de la clandestinité. À partir du début de l’année 1791, elles servent de support à l’action des fidèles en faveur de l’Église réfractaire, manifestée principalement par l’opposition physique au clergé constitutionnel et à ses partisans, ainsi que par la distribution d’imprimés polémiques.
Au mois de décembre 1791, des prêtres, au nombre de sept, arrêtés pour de pareils faits, sont détenus au château de Pierre Scise. Traduits au tribunal correctionnel, ils sont condamnés. Aussitôt ils font appel au tribunal de district où Pierre Rambaud exerce les fonctions du ministère public. Les prévenus ont pour défenseur Auguste Ravez, qui est alors simple avocat. La cause est portée aux audiences des 6 et 15 décembre 1791. Elle agite violemment les passions populaires, et Chalier a pris soin de remplir le prétoire de ses affidés. Rambaud, donne le poids de l'autorité aux premiers plaidoyers du jeune avocat Ravez. Il prend la parole, et dans un discours énergique, il consacre hautement sa parole non à l'accusation, mais à la défense des prévenus. Il soutient que les faits qu'on leur impute ne sont prohibés par aucune loi. Il fait plus, il a le courage d'attaquer Chalier lui-même, en signalant comme une violation de domicile l'introduction des officiers municipaux dans l'intérieur des familles. L'auditoire rugit de fureur; les menaces de mort, les cris à la lanterne l'orateur ! l'interrompent à chaque mot. Ils couvrent sa parole, mais ne peuvent atteindre son courage. Il achève sa tâche, et sa fermeté reste égale à son devoir. Le lendemain la presse vomit contre lui d'épouvantables menaces. Loin de s'émouvoir, le jeune magistrat y répond par un généreux défi : il publie son discours. Pour faire de ces actes une juste appréciation, il ne faut pas oublier l'époque où ils s'accomplissent. C'est quelques jours après le meurtre de Guillin-Dumontet. L'ennemi des partisans de Chalier est découpé en morceau et dévoré dans une auberge des bords de Saône. Les nobles efforts du jeune magistrat sont couronnés d'un succès complet. Les sept prévenus sont acquittés. Trois semaines après, sur la plainte d'un citoyen en violation de domicile, Chalier est suspendu de ses fonctions municipales par le directoire de département.Voir à ce sujet :
Discours de M. Rambaud, commissaire du roi, près le Tribunal du district de Lyon , dans l'affaire des sieurs Bon et Curiat, prêtres , et dans celle des sieurs Genevey, Vidil, Rambaud , Chaillon et Verger, aussi prêtres. Lyon, Vatar de la Roche, 1792
Lettre de M. Rambaud, commissaire du roi; journal administratif, judiciaire et politique, n°. 4. Lyon , Regnault, 1792.
Lettre adressée à M. le Ministre de la justice par les juges et commissaires du roi du Tribunal du district de la ville de Lyon. 1792.
Ces commencements de réaction exaltent le courage et l'espérance des Lyonnais. Un mouvement procédant de sentiments divers, popularise les idées de résistance. Dès lors se prépare dans l'esprit public, ce siége mémorable qui va fixer l'attention et les sympathies du monde, et tenir en échec pendant deux mois, toutes les révolutionnaires.
L’élimination des Girondins de la Convention, le 2 juin 1793, et la dictature instaurée par le Comité de salut public dirigé par les Montagnards entraîne de nombreux soulèvements en province. Rarnbaud, bien jeune encore, est élu pas ses concitoyens, le 15 juillet 1793, Président de la Commission populaire de Salut Public lyonnaise, dont l'immense tâche est d'organiser les préparatifs du siége. En cette qualité, Rambaud a l'honneur de recevoir le serment du général Précy, nommé commandant en chef des forces lyonnaises. Louis-François Perrin, comte de Précy est un ancien officier du régiment de Picardie, futur général, et ancien commandant de la garde constitutionnelle de Louis XVI.
Le 29 mai, une assemblée des sections réunie à l'Arsenal décide de renverser la municipalité, défendue uniquement par les bataillons de 5 sections et une partie des troupes de ligne. Venus à l'Arsenal, les représentants Gauthier et Nioche sont mis en garde à vue. Dans la nuit, les Chaliers sont arrêtés, et le modéré Bénami est nommé président provisoire. Le lendemain, Coindre devient maire, et le juge Ampère (père du physicien André-Marie Ampère) est désigné pour instruire le procès de Joseph Chalier et de ses amis5.
