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Nicolas-Jérôme Herlaut

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Nicolas-Jérôme Herlaut
Publié le:07/09/2010

Trésorier général, l'un des six grands financiers lotisseurs de la place Vendôme


Nicolas-Jérôme Herlaut est né vers 1650 et mort le 12 mai 1716 à Paris.

Ce financier, très proche de Michel Chamillart (1652-1721), est le trésorier général des Gardes-Françaises et des Gardes suisses, l'un des six grands financiers lotisseurs de la place Vendôme. Son prénom est parfois écrit Nicolas-Hierosme et son nom orthographié Herlaud ou Herlant. 

 

SA FAMILLE

 

Hôtel des Rats à Compiègne : Herlaut, Mottet...
Hôtel des Rats à Compiègne : Herlaut, Mottet...
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Les Herlaut sont originaires du Beauvaisis, mais nous les retrouvons à Paris et surtout à Compiègne. Ils portent d’abord : D'or, au chevron d'azur, accompagné de trois roses de gueules.

Henri Herlaut est en 1687 conseiller du roi et ancien échevin de la ville de Paris. Nous connaissons par un document les voix qu’il obtient pour être échevin de Paris en 1696 [1].  Les échevins prêtent serment entre les mains du roi. C’est un titre de noblesse (édits de 1706 et 1716).

Antoine Herlau a le même blason et est prêtre et docteur en théologie de la faculté de Paris.

Dès le XVe siècle, Maistre Guillaume Herlaut est cité dans des lettres du roi Louis XI (1423-1483) [2].  

Mais son père, Jérôme Herlaut, n'est qu'un riche marchand à Compiègne et à Paris. Il achète le petit hôtel des Rats à Compiègne en 1683, pour 4.050 livres, à Jean le Caron de Brissocourt, maître des Eaux et Forêts de la forêt de Laigue [3].

Nicolas-Jérôme constitue une rente à son père Hierosme Herlaut, marchand résidant ordinairement  en la ville de Compiègne, le 24 juillet 1685 [4].  Son père n'est pas qu'un négociant. Il a été l'élu de Compiègne. Cette charge consiste à répartir l'impôt et à juger en première instance les contribuables. A cette époque, l'office d'élu non-seulement est vénal, contrairement au sens même de cette dénomination, mais de plus il peut s'exercer par délégation à Compiègne. Son père donne sa charge de conseiller du roi au grenier à sel de Compiègne à son frère en 1698. 

Château d'Orrouy ayant appartenu à la famille Herlaut  et aux Mottet de La Motte
Château d'Orrouy ayant appartenu à la famille Herlaut et aux Mottet de La Motte
Le château de la Motte, de style classique comprend un corps de logis entre deux pavillons légèrement saillants, sur deux étages, dans un parc à la française. Sur la gauche se trouvent les communs avec un pigeonnier et une orangerie. Il y a à cette époque un moulin sur l'Automne. Archives Guy de Rambaud (merci à mon ami feu Germain Kouba de Compiègne)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Sa mère est cousine de Guillaume Baron, sieur du Tiagou, conseiller du roi, subdélégué à Mortagne et Louis Crosson. Son père se remarie en 1674 avec Antoinette de Lavaux, veuve de Pierre Moreau, important négociant en bois parisien, intéressé dans les Affaires du Roi. Sa belle-mère, Antoinette de Lavaux, est la grand-mère de Marie Moreau de Lavaux (1704-1786) qui se marie en 1727 avec Jean Michelin, écuyer, conseiller et secrétaire du roi, commissaire ordinaire des guerres demeurant rue Beaubourg, père de Louis Michelin, l’arrière-grand-père d’Édouard Michelin (1859-1940).

Nous trouvons aussi un Sébastien Herlaut et son fils, Pierre Philippe Herlaut de L'Hermitte marié en 1739,  à Compiègne, à Jeanne Thérèse de Sabinet.

