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Millot, Adolphe

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Millot, Adolphe
Publié le:16/05/2008

Dessinateur français


Document Larousse (1922). Larousse mensuel n° 188 d'octobre 1922.

Présentation

Les dessins d’Adolphe Millot ont enchanté les dictionnaires Larousse à la charnière des XIXe et XXe siècles. Certaines de ses planches sont connues (les célèbres œufs, les fameuses plumes, les oiseaux réputés), toutes sont d’un immense artiste. Avant de pouvoir toutes les ouvrir dans Larousse.fr, on pourra en juger notamment en consultant le Petit Larousse 2000, où l’éditeur, pour célébrer le millénaire a notamment republié des cahiers entiers des planches de Millot. Mais sur l’homme lui-même, sur sa carrière, rien ou presque rien : une notice dans le Larousse du XXe siècle, reprise à quelques détails près dans le Grand Larousse encyclopédique (1963), une autre dans le « Bénézit » (Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d’écrivains spécialistes français et étrangers), et c’est tout. Quant à Internet, le réseau est quasiment muet sur notre homme. Il a fallu avoir la curiosité de parcourir le Larousse mensuel illustré pour trouver dans le n° 188 d’octobre 1922 un long article nécrologique consacré à Millot. C’est ce texte, signé Pierre Monnot, qui figure ci-après. Une façon de commencer à réparer une sorte d’injustice, avant la publication de ses plus belles planches et de ses plus beaux dessins. Les intertitres ont été introduits par nous. YV

L'article.

 

Millot (Adolphe-Philippe), dessinateur français, né à Paris le 1er mai 1857, mort dans la même ville le 18 décembre 1921.

Un enfant du Jardin des Plantes.

Orphelin de bonne heure, Millot fut élevé par ses grands-parents, dans ce quartier du Jardin des Plantes auquel il devait rester fidèle sa vie durant. Tout enfant et bien qu’il fréquentât un cours rue Daubenton, il fut surtout instruit par son grand-père, prote érudit de la maison Didot, qui sut lui inculquer le goût de « connaître et de voir ». Le jeune homme acquit ainsi de son aïeul un bagage de connaissances très variées ; mais, encore adolescent, il perdit successivement cet affectueux mentor, puis sa grand’mère, et se trouva seul dans la vie.

Un véritable naturaliste.

C’est alors qu’il entra au Muséum comme aide-préparateur et fréquenta les laboratoires de Gervais et de Pouchet. Il compléta lui-même son instruction en suivant des cours et en fréquentant nombre de jeunes savants, dont beaucoup devaient, par la suite, devenir pour lui de fidèles amis. D’ailleurs, avide de lectures, il se tint constamment au courant du mouvement littéraire et scentifique.

Au Muséum, Millot, qu’une myopie assez accusée prédisposait au travail patient et appliqué, s’orienta délibérément vers le dessin, pour lequel il possédait depuis l’enfance un goût marqué et de très heureuses dispositions.

Aimant passionnément les choses de la nature et doué d’une grande sensibilité artistique, il allait d’emblée se spécialiser dans l’histoire naturelle. Aussi bien, les modèles – et qu’il s’agisse de plantes ou d’animaux – n’allaient-ils point lui faire défaut : les vastes collections du Muséum offraient précisément à son activité un vaste champ d’étude. Il en sut profiter, d’ailleurs, avec beaucoup d’intelligence, pour acquérir non seulement l’habileté professionnelle du dessinateur, mais encore l’érudition scientifique d’un véritable naturaliste. Millot était, en effet, l’un des rares dessinateurs d’histoire naturelle qui connût ses sujets autrement que par l’image.

Plume, crayon, aquarelle, peinture à l’huile, l’artiste a fait servir tout à tour ces procédés à l’expression d’un art précis, délicat et très personnel. Il s’est également adonné à la lithographie et a laissé de remarquables études d’animaux (lions, tigres, chiens, etc.) ; le Luxembourg possède notamment une épreuve originale en noir (tigre aux aguets) d’une merveilleuse profondeur de modelé.

Outre des études de fleurs et d’animaux, Millot a laissé quelques tableaux à l’huile, représentant surtout des fleurs et qui sont remarquables autant par la composition que par la fraîcheur du coloris.

L'œuvre pour Larousse, et autres. 

Il est superflu, sans doute, de souligner pour nos lecteurs la part importante que les dessins de cet artiste occupent dans l’illustration documentaire de nos dictionnaires (Nouveau Larousse illustré, Larousse pour tous, Larousse médical, Larousse mensuel illustré – frontispices des années 1908, 1918, 1919 – Larousse universel). Outre cette collaboration ininterrompue, Millot, travailleur inlassable, a fourni également des dessins et des planches à divers périodiques (Illustration, Nature, Revue d’horticulture, Revue de viticulture, Journal d’agriculture pratique, etc.), illustré plusieurs ouvrages de vulgarisation (Nos fleurs, de Leclerc du Sablon, Nos bêtes, du Dr Beauregard). Les travaux scientifiques de Bonnier, Bouvier, Calmette, Cornil, Babault, de Layens, Mangin, Perrier, etc., lui doivent aussi une abondante documentation graphique, ainsi d’ailleurs que le Traité de chirurgie du Dr Doyen.

Ajoutons encore que l’Institut océanographique, l’Institut agonomique possèdent de cet artiste consciencieux des planches et des dessins d’un haut intérêt pour la science.

Le professeur. 

Nommé en 1911 professeur de dessin au Muséum d’histoire naturelle, Millot sut inspirer à ses élèves le même souci de la documentation précise qu’il avait toujours montré lui-même ; mais il s’appliqua aussi à faire naître et à developper chez eux le goût de la composition décorative à laquelle fleurs, insectes, poissons, etc., peuvent prêter se si élégants motifs. Dans le but de fournir à la joaillerie des modèles susceptibles de s’harmoniser avec les métaux précieux qu’elle met en œuvre et d’inspirer les lapidaires par des formes élégantes, des couleurs chatoyantes et riches, Millot avait projeté de peindre à l’aquarelle toute une série d’insectes (notamment, des coléoptères) choisis avec soin. Le groupe des cassides, aux teintes vertes métalliques, a seul été représenté ; mais il constitue un véritable chef-d’œuvre de coloris ; l’acquisition en a été faite par l’État, qui l’a exposé au Luxembourg.

Un véritable artiste. 

Bien que Millot ait apporté dans l’exécution de ses travaux sa méticuleuse précision de naturaliste et qu’il se soit montré attentif à reproduire jusque dans le moindre détail les caractères distinctifs de ses modèles, ses dessins n’en demeurent pas moins très artistiques, même ceux qui paraissaient devoir ne constituer que de froids documents : la plante la plus modeste, l’animal le plus terne ou le plus vulgaire prennent, en effet, sous sa plume, apparence de réalité et de vie. Mais, lorsqu’il avait loisir de constituer lui-même un arrangement pour présenter ses sujets, c’était toujours, pour Millot, l’occasion de réaliser un tableau charmant que de montrer, par exemple, un capricieux papillon visitant l’ombelle étalée d’un fenouil ou quelque laborieuse abeille butinant sur une bruyère fleurie.

 

Pierre MONNOT.

Sources.

Article publié dans le Larousse mensuel n° 188, octobre 1922, pp 933-934.