Confronté à des insurrections fédéralistes après les journées du 31 mai et du 2 juin 1793, la Convention considère qu'il s'agit d'une révolte girondine. De fait, dès la mi-juin, des contacts sont noués avec les départements voisins et les autres villes insurgées, Marseille, Nîmes et Bordeaux. Dans la ligne des mouvements fédéralistes, Lyon exige la réunion des conventionnels suppléants à Bourges. Par ailleurs, la municipalité de Lyon constitue une armée de 10.000 hommes composée d'éléments populaires, mais commandée par des royalistes. Parmi eux, le comte de Précy, assisté de Clermont-Tonnerre, Virieu, Pantigny, Nolhac, Villeneuve, La Roche d'Angly et le chevalier de Melon5.
La Convention envoie à Lyon Lindet pour négocier. Mais les dirigeants de l'Arsenal, soutenus par le député girondin fugitif Birotteau refusent tout accommodement. Le 30 juin, 207 délégués des cantons du département et des sections urbaines nomment une Commission populaire républicaine et de salut public du Rhône-et-Loire, qui envoie une Adresse des autorités constituées de Lyon aux armées, aux citoyens et à tous les départements de la République. Ayant mandé en vain les autorités lyonnaises, la Convention prend une série de décrets, les 12 et 14 juillet, mettant hors la loi Birotteau, destituant les dirigeants lyonnais, séquestrant leurs biens, invitant les individus entrés à Lyon depuis le 29 mai à en sortir et ordonnant aux représentants à l'Armée des Alpes de rétablir à Lyon les lois de la République5.Dans ce contexte d'exacerbation du conflit, Chalier est condamné à mort le 16 juillet et guillotiné le lendemain, suivi le 31 juillet par Ryard, qui commandait les troupes de la commune le 29 mai. Hiddins s'est suicidé en prison et un autre leader montagnard est massacré dans la rue. Parmi les autorités, de même, les républicains modérés sont progressivement remplacés par des royalistes5. En cette qualité, Pierre-Thomas Rambaud donne le signal de la prise d'armes par une proclamation énergique : Levez vous, citoyens, ne souffrez pas qu'on vienne ravir vos propriétés et un bien plus précieux, votre liberté ! Préparez vous à combattre et à vaincre ! Plus de sollicitudes domestiques ou commerciales ! aux armes citoyens !
Assiégée par les armées révolutionnaires de Dubois-Cracé, la ville est bombardée faute de pouvoir être investie. Ce que Rambaud demande à ses compatriotes en termes si ardents, il l'exécute lui-même. Ses fonctions expirées, il prend le mousquet et se fait soldat. Mêlé comme le plus vulgaire citoyen des sections lyonnaises, il ne quitte plus son fusil, paie de sa personne en toute occasion. Il concourt aux brillants faits d'armes qui illustrent ces soldats improvisés. Il voit souvent tomber à ses côtés des compagnons, des amis, des parents... Réduits à la famine, les 10.000 Lyonnais se battent contre 64.000 hommes bien armés et ravitaillés. Lyon est finalement prise le 9 octobre 1793.
Le 9 octobre, Louis-François Perrin, comte de Précy et 2.000 survivants et des civils par le faubourg de Vaise. L'objectif est de passer la Saône, puis de gagner la Suisse. Le gros des fuyards traverse les lignes sous le feu des assiégeants, mais l'arrière-garde, sous les ordres du comte de Virieu, est anéantie dans le défilé de Saint-Cyr. Au terme d’un périple à travers le Lyonnais et le Beaujolais, 80 hommes seulement, selon Thiers, parviennent à gagner les pays amis. Les autres sont capturés ou massacrés par des paysans.