  • Louis II Mottet (1651-1740) part de Mantes très jeune vivre à Paris et épouse la soeur de Nicolas-Jérôme. Le mariage de Louis II Mottet avec Marguerite Herlaut de La Motte (1667-1745), a lieu en février 1683, à Saint-Germain-l'Auxerrois, à l’époque paroisse des rois de France. Du fait de cette alliance, le blason des Mottet de La Motte devient au XVIIe siècle : D'argent, au chevron d'azur, accompagné en chef de deux roses de gueules, tigées et feuillées de sinople, et en pointe d'une motte de sable, au chef du second, chargé de trois étoiles d'or, car le blason des Herlaut de La Motte comporte en pointe une motteLa motte est ajoutée après l’achat du fief et du château de La Motte.
  • Une autre de ses soeurs, Claude,  est mariée à Pierre Cressent, maître de la Poste de Gournay.
  • L'un des frères de Nicolas-Jérôme Herlaut est colonel du régiment de Saint Hermine en 1706 et chevalier de Saint Louis. 
  • Hiérosme II Herlaut de La Motte, son autre frère, succède à leur père. Il est donc Conseiller du Roy, l’un des neuf élus rendant la justice dans l’élection, l’un des deux grenetiers à l’important magasin à sel de Compiègne, dès 1698 [5]. Hiérosme II Herlaut de La Motte est seigneur de La Motte, Champlieu, Donneval et d’autres lieux, comme il est précisé sur l’acte de mariage de son neveu Claude Mottet en 1723. Il est surtout un officier de vénerie de la maison du Roi. Mais, il continue à faire un important négoce de bois [5]. Il n’a pas d’enfants avec sa femme Suzanne Moreau de Champlieu. Ses terres, ses biens et ses charges reviennent par héritages aux Mottet de La Motte, aux Moreau de Champlieu et bien entendu aux derniers Herlaut de La Motte.

 

Pour plus de précisions sur sa famille, voir Famille Mottet à Compiègne.

 

FERMIER DE LA TERRE DE MONTFERMEIL

 

Le château de Montfermeil
Le château de Montfermeil
© Guéroult Dupas
Lithographie du XVIIIe s.
Nicolas-Jérôme Herlaut rencontre Michel Chamillart dans les années 1690. Il n'est encore lui-aussi qu'un marchand bourgeois de Paris.

Michel Chamillart le choisit en 1695 pour être fermier des revenus de sa terre de Montfermeil [6], montrant par là son affection pour le personnage, écrit Emmanuel Pénicaut [7]. Le bail est conclu pour six ans moyennant 5.000 livres par an et quelques redevances en nature. Montfermeil c'est le château seigneurial, 336 arpents de terres labourables, 63 arpents de prés, 180 de bois et le Petit château [8]. Le bail du 12 septembre 1695 est fait à Augustin Fabre dont Herlaut se porte caution. Nicolas-Jérôme Herlaut fait des réparations au château pour le compte de Chamillart. En 1701, le dernier compte que rend Herlaut de sa gestion fait apparaître le ministre a dépensé 15.000 livres et a eu des recettes égales à 13.000 livres [9]. 


TRÉSORIER GÉNÉRAL DES GARDES FRANÇAISES ET SUISSES 

 

Enseigne et capitaine du régiment des gardes françaises en 1697.
Enseigne et capitaine du régiment des gardes françaises en 1697.
© anonyme
gravure ancienne scannée
Le bourgeois de Paris Nicolas-Jérôme Herlaut fait partie désormais des gens de finance, traitants ou maltotiers, pour employer les termes de l'époque. Michel Chamillart le favorise de tout son possible dans ses multiples affaires financières. Nicolas-Jérôme Herlaut achète le 21 avril 1702 la charge de Trésorier alternatif et mi-triennal général des Gardes [10], 430.000 livres [11]. Cette charge vient d'être crée par le roi et ses gages effectifs sont de 15.000 livres. Il devient un ordonnateur qui ne voit pas d'argent et décide de tout ce qui doit être payé, si l'on s'en tient à la définition du Dictionnaire du Grand Siècle, de François Bluche. C'est une fonction très importante, au sein de la maison du Roi, car les Gardes sont nombreux et largement dotés au niveau financier. Ces unités d'élite ne se limitent pas au seul Garde du corps du roi, mais la Maison militaire du roi de France regroupe sous ce nom de nombreuses unités. Toutefois d'autres sources, dont Pénicaut, précisent qu'il n'est que Trésorier général des régiments des Gardes-Françaises et des Gardes suisses, ce qui est déjà une charge très importante. Il est d'ailleurs cité comme Trésorier général des gardes françaises et suisses sauf-conduit du 26 novembre 1710 [12]. Un arrêt du Conseil d'État, du 16 janvier 1712, ordonne que le sieur Paparel, trésorier de l'ordinaire des guerres, les sieurs Beausergent, Herlaut, Giraugis...  trésoriers-payeurs des commissaires et contrôleurs des guerres, seront tenus de payer comptant à Lelong, toutes les sommes qui peuvent leur appartenir [13]. 