Dans la ville une série de crimes sont commis. Le 9 octobre, les représentants créent une Commission militaire, afin de juger les personnes prises les armes à la main, et une Commission de justice populaire, devant statuer sur les autres rebelles. Trois jours plus tard, la Convention décide la formation d'une Commission extraordinaire de cinq membres chargée de punir militairement et sans délai les criminels contre-révolutionnaires. La Commission militaire fait fusiller 106 personnes. La Commission de justice populaire fait guillotiner 79 personnes, dont Bénami, Coindre et le juge de paix Ampère. Quant à la Commission révolutionnaire extraordinaire, qui siège du 30 novembre 1793 au 6 avril 1794, elle décide de massacrer ses victimes par des mitraillades collectives. 209 condamnés sont tués par trois pièces de canon chargées à mitraille dans la plaine des Brotteaux. C'est Fouché, le futur ministre de la police de l’Empire, qui applique et exécute les Lyonnais au canon Lors de sa dernière séance du 17 germinal (= 6 avril 1794), la Commission extraordinaire se vante d'avoir fait exécuter 1.684 personnes.Le 11 Octobre, les délégués du gouvernement décident de la destruction des murs de la ville. Barère est à l'origine d'un décret qui ordonne que Lyon perde son nom, et devienne Ville-Affranchie. Le même décret préconise la destruction de toutes les propriétés occupées par des gens riches. La place Bellecour, par exemple est mal née aux yeux des révolutionnaires. Elle est rebaptisée place de la Fédération, puis Egalité. La statue équestre, symbole monarchique par excellence, est détruite, et fondue afin d’en faire des canons. Les façades Est et Ouest sont détruites sur ordre de la Convention qui y fait fusiller des vaincus. La place n’est alors plus qu’un champ de ruines, comme reflet de la ville qui n’est plus. Sur les ruines de Lyon doit être érigée une colonne commémorative du châtiment avec l'inscription Lyon fait la guerre à la liberté: Lyon n'est plus !. Heureusement les 600 belles demeures promises à la démolition ne sont pas toutes détruites.
Rambaud, après le siége, est resté à Lyon. Mais il est traqué par les montagnards. Il parvient à sauver sa vie en s'échappant à l'aide d'un déguisement. Il revêt un habit militaire, et muni d'un certificat de sortie d'hôpital, où il a des amis. Il se fait passer pour un soldat convalescent qui va aux frontières rejoindre son drapeau. A tout moment il voie quelques-uns de ses compagnons de fuite, reconnus, arrêtés et conduits à Lyon, c'est-à-dire à la mort. Les angoisses de ce terrible voyage se renouvellent à chaque pas, à chaque ferme, à chaque village. Enfin, après de mortelles péripéties, Rambaud atteint la frontière suisse. Il se fixe près de Lausanne, où il est bientôt rejoint par Madame Rambaud qui, emmenant avec elle ses deux enfants en bas âge, accompagnée d'une seule servante, ayant osée exécuter à pied ce dangereux voyage. Rambaud demande le pain de l'exil à quelques travaux de teneur de livres de comptes.. Madame Rambaud de son côté, emploie son temps à des ouvrages d'aiguilles, faisant de la broderie, et gagnant quinze sous par jour. Malgré ces précieux suppléments, le petit pécule apporté de Lyon par Rambaud, s'épuise chaque jour.
La ligue noire : il ne s'agit pas vraiment d'un chant contre-révolutionnaire, mais d'un chant de combat des Lyonnais, soulevés contre les horreurs de la Révolution.
Rambaud est rétabli dans ses fonctions du ministère public. Puis, il est mandé par la Convention, avec quelques autres notables, pour rendre compte de l'état de la cité. Introduit à la barre de la Convention, forcé d'improviser un discours devant cette assemblée redoutable et ombrageuse. Il sait se tirer de cette périlleuse tâche à la satisfaction commune et de l'Assemblée et de ses compatriotes.
Rambaud n'est pas encore revenu de Paris quand il est élu, à Lyon, par ses concitoyens, membre du conseil des Cinq-Cents. Une nouvelle carrière s'ouvre devant lui. Il y entre résolument. Armé de l'esprit du bien public, dévoué surtout aux intérêts lyonnais, il sait bientôt conquérir dans la nouvelle assemblée une place importante. Le 9 prairial an V, le député lyonnais fait au conseil des Cinq-Cents, une motion d'ordre tendant à obtenir une meilleure répartition de la contribution foncière entre les départements de la république. Cette motion importante, adoptée par l'assemblée, amène, pour le département du Rhône, un dégrèvement considérable. Quelques jours après , le conseil des Cinq-Cents ayant été saisi d'un projet de résolution sur la violation du secret des lettres, Pierre-Thomas Rambaud, nommé rapporteur de la commission, puise dans les inspirations de son honnêteté, un discours qui va devenir une référence. Il fait un rapport sur les secours à apporter aux défenseurs de la patrie.
Pierre-Thomas Rambaud prend aussi une part active à la fameuse et dramatique séance du 24 messidor. Mais avant de retracer ce brillant souvenir parlementaire, il est nécessaire de rappeler en quelques mots, les circonstances politiques auxquelles il se rattache. Les exécutions sanglantes, les persécutions atroces qui ont suivi le siége de Lyon, n'ont pas pu ne pas laisser au fond des cœurs, de profondes ulcérations. Des hommes que séparent non seulement leurs opinions politiques, mais un fleuve de sang, sont exposés journellement à se rencontrer face à face au sein de la cité. D'ailleurs on a à déplorer plusieurs représailles funestes, plusieurs actes de vengeance isolés. Placé entre les deux partis ennemis, le gouvernement d'alors, le Directoire, ne sait qu'entreprendre, n'osant s'appuyer ni sur l'un ni sur l'autre. Se rapprocher du parti révolutionnaire, c'est se lier à un passé dont il ne veut pas accepter l'épouvantable solidarité. Pencher vers le parti réactionnaire, c'est mériter le nom de contre-révolutionnaire qu'on commence déjà à lui donner. Cependant il n'est pas possible que le gouvernement du pays ne paraisse pas au moins s'apercevoir de ce qui se passe à Lyon. Dans cette singulière situation, le Directoire imagine d'adresser au conseil des Cinq-Cents, un message sur l'état de la ville de Lyon. C'est diminuer ses embarras que d'y associer le Corps législatif.
Ce message est le signal d'une explosion au sein de l'assemblée. C'est Camille Jordan qui prend la parole. Celui-ci est un descendant de la famille Rambaud, mais aussi un cousin de la mère de Pierre-Thomas. Il rappelle l'héroïsme et les malheurs de Lyon, ses maisons détruites, ses enfants égorgés. Il demande si après avoir immolé la population lyonnaise, on prétend aujourd'hui la déshonorer. Sa voix fière et pathétique, animée par le souvenir récent de si grandes catastrophes, touche à toutes les fibres capables de remuer le cœur de ceux qui l'écoutent. Plusieurs orateurs lui succèdent. Rambaud monte enfin à la tribune le 4 février 1797. A la différence de Camille Jordan, il s'adresse à la raison des députés et chErchent pas à les émouvoir. Dans un discours positif, il reprend un à un tous les faits articulés par le message du Directoire son cousin, les réfute avec énergie, et termine ainsi dignement cette mémorable séance, où la ville de Lyon montre avec fierté, qu'elle a parmi ses enfants de nobles et d'éloquents défenseurs.Durant sa législature, M. Rambaud forme des relations privées avec la plupart des personnages qui occupèrent plus tard les sommités sociales. Il est lié notamment avec Lebrun devenu depuis architrésorier de l'empire. Par son mérite propre, et par les hautes amitiés qu'il contracte, Rambaud va pouvoir s'élever aux premières dignités de l'Etat. Il n'y aspire pas. Son amour pour sa ville natale est plus fort que son ambition. Il en limite lui-même le théâtre aux limites de la cité lyonnaise.
Voir à ce sujet :
Notion d'ordre sur la contribution foncière, au conseil des Cinq-Cents, séance du 9 prairial an V. Paris.
Rapport sur la violation du secret des lettres au conseil des Cinq-Cents, séance du 26 messidor an V. Paris
Opinion sur le projet de résolution pour fixer la durée des fonctions qu'exercent les membres des Tribunaux criminels et pour rendre les accusateurs publics destituables par le Directoire exécutif; conseil des Cinq-Cents, séance du 6 frimaire an VI. Paris
Pierre-Thomas est procureur général impérial près la Cour d'appel de Lyon. Il devient membre de l'Académie de Lyon, membre du conseil général de département, président du conseil d'administration des hôpitaux.
Le 27 septembre 1808 il obtient les lettres patentes de chevalier pour lui et sa descendance. Puis l'empereur le fait baron de l'Empire le 22 octobre 1810. Pierre-Thomas, devient baron de la Sablière avec majorat, le 25 mars 1813. Son oncle, M. Louis Rambaud de La Sablière est si heureux d'avoir pu rouvrir sa chapelle qu'en faisant son testament et en disposant de sa fortune, il demande d'être inhumé dans ce lieu saint. Il lègue sa propriété de La Sablière à son neveu...