 

BANQUIER

 

Nicolas-Jérôme Herlaut est l'ami de Michel Chamillart [14], Contrôleur général des finances en 1699 et Secrétaire d'État  à la Guerre l'année suivante. Même si ses autres proches font au ministre Michel Chamillart, tout au long de sa vie, des dons importants, Nicolas-Jérôme Herlaut est vraiment le plus généreux d'entre eux [14]. Mais lui-aussi s’enrichit comme financier, grâce à Chamillart, et il considère Michel II Chamillart de Cany, qui est parfois dit son neveu, comme son fils. L'auteur a essayé de retrouver un lien de parenté, mais cela ne figure ni dans les documents d'archive, ni dans la généalogie de la famille de Chamillart.

Comme banquier,  Herlaut prend trois sols quatre deniers sur vingt. Luillier, Sauvion, Fontanieu, ses collègues prennent les mêmes intérêts. Besnier prend encore plus : quatre sols deux deniers [15].

Herlaut se montre parfois un associé prudent. Il retarde une opération financière qui n'a lieu que le 19 juin 1705 et les jours suivants devant l'Intendant des finances Nicolas de Heudebert du Buisson.

 

LA PLACE VENDÔME

 

Le corps de la ville de Paris inaugurant la statue de Louis XIV sur la place Louis-le-Grand
Le corps de la ville de Paris inaugurant la statue de Louis XIV sur la place Louis-le-Grand
© Jollain
Estampe (gallica)
La place Vendôme, construite sur le terrain de l'hôtel Vendôme par Jules Hardouin-Mansart et Germain Boffrand est  financée par une société groupant six spéculateurs :

* Le remuant Le Thouanne possède le sixième de son capital,

* le fermier général Alexandre Lhuilier, 

* le trésorier de l'extraordinaire des guerres Jean de Sauvion possède le sixième de son capital, 

* le receveur général des finances Moïse Fontanieu, 

* Nicolas-Jérôme Herlaut de la Motte,

* l'avocat Mathurin Besnier. 

Une fois les façades édifiées, les terrains sont revendus à des particuliers pour qu'ils construisent le reste des bâtiments [16]. La superficie achetée par Herlaut est de 9.980 toises, soit 3 ha 78.  La Revue Hommes et Mondes nous dit que : 

L'hôtel du financier au n° 18 et 20 place Vendôme.
L'hôtel du financier au n° 18 et 20 place Vendôme.
© G. de RAMBAUD
G. de RAMBAUD
Pour sa part, Herlaut, trésorier général des gardes, a acquis de compte à demi avec Bernier vingt huit arcades de la future place, soit 1.395 toises [17]. 

Nicolas-Jérôme Herlaut acquiert ses terrains le plus souvent sous le nom de sa belle-fille Claude Marescot, dont un contrat homologué dès le 9 juin 1701 [18]. Celle-ci est la femme d'Antoine Barjavel, Sieur de Saint-Louis [19].

Le n° 10 et n° 12 de la place Vendôme forment un lot. Leurs terrains et façades sont à l'emplacement des futurs hôtels de La Tour-Maubourg et Baudart de Saint-James. Ils sont  acquis, en 1699, par Nicolas-Jérôme Herlaut conjointement  avec Mathurin Besnier, avocat au Parlement de Paris, beau-père de l’architecte Jacques V Gabriel.

Le n°10 est  attribué à Besnier lors du partage, puis vendu par celui-ci, en 1711, à Urbain Aubert, secrétaire du roi, receveur général des finances de Caen et président de la chambre des comptes de Rouen, qui y fait construire un hôtel. En 1717, ce dernier est acquis par Jean Hector de Fay de Latour-Maubourg, inspecteur général de l'infanterie et maréchal de France, d'où son nom. 

Herlaut lors du partage avant la vente se voit attribuer le lot n° 12, le futur hôtel Baudard de Saint-James. Il le revend en 1700 à Louis Dublineau, Docteur en Sorbonne, prieur de Longchamp qui y construit son hôtel. En 1702, il en donne l'usufruit au financier Urbain Aubert et à sa femme et la nue-propriété aux enfants de ceux-ci. En 1777, le n°12 est acquis par Claude Baudard de Saint-James, trésorier général de la Marine, créateur de la folie Saint-James à Neuilly-sur-Seine qui fait réaliser le décor intérieur par François-Joseph Bélanger et le peintre Jean-Jacques Lagrenée. 