Après la déroute de Moscou, en 1813, la ville de Lyon envoie une députation solennelle au génie tutélaire de la France, pour le féliciter d'avoir fait périr 500.000 Français, et lui offrir des hommes et de l'argent. Rambaud, connu par son dévouement au héros, est choisi pour être à la tête de cette députation.
En janvier 1814, Pierre-Thomas convoque extraordinairement la cour d'appel, et, en séance publique, il prononce spontanément un nouveau serment de fidélité à l'empereur et aux constitutions de l'empire, déclarant hautement qu'il n'y avait et ne pouvait y avoir en France d'autres souverains légitimes que Napoléon Buonaparte et son auguste dynastie.
Quoique membre du conseil municipal, au 8 avril 1814, Rambaud ne prend aucune part à la délibération par laquelle les magistrats municipaux reconnaissent au nom de la ville, et proclament solennellement Louis XVIII comme seul et légitime souverain. Le maréchal Augereau ne peut empêcher la prise de Lyon par les Autrichiens.
Lorsque Louis XVIII remonte sur le trône de ses pères, Rambaud s'empresse de lui jurer publiquement serment de fidélité. Les principes qu'il professe semblent si purs et si vrais que le Corps municipal de Lyon ne croit pas mieux choisir qu'en le chargeant de porter à Vichy ses vœux à Madame la Duchesse d'Angoulême.
Ce fonctionnaire est opportuniste, mais son cas est presque général. Il devient Président honoraire de la Cour royale de Lyon, car il représente l'esprit de conciliation qui règne en haut lieu[5]. Jean Joseph, comte de Fargues, maire de Lyon, meurt dans l'exercice de ses fonctions, le 23 avril 1818. Installé le 3 juin, Rambaud s'est voué depuis cette époque à servir les volontés et les intérêts ministérielles d'une manière tellement exclusive, qu'il semble avoir entièrement renoncé à penser et à agir d'après lui-même.
On est en 1818, à l'époque où les troupes alliées viennent de quitter le sol de la France, en y laissant les traces profondes de leur passage. Les maux de la disette se sont joints a ceux de l'invasion. La patrie souffre tout entière, mais nulle part ses malheurs ne sévissent aussi cruellement qu'à Lyon. Sous le rapport moral, les troubles politiques de 1816 et de 1817 encore palpitants, les esprits exaspérés par les sanglantes catastrophes qui en ont été la suite, les populations profondément déchirées par les dissensions de partis. Sous le rapport matériel, les finances de la ville épuisées par les contributions militaires, notre commerce est anéanti par la guerre intérieure. Notre grande industrie péniblement occupée à se relever de sa chute, en un mot, des désastres du passé à réparer. Les passions du moment sont à contenir. La prospérité de l'avenir doit être préparée. Tel est l'état des choses à Lyon, quand le gouvernement du roi appelle le baron Rambaud à l'administration de cette grande cité.
Rambaud refuse d'abord, par modestie. L'insistance ministérielle augmente, à mesure que les refus persistent. Enfin arrive une dernière dépêche de M. Lainé. Le ministre, cette fois, faisant directement intervenir le nom du roi, allègue sa volonté personnelle. Pierre-Thomas cède et prend les rênes de l'administration municipale.Par sa position de famille, par les grands emplois dont il a été revêtu, par son mérite propre, le nouveau maire se trouve personnellement au niveau de ses hautes fondions. Par la modération connue de ses opinions, l'aménité conciliante de ses manières et de son langage, nul n'est plus propre que lui à calmer l'ardeur des dissensions de partis. Enfin, par son habitude des affaires, son activité et sa capacité, il peut mieux que tout autre lutter contre les difficultés administratives el financières que le malheur des temps a accumulées à Lyon. Rambaud se dévoue courageusement à cette grande œuvre.
Dans la séance du Conseil municipal de la ville de Lyon, du trente novembre 1818, où se retrouvent MM. le baron Rambaud, maire et président, Morel, secrétaire, Courbon de Montviol, Lécuyer, Bottu de Limas, Arlès, Frère Jean, Péclet, Servan, Mallié, Charrasson, Vitet, Mottet, le marquis de Ruolz, le maire fait part au Conseil qu'en exécution de sa délibération du 11 février 1815, il charge M. Bray de Valfrène, référendaire en la chancellerie, de poursuivre, auprès du Conseil du sceau, la délivrance des lettres patentes portant confirmation des anciennes armoiries que la ville de Lyon avait avant 1789, en y ajoutant l'épée haute, pour rappeler le siége honorable que notre ville a soutenu, en 1793, pour la défense de la cause royale. Il annonce que le premier avis qu'il a reçu, quant a la dépense, lui indique que, comme il ne s'agit que d'une confirmation, le droit à payer ne sera que du quart de la somme fixée par les règlements...