Nicolas-Jérôme Herlaut est aussi l'un des premiers habitants de la place en 1703 [21]. Il se fait construire au n°20 un hôtel donnant sur la place et achète en 1704 un petit corps de logis avec un jardin donnant sur la rue de la Corderie. Nous avons un cautionnement par Herlaut devant le notaire Charpentier, de la vente par Barthélémy François Neyret, sieur de Preuilly et Catherine Neyret, sa soeur, d'un petit corps de logis, place et jardin en dépendant ayant entrée sur la rue de la Corderie, près de la place Louis-le-Grand contenant 197 toises, moyennant le prix de 60 livres la toise, de 17.876 livres... [22]. 

Ce financier achète également, en 1710, le lot n° 18 qui correspond à l’hôtel Duché des Tournelles, pour agrandir son propre hôtel situé au 20 de la future place Vendôme. Son hôtel particulier doit devenir l'un des plus beaux de Paris [23]. Pour cela Herlaut  achète sous le nom de Madeleine Beaunier de Marine une place de 385 toises environ dont la face contient huit arcades, tenant d'un côté et par derrière aux terrains qu'il possédait déjà et l'autre côté ceux de Claude François Paparel, trésorier général de l'ordinaire des guerres [20]. Il lèguera tout cela au  fils de Chamillart, le marquis de Cany. Ceux-ci la revenderont en 1723 à Guillaume Cressart, syndic des rentes de l'hôtel de ville, qui y fera construire un hôtel qu'il revendera en 1733 au fermier général Louis Auguste Duché des Tournelles. 

La parcelle du n° 16, futur Hôtel Moufle, est acquise par Herlaut, puis revendue à l'entrepreneur Pierre Grandhomme en 1723 qui construira cet hôtel.  Celui-ci sera vendu en 1733 à Barthélémy Moufle de la Thuilerie, trésorier général de la Marine [24].

Le 24 mai 1708, la ville de Paris accorde à Nicolas-Jérôme Herlaut trente lignes d'eau à prendre sur le plus proche regard, nous disent les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, Volume 15.

Traversant souvent des périodes de difficultés financières Herlaut refuse parfois de payer ce qui donne lieu à procès [25].  La société est au début un échec. Les spéculateurs au départ comptent vendre les terrains en quatre ans. Mais les hôtels particuliers restent peu nombreux, comme le rappelle Bruno Pons dans De Paris à Versailles, 1699-1736: les sculpteurs ornemanistes parisiens et l'art décoratif des bâtiments du roi (1986). Sauvion vend son sixième au roi. 

 

LA FIN DE SA VIE

 

CPA du château de Bruel, à Marcilly-en-Villette, acheté et agrandi en 1709 par Herlaut.
CPA du château de Bruel, à Marcilly-en-Villette, acheté et agrandi en 1709 par Herlaut.
Archives Guy de Rambaud
© G. de RAMBAUD
G. de RAMBAUD
Nicolas-Jérôme Herlaut fait ,en 1704, une bonne affaire en vendant une masure et son terrain derrière le couvent des Jacobins [21]. 

Selon Saint-Simon, Michel Chamillart écrit à son successeur : Je vous recommande M. Herlaut, et vous serai très redevable de régler ses changes de 1707 le plus tôt que vous pourrez ; je ne saurois assez me louer de son bon cœur et de son affection... [26]. 

En avril 1709, Madeleine Isidore de Guéribalde aliène Le Bruel, au nord-ouest du bourg de Marcilly-en-Villette, en faveur de Nicolas-Jérôme Herlaut. Le financier l'achète le château,  les douze étangs, et la vingtaine de seigneuries que contient la terre de Bruel. Il donne 100.000 livres, mais il reste à verser à son ancienne propriétaire 96.435 livres [27]. Ce sont ses héritiers qui devront payer. Il va la léguer après la mort de ce dernier à Michel Chamillart chevalier, marquis de Cany, qui est dit son neveu dans Légendes de l'Orléanais  de Charles Vassal. La seigneurie du Bruel sera estimé en 1746 à 133.299 livres et vendue 748.864 livres comme bien national [28]. Herlaut de 1709 à sa mort fait de gros travaux de restauration dans le château et lui ajoute une aile neuve. Du château initial il ne reste que l'aile élevée par Herlaut [29].