La discussion ouverte, le conseil, considére que la demande qu'il a formée, par sa délibération du 11 février 1815, a pour but principal de transmettre à la postérité le souvenir du siége mémorable qu'a soutenu la ville de Lyon, en 1793, pour la défense de la cause royale. Il déclare qu'il persiste dans sa délibération du 11 février 1815, en sollicitant des bontés de Sa Majesté la faculté d'ajouter l'épée haute aux anciennes armoiries de la ville, qui sont: De gueules au lion d'argent, au chef cousu de France, qui est d'azur, aux trois fleurs de lis d'or. Expédition de la présente délibération sera adressée, tant à M. le préfet qu'à M. Bray de Valfrène, référendaire à la chancellerie de France.... Signé : Morel, secrétaire, baron Rambaud.La demande du Conseil municipal est bien accueillie. Il reçoit les lettres patentes qui suivent :
LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut;
Voulant donner à nos fidèles sujets des villes et communes de notre royaume un témoignage de notre affection, et perpétuer le souvenir que nous gardons des services que leurs ancêtres ont rendus aux rois nos prédécesseurs, services confirmés par les armoiries qui furent anciennement accordées auxdites villes et communes, et dont elles sont l'emblème, nous avons, par notre ordonnance du vingt-six septembre mil huit cent quatorze, autorisé les villes, communes et corporations de notre royaume, à reprendre leurs anciennes armoiries, à la charge de se pourvoir à cet effet devant notre commission du sceau, nous réservant d'en accorder à celles des villes, communes et corporations qui n'en auraient pas obtenu de nous et de nos prédécesseurs, et, par notre ordonnance du vingt-six décembre suivant, nous avons divisé en trois classes lesdites villes, communes et corporations.
EN CONSÉQUENCE le baron Rambaud, maire de notre bonne ville de Lyon, département du Rhône, en exécution de la délibération du Conseil municipal du onze février mil huit cent dix-huit, s'est retiré par-devant notre garde des sceaux, ministre-secrétaire d'État au département de la justice, lequel a fait vérifier, en sa présence, par notre commission du sceau, que le conseil municipal de ladite ville de Lyon a émis le vœu d'obtenir de notre grâce des lettres patentes portant attribution de ses anciennes armoiries, qui étaient : de gueules, à un lion d'argent et un chef d'azur à trois fleur* de lis d'or, et l'addition à ces armoiries d'une épée dans la patte dextre du lion.
C'est le baron Rambaud qui commence à embellir sa ville. Cette série de travaux qu'une administration habile el hardie lui valent la satisfaction et la reconnaissance des Lyonnais.
C'est son habile persévérance qui obtient de la liste civile la cession de la presqu'île Perrache, le plus grand bienfait, sans contredit, dont l'administration du baron Rambaud dote sa ville natale.
C'est lui qui, le premier, adopta le projet d'élever les eaux du Rhône pour les distribuer sur toute la surface de la ville, ouvrage gigantesque.
La première pierre de la statue de Louis XIV, place Bellecour, est posée le 1er mai 1821, par le maréchal duc de Bellune, au nom du duc d'Angoulême, en présence du comte Matthieu de la Redorte, commandant la 19e division militaire, du baron d'Ordonneau, commandant le département, du comte de Lezay-Marnésia, préfet du Rhône; du maire de Lyon, M. Rambaud; d'un grand nombre de fonctionnaires et d'officiers supérieurs; du comte de Monspey, président de la commission, et des députations du Conseil municipal et du Conseil général du département. Lors de l'inauguration, Pierre-Thomas et son cousin, le préfet de Brosse prononcent chacun un discours en présence des personnalités.Mais ce qui recommande surtout l'administration du baron Rambaud, ce sont les améliorations morales et administratives qu'il sait réaliser. La comptabilité est simplifiée au sein des finances municipales. Les rouages du pouvoir sont perfectionnée. Il est à l'origine d'une caisse préparée pour les retraites, d'une autre pour les épargnes, d'une foule d'établissements d'utilité publique protégés et soutenus.