 

SON HÉRITAGE

 

Chamillart et ses proches jouant au billard
Chamillart et ses proches jouant au billard
© Anonyme
Lithographie
Nicolas-Jérôme a un fils unique qui décède avant sa mort. Sa belle-fille, Claude Marescot, devenue veuve, se remarie à Antoine Barjavel, sieur de Saint-Louis [19]. Celui-ci est cité dans le Journal de la régence (1715-1723), de Jean Buvat et dans l'Inventaire des arrêts du Conseil du roi, règne de Louis XV (arrêts en commandement), de Michel Antoine (Archives nationales).

Nicolas-Jérôme Herlaut teste le 10 avril 1710 et meurt le mardi 12 mai 1716, à Paris. Philippe de Courcillon de Dangeau, dans son Journal [30], écrit :  Arlot (sic), trésorier du régiment des gardes, mourut subitement. On a trouvé son testament, par lequel il donne à Madame de Chamillart sa maison dans la place de Vendôme qui est belle, et fait de Monsieur de Cany, son légataire universel. Il laisse un bien considérable ; mais comme il étoit sujet à la chambre de justice, cela pourra diminuer  beaucoup le legs qu'il fait à Monsieur de Cany.

Herlaut meurt à la fois propriétaire de biens considérables et d'une charge valant 430.000 livres, mais criblé de dettes.

Il exerce jusqu'à sa mort sa charge de Trésorier général des régiments des Gardes-Françaises et des Gardes suisses. Celle-ci est supprimée en décembre 1716. Les héritiers ne sont pas indemnisés tout de suite. Par contre, Herlaut doit à sa mort 131.905 livres à divers étapiers pour les fournitures de l'armée en 1713 [11]. Ce n'est qu'en 1720 Chamillart et sa belle-fille obtiennent du Régent que cette somme soit remboursée. Mais les héritiers ne touchent cette somme que le 23 juillet 1721 [31].

Enrichi grâce à Michel Chamillart, il fait don à la femme de son protecteur, Élisabeth-Thérèse Le Rebours (1657-1731), de l'hôtel construit en 1703, place Vendôme et à l'ancien ministre des tableaux et des glaces qui se trouvent à l'intérieur. 

Il donne à la demoiselle Beaunier de Marine une petite maison, rue de la Corderie, ainsi qu'une pension de 1.200 livres à prendre sur les revenus de l'hôtel donné à Élisabeth-Thérèse Le Rebours. Le 20 janvier 1717, Michel Chamillart rachète et le jardin attenant à cette demoiselle et lui promet 36.000 livres qu'il achève de verser en 1719.

Nicolas-Jérôme Herlaut fait de Michel II Chamillart, marquis de Cany, fils de son ami, son légataire universel [21], donc l'héritier entre autres de la terre du Bruel, dans l'Orléanais, et de la vente de sa charge de Trésorier général des gardes. Il désigne Michel Chamillart comme son exécuteur testamentaire. La mort de son fils deux mois après celle d'Herlaut, le 23 juillet 1716 et les dettes poussent le ministre, alors disgracié, à se séparer de la plus grande partie de cet héritage. La famille d'Herlaut prend peur des dettes et seule sa soeur Claude demande une part d'héritage.

Michel II de Chamillart, marquis de Cany.
Michel II de Chamillart, marquis de Cany.
© Duflos Claude (1665-1727)
Estampe
Un inventaire après décès est dressé par les commissaires de la Chambre des comptes probablement dans le cadre de la chambre de justice établi par un édit du mois de mars précédent [32]. Il faut régler le sort de tous les terrains appartenant à Herlaut sur la place Louis le Grand. Il s'agit de six emplacements non construits ou en cours de construction, soit trente deux arcades [18]. Le tout est vendu par Chamillart le 5 août 1720 au financier Law pour la somme de 600.000 livres [11]. Seule une partie de cette somme est payée par Law du fait de sa banqueroute.

Le 2 avril 1717, une estimation est faite par Jean-Baptiste Loir et Denis Gobin des réparations à faire en une maison, place Louis-le-Grand - l'ancien nom de la place Vendôme -saisie réellement sur la succession de défunt  Nicolas-Jérôme Herlaut. La marquise de Parabère  y demeure. Cette estimation est faite à la requête du sieur Jannin de Saint-Germain, fermier judiciaire. Michel Chamillart fait officiellement cadeau de cette demeure et du mobilier à cette Madeleine de La Vieuville, veuve de César Alexandre de Baudéan-Parabère, maîtresse du Régent, Philippe d'Orléans (1674-1723) [33]. En réalité  dans l'inventaire après décès il apparaît que la marquise de Parabère a payé 126.000 livres l'ensemble, c'est à dire l'hôtel de la place Vendôme et la maison attenante. Ce genre d'accord secret permet à Michel Chamillart de pouvoir hériter de son ami, malgré la situation financière douteuse de Nicolas-Jérôme à sa mort.


NOTES ET RÉFÉRENCES

 

1. 01 39 fol 298 v° et Noms et blasons des Échevins de la ville de Paris, 1411–1789.

2. Lettres de Louis XI (1423-1483), roi de France- publiées d'après les originaux pour la Société de..., Joseph Frédéric Louis Vaesen, Étienne Charavay, Bernard Édouard de Mandrot, Librairie Renouard, H. Laurens, successeur, 1909, p. 105.

3. Bulletin de la Société historique de Compiègne,  Société historique de Compiègne, 1911, p. 71.

4. Arch. dép. Sarthe 1 E 959.

5. Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe Morant, Georges de (Cte). Éditeur scientifique, Borel d'Hauterive, André-François-Joseph (1812-1896). Éditeur scientifique, Révérend, Albert (1844-1911), 1869 (A26), p.299 et suivantes.

6. Arch.nat. Min. centr. LXV. 137, bail du 12 septembre 1695.

7. Pénicaut Emmanuel, Michel Chamillart, ministre et secrétaire d'État de la guerre de Louis XIV (1654-1721), Thèse soutenue en 2002, École des chartes, p. 355 

8. Arch.nat. Min. centr. LXV. 137.

9. Arch. dép. Sarthe, 28 J 5, 29 juillet 1701, décharge générale de Chamillart à Herlaut ''pour le compte de Mgr de Chamillart (...) du revenu de la terre de Montfermeil, par le Sr Herlaut caution d'Augustin Fabre, suivant le bail du 12 septembre 1695''. L'acte porte sur la période 1700/1701. 

10. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France'', 1874, p. 143.

11. Pénicaut Emmanuel,  ..., p. 291.

12. 01 54 fol 152 v°.

13. FRBNF33679622

14. Emmanuel Pénicaut,  ...

15. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, 1874, p 145.

16. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, éditions de Minuit 1963.

17. Revue Hommes et Mondes, p. 321.

18. A. de Boislisle, La place des Victoires et la place Vendôme, Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, t. XV, 1888, p. 167.  

19. Chantilly. Les Archives. Le Cabinet des titres, Musée Condé Archives, Chantilly, Gustave Macon, p. 18.

20. Pénicaut Emmanuel, ... , p. 288 et Arch. Paris, DQ 738. 

21. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, 1874, pp. 174 et 272 

22. Arch. dép. de la Sarthe, 1 E 959.

23. Bulletin de la Société des amis des monuments parisiens, Volumes 11 à 12, Charles Nicolas Normand, Charles Normand., 1897, p.124.

24. The J. Paul Getty Museum journal, Volume 11, J. Paul Getty Museum., 1983? P.63.

25. Revue Hommes et Mondes, p. 321

26. Mémoires de Saint-Simon, Volume 18, Louis de Rouvroy Saint-Simon (duc de), Arthur André Gabriel Michel de Boislisle, Léon Lecestre, Jean Georges Léon Michel de Boislisle, Hachette et cie, 1905, p.480.

27. Arvengas J., Histoire d'un village de Sologne : Marcilly-en-Sologne des origines à nos jours, Marcilly-en-Villette, p. 103-122.

28. Légendes de l'Orléanais, Charles Vassal, Impr. d'Alexandre Jacob, 1846, p. 64. 

29. Pénicaut Emmanuel,  ..., p. 292.

30. Philippe de Courcillon de Dangeau, Journal, t. XVI, p. 377 et 378 

31 A.N., Minutier central, CV 1135.

32. Dessert D.,Argent, pouvoir et société... p. 751, n31.

33. Arch. nat. Min. centr., CV, 119 et A. de Boislisle, ''Notices historiques...'' p. 194.