Sa sagesse dicte en grande partie, une multitude d'arrêtés municipaux sur la police, sur la voirie, sur l'octroi. Il recrée la bibliothèque Adamoly. C'est encore lui qui ouvre à l'Académie les portes du palais Saint-Pierre.
L'administration de Rambaud n'est pourtant pas exempte de nuages. Il est plus d'une fois en butte aux oppositions de ceux dont il ne partage pas les idées, ou dont il ne sert pas les desseins. Jamais ils n'ont le pouvoir ni de le détourner de son but, ni de lasser sa constance. Nommé maire en 1818, réélu en 1822, il conserve ses fonctions jusqu'en 1826, époque légale de leur expiration. C'est ce que disent ses amis, mais les ultras se vantent de l'avoir remplacé par un des leurs, Jean Lacroix de Laval.
Barthélémy-Hippolyte de Boisset, de 1821 à 1826 est l'adjoint du baron Rambaud, grand-oncle de sa femme. Son frère aussi, au début de ses mandats... Ses titres de noblesse sont confirmés par le roi.
Jean-Thomas Rambaud jouit pendant dix-neuf ans de celte vie intime et douce. Il est le premier à en pressentir la fin. Il vient de passer les beaux jours de l'automne, avec sa famille, à Vourles, dans un petit château qu'il affectionne. Le moment du retour à la ville étant venu, on a va partir. La voilure qui doit ramener Rambaud et ses enfants attend dans la cour. Il va y monter. Tout à coup il ordonne de suspendre le départ, remonte dans son appartement, s'en fait rouvrir les portes. Il veut, dit-il, jouir une dernière fois de ce beau paysage qu'il a tant aimé ! Après un moment de contemplation muette et solennelle, il s'arrache à ce spectacle, et rejoint sa famille. Ce funèbre pressentiment ne le trompe pas. A peine revenu à Lyon, sa santé s'altère. Bientôt ses forces défaillent. Il rejoint l'orient éternel le 20 février 1845, au milieu de ses enfants, dans la 91e année de son âge, 32 rue Sainte-Hélène à Lyon. Albert Lardret dans Le grand siècle de la franc-maçonnerie nous dit qu'il est membre de La Sagesse en 1787.La religion, dont il a jadis protégé les ministres, les entourent de leurs consolations. La cité pleure en lui le plus dévoué de ses enfants. Le baron Rambaud est surtout Lyonnais. Citoyen, soldat, magistrat, législateur, administrateur, il n'est pas une seule action de sa vie publique qu'il n'ait rapportée à sa ville natale.
La ville de Lyon ne lui est point ingrate. E
lle lui décerne des témoignages publics de reconnaissance. Elle veut que l'un de ses plus beaux cours, établi sur le sol que son zèle administratif a conquis, porte son nom et le consacre à la postérité. Elle veut encore que son buste, sculpté en marbre par un ciseau lyonnais, et exposé dans le palais des Arts, immortalise les traits de sa figure. Ainsi, un témoignage de sympathie municipale a inauguré le commencement de sa carrière. Un témoignage de reconnaissance publique en marque la fin. Des 70 années qui se sont écoulées depuis la montre d'or offerte au jeune orateur, jusqu'au buste de marbre décerné au vénérable magistrat, il n'en est pas une qui n'ait été consacrée à des devoirs publies. La magistrature et l'administration se sont partagées cette longue vie. Mais la magistrature garde du baron Rambaud plus que le souvenir. Elle est heureuse de voir refleurir dans son sein son nom, ses vertus, sa modestie : pour elle le baron Rambaud n'est pas mort tout entier.
1. Les gardes du corps de Louis XVI, Gilbert Bodinier, Mémoires &;; Documents, avril 2005.
2. Les Rambaud, de la Maurienne au Lyonnais - XIVe- XIXe siècle, Philippe Rambaud, Lettre de France 2010.
3. Pierre Thomas Rambaud de la Sablière Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny).
4. Travaux de la Société d'histoire et d'archéologie de la province de Maurienne : bulletin, 1904 (SER2,T4,PART1).
5. L'opinion publique et la vie politique à Lyon lors des premières années de la seconde Restauration: la réaction ultra et l'expérience constitutionnelle, 17 juillet 1815-9 janvier 1822, Annales de l'Université de Lyon: Droit, Georges Ribe, Librairie du Recueil Sirey, 1957.